Vincent Duseigne ~ Journal intime des catacombes ~ 1989 à 2004

1989

Ce journal est ancien, merci de pardonner le style.

5 septembre

Brocante à Maintenon. Je passe toute la journée avec Maurice R, qui vend des conneries même pas belles. J'ai à peu près un mètre carré pour mes conneries à moi. J'ai regardé toute la journée les gens qui passent, je connaissais vraiment personne à part deux : Mikaël R et Céline D. Bref, j'ai même pas été faire un tour aux auto tamponneuses, c'est trop cher. Y'en avait plein qui revendaient leurs albums des crados.

6 septembre

Rentrée de merde. Impossible de savoir dans quelle classe je suis. L'appel. Masse attroupée devant l'escalier de béton. Collège Jean Racine mon Amour. Les 6emes. Les petits disparaissent. Les cinquièmes, ah ! ça doit être mon tour. A, B, C, D, E, F, G. Euh ? Bah j'suis où ? Y vont pas me foutre dans les SES quand même, je sais bien que je suis nul m'enfin. Appel des quatrièmes. Puis les troisièmes. Y'a plus que des grands. Puis plus personne. Je reste seul comme un pochtron, devant l'escalier de béton vide, devant la table d'appel gisante. Plus qu'une seule solution, voir la CPE, Mme Velasco, une terreur.

  • B'jour m'dame. J'ai pas été appelé.
  • C'est pas vrai, c'est quoi ton nom ?
  • Duseigne m'dame.
  • Mmmmm

Attente insupportable, j'ai les chtouilles.

  • Mais il est pas sur les listes c't'andouille. Direction son bureau, là où quand on fait des conneries, on se prend des coups de mitraillettes. Autre liste, autre consultation. T'es en cinquième A. Salle13.
  • Merci m'dame.

Les couloirs sont archis déserts. Je suis isolé au fin fond d'une prison. Tous les collèges sont pleins de couloirs hideux et avilissants. La peur. Salle 13, je frappe à la porte puis rentre. Tout le monde me regarde. Je sais plus où me foutre.

  • Ah ! Vla not' manquant.

La honte. Ça n'arrive qu'à moi.

Une place tout au fond. Me faire oublier.

Remplissage du carnet de liaison. (ou soit du rapport hebdomadaire qui fera je sais d'avance que j'aurai au moins quarante soirées de gâchées. Comment ne pas le brûler à la fin. Les adultes s'imaginent qu'on est bien à l'école, ils s'imaginent que c'est intéressant ce qu'on nous raconte toute la journée ? De l'ennui ouais.

Prof principale : B. Une tortureuse, une terreur, ça se voit tout de suite. Histoire : J. Ennuyant mais ça ira. Maths : M. Un peu trop enthousiaste mais ça devrait aller. Dessin : M. Musique : F. Sport : Tête plate. Tout cela est très bien. Anglais : P. Moyen. Bref. un palmarès qui n'est pas bien fantastique mais ce sera mieux que l'année dernière. Tant qu'on m'évitera le duo P-J.

Dans la classe, je ne connais personne. On peut pas dire que je sois à l'aise.

Midi. Ma mère m'assomme de questions.

Soir. Ma mère fait le compte rendu détaillé à mon père.

They can't foutre me la paix ?

8 septembre

A côté de Nicolas B. Les cours de français sont une véritable torture. B est une espèce de cinglée. Elle roule à 200 avec sa talbot bleu. D'Achères à ici, elle met une demi heure. Je comprends pourquoi elle a la face complètement refaite. Elle est moche.

Nicolas B est plutôt du genre renfermé mais ça vaut mieux que Brice qui me sort des images de cul en plein cours. Avec Fayçal, ce sera deux bons bordelleux !

Maman veut déjà m'imposer les cours de monsieur Mistral. Quelle horreur. Ah non pitié, pas déjà. Mais pourquoi ? ? ? Argh.

12 septembre

Trois noirs. Du rouge, du orange. Pas de jaune. J'arrête pas de me faire engueuler.

(explication : je mettais une couleur par jour pour noter l'agréable ou le désagréable, respectivement du jaune au noir).

Qu'est-ce qu'ils ont tous. J'en ai marre. Le bordel dans la chambre, la télé, et tout. Vivement que je me casse. Yayachérif se fout de ma gueule. Zwinkévitch est pas mieux. Une seule solution, mettre le vent. M'en fous de l'astronomie, m'en fous des carottes, qu'on me foute la paix. Je demande rien d'autre. Faut que j'écrive à Thierry.

Fin septembre

Nora n'est plus devant moi. Je n'ai plus rien pour me motiver à cravacher. Le système s'écroule. Elle est en D. Céline C, Fanny B ne sont plus là non plus. Je suis dans une classe d'allemands, je comprends rien, j'ai rien à foutre ici. Mes résultats s'écroulent complètement et une fois de plus, je vais me faire engueuler. Quatre en français, ça tue. B. C'est de sa faute. Qu'est-ce qu'elle a à me garder à la récré ? On est trois. Les autres, c'est Charles-Henri et Aurélie M. Mais eux c'et parce qu 'ils ont envie de travailler. Pas moi, elle comprends ça que le chien des Baskerville, j'en ai rien à foutre ? Oui j'ai tordu le bouquin, oui je l'ai déchiré. Et merde, c'est le mien. Je m'en fous, je veux pas travailler. Elle me parle devant la fenêtre ouverte. Ce que t'entends au loin, c'est un pinson. Mais moi m'en fous du pinson, puisque je suis en prison salle 13 ici avec toi, euh vous, que je peux pas encaisser. J'ai peur.

Ras le bol de la grammaire.

20 octobre

Audrey L m'omnibule. Je ne vois qu'elle. En histoire, elle est devant moi. J'ai regardé, c'est le lieu idéal. Le sol est en tommette, (salle 29 où y'avait la vieille Gaillard l'année dernière). Si je regarde bien, peut-être que j'arriverais à choper un cheveu. C'est pas gagné mais en tous cas, j'ai le pot de près. Elle ne se retourne jamais. Elle est rousse, les cheveux longs et très raides. Son attitude est celle de quelqu'un de timide et renfermé. Elle écrit mal, avec un stylo noir. Elle a déjà redoublé une fois. Y'en a quelque uns qui se foutent de sa gueule, faut dire que j'aime pas !

Hier, j'ai été à ***. J'ai regardé où elle habite dans l'annuaire, lotissement de la grande vigne. Ça me fait 8 km en vélo, 16 aller et retour. Sur la route, y'a beaucoup de vent. J'arrive enfin. La maison est dans un cul de sac d'un lotissement entièrement neuf - celui de la vigne Gâte. Je traîne pas longtemps parce que j'ai vraiment pas envie qu'elle me voit. Sur le retour, U2 dans la tête.

Je sais pas trop comment faire.

25 octobre

Le mieux je crois est de lui faire une lettre. Maman m'oblige toujours à faire des lettres à mamie. Alors pourquoi que je lui en ferais pas une à elle ? L'idéal d'après les films, il me semble que ce soit un poème. Pourquoi pas mais ce dont j'ai peur, c'est de la déranger. Boris qui habite ***, (un morveux très con) m'a dit qu'elle vivait très retirée chez elle sous la houlette de parents assez durs. Mmm, ce ne sera pas évident. En attendant, Nicolas B ne pense qu'à Carole G. Il paraît qu'il lui a déjà parlé un peu mais elle a l'air de s'en foutre.

Dans le préau du bas, j'ai vu Nora. Elle est pas mal avec Céline C. Moi, je m'en fous. Je rogne ma pièce de un franc contre la barrière en béton, je suis arrivé à un tiers. Qu'est-ce qu'on se fait chier, mon dieu, qu'est-ce qu'on se fait chier dans ce collège de merde.

Péron, le voisin, n'arrête pas de tabasser sa femme qui gueule comme un putois. Son jardin est moche, c'est le royaume du ciment. Il est con. En ce moment, maman garde Aurélie, une petite de 3 ans un peu chiante. C'est Colette Vergniaud qu'a ramené ça. C'est un malheur. Elle fait des ouuuuuuh dès qu'il y a des guêpes dans son assiette. Je lui foutrai des taloches moi à cette morveuse. Là ça va qu'y en a pu des guêpes. Elle est conne quand même.

26 octobre

Petit tour en forêt. C'est marrant, en suivant la voie ferrée, on est tombé sur un chevreuil. Mais il était loin. J'ai été chercher des bombes, je n'ai trouvé que des grenades allemandes, complètement bousillées. Quelques éclats d'obus aussi, mais ça y'en a des tonnes et des tonnes à la maison. Il y a un coin qui est vraiment bien pour ça, c'est le bois à Thiroin. Y'a des têtes à phosphore, c'est terrible. J'en ai deux trois. Franck, il a une galette et il trouve bien plus de trucs que moi. Y'm dit qu'il a un pistolet mais j'y crois pas. Je vois plus trop Cyril Touret. Il est en G. Pourquoi qui m'ont foutu en A ? Merde, j'ai plus aucune attache moi !

Je vais plus dans la grande plaine parce que ça m'a trop foutu les boules d'être poursuivi par un chien. C'est con parce qu'il y a un obus diamètre 80 à prendre. Un peu chiant parce qu'il est plein, c'est long à vider ces conneries là. A moins que ce soit David Touret qui le fasse. Lui, la technique de la bassine, elle est pas trop mal. Il fout l'objet plein dans une bassine d'eau pendant quinze jours, et il tourne la tête un millimètre ou deux par jour. C'est réglé en trois mois. Lui, il a un diamètre 110 comme ça.

12 novembre

Glisser ça dans son sac, non. Impossible, elle me verra faire. Y'a pas trente-deux solutions, il faut que je la poste. J'ai fait un dessin, et y'a la lettre qui accompagne. Maman me demande toujours de faire des dessins pour mamie, il paraît que je dessine bien.

Chère Audrey. Audrey tu es en mon cour, une très joli fleur, que jamais je n'oublierai, que jamais je te jetterai de ma pensée. Tu es d'une gentillesse, que des filles même avec des prouesses, n'arriverai pas à te rattraper. Tu as des yeux, qui pourtant pas bleus, sont quand même bien jolis, et c'est pour ça que je t'ai choisi. Donc, je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai toujours. Les rumeurs que tu entends au collège au sujet que je t'ai oublié et que j'ai choisi quelqu'un d'autre que toi, ce n'est que des bagatelles. Bisous. Vincent.

Voilà donc.

Comment acculer quelqu'un au pied du mur.

Et se faire torcher la gueule bien évidemment.

13 novembre

Je suis parti à la poste. J'étais dégoûté parce que l'enveloppe elle fermait mal et j'ai du la coller, ça faisait un peu dégueulasse. En plus, je sais pas trop comment, y'a eu une petite trace de bleu derrière. Bref. Vélo. Direction Maintenon City centre. Il fait nuit, je me grouille. Je passe par l'avenue Carnot, le pont Cipière, et zouip, la lettre est dans la boîte. Merde merde merde merde merde, c'est fait maintenant, je peux plus retourner en arrière. C'est fait. Merde. Bon. je suis un grand, j'assume.

Il est 20h10 quand j'arrive à la maison.

Mon père qui me tombe dessus. Où que t'étais, on t'a cherché partout, petit c..

  • Y'avait du bruit au gymnase, je voulais voir ce que c'était.
  • Mouais.
  • Si.
  • Bon, viens bouffer maintenant.

14 novembre

Journée normale. Elle ne peut pas l'avoir reçu. C'est certain puisque. C'est certain ouais.

15 novembre

Week end d'attente. Je n'attends qu'une chose, que ce soit lundi. Mais en même temps, j'ai trop les chtouilles. Qu'est-ce qu'elle va me dire ?

17 novembre

Lundi. En attendant en bas pour le cours d'histoire. Elle est sur le devant de la rangée à droite. Le prof arrive, les rangs s'éparpillent. je profite d'un instant de flottement pour aller un peu au devant.

  • Euh. tu as reçu ma lettre ?
  • Oui

Puis elle s'en va. En descendant les escaliers. Dans un dernier geste, elle se retourne : ça m'intéresse pas.

Cours d'histoire, je n'écoute rien. Je m'en fous complètement. Le monde qui m'entoure est froid comme la mort. On me parle du moyen âge. De la renaissance. Quelle connerie toutes ces images flétries ! Je suis là. Le cordon ombilical vient d'être coupé.

Il paraît qu'elle a fait lire la lettre à ses parents. Elle est conne. Je ne savais pas qu'on pouvait pousser l'humiliation aussi loin. Brice se fout de ma gueule. Fayçal se fout de ma gueule. Leur terme : râteau. Soit. Si un monde qui s'écroule pouvait être aussi simple qu'un ustensile de jardinage.

18 novembre

Boris, le morveux, se fout de ma gueule. Je le tabasse. C'est la récré. Je vais pour sortir. Le pion m'arrête. Ton carnet. (.) Tu vas où comme ça ?

Ta gueule.

Et je m'enfuis en courant.

Il ne m'a pas suivi.

Je veux plus jamais entendre parler d'amour. Si c'est ça, si c'est ça. Qu'est-ce qu 'il y a de si risible, hein ! Ah ah ah, c'est très drôle. Moah ah ah, regardez, Audrey elle aime pas Vincent. Mon Dieu, comme c'est trop rigolo.

Je passe l'après-midi à la grande décharge. (C'est un nom de lieu dit, en fait une ancienne décharge remblayée). Il y a un hérisson qui remue sous les souches. Au loin, on entend les trains. Quelle horreur cette situation de merde. Les cons du collège, ça promet qu'ils devront se la fermer parce que je vais pas être tendre. Je ne suis plus tendre. Fuck.

19 novembre

Fin de semaine. J'ai rendez-vous avec le cpe pour hier. Je vais me faire torcher la gueule. M'n fous. J'avais mal à la tête, je suis parti voilà tout. Si elle me fait chier, je vais brûler le cahier de textes. (Cahier où les profs écrivent ce qu 'ils ont fait durant leur cours).

10h. Elle me croit pas mais elle passe l'éponge. Ça vaut mieux pour elle. Salope.

Pas de mot dans le carnet de liaison. Ouf sinon je suis mort.

24 décembre

Noël chez mamie. On m'écrase sous les cadeaux , ce qui ne me plaît guère parce qu'après s'ensuit une espèce d'ambiance où je dois de la reconnaissance à ma bienfaitrice. Cela est je crois surtout un achat. Bref, je subis sans trop rien dire puisque je n'ai pas le choix.

Ce qui est ridicule également est de voir à quel rôle on m'assigne et me réduit. Un petit con peace and love qui a une seule passion : les oiseaux. Il est vrai que je suis carrément branché ornithologie, mais c'est oublier tout le reste. C'est à dire la passion sans borne que j'ai pour les machines, pour les lieux déserts, pour la lecture, pour le sous sol, les bédés, le cinéma. Mais petit-con qui regarde Rambo à la télé, c'est pas fait pour plaire aux vieux. Bah oui, j'ai des obus dans ma chambre, bah oui j'aime bien les films violents. Rambo, c'est le symbole de ma révolte. Je regarde ça parce que je n'ai pas le droit. On me fait abdiquer : je dois répéter : je ne regarderai plus . c'est un fait qui m'énerve profondément. La seule chose que je désire est la liberté. Y'a personne pour comprendre ça ?

25 décembre

Obligé d'apporter des chocolats chez " Mamie-robert ", une vieille peau raciste qui bouffe ma mère. Je ne l'aime pas et je pense que ça se voit allègrement. Elle est complètement seule, au vu de comment elle est conne, je crois que ça ne peut vraiment étonner personne. Ma mère a évoqué pour la première fois à mon père la volonté de se défaire de cette poufiasse. Le discours anti-juif sera je crois le prétexte pour toute une suite d'autres propos assez gênants. En fait, ça gêne personne parce que c'est fini depuis bien longtemps ces histoires là. Mais c'est en quelque sorte en guise de punition posthume.

1990

Ce journal est ancien, merci de pardonner le style.


Petit souvenir de Nora

10 janvier

Réunion parents-profs mémorable. Pour une nouvelle année qui commence, c'est charmant. Directement baigné dans les horreurs, journée noire plus que noire. Béchet attaque au plus fort : Vincent est absent, Vincent est rêveur, Vincent ne travaille pas, quatre de moyenne tout s'écroule, il va falloir se serrer la ceinture, etc. Soit : il est entièrement clair que je n'ai pas envie de travailler. Les programmes seraient plus intéressants, OK. Mais depuis quelques temps, c'est du foutage de gueule. N'importe quoi maman ! Si tu voyais comme c'est chiant l'histoire.Le moyen-âge pendant toute l'année, m'en fous des rois machin ça truc bidule, m'emmmmmmeeeeeeeerrrrrrrddddeeeeuuuuhhhh !

Ma mère est effondrée. D'une part parce que je sèche délibérément tout ce qui me fait chier : le cathé le mardi soir qui est une torture mentale, (même avec des fraises tagada dans le sac), le français, les maths, l'histoire. les profs sont nuls, tellement que j'ai encore jamais vu ça. Bref, je choisis et ça énerve. Quand est-ce qu'on arrêtera de me faire chier dans cette saloperie de vie ?

Ma mère me prends à part sans que je puisse m'enfuir, elle veut m'imposer un rythme de boulot auquel je ne peux me dérober. C'est une infamie quotidienne en prévision.

. janvier

La cinquième sera vraiment la pire année de ma vie ! c'est à ne pas y croire. Je n'ai même plus le droit de me casser pour aller me balader en forêt. Ma liberté s'en sent sauvagement outrée et ce putain de rythme là ne va pas pouvoir durer. Il va falloir me laisser un peu tranquille sinon je vais me casser pour de bon ils vont pas y croire.

. janvier

Je suis parti. L'ambiance étouffante de la maison a fini par venir à bout de ma patience. Je veux bien qu'on me prenne pour un gentil, je veux bien donner un peu de temps en temps pour des cons. Mais qu'on me bouffe entièrement, non. Ma mère est trop chiante pour que je puisse rester. Et m'attacher les pieds et les mains avec des menottes, c'est pas comme ça que j'aurai des meilleures notes. Première fugue donc, ça leur fera les pattes à ne pas me connaître. Allez vous faire foutre.

Je suis chez Odile. Ses parents ne sont pas là ce qui est amplement idéal. Ils sont en train de divorcer. On profite de la vie comme on peut.

. janvier

Deuxième jour de fugue. Je joue à l'ordinateur. j'aime pas ça parce que j'ai l'impression de perdre mon temps.

. janvier

Troisième jour de fugue. Je sais qu'on va commencer à me rechercher ce dont je n'ai absolument pas envie. Je retourne donc à la maison sur les coups de 20 heures. Mon père va pour me baffer. Je l'esquive et lui dit : écoute moi bien, fous moi la paix ou sinon t'es pas prêt de me revoir. Je suis pas le gamin que tu crois. Ça foire à l'école et je remonterai ça que si j'ai envie. Tu me forces rien ou je me tire, c'est tout.

Repas médusé où personne ne dit rien. Très bonne ambiance donc. Boudiou le lapin est le seul qui profite de la situation, au moins, ce n'est pas le bordel absolu et il n'a pas mal aux oreilles. Une telle ambiance me réjouit. Une fois de plus, je me dit que je ne vais pas rester, c'est invivable.

 

1992

Ce journal est ancien, merci de pardonner le style.


Extrait de carnet de liaison

 

25 novembre

Ecriture de poèmes pour et avec Carole G. C'est toujours la même salle d'étude qui nous accueille. Triste salle merdique du lycée Marceau, les murs sont d'un rose clair qui a vu les débuts des dinosaures, les plinthes en bois sont limite voie de pourrissement. De Carole, à vrai dire je ne sais rien. Nous avons fait la quatrième et la troisième ensembles, plus en étrangers qu'autre chose à vrai dire. C'est cette passion commune de Baudelaire qui nous fait écrire. On ne peut pas dire que mes poèmes soient bien splendides, toutefois, il n'y a qu'en écrivant qu'on devient ce que je ne serai jamais. Céline F et Nathalie F ne participent pas du tout à cette écriture. Pour elles, je reste un pauvre paumé tagueur et poète à la fois. Certes, je m'en fous de comment on me voit. Peggy R est jalouse et me réclame des poèmes. Cette chieuse me fait bien rigoler. Elle me mène par le bout du nez pour avoir ce qu'elle veut. Bref, aujourd'hui, écriture de brumes, un sonnet à l'ancienne. Ecriture difficile et longue. Carole. je ne sais plus. Elle ne dit pas grand chose. Je ne vois d'elle que son parka mauve et son cartable noir. Après le reste.

David L m'a guidé pour l'achat de seventeen seconds des Cure. Encore quelques albums et je les aurai tous. Mes préférences vont particulièrement pour Faith qui est très lent et progressif. Pornography est pas mal aussi pour ce qui est de la description du spleen, un peu plus dans la violence toutefois. Le très décrié Disintégration ne me déplaît pas.


Carte de Yasushi Narita

 

1993

 

Ce journal est ancien, merci de pardonner le style.

 

1er janvier

Whole car avec Atyr, Siens et Kode. Arrivée peu avant minuit. Bombing de quatre wagons à Chartres. Le dépôt n'est pas gardé, nous n'hésitons pas à prendre les échelles, le temps aussi. Beaucoup de couleurs pour mon Néant gigantesque sur fond vert. Nous avons fini les wagons en deux heures.

Nous avons graffité l'ensemble du train dans une volonté de créer un ensemble homogène. Le thème était engagé, plutôt contre le FMI et encore assez communiste révolutionnaire. Je ne cache pas que mon investissement dans le côté rouge de la politique commence à s'affaiblir. Je ne peux pas croire à ces pseudo révolutions. La révolution, elle se fait à petite échelle, c'est la merde foutue sur un train et c'est tout. Et puis faut pas chier, ce n'est qu'un pauvre train de banlieue un peu minable, il ne s'agit pas d'un tgv. Qui sera révolté par l'acte ? Le chef de gare ? Mouais, ce sera déjà bien.

6 Mars

Départ avec Jean Rouxel au matin pour aller à Chichester en Angleterre. Le Ferry part de Dieppe et c'est assez long pour y arriver. De l'autre côté de la mer, nous atterrissons à Dover. Le réseau ferroviaire anglais est un peu bordélique. Nous demandons notre chemin à des petits vieux, qui nous comprennent par miracle.

L'arrivée à Chichester se fait en soirée. J'ai suffisamment de temps pour repérer à droite à gauche quelques points de repère. La famille d'accueil est hindoue. On ne peut pas dire que ça se soit mal passé. Assez timide évidemment. Une fille de 11 ans est là pour fédérer le couple disloqué.

7 mars

L'école dont il est question est située en plein centre ville. C'est une école où l'on enseigne l'anglais pour les étrangers. Je suis dans le groupe de Linda Parthington. Une dame assez âgée et très sympathique. (qui parle français mais qui ne me l'a avoué qu'au dernier jour !). Les personnes présentes sont en très grande majorité japonaises. [noms à venir, je les ai tous gardés]. L'ambiance est très décontractée.

8 mars

Rencontre avec Noriko Matsunaga. Elle habite Kawasaki et va se marier juste après son séjour ici. Nous parlons beaucoup de la France, du Japon et d'un peu partout. Elle m'apprends à cuisiner japonais, ce qui est fondamentalement différent de la cuisine chinoise. Elle m'enseigne aussi l'ikebana. la relation est toute aussi intéressante avec Takahisa qui vient de l'île d'Hokkaïdo. Il a une tête de rebelle ! Et pourtant, il écoute Toru Takemitsu. C'est très étonnant !


Origami de Noriko Matsunaga

10 mars

Louise, la petite de York road est assez spéciale. J'apprécie assez peu son comportement qui est moqueur et investigateur. En plus, elle est très collante. Le fait que je porte des creepers évoque de nombreux commentaires. J'aurais cru l'Angleterre plus ouverte à ce type de culture. Je trouve en promo l'album mixed up des Cure, puis Substance de Joy Division. JD ne me branche pas trop, je m'attendais à quelque chose de beaucoup plus sordide au premier abord.

14 mars

Jean est très attiré par le fait que je connaisse Noriko. Une seule idée en tête je crois et je ne lui cache pas que je trouve cela profondément minable. Très mâle en quelque sorte : chercher une relation sexuelle d'une façon détournée, avec quelqu'un qu'on ne connaît même pas, sous le simple prétexte que cette personne en question est très belle. Le fait de mon indifférence le cloue un peu sur place. Non, je ne ferai absolument aucune démarche pour lui. Bref, Noriko n'entendait que notre conciliabule en français. Elle a certainement rien compris. Elle aura toutefois remarqué je pense une rougeur sur mon visage. Cependant, cela peut s'interpréter de mille manières différentes. Nous n'en avons jamais reparlé. C'est je crois une manière délicate d'ignorer ce qui s'est passé. Me voyant gêné, elle aurait très bien pu me demander une traduction.

Avec étonnement, je remarque que les japonais mangent relativement peu. Enfin, j'imagine que ce n'est pas le cas pour tout le monde. Cependant ici, un paquet de demae ramen semble leur suffire.

21 mars

Retour en France. Pas grand chose à signaler pour le reste du séjour. Je ramène un tas de choses pour mon frère. Des objets originaux avec lesquels il pourra jouer. Retour par Caen très long. Jean est inintéressant.

15 juin

Deuxième séjour anglais. Pour plus longtemps et surtout : sans Jean. Seul ce sera bien mieux. (Comme d'habitude). départ de Caen. Le train est un tchou tchou qui avance à ½ km/heure. A Caen, je vois le ferry et il est immense. C'est une sacré bestiole !!! Arrivée à Chichester-Town-Center beaucoup plus vite que la première fois. Nota : dans le train de cette compagnie là, il faut ouvrir les portes de l'extérieur en ouvrant la vitre. Sinon c'est bloqué. Normes de sécurité ici = un fait complètement inconnu. Je revois Louise Porter non sans agacement.

17 juin

retour at school of english. Dans un groupe nettement plus merdique où l'on ne fait que de la grammaire. Je m'emmerde nettement plus. Je vais demander à changer. Noriko est partie la semaine dernière. C'est con, nous nous sommes loupés de peu ! Le groupe actuel est composé de japonais mais aussi d'italiens, espagnols, thaïlandais. Beaucoup plus varié.

Liste de noms à venir. Je discute beaucoup avec Yasushi Narita qui vient de Osaka. Il m'enseigne la façon de manger les noodles ! Beaucoup de temps passé aussi avec Takahisa Hagiwara, (ce n'est pas le même Taka). Il m'enseigne le katakana et le hiragana. J'apprends le japonais en même temps que l'anglais. je suis à vrai dire fasciné par cette culture. Non pas l'ambiance actuelle tournée sur le travail. Mais plutôt ce qui est plus ancien comme le Nô, le kanji, le shintô. Je vais même par amusement me pencher sur le cas Masako !!!!!

. juillet

Je profite de la situation pour perfectionner un peu mon minable espagnol avec Paco. Il est très copain avec Nartkarmon Boonrawpanich, une thaïlandaise. Celle ci m'apprends un peu sa culture. J'avoue que je n'y connaissais vraiment rien. Sa langue semble extrêmement compliquée. L'écriture est un peu cursive et semble avoir peu de motifs communs. Le tout est accroché, c'est étrange. Elle m'a expliqué qu'il s'agit d'un alphabet assez développé comportant une soixantaine de signes, plutôt phonétiques.

. juillet

Yasushi m'explique dans un bar son mal de vivre au Japon. Le fait du travail forcené ne semble pas lui convenir. Il fait partie en fait de cette jeunesse japonaise désabusée qui ne croit pas en ces valeurs fondamentales inculquées dès le plus jeune âge. Autour d'un verre de Heineken énorme, (1 litre ici), la discussion s'englue. Je lui dis : eh bien, pourquoi ne pas travailler ailleurs ? (Dans un autre pays). Il n'ose pas de peur de quitter sa famille. Ce n'est vraiment pas évident. Je crois que le Japon est loin d'être la civilisation la mieux dans sa peau au monde. Cela semble être le revers du progrès. Le fait japonais d'être très souvent extrême.


Sac d'écolier de Takahisa

. juillet

J'invite Taka à venir en France. Je lui dis qu'on fera la tour Eiffel, puisqu'il en a envie. Je lui avoue que je n'y avais jamais été.

. juillet

Samedi éprouvant où l'on m'invite à la piscine. Ce qui était en fait un piège. Louise Porter voulait me refiler dans les bras une fille appelée Emma. Je lui avais pourtant expliqué en long et en large que cela n'était pas tout à fait dans mes souhaits. Emma a douze ans, j'en ai quatre de plus. Ce n'est pas que je veuille faire la fine gueule mais faut avouer que je suis d'une part trop vieux pour elle et d'autre part, je ne la connais absolument pas. Le fait sexuel isolé de tout ne m'a jamais intéressé.

1er août

Fin de mon deuxième séjour anglais. Le port de Dieppe est immense. Très longue marche le long des quais. Je reviens chargé comme une baudruche. Deux sacs derrière accrochés l'un à l'autre avec des lacets, un sac devant. Le tout bourré à ras la gueule d'objets japonais, livres et bouffe. Méga galère à la gare du Nord à Paris. Puis retour à Maintenon.

2 août

Nous partons avec mon père illico pour Noirmoutier où le reste de la famille a déjà commencé quinze jours de séjour. En plus de ma mère et de mon frère, il y a mon cousin et deux tantes. Arrivée au soir vers 18h30. On me dit bonjour. A peine arrivé, on me critique brutalement sur mon treillis et sur mon dico de japonais. J'avoue que ces premières paroles sont très très mal passées.

Très longue fugue le soir même. (quinze jours). Ma mère catastrophée au téléphone. Je lui dis de ne plus jamais me faire chier de la sorte sinon je reviendrai jamais.

14 août

Soirée à la con comme je l'ai jamais vu. Comme c'est le dernier jour, on se regroupe, on fait semblant d'être triste. Les autres s'amusent, nous sommes deux à nous emmerder comme des rats morts. Au bout d'une heure où la lassitude se fait carrément sentir, je décide, vaguement écouré, de quitter la grange - de plus que ça n'allait pas tarder à être mon tour à faire le cinéma débile "action ou vérité". Il ne faut que quelques secondes pour que je ne sois plus seul. Claire a bien évidemment aussi largué toutes ces conneries. Nous nous retrouvons au silence et marchons calmement dans les pâtures du Réhoboth. La fraîcheur de l'air est agréable. par rapport à la moiteur étouffante de la grange, c'est une bénédition. On en aurait presque froid. Nous nous réfugions au pied d'un ballot de paille tout enroulé. Claire est la seule qui sait tenir un discours quelque peu intello. Tous les autres ne parlent que de foot. C'est la seule qui n'a pas de télévision, c'est en ce genre de conneries là que je l'apprécie. Sous les peupliers du fond, je baratine et raconte un peu n'importe quoi, je ne sais pas pourquoi. Adossée au tronc, elle regarde le ciel qui est incroyablement étoilé. Il y avait des étoiles filantes de partout. Ca aurait mérité une photo en pose longue.

La soirée tend au matin et complètement congelés, nous rejoignons la grange. Il n'y a plus personne. Nous préférons nous quitter là pour aujourd'hui. De toute façon, tout est dit.

15 août

C'est le jour du départ. Je ne dirais pas tant attendu, pas redouté non plus. C'est comme cela. Je vois ses cheveux en étoile, ils me font délirer, faut dire que c'est relativement unique. Sa voix grave, son accent, combien de temps sans ? C'est moi qui m'en vais en premier, en bus, et le décompte commence. Guillaume, un mono, m'écrase de questions et se fait railleur. Je commence déjà à souffrir, à peine trois cent mètres de faits.

6 octobre

Le fond de l'inculture est atteint ici. Au lycée la Saussaye, il n'y a rien. Autour, il y a dix kilomètres de champs de blé. J'ai volontairement choisi cet endroit comme un monastère. Mettre un frein aux conneries. Principalement aux deals. Je me jure que je recommencerai jamais ces trucs là. C'est trop peu de pognon par rapport au mal que je fais. (je recopie texto mon état d'esprit de l'époque même si c'est aberrant, nda 18/08/00). Tu prends cinquante milliard de risques tu te fais mépriser par des enculés et tu te fais même pas quoi, 550 balles à la fin. Plus jamais ça pour moi. Monastère. Je n'abandonne cependant pas le tag, qui devient d'ailleurs de plus en plus un leitmotiv à ma vie. Ce n'est pas la même chose, en faisant ça, je n'emmerde presque personne. Renaud m'aide à progresser dans le style.

7 octobre

Les capa sont les animaux les plus stupides que je connaisse après les amibes. Plus aucune nouvelle de Carole, de là où je suis tombé, c'est normal qu'elle m'ait envoyé chier. La peur. La peur ça formate tout. Emmanuelle Delattre est assez railleuse par rapport à moi. Je ne l'aime pas trop. Elle juge et forme une opinion à partir de petits rien trop vite considérés. Faut-il m'assimiler à Fouché lorsque j'en parle avec Passion ? Faut-il croire que je suis amoureux de Ludivine A quand je dis qu'elle a un beau visage ? ce sont des erreurs grossières. Ludivine est au moins aussi stupide qu'une poule. Ce n'est pas pour vexer qui que ce soit que je dis ça, de toute façon, je ne l'évoque à personne. Mais la simplification qui est faite de mon état d'esprit est révélateur d'une pensée qui ne vole pas bien haut. Renaud me comprend tout à fait bien qu'il reste fort penché sur son côté hip-hop. C'est un peu dommage.

8 octobre

Jean-François C. Le stéréotype parfait de l'agriculteur beauceron. Dans cette putain de salle d'étude de merde, il est derrière moi. Je me sens comme en prison. Ce type est d'un inintéressant cosmique. La concentration d'inculture est faite en lycée agricole. Si je devais mener une thèse sur la bêtise humaine, c'est sur cette petite parcelle du monde que je me pencherai. Oh, je me doute que ça doit être bien pire ailleurs. Mais avec ce que j'ai vécu et ce que eux ont vécu, il y a je crois une légère galaxie de différence. Mélanie des seconde trois en est l'exemple parfait. Le genre de nana complètement conne qui n'est jamais sortie de chez elle et qui se fait draguer par quarante mec à la fois, acceptant toute proposition comme une putasse merdasse. Je parlais de Jean-François C justement parce que tout à l'heure je regardais la photo de Claire devant l'hôpital de Brive (pour la naissance de sa sour Lise. L'une es deux seules photos que j'ai jamais eu. Le gars m'interpelle : c'est ta copine. (pas de point d'interrogation). Non. Allez je te crois pas (pas de ponctuation). Je te dis que non. Tu la trouves belle. Et Vincent qui devient rouge comme un poivron. C'est une question qu'il ne faut pas poser espèce de grosse tâche. J'ai rangé la photo complètement outré intérieurement. je l'ai laissé à ses bouses. Ça fera un peu plus d'un an que je n'ai plus de nouvelles.

11 octobre

Je hais les lundis. Encore ce débile de Luc à l'arrêt du train. Ce type m'exaspère. Il n'a rien vécu mais sait tout. Renaud ne peut pas l'encaisser non plus. Heureusement qu'il y a Léa V pour remonter un peu le niveau de tout cela. Elle fait une école plutôt basée sur le sport, en particulier le karaté. C'est assez inattendu quand on la voit ! (Elle est toute menue). Nous avons découvert par hasard en fait que nous avons fait le cp ensemble. (Dans la cour non loin du bac à sable, si si, c'est vrai !). Je ne me rappelle de pratiquement rien. Mis à part une dame qui m'avait engueulé lorsque j'avais lancé des pétards sur Léa durant une récré, (ooh, c'est pas bien). Aujourd'hui, Léa a les cheveux ramenés en arrière par une tresse et ça lui va très bien. Le fait qu'elle laisse deux nattes sur le devant vient équilibrer son visage qui est très fin. Le débile Luc a essayé de la draguer, (j'y crois pas !). faut voir comment y s'est fait envoyer chier, c'était piteux ! Rien que pour le faire chier, elle s'est rabattu sur moi, (me faisant confiance) et a terminé par un : c'est à lui que je parle et pas à toi. Elle connaît de toute façon mon regard. Et dedans, y'a pas de volontés cachées.

14 octobre

Renaud me parle en long et en large de la zulu nation. Je ne vois pas trop où c'est que ces gens veulent en venir. C'est très peace and love. C'est complètement utopiste et je ne crois pas pouvoir me retrouver un seul jour en cela. C'est pas ma vie. Je suis pas zoulou, je suis pas peace. Et je suis plus love.

 

1994

Ce journal est ancien, merci de pardonner le style.

 

15 juillet

Les parents étant de passage en Alsace, ils ont tenu à m'emmener jusqu'à Gwebviller. Cela me lassait mais je n'ai pas insisté. Daddy est passé par le col de la Shlucht. Le tourisme à Daddy, c'est je fais de la bagnole et c'est tout. Je me suis emmerdé comme un poisson pourri. J'en ai quand même profité pour ramasser un énorme rocher d'un micaschiste assez beau.

Il est également passé à Gérardmer dans les Vosges. Nous nous sommes arrêtés trente secondes. J'aurais tant aimé plus.

L'arrivée au Rimli s'est faite vers 18h. Nous étions les troisièmes. Déjà là : Anne-Sophie, une petiote assez nerveuse aux cheveux très noirs et avec des lunettes de soleil qui m'ont relativement gêné. Puis Amandine H. Cheveux roux et courts, abord nettement plus agréable, suffisamment timide pour que je ne me sente pas agressé en tous cas.

16 juillet

Petit déjeuner assez long. Le fait d'être en vacances permet la glande, ce qui me fait chier. Je ne sais trop pourquoi je suis ici, peut-être parce qu'on m'a forcé. Ce sera ton dernier camp, profites en etc. Je crois d'emblée que je ne vais pas en profiter comme ils l'entendent. Départ en trafic pour Pulversheim. Sous une chaleur étouffante, les autres ont été chercher les poneys, (pour ne pas dire les saletés). Côté positif : les bestioles porteront les affaires lourdes du campement. Cotés négatifs : deux S qui comportent une montagne de côtés.

Je vois déjà d'avance que je hais ces bêtes. Le pseudo attendrissement de certains devant les bestioles est pitoyable à mon goût.

A 18 heures, toujours rien foutu de la journée. Douche au tuyau d'arrosage. J s'éclate. Je passe un peu de temps avec Sylvie. Sans plus.

Veillée dite spirituelle : peut-on suivre Jésus sans le connaître. L'ennui me gagne. Au soir : confection des abris.

17 juillet

Petit dej cosmique, table remplie de gâteaux alsaciens. Journée de marche le long de la Thur. En cet endroit, l'eau est limpide (contrairement à quelques km plus loin où elle est violette). Je ramasse une péridotite. Campement sur un chemin dans la forêt. Les gens du camp sont : Xavier R, Sylvie, Sandra O, Florence, Nanou, Florent, Anne-Sophie, Laurence R, Jean-Sébastien, Amandine, Paul, Luc, Christophe, Pierre-Adrien, Cécile B, Nancy, Gilbert J.

18 juillet

Drache énorme durant la nuit. Le chemin a canalisé toute l'eau et nous nous sommes retrouvés plongés sous 30 centimètres d'eau. J est venu nous voir et nous a dit : bande de ploucs. Puis il a été se recoucher. Christophe a constitué un abri de fortune et nous avons dormi sous des bâches.

Avec Van Weddigen, nous avons attaché une corde entre nos deux sacs. (Nous avons marché avec une corde à linge). Le tout était de marcher à la même vitesse. Dans les bois, cela n'a pas forcément été évident. Je suis à mon grand contentement dans le groupe sans poneys. Ces bêtes du diable m'énervent.

Au soir, je tombe malade. Les autres bouffent des spaghettis pendant que je dégueule. C'est l'hydrochlonazone. J'ai pris de la flotte sans laisser suffisamment de temps pour que ça agisse.

19 juillet

Rapatriement au Rimli au matin. Complètement crevard.

20 juillet

Crevard. L'infirmière est une anglaise sympathique. Je pionce et revient au campement le soir même.

21 juillet

Hartmannvillerkomf. (Orthographe douteuse plus phonétique qu'autre chose, du genre Illkirchgraffenstadden). Soupe alsacienne au matin, c'est pas de refus. Absolument tout le monde est malade : Christophe, Nancy, Cécile, Nanou, Marie, Luc, Xavier, Florent, Pierre-Adrien, Lolo. Je doute de mon fait hydrochlonazone et pense plutôt à une intoxication alimentaire pas trop avouée. Un bordel bactérien, ça ne se transmet pas comme ça !

Pré à vaches, brume, il fait froid, ce qui n'est pas pour arranger les choses. Je revois une fille de Roubaix que je connais depuis pas mal de temps. Me souviens plus de son prénom. C'est une dragueuse et elle m'énerve. feu de camp. J parle de la sexualité des fourmis rouges. Discours moralisateur de réflexion sur le tour étrange que prends cette colonie : agence matrimoniale. Très bon oratoire toutefois.

22 juillet

Xavier est avec Sylvie. Ce fait me révolte. Je pensais mieux de Xavier ! Quant à Sylvie, c'est typiquement le genre de pétasse un peu conne et un peu chiante. Tout le monde dort et je me tape un bon délire avec les bretonnes. Petit dej mouvementé, (vaches très curieuses voire même un peu entreprenantes !).

Départ à 15h30. Longue marche et arrêt à la ferme d'Ostein. Les personnes sont accueillantes. Cuisage de carottes. De l'eau pour se laver. Agréable. Pierre-Adrien me fait la morale et je l'envoie chier violemment, ce qui me vaut une réprimande de chef J. Anne-Sophie est chiante. Ennui.

23 juillet

Poneys. Haïs. Direction Bitchwiller. Courses au super U. Autonomie pour acheter à bouffer. Je fais bande à part parce que personne ne sait gérer son argent. Je me fais un bon repas tandis que les autres s'achètent des glaces. Regards railleurs lorsqu'ils ont faim et pas moi.

Déguisements avec Van Weddigen. Je veux véritablement faire chier le monde ici. Nous nous attachons tous deux avec des lacets et nous peinturlurons de noir. But : faire chier au maximum les petites pétasses coincées de groupe.

Dodo à la belle étoile. Passage de sangliers.

24 juillet

Deux groupes. Je suis dans celui sans les poneys. Valdkappel à 13h. (Petite chapelle dans les bois). Encore une longue pause emmerdante. Le poney le pire est appelé Suzette. J'en ferai de la chair à pâté. Les filles dorment dans la chapelle. Les gars dehors.

25 juillet

Après une douche à la source St Antoine, nous sommes partis vers Cernay. Repas en compagnie des cigognes. J'achète un backeoffe pour ma mère. Soirée à Wittelsheim. Baignade pour certains dans la Thur déguelasse. Soirée où Christophe raconte ses souvenirs de Martinique, près des maïs.

26 juillet

Marche et arrivée à la ferme Ropp. Rendu des poneys, n'est ce pas magnifique ! Le fait que certains éprouvent beaucoup de tristesse me plonge dans une incompréhension assez poussée. Retour à la ferme.

27 juillet

Ecomusée. Dans une ancienne école, je fais ma petite pièce de théâtre devant une quinzaine de spectateurs médusés : prof dur, cynique, chiant, punisseur. Le quotidien en quelque sorte. Des touristes sont venus, croyant que c'était une animation. Je les ai collés deux heures (on arrive pas en retard à mes cours).

Au soir, fête de tous les non anniversaires. Repas préparé par les monos, c'est enfin vaguement mangeable.

28 juillet

Piscine de Gwebviller. Décrassage et grosse journée de bordel. Une aire en gazon derrière très agréable. Sommeil d'ailleurs. Et c'est très bien comme ça. Soirée barbecue. Peu à manger. Mauvaise organisation des camps un peu habituelle.

29 juillet

Départ en bus de tous ceux qui rentrent chez eux. Pas fâché que ce soit terminé. De mon côté, je reste encore un peu parce que je pars en autonome. Pas de transports organisés, j'ai pas envie. L'erreur de m'avoir forcé à venir ici, me prendre pour le gamin que je ne suis pas.

1er août

Je quitte le camp du Rimli relativement épuisé. Directement pour rejoindre le Réhoboth dans le Tarn et Garonne. Cendrine J fait le même trajet mais nous le faisons de façon séparée. Je comptais les jours, me voilà en train de compter les heures maintenant ! dans quelques heures, je deviendrai cuisto. Ce sera une bonne chose, et puis dans quelques heures sera le moment que j'attendais.

Le trajet me paraît d'une longueur épouvantable. Il fait chaud, les gamins sont excités comme des puces et j'attends peu imperturbablement le 19h00 à venir. La peur au fond des tripes faut l'avouer.

L'endroit n'a absolument pas changé depuis un an. Je revois les peupliers. Le bus se gare devant la grande bâtisse. Les enfants sortent. Puis je sors. Là, je plante mon regard qui s'enracine quelques secondes puis se fait emporter par le vent.

Claire m'a vu en premier. Je ne l'avais pas du tout remarqué, à déballer les sacs dans tous les sens. Elle m'attire immédiatement vers les rosiers, un peu derrière en longeant les cuisines. Et m'a parlé de ma chute. Je suis minable et cela témoigne d'une manière extrêmement violente. Au soir même, les peupliers s'imposent presque comme une tradition. Claire est bronzée, presque plus imposante qu'un an auparavant. Sa force mentale est exceptionnelle. Sa facilité pour tout ce qui lui tombe sous la main me déconcerte et m'écrase complètement. Elle a un an de plus que moi et cela fait beaucoup, surtout lorsque l'on a deux classes d'avance (et moi une de retard). Mais elle n'est pas du tout condescendante.

4 août

Claire m'a écrit un courrier, je ne vis que par elle, et c'est difficile à vivre. Je voudrais un investissement maximal. sa froideur, je la sais, je la comprends vraiment. Que puis-je y faire, quand on est con, on est con. Il est impensable que je vienne foutre les pieds à Saint Céré est cela me marque comme une brûlure. Il y a un décalage entre la parole et la pensée.

Elle est fort occupée en journée. Ne supporte pas J. Et Stauffacher en profite pour bien nous railler. Il nous reste que les soirs. Personne ne se doute que je suis meurtri par les commentaires.

14 août

Je crève ma douleur, elle m'assure le meilleur et comme une eau dans le désert, je bois ses paroles. C'est revivifiant. Heureusement. Nous passons le dernier soir enroulés dans les sacs de couchage, dans les blés à peine fauchés. Elle est épuisée. Moi aussi. Nous ne nous promettons rien parce que c'est bien mieux comme cela et nous endormons profondément.

15 août

Au matin, je n'ai pas envie de me lever. Je sais parfaitement quelle épreuve m'attend. C'est elle - plus raisonnable - qui s'en va. Je la laisse, sans mot dire. Nous nous retrouvons peu avant dix heures, son père est là. Il est arrivé avec la clio verte, il me méprise. Claire s'en va. Je lui dis que je ne pleurerai pas parce que je sais que ce n'est qu'un au revoir. Elle me fait un dernier signe en sortant le bras par la fenêtre. Et disparaît au loin.

Je m'écroule complètement. Bertrand M se fout de ma gueule et c'est le plus gros con du monde, je ne lui pardonnerai jamais cela de toute ma vie. Le bus nous emporte, moi et mon chagrin. Je vis en attente.

19 août

Un courrier m'arrive de Claire au matin. Elle me fait les plus belles promesses et plus beaux serments que j'ai jamais lu d'elle. Je reprends courage. Le temps donnera de l'âge et l'âge donnera la facilité.

1er septembre

Je n'ai plus jamais rien reçu d'elle.

Je noie mon chagrin et ce qui est un peu dommage, c'est que ça nage bien ces choses là. Je sens se développer en moi un je ne sais quoi qui ressemble à une fracture. Comme quoi les plus grands amours, ça frit vite à la poêle. Au matin, j'ai foutu absolument tous les courriers au feu. Sauf un. Celui qu'elle m'avait envoyé un jour je ne sais plus trop quand, celui avec la photo de la Terre, carte achetée à Cap Canavéral. Elle avait gardé cela pour son Roméo. Le feu a dévoré son visage. Sur la photo avec la porte verte derrière. Je savais intimement que je ne reverrais absolument plus jamais son expression sérieuse, un peu posée.

Quelques ares de peupliers soudainement défrichées.

 

7 septembre

Rentrée en première. La chambre est la numéro 14. Vieux murs jaunes, vue magnifique sur des champs de merde et un terrain de foot pitoyable depuis un troisième étage. Colocataires de chambrée : Nicolas Richer et Renaud Camilleri. L'ambiance n'est pas tendue mais peu loquace. J'aide Richer à faire son pieu, parce qu'il merdait pas mal.

La promo est minuscule. Nous sommes 17.

Erwann P, Rémy C, Stéphanie R, .

 

31 décembre

Oui c'est vrai.

Quoi ?

Que j'ai tapé un whole car sur un trom du côté de République. De toute façon, arrache toi, j'ai les photos.

Introduit en fraude dans le réseau RATP le plus profond, le but ce soir, éclater la tronche à un putain de tromé garé là depuis perpette (deux jours). Le chemin est simple. Passage du portillon jaune, galerie pendant 300 mètres, un aiguillage à passer, le dépôt est juste là derrière. Eclairé. Les rondes sont tous les trois quart d'heure. ça fait dix huit cent mille fois qu'on fait l'aller et retour.

Portillon jaune. C'est bon.

Galerie. Ambiance chaude et très feutrée. Les métros avancent silencieusement.

Aiguilage. Traversée sans problème.

Dépôt. La lumière me heurte et j'ai le cour à deux cent mille berges.

Début de graffitage. Ma main tremble et mon projet de gore-néant foire un peu. Le rose fait crade. Bruits de billes, on a encore vingt deux minutes. Bruits de conversation. Et meeeeerde. Fuite, à fond dans les rails. Se tirer. A peine on arrive sur le quai que des gars nous casquent vers l'avant. Passer de l'autre côté de la voie ? Pour quoi faire ? On bouge plus. Derrière est casqué aussi.

Les gars sont du genre molosses et les chiens du genre skins. Un beur agresse. Bande de pauvres cons, c'est vous qu'avez déglingué les wagons là bas. On répond rien. C'était pas la peine de courir, on a tout filmé. On vous attendait dans tous les coins.

  • Bande de salopards.
  • Quoi ?
  • Énorme taquet dans le mollet, je suis à terre. Le chien me déchire la jambe. Le gars en profite pour me foutre des coups de pieds dans la gueule. Quoi connard, répète ça, répète ça.

Atyr est également défoncé. J'ai la gueule en sang. Les types nous amènent plus morts que vifs dans un cagibi où y'a cinquante mille télés. Un énorme molosse me demande ma carte d'identité. Je lui fais comprendre de se servir dans mon keus. Il note tout et me fout dehors. Les enculés nous remontent. Si tu parles une seconde de ce qui t'es arrivé, t'es mort, petit con. Ils nous jettent sur le trottoir.

Nous sommes difficilement remontés jusqu'à Montparnasse. Ils m'ont chouré ma veste au passage. J'accompagne Atyr au train. Et je retourne chez Duel qui n'y croit pas. Les salauds me tiennent en liasse.

 

1995

Novembre

Méga grève des trains. Tout le réseau français est paralysé. Même pas de marchandises à choper pour au moins avancer un peu. Vendredi soir, rentrer à Maintenon, pas d'autre possibilité que de se taper 24 bornes à pied.

Le transbeauce arrive à l'heure. Je me rue dedans pour avoir une place, pas question de perdre du temps. Arrivée à 18h00 à la gare de Chartres. Les gens sont placides. Voire ils ont des tronches de cons. Ce pauvre conducteur de bus a l'air particulièrement déchiré. (Il y en a deux complètement terribles : un moustachu brun et très maigre, un autre tronche Droopy blaireau pauvre type qu'en a marre de la vie). :-(

Je vois Lucie Dumont. (Pratiquement une voisine de mes parents). Je ne tape pas la discute, elle est trop imbécile pour cela. Toute la difficulté de considération d'une personne très belle mais très conne. Je prends la voie et la suis. Tout le long, je pose des graffitis. L'occasion fait le larron comme on dit. La Villette St Prest, tags sur la gare. Jouy, Flop Fuck SNCF. St Piat lassitude. La voie longe la route, j'y vais. Je tente vainement le stop, (la Beauce est un coin de merde pour ça). Et ô miracle, je suis pris. Par un cinéaste dont j'ai oublié le nom. Arrivée à 21h50.

Je me couche vers minuit. Je repense à L. C'est effarant de voir quelqu'un d'aussi stupide. Sa mère lui ayant donné des préservatifs " au cas où " (et cela est connue de toute la place publique !), la miss ne trouve rien de mieux que de baisouiller une semaine après avec un type à peine connu. Puis-je dire que cela me révolte ? Non, bien sûr. J'en ai rien à foutre. Chacun sa vie, j'ai mon poids de connerie aussi. Mais intérieurement, je ne peux m'empêcher de réagir !


Carte de Noriko Matsunaga

 

1996

Ce journal est ancien, merci de pardonner le style.

 

Avril

Courses avec Ninih à Carrouf Meylan. Un gigantesque mégabouffe. Guillaume est aussi de la partie. Amaury par contre y va seul avec sa bagnole edf. Ce qui est marrant, c'est de voir la consommation de chacun. Je pratique à outrance mon observation discrète. La vie floriazienne crée une promiscuité difficile à supporter, cela ne se peut que durant un certain temps et à un certain âge. Ninih fait cracher du Zappa dans la voiture, cela ne révolte même pas les gens sur le parking. L'indifférence est poussée à l'extrême ici. Le lieu sacramentel, c'est lorsque nous nous retrouvons à la caisse. Carte bleue pour Ninih, liquide pour Guillaume, Chek pour moi. Ce rituel du soir est finalement assez pratique. Parce que d'une part, en vélo, qu'est-ce que c'est chiant. D'autre part, ce geste hebdomadaire crée une stabilité. Le fait de savoir à l'avance qu'il n'y aura pas la terreur des courses à faire " galériennement ".

Pari au soir. Celui de nous deux qui trouverait la bière la plus infâme, (entre Ni² et moi). Je suis battu à plate couture. J'achète pour ma part une teckkno hyper alcoolisée avec comme étiquette une tronche verte du type ze mask ou similaire. Imbuvable. Ninih quant à lui a trouvé une bière au gingembre rouge fluo. Pire qu'imbuvable. Jean-Louis nous a trouvé pitoyables. Mouh ouh ouh !

Le breuvage infâme a été laissé sur la petite commode à l'entrée de la cuisine. Il s'avère que la mixture est un très bon tueur de moucherons.

1er juillet

Arrivée à la Floriaz. Venant juste de passer mes entretiens pour le Deust, je me suis rendu à Meylan pour y voir la probable future chambre. Trouvée l'annonce dans famille chrétienne chez ma grand mère, qui ne tente rien n'a rien. Rendez vous à quinze heures. Parti de l'université à 10 heures, je me suis lamentablement perdu dans la Tronche. J'ai d'abord suivi la voie de tram et j'ai remonté ensuite le long d'une rue qui pente très fort. Les gens ne connaissent pas le chemin des Buclos, ils réagissent seulement aux Buclos qui semble être un quartier assez loin derrière. Arrivée à 14h45. Enfin ! le lieu est assez idyllique. La maison imposante, un chemin de gravier, une voiture de garée immatriculée 35. Je suis un peu en avance. Je sonne la cloche. Jean-Louis arrive. C'est Vincent ? qu'il me dit. Je réponds assez timidement. On crève de chaud hein ! A vrai dire, il faisait au moins 30°, si ce n'est plus. Nous montons des escaliers, je me retrouve dans un bureau, au frais. Ouf.

Commence un interrogatoire alors assez inattendu. Jean-Louis réagit de manière assez brusque lorsque je lui dis être protestant. Le fait que je sois respectueux de la différence semble toutefois le rassurer. Les règles sont énoncées. Le tout concerne une vie commune qui me semble assez équilibrée. Une chose m'amuse : on ne parle pas de politique ici. Je doute déjà ! Il me montre les chambres : c'est extrêmement joli, tout est en bois, (JL est menuisier). Je prends celle à 1550 en bas. La vue sur le jardin, des corbaks il paraît au matin. Le colocataire actuel s'appelle Émeric B, informaticien ou similaire à Merlin Gérin, (travail semblant porter sur le remplacement de têtes d'imprimantes). Retour le soir même à Paris où l'on crève sous la chaleur.

7 septembre

François Empis m'a demandé si je pouvais venir à la braderie de Lille. J'avais accepté sous réserve que mes congés étaient validés par la direction. Le travail à Nickerson : un esclavagisme fort abrutissant et laissant peu de liberté. Quoi qu'il en soit, j'ai réussi à me libérer suffisamment pour quelques jours. Je suis monté le vendredi soir, (hier). A l'arrivée, plusieurs personnes m'attendent : François lui même, Pierre Malassène et Marie Bourdeaud'hui. J'avais connu Pierre au camp trappeurs 94, il était dans le groupe des sédentaires. Nous arrivons à Chéreng et préparons les déguisements pour le lendemain.

Avant d'aller nous coucher, nous filons à une place située non loin de chez Mario à VA. Il y a là Braham Carrez, Anne Leblanc, Fanny Roger, Alice Lhoumeau, puis cinq à six autres personnes dont la présence m'a échappé, peut-être Ludovic Grisole, Peut-être Benoît Neuts, Marie-Lucie aussi ? Braham me bourre de chamalow et me mets très mal à l'aise.

Une pratique qui m'est inconnue : le tétris, sous forme de jeu humain. Pas mal.


Lors des passages à l'Alcazar avec Ninih

8 septembre

Départ pour la braderie juste après midi. Je suis un peu impatient de voir à quoi peut ressembler un tel bordel. Nous sommes tous déguisés comme des pitres et enroulés ans un papier alu la redoute presque indestructible. Dans la foule, cela fait une chenille ribambelle de quarante zigotos. Cela fout un bordel monstre et c'est très bien comme ça. Nous ne profitons absolument pas de ce qui est exposé, cela est prévu pour le lendemain.

Au soir, dans une rue un peu plus calme, nous mangeons tous un moule-frites. Le constat est fait : nous avons perdu la chaussette magique. (chaussette qui provenait de la réunion de préparation d'une colonie faite en commun avec François et Pierre au Mesnil le Roi). Après avoir mangé, nous allons vers le coin des manèges où l'ambiance est carrément moins bonne. Je traîne avec Alice, Mario et Fanny, légèrement gâté par l'ennui. Retour très tard dans la nuit au Triolo.

9 septembre

Dernier jour de braderie un peu plus dédié à l'achat. Je prends des bouquins, (une cinquantaine). Nous nous accrochons tous des ballons gonflés à l'hélium pour ne pas nous perdre. C'est très pratique. A un moment, je dors sur le trottoir.

Retour vers Maintenon le soir même. Le train pue à mort la pisse. J'ai pas envie de recommencer le boulot le lendemain. Sur la table, un courrier de S. Rull m'attends. Elle m'énerve.

12 novembre

Me voilà parfaitement intégré dans le groupe de jeunes de l'église baptiste de Grenoble. Le pasteur Jean Marc B est typiquement le genre de gars que je recherche. Les discours qu'il nous tient sont extrêmement intellectuels et ça change du " repentez vous mes fils, Jésus est mort pour vous ". Au moins, quand il nous parle de la mort (ou d'autres thèmes très différents de ce qu'on a d'habitude comme la vision prophétique propre à Aggée), il y a matière à réflexion. JM B est cependant fort peu apprécié est c'est dommage.

Le groupe de jeunes, c'est un nom un peu bizarre certes. Disons pour imager que c'est une bande d'étudiants qui a pris l'habitude de se réunir le samedi soir (19h - 2h à quelque chose près). Le temps est d'une manière assez courante divisé en deux parties : un moment de réflexion en commun sur un thème développé à l'avance par l'un des participants, et cela à tour de rôle. Puis un moment de détente : bouffe, répétitions pour les spectacles et moments informels. L'étude que j'ai choisi de faire portera sur : quel origine et quel devenir pour le satanisme en France. Le suivant sera pour avril et sera : l'angéologie.

Le nombre de participants varie entre 15 et 20. Il y a toutefois des gens plus réguliers, des personnes plus présentes que d'autres, des leaders. Le groupe semble en grande partie mené par celles qu'on appelle les trois filles. Une grande partie des gens se réunissant là sont réguliers. Peu sont chrétiens. Peu sont français. Il y a une orthodoxe, un catholique, un anglican, un musulman, des non croyants.

Je connais ma mémoire. (C'est pas terrible). Quelques notes pour quand je serai vieux ; je chercherai les noms.

Dina A : Martiniquaise, fait des études d'ingénieur dans l'informatique. Le visage assez joufflu, la peau brune, c'est quelqu'un d'adorable qui a le cour sur la main. Parle souvent fort, sourit beaucoup, conduit mal en vélo et est très exigeante.

Mirana R : Malgache, études en médecine. Toute petite, la peau crème, un visage extrêmement beau. On ne sait pas trop ce qu'il y a derrière le regard, c'est une personne renfermée.

Marjolaine G : nationalité bretonne. Les cheveux longs, bruns et le visage ovale. Taches de rousseur. Particularité : possède une 104 et tout le monde l'utilise. Caractère de cochon réputé, tout le monde en parle avec une sorte de crainte. Ecole d'infirmière.

Ces trois là habitent le 1A rue Moyrand. Entente très soudée. Difficile à croire d'ailleurs.

Jonathan B : savoyard. Etudes en médecine. La tête pensante, joue sans aucune difficulté les sonates pour violon seul de Bach. Les cheveux courts et le regard limpide. Voix agréable et calme. Roule vite (et très bien) en vélo.

(A noter que nous sommes pratiquement tous en vélo, ça pollue moins).

Philippe. Vient d'Aubagne. Cheveux mi longs, c'est le provençal et fier de l'être. toujours des histoires incroyables à raconter. Agréable à écouter. Etudes en école de pub.

--- Anglaise. Le visage très pur. Les plus belles mains que je connaisse. Personne rêveuse et imprégnée. J'ai l'impression que nous nous ressemblons beaucoup.

--- Réunionnaise. Les cheveux ondulés et la peau mate. Abord facile mais ne se livre pas facilement pour autant. Etudes pour apprendre le français.

Reiner W : Allemand. Travaille au synchrotron. Le fou de Schumacher ! Abord agréable et assez intellectuel. Les cheveux coupés à la brosse, petites lunettes. Accent très particulier. N'aime pas les schwaß.

Emmanuelle G dite la mamma. Vient de Thonon. Cheveux très noirs, voix douce. Etudes en médecine. Parle de façon très proche, c'est dur à accepter.

Les autres personnes sont des gens de passage. Beaucoup plus difficile de les connaître. On ne peut toutefois pas dire que ce que je viens d'écrire, c'est connaître les gens. C'est pour palier au manque de mémoire, c'est tout.

22 Octobre

Soirée divagation dans Grenoble. Avec Carole P du deug de géologie. Nous nous sommes rencontrés parce que portant tous deux une croix protestante. Ça tient à peu de choses la vie ! cette fille est intéressante. Elle est jeune et va se marier dans 6 mois. D'un certain côté, j'admire son courage et sa détermination. Cependant, le fait de se marier à 17 ans serait un peu du genre à me faire peur. Soit. Je ne la critique absolument pas. Nous en parlons beaucoup. Je crois de toute façon qu 'elle a vécu un cheminement spirituel avec ça quelque chose de bien précis.

Place Grenette, lieu apparemment central dans Grenoble. Nous mangeons chinois dans une gargote complètement déserte éclairée au néon et mettant mal à l'aise. Nous avons remonté jusqu'au Rabot. Au passage, un superbe plissement géologique du barrenien. Ce qui est chouette avec cette personne, c'est qu'on peut indifféremment parler géologie, photo, religion, sentiments sans qu'elle soit jamais collée.

23 octobre a

A côté de Philippe en TD. Le deug est lamentable. 45 dans la promo, les échantillons passent à toute vitesse. Un caillou par 80 personne ! Temps pour apprendre à le reconnaître 1 seconde divisée par 80, ça fait pas bien lourd. Je crois que je vais volontairement sécher cette épreuve de reconnaissance minéralogique. J'ai d'autres chats à fouetter. Le système éducationnel français est bien proche de la misère spirituelle en ces endroits là. Surtout que leurs échantillons, c'est pas de la barytine !!!

Philippe a un minolta du pur dernier cri. Il me l'a montré ce matin. Peu de possibilités toutefois, tout est automatique et c'est le genre de truc qui me bourre. Je préfère de loin mon pauvre eos 1000 qui - bien que limité - me permet de choisir mes limites.


Un bon souvenir...

25 octobre

Série de photos de trains du côté du dépôt. Complètement par hasard, je vois un type en train de photographier un train graffité. A la grande évidence, je m'arrête. Je ne pose pas de question. Bonjour, je suis un ancien tagueur parigo. A ouais ? Tu poses quoi ? Néant. Euh. Je précise tout de suite, je posais parce que là, j'ai eu quelques chôpages et je reste discret.

Je tourne les yeux vers le graff. Sène2. Ah ! C'est toi ! (Un des plus actif de Grenoble).

On se fera un wall un jour. Ouais, pourquoi pas. Et d'où ? Bah viens.

Je le suis le long de l'Isère. Il y a un hall of fame de 800 mètres de long. La suite se passera là.

Puis il me parle de ses projets, avec Eris le long de la voie. Eris est un type intéressant, son style est déchaîné. Unique. Je reviens à la Floriaz content de ma matinée. Guillaume me demande où j'ai été. Je lui réponds : à Voiron. Non !!!!!! T'as fait tout ça ?! Ouais. (Alors que je n'étais allé qu'à St Egreve). Il me croit. Ce n'est qu'au soir que je lui ai dit que c'était du pipoberlot.

Hiver

Arrivée de Ninih à la Floriaz. Re-arrivée en fait. Explications : Ninih habitait dans un lieu assez bruyant et, réalisant son sn à Grenoble, désirait déménager pour un lieu légèrement plus calme.

Un soir. Repas avec Guillaume, (qui inonde sa pizza de fromage). Jean-Louis frappe à la porte assez timidement. Bonsoir !

  • Bonsoir JL.
  • J'ai quelque chose à vous dire et il faut que je vous voie sérieusement un instant, c'est possible ?
  • Si señor.
  • Voilà donc. euh. (.) c'est que (.) C'est assez gênant, euh. C'est une demande euh. (.) (...) de toute façon je suis pas pour. enfin si. mais euh. pas sans votre avis quoi ! et puis wueygfjehf. euh.
  • Mouih ?
  • Bon, on va se mettre sur le divan, on sera mieux.
  • Mouih ?
  • (.)
  • Il y a un mort ?
  • Non non, bien sur que non. C'est à propos de Ninih.
  • Mouih.
  • Tu vois qui ?
  • De réputation en tout cas.
  • Bon bah voilà, il veut habiter ici.
  • Oui et donc ?
  • Bah tu le connais, y'a eu de graves problèmes il y a quelques années, enfin. je veux dire qu'au niveau politique, ça s'est pas très bien passé.
  • Oui, d'après ce que j'ai pu comprendre, on essaye de lui faire endosser le rôle d'un pédéraste SS militant le Pen.
  • Euh. c'est pas tout à fait ça Vincent, mais bon, comme je sais que tu es plutôt gauchiste.
  • QUOI ? !
  • Et protestant.
  • QUOI ? ? ?
  • Bon moi je m'en fous, la seule chose que je veux, c'est que y'ait pas de bordel dans cette maison.
  • Ah. Parce que tu crois qu'avec Guillaume, on cause jamais politique ? Tu te fous le doigt dans l'oil mon vieux. Il est roico à mort et alors, ça va très bien !
  • Bon, tu me promets que tu foutras pas le bronx.
  • Je promets rien mais je trouve que c'est normal qu'il vienne. On va pas commencer à faire du racisme ici, non ?
  • Bon.
  • Tu veux de la pizza ?

 

1997

Ce journal est ancien, merci de pardonner le style.

 

Printemps

Suite arrivée Ninih à la Floriaz. Une énorme bagnole noire se gare dans l'allée. Je n'ose pas aller voir de près mais je sais que c'est Ninih et. certainement de ses proches. Ils montent des caisses dans la chambre bleue. En repartant, ils ont laissé un sac dans la cuisine. Il est plein à craquer de cd. Celui du dessus est le requiem de Fauré, version Errato. Une version assez lente et agréable d'ailleurs. je ne découvre qui est Ninih que quelques jours plus tard. D'une façon assez distante. Je crois que la timidité joue beaucoup. Le courant ne passe pas du tout avec Émeric qui est là de passage de temps en temps. Sinon, tout va bien. Je crois que le maître mot dans tout ça, c'est la simplicité.

Avril

Tour des monastères avec Ninih.

Départ de Meylan assez tôt le matin. Nous n'avons prévenu personne de la destination de notre séjour. Jean-Louis se ferait à la fois inquisiteur, réprobateur (et commère pour tout savoir). Il n'y a que Guillaume qui en sache un peu. Malgré certains comportements étranges, notamment en ce qui concerne les chiens, je sais que je peux lui faire confiance pour ce qui est de la discrétion.

Triors - petit tour du côté de l'abbaye de Triors, c'est la troisième fois que j'y mets les pieds. Suite au séjour de trois jours réalisé précédemment, je connais les " rites ". Enfin je veux dire que je suis beaucoup moins étonné par certaines particularités. Le père abbé me semble quelqu'un d'assez sec. Par là, je veux dire autoritaire, une attitude qui ne laisse pas de place à l'hésitation. Je pense que c'est dans son rôle d'avoir cet aspect un peu patriarcal. Il reste toutefois quelqu'un de très humble, d'un abord somme toute agréable. Je cache ma croix protestante parce que je veux avant tout ne pas l'offenser. Le repas est frugal. Terrine de sanglier excellente et beurre. indescriptible. Le principal n'est pas dans la bouffe, il faut bien le reconnaître. Ce qui m'attire ici n'est pas la messe en elle même, je ne comprends pas tout. Ce ne sont pas les moines non plus parce que finalement, on a peu de contacts. C'est l'ensemble tout entier plongé dans un calme où le temps n'a plus grande importance. On se retrouve beaucoup mieux avec Dieu débarrassé du carcan des soucis quotidiens. Le père-hôtelier est quelqu'un de très cordial. Respectueux aussi. Je pense que le monastère rend les gens beaucoup plus aptes à l'écoute.

Nous ne dormons pas sur place.

Clermont-Ferrand - Ninih est fatigué. Je regrette beaucoup à cet instant là de ne pas savoir conduire pour pouvoir le remplacer. Je ne lui dis pas parce que ça ne sert à rien. je ne peux rien faire.

Avant d'arriver là, nous avons fait un tour du côté de l'aire des Suchères. Là où y'a une colonne écroulée. Symbole maçonnique évident. Photos la nuit. Ils sont partout ! Ballade rapide dans CF. cathédrale noire. Puis Macdo. CF est le symbole d'une province profonde. Vers 23h, nous rejoignons un hôtel formule un dans une espèce de zone industrielle douteuse aux routes très larges. La fenêtre est triangulaire et toute petite. Ninih dort en haut et moi en bas. Lit de monastère.

Randol - Il s'agit d'un monastère centrale atomique. La nef est ronde. De l'extérieur c'est immonde. De l'intérieur un peu mieux. Nous ne restons que pour la messe. Un moine très très vieux qui savait à peine marcher, soutenu par deux autres et qui chantait faux. Cela m'a touché. Le don de sa personne à Dieu jusqu'au dernier instant.

Direction Millau. Nous mangeons un aligot. Pas trop mal. La bonne femme blonde qui sert est un peu vulgaire toutefois. Causse Méjean. Ninih visite l'aven Armand pendant que de mon côté, je retourne voir Hures la Parade, la cabine téléphonique d'où j'avais téléphoné à Claire. Je lui ai dit que j'allais faire un tour à pied, je ne pouvais lui en dire plus. Au vu de ce qu'il savait de mon histoire à l'époque, il aurait trouvé le but de ma ballade futile. La cabine est là. Toujours exactement pareille. J'ai eu la gorge serrée et j'ai pas réussi à la prendre en photo. Ninih revient et nous nous dirigeons vers le chaos de Nîmes. Cela ne casse pas trois pattes à un canard. Je ramasse un échantillon de terre et une plumette, une plante spécifique aux causses. Tenter de faire pousser ça à Meylan. Suite des événements à Meyreuis, l'une des petites villes que je préfère en France. Nous mangeons dans une crêperie. Américains bruyants juste à côté. Je regrette que Hollin, le boucher, soit fermé. Je me rappelle de ses saucissons. Longue route ensuite. Pour arriver vers 19h, heure de rv à . (nom oublié) du côté de Corbières (non loin de Narbonne). Monastère un peu étrange. Quelques ressemblances avec un château, il y a des redans ! Le père-hôtelier est un petit gars prolixe avec des chaussures noires qui ressemblent presque à des sabots. Il gesticule beaucoup en ne laisse pas le temps d'en placer une ! Vêpres, (ou complies) dans une grange très bien retapée. On est juste à côté des moines, c'est agréable. Le grégorien y est un peu rustique mais très juste. J'apprécie particulièrement le fait que la salle ne donne pas de résonance ce qui fait que je peux apprécier le grégorien véritablement tel qu'il est. La complexité du chant me dépasse souvent. Avant d'aller dormir, le père-hôtelier nous fait monter en haut près des redans. La région vinicole est jolie. Nous dormons dans des chambres situées dans un ancien corps de ferme. C'est très rustique et on ne peut plus agréable. J'insiste pour les mâtines. Ninih n'est pas spécialement contre. Mâtines donc. Long, pur et excellent. Je suis rassasié de chant. Maintenant j'ai faim ! Nous sommes très proches des moines. Nous mangeons ensemble pour ainsi dire, (ambiance très différente de Triors où les hôtes sont sur une table à part quand ce n'est pas une pièce à part (petit dej avec le père Anderson)). Départ juste après la messe. J'en profite pour acheter tous les livres correspondant à la liturgie en latin (tierce, sexte et none.)

Ste Marie de la mer. On remonte vers Montpellier. L'intention de voir la cathédrale Ste Marie de la Mer. Le parking est cependant payant et exorbitant, demi tour. Ninih me demande si je veux aller au Barroux. Mais oui bien sûr ! Passage par Carpentras et plus tard dans la soirée Orange. On ne peut pas dire que je m'y sente à l'aise. Je respire mieux à la sortie de la ville, c'est psychologique.

Le Barroux. Ils sont à l'heure d'hiver ce qui fait qu'il y a une heure et demi d'attente pour les vêpres. Nous allons à la porterie. Ici, c'est moine commercial. Il y a un monde fou et tout fait cliché. On cherche l'authentique, on a l'impression qu'il y est moins. Il fait très chaud. Fatigués. Sur le parking, garé à côté d'une bagnole blanche, nous décidons de rentrer sans attendre plus longtemps.

Retour. Manger pizza mc cain. Puis dodo. ¦-o

17 avril

Jean-Marc Bittner m'avait demandé de présenter à l'église le parcours de ma conversion. Cela par un discours ou. quoi que ce soit qui soit approprié. Quoi que ce soit vraiment ? J'ai trouvé la démarche assez gênante, J'ai accepté je crois pour lui faire plaisir mais il y aura un gros travail sur moi même à faire.

J'ai refusé de raconter cela lors d'un culte. J'estime que le temps religieux du dimanche matin est réservé à un déroulement assez simple, stable et accessible à tous. J'ai choisi d'attendre un peu, la soirée théâtrale en fait, pour participer.

Loin de vouloir faire comme d'autres qui prennent le micro et font : je me suis converti à l'âge de huit ans et gnagnagnagnagnagnablabla interminable, j'ai décidé d'aborder le thème avec originalité et beaucoup de travail. Pas d'improvisation, pas une seconde d'impro. Un one man show. Très difficile. Surtout devant 140 personnes dont des très jeunes, des très vieux.

Mon parcours ? Ma conversion ? je l'ai imagée comme elle a été. Et c'était pas avec des fleurs. Seuls sur scène, 12 derrière qui m'ont aidé pour un quart d'heure. Au programme, c'était un décor. Tout d'abord ramener une ambiance en quinze secondes. Tout préparé à l'avance, il n'y a eu qu'à tirer. Pas de vide. Les gens qui ont tiré le décor étaient déguisés. En prolos, ouvriers, immigrés, etc. Un décor sale. Un peu vide. La suite, c'était l'arrivée sur scène. Je déboule du fond de l'église poursuivi par un flic. Habillé comme j'étais à l'époque. Je me cache derrière le baptistère. Le flic passe, s'en va, je reste.

Et quoi ? Le plus dur maintenant. Causer. De manière à ce que ça ne fasse pas babillage. Surprendre, changer, animer la scène, rendre le spectacle vivant, avec cela comme contrainte que le message à faire passer est à volonté " profonde ".

Révolte, drogue, violence. Les enfants s'en prennent plein la vue. Ils sont à un mètre. Je dois leur paraître le méchant mais en aucun cas les intimider. C'est réussi d'ailleurs parce qu'à un moment, y'en a un de quatre ans qui a touché ma chaussure par curiosité - il voulait défaire mon lacet.

Ambiance feutrée, peu de lumières, du bleu surtout, un peu de vapeur faite avec un fumis. Je gueule parfois, je crache. Les vieux m'ont avoué avoir été interpellé par la violence de ma mise en scène. Je ne crois pas que JM Bittner aura souvent des témoignages de la sorte ! A la fin, je disparais dans un halo de brouillard et dans un relent d'encens. Le spectateur est interloqué par une disparition qui est très nettement attendue. Beaucoup m'ont demandé si c'était vrai.

début avril

Dossier sur l'écriture de la nouvelle Phénakistiscope.

Un phénakistiscope est un objet ancien. Les premiers pas du cinéma, un cylindre dans lequel il y a des images. En faisant tourner le cylindre à une certaine vitesse, les images s'animent.

L'idée est venue durant le cours d'art paysager. Tout à commencé au propos du jardin de Ville à Grenoble. Ce jardin est un site relativement dégradé. Le travail demandé était de recréer un jardin en cet emplacement en tenant compte du fait de la présence d'un parking souterrain juste en dessous. (Dalle béton, faible portance, évacuation des eaux, etc.)

Visite du site un matin. Première étape demandée par la prof : réaliser un texte sur la façon dont on avait vécu la visite du lieu. Je fus assez embêté par cette demande parce que je ne me sentais pas trop de décrire un univers rempli de crottes de chiens. J'ai donc complètement transformé la vision. J'ai oublié le sol et le ciel ; le temps aussi. De ma visite, je n'ai gardé qu'une seule chose : une image figée.

Ce matin là, il y avait beaucoup de monde et je m'ennuyais. J'étais donc très observateur. Et non loin de la statue-fontaine bizarre à moitié en forme de pyramide, avec un gugusse dessus, j'eus le thème de mon histoire.

La base, une image, un fait. Le passage d'une femme très belle. Fugitive. Le visage un peu ovale, les cheveux très noirs tirés en arrière faisant une natte, les yeux noirs aussi. Les aspect physique ont eu peu d'importance je crois, il est de fait que cette femme avait un aura, un regard captivant. Bref, pour ne pas m'étaler inutilement, je dirai que ce flash m'a servi de point de départ pour imager les contraintes demandées.

Prendre cette femme réelle dans ce lieu réel. Sur les deux trois premières lignes, être dans la vérité. Puis par un effet romanesque, venir imaginer une suite, entièrement travestir la réalité.

Le devoir rendu, j'ai eu 19/20. Je pense que c'est nettement trop - de loin la meilleure note de la promo. Quoi qu'il en soit, je ne demandais pas à être noté, cela est certain. Le fait du jardin de ville est expliqué. C'est surtout cela qui compte. Parce que ce lieu ne m'a pas charmé.

Il s'est passé un temps assez conséquent avant que je ne reprenne la suite de ce texte. Le temps nécessaire à lire " du côté de chez Swann " de Proust. Livre que j'ai d'ailleurs entièrement lu dans ce jardin. Le temps ainsi passé dans un ennui assez profond, (je n'aime pas Proust), m'a permis de prendre conscience des mouvements et de la vie du jardin.

Mon personnage mystérieux sera donc Nora. Nora est mystérieuse. De là, j'invente un type amoché, un peu mal dans sa peau. L'illustration parfaite de l'album Boire de Miossec. Ce type a rencontré Nora. Je le prends, fait d'imagination et je le mets en moi lorsqu'il a croisé Nora. Il réagit différemment. D'une façon extrême et peu compréhensible. Il s'entiche sans raison, il suit, il imagine et prends son imagination pour une réalité.

La suite se passe rue Vieille du temple. Une rue adjacente dans le vieux Grenoble. La place Grenette aussi dans laquelle tout Grenoblois reconnaît une image mentale. Le récit évolue de façon un peu anarchique au gré du mental du narrateur. Celui-ci est très instable. On retrouve aussi la gare de Grenoble. Lieu de transit. Le récit se perd dans des pérégrinations absurdes. Le jeu des petits avions en papier en est l'exemple parfait. Celui des mouchoirs aussi. De ce fait, le récit devient bancale. L'absurdité fait que l'on se demande si l'on est dans un conte ou une réalité. Il s'agit en fait de la réalité transformée par l'esprit du narrateur. Un mouchoir rougi de sang est plutôt marron qu'autre chose à cause de la coagulation.

La fin du récit est sans queue ni tête. On a du mal à y croire, cela fait livre à la Host en somme. Une histoire qui ne peut qu'exister dans un bouquin. Peut-être.

Nora est un des rares livres ayant eu un support papier pour manuscrit. (pour le reste, je fais en live à l'ordinateur). Le papier était de toute sorte. L'écriture peu limpide, rayée de partout. Je crois que pour ce récit, j'ai voulu d'emblée faire trop compliqué. Il en est résulté un style plutôt ampoulé. Le fait d'avoir repris cette écriture au moins quatre fois n'a pas apporté que du bon.

Helène

Les lieux d'écriture ont été assez divers. A Grenoble dans l'appartement, une bonne partie au jardin lui-même, sous un lit à Haverskerque (si, si !), puis à Maintenon.

Le fait d'avoir choisi Nora comme personnage est totalement inexpliqué. Je ne saurais dire autre chose que : ça me faisait plaisir. Le fait que je lui ai donné ce texte est autant inexpliqué ! je ne saurais dire autre chose que : j'espère lui avoir fait plaisir. Je n'ai jamais su d'ailleurs. Mais cela n'a pas d'importance parce que je n'attendais pas de retour. Ce qui est difficile à percevoir, c'est le côté innocent de la démarche. J'avais eu un jour comme commentaire : " j'aurais été Nora, au vu du contenu du récit, j'aurais eu peur, (déclaration d'amour faite de façon détournée, état d'esprit de tordu) ". je crois que ce genre de commentaire est une simplification un peu outrancière de mon état d'esprit. Il y a dans cette vision des chose des faits qui me sont étrangers, comme la non-gratuité d'un geste. Je sais bien que cette démarche n'était pas innocente. Toutefois, à trop réfléchir des pour et des contre, on finit par ne plus rien faire. L'essentiel de mon caractère est là : agir en essayant de faire bien et tant pis si c'est risqué.

Le récit Phénakistiscope est le point de lancement d'une lignée de textes tous plus ou moins liés les uns aux autres. Zola a décrit une famille dans tous les sens, Leroux lui prend le même personnage dans beaucoup de livres (Rouletabille), Balzac décrit une foule de gens plus ou moins liés. Et bien, mon but est de décrire un monde entier tournant autour d'un personnage. Nora est le personnage central de mon activité pitoyable romanesque. Cela ne veut pas dire qu'elle est dans tous les bouquins. Mais il y a forcément un tout petit morceau qui ressort quelque part. Cette volonté n'est pas pour faire comme Aragon : mille milliards de pages sur Elsa. C'est plutôt dans le but de donner un fil directeur à mon roman en général. Les histoires ne sont pas couplées, elles ne sont pas liées, ou peu. Le but est d'imager une vie par une foultitude d'écrits n'ayant presque rien à voir. Il ne me semble pas nécessaire d'expliquer en long et en large que la vie imagée dans les livres n'a rien à voir avec la vie de la vraie Nora. Le prénom utilisé est un prétexte.

Pour terminer, je signalerai que Phénakistiscope n'a pas une seule ligne autobiographique contrairement à la nouvelle juste suivante : Le nuage.

Avril

Décision un peu folle aujourd'hui, voire complètement : je vais porter Nora à Nora. Le manuscrit est propret, je l'ai entièrement recopié avec une écriture lisible, il y a même une couverture. Ça fait une quarantaine de feuilles a4. J'avais pas d'enveloppe, je l'ai foutu dans une pochette rose. J'avais pas de stylo, j'ai écrit pour Nora au feutre vert. Un peu cracra, oui je sais, mais faut dire que y'a vraiment rien dans la maison de mes parents.

Où habite t'elle ? Qui est-elle ? Des questions qui resteront à jamais sans réponse. Ça fait 8 ans que je sais plus du tout ce qu'elle est devenue. Au pire, je l'imagine en prépa littéraire. Comme ça elle rigolera bien de mon écrit de merde avant de le foutre à la poub.

Je suis parti vers 23h30, il pleuvotait légèrement. J'ai regardé dans le bottin, ses parents habitent au 2 impasse des terrasses. J'imagine qu'elle. elle est ailleurs évidemment, m'enfin, le minitel à la poste de Meylan ne me dit rien qui vaille le coup donc. au moins pire on dira. J'ai monté la côte. Je me suis dit qu'elle l'a montée au moins 500 fois dans sa vie, si ce n'est plus. J'ai trouvé sa maison assez difficilement. Je me suis d'abord paumé dans la rue des terrasses. En fait, l'impasse n'a que deux maisons, c'était juste à côté mais fallait le savoir.

Glissé le paquet avec regret. Mon dieu qu'est ce que j'ai fait là ? L'envie de chialer me tenaille un peu mais j'oublie vite. Je sais bien que je n'ai aucune légitimité, je sais bien que mon acte est par dessus tout complètement débile. Le fait que je ne suis qu'un gros tas de merde m'explose bien malheureusement en pleine gueule.

Oublier oublier. J'ai rien fait. C'est pas moi. Ne m'en veut pas Nora de ce que je ne suis qu'un puant.

Retour à la maison. Cafard.

Juin

Soirée Waterzoi à la Floriaz. J'avais prévenu à l'avance JL que 17 personnes viendraient un samedi soir. Je m'étais permis cela parce que je savais Guillaume sorti et Ninih absent. Avec l'accord de big chef JL, c'était bon.

Finalement, ce sont 24 personnes qui sont venues. (tout le groupe de jeunes). J'avais préparé durant toute la journée un waterzoi de volaille à la bière, une spécialité du Nord. Nous avons installé les tables dans l'allée, ce fut délicieux, un peu trop cuit malheureusement. Nous avons alors décidé de faire un grand championnat de volley. Jean-Louis est arrivé en pleine demi finale. Il n'en croyait pas ses yeux. Tant de monde et si peu de bruit !

-Et bien ! Si vous voulez, y'a même le ping pong !

Je crois que là où JL a le plus halluciné, c'est quand il a vu Philippe bricoler dans la vieille bécane.

-Elle marche encore tu sais.

-oui oui.

Et prout prout prout, énorme nuage noir. Ah ah ah !

Guillaume de Villenaut est rentré vers 22h30, harassé par la cote. il a dit un bonsoir timide et a été se coucher. Par respect, nous sommes sortis.

14 août

Compte rendu détaillé du tour de France en auto-stop.

Départ le 14 au matin très tôt de Montauban. Pas fâché de quitter cette colonie qui finalement s'est très mal passée. Le sud est facile pour le stop. Rien à signaler. A tel point que je suis à Colmar le soir. Un peu triste même, il n'y a rien à raconter à part les étapes : Albi, Montpellier, Nîmes, Avignon, Valence, Lyon, Dijon, Vesoul, Colmar.

A Colmar, je revois la Meuh. Nous nous étions donné rendez-vous, je n'avais qu'à dire une heure. Elle est venue. C'est marrant de voir comme elle à grandi. Son visage s'est un peu affiné depuis l'année dernière. Elle a les cheveux un peu plus longs aussi. Je crois que ce qui fait l'étrangeté de son regard, c'est le fait d'avoir des yeux en amande avec des tous petits plis en dessous. Le noir lui va bien, je ne sais dire pourquoi. Pas timide pour un sou en tout cas. On prend un café puis je m'en vais.

Je me dirige vers Rouffach pour trouver un coin où pioncer. Je passe devant une usine où y'a des tonnes de bouteilles de vin. Marrant. Je finis par tomber dans un coin un peu maraîcher. Une aire d'herbe qui me semble calme. Je pose mon sac de couchage, le pantalon en guise d'oreiller. Sauf que. Oui sauf que. Ouah ouah. Oh non. Un clebs. Bref, aboiements interminables. JE HAIS LES CHIENS. DE TOUT MON COUR. Obligé de trouver un autre coin à minuit. FAIT CHIER LES CHIENS. HAINE. Je suis nu pied et m'enfonce soudainement dans de la boue. Ah c'est pas vrai ! ! ! Après moult pérégrinations, j'arrive enfin à me poser dans un coin tranquille.

15 août

Lever à 7 heures. Je traverse Colmar à pied. Place machin, y'a quelqu'un qui avait oublié ses clefs sur un truc à pub. Ville traversée éclair, je me retrouve de l'autre côté, Colmar Nord. Zone industrielle. Au bout d'une heure, deux personnes très étranges me prennent. Le mec semblait vouloir me refiler sa femme - et ceci d'un commun accord. On ne peut pas dire que j'ai été complètement à l'aise. Lâcher au péage à Sarreguemine. Un jeune me prend, clio verte foncée. Il roule très vite. Lâcher à Briey. Briey est une ville de con à ce qui paraît. Au bout d'une demi heure en plein soleil, je suis pris par une dame rousse. Petit détour par Maizière les Metz, elle a une course à faire puis lâcher au rond point qui mène à l'autoroute. Il est 10h30.

8 heures de poste. Rien. Personne ne me prend. Insultes, un gars fait trois fois le tour du rond point, il a un mégaphone sur le toit et me dit : connard connard connard. Des bras d'honneur, un autre essaye de me cracher dessus. Il fait 5000° et je crève de chaud. Une seule solution, rejoindre le péage d'Auboué. Avant de partir, je croise un français et deux polonaises. Il viennent de là bas en stop. Le gars est très sympa. Il me propose un coup de schnaps. J'évite, de peur de me retrouver assommé, (j'ai rien dans le ventre). Il me donne un fly, (bout de carton pour marquer la destination, j'avais usé tous les miens à partir de Colmar).

20 bornes faites à pied. (Nu-Pieds parce que j'avais envie). A 21h30, je téléphone à ma mère pour lui dire où je suis, d'une cabine sur le côté droit d'une route pavée. Auboué est un petit village étrange. Il y a des banderoles partout que je ne comprends pas. Des revendications il me semble. Superbe départ de mongolfières. Je m'en souviendrais toujours.

Je coupe à travers champ et rejoins enfin le péage à 23h30.

Je réussis à convaincre un camionneur espagnol de me prendre mais il se fait arrêter par les keufs. (on a pas le droit de camionner le 15 août). Dodo donc, sur le bord de l'autoroute. C'est la chiotte, j'ai rien à bouffer.

16 août

J'ai la tête dans le cul comme c'est pas possible. Une allemande me voit. Elle me dit Sprechen zie gût fûr alleswerken, enfin. quelque chose qui ressemble à ça. Je comprends rien. Elle me montre sa bouche en faisant signe manger. Ah ouais ! ! ! Bien sûr ! Je retrouve un sourire. Et sans que je puisse rien faire, elle me colle un salami, deux poivrons et un méga pain dans la main + un cola de marque inconnue. J'en ai carrément les larmes aux yeux. J'ai une pièce de 20 francs dans les mains, sans qu'elle ait le temps de réagir, je lui donne. De toute façon, j'avais pas plus.

Sa gentillesse gratuite me scie complètement. C'est clair : plus tard, c'est à dire dès que je rentre, je serai comme ça. Je le veux. Ca fait trop de bien au cour.

Poste. Personne ne s'arrête encore une fois. Mon Dieu, c'est dur !

11h30. Enfin ! Un type s'arrête. une camionnette blanche avec un insigne kabyle sur le derrière.

  • Tu vas où ?
  • A Paris.
  • Ouais, c'est bon, monte !
  • Ouah ! Super !

Le type portait des lunettes de soleil super branchées. Je ne me souviens plus de son prénom. Il m'a raconté des histoires terrifiantes tout le long de la route. " J'étais au Brésil avec un pote. On vivait aux crochets d'une nana super riche et vachement belle. Y'a un soir, on s'est baladé je sais pas trop où. Sans le faire exprès, on s'est paumé, y'avait plein de monde. Je me suis retrouvé sur une lande un peu étrange au bord des falaises. Tout d'un coup un type me braque. Militaire, assez jeune. En fait, j'étais rentré sans le faire exprès dans une zone militaire hyper défendue, j'avais pas vu les panneaux, y faisait nuit. Le gars y me fait : ton froc où je te descend. C'était un super froc qui valait vachement cher. Je l'ai viré. Y me fait : maintenant, je vais te buter, tu devais pas être là et j'aime pas piquer les frocs aux morts. Il a armé son truc. C'est bizarre, on aurait dit qu'il avait peur. Je me suis sauvé en courant tellement j'avais les chtouilles, à moitié à poil. Je me suis retrouvé en pleine nuit perd comme ça dans une ville que je ne connaissais pas ".

"  A l'époque, je descendais dans les catas. C'était chaud parce que y'avait plein de skins. Un jour, y'en a un y m'a fait : j'ai le sida mec, et je vais te piquer. Les pétoches, le gars il était pas net mais il était hyper dangereux. Je lui ai foutu un coup de pied dans le bras et je me suis tiré en courant ".

Je m'excite alors. La vache, ça fait un an que je la cherche cette entrée !

"  C'est rue ***. Y'a la rue ***, bah tu prends sur la droite. Tu continues 500m, y'a ***, c'est un trou à droite ".

S'ensuivent mille et unes histoires abracadabrantes. Le gars est camionneur autonome. Là, il transporte des radiateurs de volswagen. Il habite Bondy et est marié à une black.

Il me lâche porte de Montreuil.

Donne moi ton adresse, je t'enverrai une carte. Il me la donne.

Métro. Puis train jusqu'à Maintenon. Ça me fait un beau trois quart de tour de France. J'ai les pieds très noir et je suis très heureux. A Paris, ce sont le JMJ.

Nota : j'ai perdu l'adresse. Certainement dans le métro. Malgré des recherches très poussées, (j'ai téléphoné à tous les camionneurs de banlieue nord), je n'ai pas retrouvé le type.

Je me suis dit : tout ce qu'il m'a raconté, est-ce que c'est du pipo ? C'est bien simple. Si l'entrée des catas, c'est bien ça, c'est que c'est vrai, si l'entrée des catas, c'est pas ça, c'est qu'il m'a blousé.

L'entrée des catas, c'est bien ça.

Fin août 97

Rendez vous je ne sais plus où avec Ninih probablement un matin à une gare quelconque pour un tour en région parisienne.

Cergy Pontoise, visite de l'axe majeur de Dany Karayan. Je ne sais vraiment pas comment il a réussi à être au courant d'une telle chose, enfin, voilà les faits tels qu'ils sont. Il existe à Pontoise une machine infernale située sur l'axe arc de triomphe - arche de la défense qui a pour but la destruction totale du monde. Un autel se mettra à vibrer et enverra un rayon laser qui viendra pulvériser l'arche de la défense et la planète entière. C'est à peine romancé. Le lieu, maçonnique à mort, et ainsi :

Une gigantesque place complètement vide en gravier. Un axe qui coupe cette place en deux. Au bout d'un côté : un autel en pierre noire. De l'autre côté, une tour blanche, carrée, penchée. Il paraît que nous pouvons avoir les clefs à la mairie. Nous filons.

Clefs données semi-aimablement, nous grimpons les escaliers. Dedans, y'a rien. C'est du béton et c'est tout. Ah merde, pas de machine ultra secrète ! En haut y'a rien non plus. J'en profite pour faire un panoramique gigantesque.

Nous poursuivons les investigations un peu plus bas mais y'a vraiment rien.

Nous garons la voiture à la gare. J'achète un ticket valable pour la journée : 80 balles. Putain, Paris ! ! ! je prends en photo un rer pour mes photos de train. Direction St Denis. Tram, (le nouveau). La Basilique. Le centre de St Denis est d'une mocheté absolue. La basilique est planquée. Elle est très belle et y'a pas un chat. Belle visite. Les gisants sont impressionnants. Au vu du prix et de ce qu'il y a à voir, c'est pas mal.

Direction Paname ensuite. Dans le 7eme, nous allons dans une librairie : Desquesnes diffusion. Librairie de fachos. :-( J'en reviens pas des livres exposés. Je ne suis pas à l'aise.

Retour à Pontoise. Ninih me laisse sous la défense. Je prends le RER pour rentrer et je suis hyper en retard par rapport à l'heure que j'avais prévue ! Inquiétudes de toutes parts, rien de grave toutefois. Le ciel est gris et lourd.


Portrait de Krzyzanowski, toujours présent dans mon portefeuille

4 septembre

Découverte des catacombes.

Suite aux indications du camionneur de Metz, nous avons été, Renaud et moi, chercher l'entrée des catacombes. Il y a effectivement ***, tout de suite en arrivant. Au bout de 500 mètres, une plaque d'égout. Ouverte, elle révèle un fond comblé. Plus loin, une seconde ***. C'est exactement ce qu'il m'a décrit. Au bout de 500 mètres, un tas de déchets. Un trou dans le sol. A coup sûr c'est ça. Je m'engouffre.

Arrivée dans un croisement de galeries. Ouais ! Il avait donc dit vrai.

Visite. C'est très bordélique. (Je sus plus tard que je me suis dirigé vers l'aqueduc de la vanne jusqu'au croisement de la vache noire). Renaud n'arrête pas de se cogner la tête et en a marre. Direction la sortie donc.

Nous faisons le retour à pied jusqu'à Montparnasse avec des masques à gaz de la guerre 40. Les gens n'osent pas nous regarder, ils ont peur. C'est à cause de la pollution de l'air que je leur dit. Personne rigole. Qu'ils peuvent être chicon dans le cul ces parisiens.

5 Novembre

(Rencontre avec Emmanuel ***). Je suis parti au matin à 7h24 avec mon père pour me rendre aux kta. Le contraste est amusant. Lui est habillé en costar tandis que je suis en bottes. Sur le quai de la gare, nous rencontrons Sabiot. Il est très chiant. Arrivée à Montparnasse, nous nous séparons mon père et moi. Je me rends jusqu'au métro glacière. Puis ensuite, je me dirige vers ***. J'arrive à 9h30.

Je commence à aller sur la rue ***. Là, deux types : putain, ils ont re-creusé ces cons ! (Ce sont des vigiles qui font des tours d'inspection de la pc, ils venaient de se rendre compte qu'une nouvelle chatière vient juste d'être percée pour rentrer dans le réseau. Leur tournée d'inspection se terminera inéluctablement par une injection de béton dans les jours qui viennent). Mort de peur, je me cache dans le creux qu'il y a sur le côté, les anciens passages pour les gaines électriques. Je me faufile dans un truc qui fait cinquante centimètres de large pour à peine plus haut. J'entends les types passer, je respire un peu mieux et attends.

A 10h00, je décide de sortir. La chatière est en coude. Une descente d'abord de 80 centimètres, un petit décrochement sur la gauche puis le passage long d'un bon mètre et demi. Elle est beaucoup plus petite que la précédente. Surtout très discrète ce qui évitera l'intrusion d'un trop grand nombre de bouffons dans le réseau. On arrive directement dans la rue *** maintenant. On peut voir allègrement le précédent coulage, c'est pas joyeux.

Je me dirige dans le réseau sans plan, je connais par cour maintenant. Je me fais une thématique Bunker. Montaigne, Laval., des endroits souvent très graffités et salis mais de bons restes malgré tout. Je pousse jusqu'à la rue Madame et le secteur Odéon, ce qui est très loin. Les galeries sont parfaitement propres.

Je mange à l'intérieur, me ballade un peu partout et ressors vers 19h30. J'ai rendez-vous avec Emmanuel à 23h00. je ne l'ai encore jamais vu. Je l'ai connu par le biais d'internet. Il arrive juste pile à l'heure. J'étais en train d'attendre au niveau des abris sur la gauche quand on arrive. Il me fait un coup de maglite pour me dire que c'est bien lui.

Nous descendons et faisons un parcours : salles à la mode : HB, Zoggotunga, cabinet minéralogique, salle du miroir, salle rouge. Nous mangeons un chili chauffé avec de l'alcool à brûler dans une cannette de coca, pas mal la technique !

Sortie à 4h30. je rejoins Montparnasse relativement épuisé. Train puis sommeil conséquent !

26 décembre

J'ai entamé les recherches. En premier, j'ai été voir Denise Rozenker. Elle m'a ressorti un cahier où il y avait tous les noms de tous ses élèves. A noter que Gwladys n'est pas Léa Vaillot, mais Gwladys A, 9 route aux chats, (voie forestière bien évidemment). Bilan de la recherche : Claudia Dorkeld, Martial Jehanet, Nicolas Moreau, Caroline Pantogeat, Guillaume Pouiller, Stéphanie Cochelin, Jérémie Chenal, Florence Ledru, Ginette et lilianne. Yohann Legal, Nicolas Bourgeois, Fabienne Santus, Stéphanie Ridon, Denis Eynaud, Cyril Touret, François Boyer, Christelle Collin, Céline féron, Christelle Androuin, Thomas Saintin, Yannick Rivière, Flore Olivarez, David Ledru, Nathalie Parcigneau, Céline Derrien, David Ledru, Olivier Vermeire, Delphine Ziller. Le soir, j'ai été voir Céline Derrien, rien de nouveau.

27 décembre

Echec du côté de M. Pouiller, il n'a gardé aucune note. Pour le collège, rien à faire, je ne peux consulter les cahiers d'appel. j'ai été voir mme cochelin. Bilan positif : Sébastien Daigneau, David Dorkeld, Nadia Kadiri, ... Richard, Christelle Androuin, ... Deupleuchin, Stéphane Marchand, Jean-Robert Mickaëlli, Mickaël Amar, cédric Moulière, Virginie Raffray, David Riverain, Vanessa Morin, Samuel Boidin, ... Larsonnier, Bastien Coulon, Jean de Carvallot, Gwladys A, Cyril Cailleraud, Stéphanie Constand, Séverine Girard, Arnaud Beldon, Céline Bonville, Stéphanie Troffleau, ... Glotin, ... Le Coant, Stéphane Barbé, Sébastien Lacroix, Patrice Droué, ... Drouville, Lucia Ponzzio, Monique Fadda, Claire Gonnon, Caroline Parguez, Benoit Rideau, Nicolas Rodier, Ingrid Wibaut, Delphine Leblanc, Carole Guignard, ... Déodato.

Maternelle : Christelle Androuin, Jérémie Chenal, Christelle Collin, Claudia Dorkeld, Céline Feron, Nathalie Fontpudie, laurence Guy, Denis Eynaud, Florence Ledru, Johann Legall, Nicolas Moreau, Nathalie Parcigneau, Alexia requin, Thomas saintin, fabienne Santus, Mickaël Viot, delphine Ziller, Mickaël Amar, Gwladys Adler, Elsa Buisson, Stéphanie Cochelin, Bastien Coulon, Willy Es-Saïdi, Séverine Girard, Laure Guy, Sandrine Marbeuf, Benoit Rideau, Bernadette Sing, David Tellier, Carole Yessayan, Fouad Yahia chérif, Stéphanie Tripoteau, Sandrine Mabrouck.

Ouf !

28 décembre

J'ai été chercher Fanny à la gare du Nord et nous sommes descendus à Grenoble. Très fatigué.

29 décembre

Premier jour au chalet. Descente en luge et bonne ambiance avec Corynn, venue directement de Martinique.

30 décembre

Journée ski de fond à Corrençon. Après midi détente.

31 décembre

Matinée au Belvédère. Ballade à pied sur une ancienne piste. Le soir du réveillon chez Christel. Un peu chiant, très fatigué encore une fois. Le reste du séjour a été passé à travailler. Pas le moral samedi.

 

1998

16 janvier

C'est bizarre, j'ai plus envie de voir personne et pourtant, je continue mes recherches. Hier, j'ai dit adieu à Ninih. Je lui ai simplement dit de faire attention au père-abbé, pour qu'il ne se fasse pas couper les cheveux trop courts. Façon simple de partir sur un thème léger - presque sans intérêt.

J'ai retrouvé l'adresse d'Hélène : 16 rue David d'Angers ***. Rangement des manuscrits + tri des courriers. Deux caisses.

21 janvier

Coup de téléphone de Gwladys A. Elle avait l'air très méfiante au départ. Mais tout s'est arrangé. Je lui ai envoyé un doc d'archives. Toujours pas de réponse de Nora. Niveau recherches, ça bloque pour Laurence.

22 janvier

Coup de téléphone de Jean-Louis et Ninih aussi. J'ai fait à manger pour Sara L. On a discuté pendant trois heures. Philippe est passé chercher son linge et demain, Marjo va faire du ski.


Un bon souvenir...

23 janvier

Reçu courrier de Gwladys, elle m'a envoyé une photo et... c'est fou ce qu'elle a changé ! On s'en doute, ça fait 12 ans dans la vue. Ce soir, j'ai mangé chez Marjo, y'avait les parents de Mir+. Il parait que les yaourts PMS lui ont fait plaisir. (Nota : je ne sais plus ce que cela signifie). Pour les projets, je vais essayer de retrouver les anciens courriers. Personnes en vue : Anne-Carine D, Olivier H, Claire F, ... A suivre.

24 janvier

Je viens d'enregistrer une cassette de "Nora". J'ai été à une conférence qui était pas trop mal. Le serpent étrange de Nora est né aujourd'hui. Ce soir, GDJ.

26 janvier

Reçu courrier d'Hélène. Réparé vélo. Ecrit à Audrey L.

Hélène, écriture un peu cursive renversée vers la gauche, au plume bleu.

Cher Vincent, j'ai été surprise d'avoir des nouvelles de toi depuis toutes ces années et j'avouerais que j'ai eu du mal à mettre un visage à ton nom. Mais grâce aux photos et en faisant marcher ma mémoire, j'ai des souvenirs flous te concernant.

Je voudrais juste rectifier que je ne m'appelle pas Hélène Brevet mais Hélène Grand. Ceci dit, ma grand mère m'a fait passer le courrier sans problème. C'était donc une bonne idée de mettre la lettre au nom de mon grand père mais il est décédé il y a quelques années. Mon adresse : 14 chemin de l'épaupin ***.

Je suis impressionnée en ce qui concerne ta volonté d'écrire ton journal depuis 89 et je te permets volontaire de mentionner mon nom dans ton récit. Je serais heureuse de pouvoir le lire.

Pour ce qui est des souvenirs de nous et des vacances à Noirmoutier, je crois que j'aurais du mal à te raconter exactement ce qu'on a fait, mais je sais qu'on jouait au "cochon qui rit". A part ça, j'ai peur de te raconter des bêtises.

Je te remercie de m'avoir écrit et si tu veux, tu peux me répondre. H.

2 février a

J'ai trouvé un stage à Hazebrouck. RV à géant avec Nicole et Micheline. Rendez vous au chantier = bof... premier jour de "c'est dimanche tous les jours" à l'église. C'est beau un chien qui chie, (réflexion en attendant rue Ernest Renan, vague sensation de dégoût putride de la vie...)

11 février

Aujourd'hui, j'ai été dans les catacombes avec Nicolas. Vu Renaud Camilleri et Jean-Baptiste Arlot juste après. Nous avons mangé du camembert Leader Price (blourgh!). rencontré un cataphile qui avait vraiment l'air de connaître les catas par cour.

Nora distribué à : Mme Chapuis, Lucienne, Pierre-André, Yamina K, Nora, Gwladys, Michèle Gazier, Ninih, Gingko.

13 février

Pas de st Valentin mais Bony pour moi tout seul, eh eh. Chat-zèbres : 70 à Maintenon, 1 à Calais, 1 à Hazebrouck, 2 à Haverskerque, 11 à Grenoble.

9 mars

Donné le Nora à Gwladys à sa mère. Elle travaille dans une maison de retraite. Mardi, j'ai été porter le bouquin à Nora. Plaque Abdesselem des Cognets ? Voiture moderne, bleue immatriculée 78. Une autre 28, une vieille et blanche. Petite maison de quartier. En L, toit avec deux chiens assis. La boîte à lettre est fixée sur le mur, métallique, juste à côté d'un pilier, là où y'a la sonnette.

Deux citations qui me plaisent bien :

Je ne sais ce que le monde pensera de mes travaux ; mais pour moi, il me semble que j'ai été un enfant jouant au bord de la mer et tantôt trouvant un caillou un peu plus poli, tantôt une coquille un peu plus agréablement variée, tandis que le grand océan de la vérité s'étendait inexploré devant moi. Newton.

Si on fait avec plaisir quelque chose de honteux, la honte survit au plaisir. Si on fait avec peine une chose convenable, la peine passe et le beau reste seul. Ainsi, la prudence donne autant de joie que la perversité produit d'amertume. Hieraclès.

18 février

Rencontre avec Michèle Gazier, critique littéraire à télérama. Auteur de Sorcières ordinaires. Il n'y a que trois petites vieilles. Autant dire que je l'ai pour moi toute seule. J'en profite pour lui laisser un exemplaire de Nora. Longue discussion et soirée agréable.


Audrey

23 février

Week-end passé avec le GDJ. Vendredi soir, fête pour le départ de Dina André. Samedi soir, départ du GDJ pour l'appart de Christine C. Dimanche, repas chinois par Naomi. La soirée chez Christine a été très "toasts et divans", autrement dit absolument complètement emmerdifiante au possible à tel point que je me suis demandé comment je pourrais partir avant la fin... Vieille fille avant l'âge celle là...

24 février

Rencontre avec Yann Queffelec, (les noces barbares). Il a un jean vert et des chaussures en cuir noir plutôt bon marché. Je ne sais pas ce que je fous là. Je ne peux pas voir ce type. Ce qu'il écrit est nullissime à mon goût. Oui, qu'est-ce que je fous là ???

24 mars

Plan des catacombes trouvé en entier, le giraud au format Gif. Ça promet un bon paquet de descentes ! Plusieurs descentes dans les enfers des égouts grenoblois. Vu : un groupe de chat en train de faire la bastringue dans une galerie à droite.

Réponse d'Audrey L.

*** le 28 février 1998

Vincent, ta lettre m'a agréablement surprise. Cela m'a étonnée de voir que tu t'attaches à vouloir faire un travail d'écrivain alors que tu voulais être ornithologue.

Mais passons à l'essentiel comme tu me l'as demandé, j'ai recherché tes lettres que tu m'avais écrites. Malheureusement, j'en ai trouvé qu'une. Je t'envoie donc la photocopie. Je te souhaite bon courage pour ton travail. Audrey.

PS : il n'est absolument pas utile que tu me rembourses les frais de timbres.

3 mai

Deuxième lettre envoyée à Cynthia. Week end passé à la frange verte à Echirolles. Avec Cribiche, Mirana et les autres. Multiples descentes dans les catacombes, rencontre avec Emmanuel Gabily. Multiples descentes dans la mine Achille. Aujourd'hui, j'ai fait le lever de plan.

Déménagement : première partie d'effectuée.

5 mai

Il faut que je sache qui est Achille. Il est sûrement mort...

Réponse de Cynthia. Cette personne m'étonne en positif, bien qu'étant absolument complètement invivable.

Ce soir et demain soir, descente dans la rivière souterraine. Elle sent. Je vais l'avoir cette connasse. Elle résiste. Elle a inventé une nouvelle chose : elle s'est barricadée avec une planche clouée. Une solution : passer par la petite grille.

Chat-zèbres : Grenoble 200.

6 mai

C'est pour ce soir.

15 juin

Départ de Grenoble en début d'après midi pour Hazebrouck dans le Nord. J'ai un stage de conducteur de travaux à la mairie. Je dois rejoindre mon nouveau logement dans la soirée. Je viens à peine de rendre le 3bis rue Moyrand. Aucun problèmes, il faut dire que j'ai vraiment rendu quelque chose d'impeccable. Je quitte Grenoble à reculons, l'impression que c'est pour toujours. Content, très content de partir. Mais conscient qu'une page est en train de se tourner.

J'ai téléphoné la veille à Monsieur Milon, lui demandant si huit heures et demi, c'était pas trop tard pour arriver (bloqué par les impératifs et les horaires de trains). Il m'a répondu qu'il n'y avait pas de problèmes, largement.

Arrivée à 21h00 à Hazebrouck, je suis très mal dans ma peau. Il n'y a personne dans les rues, à qui demander où se trouve la rue de la haute loge ? Je vais jusqu'au Gambrinus. Là, je demande à l'intérieur de l'hôtel. Le type est sympa heureusement et me dit le chemin à suivre.

J'arrive à 21h30, honteux et gêné. Milon ouvre. C'est un vieux assez grand et encore bien énergique. Ancien prof au lycée des Flandres (il paraît qu'il était très redouté).

Le type me donne à manger, alors que je lui répète dix fois que j'ai déjà mangé. Il y a dix croques monsieur de prêts, dix yaourts nature à disposition, des frites, de la bière. Argh !

Je quitte sa maison à 22h30. dans le genre, Milon, c'est pas un fatigué ! Il me présente mon logement. Au 77 rue de la haute loge. Une cuisine assez petite et crasseuse, un WC crasseux et une chambre correcte.

Je m'écroule de sommeil.

16 juin

Dimanche matin complet de lavage. Méga nettoyage des chiotes, frottage des murs. Le logement est devenu beaucoup plus vivable. Il y a une chambre pour un colloc mais il n'est pas là. Ça doit être un gros porc. Légère visite d'Hazebrouck vers 9 heures, une fois le ménage fini, (je me suis levé à 5h30). C'est typiquement une ville de province profonde.

17 juin

Prise de poste au boulot. Mes collègues sont Thierry C et Eric Z. Le chef s'appelle G. Un autre collègue au service bâtiment qui lui, a l'air sympa : M. Carpentier. Mon travail sera de gérer les chantiers de construction de ronds points. Trois sont au programme.

19 juin

La proximité d'Haverskerque fait que je peux y aller en vélo. Prévision d'aller voir Mario, Alice et François dans les week-end qui viennent. Prévision aussi d'aller voir Anne à Busnes. Ce sera difficile m'enfin. je me dois bien de faire cela. Normal non ? Haverskerque n'a toutefois aucun intérêt puisqu'il n'y a personne mis à part Odile Rolin.

Tour dans les coins abandonnés d'Hazebrouck le soir. Il n'y en a presque pas, c'est malheureux à dire mais cette région est bien triste. Je me suis acheté les cartes ign correspondantes chez Krieken. Le seul truc intéressant au niveau de l'archéologie industrielle serait une ancienne voie ferrée. C'est pauvre ! Bien plus à faire par contre en descendant une trentaine de kilomètres au sud.

23 juin

Matinée entière à faire du stop devant l'église. Personne ne me prends et j'entrevois déjà mon week end à demi ruiné à cause d'une bande de pauvres cons.

Direction Guarbecque en vélo vers 10h00. Il y a là des usines. Et qui dit usines dit résidus d'anciennes usines. Le long du canal, une maison abandonnée, c'était un logement de porion ingénieur. Un outillage de pesée, pas de photos par contre. C'est le matin et il pleut. La route est longue et venteuse. L'un des seuls ponts - coupé pour cause de travaux - était mon issue. Un peu lassé des Flandres. Je retourne à Hazebrouck où je me fais chier pour la première fois. Début d'écriture de Lice. J'ai pas trop le moral.

24 juin

Le colocataire est revenu pour deux jours. Il est complètement insupportable. C'est une horreur, pratiquement ce qu'il y a de plus absolu. Je m'en sors en futant le logement. Je pars toute la journée pour des longues ballades. C'est difficile à croire de voir des gens aussi cons. Ayant déjà lavé partout, il m'a accusé que j'avais tout déguelassé. Je l'ai envoyer chier mais malgré tout j'avais tort. Faut pas pousser !

Long tour donc aujourd'hui. Je suis parti très tôt au matin en stop pour aller à Bruay. J'ai vu sur ma carte qu'il y avait des terrils fantastiques. Bruay me paraît comme un paradis lointain, presque inaccessible. Faut dire que c'est un paradis un peu spécial, je ne crois pas que les gens y soient très biens, il y a beaucoup de pauvreté.

Je me retrouve en premier lieu à Haillicourt. Là un terril assez grand et pointu. Peu noté sur les cartes. Il est affublé de partout de pancartes : accès interdit gna gna gna. Très bien, je monte. La grimpette se fait au biais d'un chemin en spirale. La surprise est pour la fin, presque en haut. Une odeur très particulière, un peu comme du pétrole. Puis des vapeurs. Mais c'est extra ! En fait, le terril est en train de brûler de l'intérieur. je suis charmé.

Je redescends après avoir longuement profité du paysage. Direction un terril long et plat. Très belles espèces de plantes rares dont un ophrys miroir.

La suite de la ballade se déroule vers Auchel. Là, je suis une route qui sinue entre deux terrils archi-gigantesques. Je suis effroyablement bien. Rien dans le ventre mais qu'est-ce que ça peut faire !

Sur une petite route gravillonnée vers le bois des dames, je recommence le stop. Une deux cv me prends. Jaune. Le type est un skin et me parle de rassemblements dans le bois d'Olhain. Super.

Retour à 17h30 où je fais un gros repas. Je travaille un peu mon code des marchés publics puis me couche à 3h30 du mat.

25 juin

Milon me présente son copain de la rue Jacques Dehaene. Jean Debacker. Il a un chien qui pue, caniche à moitié cinglé. C'est un type très sympa. Un peu lourd soit, mais très respectueux toutefois.

Nous mangeons dans son petit logement, limite de fortune. Un garage aménagé. Nous avons vécu des choses en commun : des moments de grande pauvreté et d'errances.

26 juin

Partis à 10h le soir au ravin de Wizernes. Milon est un type un peu givré ! Ca ne le gène pas de partir comme ça à n'importe quelle heure. C'est agréable. Le ravin de Wizernes est très étrange et j'y retournerai ! Il m'explique l'histoire du Bonsberg durant la guerre. Y'a pas à chier, c'est vraiment un gars intéressant.


Fanny Roger

30 juin

Fin du mois de juin. Il fait chaud. Je file jusqu'à Busnes les Oies pour voir un peu comment se présente le village. Je ne trouve pas toutefois la route correspondante à ce que je recherche.

Au soir, 18h30, je file vers Lille Lezennes. J'ai rendez vous avec la nana du mac do dont je ne sais même pas le prénom pour lui faire visiter le site. RV à 23h30, je ne sais pas si je vais l'honorer.

Il est 22h quand je commence à descendre. C'est une catiche éboulée dans les bois du Hellu. Je fixe ma corde à un arbre solidement enfiché dans le sol. Je prépare le rappel. J'ai 14 kg de matériel sur le dos.

Commencement de descente. Lezennes nous voici nous voilà. Je me poste contre la paroi limoneuse. Sauf que ce que je ne savais pas, c'est que les catiches ont une forme de bouteille. A l'évasement, mes pieds ont ripé. Cela a fait un gros choc au niveau du baudrier. Et je ne sais pas ce qui s'est passé exactement mais le fait est que la sangle s'est desserrée. Chute pratiquement libre 12 mètres plus bas sur un tumulus de terre en pente. Complètement sonné.

La corde est quasi intacte. Le noud là haut a changé de position mais il tiendra. Tentative de remonte ? Oui, je ne vais pas visiter dans cette situation.

Je me prépare à regrimper, à la force des bras. 4 mètres, 5 mètres et je tiens plus, je lâche et me re-explose la tronche.

Je suis très nerveux et commence à paniquer. Merde ! Y'aura personne pour venir me chercher ici !

Et je comprends soudain que je n'arrive pas à monter à cause du poids de mon sac et de mon matériel. (J'ai pesé au retour, il y avait 24 kg en tout). J'attache tout au bout de la corde, y compris la cotte. Je suis en t-shirt.

La remontée à bout de bras, bien qu'épuisante physiquement et moralement, se fait tant bien que mal. Arrivé en haut, enfin sur le sol ferme, je suis agité d'un tremblement nerveux.

Ouf !

Je me dis qu'il est temps de se tirer. Je prends donc la corde et commence à la ramener à moi. Sauf que. Sauf qu'elle vient pas.

Rien à faire.

J'ai 4500 francs de matériel là dedans, je ne peux pas abandonner. Le sac a du se coincer je sais pas où. Une seule solution, attendre le matin pour avoir de la lumière.

Et je suis en t-shirt. J'ère, je divague. J'essaye de dormir sous un carton comme au bon vieux temps mais j'ai trop froid. J'ère, je divague. Je passe devant chez Mario. Il est quatre heures trente du matin. Dors bien Mario !

Bref. nuit infernale. A 7 heures, le jour commence à apparaître. Le sac s'est coincé dans des racines. Je n'ai plus la force de redescendre. Je bidouille la corde. Et ô miracle, le sac se libère.

J'ai un rire nerveux.

Je rejoins Lille Flandres. Puis Hazebrouck.

Quelle aventure de merde ! Je m'en souviendrai longtemps.

1er juillet

Journée pépère à travailler le petit cataphile illustré et la création de mon association. A Hazebrouck, il y a un départ de montgolfières. Il fait chaud, c'est ennuyant. C'est la ducasse. Toutes les poulettes sont sorties. Elles sont toutes habillées avec des trucs hyper moulants, blondasses et maquillées à mort. Hazebrouck m'énerve. Fin d'écriture de Lice sur les escaliers du parvis de la mairie, en face de la place.

2 juillet

Ballade en vélo du côté de Staple. Il y a une vache amoureuse. Je me suis pris une grosse lichette dans le cou. Bouerk ! ! ! Il est tard. Je rentre vers minuit. Préparation d'un courrier pour Anne. Je pars bientôt et si tu veux qu'on se voit, ce ne pourra être que le week-end prochain.

4 juillet

Réponse d'Anne : Tu n'as qu'à passer samedi, téléphone-moi avant d'arriver.

6 juillet

Coup de téléphone de Busnes. Oui euh. tu m'avais dit que je devais téléphoner. Donc voilà, je peux venir ?

Oui tu es où ?

Sur la place de Busnes.

Ah ? !

S'ensuit explications pour venir. Puis au bout d'un quart d'heure, arrivée.

La maison est sur une route passante, je suis déjà passé quarante douze fois devant sans rien remarquer. Un petit jardin assez agréable, un chien. Je rentre assez timidement, on ne peut pas dire que je sois très à l'aise. On s'assoit sur un banc, là juste sous un arbre. Un jus de fruit. J'espionne et enregistre tout. Là où est sa chambre, sa voix, ses projets. Je pense que j'ai été assez discret. J'étais assez fatigué, elle l'a remarqué tout de suite. Les cheveux complètement en bataille et pas rasé.

Nous avions tant de choses à nous dire. Et je ne sais pas comment, je me suis complètement écroulé de l'intérieur. Je n'ai su débiter que des banalités. Tout ça pour ça ? Le fait d'avoir tout compris bien longtemps auparavant m'a ramené au niveau spirituel de larve. Venir ainsi, c'était forcer les choses et vouloir tout fabriquer ce qui était déjà complètement démoli de par ma connerie. C'est moi qui ait tout commencé. La faute immense de ne pas assumer ce que l'on croit bon. Bref, en repartant, j'ai enfin libéré un regard décomposé au bout de deux cents mètres. Le à bientôt avait pris forme quasiment d'adieu. Pourquoi suis-je si con ?

La longue route rectiligne du retour m'a laissé à loisir le temps de réfléchir sur ce que je suis. Un pauvre idiot qui fait croire des choses, qui veut des choses et qui se croit complètement englué dans une spirale de merde. J'ai très nettement conscience d'avoir semé la discorde et j'ai soudainement eu l'envie de disparaître.

Tu connais les paroles de Lucie ? Et bien c'est exactement ça. Certes, puisque étant incapable de réagir face à moi-même, j'arrête le massacre. Temporiser la chute dans les semaines qui viennent pour que ça ne fasse pas trop mal. Je disparais de sa vie.

Et.

Dans 750 jours piles, terme de ce qu'il y a de plus long dans un esprit, lui envoyer ces quelques mots de bafouille. Pour lui dire quoi ? Rien.

Rien parce que j'imagine qu'au vu de la date d'arrivée de la future hypothétique lettre écrite deux ans auparavant, je ne serai plus qu'un petit résidu de mémoire un peu desséché. Qui suis-je pour me permettre la mémoire ? Dans quel but sinon que de faire mal ? Soir d'été. Devant mon ordi.

Dire simplement merci parce que tu existes. Merci pour ton visage, tes mains et tout ce qu'il vaut mieux que je détaille pas trop. Ne pas parler de moi. Je suis et serai inaccessible à jamais, trop tout ce qu'on veut, ou pas assez je sais pas quoi. Quoi qu'il en soit, mon but est de me faire pardonner presque post-mortem. Me faire oublier, je n'existe plus. Mis à part pour une seule chose : un type reconnaissant. Transformer la mémoire aujourd'hui. Fini petit con morveux qui se la joue Obispo machin truc. Disparaître complètement mais avant, simplement te faire une promesse à laquelle je me sens capable : Quand je serai au paradis, si j'arrive avant toi, je t'attendrai avec un bouquet de fleurs.

8 juillet

Commencement de préparatifs pour un séjour de vacances avec les parents assez peu désiré puis colonie de vacances.

Le boulot me lasse, le seul fait positif est je crois que ça va bientôt se terminer. Je me suis demandé si, en plus d'être tombé dans un panier de crabes, j'étais pas arrivé dans une maison de fous.

12 juillet

Stop au matin très tôt à partir de l'échangeur de Lillers. Direction Ligny lez Aires à côté de Norrent Fontes. Beaucoup de gitans, je leur fais des signes de mains amicaux. A la recherche du souterrain de Ligny. J'interroge une bonne femme hyper maquillée dans un bar, (du genre vieille pute). Elle me dit que c'est un truc de la 40 et que c'est bouché. Faut passer la chaussée Brunehaut. Je trouve le truc et c'est en effet très inintéressant. Je descends beaucoup plus bas. Sans le faire exprès, je tombe sur la fosse du transwaal. Je grimpe le terril, à moitié en exploitation. Puis je me dirige ensuite vers les anciens corps de fosse. J'arrive à me faufiler dans une chatière minuscule. J'arrive dans ce qui était le puits d'extraction, là où y'avait la vis sans fin. Je suis émerveillé.

Au retour, pris en stop par un tracteur. Puis, beaucoup de technoman's qui m'avancent pas mal.

14 juillet

Fin du stage. Il ne s'est rien passé de notoire mis à part que je n'ai pas grand chose à lire. Le feu de Barbusse. Je me suis penché sur le flamand du coin. Cela a l'air très compliqué. Beaucoup de buvage de demis au bar du coin. J'en ai un peu marre d'ailleurs de l'alcool. C'est pas mon truc.

15 août

Fin de la période Milon. Je déménage du 77 rue haute Loge. Une nouvelle période s'annonce. Certainement un peu mouvementée, peut-être longue. Deux possibilités : soit un iup à Béthune, soit un iup à Valenciennes. Les entretiens sont déjà passés. C'est le bout du monde. Béthune, j'y ai été en vélo. Valenciennes, malheur, comme c'est loin ! Les deux entretiens à la suite. Un le 3 juillet, l'autre le 4. Valenciennes m'a un peu énervé. Je ne crois pas que j'aimerais trop y habiter.

N'ayant nulle part où mettre mes affaires, j'ai été stocker dans le garage des parents à Fanny. C'est très gentil de leur part d'ailleurs, il faut dire que j'étais dans une sacrée merde.

Milon a été très reconnaissant du fait que je lui ai laissé un logement impeccable. Lui au moins le reconnaît. J'avoue que je ne suis pas fâché de quitter Hazebrouck. Ville inintéressante, pas d'amitiés, désirs inassouvis, train de vie assez cher. A part ça, je ne sais pas pour quoi je m'embarque. La seule chose que je regrette est la radio unenspiegel, (patoisante). C'est pas grand chose. Je sais. Ma vie est faite de petits riens en ce moment. De plus, le fait d'être proche d'Arneke me fait peur. Je me vois déjà réclamé à venir un soir par Julie. Oups, pitié !

2 septembre

Parti juste après les cours pour aller choper un train à Valenciennes. Le but : aller au rattrapage du deust où j'ai planté l'épreuve de chauffagisme, (beaucoup de calculs et c'est bien connu, c'est pas mon fort !). train Valenciennes Paris sans encombres. Les ennuis commencent à la gare du Nord. Enormément de monde et pas moyen d'acheter un seul ticket de métro tellement y'a la queue. Et bien fait chier la ratp, je saute le portillon. Cela m'a mis très en retard. J'arrive gare de Lyon, je cours à n'en plus pouvoir, je suis complètement exténué. Je chope le train à une seconde près, et encore. les portes se fermaient sur moi. Je signale en fait que c'était dramatique parce qu'il n'y avait pas de train jusqu'au lendemain. Arrivée Lyon Pardieu. Longue attente où je vois les sièges oranges de Bobin. Un pendulaire Turin Lyon passe, il est magnifique. Je chope enfin mon train et arrive à Grenoble à 23h30.

Plus aucune attache dans cette ville, surtout à cette heure là, je vais dormir sous le pont du tram du côté de La Tronche à un passage au dessus de l'Isère. J'ai très froid.

3 septembre

Je me lève très tôt donc et me fait une toilette dans les wc du deust. Epreuve à 8 heures, je suis sorti à 9h45. Le sentiment que cette fois c'est bon. Retour. A Grenoble centre, Alsace-Lorraine précisément, je m'arrête dans un bar arabe. Je demande un thé. La dame me fait parler, je lui raconte ce que je fais ici. Elle écoute et c'est étrange. Elle a une démarche chaloupée, comme si elle dansait. Elle me donne un zlabiah, (confiserie au miel, délicieuse). Je ne sais comment remercier. Je lui dis que je lui enverrai une carte postale. Grand sourire. Nous restons là, on a le temps. Y'a personne de toute façon. Elle bavarde un peu. Elle s'appelle Irène. Puis au bout d'un moment, je m'en vais en la remerciant encore.

Cet instant privilégié d'intimité simple et inattendue au Carthage m'a valu un poème. Ecrit sur un parapet en béton devant la gare. Une phrase dedans : on se serait aimé si l'on avait pu. Le sentiment du moment.

Retour dans le Nord sans encombres.

18 septembre

Train Valenciennes - Maubeuge. C'est étrange. La terre est peuplée de cons, c'est bien connu. Mais pourquoi y'a t'il plus de cons dans le train qu'ailleurs ? Je ne sais pour quelle raison, les cons sont concentrés ici. Il était déjà clairement établi qu'un con à moustache est plus con qu'un con sans moustache, qu'un con arabe et jeune est plus con qu'un con arabe et vieux. L'étrangeté fait qu'ici, on concentre les cons arabes et jeunes à moustache. Vachement con donc. Je rajouterai donc à l'item que les cons arabes et jeunes à moustaches dans les trains sont les pires cons qu'il puisse. Ce serait une erreur. Parce que des cons vachement plus cons que ces cons vachement cons, ce sont les cons arabes et jeunes à moustache qui viennent t'embrouiller dans les trains. " eh con, t'as pas une clope ? " Non, et tu pourrais être poli pauvre con. S'ensuivent injures : espèce de con, etc. Qu'est ce qu'il avait à me faire chier ce con à m'embrouiller ? Il avait pas vu que j'avais une tête de con qu'avait pas envie d'être embrouillé ? Un con assis entre quatre ou cinq autres cons dans un train de cons et qu'a pas envie de causer. Bref, ces cons là sont très cons. Et de surcroît très dangereux. Leur attitude est complètement irrespectueuse. Bref, j'en conclue que je n'aime pas les cons, surtout les cons-arabes-jeunes-à-moustache-dans-les-trains-et-qui-embrouillent. Très cons ceux-là. Faut pas déconner.

19 septembre

Cet IUP de génie civil me fait chier par dessus tout et je sais d'avance que je vais laisser tomber avant la fin. C'est du n'importe quoi. Dans une école, on est quand même sensé apprendre des choses intéressantes qui peuvent servir, surtout à un niveau licence, on est quand même plus là pour déconner avec des stupidités. C'est la fin du cycle scolaire, encore deux ans et on bosse. Bref, dans cette école de merde, les seules choses qu'ils sont capables de nous enseigner, ce sont des maths, du langage C, de la modélisation. Putain mais c'est grave comment j'en ai rien à foutre de tout ça. C'est clair, je me suis fait avoir sur toute la ligne à l'entretien. Je leur ai dit précisément ce que je voulais : je sors d'une école où j'ai appris du tp concret. Il me manque des connaissances en organisation de chantier. IUP économie et logistique de la construction, je me suis dit que ça collait. Ils m'ont répondu : c'est exactement là qu'il fallait venir. Du cul ouais. Perdu les frais d'inscription et combien de temps précieux ? Je vais suivre les cours de cctp, les seuls qui soient un tant soit peu intéressants, bien que la vision en soit complètement bordelique et hors de toute réalité. Ça fait que j'arrêterais mi novembre.

Quand je pense à cette promo de merde, ça me fait bien rire. Il y a deux provenance : ceux de l'extérieur comme moi et ceux qui ont fait une première année d'iup, (j'atterris directement en deuxième année). Il y a un racisme entre les deux groupes qui est d'une stupidité sans limite. Et faut voir comment les discussions volent haut. C'est démentiel de voir des gens aussi bêtes, je ne savais pas que ça pouvait exister. Ils ne parlent que de cul. Et à voir le fil de la discussion, je suis prêt à parier qu'il y en a au moins deux tiers qui n'a jamais tenté son turbin. Bande de nuls, vous faites pitié.

Les étudiants m'ont toujours fait pitié.

21 septembre

Je profite de la caisse de Fred Kalinowski pour aller jusque là bas, perpette les près. L'université de Valenciennes est tellement excentrée qu'il y a aucun moyen de transport pour y aller. C'est ça le modernisme ! Décentralisation qui disent. Je me sens un peu atterrit dans la bouse. Ici, c'est complètement la province. Dans les plus mauvais sens du terme. Y'a rien et tout est pourri. Dans la voiture de Fred, Bonny. Il ne remonte pas le niveau, bien malheureusement.

22 septembre

Fanny habite rue Gustave Testelin, 17, à Lille. J'eus le dégoût de voir cette chambre et ce bouih bouih juste à côté. Miteux et gerbant. J'ai toujours considéré Lille comme une ville malsaine. A bien faire, il faudrait raser un bon trois quart de la ville tellement l'habitat est pourri jusque dans les fondations. Le fait qu'il y avait des marais en cet endroit explique beaucoup le côté malsain. Il ne faut pas nier toutefois qu'aucun effort a été fait pour améliorer la qualité urbaine.

Bref. dégoût.

25 novembre

Envoi du recueil de poèmes. Stéphanie R, Renaud Camilleri, Mirana Ramialison, Alice Lhoumeau, Sandra O, Carole Perrus, et les habitués.


Mirana

10 décembre

Mercredi, reçu lettre de Nora. Envoyé il y a cinq jours le petit recueil vert. On voyait les agrafes, c'est pas du bon boulot.

Rencontre avec Laïna place de la gare. Je lui ai pris un bouquin d'édition limitée de poèmes. Celle là est une sacré menteuse.

 

1999

Ce journal est ancien, merci de pardonner le style.

 

2 janvier

Chàng Kim Hee Sun est une femme magnifique. Je ne saurais dire ce qu'il en est pour le reste. Je ne serais pas étonné qu'on me dise : très petit cerveau. C'est malheureusement bien souvent le cas. Pour ce qui est du physique, elle a le charme de la simplicité. Un visage ovale non-rachitique arborant souvent un grand sourire. Des yeux d'un noir profond, des cheveux miroitants.

Inconnue en France et c'est très bien comme ça. De cette manière, je peux volontairement dire que je la trouve jolie, personne ne viendra me contredire ! De toute façon, cette réflexion n'a rien d'illégitime ou de banal. C'est comme trouver une fleur jolie. C'est dans la même simplicité, le même état d'esprit.

 

6 février

L'acte ne vaut que par l'intention. Qumran.

Courrier à Nora. Réponse à sa lettre très inattendue. Quand j'ai ouvert la boîte à lettre marron immonde, j'ai fait heu ?! En rouge aujourd'hui parce que je ne retrouve plus rien de mes stylos. J'ai appris que Henda, la mauritanienne des platanes à Maintenon a été renvoyée de force là bas pour se marier. (Elle a 11 ans). Cette somme d'obscurantisme m'énerve vraiment profondément. Qu'est-ce que ça va donner tout ça ? Elle a toujours vécu en France, elle va se retrouver complètement dépaysée alors qu'elle ne l'a pas choisi. Violée combien de fois par mois ? Je réagis peut-être trop en français, c'est vrai. N'empêche que la femme a vraiment un statut de merde dans de nombreux pays et ça m'énerve beaucoup.

 

7 février

La délicatesse est la vertu des sages.

Continuation de la vente du chocolat F pour diabétiques. Chocolat sans sucre, aspartame et tout le bazar qu'il n'est pas intéressant de développer. H est un type bizarre qui ne me plaît pas trop. Il s'entend trop bien avec tout le monde, sa jovialité me semble un putain d'apparat de merde comme défense contre je ne sais pas quoi. En tout cas, c'est complètement fabriqué et ça se voit amplement. Bref... chocolats, gâteaux, confiottes... Encore des beaux cartons. Tout ça à aller porter à Douchy ou Perpette les Foins. Et pour gagner 3f50 même pas. Je me fais chier avec ce truc de merde et je vais raccrocher. C'est pas marqué transpalette sur mon front nom de non.

Douchy est une ville moche. Périurbaine. Barres en fond de paysage et mal de vivre une fois de plus. Y'en a marre, c'est ressasser cent mille fois les mêmes choses...

Y caille ici. Un bon bol ed' lécot bien chaud ferait du bien.

 

Mardi, jour de la bibliothèque. Je ramène toujours autant de livres. Lu Roxane de Host aujourd'hui, à POL. Pas excellent malheureusement. Les bonnes femmes de la bibliothèque sont des poufiasses. Cela se voit pour certaines qu'elles n'aiment pas leur boulot. Quel dommage, c'est pourtant bien chouette de travailler dans les livres toute la journée (cf Nodier). Bref, je les fais chier parce que je viens souvent, elles en ont marre de voir mes cheveux. Et bien tant pis. Je viens quand même !

J'en ai profité pour prendre un bouquin sur Carpeaux. La sculpture de mon visage d'homme sévère est lamentable. Je ne sais plus comment rattraper ce qui n'est plus rattrapable (phrase très intéressante). Mon calcaire se fend, les saletés qu'il y a dedans me gênent considérablement. Bof, y'a qu'en sculptant qu'on devient sculpteur. Et même si c'est clair que j'ai pas envie de le devenir, ce sera déjà ça de bien d'acquis. Parce qu'il y a une caractéristique dans mon attitude et qui se retrouve tout le temps : j'ai envie de toucher à tout de manière passionnée sans qu'il n'y ait que ça dans ma vie. Mon français est minable. J'arrête.


Empreinte du Chat-Fenêtre

Relevé des caves de la ville de Valenciennes aujourd'hui. Je sonne à chaque porte, c'est long. Rue des anges faite. Une superbe cave au numéro 15. Les dalles au sol attestent immédiatement une cave médiévale. Quelques emmerdements cependant avec la mairie de Valenciennes. Le gars du service archéologie me pompe très sérieusement l'air d'une façon cosmique et je crois que ça va bien vite changer : je vais travailler pour mon compte. Jean-Denis C m'a mal aiguillé sur ce coup là. Pourquoi travailler avec eux ? Toujours la légitimité. Il faut se cacher sous un nom pompeux, sous une bannière, sous un logo ? J'ai bien envie de dire Fuck. Moi y'en a être autonome et pas supporter d'être dirigé.

C'est je crois la condescendance qui ruine tout. Bah, aujourd'hui, j'en ai bien profité en tout cas. Je me suis ramené à l'urbanisme. Pas une seule hésitation pour demander les plans du Glacis, de la rue Milhomme, Bréat et les rivières souterraines. Bonnes descentes en perspective.

 

Journée longue, fatigante et fastidieuse. Repérage des entrées de toutes les carrières précédemment énoncées.

La plaque de la rue Milhomme est située au pied d'un grand arbre dans un parterre en gazon. Ceci devant la résidence la chataigneraie facilement reconnaissable. C'est une plaque pamerex rotative 80kg. Le puits est cimenté, échelons classiques. La chaleur est assez grande, je ne sais dire pourquoi : 14.5°.

La plaque du Glacis est beaucoup moins facile à trouver. Elle est rue Guillez dans l'école maternelle, au pied des thuyas. Plaque pamerex aussi, 80kg rotative. Un peu plus froide : 11.5°.

La plaque de la rue Bréat est au numéro 5 dans la propriété privée d'un docteur.

Les entrées des rivières souterraines sont béantes. Le pied s'y enfonce beaucoup cependant, ce sera une explo difficile voire infaisable. A noter un siphon extrêmement dangereux du côté de micropuce. Les dessous de la ville se révèlent bien difficilement !

 

Avril

Sur Depuis.

Le titre de ce récit pourrait être " Depuis. ". C'est un titre un peu étrange. La volonté d'imager le thème : depuis ce temps là, tu vois où on en est maintenant. A la base, c'est un livre de constat sur l'échec.

 

Le lieu est imaginaire. Il n'y a aucun endroit existant réellement en ce qui concerne les descriptions. Les noms de villes ou villages sont une pure invention. Ils ont simplement une connotation rurale. Baugy et Foursse seraient sans étonnement de ma part des noms existant réellement - cependant, c'est une chose que je ne sais pas, je n'ai pas pris le temps de vérifier. Niveau toponymie, je n'ai pas voulu taper dans l'atypique. Les noms doivent être discrets et sans importance.

 

Les descriptions qui sont faites reprennent certaines caractéristiques d'endroits qui existent, mais je les ai complètement passés au moulin à légumes de l'imagination. Il y a tout d'abord Champ d'Oiseaux en Bourgogne. Ce lieu en pente m'a surtout servi en ce qui concerne les maisons. Ensuite, il y a la Beauce en hiver. Depuis évolue dans un décor plat, plutôt morne, voué entièrement à l'agriculture. Les étangs, il se peut que ce soient ceux de Changé, je n'en suis pas certain.

Il ne faut pas oublier les traditionnels lieux de gares, où sont systématiquement décrits des passages d'errances. La gare est toujours imagée comme un lieu populeux où l'on observe. Bien souvent aussi un sentiment de solitude naît de cette observation. L'image des gens qui tournent dans un escalier de gare provient de Nantes.

 

Les personnages sont peu nombreux. Ils sont décrits assez superficiellement. Leur caractérisation est faite comme dans un clair-obscur. L'évolution du narrateur est assez précise parce qu'on évolue avec lui. Cependant, il s'exprime dans une gangue qui l'empêche de réagir dans des situations simples. C'est quelqu'un d'assez empêtré. Pour ce qui est d'Hélène, c'est une femme incompréhensible et assez détestable. Je ne me suis basé sur aucune personne réelle pour créer mes personnages. Le rôle du narrateur m'a échappé au moment de la malle, le rôle d'Hélène m'a toujours déplu. Ces personnages ont joué leur petit jeu à leur manière, c'est comme ça.

 

L'écriture s'est faite à Valenciennes au cours de quelques mois où je ne faisais que ça. Durant les nuits principalement. Je n'ai pas spécialement pensé à quelqu'un en rédigeant. La rédaction s'est faite sans intermédiaire papier. Aucune volonté d'édition, aucune volonté non plus en ce qui concerne le rôle que doit s'assigner l'écrivain. Depuis est en effet un récit où il est difficile de rentrer dedans. Le texte est obscur, lancinant, peu agréable. Un texte scindé, des chapitres qui ne se ressemblent en rien, y compris au niveau du style. L'histoire ne se déroule pas de façon linéaire. Il y a des trous, des passages sautés, comme dans une mémoire défaillante.

 

Avec depuis, je n'ai pas voulu prendre un rôle d'écrivain, il faut plutôt m'y voir comme un photographe un peu désabusé. J'ai voulu y décrire des images m'ayant profondément marqué lorsque j'étais plus petit. Puis un rêve que je faisais souvent. Celui d'accueillir l'inconnu(e). C'est je crois finalement un texte relativement naïf. Cela ne peut pas vraiment se passer. Le rôle d'écrivain est affublé à toute personne qui fait l'acte d'écrire. C'est une responsabilité à laquelle je désire fuir. Tous les commentaires qui ont pu m'être fait sont en pure perte. Je n'assume aucunement ce texte qui m'a filé entre les doigts. Je le perçois comme une suite de mots alignés les uns aux autres, un peu bancales et surtout désuets.

 

Du point de vue musical, j'ai découvert peu de temps après à quoi pourrait se raccrocher Depuis. Ce serait sans hésitation : " les vanneaux " de Tue-Loup. D'une part parce que ce sont des bestioles présentes dans le texte, d'autre part parce que cela retraduit bien l'ambiance lente, lourde, mais sans malaise du texte.

Du point de vue photographique, c'est très précis. Des photos de champs conviennent. Pas forcément en hiver. Il est vrai qu'un petit brin de neige serait le bienvenu cependant, cela peut très bien être un champ cramé par le soleil. Eviter toutefois les visions printanières d'un pommier ou d'une forêt à la végétation luxuriante. Pour les étangs, il s'agit forcément de lieux entourés de forêts.

Du point de vue des personnages, le narrateur est quelqu'un d'ombrageux et peu bavard. Il ne faut en aucun cas l'imaginer comme quelqu'un de triste. Il sait faire face aux événements difficiles. Mais il n'a pas beaucoup de force intérieure pour résister aux tensions de longue durée. Hélène, on doit l'imaginer blonde. Pour ma part, c'est en cela qu'elle m'énerve avant même d'avoir franchi la porte. Le fait qu'elle m'exaspère ne transparaît pas dans le texte parce qu'elle doit avoir sa chance. Elle n'est pas très grande et parle avec une voix peu audible. C'est quelqu'un qui ne saurait pas crier. Les autres personnages sont complètement subalternes et peu décrits.

Du point de vue du style littéraire, Depuis ne se raccroche à rien. C'est un texte dont les sources internes - ce qu'il y a au fond du ventre - sont trop diverses pour qu'il n'y ait qu'un seul genre.


Nora

21 mai

Courrier à Nora. Cuisine avec oignons torcheurs. Trouvé la chanson strange days des portes.

Tour horrible aujourd'hui à l'anpe de Valenciennes, le plus grand employeur de toute la région. Pas grand chose à chercher, encore moins à trouver puisqu'il n'y a rien - j'étais surtout là pour voir comment ça marche. Bref, suite aux conclusions hyper interessantes que j'en tire : ça ne marche pas. 40 milliard de personnes en train d'attendre je sais pas trop quoi, du pipôle encore plus qu'à la foire du trône et quarante annonces pour l'ensemble du Valenciennois. Une situation catastrophique dans ce putain de Nord de merde. Du boulot, in' da pas du tout du tout.

Je suis resté une demi heure. A regarder à droite à gauche. Et me faire chier comme une huître en manque d'eau de mer surtout. Je suis ressorti on ne peut plus déprimé. Un des lieux les plus cafardeux du monde. Je me jure, je l'écris en capitales : J'Y RETOURNERAI JAMAIS. Du boulot, ce n'est de toute façon pas là que j'en trouverai. Tu vois les offres d'emploi, rien que pour faire poubelle-man, il faut soixante-dix mille qualifications que moi même je n'ai pas, plus trois quart de millénaire d'expérience bien évidemment. Comment je réagis ? Déjà que j'aime pas le travail, il va falloir que je me batte pour en avoir ? Ah ! ça non jamais, je préfère bien plus être clodo. Ce lieu infâme ne me pousse qu'à une seule chose : ne jamais travailler. Les employeurs me débectent, particulièrement dans le privé.

 

22 mai

Le mur de ma maison penche. Tout va t'il se casser la gueule ? Il faudrait un tout petit séisme et cgchlouf = à pu Vincent. Mouih, pas très intéressant. On en reparlera quand je serai sous les gravats.

Gros travail en ce moment sur les lichens. Les usines abandonnées dans le derrière, vers l'étang des cheminots, en ont des tonnes et très variés. La reconnaissance est difficile, cela se déroule au microscope... Aucun intérêt de conservation par la suite puisque de toute façon, de loin, ils ont tous la même tronche. Mon herbier s'étoffe bien par contre.

Ecoute du disque des têtes raides, (sans titre). Les paroles sont un peu enfantines mais en même temps comportent une lourde charge de malheur et de dureté.

 

15 juin

Depuis plus d'une demi-heure, il pleut. Je suis assis devant la porte ouverte et je regarde l'eau qui tombe du ciel. Comme le sol de mon jardin est une dalle de ciment - je ne l'ai pas choisi - l'eau s'accumule et forme de grandes mares. Les gouttes d'eau font des cercles concentriques. Je n'arrive pas à comprendre le mécanisme d'interférence de deux ondes qui se croisent. Lorsque 4 gouttes d'eau tombent, cela fait de sérieuses complications. Dessins étranges... J'aimerais prendre mes bottes et sauter dans les 3 cm d'eau. Plaf plaf plaf. Qu'est-ce qui me retient ? Tout le jardin est rempli. C'est une mer. Je l'appellerai mer mouillée éphémère. Ih ih ih, que c'est bête.

J'aime l'air après la pluie. Il est frais. Il évacue toute la lourdeur, toute la tension d'"avant la pluie". La sécheresse stresse le corps humain. L'homme est composé d'eau, le sec est synonyme de mort. Les dépouilles de chèvres abandonnées sont sèches. L'air humide rassérène. Il m'apaise.

Voilà, la pluie est terminée maintenant. Chat-fenêtre arrive. Il est tout ébouriffé et je me fous de sa poire. Ah ah ah ! Chat-fenêtre est un matou qui se poste à ma fenêtre et qui me regarde pendant 4 heures, des fois la journée entière. Je lui donne des restes. Mais Chat-fenêtre ne rentre pas dans la maison pour le dodo parce que sinon, il y aurait des dégâts de consommations illicites de bestioles très appétissantes. C'est vachement fouillé comme nom de bestiole, mais pourquoi ne pas appeler un chat un chat ?!

La semaine dernière, j'ai essuyé une petite déception. Je savais que non loin de chez moi, il y avait un étang rond derrière les cheminots. Or, mon quartier est comme qui dirait un peu zone puisqu'il est composé en grosse partie d'usines abandonnées. Parmi le fatras, néanmoins intéressant, les décombres d'usine se sont révélés. Un étang rond, une eau très propre, et de vieux arbres. Seul inconvénient, les moustiques gros comme des mamouths, aussi nombreux que les bêtises qui hantent mon cerveau. Je suis rentré avec les bras déchirés. Crotte de biquette en poudre. Il y a l'Escaut à 20 mètres de chez moi, certes, de l'eau de l'eau... cependant, les seuls poissons qui y survivent sont des mutants thermötroniques hyperultra-radioactifs. Tant pis pour la pêche ? Je vais me reconvertir en chasseur de betteraves. Elles sont très féroces d'après les dires des gens du coin.

Je raconte n'importe quoi ce soir. Chat-fenêtre me regarde. Quand je lui donne à manger, il me fait un sourire avec les yeux. Il me mate en coin quand je sors de la douche. One man show pour one man chat ?

 

16 juin

Incompréhensible et stupide lecture de Spinoza.

 

24 juin

Je n'ai pas touché un stylo depuis huit jours - d'ailleurs ça se voit aux tâches. HONTE SUR MOI ! Mon frère vient de passer une semaine à valenciennes. Nous n'avons pas eu une seconde de répits. Nous nous sommes surpassés et nous avons vaincu nos peurs. En fait, nous avons grimpé au sommet d'un pont. Le but était de vaincre le vertige. N'empêche que c'est moi qui ait le plus eu la frousse. Au début j'ai cru que je n'allais pas y arriver (35 mètres de haut). J'ai eu tort de regarder sur le côté, aaaaaaaah ! Horrible, les arbres tout petits. Mais en haut, j'étais fier. Bon d'accord, d'accord... fier à quatre pattes. Et oui... Y'a que mon frère qui s'est mis debout. Nous nous sommes fait contrôler trois fois par les roussins, de surcroît à des moments où nous étions tranquilles. Incompréhensible. Pas de problèmes heureusement parce que mon frère avait son passe-partout d'identité. France = pays des libertés. Y'a un aryen, à moitié PD, il en a profité pour nous tâter partout. Ducon. Que c'est difficile de ne pas être agressif en ces moments...

 

15 août

Journée longue-attente. Fanny me lâche à St Denis devant le stade de France. Il est 8 heures et demi, je suis crevé. J'ai rendez vous avec Ni² à 22h30. Sac bourré bourré sur le dos, très lourd. Ça va être dur d'en profiter. J'ai en tout cas une bonne journée devant moi.

Commence la marche. Longue longue longue. De St Denis à Boulogne, y'a une trotte ! Je pisse au niveau de la porte de Clignancourt. Fait extrêmement important puisque c'est la seule chose qui se passe jusqu'à 11 heures. J'essaie de téléphoner à Renaud mais il n'est pas là. Tout est fermé. J'ai rien à becqueter. Beaubourg, jardin du Luxembourg puis dédales dans le 15eme sud. J'achète à 10 balles le testament français de Makine. Issy les Moulineaux puis arrivée. Ninih est à Fontevrault. Je sonne, on sait jamais, . non personne. Je me dirige donc vers un parc urbain. Il pleut. Je me sens clodo, comme à l'époque. nostalgie, puis cafard. Comme ça, sans raison.

J'essaie de lire un Maigret mais je suis tellement fatigué que je n'y arrive même pas. Je regarde la Seine, l'eau qui coule. Des heures, des heures. J'aime bien rêver.

Direction le mégabouffe. C'est le seul truc d'ouvert. je vais manger un poulet frites à 26 francs. Pas très bon. Je squatte un peu puis m'en vais. Direction un petit escalier sur le derrière, bien à l'abri. je lis un peu. Non, toujours rien. J'ai le moral à moins un milliard.

J'écris à Claire. Pourquoi pourquoi pourquoi ? Je ne sais pas. Je me dis que c'est absurde. Je chiffonne. Je me dis que c'est absurde d'avoir chiffonné. Je prends alors un crayon à papier et recopie la lettre sur le mur. Il y a des inscriptions qui datent de 1988, je suis sûr que ça restera. Pourquoi le cafard ? Je me re-re-re-re dirige vers la Seine. Je jette la lettre à l'eau.

Sur le retour, je croise une magnifique coréenne. Elle me fait penser à Noriko. Je vais dans le petit parc juste derrière chez Ninih. Il y a un gamin qui joue sur un banc. C'est marrant. J'écris un poème. Je m 'ennuie. Juste à côté, il y a un gingko biloba. Je connais le quartier de Ninih par cour maintenant.

22h45. Ni² Arrive. Il a les cheveux longs !!!!!!!! au moins 4 cm. Il est accompagné d'un type agréable qu'il a rencontré via le net. Direction mac do. Berk. enfin bon. Puis direction Arcueil pour ramener le type chez lui. Directos chez Ninih. Nous parlons de Grenoble puis allons nous coucher.

 

16 août

Départ vers 9h30. Il y a un monde dingue à la gare. Nous sommes en première classe. Je me sens extrêmement mal dans mes pompes. Honteux. Le trajet est assez long mais agréable. Nous parlons beaucoup du monastère, puis de ci et de ça. Arrivée à Toulon en début de fin-d'après-midi. Je voudrais téléphoner mais je n'en ai malheureusement pas l'occasion. La gare de Toulon est insignifiante. Très en longueur. Les gens sont très bien fringués par rapport à Valenciennes. Je pense une seconde à l'aménagement que je vais me taper en rentrant au futur Berlaimont.

Train corail. Bourré. La côte est très rouge, très découpée. Il fait chaud. Je commence à m'impatienter. Makine ne me passionne guère.

Arrivée à Nice. Le père de Ninih est là. Il s'est tapé des embouteillages. Il y a la sour de Ninih aussi. Je suis très intimidé, voire atrocement intimidé. Elle me pose des questions très directement. J'en suis gêné. Nous montons pour Valdeblore. Route zigzaguante comme c'est pas possible. Tunnels, Var sur la gauche. Puis arrivée au Chalet. C'est très grand. Je me sens. tout petit. Rencontre avec la mère de Ninih, très gentille.

Je ne demande qu'une chose, dormir. Ce que je fais rapidement. Chambre à l'étage.


Monastère de Triors

17 août

Grande ballade avec Ninih. Je ramasse pas mal de plantes absentes de mon herbier. Ninih semble un peu excédé de mon côté botanique. Il a semble t'il eu quelques envies de cupressus et de juniperus dans une vie antérieure mais cela s'arrête là. La sour de Ninih ne prête guère d'attention à mon petit manège et ça me soulage.

Visite du vieux Valdeblore. Petites rues étroites. Joueurs de Boules. Eglise ancienne. Chien qui pisse contre un poteau.

Au soir, fleurs de courges farcies et vin à 800 balles. Je ne sais plus où me foutre.

Puis coup de téléphone au camping. J'ai froid.

 

18 août

Longues écoutes musicales dont Mike Oldfield. Zappa semble lasser Ni². La préférence allant plutôt à King Crimson. Dans la chambre, je fais de grands stocks de plantes. Le père de Ninih est un grand fada de plantes, on en profite bien et il nous fait faire un petit tour " botanique " de son beau jardin.

L'après midi, ninih est nase et va dormir. J'en profite pour aller au Caire Gros. J'ai regardé, ça me fait 1200 m de dénivelée. J'ai 3 heures. Je monte le plus vite que je peux. J'en profite pour cueillir des aconits tue-loup. J'arrive en haut exténué mais ô combien heureux. Je jubile. Au loin, je vois les contreforts de l'Italie pour la première fois. Cunéo au loin. Descente en course. Nu pied comme à l'époque. pour contrer la douleur, je ne cesse de penser à ce type qui avait fait les jeux olympiques. Il court régulièrement pied nu jusqu'au sommet du Kilimandjaro. Je ne rêve que d'une chose, être à son image. Aller retour 2h30. Je suis fier.

Au retour, la sour de ninih va faire un footing. Elle me demande si je veux venir. Réponse positive ! je cours donc mes 6 km un peu mort mais bien content quand même.

Au soir, gnocchis et trivial poursuit où je me fais éclater à plate couture.

 

19 août

Matinée calme. Nice matin sur l'aéroport problématique. Tour de vélo avec la sour de Ninih. Je me sens coupable de le laisser sur place. Il n'aime pas le vélo. Je vais voir de l'autre côté de la montagne. Bonne ballade à vélo, 12 km, j'ai mal aux mollets ! Beau point de vue. Un village renfoncé à l'intérieur et tout au fond, un bled presque invisible (Clence). On ressent un net changement géologique. Direction une auberge. Je mange un gratin de courgettes délicieux ! Petite ballade et retour.

Au soir, direction St Martin de Vésubie. Une exposition pas trop désagréable. Couleurs très criardes. Petit ruisseau au milieu de la rue méga touristique. Un gamin joue avec l'eau. on se fait chier. J'achête une grosse part de tomme pour ma mère. Un délice ! Pizzeria. Rien d'exceptionnel. Ballade à St Martin la nuit.

 

20 août

Nous nous apprêtons pour repartir. Gros coup de cafard mais je ne montre rien. La gare de Nice est toute en longueur. J'arrive à avoir mon billet, ouf. Gros (énorme) sandwiches. Puis re-première classe. Et re-je-sais-plus-où-me-foutre. Arrivée à paris. Je file pour choper mon train. Je l'attrape à une minute près. Ambiance train de nuit très particulière. Musique dans le wagon, que des fumeurs de hasch. Arrivée à 3 heures 30 du matin à la maison. La porte d'entrée du couloir est fermée. J'enrage. j'en ai presque les larmes aux yeux. J'attends jusqu'au matin. Le voisin vient m'ouvrir.

Dodo.

 

21 août

Journée rangement. J'en peux plus. Je suis mort. L'aménagement est presque terminé. Mon herbier est superbe. Je garde en mémoire une chose plus particulièrement : en haut du Caire Gros. Emotions.

 

6 septembre

Passage du permis VL à Valenciennes. Le gars s'appelle L. Il paraît qu'il porte bien son nom, c'est une belle peau de vache. Bah. on verra bien. je pense être capable de m'en sortir. Devant la piscine, les protagonistes se présentent. Avant moi, un gars qui l'a loupé quatre fois et qui vient de Lyon exprès. Il conduit un quart d'heure. Vraiment pas terriblement.

C'est ensuite à mon tour. Du côté de Auchan non loin de Marly. Je roule vite et sans faille. retour jusqu'à la piscine. Il n'y a eu qu'une erreur à ce que je sache, j'ai calé. Ploum. Bah, c'est pas bien grave à ce que je sache. Retour jusqu'à la piscine. Le gars signe deux papiers. c'est son jour de bonté ? Bah, au moins, je suis débarrassé de cette crasse.

 

15 septembre

Début du service militaire ? Tu parles. La drass me fait courir à Lille une première fois pour une saleté de visite médicale sans intérêt, où l'on profite bien sûr pour me palper les couilles. (-Ca va là ? -Allez vous faire foutre). Et aujourd'hui, ils osent me brouter pour une saleté de signature à la con. Cela fait vraiment pitié. L'état français est inorganisé au possible et prend le français de base pour un pur con. Ma révolte devient immense. Je hais l'état. La bonne femme des services de la drass est tatillonne au possible pour la moindre connerie. Si je ne pétais pas un plomb devant elle, c'était en novembre que j'avais le droit de commencer. ça fait neuf mois que je travaille plus ou moins au noir. Comment voulez vous que je respecte les représentants de l'état ? Comment voulez vous que j'arrête de cracher sur les flics (et me cavaler après). On ne peut pas dire qu'il y ait des efforts faits de leur côté. Je hais. Purement.

 

16 septembre

Premier jour de la galère. Le trajet est bien plus long que ce qu'il semblait être sur la carte. Pâtir, pâtir. La gare de le Poirier est un petit abri minable. Quelques étudiants tout au plus pour l'instant. Mais je me souviens de quand j'allais à l'iup, c'était la cohue. Et moi qui disait à mon père : je ne comprend pas comment tu peux faire autant de transport pour ton boulot. Aujourd'hui, j'en fais plus. Tout ça pour la miss qui se trimballe en caisse à Maubeuge. Je suis trop gentil.

Je ne découvre pas la commune. Malheureusement, parce que ça ferait un bol d'air sinon. Vincent B roule avec la méga 4L. cela change considérablement de bosser dans une petite structure. Premier truc à faire, la restructuration d'un centre polyvalent. Pas inintéressant à ce que je sache.

 

18 septembre

Je redécouvre peu à peu les personnes qui avaient subi mon entretien de motivation l'été dernier. En tout premier lieu, un élu s'appelant M. C'est lui qui m'avait gueulé dessus qu'il fallait jamais me marier. (J'avoue qu'il n'a pas été loin de me faire fuir avant tout entretien). Les autres protagonistes me sont moins connus. M, cela est certain. Il s'agit du big boss. Il m'avait testé sur le nombre de passes à faire sur un ternaire. J'avoue que je n'en savais vraiment rien, j'ai toujours fait au pif ces choses là. Il semble assez directif, cela d'une manière fortement paternaliste. Il va falloir que je m'adapte, ce sera difficile. moi qui ai l'habitude d'être ultra indépendant.

Et puis dernièrement, L, l'élu aux travaux. c'est lui qui m'avait vu sous une pluie battante au possible. Je l'ai retrouvé au café en face de la mairie. A mon avis, il ne prenait pas un café.

 

20 septembre

Composition acharnée de drum and bass. Ce que j'adore là dedans est ce rythme saccadé hyper découpé. Et qu'il est agréable de parler de quelque chose que personne ne connaît. La composition se fait par destructuration de sons existants. Et là dessus, on vient coller une basse considérable. Mes morceaux sont planants à souhait. C'est beau. Le plus étonnant je crois est le temps que je passe à composer le rythme. Cela va jusqu'à 90% du temps. Il faut dire que ce n'est jamais la même chose. Il n'y a pas de répétition, de refrain, de lien général. Le but est de tisser une toile sonore complètement différente. Cette façon de faire permet une bien plus grande variation, la richesse musicale s'en ressent énormément.

 

21 septembre

Courrier de Nora. Suite à sa longue disparition après avoir passé quelques temps à Antibes, ça fait du bien d'avoir de ses nouvelles. Mais tout cela est tellement écarté que je ressens le fait de dilution. En gros, cela signifie que je n'ai plus le besoin de lui répondre - je dois presque me forcer. En quelque sorte, il me semble ne pas du tout l'intéresser. Ma position avec elle a de toute façon toujours été plus que délicate. C'est à chaque fois moi qui ai fait le premier pas. Aujourd'hui, je fais un autre premier pas, mais en arrière pour une fois. Je vais moi aussi mettre trois cent ans à lui répondre. Je voudrais m'investir pourtant, et on ne peut pas dire que ça ne se voit pas au travers de ce que je peux écrire. Ah là là.

Dans tous les cas, je ne veux pas me faire avoir, alors je me protège.


Xavier Plumas

1er octobre

Anchlougaffage de photos de Cháng Kim Heesun. Pour un français, les asiatiques sont tous les mêmes, ils sont jaunes. Cependant.

Les coréens ont un visage légèrement plus rond que les japonais. Les yeux sont un peu moins bridés et la peau plus jaune. Ils paraissent en quelque sorte d'une pureté de trait plus grande. Les lignes offrent un nombre de courbes plus importantes et plus lisses. Le nez est souvent nettement plus petit que les japonais, voire même par rapport aux chinois. Ils sont il me semble légèrement plus grands. Leurs yeux sont très nettement plus noirs et les cheveux sont plus lisses. Les mains sont moins osseuses, la bouche plus petite.

Si je me fais un délire quant à Kim Hee Sun, c'est parce que je trouve qu'elle incarne un certain idéal de beauté féminine. On vante les planches à pain américaine, il est vrai que là, c'est un tout autre style. Beaucoup moins artificiel et cela se voit. Même pas de poitrine en forme d'obus, voilà quelque chose pour me plaire. Il me semble que les coréennes ont comme atout d'avoir une certaine netteté dans le trait. C'est peut être parce qu'elles ont le cheveu lisse, la peau nette et claire. Cela délimite nettement. Toute cette délicatesse me charme. Je signale d'ailleurs que la culture coréenne en photo est intéressante parce que les prises de vue ne sont absolument pas vulgaires. Les femmes sont le plus souvent complètement habillées, on évite le déballage de cul et nichons grossiers à la Claudia Chou-fleur. Le délire va jusqu'à la photo de pied, c'est bien agréable. Un seul défaut par contre, les mises en scènes parfois excentriques, avec des habillements relativement naïfs. Ce fait décrit une culture, la différence nous choque. Au bout du compte, c'est pas trop mal quand même. L'idéal serait que je fasse une page web regroupant les plus jolies photos. Il faudrait le temps. Il faudrait aussi que cela intéresse quelqu'un. Bref, j'archive !

 

2000

 


Mon diplôme de cataglauque

 

31 décembre et 1er janvier

Les médias sont ridicules au possible. Il y a eu la vache folle, la tempête et là c'est l'overdose. 2000 deux mille deumil deuymiille 2 meals, d'eux mmmmil. on en peut plus de leur 2000 à la con. On a même plus envie d'y être. C'est complètement dénaturé, trituré à la sauce commerciale, à l'eau de javel, ça a un goût de vomi. BIENVENUE DANS LE TEMPLE DE LA CONSOMMATION. Consommez, vous le devez. Fêtez beaucoup et achetez. Auchan mégabouffe a fait un catalogue spécial de 130 pages. Les prix se sont enflammés. Les devantures n'ont plus que ça : des 2000 partout, des bougies 2000, des bites 2000, des cerveaux lobotomisés 2000 à vendre 2000 francs. Je hais ce monde individualiste basé sur le porte monnaie.

Leur feu d'artifice 2000, leurs portes de l'an 2000, c'est 2000 fois qu'ils peuvent se le mettre dans le fond du trou du cul. Pas de Paris, pas de spectacle. Fuck ze system.

 

Je suis donc parti sur le coup de 9 heures dans la carrière souterraine de Jabba à Maintenon. 10 mètres sous terre, je le répète, c'est le seul coin où cette pauvre société d'andouilles veut bien me foutre la paix.

Nico veut me faire découvrir un raccourci : passer par le golf de Maintenon. Je suis sceptique quant à l'efficacité mais on verra bien.

Nous grimpons donc la barrière. Chargés comme des bidets. J'ai en effet préparé plein d'affaires pour aménager agréablement le squatt : vieux cd, (ça brille), ballon de foot, vieille chaise, téléphone, chien en plastique pour le tir à la carabine, radio chargée avec Tryo, etc.

Au bout de 200 m, le sac galerie Lafayettes se pète. Et meeerde ! y'a au moins 50 pogs au sol ! c'est con ! Tant bien que mal, on reprend tout y compris le pot de fleurs. Le golf est complètement inondé et c'est la zone. Nous passons à 50 m du château. Les chtouilles mais nous arrivons.

Descente. Allumage de bougies. Plantage de hamacs. Et même pas une goutte d'alcool. J'y tiens ! Nous commençons alors un atelier décoration avant de continuer par une partie de foot. Freesby ensuite puis fumis sur fumis.

Tiens, au fait, il est minuit 10. Bof, rien à cirer.

Minuit 40 : un superman en plastique crame à cause d'une bougie. Odeur toxique. Nous sommes obligés de sortir. Bah ! Bon squat quand même.

Sur le retour, y'a deux trois péquenauds dans la rue qui sont complètement bourrés. Ca a l'air nul à chier. Une voiture me klaxonne. Deux solutions, soit c'est Nora, soit c'est quelqu'un de complètement déchiré. J'imagine deuxième solution.

Retour dodo. Je suis content de moi parce que je n'ai pas favorisé l'expansion du système consommatiolucratif.

 

2 janvier

Au mois de janvier, le premier pour être exact. Je me promenais dans Maintenon car je devais porter un paquet pour Nora. Il faisait noir, les lampadaires n'étaient pas tous allumés, d'ailleurs, je ne me suis jamais expliqué cela. L'ambiance n'était pas particulièrement agréable parce qu'il faisait relativement froid ; de plus, un vent compact s'insinuait sous mes pauvres vêtements. Sur le chemin de la descente, je palpais la grosse enveloppe que j'avais planqué sous ma veste. Pourquoi donc venais-je apporter tout cela à cette personne que je ne connaissais pas. Les questions se bousculaient un peu dans ma tête. En arrivant au centre ville désert, j'ai alors réalisé que j'étais complètement seul, (maman est folle, mon père m'ignore, et tout le reste n'est que figuration). Oui, tout le reste est bien là, dans mon carnet d'adresse - tous ces admirateurs qui n'osent même pas me dire que ce que j'écris n'a pas d'intérêt. Bref, il aura fallu que je sois là, devant cette boulangerie fermée, pour que je réalise que je ne suis pas compris dans le réseau intergalactique des amitiés. Hors système. Finalement, cela est parfait. Je l'ai rêvé étant jeune, vais-je me plaindre maintenant que je suis le héros de mes imaginations ?

J'ai commencé à grimper la côte de la route vers Chartres. Très longue. Très pénible. Les graviers se coinçaient sous mes chaussures mal foutues. Je me suis dit que j'y était presque, faux encouragement pour enfant fatigué. La route s'est aplanie, et j'ai enfin aperçu sa maison. Elle semblait dantesque dans les quelques vagues lueurs restantes des lampadaires de la grande route. Je n'aimais vraiment pas son aspect de nuit - comme toutes les maisons d'ailleurs - les fenêtres surtout, qui sont noires, ou bien volets fermés. De l'oil, j'ai cherché sa chambre, fenêtre à droite ou à gauche ? Mystère. J'ai commencé à forcer la boîte à lettre, mais son entrée était résolument trop petite. Alors, j'ai déposé le paquet sur le pas de la porte, en espérant qu'il ne pleuve pas. J'ai regardé la maison avant de partir, et je me suis dit que j'étais vraiment con, que mon petit jeu débile à vouloir retenir tous les détails n'avait aucun sens. Alors, je suis reparti. Le vent soufflait dans les drapeaux d'intermarché, c'était un spectacle apitoyant de voir un parking de superbouffe vide, la nuit. Sur le chemin, pas très loin de chez elle, il y avait un panneau de pub, doré. Dessus, quelqu'un a peint FN. Alors j'ai voté. J'ai pris un cailloux, et j'ai rayé l'inscription. Je me suis même dit qu'un jour, je lui dirai pour qu'elle aille voir la rayure. Minable. Je ne suis qu'un petit minable crapotteux. De retour à la maison de mes parents, il s'est mis à pleuvoir. Le paquet allait être taché. De toute façon, c'est un paquet de merde et joyeux noël. Je me suis fait arnaquer sur toute la ligne. Intérieurement, avant de dormir, j'ai refait le film des événements. Une chose claire : elle ne me reparlera jamais. Deuxièmement : ça va être long. Troisièmement : demain, je me promet que je me lèverai de bonne humeur et je ferai un sourire à maman. C'est le seul cadeau qu'elle perçoive, la bonne humeur. Tu vois, je me casse la gueule, mais pas complètement.

 

5 janvier.

C'était la semaine dernière, quand j'allais chez mes parents. Comme ils habitent Maintenon, dans la banlieue parisienne, je suis obligé de transiter par Paris. (Berlaimont, c'est dans le Nord de la France, et Maintenon au sud de Paris). C'était samedi soir. Je venais de me prendre une patate dans le train parce que ma carte de réduction était périmé. Bonne humeur. J'arrive dans le métro, gare du Nord. Et là, c'est quoi, c'est un samedi spécial ? 30000 personnes en train d'attendre sur le quai. Souffrance. Je monte avec mon gros sac. Mon cabas gène les gens. Un grand lourdeau bronzé et hyper à la mode dit à un autre type du même genre, avec une voix grave, presque caverneuse :

- On se retrouve à huit heures.

L'autre, fait la tronche. Huit heures, c'est ça, qu'il dit, en guise d'assentiment. Les Halles. Là, Y'a les quatre Spice-girls qui rentrent. Deux blaks, une foncée, une métis, et deux blanches. La grosse keubla, on voit la pointe de ses seins au travers de son T-shirt blanc moulant. La décolorée, c'est une belle fille, mais c'est un pot de peinture. Elle a les cheveux très collés contre le crâne. L'une des deux blanches portait un pantalon brillant étrange. Elles se sont échangé des bonbons à la menthe. La cheublan, elle a commencé à chanter je sais pas trop quoi, les autres ont suivi. Derrière, un grand lourdeau à la gueule défoncée, avec un chinetok. Les deux sont bourrés. Montparnasse. Je descends. Je revoie les Spice-Girls, et je les dépasse. Y'avait un pépère, sûrement un portos, qui restait assis sur le banc à regarder les gens. Il fait quoi çui-là ? Couloirs. Kaktus, le groupe de débiles péruviens. Quelques gars gueulent des insultes à leur intention. Tapis roulant. Je fais encore chier quelqu'un avec mon cabas. Je marche comme un robot. Gare. Voie 28. A côté, c'est un train pour Le Mans. Quatre racailles qui s'engueulent, à moins que ce soit leur façon de communiquer. C'est dur à savoir. Je monte dans le dernier wagon. La fille qui est sur le siège d'à côté, je l'ai déjà vu, mais je ne saurai en dire plus. Ma gare. Je descends.

 

Transformation.

C'était la semaine dernière quand j'allais de chez mes parents. Comme ils habitent Maintenon, dans la zone, je dois passer par Babylone. (Templeuve, c'est chez les ch'timis, et Maintenon, c'est pas loin des taudis de Trappes, Eglancourt, et de la cité de la Mort-voilà). C'était samedi soir. Je venais de me faire agresser par une espèce de tapette dans le train, qui en voulait à mon porte-monnaie, parce que j'avais trop de cheveux sur la photo de ma carte de réduction. J'ai commencé à le baratiner, comme quoi j'allais jamais pouvoir lui donner satisfaction, parce que y'avait rien à faire, j'étais fauché, et qu'après tout, j'étais de bonne foi. Après un bon quart d'heure de prise de tête, il m'a foutu la paix. A la sortie, j'ai vu Mohamed, c'est une de mes connaissances. J'arrive dans le métro, gare du Nord. Et là, 30000 personnes en train d'attendre sur le quai. J'ai attendu d'entendre le métro arriver avant d'en pousser quatre-cinq sur les rails électriques. Ils se sont fait broyer par le métro, personne n'a rien remarqué. Je monte. Un grand lourdeau bronzé et hyper à la mode dit à un autre type du même genre, avec une voix grave, presque caverneuse :

- On se retrouve à huit heures.

L'autre, fait la tronche. Huit heures, c'est ça, qu'il dit, en guise d'assentiment. C'est ça, va te faire foutre. Avec discrétion, je plante un canif dans le ventre du deuxième parce que sa tête ne me revient pas. Il a gerbé, puis a crevé. Personne n'a rien vu heureusement. L'autre, au moment où il avait le dos tourné, j'en ai profité pour lui raser la tête en écrivant "Je suis débile" au marqueur. Il n'a rien remarqué, bien sûr. Les Halles. Là, Y'a les quatre Spice-girls qui rentrent. Deux blakos, une foncée, une métis, et deux blanches. La grosse keubla, on voit la pointe de ses seins au travers de son T-shirt blanc moulant. Je trouve ça hideux et provocant. J'aurais eu une bombe de peinture, je les aurais entourés. La décolorée, y'a pas de mystère, elle est jolie. C'est une espèce de métis, du genre arabe-blak déjà clair. Elle a des grosses lèvres bien pulpeuses et des yeux en amande. Y'a même un moment où elle m'a regardé. J'aurais pu la déshabiller sans qu'elle le voit, puis je me suis dit qu'il valait mieux pas, parce que c'était pas gentil. Je lui ai juste donné un baiser, sans qu'elle le voit, bien évidemment. Elle a des cheveux très collés contre la tête. Elle a une apparence soignée. L'une des deux blanches à un froc brillant à la tue-la-mort. Elles ont fait une collation bonbon menthe (yo). Et puis, on a eu le droit à un concert exclusif Spice-Girls, mais alors vraiment top-merdique. Derrière, un grand lourdeau à la gueule de bouledogue qu'a avalé un tonneau de pinard. Le chinese, attention, rebelle. Bande de croûtons. Au passage, j'ai foutu une pastille de cyanure dans leur verre, et ça m'a fait du bien. Je sors. Montparnasse. Le petit-père qui nous matait sur son banc, il avait des petits pieds avec des chaussures en cuir. C'était quoi son prénom ? Je marche. Kaktus, les minables qui chantent depuis 200 ans la même chose. J'ai fait sauter deux cordes au banjo de l'autre qui se croyait malin. Du coup, y'a deux cailleras qui se sont foutu de leur tronche. Tapis roulant. Je marche sur un supersonique tapis magique de ferraille pourrie. Gare. Tiens, les chacals en bleu, I-z'ont foutu des radiateurs. Univers de béton avec pour seule variante le ciment. Acier, tôles, et tout le reste. Voie 28Az45897-598_B54. Le train d'à côté au moins, il mène pas à Zone-la-Ville. Quatre cailleras s'engrainent. Ils ont de ces manières de causer... Je monte en tête de train, comme ça, je ne me tape pas la pluie acide à l'arrivée. La fille d'à côté, sa tête me dit quelque chose. On a fait la pré-maternelle ensembles. Je lui cause. Elle s'appelle Sonia. Ma gare. Gros tags. Je descends, et j'en rajoute. (yo).

 

10 Janvier

Ces paysages m'inspirent une bien étrange rêverie. Je ne sais pourquoi, mais à chaque fois que je pense à cette foutue rêverie qui m'accable depuis des jours, il faut que je le relate. Ce n'est pas à mon journal que je parle ici, d'ailleurs, ça se voit bien. Des toits de Berlaimont, les cheminées s'enchevêtrent.

Une fois de plus, tu te doutes que c'est pour toi que je suis ici. C'est très vertigineux. Est-ce pour me donner un prétexte pour te raconter quelque chose ? Que suis-je pour toi ? Je m'imagine comme un gant de soie blanche. Je dois être somptueux et minable à la fois. Un peu comme si j'étais un objet superbe ne servant à rien.

 

Au loin, les toits de Wibaille Dupont. Je viens de résoudre une question énigmatique : où dorment les pigeons ? Réponse, sur les cheminées. J'aimerais que tu sois là, même pour un court instant. A Paris. Mais je suis maladroit. Je t'inviterais un jour de pluie. Et puis Paris c'est quoi ? C'est la haine et l'amour en même temps, le tout exacerbé par mille. L'amour des ruelles, des catacombes, des marchés aux fleurs. La haine de tout ce monde, des bouches de métro qui ne savent plus quoi vomir. Sur les toits, je suis debout. Seul. Comme toujours. Comme c'est bon d'être seul. Ma silhouette doit faire penser à un Chateaubriand, les cheveux dans le vent, à vrai dire le symbole même d'un romantique. Peut-être y en a t'il de leurs fenêtres qui pensent que je vais me jeter dans le vide, un suicide ? S'ils savaient comme je suis heureux.

Ces paysages m'envoient dans des rêveries interminables. En bas, le bruit des voitures, des gens qui marchent. En haut, les nuages. Dans mes oreilles, une valse de Chopin, dans mes yeux, le délire d'une danse sur les plaques de zinc légèrement inclinées. De tout le tumulte, une image. Celle du type de Radio France sur le toit de la maison de la radio. Au loin la Seine qui charrie ses milliards de tonnes de déchets. Et puis plus haut, plus loin. Auprès du ciel. Là où se trouve le bonheur. Une âme.

 

11 janvier.

L'inconnue à la sonate ne s'est toujours pas représentée. Depuis plus d'une semaine, je traîne son enveloppe, ses partitions, ses quelques notes maladroites tracées à la main sur une portée photocopiée à la va vite. Je ne peux m'empêcher de frémir légèrement lorsque j'arrive à la gare de Trith. Sera t'elle là. Je fais le tour des abris en verre, et il n'y a personne. Le vent souffle. Comme d'habitude. Ici, c'est construit partout sauf sur la voie ferrée. Alors le vent s'engouffre. Ca fait chier le vent dans le Nord. Et s'il y a des trous sous l'abri, c'est pour mieux transformer ce qui reste de notre encéphale en bloc de glace.

L'inconnue à la sonate est rousse. Elle trace dans la nuit et dans ses rêves des croches et doubles croches. Moi ? Je ne pense qu'à cet esprit créateur. Les jeunes de ce train vont au lycée, ils sont tant désabusés. Ils ne profitent de rien, ils se laissent aller. Aux rêves, aux songes, aux méditations ? Non, bien malheureusement. Ils rient bêtement du dernier film des inconnus. Ils s'envoient des vannes et testent les meufs pour tenter de leur décrocher un baiser. La libido.

L'inconnue à la sonate monte au même arrêt. Elle descend au même. Dans sa maison, il y a un piano. Je ne l'ai pas vu. Je l'ai entendu. Dans ma tête, il y a du Scriabine, et son visage. Dans la sienne ?

Tout s'arrête là.

 

12 janvier

Un collègue du boulot est à la dèche. Son bébé n'est même pas sorti du ventre de sa femme. Il est mort. Je sais ce que ça fait des conneries de ce genre et j'ai fermé ma gueule parce que c'est la meilleure des choses à faire. Dans ces cas là, y'a rien à dire. Tu vas la ramener sur des blessures sans fond, et tu vas mettre qu'un tas de fumier au fond du trou. Bref, j'ai pensé à Nora qui a du avoir le même genre de tour. Et mon impuissance devant tant de malheur. J'aurai beau vouloir tout, imaginer des tonnes et des kilotonnes d'amitié, c'est du pipo tout cuit.

Et le petit, il ira au cimetière ? Dans une boîte ? Les cimetières, c'est laid et beau à la fois. Un petit au cimetière, ça ne se fait pas trop. Toutes les tombes sont les mêmes. On ne peut même pas avoir une tombe rouge, et bleue, et verte, et jaune. Quand je serai mort, je serai brûlé, et l'on foutra les quelques cendres dans la flotte d'une carrière souterraine. Comme cela, je pourrai faire le fantôme et emmerder les quelques vivants qui m'auront plu au cours de ma vie ! Je m'imagine autour de ces hommes, de ces femmes. Et même que je ne fermerai pas les yeux lorsqu'ils seront nus et qu'ils iront à la douche. A vrai dire, qu'est ce que ça pourra me foutre de voir la nudité, moi qui serai une ombre invisible. Je leur ferai des guilis. C'est très loin du pichon qu'a mourut tout ça.

 

14 janvier

Découverte de la carrière rue Ernest Hiolle à Vals.

Joël m'avait parlé d'un escalier dans le chantier de Fort Minique, et franchement, je ne l'avais pas cru quant à la véracité de ses dires. Je m'y suis donc rendu. Derrière les barrières de chantier, il y a effectivement la baraque en béton, protégée d'un treillis soudé. J'ouvre, et je découvre l'escalier précité. Je pense immédiatement à un bunker de la 40, vu la configuration des lieux : voute béton en ogive avec inscriptions à la craie Rauchen..?. Les marches sont défoncées et à la fin font plus penser à un plan incliné. Au bout de douze mètres de descente, des déchets, et des éboulis de blocs calcaire. Intérieurement, je murmure un merde parce que tout est effondré.

Et bien non ! Sur le côté, une chatière parmi les éboulis, donnant accès à une galerie en pente douce et en configuration de T. Au sol, un vieil arrosoir en tôle galva. Ce sera mon repère.

A gauche, la galerie continue loin, et je n'ai pas pu beaucoup l'avancer vu la formation du lieu qui est extrêmement complexe : chambres et piliers tirées dans une totale anarchie. De nombreux blocs sont au sol, et de nombreux autres servent de remblai et forment de jolis murs. La pierre est marron clair, comme à la rue Milhomme juste à côté. Sauf que les galeries sont de plus grande section, 4 mètres sur 2 environ. A droite, une galerie courte et linéaire. Inscription Blanche, et Colombe dessinée au ciel un peu plus loin. Sur un pilier, Le maire, Pierre, 1938. Authentification en cours de recherche. La galerie débouche sur un fontis assez conséquent et deux piliers amusants en brique. Je n'ai pas de fil d'ariane dans l'carrette. Alors je sors.

Exploration prévue pour dans deux semaines, avant que le chantier rase tout cela. J'en ai profité bien sûr pour lâcher quelques tracts Bernard Bivert l'Ermite.

 

16 janvier

Lâchage complet pour la femme à la sonate. Un rv à l'église d'Aulnoy pas honoré. Et mes sonates? Alors ? Pas de nouvelles ? Elle devait me montrer ses créations sur le continu un de ces midis, et puis rien du tout en fait. C'est dire que c'est du pipo cette histoire, à telle point que y'a plus moyen de retomber dessus à la gare de Berlechnon. Pourtant, le lundi, c'est sacré. Cette connerie m'énerve et je retourne bien vite à mon Bach, qui lui ne me fait pas de lapins.

En parlant de bestiaux, sur le bord de la voie près de la gare, il y a des poules. Je les vois déjà en poulets rotis... Elles ont de belles cuisses, et je me surprends tout seul à rêver de bouffe lorsqu'elles picorent. En gros, pour la conclusion, fait chier les sonates et vive les poules.

 

19 et 20 janvier

G me téléphone pour me rencontrer le lendemain. Arrachage de tête simultané pour trouver une carrette, un resto, et les fonds nécessaires. Rendez vous à 18 h 30. Je suis arrivé à 18 h 03 et lui à 18 h 06. Au début, je croyais que c'était le grand type qui tournait autour d'une clio avec un air louche. Apparemment, si c'est lui, ça ne sera pas de la tarte parce que le type à une tronche à faire pleurer un mort. Et puis quoi ? Et bien non, ce n'était pas le moribond précité, mais un autre gusse à l'air bien plus attrayant. Comme il est pitoyable de remarquer comme on juge lorsque l'on ne connaît pas la personne que l'on attend. On regarde tout le monde : c'est lui, c'est pas lui, etc... Puis finalement, quand la personne apparaît, on oublie tout préjugé. Etant donné que nous sommes tous les deux en avance, nous nous dirigeons vers un bar pour aller prendre un pot. Un panaché pour lui, et un demi pour moi. Le bar est d'une présentation vaguement années 80 dépassées, à peine rafistolé avec canal satellite dans le fond. L'ambiance n'est cependant pas trop désagréable (cf le café l'écluse rue Benezech ou il fallait faire gaffe de ne pas trop se dégueulasser avec la poussière sur les tables). La discussion embraye. Questions techniques, dérivant rapidement sur des sujets personnels. Les mines d'uranium, les mines d'or, l'orpaillage, et à la fin, la question qui tue la mort, comment vivez vous. Sujet sensible. Réponse : mal. Photographie d'appoint, vente de livre, bilan mitigé pour certains (CQFD -110 000 F). La situation peut se voir sous différent angles. Du point de vue banquier, ce n'est pas le Klondike tous les jours. Immédiatement, je prends conscience d'avoir été trop loin dans l'indiscrétion, et j'enchaîne sur une question technique : comment remblaie t'on les puits et les galeries d'exhaure. L'heure approche. Nous nous dirigeons vers El' Kermess, resto un peu typique, un peu patois, et dont l'ambiance m'avait laissé un bon souvenir. En rentrant, la musique trop forte m'assaille tout de suite, et je regrette à la seconde même qu'il soit trop tard. Au menu, tarte au maroilles, Andouillette, terrine et coq au vin. En dessert, deux tartes au chuq. Malgré le bruit, la discussion continue, et par sa constance commence à tourner au babillage. Je m'entends parler et je me dis que j'en dis trop à la minute.

Mon hôte en profite pour me montrer ses bouquins, et me les donne... Il semble malgré les quelques inconvénients trouver plaisir à la soirée. Ses histoires personnelles sont passionnantes, et son "cursus" imposant. Je le branche sur quelques noms de mine bien atypiques, et il connaît. Encyclopédie. Vivante dans les deux sens du terme. A la sortie, il fait froid et humide. Je ne sais trop comment remercier mon invité de s'être déplacé de loin. Il reprend sa voiture blanche immatriculée 64, et pars à coup sûr se paumer dans Valenciennes. De mon côté, je roule comme un robot, et j'arrive à faire une pointe à 105 sur la route de la foret de Mormal. Il faut dire que d'habitude, je suis à 60. Généralement, quand c'est comme ça, c'est opération troupeau de bisons, et je suis en tête. direction lit et gros dodo.

 

21 janvier

Journée de merde. Petits yeux. Le marchand de sable a des brouettes bien remplies. Je pense à cette passacaille que je n'arrive pas à jouer. Bach, c'est très beau, surtout quand c'est les autres qui jouent. Et puis, Marie Claire Alain, elle nous l'avait bien caché qu'elle avait quatre bras. Si, si, mutation chromosomique atomique (traitement au lauwrencium 2541). Avec quatre mains, on se doute que c'est plus évident à jouer. Et moi ? je merde à fond les timbales. Je me plante de ligne,

de touches, de clé, de notes, de vocation. Je ferai mieux de reprendreun serveur minitel 36 19 Femmes chaudes. (le symbole du fond du fond de la déchéance humaine). Les collègues de la mairie ont une passion. Et une seule. La bibine. Lorsque je tire le bilan d'une journée pourrie comme celle ci, je me dis que je n'ai que deux sources pour rencontrer de nouvelles têtes qui sauraient penser à autre chose que le zinzin du samedi soir, (CQFD bruit de bouteilles dans le couloir juste en ce moment, c'est pas véridique ce que je dis ?).

- Le train : maigre pitance. Je ne reviendrai pas sur l'échec en cours. Les gens sont froids, ce qui est à vrai dire tout à fait normal. Matin et soir, c'est bourré d'étudiants en licence d'éléctrochimie mécanique des sols appliqué à l'énergie atomique statique contenue dans les rondelles de saucisson pur porc liébig. Une femme lisait Baudelaire, mais je ne vais tout de même pas l'accoster pour si peu. Ca fait plan drague. Un type lisait un book sur la musique médiévale, là par contre, je me suis lâché. (Jacques Moderne, Claude Gervaise et autres inconnus à la mille regretz). A part ça...

- Le collège ou je mange le midi. (Ah ah ah...) Je vais devenir "pote" avec certains. Ils vont m'apprendre à lancer des boulettes de pain sans me faire voir du pion. Conclusion : Je pars à 7 h 00 et je rentre à 7 h 00. Total : 12 heures d'incursion dans le néant spirituel ou la connexion synaptique est considérée comme une injure. Oh ouai, ta mère...

Vive les poules.

 

24 ianvier

Le quai de la gare de Berlaimont est un monde quasi part où l'on rencontre systématiquement les mêmes tête à la même heure. C'est donc en ce lundi où j'eus la surprise de revoir la femme à la sonate débarquer avec sa veste crème pimpante sur la passerelle. Elle marche avec la tête engoncée dans son écharpe. Soit elle a froid, soit elle cherche à échapper au monde extérieur par timidité excessive. J'aurais tendance à croire que la deuxième hypothèse est bonne étant donné que je ne l'ai jamais vu autrement, même en octobre. Ce fut alors une déception assez grande de voir que tout ce que j'avais pu faire n'a servi qu'à remuer du vent. Notre rendez-vous ? Oubli,, et pas de commentaire la dessus. Je ne vais pas y revenir puisque je me suis déjà largement épanché sur ce sujet qui me tracasse pas mal. Elle abhorra ensuite une attitude sauvage de distance. A peine un signe de la tête de loin pour dire bonjour. Je serais curieux de savoir ce qu'elle peut croire de moi. Soit, il est vrai que nous avons parlé d'orgue, de piano, de Wagner avec un peu d'entrain, mais cela signifie t'il de ma part que je veux m'approprier son amitié de force ? Ce qui me fait mai au coeur, c'est qu'elle me regardait dans un reflet avec un regard triste. (Les trains du Nord Pas de Calais ont pour plafond des tôles orangées légèrement satinées, et en regardant bien, on peut y voir des reflets des visages). Pour l'instant, je ne vais pas la voir plus, malgré tout ce qui a déjà pu passer. Ce serait brusquer l'amitié. Et quitte à tout perdre, je préfère la laisser dans ses positions - dans son ouf - afin de ne pas lui faire de mal. C'est bien con d'en être arrivé là, ce sera tant pis pour ses partitions dont je n'aurai même pas vu une portée. A vrai dire, j'ai bien peur que je n'aie plus jamais à parler de cette personne.

 

25 ianvier

J'ai bien rigolé ce soir en rentrant à la maison. Il y avait une dame qui traînait son lèche crotte, (Yorkshire, pékinois, poupette... ). La dame en question avait un rythme de marche assez élevé. Ce qui fait que la bestiole trottait derrière à n'en plus pouvoir. On ne voyait plus ses pattes qui devaient j'imagine avoir un battement de 280 hertz. Cela faisait donc une saucisse flottante au ras du sol. La pensée du moment: il est en translation vectorielle horizontale

J'ai profité de la grève des postes pour envoyer du courrier à la poste. Si, si, c'est logique ! Enfin... faut pas vraiment chercher à comprendre. Un courrier est parti pour Nora.

Petite nouvelle horrifiante : pour se faire enterrer, (quand on n'est plus de ce monde), il faut payer 950 francs de frais de concession, 126 francs pour le trou, pas mai pour le cercueil, 500 francs pour la mise en bière, 200 balles pour la mise en place du marbre, (en + des frais de marbre eux même), et 120 francs de frais d'entretien sur la première année. A titre comparatif, l'incinération, c'est 2400 balles. Mon Dieu, que ça coûte cher de mourir. Moi, pour l'instant, j'ai pas les moyens.

 

26 janvier, pause de midi au boulot. Pensées maussades.

Plus le temps passe et plus je comprends ce qui arrive. Cette vision lucide des événements ne peut qu'augmenter mon mal-être actuel. C'est cette tendance systématique à vouloir rechercher les fantômes et les ombres qui me mine. D'une manière tout à fait masochiste, je me crée une histoire qui n'existe pas - ou que dans mon esprit - et je la fais avancer jour après jour dans mon imagination. Or, la chute est inévitable car la réalité reprend toujours le dessus. Mes histoires sont belles, mais irréelles. Pour être clair, j'imagine ce que les autres devraient penser de moi, et bien évidemment c'est souvent élogieux. Mais, il y a toujours un moment où je ne peux plus répondre à leur demande, parce que je suis trop nul, parce que je ne sais pas et n'ai jamais su. J'aimerais tant combler les autres de mon amitié - une amitié forte, sans faille, sans limite... Pour me réconforter, j'imagine que tout va bien, mais tout va mal. L'exemple parfait est la femme à la sonate. C'est une petite chose qui m'ennuie mais ne me traumatise pas. Mais c'est le même schéma qui revient. A la source, une sensibilité trop grande, démesurée, immense. Une bagatelle devient une montagne. Une sensibilité renfermée dans une cocotte minute. Personne ne la voit. Mais dans la cocotte, la pression est à 50 K-bars tous les jours. C'est un cercle infernal dans la tête.

Tout cela a commencé en novembre 89, ce que je pourrais appeler la naissance de mon esprit, (avant, j'étais aussi évolué qu'une poule). Il y a eu ça, puis il y a eu Claire. Deux sources d'échecs lamentables en quelque sorte. Si j'ai su passer au dessus de la première épreuve, la seconde laisse des marques auxquelles il est préférable de ne pas trop faire allusion. Il faut dire que cette période de vagabondage fut un véritable pain béni pour le programme de développement des connexions synaptiques auquel je me suis livré. Un vagabondage sans frontières ni distances : Paris, les Cévennes, la Normandie, l'Alsace... tout cela du haut de mes 13-14 ans. C'était avec Claire.

Nous suivions chacun de notre côté les cours par intermittence, et ce fut d'ailleurs légèrement lamentable, cela se comprend. Elle avait beau habiter St Céré, moi Maintenon, la distance ne fut jamais un problème. Puis un beau jour, Claire est partie. J'ai mendié pendant une quinzaine de jours des nouvelles, mais ne reçus rien de particulier. J'ai même été jusqu'à imaginer qu'elle était morte... C'est pour dire.

La relation que j'entretenais avec elle n'était pas amoureuse, bien que cela puisse entraîner des doutes pour certains individus qui se refusent à croire à l'amitié pure entre deux personnes de sexe opposé puisse exister. A vrai dire, au jour d'aujourd'hui, je n'ai eu qu'une seule "copine", Noriko, et le fait qu'elle m'ait lâché de façon relativement similaire ne laisse en moi qu'un peu de rancune. Avec Claire, c'est tout autre. C'est une blessure encore vive. Comment cela a t'il pu se passer dans sa tête pour que je ne le remarque pas? Je n'ai pas été à la hauteur de ses ambitions, je ne savais plus répondre à ses désirs secrets?

J'eus la réponse il y a peu de temps par un courrier que je n'attendais pas. En une demi seconde, j'avais reconnu la petite écriture serrée, et compris que c'était grave. La réponse : "Je savais à l'avance qu'on ne pourrai pas se marier".

Je vivais à l'époque dans l'état d'esprit no future, et je ne lui ai jamais parlé de quoi que ce soit qui ressemble à ça. Il doit y avoir quelque chose de plus profond, parce que cette stupidité ne tient pas debout.

 

26 janvier au soir, pour parler d'autre chose.

Le psykopatt du train de 7 h 34.

Titre tout à fait Agathachristique pour une banalité relativement stupide. A la gare du Quesnoy, IL monte régulièrement dans le même wagon. C'EST LE PSYKOPATT. Avant de s'installer, IL regarde fixement chaque personne, et la dévisage. Des fois, il reste pendant un quart d'heure comme cela, fixe sur ses jambes à nous regarder d'un air dantesque de paranoïaque. J'ai appris par hasard qu'IL travaille à la météo régionale sur France3, (le présentateur).

La pensée du jour : Mieux vaut petit boulot et gros cervo que gros boulot et petit cervo. Vive les poules.

 

30 janvier

Visite des carrières rues du chemin vert et Ernest Hiolle.

A peine j'arrive rue Hiolle à Valenciennes que des flics me croisent en bottes et casque et attirails divers. On dira qu'à force ils ont l'habitude. En tous cas, ils ne se sont pas arrêtés. Depuis mon dernier passage, c'est à dire il y a quinze jours, des tonnes de barbelés ont été mis par les gars des chantiers. J'ai du jouer à Rambo3 pour me faufiler au milieu de ces rouleaux. Inquiétant, on a l'impression de se retrouver au Viet Nam. Je signale au passage qu'il est 23 h 30 et que la tempête décorne les vaches. J'arrive enfin à l'escalier. Il a un air plus repoussant que la dernière fois. On dirait une descente aux enfers ! Sauf qu'en bas, c'est un paradis minéral. La vie est décidément bien complètement absente de ces trous, mais le silence est apaisant à souhait, (à mort comme dirait mon frère).

Pour commencer, je craque un fumis. Ensuite, c'est début du petit poucet. Cette carrière est atypique, il y a des piliers en brique partout. Cela donne un air bunker allemand. Les inscriptions au mur viendraient presque le confirmer. C'est écrit Fort Minique partout. (Avant, c'était un terrain militaire). Au détour d'une galerie, je tombe sur un endroit dont le sol est recouvert d'escargots morts. Des petits gris. Bizarre. Après une bonne heure, j'atteins le but de la promenade : le coin remblayé à l'urée formol. C'est une mousse blanche assez compacte et un peu dégueulasse. J'en prends un morceau. Voila, ça fera souvenir.

 

Sortie. Je reprends la voiture et conduits en chaussettes. Mes bottes sont crottées "à mort". Direction Marly. Je me gare à 10 cm de la plaque à clef qui est sur la route. Je la soulève et personne ne me voit. Elle pèse des tonnes. Je la referme sur moi et je descends dans le noir complet. Soudain le sol. Je tâte et retrouve ma mag lite. J'allume et surprise. J'ai atterri dans une galerie en pente douce construite par des mineurs. Il y a des étais partout. C'est très beau. En bas, les galeries sont immenses et creusées dans la craie oolithique comme à Maintenon. 10 mètres de haut, 5 de large, cela vaut le détour. Le sol est recouvert de scories, il est parfaitement plan. Le lieu a été occupé pendant la seconde guerre, on retrouve des fils électriques. Tout cela est magnifique. Il reste même une échelle ! Remontée. Je suis épuisé. La plaque pèse encore des tonnes, mais j'arrive par chance à la remettre.

Au retour, record battu : 110 dans la forêt de Mormal. Je pense que je ne pourrai pas faire plus!

 

4 février

Il devient véritablement difficile de tenir les délais de ce journal. C'est presque un journal hebdomadaire. A vrai dire, je n'ai même plus le temps de faire le ménage. Au menu de ce jour, grande passion nouvelle pour Nodier. J'ai trouvé sur le net des bouquins à télécharger. Et la nouvelle Smarra plus que délirante m'a emballé. Le narrateur évolue dans son cauchemar. Il change de noms plusieurs fois de manière inopinée et se fait couper la tête sur un échafaud - ce qui ne l'empêche pas de rester conscient. Les sorcières et les goules défilent dans un brouhaha mêlé de spasmes... Bref, c'est très drôle et je ne m'y attendais pas. Je m'apprête d'ailleurs à OCR-iser un conte de Nodier pour le site qui diffuse ces textes. A ce titre, je conseille la lecture de Histoire du roi de Bohème dont le thème est tout à fait poupettien. Remarquez le néologisme !

Cette semaine a également vu de grands débats sur la fonction publique. Suite à la lecture du journal de Ninih, j'ai en effet lancé les discussions à la cantine sur le dédale que représente le circuit administratif français, et sur les tours et détours pour pouvoir évoluer et progresser dans les grades. Il en ressort bien évidemment un dialogue où très vite deux leader en opposition prennent le pouvoir et le crachoir. Non pas le pour et le contre, mais plutôt le progressiste et le rétrograde. A noter que c'est le comptable qui est à la masse, et cela semble être une généralité dans la fonction publique. Il paraît d'abord important de discerner la fonction publique administrative d'état et les collectivités territoriales. Les collectivités sont en avance par rapport aux autres.

Ce qui rebute en fait, c'est l'habitude qui a été prise de paperasser n'importe quoi à outrance. (Exemple dans les 12 travaux d'Asterix où il manque le formulaire E211-17-89B, et pour l'avoir,

il faut la feuille rose 1289568548756563254968753165.)

C'est une référence très très littéraire et élevée, je sais, mais cela illustre tellement bien notre vie quotidienne : bons de commande, marchés publics, déclarations d'intention de commencement de travaux, déclarations d'intention d'aliéner, ordres de services, délibérations du conseil municipal, arrêtés, ...

Dans l'administration, il n'y a pas d'argent, il n'y a que du papier. ça, on sait. Mais l'effet n'est pas kiscoul. (Rétroactif). S'il y a beaucoup de papier, cela ne veut pas dire qu'il y a beaucoup d'argent.

Point négatif aussi : la progression. Nous sommes notés comme des enfants, et il est impossible de faire une progression fulgurante. Si tu es très très bon, tu dois rester médiocre dix ans parce que tu dois obéir au chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du chef du super big boss que personne ne voit jamais. Bref, il ne faut pas être bon. C'est le seul point qui me fait souffrir actuellement, parce que tout le reste on s'y fait, il suffit d'avoir l'esprit tordu. Mais ça, c'est l'élément qui me fera fuir de la fonction publique, parce que je n'ai pas envie de me traîner longtemps. (Je suis déjà en train de préparer mes demandes d'embauche).

 

Point positif : Ce n'est pas l'argent qui prime, ou en tout cas pas au premier abord. Ce qui est demandé, c'est que le travail soit impeccable. La notion de profit est inconnue.

La réputation des fonctionnaires qui ne travaillent pas me semble être une légende plutôt qu'autre chose. En tout cas, je n'ai jamais vu ça ailleurs que dans les préfectures et sous préfectures.

 

Pour terminer, le débat s'est enlisé. Parce que personne n'ose rien faire pour améliorer les choses. L'initiative est une insulte et une interdiction dans la fonction publique. Alors quoi ? Faut pas rester la dedans, non?

6 février

Visite chez ma grand mère de St Omer. Elle est très malade. Elle a envie que tout cela se termine, et à vrai dire, c'est ce qu'on peut lui souhaiter de mieux. Galère pas croyable pour trouver de l'essence, les Flandres, c'est mort paumé. Finalement, c'est à Eblinghem que j'en ai trouvé. 7.28F le litre Terrible !

 

8 février

Ma cavale sur Nodier se termine. Celui qui m'a le plus impressionné est : histoire du Roi de Bohème et de ses sept châteaux. C'est du Queneau, mais un siècle avant.

 

12 février 00

Recherche, découverte et visite des carrières de Lezennes.

Pour être exact, il faudrait dire : Re-re-re-re-re-re-recherche, redécouverte, et revisite de Lezennes.

En fait, j'avais trouvé une entrée dans la ZA du Hellu il y a 1 an et demi. Une catiche effondrée descendue en rappel - ou j'ai eu de nombreux problèmes comme tout le monde je pense le sait maintenant. Le Hellu est la dernière zone ayant été exploitée, à cause de la très mauvaise qualité de la craie. Ce qui fait que le paysage souterrain est assez monotone. (Quelques images sont sur mon site). J'en ai gardé un souvenir de complexité et de craie friable. Je suis donc parti à la recherche d'un puits un peu plus exploitable par mes services d'inspection des carrières, (sans rappel, et sans casse-gueule au fond). Ce fut une recherche longue, opiniâtre, décourageante, et frigorifique. Mais j'ai trouvé !

Le puits se situe dans une des rues du centre ville derrière des lauriers. Ce *** de puits avait une clé. J'ai galéré pendant au moins vingt minutes pour en retirer la vis. Mais personne ne m'a vu. Etant donné la configuration du lieu, cela ne m'étonne pas. Descente. Sans lampe comme d'habitude. L'échelle est hyper branlante. Elle est en plein milieu d'une catiche. L'échelle n'a que deux points de fixation. Un en haut, un en bas. Ca fait un sacré effet de valdinguer comme cela ! En bas. J'allume. Configuration chambres et piliers, ce qui n'est pas sans me surprendre. J'en déduis que je suis dans la partie la plus ancienne dans le creusement. Certains attribuent le creusement aux gaulois - suite aux découvertes réalisées à Chéni - Nouzilleras, avec les aurières. Je pense pour ma part que cette hypothèse est fausse étant donné qu'à cette époque, le Nord était une vaste forêt marécageuse et brouillardeuse. Je ne pense pas que les gaulois soient venus aussi tôt. Faut-il rappeler à ces gens là que la plus ancienne trace archéologique de Lille date du 9eme siècle? J'attribue donc le début du creusement de Lezennes au moyen âge, et probablement vers le 11eme siècle. Cela est démystificateur, mais que ceux que ça choque me le disent.

 

Visite : Une carrière variée : des passages hauts, des passages bas, des catiches, des piliers, des

zones remblayées, des expériences, dont la bentonite flocante, dont le fibrillage. Très intéressant. Le calcaire est très dur et très blanc.

Une carrière historique : de très nombreux tags démontrent une utilisation intensive de ces vides. On retrouve un Ledédale, maçon en 1799, dont le nom me fait bien rire. C'est très approprié. Ensuite, des noms bien du coin : Levasseur, Plancquelle, Pollaert... Tous antérieurs à 1800. Sur un pilier près de l'entrée, on trouve un Kuffel, 292 av JC. C'est une preuve !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! (Kuffel est le sous dirlo du SDICS).

Une carrière bordélique : cela dépasse l'imagination. Et il y a plus de 70 hectares comme ça. Sans repères, c'est fini de la vie au bout de 20 mètres. Vous me croyez pas hein !

 

Trouvailles : mis à part les déchets dont je ne ferai que très peu allusion : roue de vélo, pots, briques, tasses, + objets divers dont ce n'est pas la place, je mentionnerai deux découvertes :

- Des traces de brouettes dans le sol, probablement très anciennes.

- La confection de niches pour y placer des vierge Marie. Traces de bougies.

On peut en déduire que c'est probable que la carrière ai servi de refuge.

 

Sortie : Il est 23h. Je referme la plaque qui fait un gros zjbonk!!! Personne heureusement.

Reste à attendre Fanny (qui fait la fête ailleurs pas très loin). Deux heures où j'ai pu étudier en détail les méthodes de congélation des humains par pluie, vent, froid, et ennui.

Prochaine étape : probablement la recherche de la carrière souterraine d'Estreux. Ca promet, j'y ai déjà passé au moins 4 jours complets en tout cumulé.

Pour terminer, quelques commentaires commentés

 

V : Ce fut alors une déception assez grande de voir que tout ce que j'avais pu faire n'a servi qu'à remuer du vent. Notre rendez vous ? Oublié, et pas de commentaire la dessus. Je ne vais pas y revenir puisque je me suis déjà largement épanché sur ce sujet.

 

N : En effet, il ne faut pas y revenir du tout. Qui c'est, la femme à la sonate? Une belle inconnue accostée un jour, qui te dit composer à ses moments perdus? Si elle t'accorde si peu d'intérêt, c'est - étymologiquement - que tu ne l'intéresses pas. Va donc voir ailleurs, ce n'est sans doute pas une grosse perte. Sans doute n'osera-t-elle jamais t'envoyer promener, par manque de franchise.

 

Commentaire : Ces quelques lignes sont bien vraies, mis à part le fait qu'elle n'est pas à franchement parler très belle.

 

V : A peine un signe de la tête de loin pour dire bonjour. Je serais curieux de savoir ce qu'elle peut croire de moi.

N : Tu ferais bien mieux de t'en f**tre. Ca compte tant que ça? Dans l'ensemble, les gens tendent à penser du mal de nous - de quiconque, d'ailleurs, à nous prêter des défauts, des mauvaises intentions, etc. Est-ce vraiment utile de savoir cela en détail? Non, je ne crois pas.

 

Commentaire : J'aurais tendance à venir tout de même affirmer le contraire. Les humains d'une manière générale ont semble t'il l'habitude de venir chercher dans le regard des autres une espèce de reconnaissance sociale. Celle ci peut être le facteur de grandes réussites, tout comme elle peut être source d'échec, voire de suicide. La reconnaissance sociale, il faut s'en foutre, je suis bien d'accord, parce que si l'on en tient compte, on doit aussi tenir compte de tous ceux - nombreux - qui nous crachent dessus. Bref, y'a de quoi déprimer. Ici, avec cette histoire dont je m'étais promis de ne pas reparler, j'évolue dans un contexte différent qui est je pense assez difficile à percevoir étant donné que je n'en ai fait part à qui que ce soit.

Tout d'abord, je ne me fous de rien quand il s'agit d'intelligence. Je ne viens pas dire ici que ce qui s'est passé rayonne en connexion synaptique, mais il est un fait que c'était un agréable grain de délicatesse à saisir dans un sacré monde de brutes, (confère : l'Homme le plus bête du monde dont je vais essayer de décrire quelques attitudes ces jours ci).

Ensuite, et c'est là que surgit l'atypique : je ne peux m'empêcher d'aller au devant lorsqu'il s'agit d'orgue. Cet instrument a des qualités dont les lignes d'écriture ne peuvent donner le sens. Le son est plein, universel, profond, complexe, + trois points de suspension : (...), pour tout ce que je ne sais pas dire. L'atypique, c'est que j'idéalise plein pot quiconque me fait part de son amour de cet instrument. Pour la petite histoire, la femme à la sonate s'était assise un jour à côté de moi, et c'était en août. Je m'étais dit intérieurement que celle là ressemblait bien à une poule. Je l'avais en fait confondue avec une autre accompagnant un ami de l'homme le plus bête du monde. Voila le constat alors que je ne savais rien d'elle. Arrive l'orgue. La femme en question devient alors une pâle silhouette romantique les cheveux dans le vent froid du matin.

Phénomène inconscient. Je l'ai découvert à cette occasion. Les racines sont profondes, parce que passées dans le monde du conscient, je n'arrive toujours pas à me retirer des images violemment imprimées. Certes, c'est énigmatique. Mais pour l'instant, ça compte encore tant que ça. Jusqu'à temps au moins que les images disparaissent.

Bien évident aussi qu'il est plus agréable de se retrancher dans l'imaginaire plutôt que dans le réel.

Il faut cesser de parler de ça, parce qu'a force, ce que je raconte devient stupide.

 

V : Soit, il est vrai que nous avons parlé d'orgue, de piano, de Wagner avec un peu d'entrain, mais cela signifie t'il de ma part que je veux m'approprier son amitié de force ?

 

N : Aurais-tu fait un petit "numéro de Ninih"? C'est mal, mon fils!

V : Je vais me repentir !

N : Là encore, un seul sujet de discussion, ça ne mène pas loin. Imagine si je devais m'acoquiner avec tous les programmeurs en C, les amateurs du Signe de Piste, etc...

Commentaire : Les amateurs de Buxtehude sont peu nombreux.

N : Est-ce que tu ne lui prêterais pas un caractère un peu trop sophistiqué? Tu as peut-être entendu parler d'une certaine Claire qui habitait à St Quentin sur Isère. Rencontre Alexis,

royco, sympa et tout... puis m'écrit un jour une lettre effroyablement romantique où elle me raconte que son cerveau vagabonde alors qu'elle regarde la pluie tomber dans le crépuscule et qu'elle pense

au Roi. Seigneur, quelle allumée!

Commentaire : J'estime que la vie n'est pas une entreprise privée destinée au profit et à la réussite sociale. Je ne comprends pas pourquoi tu caractérises celle-ci d'allumée. La pluie est très agréable à regarder, surtout lorsqu'on est au chaud. La froideur des sentiments me parait être un regard bien triste.

 

V: Mes histoires sont belles, mais irréelles. Pour être clair, j'imagine ce que les autres devraient penser de moi, et bien évidemment c'est souvent élogieux.

 

N : Encore une fois, un bon conseil : fous-toi de ce que les autres pensent de toi. L'essentiel, c'est que TU fasses le bien, pas que les autres pensent que tu es ceci ou cela. Tu peux d'ailleurs t'amuser (c'est distrayant) à voir comment tel ou tel cherche à se faire passer pour ce qu'il n'est pas. C'est un sport très répandu; si tu as le moral bien accroché, la lecture de la Bruyère et surtout la Rochefoucauld devraient te faire du bien aussi.

 

Commentaire. Les caractères de la Bruyère ont une forme un peu ancienne, ce qui rend la lecture malaisée. Mais lorsqu'on franchit le pas de la difficulté, on se rend compte en effet que les descriptions de personnages datant de trois siècles sont bien encore les nôtres. Je préfère toutefois les maximes de la Rochefoucauld, qui par petites touches incisives percent plus notre orgueil. D'où une sorte de petite blessure à la lecture. En le lisant, on rit, parce qu'on croit que ça parle des autres, mais avec le temps, l'ouvre mûrit. Alors, elle nous touche.

Deux citations, pour le plaisir.

Nous ne louons d'ordinaire de bon cour que ceux qui nous admirent. La Rochefoucauld, Maximes.

La plupart des faiseurs de recueils de vers ou de bons mots ressemblent à ceux qui mangent des cerises ou des huîtres, choisissant d'abord les meilleures, et finissant par tout manger.

Chamfort, anecdotes et caractères.

V : Elle avait beau habiter St Céré, moi Maintenon...

N : Je note avec amusement que mon Stéphane fonctionnaire habite le même patelin...

Commentaire : Quelle horreur ! C'est un tout petit bled, et à coup sur, ils se connaissent.

 

Sans transition, à propos de die freizjczthhuggk

N : J'ai eu peur, tu plaisantais... L'ouverture du Freischütz, c'est ça?

Oui, bien sur !

 

N : Vive les poules, donc.

Gallinacé dont les cuisses sont fort agréables à la consommation. Certes.

 

14 février

C'est un désert. De sable, de cendres et de poussières. Les arbres étaient florissant, maintenant, ce ne sont que des pauvres branches noircies par le feu. Ce feu est entré dans moi il y a maintenant 7 ans. Le sol est morne, gris et glacé. Au travers des cailloux, plus rien ne pousse ni amitié, ni amour. J'avais cru pouvoir recommencer mais c'est fini. Même mes plus petits rêves sont aujourd'hui anéantis. Je n'arrive plus à me traîner sur la surface de cette terre. Je suis une loque. Je n'ai plus aucune valeur parce qu'en sept ans, tout s'est désagrégé. Je ne suis plus sur terre, plus de ce monde. J'oublie tout.

Mes sentiments ne sont que sont que souffrance. J'ai l'impression d'être martyre, au bord du gouffre. Complètement au bord du gouffre, en rasant les murs pour ne pas tomber. Je ne sais plus regarder les autres sans me sentir irrémédiablement inférieur. C'est une destruction systématique. Tout nouvel espoir est explosé. A quoi bon en fait. Puisque tout n'est que déchet. Je ne suis plus chez moi dans ma maison. Je suis mal à l'aise partout, même dans mes imaginations qui sont devenues trop petites, trop étriquées pour pouvoir atteindre en rêve ce que j'étais avant. La fange. Je ne crois plus au bonheur. Il y a le passé, il y a le présent. Aujourd'hui, il faut m'abattre. Je suis nuisible à la société parce que je ne sais pas atteindre mes objectifs. Je n'ai plus d'objectif. Tout est mort. Mes idées sont une torture pour quiconque s'aventure à les connaître. Elle était jolie ma vie. Maintenant, je suis à la sortie. Le vent souffle et me pousse de plus en plus. Le tribunal m'attend. Et je suis coupable. Ma vie n'est que déchets et misère. Je ne peux même pas m'exiler de moi. Je n'ai même pas envie de devenir un autre, de lutter. A quoi bon. Fouiller mon passé n'est retrouver que des ordures. Bientôt, je n'aurai plus le courage de me lever le matin. Ce n'est pas une promesse, c'est une évidence. j'attends la mort comme une délivrance.

La tête baissée. Que dire d'autre? Je tire la révérence, je clos ma bouche.

Mes heures sont dédiées au silence, aux angoisses, à la peur. Le néant.

Je n'y arrive plus. Je suis complètement ankylosé.

Mon dernier rêve s'est éteint ce matin. Il est parti avec la poste.

Ce soir, je préfère m'asseoir à défaut d'autre chose.

Et demain, raser les murs pour aller au boulot.

Je n'ai plus goût à rien.

16 février

Tout est bien différent maintenant. Je suis animé d'une force qui ne m'est pas inconnue. C'est la force de celui qui veut réussir, celui qui veut atteindre son but. Je ne veux pas réussir pécuniairement. Cela, je m'en fous comme de l'an 40 avant Jésus Christ - encore que... l'an 40 ne m'est pas si indifférent, en tout cas pour Israël. Bref, pour en venir aux faits, je sens comme une chaleur en moi qui me fait aller de l'avant. Cette nuit, je n'ai pas beaucoup dormi. J'ai complètement fini de composer mon prélude et fugue sur le thème des méditations d'un promeneur solitaire de Senancourt. Il ne reste plus qu'à mettre ça en forme, et le coucher sur papier. Ca prendra du temps mais le principal est fait.

L'utilisation du pédalier est intensive. J'essaye de limiter parce que sinon, ça devient du délire complet. L'introduction est lente et massive. Au pédalier, ce qui permet de donner une impression de profondeur. Des blanches et des rondes principalement, mais quelques soubresauts pour que ce ne soit pas lassant. Ensuite, l'introduction est reprise à l'envers au clavier cette fois ci. Les "trous" sont comblés avec des temps plus rapide. Le thème, enfin non ce n'est pas un thème, disons la partie principale s'annonce, mais elle est encore confuse. Elle s'imbrique dans des doubles et triples croches. Ce n'est qu'après une partie assez complexe, (encore trop à mon goût) ou dans un staccato progressif explose la furie des grandes orgues. Peu après, ça redevient un peu plus calme, et la dernière note en bémol est telle qu'elle appelle un prolongement. Fugue donc. La fugue elle est beaucoup plus calme. La partie de basse est très importante, un peu comme chez Mme Duruflé. Les notes s'enchaînent assez rapidement, surtout au clavier, mais sont encore audibles. Chez Bach, des fois, ça va tellement vite qu'on ne sait plus quoi sans avoir la partition sous les yeux... La fin est un apaisement total avec bien évidemment un point d'orgue. Aaah, pour un peu, on dirait : que c'est beau la vie.

Reste que je ne sais pas jouer ce que j'ai composé. L'orgue d'Aulnoy m'accueille encore. Il me permet de vérifier en quelque sorte ce que j'écris. Mais je ne sais pas jouer tout cela en même temps à la bonne vitesse.

 

La vie est bien étrange. Et c'est sur cette réflexion que mon rêve du 14 février dernier est revenu. Par la poste de la même façon qu'il était parti. Il s'éteignait depuis 6 mois. Voilà qu'il disparaît. Et voilà qu'il réapparaît alors que je n'en attendais plus rien. Je ne suis pas à plaindre.

 

C'est un tout petit rêve. Je ne suis plus exigeant avec la vie. (Après tout ce qu'il m'a cassé, ce foutu destin). C'est un minuscule rêve de rien. Mais c'est l'une des dernières choses où je me permets de rêver.

Un rêve sans espoir, cela va de soi. En ce qui concerne l'espérance, je ne peux compter que sur ma poire, j'en ai suffisamment fait l'expérience.

En fait, c'est un songe, ce mot la me parait plus coller à la réalité. Comme devenir un moineau. Cela ne se peut pas. Mais comme ça réconforte d'y penser.

La souffrance a été mon lot pendant trop d'années. Il faut bien que je crée un subterfuge pour la palier et pour que ça ne recommence pas.

 

Un tout petit rêve qui m'accompagne de temps en temps. Quand je regarde la neige qui vient de tomber sur la campagne calme le matin, ou quand je suis près de l'eau d'un étang à l'abri d'un saule, en train de faire un poème.

Un seul rêve, ce n'est pas beaucoup. Mais pour le reste, je ne rêve pas, je veux. Lorsqu'il s'agit d'un souterrain, s'il faut mettre 240 heures pour en trouver l'entrée, je le ferai. Rien ne peux m'arrêter lorsque je veux quelque chose. Même pas la mort. A Triel, je me suis engouffré dans une chatière longue de 12 mètres et large de 60 cm, à Grenoble, je me suis fait attaquer par les rats, A Valenciennes, j'ai été dans l'eau boueuse jusqu'au cou. Pourquoi? Si seulement je le savais! Peut être pour combattre les éléments.

La maquette de mon bouquin sur les souterrains est maintenant terminée. Après tant d'années... Il ne me reste plus qu'à faire le chapitre sociologique. J'ai 300 interviews à dépouiller. Un travail monstrueux dont j'aimerais bien voir le bout cet été. La semaine prochaine, j'ai rendez vous avec les directeurs de Lewarde et du Bureau minier d'Avesnes. J'ai préparé les entretiens! Et ce n'est pas sans tract que je pense à la rencontre que je vais avoir avec le directeur de la cogema France. Il n'y a pas de mystère, G est un piston énorme.

 

Pour passer à autre chose, la semaine dernière, j'ai continué mon exploration systématique des Doors. Ce que j'apprécie particulièrement, c'est le travail de Manzarek, aux claviers. Il amène une complexité dans la musique qui ne se remarque pas forcément à la première écoute. De plus, c'est souvent planant et c'est plaisant. Dommage qu'il y ait quelques chansons qui soient bouffonnes, un peu cirque en fait.

Les paroles ne volent pas haut malheureusement. Bien souvent, il s'agit de femmes. Ce n'est pas que les textes soient stupides d'une manière générale, mais c'est un peu toujours la même chose qui revient, du style je t'ai vu et je ne sais pas qui tu es... mais tu es la plus belle car tes yeux sont noirs... etc etc. La voix de Morisson a au moins l'avantage d'être chaude et variée. L'impression est violente dans back door man où à force de gueuler comme un possédé, il finit par avoir la voix cassée. Ce qui ne l'empêche pas de continuer. Une autre que j'aime bien : Blue sunday. C'est un peu l'antithèse. Calme, planant, relaxant. La mélodie entraîne et pour un peu, on en aurait comme un frisson. Je crois qu'il ne me reste plus qu'un album à voir, celui où sur la pochette, ils sont tout petit sur un fond bleu gris.

Quant à la voie de Morisson, c'est autre chose. Il parait que c'est la tombe la plus visitée du Père Lachaise. Couverte de canettes de bières, la plupart pleines, (c'est pour qu'il puisse encore boire). Les photos de l'époque me font bien rire. Dans un bar en train de picoler par exemple. Ca me fait penser à Miossec dans un autre genre.

Bon, je vais arrêter là. de 8h25 à 9h48, au boulot. Faut pas trop abuser non plus des bonnes choses.

 

19 février

Demi découverte de la poudrière d'Haspres.

Petit tour à Haspres, limite Valenciennois, limite cambrésis. Nous avons interrogé les deux premiers passants, ils ont su nous répondre. Autrement dit, la recherche a été rapide. Nous les avons suivi sur 300 mètres et j'ai clairement eu conscience que je les gonflais. Mais bon, j'allais pas laisser tomber un tel filon ! Bref, nous nous arrêtons devant une palissade à moitié défoncée, et le gars nous dit que c'est là. Nous parlons de Guy Morelle, et un sourire s'esquisse - celui qui a écrit Haspres et son passé. Ils disparaissent rapidement au coin de rue.

La maison est le numéro 28. En face d'une publicité carrouf, brique grenat, porte en bois ancienne et sonnette à petit poussoir. 4 marches avant la porte et le type s'appelle P-C. (Pour donner des détails !).

Le type est pratiquement chauve, 75 ans et sourdingue. A le voir comme ça, il ne parait pas désagréable, mais la discussion prouve rapidement le contraire. Il répète 4568425656 fois la même chose...

Et en plus, il avait sa braguette ouverte. Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

Alien is back.

Bref, pour descendre dans cette sacrée poudrière, il va falloir que je lèche des pompes mal cirées.

 

Suite à Avesnes le Sec. 3 km plus loin. Recherche des immenses carrières du CD74. Rien vu. Et rien à Villers en Cauchies. Crotte de biquette en poudre.

 

Suite. Vertain, mariage de Fuck avec Fuckette. J'avais vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment pas envie d'y aller. Fuck est plus altier que dans mon imagination, un physique qui ne me déplaît pas trop.

Fuckette est un hybride poule - pingouin. Robe de mariée comme j'avais jamais vu, avec une spéciale hyper soft moumoute à 40 balles à intermarché. Baaah.

La messe était minable. Depuis quand le grand bleu fait il partie du rite ? Vatican 2 ???

 

20 février

Recherche de la carrière souterraine d'Estreux.

Couplée avec la recherche des carrières de St Saulve, Anzin, Hordain.

Journée extrêmement chargée en émotions.

Au tout début, trouvaille inopinée d'un fer à cheval dans les champs.

Après trois heures de recherches pour aujourd'hui, (4 jours plein avant), découverte de la carrière souterraine d'Estreux. Il faut que je la déplaque parce qu'elle soudée en 1 point.

Une demi heure après, découverte de la carrière de St Saulve. Plaque à clef dévissée incognito sans problèmes. Un peu visible, j'y descendrai la semaine prochaine.

Une heure après, découverte de la toute nouvelle carrière de la rue Calmette à Anzin. Une plaque comme j'avais jamais vu. Affaire à élucider dans les jours prochains ! Poursuite des activités au stade Léo Lagrange. Découverte de la plaque près des tribunes. A clef. Dévissée sans problème. Ce sera une carrière difficile, (envahie par le CO2). Je vais devoir faire attention.

Et pour terminer la soirée, découverte de la carrière d'Hordain en 5 minutes alors que j'y avais déjà passé deux jours à faire le râteau.

La plaque est en plein champs. Je me dis : de la merde, je descends ! Le puits est très peu profond, 7 mètres, comparés à Anzin : 35 mètres. Le milieu est très riche en inscriptions, parfaitement propre et varié. J'y ai trouvé un couvercle de pot à tests, une taillette, et une auge dont j'attribue l'origine au 16eme siècle. C'est un jugement rapide, et ma datation sera sûrement plus précise d'ici quelques jours.

Ah ! des journées comme ça ! Je redeviens comme un gamin. Je dis : encor' encor' !

 

21 février

Rendez vous au bureau minier d'Avesnes sur Helpe. J'ai parcouru une grande partie de la distance qui sépare de Berlaimont à pied, c'est dire que dans le Nord, le stop, c'est difficile. A Monceau St Waast, un gars m'a pris. Il revenait de Dakar. Cela faisait 28 heures qu'il n'avait pas dormi. Quelqu'un de très sympa à vrai dire. Ensuite, j'ai encore marché pour arriver à Avesnelles. Au passage, j'ai réussi à retrouver l'entrée du souterrain du bastion de la reine. Il y a une lourde plaque d'acier recouverte de deux gros cailloux. Je vais les tirer avec la voiture. Ce sera Starsky et Hutch !

Avesnelles. Très longue attente. Quand l'heure arrive enfin, je rencontre Le directeur qui est très aimable. Ma recherche débute alors sur les mines de fer de l'Avesnois. C'est un pan de l'histoire qui est complètement oublié. J'aurai d'ailleurs à ce titre des découvertes intéressantes à faire. Le retour a été plus facile. Quelqu'un m'a pris juste à la sortie d'Avesnes. Une dame un peu chiante, elle répète 10 fois la même chose ! Arrivée pratiquement en porte à porte.

 

22 février

Bidouillage pour la création d'une lampe portable à led pour les souterrains à partir de déchets de feux rouges. J'ai fait un schéma pour l'alim, mais ce qui reste compliqué, c'est d'intégrer un micro buzzer qui informe quelques temps avant qu'il n'y a plus de piles. Sinon, pour trouver des leds assez puissantes, il y a Conrad. J'aime moins Maxim qui sont en rupture de stock permanent. Au niveau de la température de couleur, le blanc est un peu blafard. Il faudrait rajouter des jaunes et des rouges, mais on perd un peu en puissance. Quant à les survolter, ce n'est pas évident parce que c'est un élément relativement sensible.

 

23 février

J'en fais beaucoup ces derniers temps. Si je continue de cravacher comme cela, c'est pour une raison qui m'est propre et qui ne mérite aucun honneur. Les autres ne cessent de dire : ah ! c'est vraiment bien tout ce que tu fais. Mais je répète qu'il n'y a pas d'honneur à tirer de tout cela. Si je le fais, c'est pour ne pas chuter. Je cours et re-cours pour ne pas avoir le temps de penser. Si je pense, c'est direct dans le trou noir. En fait, je cours droit vers la falaise. Plus je cours vite, moins je penserai que la fin approche. De toute façon, je suis trop loin pour pouvoir faire demi tour. La pente à gravir est au dessus de mes forces.

Et puis qu'est ce qui me retient ? Ai-je des enfants ? Ai-je une famille ? Les gens de ma famille sont tous bons à clouer !

Un jour, vous lirez dans les journaux que j'ai péri asphyxié dans une carrière envahie par le co2. Ce sera tout. Moi... Je serai libéré de la douleur. Et pour ceux qui estiment être de mes proches, qu'ils analysent d'une manière franche la situation. Seront-ils tristes pendant vraiment longtemps ? Je doute.

 

25 février

Il est vraiment regrettable que le texte du 14 février ait amené autant de commentaires. Du coup, dois je marquer : censuré cause morbide à chaque fois que c'est le cas ? J'essaye de livrer un texte authentique. Sûrement maladroit, un peu bancale aussi. Dois-je mentir dans le journal comme je le fais tous les jours avec tous les gens que je côtoie ? Il est bien clair que j'ai deux personnalités. Celle qui est bienséante et que tout le monde possède, et puis celle des angoisses. Cette dernière, je suis bien obligé de la cacher. Sinon, on n'arrête pas de me dire que c'est pas bien de vouloir en finir, que ce ne sont que des envolées lyriques... Mais qui sont donc ces gens là pour me juger ? Je sais bien que c'est la merde un peu partout sur cette planète et que je n'ai pas vraiment à me plaindre. Mais encore une question, ces gens qui m'envoient leurs commentaires calqués sur leur vie ont ils eu mon enfance et mes échecs ? On ne peut pas savoir ce que c'est de ne plus pouvoir sortir dans un lieu public sans terreur si on ne l'a pas vécu soi même.

C'est parce qu'il y a deux côtés, la face visible et la face cachée. Quand c'est la cachée alors on dit : non, ce n'est pas vrai il en rajoute.

Bien.

Cela confirme ma volonté de confinement.

 

26 janvier

Série de photos. Il fait gris et pleut même un peu. Je vais prendre des photos des champs. La terre est lourde, l'herbe est grasse, un peu cramée par le gel. C'est exactement ce que je cherche. Cela donne des photos vertes marron et gris. Des couleurs qui vont bien ensemble. Ce que je préfère encore plus, c'est qu'il y ait une barre noire d'arbres tout au fond.

Les vanneaux sont je crois un peu le symbole de cette saison et de ces lieux. Ils ont colonisé ces espaces pour parfaitement s'y adapter. J'aimerais bien avoir un groupe de ces oiseaux dans le ciel de mes photos. Mais ce n'est pas évident parce qu'ils tourbillonnent. Par contre, des corbaks, y'a que ça... !

 

Descente dans les carrières d'Estreux et de St Saulve.

Il est 9 heures lorsque je prends la route. La nuit est tombée et j'ai froid. A St Saulve, j'ai eu du mal à retrouver la plaque et du coup j'ai du faire 2, 3 allers et retours. Enfin je la trouve ! J'ouvre sans problème. Là où ça commence à devenir drôle, c'est la descente. Le puits est minuscule et mon sac à dos frotte à mort contre les parois. Avec 35 mètres de fond, c'est beaucoup. Faut voir en plus que 35 mètres d'échelle en une fois, ça ne le fait pas. Il y a donc vers le milieu du puis un retournement à faire. C'est assez difficile dans un lieu exigu.

Me voilà en bas. Les parois sont peintes en rouge partout. Le ciel est à 5 mètres. Je commence à avancer. C'est assez beau mais un peu malsain. Il y a de l'humidité et des blocs partout.

Au bout de 20 mètres, j'entends poooc. Je me dis alors que c'est un cailloux que j'ai déstabilisé et qui glisse. Rien en fait. Un quart d'heure après, j'entends à nouveau sjbonnnnk schrliourf paf blork...

Cette fois c'est certain, c'est la voûte qui se casse la gueule derrière moi. Bref, je décide de me tirer à vitesse grand V, le temps de prendre en photo une cloche de fontis de 10 mètres de haut.

Un état de délabrement important. Au passage, je lâche un tract sur rhodoïd. Ca évite le pourrissement !

Remontée longue et épuisante. Au sommet, je n'ai pas le temps de refermer la plaque que des flics passent. Ils ne se sont pas arrêtés. Cela relève du miracle. Un quart d'heure après, je referme et me tire.

Direction Estreux. La plaque est soudée. Je bourrine à grand coups de barre à mine et j'arrive à force à l'ouvrir. C'est une plaque à rabat complètement rouillée. Difficile à relever puisque pas ouverte depuis 20 ans. Je jette un coup d'oeil dans le puits et tiens, il y a des déchets de ronce dedans...

Descente. Putain, c'est pas des ronces mais des barbelés. Bande d'enculés. Descente très technique. Même cinéma que dans l'autre puits mais avec barbelé en plus. Trois quart d'heure pour arriver en bas.

Sol ferme. Le spectacle est très différent. Les piliers sont carrés, le sol est plat, le ciel régulier. C'est en fait un phénomène assez étonnant de régularité et je crois bien que l'équivalent ne se trouve qu'à Lezennes.

C'est pourtant une carrière pauvre. Pas de graffitis, pas d'outils, pas de restes de moellons. L'exploitant semble avoir été un maniaque de la propreté, un peu mathématicien dans l'âme. Je m'attendais à un peu mieux.

Remontée difficile. Je sors épuisé. Par je ne sais quel tour de magie, je n'arrive plus à refermer la plaque. Le rabat coince à 45°. Je suis dégoutté. Moi qui aime tant la discrétion.

 

Aparté : Le lendemain : coup de téléphone anonyme à la gendarmerie au matin. Je me doute que malgré le fait que j'ai téléphoné d'une cabine, ça ne doit pas être très anonyme, m'enfin... La sécurité avant tout. Je n'ai pas envie que n'importe qui se plante la gueule là dedans. Ce serait un puits classique, là encore, je laisserais tomber... Mais ici, c'est de l'arrache gueule.

 

Suite de la soirée. Je retourne vers St Saulve où j'ai repéré un chevalement très très probablement lié à une carrière. J'essaye de rentrer dans la propriété privée mais rien à faire, il y a des grillages partout avec en plus des barrières de broussailles un peu infranchissables. Je vais y retourner. Je vais sonner chez le proprio pour voir... Ours mal léché ? On verra bien. Dans deux semaines.

 

27 janvier

Petit tour du côté de Trélon. C'est un coin complètement paumé et agréable. Ce ne sont que des pâtures bordées de haies. A la recherche des mines de fer. Je n'ai presque rien retrouvé. C'est une recherche extrêmement difficile, surtout au niveau géologique. Au programme : argiles rouges, jaunes vertes et silicates. Il faudrait que j'orpaille les rivières pour tirer les éléments lourds pour voir un peu. Sinon, j'ai trouvé un puits et si cela ne fait pas vraiment de doutes, je peux franchement dire qu'il faut le savoir ! Trois cailloux et une petite trace circulaire remplie d'eau. M'étonne pas que cette phase du passé soit passée à la benne !

 

Au soir : je continue la lecture de Krzyzanowski. Cet auteur est à découvrir. C'est une merveille d'imagination où se mêlent la littérature et les personnages jusqu'au moment où l'on ne sais plus qui est quoi.

 

29 février

Krzyzanowski me fascine. Pour 2 raisons. D'une part, personne ne le connaît. D'autre part, il n'a jamais été édité de son vivant et après sa mort, à part 2 livres aujourd'hui. D'autre part encore : il a écrit 3000 pages de récits décalés, passionnant et remettant complètement en cause la perception des choses simples. Il met beaucoup en valeur l'idée des chasseurs de thèmes par exemple. Des gens qui créent une histoire à partir de n'importe quoi - un copeau de bois - et qui triturent le thème à tel point dans tous les sens qu'on en vient à s'interroger si le narrateur n'est pas lui-même l'objet et l'individu vivant de sa narration. Sa narration est une invention qui le prend dans son passé, le décale dans son présent et l'entraîne dans une spirale dans le futur.

Le premier livre s'intitule : Le club des tueurs de lettres. C'est le récit d'un groupe qui recherche à créer des histoires autour d'un thème, (ce que je viens d'évoquer), mais qui bannit l'écriture. Le thème emmène un écrivain dans la spirale et le mène au suicide. Je ne développe pas plus parce que je viens de l'expliquer.

Le second bouquin s'appelle le marque page. Ce sont des nouvelles. On y lira avec amusement "la superficine", liquide qui sert à agrandir les appartements. L'alchimie faite, sa chambre s'agrandit à tel point qu'il s'y perd, dans le noir. La chute de l'histoire est trouble et elle semble indiquer que le narrateur évoluait dans un cauchemar.

Pour terminer, j'évoquerai la métaphysique articulaire et la treizième catégorie de la raison...Deux nouvelles également intéressantes.

Le reste est en russe. Pour les amateurs. Je suis en train de contacter le traducteur qui est un passionné de Krzyzanowski. Pour une éventuelle rencontre.

 

 

2 mars

L'amitié est un élément difficile à caractériser sans s'enfoncer dans les eaux troubles. Comment donner en quelques lignes le détail sur un sentiment aussi complexe. Afin de ne pas être trop à côté de la plaque, je dirai que pour moi, l'amitié, c'est un état où la joie et la mélancolie sont complètement fusionnés. Je suis généralement heureux d'être avec une personne que j'ai choisi, mais souvent j'aimerais plus. Plus se traduit par divers éléments difficilement palpables.

En réalité, ce qui arrive le plus souvent, c'est moins. Soit parce que je suis in-amitiable, soit parce que j'ai misé sur de mauvais éléments. Je crois qu'il ne faut pas que je me cache les yeux, j'ai le contact difficile. Je ne sors de ma maison que si je suis obligé. Ou si j'ai un véritable intérêt à sortir. Le monde de la rue - après l'avoir déchiré et dominé durant mes années de délinquance - me terrorise et me détruit. C'est pour ça que j'aime la nuit. C'est pour ça que j'aime la pluie. C'est pour ça que j'aime l'hiver.

 

3 mars

Anniversaire H20 à la patate et fête pour les 14 ans d'aventures.

Nous sommes partis de la mairie à 17h30. Arrivée 20 h 30 au lieu de rendez-vous pour prendre Nico. Tout se passe comme prévu mis à part le déluge sur l'autoroute. Incroyable ! Comment autant d'eau peut tomber en même temps ? Le dépassement des troupeaux de bisons équivalait à réaliser un plongeon en apnée...

Reste après que c'était le bordel complet pour arriver à la patate. 1 h 50 de tours et demis tours pour parcourir 22 km. Je n'ai jamais commis autant d'infractions au code de la route en un temps aussi court. Au moins 8 demi-tours sur des lignes blanches, 1 feu rouge grillé, un stop grillé, plus d'une fois sur des voies réservées aux bus, et dépassement à droite... Il paraît que c'est normal ici...

A l'entrée, nous sommes tombés sur Canal. (Il est arrivé en même temps). L'entrée est toujours aussi béante mais grillagée cette fois ci. Le cadenas est toutefois coupé. Qui l'a donc coupé ? J'espère que le paysan du coin n'en sera pas trop énervé. Un peu de boue pour ne pas changer.

Tiens ! Voila Manu. Il craque un fumis à l'air de coke. Je ne sais pas comment il se débrouille, les miens n'ont pas du tout le même aspect.

Au squat, il y a déjà une quinzaine de personnes. L'ambiance est calme. Il y a des bâtons d'encens dans le vieux saviem.

Là où ça commence à pécher, c'est que chacun reste dans son coin. Les gens se connaissent un peu et restent en groupes, or personne n'essaye d'aller vers les nouveaux. J'en ai vu quelque uns qui s'emmerdaient sérieusement...

Trop d'alcool aussi. C'est malheureux, les gens ne savent pas s'amuser sans picoler. Au fur et à mesure de l'avancement de la soirée les yeux deviennent vitreux, les gens de plus en plus cons...

Heureusement qu'il y en a quelques-uns qui savent rester intéressants.

Vers 4 heures, je ramène Nico à la gare. Trajet en ligne droite en moins de 20 minutes. Il a la tête dans le foin.

Le retour à Berlaimont s'est bien passé. Sur l'autoroute, il y avait un camion sur le flanc. On voyait les roues.

 

6 mars

Un petit retour sur le passé. Ce que je faisais il y a 7 ans, (le 6 mars 93). Texte d'époque.

Un vendredi soir, 23 h30.

Train Maintenon-Paris. On s'arrête à Rambouillet, puis après, on rechope un train pour aller à St Quentin-en-Yvelines. Gare de Trappes. Des lascars montent. Ca va, pas d'embrouille. C'est toujours là où ça chauffe. Si ça passe là, après, on sait qu'on est tranquille. St Quentin, c'est une gare où les immeubles vous écrasent de par leur majesté de merde, de merde, et de merde. On file plus loin. Là-bas, Atyr, il a repéré un putain de mur bien en vue. C'est lui qui le pose. Moi, j'en ferai après. On est passé devant la fresque de Kejay. Sacrément pétant ! Atyr, il a posé un bloc en chrome. Pas trop mal. On le voit bien du train. Surtout la nuit, parce que ça brille. Et puis tout d'un coup, là-bas, près de la route, y'a un type qui s'excite. Il court. C'est la merde parce que y'a trente mille trains qui passent et on se fait griller comme des belettes. Enfin bon, on a tracé vers St Cyr. Je ne sais pas pourquoi, les endives, ils nous ont foutu la paix. Alors, on a posé deux-trois gueutas sur les transfos de la SNCF. Violet foncé sur blanc, ça ressort vraiment super bien.

C'est là où l'on a fait tous les deux les fameux murs perchés à trente mètres de haut. Tout le monde se demande comment on a pu faire ça. Bah quoi, on a grimpé, tout simplement ! Je ne vois pas ce qu'il y a d'extraordinaire. Je voulais même lancer une canette pour voir ce que ça ferait, mais bon, étant donné que nous étions en train de maraver un mur, la discrétion s'imposait, non ?

Atyr a été beaucoup plus vite que moi, (habitude). J'ai posé un gros bloc avec des lettres toutes chelous.

Gare de St Cyr, le train qui s'arrêtais à Maintenon passe à 130 Km/heure sous notre nez. On est grillé, on pensait qu'il faisait une halte là. Bref, mauvaise humeur, on chope le dernier train de tous les trains, à 1h40, il va jusqu'à Rambouillet. Là, on se dit que puisqu'on est coincé, autant en profiter. Même chose, on longe la voie, grand mur blanc. 2 blocs, ils ont été effacés au bout de 2 semaines, la SNCF a enduit sa superbe peinture grise pour que l'on ne voie plus rien. Tranquille, personne ne nous voit. Je me souviens qu'il y a eu un train de marchandise qui est passé à 150. On était à un mètre de lui à tout casser, puisqu'on s'était planqué au sol, au niveau des poteaux. Ca a fait un tel barrouf que j'ai cru que j'allais y passer, c'est clair et net. J'ai même eu du mal à me relever après. Enfin..., on se taille, on rentre par la route. Au passage, j'en profite pour graver des vitres de cabines téléphoniques. Et là, merde, phares blancs, c'est la saloperie de caillasse. Je ne suis pas pris sur le fait. On avait des véritables têtes de lascars. Bonnet renfoncé jusqu'aux yeux, peinture plein les mains, frocs dégueulasse. Phares blancs = contrôle d'identité, vos papiers siouplait. On les avait, heureusement...

- Vous êtes des taggueurs.

- Non.

- Vous êtes des taggueurs, qu'est-ce que vous foutez là à cette heure là ?

- On revient de chez un copain, on lui a fait une fresque. Et puis, on a loupé le dernier train. Alors, on a pris celui de Rambouillet pour se rapprocher. Ca fera moins pour tout à l'heure.

- C'est pas vrai, vous venez de peindre sur la voie ferrée. Qu'est ce que vous foutez là, vous z'avez qu'à rester dans la gare.

- Elle est fermée.

Fouille en règle. Bombes, plans, etc., etc... Et puis, après avoir tout bien tâté :

- Allez, dégagez, que l'on ne vous revoie plus jamais ici.

Taillo. C'est bon pour cette fois. On file à la gare, tout est fermé. Alors, on dort dans l'escalier d'un parking souterrain. Comme c'était pétos gélos, on s'est caillé sec.

5 Heures 30. Premier train. Pas de contrôleur. Nuit de merde. Bons plans, mais nuit de merde.

 

6 mars aujourd'hui. C'est une toute petite vie qui tient dans un mouchoir de poche. Avant je sortais tous les soirs. Maintenant je suis fatigué. Un peu comme si j'étais vieux avant l'heure. Bof... Je vais remettre ça ce week end, j'ai des bons plans. Malgré tout... C'est le délire artistique qui n'y est plus, et ça, pour le re-choper, c'est pas de la tarte.

Tout est question de volonté, et de jours. Il y a des jours où je suis mou, il y en a d'autres où j'en fais pour 10. Quand j'ai besoin d'être en colère, j'écoute NTM... (C'est ti pas une honte ça !) N'empêche que je suis toujours et encore d'accord avec les paroles de "Police" : Aucunement représentatif de l'entière populace, que dois je attendre des lois de flics qui pour moi ne sont signe que d'emmerdes. Regarde, je passe à côté d'eux : tronche de con devient nerveux...

Dans le même genre, il y a Assassin. Les idées sont les mêmes mais revendiquées d'une manière un peu plus spirituelle : Je suis issu d'une génération qui n'a que la confrontation pour faire passer ses idées au sein de la nation, mais de toute façon, la conception de nation démontre une perception restreinte pour une vision humanitaire...

J'en connais qui bondissent dès qu'ils entendent le mot rap. Mais cela est une perception des choses qui ne m'étonne pas. Il y a deux catégories de rap.

- Celui commercial, celui des $$$. C'est ce qu'on entend dans la rue. C'est celui de ces gens qui se la jouent, qui essaient de faire peur avec une fausse sale gueule... Ca me fait bien rire les lunettes de soleil en décembre. Et encore plus la musique à fond dans la bagnole avec la fenêtre ouverte alors qu'il fait -10°... Ce sont des 3 de cu-ih.

- L'autre rap est complètement inconnu, cela va de soi. Les groupes les plus représentatifs seraient Kabal, Assassin et la Rumeur. Microcosme ne dépassant pas le quartier généralement. Les textes sont recherchés et la musique assez différente de ce que l'on entend sur fun radio. Une caractéristique générale : pas de refrains, et peu de chansons dont la durée est en dessous de 6 minutes.

Qu'en dire ? Les IAM et les Stomy Bugzy peuvent se foutre leur pognon dans le cul. Les gens qui sont dans le hip hop depuis des années savent bien que tout ces gens ne perdureront pas. Mais je pense aussi qu'ils sont conscients que la perte de tout ce qui avait été fait avant est déjà réalisée. Le rap est complètement discrédité aujourd'hui. Autant c'est sur quoi on faisait pas mal d'innovation en 88, (graff, break dance, scratching), autant les paroles ne revendiquent que des choux fleurs aujourd'hui.

J'ai complètement abandonné le milieu hip hop en 94. Quand IAM a percé.

 

9 mars 00

CR Lewarde.

Rendez vous à 11 h avec M. Dubuc, directeur du centre historique minier de Lewarde.

Train comme d'habitude. Même pas d'attente à Valenciennes. J'arrive à Montigny en Ostrevent City à 9h15. Direction Lewarde City à pied. Une bonne heure de marche. Sur la route, on entend des mouettes. Je me dis tiens ! il doit y avoir une décharge pas loin. Fait qui m'est confirmé deux minutes après. Ces oiseaux de malheur sont particulièrement friands de ces lieux. Je me souviens avoir trouvé des sacs plastiques et des morceaux de ferraille dans des pelotes de réjection. Y'avait même un goéland cendré qui s'était étouffé avec un os de cuisse de poulet.

Arrivée 10h00. J'ai été au centre de ressource pour essayer d'en savoir un peu plus sur les eaux d'exhaure de la Bleuse borne d'Anzin. Dossier poussiéreux. Et peu intéressants de surcroît. Ensuite je me dirige vers le secrétariat et M. Dubuc me reçoit. Double porte, bureau de président, sièges magnifiques, photos de lui même avec plein de célébrités et montagnes de dossiers sur le bureau. Son costume ne doit pas valoir 3 francs à Prisunic. Le type de discours qu'il me tient me prouve tout de suite qu'il n'a pas besoin de réfléchir pour dire des choses intelligentes. Nous parlons donc de mon projet. Au final, nous arrivons aux conclusions suivantes :

- Sous réserve du contenu, il me préface mon livre.

- Il me donne toutes autorisations nécessaires pour tous souterrains, y compris RATP, ce qui simplifiera énormément les démarches.

- Il est d'accord pour la création d'un éventuel cycle de conférences.

- Il est d'accord pour un dépôt de mon livre dans la boutique.

Sous réserve du contenu, c'est à dire qu'il faut que mon livre ait une tendance sociologique. (On est en plein dedans).

Retour par la même route. La SNCF fait fort dans la fréquence des trains et je me tape 1 heure 45 d'attente. Je vais faire un tour dans le café de Montigny. Les vieux au bar n'ont pas cessé de râler de la demi heure que je suis resté. Et y fallot qu'te ravise cha commint cha parlot chtimi min viux ! En une demi heure, un blanc, une bière, un porto et une suze pour celui qui pompait le plus. Il y avait une dame qui téléphonait. Celui à lunette, il se la ramène, complètement bourré : Arwette mi eu chti là. In dirot qu'al avot mis un pétard dins s'tiête... Bref, à fond dans les commentaires médisants. Je me demande ce que j'ai du prendre une fois sorti...

Je sors et j'attends le train. Au fond au loin, je vois le terril de la fosse Renard. Sa cime efflanquée me fait rêver. Rien à signaler pour le reste du retour.

 

10 mars au boulot

J'ai le nombre d'employés par boites. Pour l'instant, ma recherche d'emploi porterait sur 3150 emplois existants. Je compte en faire pour encore 3 fois le nombre de boites que j'ai actuellement en liste. A compter au prorata qu'il y aura quelque chose comme 1 emploi sur 100 de vacant, ça me ferait 31 postes de libres. A compter que je ne peux satisfaire que 1 poste sur 10 de vacant, ça me ferait déjà quelque chose comme 3 possibilités. Ce serait franchement pas mal. Je prépare mes lettres de motivation en les post datant. Je les date à trois mois avant la fin de mon service. En trois mois, s'ils ne me répondent pas, c'est qu'ils ne sont pas intéressés. Ou sinon, c'est parce qu'il y a une lourdeur administrative. Je ne veux tout de même pas partir pour retrouver la même chose. Bref, il y a une lourde sélection à faire.

Les BRGM m'intéressent pas mal. Il y aurait peut être des chances de ce côté là. Je crois que je corresponds au profil du genre de type qu'ils auraient tendance à rechercher.

J'enferme mes lettres dans une boîte noire étanche. Il ne faudrait pas que mes lettres jaunissent ou quoi que ce soit dans le genre. Quitte à les mettre au frigo. (Mais il faudrait que je calcule la probabilité d'impact de taches de gras, à mon avis très importante).

 

Pour revenir à ce que j'étais il y a 7 ans, il faut tout de même avouer que je n'ai pas complètement choisi la date par hasard, même si ce que j'ai pu ressortir relève de ce qui fut mon quotidien pendant une certaine période. Mon casier judiciaire est bien garni mais ça fera du papier pour la cheminée. Mon casier s'est en grande partie auto-détruit il y a deux ans. Au bout de 5 ans, si on voit que tu t'es calmé... Aujourd'hui, il reste deux trois bricoles. Les locos de la sncf et les whole cars dans le dépôt ratp. Eux, c'est 10 ans... Bah, je suis pas à 3 ans près. Et puis tant que je suis complètement libre, le reste m'indiffère. Passage du chef. Stop.

 

12 mars

Recherche des galeries de contre mine du fort d'Haumont. Visite du bastion de la Reine à Avesnes sur Helpe.

En début d'après midi, direction Hautmont. Haut lieu de la pourriture, de la gangrène et des barres hlm de 72 étages. Béton, béton et béton. A la sortie d'Haumont et à la limite avec la campagne déjà un tout petit peu plus intéressante, il y a un fort. J'ai trouvé une photo dans un bouquin d'une galerie de contre mine située au fort d'Haumont. Sous la photo, une ligne de commentaire et rien d'autre. En bref : je pars à la recherche de je ne sais pas trop quoi je ne sais pas trop où, mais la certitude que ce je ne sais pas trop quoi existe est bien présente.

Sur la route à gauche, je vois un promontoire de terre avec des arbres. Je me doutes alors que je suis arrivé à destination. Sauf qu'il y a des barbelés partout. Et toc. Niaoum ! Il est 2 heures de l'après midi et y'a du pipôle partout. Ce sera pour une autre fois. Probablement un dimanche matin cet été. Sur le grillage, il y a un panneau : interdit gna gna gna arrêté numéro gna gna gna. Ouah !!!! C'est un espace public... Bon ok... un soir en semaine dès que possible.

Au dessus des arbres, il y a plein de corbeaux. Il semble que ce soit leur royaume.

 

20 h 00. Direction le bastion de la Reine, suite à l'entrée que j'avais repéré l'autre jour. Comme je l'avais dit, c'est vraiment minus minus. Je me suis donc faufilé dans la chatière. Même pas possible de se mettre sur le côté tellement c'est ridiculement petit. C'est sur le dos et pas le choix ! En bas de la chatière, il y a une nouvelle chatière, si si, c'est vrai !!! Même si ça peut paraître bizarre. En fait je me trouvais dans un passage très très bas mais assez large. Là, je me retrouve à devoir passer une chatière conventionnelle : 40 sur 40. Classique en somme.

J'atterris alors dans une galerie à pente douce. Les parois sont en pierre d'Avesnes et c'est très beau. Ce sont des galeries de contre mine. C'est donc très linéaire, avec des ramifications. Au bout sur la droite, il y a des salles immenses avec de beaux encorbellements. De l'autre côté, ce sont encore des galeries. Tiens ! des chauves souris. C'est le moment où l'on se demande si ces bestioles s'accrochent vraiment aux cheveux. Mais je me dis : de la merde, c'est encore un de ces sales racontars à faire pleurer les mamies. Au passage, il y en a qui me frôlent mais jamais me touchent. Je me doute que ce sont des bestioles extraordinaires. Ont-elles un odorat développé ? Je me suis demandé pourquoi elles me tournaient autour.

Je continue la visite et à ma grande surprise et maximale désolation, je tombe sur une entrée de section 4 mètres sur 6 mètres donnant en plein dans les bois. Purée de mammouths, j'ai fait tout ce bazar pour rien...

Les galeries se terminent par des salles de garde immenses. Je doute que les photos rendront quelque chose de bien. Enfin... On verra. Je retourne vers mon entrée minuscule. J'avais repéré un truc à voir. Il y avait en fait un morceau de galerie comblé. Et en se faisant petite souris, on pouvait y passer. Et alors j'ai tenté. Et alors c'est passé. Seconde partie de la visite bien agréable. Une série de galeries aboutissant à la guérite puis à une montagne de déchets, (passionnant). Demi-tour et sortie par la chatière minuscule, (il faut se faire respecter, nom de moi quoi !!!). A la sortie, il y en a qui passent et qui me demandent au loin si j'ai bu un pastis. Leur mère en slip.

Je photographie le trou pour le souvenir et me tire. A l'endroit où j'ai garé la voiture, ça sentait vachement bon le poulet rôti. Mmmmmmmmm!

Retour troupeau de bison. Sur la route à Aulnoye, j'évite les plaques d'égout et slalome. J'ai envie de prendre de la soupe...

 

13 mars

C'est en me baladant à la fnac que j'eus la surprise d'apercevoir un bien curieux disque dans le rayon du rock français. Une pochette sans aucune annotation, juste une photo d'un paysage de campagne sur le devant. Et sur la tranche : Tue-Loup, sans titre, sans date, sans précision. La photo en question représente une clôture de champ avec un panneau de lieu dit. Ca y est. Je suis intrigué !

Quelques mois plus tard, je tombe sur le même disque à la médiathèque de Valenciennes. Quitte ou double, je le prends, on verra bien.

L'intérieur de la pochette ne m'apprend rien de plus, on y voit une photo du groupe, floue bien entendu. On se rend compte tout de même que ça se passe dans une ferme.

Le disque commence par un instrumental. La basse uniquement pour démarrer. Lourde et répétitive. Puis vient se greffer très hésitante une guitare électrique. S'ensuit la guitare acoustique et les percussions discrètes. Le morceau divague sans trop savoir où aller puis enchaîne directement avec la chanson suivante. La lourdeur s'amplifie mais sans donner dans la violence. Une mélodie douce où vient se poser la voix je dirais larvaire de Xavier Plumas.

Le titre est équivoque : en rasant les murs. Le thème est la désillusion comme dans l'ensemble de l'album. Au fil du temps, on entend un chien et des bruits de l'extérieur. Cela me fut confirmé plus tard, le disque entier a été enregistré dans la grange !

Après quelques recherches, je trouve les informations suivantes : Tue-Loup est un lieu dit complètement paumé dans la Sarthe. C'est à cet endroit où soit disant le dernier loup a été écorché vif. Le rock rural de Tue-Loup est minimal, tant au niveau des instruments que de la technicité mise en ouvre. Mais c'est l'avènement d'une nouvelle conception dans le rock indépendant français : il n'y a pas besoin de mettre 8000 balles par jour dans un bon studio pour donner du résultat. Je crois que ce disque en est la preuve.

En continuant l'exploration dans les titres proposés, on trouve des morceaux tous plus dépressifs les uns que les autres. Il y en a un qui fait 12 minutes et qui est assez étonnant. La voix de Plumas est comme décalée, enfin. je veux dire que les accords choisis sont un peu étranges.

 

Bien qu'étonné en positif, je n'avais pas jugé nécessaire d'en faire de la pub. Au même titre que Miossec ou Les Ogres de Barback par exemple.

Il y a deux mois est sorti un nouveau disque de Tue-Loup. La pochette est toujours aussi bizarre : un renne souriant et ne possédant qu'une seule corne. Le derrière de la pochette présente encore un panneau de lieu dit : il s'agit cette fois ci de " la belle inutile ". Pas mal trouvé !

Les textes sont encore pire bien que la musique est moins lourde. Dans une interview, le bassiste affirme que ce ne sont que des textes et que la réalité est différente. Mais ce n'est que de l'intox. Si lui présente cette version des faits, c'est pour se protéger. Plumas affirme lui même que ses textes sont une image de la campagne sarthoise et que c'est comme ça, c'est tout.

Cet album est encore plus marrant que le précédent : derrière, on y entend constamment les moineaux et les hirondelles. Et c'est à ce point présent qu'ils sont là en tant qu'instrument. Il y a un moment où l'on entend également des bruits de gens à l'extérieur. A noter aussi que le chanteur dédicace son disque à sa grand-mère. Quelle simplicité ! Quand on pense aux dédicaces de Massive Attack : A 3D, à Tricky, Jet-one. Que sont tous ces surnoms ? !

Point de vue mentalité, on se demande combien de temps ça va durer. Certaines personnes du groupe en sont arrivé au point qu'ils ne trouvent plus de raisons pour se lever le matin.

Le bassiste affirme en tout cas bien se marrer avec les autres, (interview sur comment ils avaient bouffé le dindon !). En espérant que la suite du travail soit toujours d'aussi bonne qualité.

Je ne crois pas que le succès est en train de venir ou viendra. Tue-Loup est un de ces groupes marginaux ne pouvant plaire à personne. Mis à part le fait que les inrockuptibles ont mis un peu le nez dedans. Ca ne durera pas et c'est à espérer.

 

14 mars

Il y a des jours où je me demande pourquoi j'écris. Après avoir produit un certain nombre de romans, nouvelles et poèmes dont le volume est assez important, je crois qu'il est temps en honnêteté intellectuelle d'effectuer une rétroaction. C'est à dire que j'ai pondu les écrits à toute vitesse l'année dernière en voulant sauvegarder ce qu'il restait de ma mémoire, mais jamais je n'ai pris le temps de poser noir sur blanc les raisons me motivant. D'une part parce que c'est long et compliqué, d'autre part parce que cela me gêne. C'est en effet fortement démystificateur. Je n'écris pas pour un besoin inconnu et ce n'est pas un appel du ciel pour inonder de belles images tout plein de petits cerveaux.

Mes livres sont pour la plupart des histoires intermédiaires entre le conte et le roman. Une écriture peut être noire mais emprunte d'une naïveté entraînant le fait que ça ne peut pas être complètement réel. En l'espace de deux ans, 5 recueils ont été préparés. Aujourd'hui, je ne sais plus rien sortir, comme si la substance s'était écoulée dans l'encre.

 

Avant tout, il y a eu " l'ascenseur métabolique ". Mais celui ci ne compte pas.

 

Le premier date de 97. Intitulé " Nora ", c'est un recueil de nouvelles. C'est celui ayant nécessité l'écriture la plus longue, mais aussi la plus douteuse. Il est de fait que je ne savais pas trop encore comment m'y prendre pour écrire. J'étais fasciné de Gracq, mais n'avais pas son talent. Après de très nombreux remaniements, le style est arrivé à un niveau potable. Les nouvelles sont : Phénakistiscope, Le nuage, Lice, M. Milon et son sac. La première est celle qui chronologiquement a été rédigée en premier, (logique !). En quelques mots, elle narre le cheminement d'un personnage vers un idéal n'existant que dans son esprit. S'ensuit échec et enfermement. C'est la seule nouvelle se déroulant à Grenoble.

 

Le second recueil " l'envers du décor " est un regroupement de poèmes dont certains datent de 91.

 

Le troisième est la pierre angulaire de mon cheminement littéraire. Tous les thèmes me hantant y sont présents. C'est un roman : " Depuis ". Le récit est placé dans un lieu imaginaire, mais pour les description, je me suis basé sur le lieu dit Champ d'oiseaux dans la Bourgogne. Il y a une très grande part faite aux descriptions : les champs, les bois en hiver, les vanneaux. Le thème est celui d'une rencontre un peu étrange : Le narrateur reçoit dans sa ferme Hélène, une femme qu'il connaît à peine. Puis au bout de peu de temps, celle ci disparaît en laissant un témoignage déformé d'une réalité n'étant que la sienne. On suit alors le cheminement d'Hélène, allant je ne sais où à l'aide de déplacement fluviaux (par péniche). Description d'écluses, de coins à corbeaux, de terre humide. C'est volontiers le roman de l'apaisement et de la mélancolie. On y retrouve un personnage de " Nora ".

 

Le quatrième s'intitule " les silences métamorphosés ". Ce roman très particulier n'a jamais été diffusé. C'est le roman de l'échec et du retour sur l'échec. (Le regard du personnage sur sa volonté immense et sur les perpétuels éléments qui font que ça foire). Le récit n'est pas illisible du fait de trop de pessimisme. Cependant, c'est une décomposition qui n'est pas sans être anodine quant à la réalité des faits évoqués. Un peu comme dans Houellebeck.

 

Pour terminer, le dernier "  ch'est toudis l'pus bielle fleur ed' min capiau " est un recueil de nouvelles patoisantes. Celui ci à été corrigé et sponsorisé par des gens connus. Evoquant les quartiers de Valenciennes, il a fait l'objet de beaucoup de pub. Une image s'en est dégagée pas tout à fait conforme à ce que je voulais exprimer. Malgré le langage qui est différent, le thème est toujours le même. Cela a été nié et on a voulu faire de ce travail quelque chose de comique. J'ai rejeté ce qui s'est passé. Refus de conférences et de participation à des manifestations culturelles patoisantes. Mais je n'en ai pas pour autant quitté mon amour de la langue des ouvreurs et coulonneux.

 

Voici la présentation faite. Ca, je savais bien que ce ne serait pas difficile à faire. Reste maintenant l'analyse. Je vais tenter d'être honnête et de tout écrire malgré le fait que c'est extirper des éléments peu agréables.

Lorsque l'on cherche à dégager un thème général, on est un peu embêté parce que cette malheureuse écriture s'avère être un véritable fatras. Là où je veux en venir, c'est plutôt dire qu'il y a un point commun à tous, c'est l'ambiance. Je la décrirai comme suit :

  • Une recherche un peu Kafkaienne, si je peux me permettre le néologisme un peu osé. Les narrateurs ou les personnages sont toujours à la recherche d'un élément qu'ils n'arrivent pas à atteindre du fait d'éléments extérieurs.
  • L'élément en question est souvent une question relationnelle. Que ce soit amour, amitié, ou quoi que ce soit importe peu finalement.
  • Il y a souvent une ambiance de mélancolie. Soit extérieure : " Depuis ", soit intérieure : " Le nuage ". Cette mélancolie n'est pas forcément tristesse, on retrouve une mélancolie mêlée de joie dans " le diable de Vauvert ".

 

Lorsque j'écris, je ne me retrouve pas derrière tel ou tel personnage comme on aurait tendance à vouloir me faire dire. Les personnages que je crée évoluent à leur manière et au bout d'un moment, je ne peux plus changer leur destinée, c'est eux qui la font. Il en résulte des personnages que je n'aime pas du tout : Fémery par exemple dans " Isolatic Stand Charcuterie ".

Malgré tout, je suis derrière la trame. C'est tout de même moi qui ait choisi le début du livre, qui ait décidé que ça aller planter. Dieu omnipotent de destins et ne faisant pas de cadeaux de surcroît.

Je crois que cela provient du désir de revenir sur des éléments du passé, une période obscure de 1984 à 1989. L'imagination étant tellement présente dans mon cas, réaliser des récits comportant des morceaux d'histoires m'ayant marqué me permet de convertir la tristesse s'en dégageant. D'une tristesse réelle, je passe à une imagination. C'est beaucoup plus supportable. De plus, l'écriture me permet d'exulter des éléments que je ne saurai jamais extérioriser autrement qu'en les édulcorant.

Ce n'est pas une écriture pour rien, c'est une tentative pour éradiquer les sources des éléments qui me minent. En faisant une rétroaction, je dirai que cela n'a pas complètement marché. D'une part parce que revenir aux sources et les écrire m'a mis en face du fait qu'elles existaient réellement. D'autres part parce que c'était cultiver l'échec pour le faire perdurer. A quoi bon. Voilà pour les points négatifs. De l'autre côté de la barre, il ne faut tout de même pas négliger que j'ai réussi à détruire 50% de l'infection.

 

Approfondir l'analyse me mène à parler de cette curieuse tendance à développer des thèmes de poursuite. Euh. pas à la Bond, bien sûr. Je veux dire par là : la recherche d'un personnage par rapport à un élément réel qu'il transforme de fond en comble pour arriver à un fait imaginaire complètement décalé.

Je pense que j'ai tendance à développer ce thème systématiquement parce que je le développe moi même dans ma vie quotidienne. Bien étrange de parler de ça mais faut-il que je me le cache plus longtemps ? Je n'aime pas vraiment regarder les femmes. Ni les hommes d'ailleurs. Ce sont pour moi des morceaux de chair périssable. La vue d'une belle femme ne me fait pas d'effet particulier : je ne suis pas charmé, je n'ai pas tendance à lui parler plus facilement ou à lui accorder des faveurs. Ce qui m'intéresse, c'est d'accaparer l'attention quelques minutes - pour tout laisser tomber juste après. Ce n'est pas l'amitié qui m'intéresse, ce n'est pas l'amour non plus : c'est savoir que c'était possible. Que peut me faire l'amour de l'une ou de l'autre ? Rien. Je ne sais pas m'attacher. Je suis tellement indépendant que je ne sais pas faire une seule concession. Ce que je recherche, c'est un miroir. Cruel petit jeu qui me permet d'imaginer les histoires qui auraient pu en découler.

Pour aller plus loin, je pense que c'est parce que j'ai eu trop de déboires avec amour et amitié en étant plus jeune. Je suis arrivé au stade où je n'y crois plus. Mais pour continuer à vivre, j'ai besoin de socles solides pour constituer de nouvelles trames d'imagination.

Face à cette description qui est la juste image de ce qui se passe dans mon intérieur, il y a cette très bizarre attitude dans la réalité. Si le fait que ce que je viens d'énoncer est une réalité, commet se fait il que je sois complètement misanthrope ? Je déteste le contact.

C'est un fait que je n'arrive pas à élucider, pas encore en tout cas. Mais la réalité est toujours là : dans la rue, je suis complètement terrorisé, surtout à Paris. Les gares me plongent dans un profond malaise, les trains bourrés et le métro me rendent cinglé, comme cette fois dans le métro de Lille où l'on a du me maintenir parce que j'ai craqué nerveusement. Dans la foule, j'ai la nausée. Je ne suis pas attiré par les gamins, ni les vieux.

A Grenoble, dans une semaine de révision, j'ai fait l'expérience suivante. J'ai bourré mon frigo de nourriture et j'ai dit aux autres de l'église que je m'en allais. J'ai débranché le téléphone et j'ai fermé les volets. Une semaine entière coupé du monde. Du dimanche au vendredi soir. Sans radio, télé, courrier, pub, etc. Ce fut fantastiquement agréable. J'étais comme libéré de toute contrainte. La tension de tous les jours à laissé place à un état de concentration bien plus important. Sans parler de la réussite aux exams, ce fut aussi la période dans laquelle je fut de nombreuses découvertes sur le fonctionnement de ma pensée.

J'essaierai dans les jours qui viennent d'analyser le paradoxe attitude renfermée et recherche de socles de contacts humains. C'est à mon avis une base pour aller plus loin pour détruire les éléments qui me minent.

 

15 mars

Je suis tellement pris par la rédaction de mon article que j'en ai fait sonner l'alarme de la mairie ce midi. Je suis rentré en pensant à l'origine des vides de carrière dans la région chartraine. Et puis j'ai oublié de désactiver. J'ai du faire sursauter tout le quartier. Heureusement que je sais comment l'éteindre, (parce que c'est un bins' pas possible). Tout au plus, le hurlement a du durer 20 secondes.

Ce qui me travaille, c'est que je ne trouve pas de graffitis antérieurs à la révolution. Et le creusement ne donne rien comme indications. Cela est très important parce que ça changerait l'origine du tout au tout. Avant 1790, le but aurait été de construire le château. Après, ce serait plutôt le marnage des champs.

A 100 mètres de l'exploitation, il y a des murs en silex. Puis je en déduire qu'ils en proviennent ? C'est je crois un peu osé bien que probable.

Rien dans les archives départementales. Perdu dans l'esprit des plus vieux érudits de la ville. C'est un site oublié.

L'archéologie industrielle est un travail de fourmi. Tout est à inventer.

Pionnier dans une nouvelle discipline...

A part ça, je commence les préparatifs pour Grenoble. Peu de sommeil en vue.

 

16 mars

Question : les gens qui écoutent RTL sont ils des beaufs ?

Témoignage N°1 : Gérard, ertéellisé.

- C'est quoi que t'écoutes dans ton walkman ?

- Bach, de l'orgue.

- Ah ! moi, celle que j'aime bien, c'est la toccata là.

- Mouih, la 565.

- Ta là là là là ..

- C'est la seule que tu connais ?

- Mmm.

 

Témoignage N°2 : Patrick, ertéellisé.

- Moi ce qui m'énerve, c'est le rap là. Que des trucs d'arabes. Quand je vois sur RTL par exemple, y mettent Ferrat, y'a 98 % d'encore.

 

Témoignage N°3 : Gisèle, ertéellisée.

- Bah, moi de toute façon, je suis complètement dépressive quoi. Et puis merde, je dis que des conneries. Met RTL un coup va. Oh, ça parle encore de la strip-teaseuse. Merde, on fait ce qu'on veut quoi.

 

Réponse positive.

 

17 mars

La recherche que j'effectue pour le moment ne peut mener que sur une impasse. Non pas impasse psychologique - je saurai toujours me reconvertir - mais impasse théorique. Cette complication pour illustrer une idée simple : ce que je décrirai en plus de ce que j'ai dernièrement trouvé ne serait que de l'invention.

L'auto-analyse a cela de compliqué : c'est que personne n'est là pour remettre en cause quand il y a divagation. (La divagation se manifeste par l'élément suivant : se faire croire que l'on est des choses pour se faire plaisir). C'est toute la question de rôle, de personnalité, d'apparence. Ce que les autres perçoivent et ce que je suis réellement.

En me lisant au fur et à mesure de mes découvertes sur moi même, je finis par me dire que je suis effroyablement compliqué. Un peu comme si je passais à côté de choses essentielles.

Il y a un certain nombre d'états que je ne sais pas gérer. Pour certains, ce sera la solitude. Pour moi, c'est profiter des choses simples, et ce qui peut se rapporter au domaine de la sentimentalité sous toutes ses formes. Cela se manifeste par des problèmes au niveau de la communication.

Quelle est la source ? Il faut d'après mes souvenirs s'en rapporter à la maternelle. L'entrée dans le monde " du travail " a été un échec. Il y a eu quelque chose qui n'est pas passé avec la première instit. J'imagine en ayant de grandes chances d'être juste qu'il s'agit de l'humiliation. C'est très confus dans les souvenirs et cela peut se comprendre. Ma mère me rapporte ses souvenirs et me dis que j'étais un enfant extrêmement timide, plutôt dans son coin. On a beau luter contre sa nature, on ne change jamais complètement.

Le problème essentiel n'est pas dans les difficultés mais dans la complaisance de ces difficultés. La base étant le rejet du monde actuel sous la forme qu'il prend, j'amalgame et prend le rejet pour excuse pour l'étaler à d'autres idées : le refus de communication, l'enfouissement de la sentimentalité, la spécialisation et l'hyperactivité. L'excuse bidon me permet donc de m'autojustifier et de persévérer dans des voies qui mènent à la marginalisation. Quel est le degré d'avancement de ces éléments ? Que vais-je devenir si je ne fais rien ? Faut-il vraiment faire quelque chose ? La marginalité n'est elle pas ma voie d'équilibre ? Ce sont des questions qui ne sont pas anodines et qui remuent beaucoup de limons. L'eau se trouble je crois.

Pour répondre à ces interrogations, je crois qu'il est nécessaire de bien distinguer de quels refus on parle. Les réponses en seront pour chacun bien évidemment différentes.

 

Le refus de communication : il est très poussé actuellement. Je n'ai pratiquement pas d'amis et me complaît très fortement dans cette situation. Mon besoin de communication a été complètement converti lors de l'adolescence. Il y a eu un moment ou j'ai cessé de m'ouvrir aux autres, j'ai converti ce besoin en me parlant à moi-même. J'estime en tout cas cela amplement suffisant. L'extérieur a peut-être l'impression que je parle, mais je ne raconte que des conneries. Personne n'a mes secrets, personne n'a mon passé, personne n'a de détails sur ce que je ressens. Cela devient presque comme un besoin de cacher. Je me sens découvert et infirme lorsque par hasard, un élément est mis au jour.

 

L'enfouissement de la sentimentalité. C'est je crois l'élément qui déconne le plus. Le refus de communication m'entraîne à devenir un ours. Or cela ne me gène pas. Par contre, cela a pour conséquence que je ne peux développer un quelconque élément de sentimentalité. Même les plus grandes réussites deviennent des échecs. Le thème a, je crois déjà été développé.

C'est dans les perspectives d'avenir que cela m'inquiète. Quoi que je tente, je n'arrive pas à me satisfaire. Je recherche une sentimentalité qui n'existe pas. Tellement fictive que je ne sais même pas la décrire. Le paysage est alors sombre. Je détruis les sentiments, je deviens un pantin sans fils. Je les conserve, je suis guidé par une utopie. Je rêve de quoi, d'une amitié trop forte, d'un amour fusionnel ? Jamais je ne trouverai à ce rythme là. (Encore faudrait il chercher.)

Ce sont les rêves de mes huit ans. Ce sont ces vieux rêves qui sont toujours là. Jamais je n'ai su en faire d'autres. Ils m'ont protégé pendant trop longtemps. Il serait temps de se rendre compte que c'est anéanti. Mais cela implique un deuil. Et qui dit deuil dit rebâtir. Rebâtir quoi ? De nouveaux rêves. J'ai bien peur que ce ne soit qu'une fausse réactualisation des anciens. Stand by pour l'instant. Ne rien détruire pour l'instant, cela est plus sûr. On a beau dire que son cour est un grenier poussiéreux, on s'attache à ses vieux souliers.

 

La spécialisation. Mes histoires de souterrains me passionnent complètement. Mais je crois que c'est un subterfuge pour ne pas penser à d'autres choses. De plus, cette spécialisation me permet d'attirer l'attention. J'ai acquis un savoir sur le thème que peu de personnes peuvent revendiquer. D'où l'hyper-activité. Si cela dure, je pourrais peut-être en faire mon métier et être heureux au moins pour cela.

 

Pour conclure, il semblerait donc que j'agisse sur des grosses racines de l'arbre. Mais cela demande un travail très délicat. Si l'on peut travailler sur sa personnalité, je crois qu'il est difficile d'en refaire complètement un pan, même si l'on se rend compte que c'est un morceau pourri.

La difficulté du travail réside essentiellement sur moi même. C'est à dire que l'ensemble de mon extérieur ne changera pas. Ce sera un travail interne où je dois changer de mains les fils qui me guident.

 

18 mars

Toujours les mêmes salades. Je radote. Est-ce à croire qu'il n'y a que ça dans ma tête ? Pour être plus juste, je dirai que c'est un filtre qui vient modifier complètement l'aspect des chose que je perçois.

Pourquoi je suis bien dans un souterrain ? Parce qu'il n'y a personne pour venir me contredire, me faire chier où me remettre en cause. Si j'ai l'aspect d'un fort en gueule, c'est pour mieux me protéger. Un peu comme un insecte avec sa carapace de chitine. Mon intérieur est une ville cosmopolite. Je sais parler d'un peu de tout sans paraître ignorant. Mais il y a beaucoup de maisons qui ont été cassées par les tremblements de terre. Fort en gueule, que du bluff donc. Les moindres petites remarques font leur chemin. Jamais cela ne se verra, il ne faut pas. Dehors, ce sera Fuck, dedans, ce sera : pourquoi un tel m'a lancé cette vanne, etc. Dans mes agissements, je n'ai aucune assurance. J'avance à tatons. Mais jamais je me laisserai faire. Je suis comme je veux et allez donc vous faire . Je hais ceux qui veulent me changer en pensant que leur voie est la bonne. Il y a mille façons de faire, et si la mienne est chaotique, cela ne regarde que moi. Dans la liste des izondits, mon chef est particulièrement ridicule. Ensuite, ce sont des gens qui essaient de me comprendre mais qui sont à côté de la plaque. Je n'ai en fait pas besoin qu'on essaie de me comprendre. Question relations extérieures, je crois que je suis simple d'abord. Creuser plus loin est se cogner contre un mur. Je ne vais tout de même pas laisser des gens creuser dans un bourbier, non ?

 

Mon départ de la mairie d'Aulnoy se précise de jours en jours. Je vais chercher à travailler dans une structure efficace au plus vite possible. Ce journal est entièrement rédigé au boulot. C'est pour dire, tout le monde dit qu'il est charrette mais faut voir comme c'est du vent. Il suffit de s'organiser un tant soit peu. Pour les chantiers, aucun n'a de cahier. C'est toudis dans la mémoire. Peuh ! Ensuite, c'est tertous le bordel. Je suis désolé de voir ça et je me demande comment ils font pour s'y retrouver. (En fait, ils sont perdus). Pour terminer d'en parler, (la liste est longue), aucun ne pousse 3 à 4 dossier en même temps. Ils ont tous 1 dossier et s'en contentent. Pour ma part, je préfère le système où il y a plusieurs projets pour un seul gusse. Ca permet de faire au moins deux choses en même temps : téléphoner et taper un document par exemple.

 

Le printemps revient et c'est bien chouette pour au moins une chose : je vais pouvoir ramasser des plantes. A vrai dire, je quitte l'hiver avec un peu de regret. J'aime le froid et j'aime les paysages tristounets. Les couleurs y sont bien plus nuancées que dans le torride été.

Question plantes, je vais encore faire de sacrées découvertes ! Mes infusions de tanaisies étaient vraiment délicieusement parfumées. Après, est ce que je vais recommencer le délire du stramoine ? Hum. Il ne faudrait tout de même pas que ça aille trop loin. Pour ce qui est des vitamines, je vais retenter. Mais c'est difficile souvent au niveau du goût.

 

Hier, il y avait un poney dans la pâture. Il donnait vraiment l'impression de s'emmerder !

 

18 mars suite

CR Lezennes.

Juste après le boulot, j'ai pris la voiture pour aller à Marcq en Baroeul. Pas plus de 120 tout le long, troupeau de bison en somme. A un moment, il y a une moto qui m'a dépassé à 250. J'ai failli ouvrir la porte pour descendre de la voiture, histoire de voir si j'étais arrêté... M'enfin...

Je pensais que j'allais merder comme un chacal pourri pour trouver le mac do mais même pas. Indiqué + tout droit : c'est dans mes cordes.

A 14 h 25, je demande l'heure à un type. Il me la dit mais à charge de revanche, il me demande d'où est ce qu'il pourrait pisser. Bref, pour ne pas trop faire d'élucubrations, le gars va pisser au macdo. En sortant, il me dit que c'est vraiment le bon plan. Comme dirait Jean Claude, ch'est toudis un mionde de fous !

14 h 32 - Manu arrive. Nous nous dirigeons tranquille vers Lezennes. Euh... tranquille mis à part que j'ai failli éclater une clio sur l'autoroute vers V.A.

On demande le chemin à une petite vieille. A mais mes ptiots, j'ai 83 ans, je sais plus. J'suis vieille vous savez. Mais vous êtes jeunes, profitez en bien. Merci !!!

A Lezennes, on va chercher des clopes. Le gars un peu strange nous souhaite bonne après midi. Merciiiiii ! Chez un fleuriste, on prend une trois monts et une Duvel. Si si, c'est vrai. C'est peut être pour arroser les fleurs. Le gars nous dit : bonne après midi. Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!

La plaque est archi tranquille. Rien a bougé depuis la dernière fois. Descente facile. Rien à signaler. On se change et zou, c'est parti.

Au petit poucet, on avance un peu par un peu. Et plus on progresse, plus on se rend compte que c'est carrément toujours complètement toujours toujours pareil. Quelques catiches, beaucoup de chambres et piliers, et un bordel pas croyable. Anarchy made in anarchy.

Après avoir tourné un bon bout de temps, on tombe sur un bourbier pas croyable : du remblaiement réalisé à partir de déchets de lavage de céramique. Comment décrire cela ? Une boue grise ou couleur brique, un peu spongieuse, mais surtout très très très gluante. Au bout de 30 mètres, les bottes pèsent des mégatonnes. Demi-tour. Après un peu de marche bordélique, on se pose dans un croisement tranquille. Par tranquille, je veux dire pas trop humide. Bougies + Duvel. On reprend la marche. On tombe alors sur "la cantine". Une salle assez vaste avec trente chaises placées comme pour un diaporama. Marrant.

C'est une demi-heure avant de partir que nous avons trouvé le clou de la visite. En passant sur un petit pont, on arrive sur une catiche où y'a un panneau directionnel "parking 500 places". Et en le suivant, on arrive au "Chatelet". Un terrible squatt à la mord moi le noud. Description : Des fleurs en plastique un peu partout, une étagère avec plein de bricoles et surtout, un autel avec un crâne de cheval sur le devant. Les cornes du cheval sont faites avec les restes d'une fourche. Sinon : bancs, panneaux, fausse petite tombe, bouclier et épée Albator. L'un des panneaux "tenez votre chien en laisse" me fait bien délirer. Nombreuses photos. Euh... Je dirais même "Reportage photo !"

Retour. Il n'y a pas de panneau pour indiquer la sortie, mais le petit poucet nous guide sans encombre.

Au sortir, la lumière de la nuit me choque. Etrange.

Refermage de plaque. Un peu de feuilles dessus pour qu'elle ne soit pas visible. Et vroum. Roulez jeunesse !

Retour à Marcq en Baroeul sans encombre. Je me suis tout de même planté sur l'autoroute. Normal quoi !!! Et puis soupe de Fanny. Hummmmmmmmmmmmmmmmmm! Et puis dodo.

 

19 mars

Direction Houdain les Bavay. Le trou des sarrazins est une assez vaste carrière à ciel ouvert. Difficile à voir cependant. Les galeries souterraines qui en partent sont effectivement disparues. Sur le chemin du retour, bonne photo d'un cribleur.

Ensuite, direction la Belgique, (eh eh, ce n'est pas un jeu de mot). Dans le patelin d'Autreppe. Le paysage y est curieux. Comme le panneau de la brasserie : temps d'avant. Une impasse où il n'y a que des maisons abandonnées. Que des pavés partout. Et dans une maison, une sculpture d'une femme en marbre. Le temps s'est arrêté ici. Comme un peu partout du côté de Bavay d'ailleurs. Le fait significatif est que les maisons sont souvent recouvertes d'un lichen microscopique un peu verdoyant. Ca donne un effet abandonné depuis des lustres. Je ne sais pas ce qu'il se passe ici, toutes les maisons sont à vendre. Bref, on prend un sentier large et on tombe sur une exploitation de marbre. Impossible de rentrer dans la marbrerie en tout cas.

Petit chemin à gauche. Le sentier suit en fait le cavage de l'ancienne exploitation à ciel ouvert. Vu l'état des arbres, c'est arrêté au moins depuis 1 siècle. Au bout du cavage, un trou. In'da tertous, ch'est pa crôyable. Bref, encore un truc de plus à aller voir. Je me suis faufilé dedans mais je n'avais pas de lampe. J'ai jeté un caillou pour voir, ça a fait plouf. A mon avis, ça continue un peu. Très probablement une galerie de prospection.

Ensuite, le chemin se perd, pas grand chose. Un pont sur l'Honnelle, puis retour in ze village fantôme.

 

20 mars

J'ai décidé de me remettre à la sculpture. J'avais taillé des bustes l'année dernière dans le calcaire grossier de la rue Milhomme. Les résultats n'étaient pas terribles à cause du matériau plus que friable. Résultat, les travaux ont été balancés dans l'Escaut. Mais là, ma découverte toute récente de déchets de marbre me donne de belles possibilités. Les blocs ne sont pas énormes. Et je serai de toute façon limitée par le poids. Mais il y aura certainement suffisamment pour me permettre une main, un pied ou je ne sais quoi. Ce qui m'embête par contre, c'est de trouver les outils adéquats. Si le calcaire se taille fort bien au couteau plat, je doute pour le marbre. Je crois qu'il est question de marteau et de ciseaux, mais ça, la bibliothèque me donnera bien vite le résultat. Reste aussi le façonnage que je n'ai jamais tenté. Cela pourrait, je crois donner d'assez bons résultats.

 

22 mars

Maltraitance psychologique. Après s'être longtemps attaqué à ma conduite au boulot et cela sans grand succès, voilà que le chef s'attaque à ma vie privée. Je l'attendais celle là. Mes lampe à leds, c'est de la merde et je suis un farfelu. Crotte de biquette en poudre. Je le méprise complètement maintenant. Si lui se contente de Lagaf le soir à 7 heures sur la une et s'il estime que c'est être comme cela pour réussir une vie, c'est très bien d'autant plus que ce n'est pas difficile. Mais qu'il ne vienne pas me gonfler sinon je vais devenir exécrable avec lui. De surcroît, je ne lui en ai même pas parlé. Je ne lui parle pas de toute façon. C'est parce que mon sac était plein. Il a voulu en savoir plus, (que sais-je, peut être que j'étais en train de piquer un onduleur.)

Eh oui. Des déchets de feux rouges dans mon sac. (J'ai été les chercher chez Remy le midi). Vert passez, orange ralentissez. Je vois rouge.

 

Mon projet avance bien. J'arrive à taper 50 lux à 1 mètre. Pour comparer, la maglite en donne 110. Résultat honorable quand on sait que mes leds ne sont pas du tout directionnelles, (ça arrose). Bon, reste à trouver une solution pour la température de couleur. Les jaunes sont pas trop mauvaises, mais question luminance, on y est pas. Je vais tenter le coup en fabriquent un réflecteur. Mais en 9 cm de diamètre, ça va être chaud.

Pour l'alim, j'ai deux solutions : soit les batteries à 2 fois 12 V, soit les piles à 4.5 V. J'ai besoin d'avoir une tension de 22.5 V. Dans le premier cas, une petite résistance et le tour est joué.

Une dernière difficulté : l'intégration d'un micro-buzzer qui fait bzzzz quand la batterie est morte. Cela nécessite un peu de bidouillage.

 

Nouveauté : chez moi, pour aller aux toilettes, il y a déjà un panneau " toutes directions ". Et à côté du wc, un panneau " point d'aspiration ". La nouveauté, c'est le panneau lumineux piétons passez = vert et piétons passez pas = rouge. Quand c'est occupé, on appuie sur l'interrupteur qui informe de l'occupation. Waouh, terrible !

A venir : panneau " danger de contamination radioactive " sur ma porte d'entrée !

 

24 mars

Tout a commencé en 84. Ca fait donc 16 ans maintenant. Les trois quarts de ma vie.

Trois périodes bien distinctes. Le rêve confus pendant 6 ans, l'abandon pendant 6 ans aussi et l'acharnement " souterrain " pendant 4 ans. Nous sommes le 24. Dans quinze jours, le démarrage d'une nouvelle période : la concrétisation. On est en plein dans " Jubilations vers le ciel " de Yann Moix. Cette histoire, ces périodes, ce sont des dents de scie et des retournements pas croyables. Des situations complètement " anarchisées ". Sans contrôle. Je m'en veux beaucoup pour la moindre erreur. Il y en a eu une en 89. J'étais complètement perdu.

 

J'ai trouvé un fil et je l'ai suivi. Long, incroyablement long. Le chemin est flou et je ne sais plus où j'en suis aujourd'hui. J'ai très peur de cette nouvelle période. Je vois se profiler l'apaisement immense, la fin de tous mes délires et de toutes mes souffrances. Mais la bataille que j'ai à livrer sera la plus difficile de toute ma vie. Non pas contre un ennemi physique, ce serait facile. Ce sera contre moi même. Absolument tous mes gestes sans exception sont sur ce chemin. C'est beau et grave à la fois. Mes émotions vont être complètement démultipliées à partir de Lens. Ce sera du fleur de peau et je vois déjà d'avance que je vais couper toute communication avec qui que ce soit pour me protéger. Au moins pendant une semaine. Le danger est immense, je vais jouer les atouts. J'ai un bon jeu et le sens de ma vie à gagner. Des chances de perdre aussi. Les cinquante ans qui viennent seront le déroulement limpide de toute la préparation.

 

Personne ne peut me comprendre ou me parler sur cette lutte contre ma médiocrité. C'est quand même fort d'avoir un rêve depuis si longtemps et de ne jamais en avoir sorti un mot à qui que ce soit. Surtout quand on est petit. On a tendance à divulguer les secrets parce qu'on est pas assez fort pour les contenir. Maintenant que j'en suis là, je peux commencer à relâcher l'étreinte. Mais pas trop. La fragilité est extrême. De toute façon, j'ai trop peur pour partager ces champs de fleurs. Les tensions et les tiraillements sont mêlés aux espérances les plus diverses. Et la méchante angoisse n'est pas absente. Pas trop mal au ventre toutefois.

 

Cette quatrième et dernière période, qu'est ce que ça va donner ? Sûrement le décompte d'au moins deux ans d'attente. Mais je n'en suis plus à ça près. Je suis comme un bousier qui pousse sa crotte. Ridicule et incroyablement tenace.

 

25 mars

Bonne série de photos sur les regards de chaussée. C'est un thème inépuisable et plein de richesse. Ce sont des belles fleurs comme je dis. On voit donc un énergumène de temps en temps prendre en photo des plaques d'égout. Les passants doivent se demander quoi. Mais les plaques, qu'est ce qu'elles doivent être fières !

L'histoire de la plaque d'égout est assez brève. Ce n'est que dans le courant du 18eme siècle qu'est apparue la notion d'assainissement. Peu ou pas de plaques avant 1800, je dirais même presque 1850. Naissent alors les premières belles fleurs. Ce sont généralement celles ci qui sont les plus incroyables. Pas de diamètre normalisé, on va jusqu'à 1m40 de diamètre. Les plaques sont épaisses au possible, richement ornementées. Au début du 20eme siècle, on observe alors la profusion. C'est l'industrie de l'acier qui bat son plein. Le diamètre 100 semble être la règle. Les ornementations tendent à être plus simples et plus régulières : petits carrés, triangles, ronds, etc. C'est aussi la période d'apparition des noms. Fini les plaques anonymes. Dans le Nord, c'est H Mahieu qui cartonne. Dans les années 70, c'est le diamètre 80 qui devient le standard. Les plaques se simplifient à outrance.

Aujourd'hui, le leader du marché est Pont à Mousson. 80 % des plaques au moins. Un peu Norinko aussi. Les ornementations reprennent le sigle de la société avec des variations. Les rabats, clés, tés, couperets, contrevents, clos à pics font leur apparitions. Les plaques deviennent plus légères, plus robustes, (fonte ductile), en gros : plus techniques. On note toutefois des exceptions. A Paris, ce sera plutôt du diamètre 100. Avec un grand nombre de plaques à bac, que l'on peut remplir de macadam. Pas mal de plaques à oil ovale aussi. Variations : plaques tortues, soleil, vagues.

Me voilà donc à la poursuite d'un passé effacé une fois de plus. Toujours cette passion de l'industriel qui se perd dans la mémoire. Personne ne sait qui étaient les fabricants des premières plaques. Malgré la profusion d'archives, rien la dessus. Je suis impatient de développer les photos.

 

26 mars

Trélon. A la recherche des vestiges des mines de fer. Sur la route, il pleut comme vache-qui-a-avalé-toute-sa-soupière-et-qui-pisse. Mais tenace, je ne lache pas malgré l'aléa de taille. Fort heureusement, puisqu'à destination, le glou glou du ciel s'apaise. Je commence donc par aller au tumulus de terre rouge. Un point certain pour le dressement de la carte. Il ne peut pas être là par la volonté d'un agriculteur. Il n'aurait pas fait tout cela puisque c'est une terre de merdasse. Terre rouge à mort. Ferrugineuse à craquer, à baver. Mes chaussures sont déjà pleines de rouille. Fe2+ est au rendez vous. Il ne m'a pas fait un lapin.

En continuant, je tombe sur une auréole dans la terre. Remplie de flotte. Je creuse un peu à côté et c'est cette fois ci Fe3+ qui me serre la main. Argile à mort poisseuse et bien verte. On y est on y est on y est. Les traces d'exploitations sont là. Plus personne ne pourra le nier. La vérité va éclater. Dans tous les journaux on lira : il y a effectivement eu des mines de fer dans l'Avesnois. Même que je passerai à TF1 avec mes deux copains qu'ont presque le même nom à un + près.

On continue. Traces d'ancienne voie ferrée. Puits sur puits, fontis, traces de galeries. Tout y est mon pépère. Un gars m'affirme avoir vu apparaître du jour au lendemain un trou profond de 5 mètres. Un fontis.

Avant de partir, photos de déblais, de galeries d'exhaure et de résurgences. Mon article est prêt. T'as des preuves ? OUI.

 

27 mars

Réalité, pas de transaction. J'ai apprivoisé la nuit. Je la connais par cour. C'est elle qui me permet de chercher mon soleil dans les fin fonds des ténèbres. Je suis l'étoile. Dans ma constellation, tu es celle du désert. Le silence. Pas de transaction. Le vide interstellaire. Cette étoile que l'on scrute avec un télescope. Je la vois. Elle est mienne.

Réalité, pas de transaction. Message stupide d'un fax stupide pour gens stupides. Dehors, c'est le bordel. Y'a du bruit, des camions, des pétarades. Des cons poussifs poussant de vieux pets sous les draps crasseux, de la merde dans les phonos, dans les oreilles, dans le cul. Dans ma tête, Pluton, le silence. La gloire. Le sentiment d'être pur. Sur le trottoir, le vomi du quotidien traîné par je ne sais combien de lobotomisés RTL-FunRadio-Nostalgie-cul-cul. Du vomi. De la charcuterie. Vulgaire mortadelle, dégueulasse saucisson bien gras roulé dans du salpêtre humide, saleté de cervelas... Pourquoi y a t'il autant de salopes dans les trains ?

Réalité, toujours pas de transaction. Rien. Pas de papier, pas d'encre. Tout dans l'imagination. Rejet complet de l'huile de vidange et de tout ce que cela évoque. Parce que je suis le Roi de mon Royaume. The King can do no wrong. Alors je fais. Je regarde lamentables ces pauvres fonctionnaires gâteux à 30 ans croire prendre du plaisir en se faisant un coup de bite en 10 minutes. Et je fais. Je fais. Je fais. Car je suis le Roi d'une peuplade d'ombres. Elles sont tendres, romantiques, discrètes, tout sauf comme les 10 000 cons du train Valenciennes - Maubeuge.

Il n'y a pas de périodes. Ni 4 ni 10 ni 0. C'est un ensemble. Depuis que je suis petit. Et là :

Transaction. Imagination toujours. Eternelle comme si c'était normal. Transaction. Mon étoile, mon soleil, ma lune, tout à la fois. Je te poursuis je te cherche. Réel = transaction imaginaire. J'ai une femme des enfants une maison un chien une télé une porsche 200 Cd plein de pognon. Que du pipo tout faux. Il n'y a que l'irréel de réel. Rien d'autre ne compte. Sans mon rêve, le dernier, le seul unique seul unique seul unique. Sans, je suis un pantin, un épouvantail à corbeaux désarticulé. Il lui manque un bras. De ma toute petite enfance. Une seule étoile du Berger. Berger du Sahara. M'en fous des notes, des profs. M'en fous de ces sales moments. Ce qui compte, c'est la lumière. Toujours la lumière, il n'y a que ça qui compte.

Réalité, je ne sais plus. Comment suivre ? Je cherche des yeux un point où fixer mon regard. L'étoile disparaît sous le grand jour de la vulgarité mais revient la nuit. Comme un chat, je longe les murs, furtif. Pour te retrouver, mon silence. Tu es mon Eden. Et ce jardin paradisiaque s'offre à mon regard aujourd'hui. Je l'ouvre comme un livre. Une lueur aveuglante à mes yeux qui se perdent maintenant dans le vague. C'est dingue à souhait. Depuis jeudi dernier, je suis incapable de me concentrer sur quoi que ce soit. Mon corps est tendu au maximum dans l'optique de bondir. Sur la souris.

Les mulots s'enculent, le jour sera toujours là quoique j'y fasse. Mais la petite pensée du zlabiah, ravive en moi un bonheur complètement inespéré. Le destin me sourit. Je suis sur le chemin qui mène vers l'aube. Toute une enfance d'obscurité pour gagner ce minuscule soleil de l'âme. The king can do no wrong. Je l'ai fait. Complètement fou à lier. Mon parcours est comme un gant de soie, incroyablement beau et inutile.

 

28 mars

Il n'y a que le rêve qui compte. La réalité ne m'a jamais touché. Parce qu'elle est moche comme un pou. Et croyez moi qu'un pou vu au microscope, ça vaut trois fois le détour. (Un pou laid au curry, c'est le summum). La réalité, c'est quoi ? De la vulgarité plein nez. Cantine du collège ce midi. J'ouvre grand les yeux tellement j'y crois pas. A eux tous cumulés, il ne font pas le QI d'un homme normal. Pour eux : bite, téton, nichon, cul, enculer, éjaculer. Pour moi : le songe d'une nuit auprès de ma douceur bras dessus bras dessous à regarder les reflets de la pleine lune sur les vagues d'un océan calme.

Il n'y a que le rêve qui compte. A tel point que je ne m'occupe plus de l'extérieur. Le songe devient ma réalité. Et cette personne que j'ai croisé ce matin au chemin vert, sait elle que je me suis réfugié pendant plus d'un an dans son grenier à cause de la persécution ? Elle ne doit pas s'en souvenir. Je me rappelle bien qu'il y a une mongolfière autour de sa lampe, et cela, je ne peux pas l'inventer. Même qu'une fois lors d'une rafle, je me suis planqué derrière le piano.

 

Je repense encore au coup de couperet que sera L. Combien de jours avant le déluge ? Je n'arrive pas à stresser. Je suis décidément trop calme pour être honnête. (Lent et affreusement lent). Mais cela n'empêche pas l'efficacité. Je sais être une boule de nerf quand la situation le demande. C'est tellement plus réfléchi de prendre son temps pour répondre. Le monde et sa vitesse pousse à l'absurdité. Nous sommes dans l'époque des téléphones portables fax internet. On téléphone pour dire qu'on envoie un fax, on l'envoie et on rappelle pour voir si c'est bien arrivé. Pour des pures feuilles de merde. Du vent.

 

Fax ducon. Je sais pas faire. Mais soupe, confiture, pain, tartes, pâtes fraîches. Je sais.

Avec un peu de E258 et de E447 pour rehausser le goût. Du E3232 pour conserver, du E654698765 pour colorer et du E22222 pour terminer : le régulateur de tout-beau-caca.

Tellement naturelle notre bouffe qu'on ne sait même plus avec quoi elle est faite à la base. J'imagine un Teddy l'ours. C'est what ? Un babibel, un misteure frize. Coucou, c'est Ronald. C'est moi le clown très con qui te dit qu'il faut manger à macdo. Sous l'enveloppe de Ronald-vraiment-con, c'est Gérard. Syndiqué. CGT. Trois gosses, une maison une télé bloquée sur la une, une grosse vulgaire qui lui sert de bonniche et de fourre bite de temps en temps après le foot. 8 heures par jour à vendre son cul à un clown débile qui fait même pas rire tellement il est faux. Bienvenue dans le mégabouffe crotte de biquette. C'est comme la bouffe des pauvres. Tu prends un truc, ça te coûte la peau du cul, tu te bourres et t'en as 10 fois plus dans ton assiette. Euh non, désolé. Tellement pauvre qu'il n'y a pas d'assiette. On va fleunechéer ?

 

28 mars

Dans les cendres, la pluie. Le végétal reprend vie. Germe pousse grandit. L'espérance n'est plus là. Elle est poussée peu à peu par des éléments concrets qui viennent lui dire : eh petite, t'as assez vécu, maintenant c'est à mon tour.

Renfermé tout ça bien sûr. Hier soir, Fanny m'a fait le compte rendu d'un livre qu'elle a lu. " Ca me fait un peu peur cette attitude, c'est tout à fait le stéréotype de celui qu'on interne dans un asile psychiatrique ". L'assistante sociale a parlé et le couperet est tombé. Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est que c'était moi qu'elle décrivait sans le savoir. Bah ! Moi, je n'ai rien dit. A quoi ça sert ? Je suis peut être un peu timbré mais pas complètement quand même.

C'est ce côté extrême qui traumatise tout le monde. Simplement parce que je vais au bout des choses. Quand je me décris, j'en fais 10 pages parce qu'il y a 10 pages à faire. Caractérisé égocentrique. Quand j'ai le cafard, j'ai le cafard à fond et donc je dis n'importe quoi. Caractérisé spleenétique. Quand je suis calme, je suis vraiment vraiment calme. Caractérisé lent. Et c'est du caractérisé machin truc à longueur de journée. Encore ce midi à la cantine où j'ai tout juste évoqué le nom du Corbusier. Bordel c'est quand même pas grand chose. Caractérisé intello. Faut le faire.

Et moi j'en ai assez d'être pris pour un triso. Avec Fanny qui se permet jour après jour de faire des commentaires complètement débiles. Ca devient du lourd oppressant. Je suis extrêmement attaché à la liberté. Parce que j'ai eu beaucoup de mal à la gagner. Alors maintenant, je suis aigri quand on essaye de me la reconquérir.

 

30 mars

Demain, direction le grand Est. Aumetz, Tressange, Hayange, Moyeuvre Roncourt, Differdange. Le pays des noms en ange. Là ou les gens sont des peaux de vaches et où le paysage est triste à mourir. Je me souviens de la gare de Lunéville un peu plus loin. Noire noire noire à souhait. Même les clébards y ont le cafard. Pareil à Saverne. Si tu es quelqu'un de bien, on te regarde de travers. J'en rajoute un peu. Mais c'est l'impression que j'ai eu, une ville froide. T'habites là et au bout de 10 ans tu connais toujours personne.

Direction la Lorraine. Les mines de fer. On va camper dedans. A quel étage ? Faudra prendre l'ascenseur !

Ce qui va être pénible, c'est les courses. Faut que je stocke suffisamment de bouffe pour les trois jours d'explo, le sac de couchage et puis le réchaud. En plus, il paraît que c'est vachement humide. Indiana Jones en Pantoufles, vivent les inconditionnels de la couette !

 

 

6 avril

Il faut le reconnaître, je ne sais plus où j'en suis. Je me perds complètement dans mes pensées. A la cantine, le belch' se moque de moi parce que je suis vraiment dans la lune. J'ai beau faire des efforts, je sombre, je coule. Mais je ne me noie pas. C'est agréable. Il y a de nouvelles perspectives dans ma vie de petit fonctionnaire. Je ne sais pas vraiment quoi et à vrai dire, je ne cherche même pas à éloigner le flou. Je me laisse guider par la vague. Un peu fébrilement. On ne peut pas dire que le moral soit au beau fixe. C'est pas du cafard. Surtout de la vieille tristesse qui remonte. Il y en a eu tant que je n'ai pas su évacuer au moment voulu.

Je ne chiale pas comme une madeleine. De toute façon, je n'ai jamais su pleurer. C'est un peu comme si tout mon corps lâchait tout d'un coup ce qu'il a retenu pendant des années. Ca pénètre, ça imbibe. Comme une petite pluie fine. On a beau se cacher son malaise, ça revient toujours à grand pas.

Malgré tout, je suis heureux. C'est bizarre de dire que l'on est bien avec la larme à l'oil. Mais c'est comme ça, je suis contradictoire. Peut-être parce que je n'ai pas l'habitude à ce que ça aille bien. Des années et des années de souffrance. Quand tout d'un coup, quelqu'un que tu n'attendais pas te dit que la fin approche, tu ne le crois pas.

Et pourtant l'échec continue. Je ne sais pas ce que devient Nora. Il n'y aura pas ce qu'y était prévu ce week end mais c'est mieux comme ça. Et puis je me résous violemment à oublier Claire. Faut bien. Je ne vais pas rester toute ma vie à me lamenter. Tourner la page... Oui, il faut.

Je cherche qui je suis, je trouve et je refuse de croire au résultat. Parce que ça me gène. Que faire dans ces cas là ? Tourner la page aussi, oublier tout, comme le reste ? Je ne peux nier mon passé, je ne peux nier ce que je suis.

Les angoisses, cela se gère avec une force de caractère bien dirigée. Ce n'est plus cela qui posera problème. Enfin, y'en aura plus pour longtemps.

Mais que faire de l'hyper-émotivité ? Je ne connais pas de traitement avec les plantes. Je ne sais pas quoi appliquer comme remède. Il y a bien des remèdes destructifs, mais qui serais-je après ? J'ai peur de moi et ce dont je suis capable. Et je ne fais pas du tout confiance aux psys de tous genre. Je préfère en dessiner un sur le mur et lui parler de Freud. (C'est parce que je veux rentrer dans le ventre de ma mère, mais si, tout est sexuel dans la vie).

Je suis seul avec ça. Personne à qui en parler déjà, et puis surtout : que dire là dessus. Vraiment rien. On me reprochera une fois de plus que ce sont des questions bien compliquées qui n'ont pas de sens. Mais qui c'est qui souffre à longueur de journée ? C'est pas de l'invention ça. C'est même pas du masochisme puisque je n'aime pas être comme ça. Victime de moi-même. On change un bras, on change une jambe, on ne change pas de cour. Là est le micmac essentiel. Je ne sais pas comment je vais faire évoluer tout cela. Je voudrais rester pareil mais être plus solide et ne plus souffrir quand je rate. Ca existe ce que je dis ?

Se livrer, à quoi bon ? En gardant ces petites choses pour moi, je ne gène personne. La famille, le boulot, ils diront que je suis un grand rêveur. M'en fous, ils disent ce qu'ils veulent. Plus rien ne me touche de leur part. Il y aura l'éternel problème de ceux qui veulent me changer, (ceux qui n'ont pas encore compris que l'initiative ne peut venir que de moi). Qu'y puis je aussi ? Fanny est aveugle. Elle veut me changer comme on passe un deux et une racine carrée de l'autre côté d'un égal.

 

7 mars.

Je n'aime pas quand mon journal tourne à la mièvrerie. Je ne fais jamais de rétroaction sur ce que j'écris. Mais pour le délire de l'imagination, j'imagine un pseudo-lecteur dans 300 ans. Que va t'il penser de cet imbécile qui rajoute son topo chaque jour dans une analyse où rien avance ? Heureusement que j'ai laissé dans mon testament une clause comme quoi ce journal devra être détruit à ma mort, que ce soit demain ou dans 80 ans. La manie administrative de faire des clauses : article 1, alinéa 17. Ridicule.

Dans mon testament, je demande aussi à être enterré sans marbre. Un peu de terre et deux trois pâquerettes suffiront bien. Et puis surtout pas de croix. Ni en bois ni en fer. La religion, ce n'est pas fait pour pourrir ou rouiller. C'est dans la vie que ça compte.

Modestie maximale ? Non, je crois malheureusement que je suis bien loin d'être modeste. Discrétion plutôt. Les tombes à la Hélène Boucher, c'est beau, mais ça ne convient pas à mon état d'esprit.

 

Je fais gueuler du King Crimson dans le walkman. Je suis un peu faible en ce moment. Il n'en faudrait pas beaucoup pour me faire du mal. J'ai un peu peur parce que je me sens nu et sans défense dans un monde agressif. J'ai peur de recevoir des coups, de devoir faire face à des épreuves. Je tiens le choc parce que tout va bien pour le moment. Je me protège comme je peux. J'aurai le week-end pour reconstituer un peu la barrière. En espérant que le monde entier m'oublie quelques jours. (Ce ne sera pas bien difficile !). King Crimson n'est pas qu'optimiste. Mais ça me raffermit. C'est une musique qui fait passer de longues vibrations positives. Hormis le cat food bien sûr, il y a de la profondeur et de la recherche. Une évolution forte par contre. L'état d'esprit reste le même d'un album à un autre mais la variation dans la façon d'aborder les thèmes est très développée.

 

9 avril

On s'est fait jeter d'une usine par un paysan bourré. Dégagez dégagez dégagez. Fait gaffe à ta gueule hein ! Attention !

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah, j'ai peur. Je m'enfuis en courant en oubliant mon appareil photo. Allez.... c'est pas vrai. Je suis resté correct et je ne lui ai pas craché à la gueule parce qu'il y avait du monde.

Direction Zone la Ville. Un vestige d'archéologie industrielle comme j'avais jamais vu. Un château d'eau en forme de tour pointue qui ressemble à rien. Je vais mettre la photo sur le net afin de voir si quelqu'un a quelque chose à dire là dessus.

Week end loir fatigué en hibernation.

 

Entendu : En voiture, la vitesse en ville est inversement proportionnelle au QI. Pas mal !

 

10 avril.

Pour Lens, y'a rien eu. Pas de commentaire, pas de lamentations. C'est nul et je n'aime pas beaucoup les gens qui ne tiennent pas leur parole. Je dirais presque que j'ai d'autres chats à fouetter et une sortie de plus ou de moins, je m'en fous. C'était d'importance capitale. Mais vais-je me torturer l'esprit pendant cinq jours à savoir pourquoi le projet n'a pas abouti ? Ras le bol. C'est toujours le même schéma qui se répète inlassablement. Alors merde. Et vive les poules tiens ! Ca faisait longtemps !

 

Je rentre dans une période de violence extrême avec moi-même. Mon immobilisme est trop intense. C'est une phrase complètement absurde mais elle reflète la réalité : je m'envoie chier.

Je crois qu'un psy s'amuserait bien avec mes propos, eh eh !!! Dédoublement de la personnalité. Bah, triple, quadruple, m'en fous. Je les collectionne.

Me voilà donc en train d'agir. Crotte de biquette en poudre aux questions compliquées : une seule vérité vraie : être bien, ce n'est pas difficile si l'on fait l'effort d'atteindre le but. Ce but, il se dessine en filigrane derrière ce que j'ai pu relever sur mon caractère.

Les nouveaux constats sur ma personnalité sont clairs.

Je ne suis pas dépressif. C'est déjà une chose. Parce que j'en ai douté. Mais je ne présente pas les symptômes. J'ai lu à ce titre un bouquin assez compliqué la dessus mais fort heureusement pas trop freudientisé. Il est évident par contre que la sensibilité joue un rôle majeur sur mes états d'âme. Un peu trop fort tout cela, pas maîtrisé en somme. Mais je me répète.

Le fait nouveau serait le cyclothymisme. Mes humeurs partent un peu dans tous les sens et c'est un peu lunaire. Mais là, je chipote. Personne n'est parfait. Et si je cherche à l'être, je vais me transformer en robot. Oui, il est de fait que mon humeur change du tout au tout en quelques minutes. Or, les éléments extérieurs m'influencent tellement. Surtout les éléments naturels : la vue d'un étang, d'un champ, d'un vanneau.

Le but n'est pas d'éliminer tout le négatif mais de suffisamment le diriger pour qu'il me laisse heureux d'être comme je suis.

 

Face à cela, je forme de plus en plus une ressource de courage afin de partir sur de nouvelles bases. Tout d'abord, je suis en train de ziper les éléments gênants de mon passé. Les détruire, ce serait de la connerie pure et dure. J'estime que de les ranger dans un coin en tout petit, ça suffit pour que cela ne soit plus gênant dans la vie de tous les jours.

 

Cela implique des changements radicaux. Je ne supporte pas la pression de l'extérieur, et bien je sors encore moins le jour et plus la nuit. Il y a bien sûr les passages obligés : les courses, le train, le boulot. Mais je crois qu'en faisant un sondage, nombreux seraient d'abord ceux qui diraient ne pas m'avoir remarqué en espace public et pour ceux dont j'aurais attiré l'attention, je crois que je dois leur donner l'impression de quelqu'un de relativement désagréable.

Tenue discrète de mise. Aucune extravagance. De toute façon, le monde entier se fout de moi. Il y a des milliards de gens qui en feraient une dépression sérieuse. Moi, j'en profite. Mon havre de paix se referme encore plus sur l'intérieur.

 

Deuxième changement radical, éliminer les facteurs de pression. Puisque le contact me gène - je dirais même puisqu'il me détruit - et bien stop au bavardage et abolition des facteurs pressiontiseurs. C'est je crois une résolution difficile à décrire. En gros, c'est une attitude qui m'amène à ne plus décrocher le téléphone, à ne plus être au courant d'aucune manière de ce qui se passe dans le monde.

Mes amis bien sûr je les conserve. Il y a des gens de valeur dans mon entourage et je perdrai à les laisser tomber comme de vieilles serpillières. Mais cette résolution n'est que la mise en écrit de ce que je faisais déjà depuis quelques temps. Peut-être en plus radical parce que j'avais peur de m'avouer ma réalité. L'extrême n'est pas une solution. Je vais m'escrimer à chercher des compromis.

 

Je me relis et je me dis que je suis flou. Il faut que j'arrive à décrire par écrit ce mal-être. Parce que la pensée est fugace et il est facile de passer à autre chose sans l'affronter directement. Par écrit, c'est impossible.

En fait, je parle d'un malaise. Pour être compréhensible, il faut imaginer un exemple : une rencontre avec quelqu'un de haut placé qu'on ne connaît pas et cela au restaurant. On est face à cette personne, tout seul. On ne sait pas trop comment se comporter parce qu'on ne sait pas vraiment quoi dire ni comment. On a envie de plaire (ou déplaire), on cherche la fibre conductrice, on tâtonne. Ma relation avec autrui se caractérise par un mal-être encore amplifié. Je me sens tout petit, j'ai envie de disparaître dans le trou d'une souris. J'adore la discrétion et le fait qu'on me laisse entièrement libre d'être ce que je suis. Avec 99.9% des gens, ça ne va pas. Je me sens honteux lorsqu'on me dit : ça va ? Je sais que c'est une question qui ne demande pas de réponse. C'est de la parole compensatrice. Tout le monde s'en fout de comment tu vas. Moi. je suis gêné, j'ai envie de dire oui, j'ai envie de dire non, dès fois je ne sais pas. On est tellement bien tout seul. J'ai des bonheurs à la con.

Le flou n'existe pas avec la considération suivante : avec une vache, je suis pas mal à l'aise, avec un humain, je le suis. J'ai donc des difficultés avec l'être pensant.

Je vais me marier avec une vache. M. Duseigne, voulez-vous pour épouse Marguerite Lavache ? Oui. Mlle Marguerite Lavache, voulez-vous pour époux Vincent Duseigne ? Meuuuuuuuh !!!

Ah ! putain, elle est vache là ! Elle m'avait promis qu'elle allait dire meuouiih !

 

Il y a quelques processus d'écartement qui vont me poser de graves dilemmes, voire je crois des difficultés. Ce sera long. Ce serait facile si j'étais un salaud. Et donc, ce ne l'est pas. Dans tout ce que je fais, je ne veux faire de mal à personne. Diantre, que c'est compliqué !

 

Je relis mon journal : un égotisme qui consigne un tas de futilités comme si celles ci avaient une valeur éternelle. J'ai du chemin à faire avant de parler de choses universelles...

 

13 avril

Dans le puits de l'insignifiance. Rien ne se passe dans le concret. Je vais au boulot, je reviens du boulot. J'essuie un échec. Pas grand chose. Ce n'est pas grave. Reçu la nuit des temps de Barjavel.

 

14 avril

L'échec est essuyé. Coup de téléphone au matin. Mon cour bat à 2 millions de kilomètres heures. Je suis un homme. Ce sont des choses que je ne devrais pas dire. Tant pis. Je ne vais pas jouer les Rambo-Stallone. Mon cour bat la chamade. Je suis très triste durant toute la matinée. Rien ne se précise. J'ai l'impression de perdre les acquis, pas complètement toutefois. Il y a tellement d'espoir, les chances d'aboutissement sont si faibles. De l'extérieur, cela ressemble à une chanson : une histoire ordinaire. De l'intérieur, c'est un brasier. Des centaines de pages de courrier sont faites, je ne sais plus où j'en suis. C'est trop extraordinaire. A la tristesse se joint le bonheur. Ce sont des changements drastiques. Mon quotidien a maintenant une autre tournure. C'est toujours train boulot dodo, mais la révolution est intérieure. Rien d'étonnant à cela. Je dirais presque que c'est du banal. Je ne sais plus évaluer l'importance des choses.

 

Je téléphone à Natacha. Peut-être pour en savoir plus sur le courrier d'hier, surtout pour l'entendre. Au téléphone, il est dur de caractériser une voix. Je ne saurais donner des mots. Agréable en tout cas. Pas spécialement avec l'accent du sud. A vrai dire, je ne parle pas systématiquement chti non plus. Nos voix se portent calmement le long de fils noirs immondes. J'en vois un dehors d'ici.

Je m'éteins un peu par un peu. Se mêle la peur. Je ne suis pas complètement à la hauteur de ses attentes je crois. Mais cela n'a pas d'importance. La hauteur, cela ne compte pas pour les indulgents. Je pars en réunion. Je baille aux corneilles. Le planning pour les ouvriers. C'est passionnant. Ti, te faisot chi ahhi et cha adon. Nom d'un zo ! Mi achteur, j'préférot bin m'faire l'cambuse près d'eun barraque ed' péqueux. Le décalage rêve - réalité.

 

15 avril

Barjavel. Je le lis presque toute la matinée. Ravage m'avait paru un peu machiste et moralisateur. C'est tout autre chose pour La nuit des temps. Ce récit me chamboule complètement. Il y a des expressions que je me mets à utiliser dans la vie quotidienne. La lecture d'un tel livre influence sur les actes et les pensées. D'un livre de science fiction dont le résumé est sans prétention, il se tire une force tout à fait étonnante. Le couple du livre est un peu théorique. C'est à cause du lieu imaginaire je crois. Mais la trame est entièrement transposable à l'histoire banale de Monsieur X, je veux dire par là qu'on s'y retrouve. La puissance décuplée dans ces pages ressemble à un dragster lancé à toute puissance. On rentre dans le récit. On sent à force de lire que ça renverse toutes les valeurs établies, et on ne sait se tirer de ces feuilles noircies d'encre. On en ressort complètement par terre.

Le regard au sol dans la rue, je ne cesse de penser à cette beauté imagée. Il ne tient qu'à moi de l'appliquer. Ce n'est même pas ça. Il ne tient qu'à moi de la développer parce que je l'ai déjà en moi. Je suis bouleversé par la lecture de ce bouquin. Je ne m'y attendais pas et c'est rare.

 

Je suis crevard. Mal au ventre. Je fais des courses au Furet. Barjavel pour continuer et Matzneff.

 

Des courses au mégabouffe. Temps record pour 400 balles de bouffe : 25 mn. C'est un assez bon rendement. J'ai envie de dégueuler devant le rayon de la viande. Baaaah. Vite, je pars.

 

L'après-midi est dédiée à Matzneff. Je ne suis même plus révolté en le lisant. Je suis complètement atterré. Baiser 5 femmes par jour et jamais les mêmes, c'est pire que Dom Juan. Surtout quand on sait l'âge de celles ci. Quitte à rester tout à fait dans la norme, je ne peux m'empêcher de penser qu'il les abuse. C'est vrai qu'il a un parcours de vie tout à fait atypique, c'est vrai qu'il est à fond dans son idée. Lui trouve son bonheur dans des relations volages. Je dirais chacun son truc. Ce qui m'emmerde, c'est qu'il emmène des petites dans son délire. Je ne me sens pas d'affinité envers lui.

 

16 avril

Retour à Autreppes. La galerie dans le marbre était infestée de moustique à un point torride. Un par centimètre carré au moins. En donnant un faisceau de lumière, ils se sont tous mis à me bourdonner autour pour me butiner. J'ai décampé vite fait. J'en ai eu dans le nez, pouah !

J'ai continué l'explo sur Roisin. Mais toujours rien. Une galerie de roulage, des taillades dans le roc, rien de phénoménal. Reste Montigny sur Roc mais je n'y crois pas.

Le soir : lubie. Je prépare un cordon bleu avec des champignons braisés et une bonne sauce blanche. Mmmmmmmmmmmm ! La gourmandise est une bien vilaine qualité !

 

17 avril

Gros coup de ménage. J'en ai marre. Avec du parquet, y'a rien à faire, il y a tout le temps de la poussière. Vincent maniaque se transforme en Vincent balayette. France culture. Emission sur Dominique Noguez. Bla bla sur la pornographie. Le discours tenu est nul à chier. Ces gens n'arrivent même pas à faire la différence entre érotisme et pornographie. Je coupe.

Il s'est mis à pleuvoir des torrents. Ma pensée est unilatérale. Elle est ailleurs. Elle vaque de Berlaimont au dream is.

 

19 avril

Mon dragon me dévore jour après jour. Je ne sais pas où elle veut en venir, peut-être complètement me détruire ? En tout cas, si telles sont ses intentions, je ne me laisse pas faire. Je deviens extrêmement acariâtre, susceptible et tout ce qu'on peut imaginer de beau dans le genre. Ma décision est prise, je mets les voiles dès qu'elle a terminé son diplôme. Ras le bol de donner donner donner. Faut voir ce qui en résulte. En 2 ans, elle a réussi à complètement me dénaturer. Je ne fais plus rien du tout, c'est grave et elle a réussi à me faire atteindre un niveau de déchéance je ne sais même pas comment. En ce moment : métro boulot dodo strictement similaire jour après jour. Je n'arrive plus à retrouver le moral quand je me lève le matin : putain, encore une journée dont je garderai aucun souvenir. Je crève littéralement en rentrant le soir : Rien d'extraordinaire, dragon commente le courrier que je reçois, trouve normal de gérer ma vie, mes actes, mes envies. Fuir. Le seul mot d'ordre. Il y a eu trop de mal de fait. Ce n'est plus réparable. Je n'ai qu'une seule idée : qu'elle arrête de me coller, qu'elle ne me parle plus, surtout les questions. Je ne veux pas répondre. Je suis trop bas sur mon échelle de valeur. Tant et tant à remonter. Fuir fuir loin de ses commentaires. Je lui avais dit : je suis très indépendant. Ça n'a pas marché. Elle n'a rien compris apparemment. J'avais fait le don de ma personne pour qu'elle s'en sorte, c'est un échec lamentable.

Mes idées deviennent claires maintenant : trouver un 10m2 sur Aulnoy, entasser mes livres, mes vêtements, rester là en attendant la fin du service et tout reprendre à 0. En attendant ? Deux mois encore. Je ne veux pas déménager tout de suite. Il faut que je lui laisse le temps de réussir son diplôme, je me tais afin de ne pas la déstabiliser. Je suis bien capable d'attendre 8 petites semaines. Je fais le bilan : j'évalue le volume de ce qu'il y a à déménager, j'imagine les 3 mois de préavis. Je suis très en colère. Elle ne veut pas faire de mal je le sais bien. Or, ma vie n'est pas son terrain de jeux. Je ne suis pas sa poupée Barbie qu'on promène dans une poussette et qui fait bisou à Ken.

La petite plaisanterie désagréable qui se mène en ce moment est exécrable. Elle voit bien que je suis déjà ailleurs psychologiquement. Ca la fait chier parce qu'elle va se retrouver au point de départ. Ca me fait chier aussi parce que je ne veux pas l'enfoncer. Mais je ne peux perdre mon temps toute ma vie. A quoi ça sert de s'obstiner ? Se préparer en cachette un beau suicide à 30 ans quand tout sera trop tard ? Mouih, le suicide, c'est pas ma tasse de thé.

On en revient au détestable Matzneff. Je hais ce qu'il écrit mais je ne peux refuser le fait que dans de nombreux cas, c'est lui et bien lui qui a raison. Toute l'ambiguïté est là. Citation : Déjeuner familial à Neuilly chez ma mère pour le noël russe. Le spectacle de mon frère aîné entouré de sa femme et de ses trois enfants me fortifie dans la conviction qui est mienne depuis l'âge de 11 ans que ce bonheur respectable et bourgeois n'est pas mon destin. Si je devais vivre ainsi entre un bureau et une famille, je me ferai sauter la cervelle. Tout plutôt que ça.

 

20 avril

Demandé Le galibot et Escaut magazine à Martine. Idem à Joël. Evaluation : Vêtements + livres + disques + ordinateur = une voiture normale. Machine à laver + micro ondes + frigo + congel = une voiture normale. Matériel minier = une voiture normale. Au total, 3 trajets de bagnole ou un trajet de camion loué. En abandonnant certains bazars, je peux m'en sortir avec un trajet de break. Une seule chose m'emmerde, si je la laisse avec peu de préavis, elle va se retrouver sans frigo. Je n'ai pas envie de la faire galérer trop non plus. Il va falloir régler le problème. Elle termine le 26 juin. Je peux démarrer au 1er juillet. Ca fait chaud au niveau des dates. De juillet à la fin du service : 8 mois. Et après, faut pas imaginer que je vais rester à Aulnoy. Pétard d'hareng saur ! Jamais ça !

 

21 avril

Fuir. Comme au temps de la persécution. Ma vie est un éternel recommencement vers un je-ne-sais-pas-quoi pas très intéressant. Je considère la vie d'intellectuels, de proches, je trouve la mienne fade. S'il est indéniable qu'un renouveau se fait sentir chaque jour un peu plus avec Nice, je reste sceptique quant à ma capacité de tenir en place tout le temps qui reste du service militaire. Le gouvernement actuel tend à faire de nous tous des sédentaires n'effectuant que pour migration le rituel mégabouffique du samedi.

Bienvenue dans le temple.

 

Je regardais d'un oil un peu écouré ce midi en bouffant mon sandwiche dégueulasse la file des caisses enregistreuses du mégabouffe. Le bruit y est infernal, les caissières des machines à sourire-parce-qu'on-est-obligé-sinon-le-big-boss-y-nous-vire. Le même dégoût me vient dans n'importe quelle structure superbouffique. Hier, un pauvre con disait qu'il fallait arrêter de s'attaquer au macdos. Je suis d'accord avec lui. Il faut attaquer les auchan leclerc décathlon bistros romains leader price stoc intermarché géant casino. Dans une liste interminable de noms : 4 ou 5 big boss intouchables qui peuvent se permettre de péter la planète entière sans que personne ne dise rien. Macdo ou éléphant bleu, ce sont des gars qui achètent le logo et la présentation du bazar. Ensuite, ils sont à leur compte. Il ne s'agit pas d'un big boss multinational qui dirige tout de sa puissante main omnipotente. Mac do, le big boss multinational existe. Mais il ne perçoit que les franchise (et vit comme un roi). Attaquer des vitrines, c'est faire chier un particulier. Je suis très conscient de ça vu que j'ai découvert les entrailles miséreuses d'un quick. Come on yooo ! Vivent les steaks au kangourou !

Tout cela pour dire une fois de plus que le pognon est roi, que l'homme s'y asservit pour son propre malheur. Mais oublions. En gardant à l'esprit que la masse laborieuse est là pour nourrir les plus profiteurs : tout va très bien dans le meilleur des mondes encore une fois.

 

J'ai retrouvé de la levure, celle qui me manquait tant. Il aura tout de même fallu beaucoup d'efforts pour la revoir ! N'étant pas particulièrement un féru de l'alimentation biologique, j'axe mes stratégies nutritives vers le manger vrai. A mon avis, tout ce qui comporte le mot bio n'est encore une fois de plus qu'une manipulation pour faire consommer le cher gogol de base.

N'empêche que se nourrir vrai est très difficile. Comment puis-je par exemple favoriser l'économie de petits exploitants en travaillant toute la semaine ? Je ne peux pas faire le marché. Mon idée est donc de consommer le plus possible en allant chercher à la source même. J'ai la chance d'habiter à la campagne. Il ne m'est pas difficile de m'arrêter à la ferme de la tête noire. Je passe tous les jours devant. Et hop : patates, chicons, cidre, oufs, lait. Idem pour le pain. Favoriser le vrai boulanger qui est 100 m plus loin de chez moi plutôt que le vendeur de pain à la chieuse qui est à une demi rue.

Paranoïa ? Peut-être un peu. Mais quand on sait ce que c'est que du E125, on fait la gueule. Cochenille. Rien qu'en s'amusant comme ça, sans dépister, à regarder la composition des aliments roses, rouges ou oranges, on trouve la belle et talentueuse cochenille. Yaourts, gâteaux, jambon. C'est un espèce de ver soyeux absolument répugnant. Son vrai nom : cochenille plumeuse, cochenille rampante, son petit nom : E125. Miam miam. Bienvenue dans le temple.

 

Mon pain ? C'est vrai qu'il est compact. Mais au bout de 4 jours, il est encore frais. Les baguettes à la con, des fois le soir même, ce sont les cobayes qui se les tapent. Quel monde à la con. Et dire qu'un ouf, ça sort du cul d'une poule, aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! Et les gens imaginent que des oufs 65/70, c'est à dire le standard, c'est la taille d'un ouf normal. Mon Dieu, où va t'on ?

 

Réflexions hier sur un bouquin d'analyse de journaux intime : les journaux de jeunes filles au 18eme siècle. On semble retrouver un fait marquant dans n'importe quel journal : l'inconstance. Il y a des trous, des absences. Egalement à noter que peu de journaux sont totalement francs. Les filles qui ont écrit leur vie semblaient réserver une grande part à la pudeur. On imagine aisément que c'est dû à l'époque. Peut-être aussi qu'elles avaient peur d'être lues, qu'en sais-je ? (Elles avaient de toute façon raison puisque je suis en train de les lire).

Cette lecture me permet de faire un retour sur mon écriture. Je retrouve le même diagnostic d'inconstance. Il y a un trou sur ma période meylannaise. Cela simplement parce que je ne ressentais pas le besoin de relater une existence repliée sur de tous petits bonheurs. Il y a également des trous en remontant bien avant, mais c'était une période où je ne maîtrisais pas encore assez ma sensibilité pour pouvoir l'exprimer clairement.

Sur la deuxième idée, je décris ma vie sans rien cacher. Le concept de ce journal est devenu très particulier depuis janvier dernier parce que je suis lu semaine après semaines par deux personnes. Cela n'en change rien ma façon de rédiger. Au niveau état d'esprit, c'est un texte que j'écris pour moi. Le fait que je l'envoie est totalement mis de côté. Il faut en effet que l'écriture reste celle d'un journal et non d'une lettre. L'équilibre est difficile et la rétroaction quelque fois chaotique. Il y a des passages incompréhensibles, d'autres inintéressants, d'autres choquants. L'envoi est donc un acte qui n'est pas sans conséquences. De mon côté, j'en attends rien et espère d'ailleurs à chaque fois qu'il passera le plus inaperçu possible. Le but de l'envoi est quelque chose d'assez difficile à définir. Je le fais parvenir dans le but que le récepteur ait une tranche de vie authentique. Combien de gens ont aujourd'hui de connaissances que des : ça va ? Oui et toi ? Ici, on va plus loin.

La lecture d'autres journaux me fait par contre prendre conscience de mon extrême égocentricité. Je ne parle que de moi. Une personne me demandait : ce n'est pas lassant de se retrouver tout le temps avec soi même ? Deux réponses possibles. Soit je suis complètement imbu de ma personne et je répond : non, il y a des milliards de choses à dire. Soit je fais le faux cul et je dis : non, parce qu'à travers de mon je, il y a plein de petites choses qui apparaissent.

 

Discussion sur un forum avec tenebrae@excite.fr qui se révèle après quelques messages n'être autre que sombre@excite.fr. Mon Dieu, quelle horreur !

 

22 avril

Achat Les chemins de Katmandou de Barjavel, autoportrait au radiateur de Bobin, la pluie jaune, lune de loup de Llamazares. Surf sur le site consacré à Kalamity Gab.

 

23 avril

CR Fumay

Hum, dur dur de se lever. Tête dans le foin à 7h30. Petit dej au radar, lavage rapido et hop. Carrette. Nous passons par l'immonde horrible terrible gerbant dégueulasse tutti canti Maubeuge. Baaaaaaaaaaaaaaaaaah ! Cousolre, Beaumont. Essence en Belgique, Phillipevielle, Givet. Mouah ! Presque arrivé. Le paysage commence à me plaire. En longeant la Meuse, les bords de la route sont plaisants et je tombe sur un vieux château d'eau atypique. Séance photo. Le nom du bled noté sur le ticket de métro qui traînait dans la boîte à gant : Vireux-Molhain. La pompe à l'intérieur est dans un très bon état.

Arrivée à Fumay. J'achète la carte IGN. Parfaitement ce à quoi je m'attendais : des ardoisières partout. Ah ! Il va y avoir de l'anchlougaffage ! (Terme bizarre pour décrire la prise de minéraux sur place). La visite de la ville : un quart d'heure, pas désagréable toutefois. Encas sur le pouce chez tonton René. Un gars qui remplissait sa carte pour le PMU dit : p'tain, c'est pire qu'avec la sécu tous ces numéros.

Direction Carrière des Rochettes. Propriété privée. Argh ! Demi-tour. Direction ardoisière Ste Anne, idem. Ancienne carrière St Joseph, idem. C'est beaucoup plus difficile que ce que je pensais. Les déchets de minéraux traînant par-ci par-là me permettent toutefois de remplir ma caisse doucement. Passage devant une forge abandonnée mais hélas bien fermée.

Plus simple : aller dans un site paumé dans la forêt. Et ce fut effectivement bon. Du côté de Fepin, bonne collection de poils gras, gris, bleu, rouge, cofine et tout le bazar. Rien ne s'en va sous terre toutefois. Les blocs se délitent vraiment parfaitement. C'est beau à voir. Un peu glissant mais pas trop de gamelles.

Dégustation de pépitos broyés. Huuuuum ! Direction Haybes. Voiture garée et sentier de Fepin de l'autre côté de la Meuse. Il y a une île aux animaux. Des poules, dindons, oies en tous genres et surtout un porc noir bien délirant. Le sentier s'enfonce dans la forêt et monte fort. Des fragments de poil noir. En haut, c'est une telle panade que c'est pas la peine de continuer, (la tête dans les nuages). Redescente. Poils gris mélangés de vert. Reflets de nacre.

Une vive couleur orange attire mon attention dans le ruisseau. Et ce fut une belle trouvaille. En fait, le cours d'eau passe sur un affleurement de plomb argentifère. Je ramasse moultement des échantillons dégueulasses à souhait. L'odeur est assez forte lorsque l'on approche le nez de la bouillasse informe.

Arrivée près de la Meuse. Le retour commence. Rocroi, Chimay, Trélon, Avesnes. A Sains du Nord, un autostoppeur un peu étrange. Je voulais prendre des frites. Celui ci a insisté pour les payer. J'ai eu beau refuser, il n'a pas laissé tomber. Pas bien grave. Retour à Berlaimont City.

Bilan : une vingtaine de kilos de polis de toute sorte, dont de très beaux violets.

 

24 avril

Braderie au matin à Aulnoye-Aymeries. C'était nul. Un casque de mineur, une plaque émaillée Champigneules, rien d'autre d'intéressant. Un pain vendu 29.50 F. Je ne savais pas que l'inflation avait atteint 50000% cette nuit. Est-ce à cause de Microsoft ? J'ai acheté du jus de pommes artisanal et rien d'autres. Suis tombé sur les chemins de Katmandou alors que je venais de l'acheter neuf deux jours avant.

Après midi bouffe. Tournée des fermes. Oufs, légumes, patates, cidre, bière, fromage. Un peu le plein pour la semaine.

 

25 avril

Insignifiance. Je termine les dossiers en cours avec acharnement mais ceci plus avec dépit qu'avec passion. Encore 43 semaines. Moins si je ne prends plus de congés.

Nora a eu une rhinopharyngite. Elle me demande ma recette de fabrication de l'opium mais je refuse. Telle que je la connais, elle va se défoncer la gueule. Reçu d'elle un courrier fort triste qui démontre encore une fois qu'il n'y a plus aucun rêve, plus aucun espoir en elle. Je ne sais pas trop quoi faire mais je crois que le mieux est encore de ne rien faire. Simplement témoigner une présence. L'accompagner comme je peux de près ou de loin.

 

Courrier à Bobin. Je réfléchissais à son ouvre. La phrase suivante me convient pour la caractériser : ce qui me plait, ce n'est pas ce qu'il dit mais plutôt ce qu'il ne dit pas, par renonciation à décrire tout ce qui pourrait être utile. A prévoir d'ici quelques mois un petit tour du côté de la rue Traversière.

 

26 avril

11h51

Mon Barjavel (chemins de Katmandou) a été niqué dans le sac à cause du plomb argentifère. C'est une saloperie. D'une part, mon sac est une poubelle nucléaire, d'autre part, je suis une poubelle nucléaire. Ma veste porte des traces de plomb, mes chaussures aussi, tout. Il y a des salissures partout. J'en suis excédé. Ce marron vif est inlavable. Passé à la machine à laver, ma veste est encore cradingue. Crotte de biquette en poudre. Ce soir : prévision de lavage soigné de tout ce qui a été souillé.

 

12h32

Il fait lourd. Très fatigué, une lassitude diffuse dans tous les membres. Allez Vincent, tu reprendras bien un verre de Martini. Refus poli, non merci. Insistance. Non merci, je n'aime pas l'alcool. Insistance. NON MERCI. Insistance. Putain mais vous me faites chier bandes d'alcooliques de merde, allez vous faire foutre. Puis, je suis parti. Vincent nerveux. Ras le bol. C'est non c'est non. C'est pas parce que j'ai 20 berges de moins que certains ouvriers que je me laisserai faire. Crotte. Gros bide et gros pif bien rouge, j'en veux pas. I z'ont qu'a s'regarder les gros porcs. Je leur pisse au cul.

 

Lassitude. Depuis deux jours, j'expédie les dossiers à la chieuse. Le chef n'en revient pas. Il me dit que j'ai bouffé du lion. C'est vrai, étant donné que je travaille normalement, ça fait au moins 3 fois le rythme d'un fonctionnaire. Là encore, des allez vous faire foutre planent. Si je bourrine, c'est pour ne plus penser. Si je pense, je chute. Et je sens que l'abîme dans lequel je risque de tomber est extrêmement profond. Chaque jour est une pente qui m'amène un peu plus bas vers un niveau de déchéance quasi indescriptible. Il ne manque plus que je sois supporter de Lens. Et le tour est joué pour que je sois Beubeuh de base. Les illusions se créent - les mirages. Des images du futur s'annoncent, puis semblent disparaître. En qui et en quoi croire ? Je ne porte peu ou pas d'espérance en l'autre, je ne crois plus en moi. Les bastions tombent les uns après les autres.

 

Tiens Vincent, regarde la belle blonde. Discussion de retour de cantine. Les collègues de travail sont des purs trisomiques. Il paraît que Patrick Sebastien a fait un nouveau film, c'est super. Oh ouaiiiiiiiiiii, c'est super !!!!

Suis-je fait pour vivre sur terre ?

Le monastère ne me tente pas, la vie normale où l'on gagne son fric non plus. La vie seule me pèse, la vie à deux me paraît une chimère. Que reste t'il ? Traîner mon mal-être le long des trottoirs pendant 60 ans encore ? Partir dans une aventure suicidaire en Mongolie intérieure ? Les chemins sont tous plus ou moins bouchés. On fait du bonheur une théorie à laquelle tout le monde doit se rallier. On dit que le bonheur est nécessaire, sans lui, rien est possible. C'est une semi-forme d'esclavagisme. Asservi à un idéal que l'on doit mener de bout en bout.

Ma vie est toute petite. Je suis minuscule et c'est très bien comme ça. J'ai à manger, déjà, cela me permet de continuer à survivre.

Même si ce n'est pas vrai, j'ai envie de dire que le reste est superflu.

La lassitude témoignée ici disparaîtra forcément un jour. Qu'y aura t'il pour la remplacer ? Sûrement le fait d'être complètement blasé. Certains prennent le malheur comme menace pour qu'on s'occupe d'eux. En arriver à une telle niaiserie est lamentable.

Pour l'instant, je cultive les dernières petites plantes qui veulent bien pousser en moi : essayer de vivre en bonne intelligence avec autrui, avec la nature, ne faire de mal à personne.

Une toute petite vie, ce n'est pas forcément un défaut.

 

Au loin, un taureau qui gueule sa vache. Meeeeoooeeeeeeeeeeuhhhhh ! (bis) (bis) (bis).

 

Le Drymis. Ce n'est pas reprendre à zéro. C'est remonter dans le négatif pour y prendre le mal resté accroché. Opération qui n'est pas sans douleur. La tentative d'opération est méritoire. J'aurai au moins tout fait pour réussir. Mais la greffe ne prend pas. Je mets le verbe prendre au présent et cela est important. Le mettre au passé, ce serait faire un bras d'honneur à l'espoir afin de le forcer à partir dans un dessein masochiste, le mettre au futur, ce serait imaginer des choses inimaginables. Si je sais à peu près ce qui se passera dans ma tête dans une heure, je ne puis prévoir la réaction d'autres personnes aussi sérieusement. Le présent est là en terme de constatation. (De ce que j'ai pu comprendre sur moi-même et les intervenants de l'opération chirurgicale).

Peut-être que certains voudraient que je m'impose de force ?

Je ne veux pas luter pour gagner. La lute n'est pas mon domaine d'action.

Quelque soit le trésor à rafler au bout du chemin.

J'ai tellement eu de douleur dans le cour. Pour rien au monde recommencer tout cela. Et quitte à paraître un rustre : me protéger avant de me donner : premier objectif.

 

27 avril, pause de midi

La porte d'entrée a été à moitié défoncée par la personne qui a foutu le bordel à deux heures du matin : apparemment, il y a eu des coups de pieds dans la poignée, il y a eu aussi des traces de coups sur ma porte d'entrée, un peu la zone en quelque sorte - une demande formulée par tant de violence, quelle que soit l'heure, je m'abstiens d'ouvrir.

J'ai terminé les chemins de Katmandou. Barjavel a la mauvaise habitude de trucider ses héros, ça m'énérve. J'entame du Llamazares pour changer un peu de style. Il pleut dehors. Aujourd'hui, c'est bien plus calme. Une voiture cramée, un affaissement rue Cachin. Du banal. On est bien loin des millions d'hier et c'est vraiment mieux.

 

12h54

Apéro pour le départ de D. Je vois resurgir le conflit d'il y a 2 jours. Tu prends quoi ? Bah, mets un whisky. Marcel prend le verre et le remplit limite ras bord. Je le hais. Il ne me demandera pas si j'en reprends cette fois, j'en ai double ration. Ah min viux ! Tu te fous de ma gueule un ! que je lui dit. Devant le secrétaire général, je torche le verre cul sec, je regarde Marcel et je lui dit bien fort : Espèce de gros con.

Tout le monde me regarde avec des yeux ronds parce que j'ose ne pas me laisser faire devant le big chef. Je pose le verre, Marcel est sur le cul, rouge d'indignation. Et je me tire.

J'ai la tête qui tourne et je déteste ces situations de merde. La prochaine fois, ce sera un jus d'orange et c'est tout. Et le premier qui me fait chier, je lui balance mon verre à la gueule. Jus d'orange systématique. Je vais être catalogué Vincent-y-aime-pas-l'alcool et ce sera très très très bien et très très très vrai. Mort aux cons.

 

28 avril

Un rêve.

Près d'un château d'eau. Avec mon frère, nous rentrons dedans. Mais attention, il y a du monoxyde de carbone. Alors nous repartons. Plus loin, une usine abandonnée. Hyper glauque comme j'aime bien, les murs sont cramés. A l'intérieur, plein de couloirs. Nous nous baladons et allons sous une citerne jaune qui fuse comme si elle allait exploser.

Je dis : faut se tirer, c'est de l'azote liquide. Arrive alors un chat, plutôt noir d'après mes souvenirs. Il a une démarche pas du tout féline. Il avance très vite, comme s'il avait des roues. Au moment de se croiser, je lui hurle miaouuuuu ! Il sort alors par une fenêtre. Ma mère arrive et me traîne. Nous arrivons dans une salle propre, il y a un repas de famille. Je prends un saxo et joue Island de King Krimson. Tout le monde sait que je n'ai jamais touché un saxo, et Natacha me dit : tu te débrouilles vachement bien pour un débutant. Je me mets alors à jouer du Ian Underwood, je deviens rouge. Le chat me regarde et se remet à courir. Il y a une chape de ciment, du terreau. Sous la chape sort l'azote liquide.

Je me réveille.

 

1er mai

Journée entière à la brocante de Saultain. 900 exposants. Achat : Cours de géologie, classe de 4eme, 1947, Géologie, cours complémentaire, 1949, la nuit des temps de Barjavel, De la nature de Lucrèce, Béatrix de Balzac, théâtre complet de corneille, théâtre complet de racine, tiers quart et cinquième livre de Rabelais, Ainsi parlait Zarathoustra et le gai savoir de Nietzche, la sainte messe (1937) de l'abbaye de Maredsous et histoire de l'église de Dom ch Poulet, (Solesmes). Je suis ruiné. En musique : Scarlatti, Tchaïkovsky, Berlioz et Liszt.

 

6 mai

18h51

Je suis parti de la gare pour toi sans rien te demander pour te foutre la paix. Je suis mort, j'ai plus de forces, j'ai plus d'envies, si, j'ai envie de crever. J'ai chialé sous ma capuche. Fallait pas que tu voies ça. Je suis parti. C'était pour toi. Je suis mort. J'ai trop trop mal, envie de partir au ciel pour que ce putain de monde de merde cesse de me détruire. Entre la phrase et la parenthèse, t'as choisi la parenthèse. Tant pis, moi qui était un livre, je remballe, je disparais, je n'existe plus en toi. Je n'existe plus en moi. Le dernier mot que je t'ai dit : bon week end, ça se termine par end. J'ai essayé de quitter ton visage avec un sourire. Pour toi... Tu vois, je n'ai plus goût à rien. Je suis rentré, j'ai pas bouffé. Je me dis que j'ai loupé la femme la plus extraordinaire à jamais. Je ne vais pas en dormir de la nuit, je ne vais pas en dormir de ma vie. Tu me diras que ce sont des pressions, du chantage ce que je fais là. Bah non, j'ai même plus envie de t'écrire. Tu me fais trop mal. On s'est vu 6 heures. En 6 heures, tu as réussi à me faire chialer - ce qui est rare - me faire dégueuler et... incroyablement mal au cour. Comme y'a 10 ans. De toute façon, t'y peux rien. Y'a les feux rouges. Tant pis, je reste avec ma douleur, et je ne te demande plus rien. Oublies moi. Je vais me faire tout petit une fois de plus, je vais attendre que ça passe, m'éteindre à petit feu et me dire que la connerie absurde de quelques uns à toujours plus raison que l'intelligence des plus faibles. J'ai espéré que tu ne prennes pas le train. Là, j'espère que tu vas téléphoner. Ton train arrive à 19h59. Te dire quoi ? Je sais bien que je vais chialer encore... Vaut mieux pas décrocher... Trop de souffrances d'un coup. Tu m'as fait re-croire que le bonheur pouvait exister. Tu me dis : il est là, et tu te tires avec. Tu veux me tuer ou quoi ? Je suis au fond du trou. A 10000000m de profondeur. Pourquoi pourquoi pourquoi ? Je ne suis plus qu'un bloc de souffrance brute. Je vois tous les beubeus qui sont bien à ne pas réfléchir. J'ai mal. Je pourrais en faire des pages. Toute mes envies que je dois gerber... J'peux même plus les garder en moi, ces envies de merde. Ça déchire... Se dire se dire... Moi j'y ai rêvé d'une vie à deux. Une vie avec toi tous les matins, tous les soirs. Un peu partout. Une vie où c'est même plus de l'amour tellement c'est fort. Les rêves, c'est de la belle merde ouai, on voit où ça mène. Et Dieu pourtant que c'était simple. Et bah merde aux banquiers merde aux banquiers merde aux banquiers. C'est complètement con ce que je dis. Mouai, sûrement. De toute façon, ça n'a plus d'importance. Qu'une fille de 18 berges aille voir un gars qu'elle connaît pas, et bien merde aussi. C'est de la révolte ? c'est de la pure tristesse ouai. Parce qu'il faut attendre d'avoir 50 ans pour se dire qu'on a perdu les 45 premières années de sa vie ? Merde aux banquiers. Merde aux banquiers. Qu'ils se foutent leur pognon là où je pense. C'était trop beau pour être vrai. Réveille toi Vincent. T'es un rêveur. C'est pas bien. Bah... Je vais me saouler. Je ne penserai plus à rien. Il y aura la cuite. Ce sera ma première. De toute façon, j'arrive plus à soutenir la réalité. C'est trop lourd pour moi de te perdre. Quand on a mal au pied, on ne pense qu'à ça. Et quand on a mal au coeur, faut faire quoi ? Y'a pas de remède. C'est même pas le médicament y change à chaque fois. Y'en a pas du tout. Je suis tout petit.

Maintenant, je peux le dire puisqu'il est trop tard, je t'avais rêvé comme ma femme un jour. Un petit rêve sans prétention tout gorgé de bonheur. C'est con d'être aussi émotif. Des bonnes femmes, y'en a 1000000000 à chaque coin de rue, tu vas bien en retrouver une... Mon cul c'est du poulet. Y'en a pas une qui t'arrive à la cheville... Toi, tu fais tout pour les autres. C'est bien, c'est ce qu'il y a de plus beau dans l'amour. Bah fait...

Moi, je vais foutre ma sale carcasse un peu ailleurs...

 

21h28

J'ai jamais autant pleuré de ma vie. J'en peux plus. Ca fait 3 fois que t'appelles et tu dis rien. J'ai vraiment besoin de toi. Je ne suis plus rien. J'ai besoin de toi. J'arrive plus tellement je suis triste. J'ai les yeux déglingués, le nez bouché. Défoncé. Mon corps entier murmure des je t'aime dans les sanglots. Je suis prostré par terre, ça fait 4 heures que j'attends que tu appelles. J'ai besoin de ta chaleur, j'aurais aimé poser ma tête contre toi, tu me tiens fort serré. J'aurais tant besoin que tu me consoles. Ca fait 4 heures que je suis per terre. Les cobayes me regardent. Salauds. Je t'aime tu sais. C'est rien de le dire. Mon corps a prouvé que tu étais en moi. Je peux pas m'imaginer la vie sans toi, c'est vide. J'arrive pas à me dire qu'il faut faire une croix. J'ai tant besoin que tu me protèges... J'ai tout donné pour toi, jusque mes larmes. J'ai tout donné en partant, pour que tu sois libre. Maintenant, je suis plus rien. Je t'aime à en vomir par terre tellement t'es au fond de mon ventre. J'en chiale des rivières et je sais même plus d'où elle vient cette flotte... J'avais caché par pudeur tu vois... Toute cette douleur est là, je suis désolé que tu la subisses.

 

7 mai

5h06

Je dors plus. J'ai une grosse boule dans la gorge, envie de pleurer... J'écris pour plus penser à rien. Je ne sais pas comment je vais faire pour aller au boulot, subir le regard des autres, je me sens nul, sale, amoindri, hideux. J'ai envie de me cacher dans un trou et plus exister. La facilité... j'en crève de ces mots. Rien que ça si elle pouvait exister... Le plus dur c'est que y'a plus d'espoir. M'suis vautré par terre. Toi, je suis désolé de te le dire, t'es dans la mongolfière. T'es peut-être malade de me voir déchiré au sol, mais le vent y t'emporte. Le plus dur c'est plus d'espoir. Si seulement je pouvais imaginer que dans 6 mois, dans un an, dans 10 ans c'était possible. Même pas. Pourquoi t'as fait ça ? Je ne sais plus comment faire. Ce que tu as semé en moi, pourquoi tu l'as laissé pousser ? J'peux pas repartir à zéro, j'suis trop nul. Je sais pas ce qu'on peut faire. Tu vas partir doucement, je vais ressentir ça comme un arrachement. (...)

C'est mon bol de lait, je m'en doutais qu'il passerait pas. Va encore falloir que je nettoie...

D'un autre côté, je peux plus t'écrire comme avant non plus. On voit ce que ça donne... J'essaie de me dire que tous mes rêves y étaient pas complètement cons mais des rêves inutiles, à quoi ça sert ? J'aimerais qu'on puisse continuer sur le chemin de l'amitié. Mais ça aussi j'peux pas. Sans espoir, je peux pas te revoir sans que mon corps ne se mette à pisser son jus de merde un peu salé. Pourquoi t'as fait ça ? T'as bien vu que je devenais maboule de toi. T'as pas vu ça ? Je t'ai trop fait confiance. Je t'ai laissé rentrer en moi. Tu vois hier, je viens de me choper une hépatite NB. C'est pas le genre de maladie qu'on soigne. Ca se soigne seulement par l'espoir mais c'est un médicament périmé. Dans 5 ans tu seras quoi. Si seulement je pouvais rêver à ce tout petit dernier morceau... J'suis trop nul trop nul trop nul. Un homme sans rêve, c'est pas un homme. Au téléphone, je ne sais plus rien dire. J'ai tellement du mal à parler que tu dois même plus m'entendre. J'ai envie de pleurer mais je veux pas que tu m'entendes... comment je vais faire ? T'étais tout pour moi et tu viens me dire que la vie, c'est pas ça. C'est pas ça c'est pas ça c'est pas ça... m'en fous du Kenya, m'en fous de la Mongolie, de tout. Y'a un truc que j'aimerais bien, c'est être un de tes chats... Ca sert à rien de dire des conneries comme ça. De toute façon, je sers à rien. Pourquoi tu m'as laissé faire, pourquoi pourquoi ? J'ai mal. J'ai gardé la compote, c'est LA compote que tu as mangée. Tu comprends pas que t'es Dieu pour moi ? J'ai l'impression que tu comprends rien à ma souffrance. Parce que c'est pas comme Claire, c'est comme rien. T'as pas compris que t'es unique ? Je pourrais en parler des heures de tes mains. Pourquoi t'as fait ça, mille fois la même question. Tu pourras apporter ça à Charles Henry, y sera heureux de me lire. Y verra que y'a plus rien à récupérer. Y sera heureux. C'est ça qui compte. J'suis désolé de te dire du mal.

 

6h45

J'ai encore un morceau de toi qui vient de s'en aller dans le lavabo. Ca a mauvais goût de cracher du bonheur. Je sais ce qui vient remplacer les vides... Pourquoi je suis trop nul ? J'aurais du être plus vif, j'aurais du me coiffer, m'habiller en punk ? J'suis même prêt à devenir banquier. Pourquoi je peux plus y croire ? Ma révolte est stupide, je ne suis pas à toi, enfin... je ne suis plus. Me laisser partir doucement, les paroles qui me font le plus mal. Je vais aller où ? Faut que je me fasse une ablation du nez, des oreilles, de tout ce que je suis trop con. J'avais beau y croire, mais non. Je ne suis pas assez bien. C'est pas une claque dans la gueule de perdre tous ses espoirs, c'est se bouffer un semi remorque.

J'écris pour pas penser. C'est nul. Je t'aime trop pour que l'amitié soit possible. C'est possible peut-être pour toi. Pour moi, ce sera un subterfuge pour croire que tout n'est pas foutu.

Tes mains, tes mains... c'est pas trop tôt que t'es venue. C'est pas vraiment trop tard non plus. T'es tombé sur un petit cour de poussin c'est tout. Je t'avais dit que moi, c'est pas un panneau chien méchant que j'ai autour du cou. Tu m'as foncé dedans. Attention Vincent fragile. Boum. Oh merde... Il est par terre. Tu me dis 100 fois : qu'est ce que je peux faire ? Rien est la seule réponse vraie. Sinon, tu peux me dire de ne pas tout jeter à la poubelle, mais ce serait mentir... Se dire que ça pourrait servir un jour... pourquoi tu m'as laissé faire ? Tu t'en doutais pas que ça allait se passer comme ça ?

Avec des gens normaux, ça aurait duré une semaine pas plus la douleur. Pourquoi je suis un poussin con ? Vilain petit canard il a envie de se foutre à l'eau pour toucher le fond. Peut-être que t'y as pas cru que je t'aimais pour de vrai. C'est du virtuel, c'est de l'internet, on s'en fout. Va, t'as gagné un fardeau maintenant.

 

7h10

Je sais plus quoi faire. Je vais chialer au boulot. Je sais pas si tu te rends compte de ce que tu as semé. Oui tu t'es cassé la gueule. Complètement... Refais jamais des choses comme ça. Ou sinon, laisse au moins un milligramme d'espoir derrière toi. J'sais plus comment faire. Tu es tout et je n'ai plus rien. Tu es tout et je n'ai plus rien. Tu es tout et je n'ai plus rien. Tu es tout et je n'ai plus rien. Dans ton histoire, tu sais même pas comment me dire des paroles pour m'arrêter de pleurer. Je t'imagine heureuse dans ses bras. Pourquoi t'es venue ? Tu savais bien au fond de toi que t'étais trop bien. T'es venue pour voir. Voila ce que ça donne. J'avais besoin de toi pour me réfugier contre toi, pleurer contre toi avant que tout soit fini. Toi, t'hésites même à téléphoner. J'suis vraiment trop con ou quoi pour que tu m'enfonces aussi profond sous terre ? Tu m'as laissé du foie gras de canard à la maison. Tu vois pas que je suis en train de mourir, que j'ai besoin de toi ? J'ai pas le droit de le dire ça ? Et que tout ce que tu m'as écrit, que c'est dans ma boîte en fer, ça aussi j'ai pas le droit ? J'ai pas le droit hein d'être sincère. T'as voulu quoi de moi ? C'est pas besoin de toi que j'ai. Je vis en toi et par toi. Ca fait mal peut-être de le lire ? C'est le mot besoin qui est chiant. Parce que c'est fort ? Entre nous, c'est pas du Besson, c'est pas du Barjavel... c'est de l'amour de la tendresse du sentiment du don. J'ai trop besoin que tu me câlines doucement, pour me consoler. Toi, tu veux même pas que je vienne à Paris. Je pue. C'est pas du besoin, t'as raison, c'est encore pire... Des gonzesses, je peux m'en faire 400 si j'ai envie. Tu comprends pas que c'est pas ton cul que je veux ????? j'suis trop petit. Ou je suis trop con. Je sais plus. J'aimerais que tu sois triste pour que je puisse venir te cajoler. Mais t'as pas besoin de moi. C'est ce qui m'écrase le plus.

 

8h29

J'peux pas te retirer de ma boîte en fer. Ca fait trop de vide. J'peux pas, j'peux plus. J'ai encore envie de détriper... Tu vas m'en vouloir de tout ce que je t'écris... De toute façon tu m'en veux déjà que je sois fondu de toi... Si tu casses avec l'autre, je suis même pas assez bien pour le remplacer... Toi, tu peux tout oublier, t'as un avenir, alors c'est facile...

 

9h00

J'ai plus rien à gerber. Peux plus rien avaler. Faut que je t'écrive plus du tout ? Je vais te vomir ma souffrance pendant 10 ans ? Veux pas te faire du mal. Qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça. Je te sens insensible. Pourquoi Dieu y m'a fait trop moche ? Lui... Tu vas lui sourire. Tu vas te marier, c'est pour lui. Qu'est ce qui te prend de cracher sur un amour qu'est même pas intense tellement c'est encore plus fort que ça. Tu trouves des mots toi pour en parler ? Moi j'peux plus j'peux plus. Tellement je te sens en moi. Et tu veux partir...... Et tu veux partir de mon cour. Tu t'en fous que j'sois attaché à toi................. C'qui compte, c'est de faire le bonheur des autres. T'as perdu un point là. Un à zéro. Bah, j'crois qu'on est dans le négatif...

Je rêve que tu vas divorcer, que tu vas te rendre compte que tu as tout perdu en restant parenthèse. Des parenthèses, c'est fait pour écrire des choses pas indispensables. T'es pas une parenthèse, t'es pas une parenthèse. T'es beaucoup plus et arrête de te dénigrer pour échapper à toi même. Je rêve à dans 10 ans, moi je t'aurai pas oublié comment veux tu ? Tu veux ton nom dans un de mes livres, mais c'est quel livre que tu veux ? Ca fait des tonnes de questions.......... Pour une seule réponse. Vincent, je t'aime bien mais j'peux pas imaginer ma vie avec toi. Et qu'est ce que je peux faire.................................... J'donnerai même ma culotte pour que tu m'aimes encore, juste un tout petit peu. Si au moins je savais sortir les mots adéquats : te dire que t'es une rude conne et puis te laisser tomber. Même ça, c'est si facile, j'arrive pas, j'arrive pas. Le plus grand amour de ma vie qui disparaît dans un relent de vomi dans une gare à la con. J'vais plus pouvoir le voir sans chialer le coin où t'étais quand j'irai chercher mon ticket. Tu crois que t'es anonyme dans mon cour. J'suis en train de mourir et encore pire, j'dois continuer à vivre sans toi. Je t'aime trop mon amour pour que ce soit imaginable. T'as choisi. On s'était dit 42 semaines. Ca me faisait l'illusion que je pouvais encore rêver de toi quelques temps. Mon Dieu, pourquoi tu coupes tout l'espoir sous mes pieds ? J'ai plus le droit de dire que j' t'aime. J'ai plus le droit.............. Faut être beau pour ça. Nous les cons, on doit rêver c'est tout. Ce texte d'agonie, tu vois, j'peux pas mieux faire comme déclaration d'amour. Lui, il va pleurer dans ton giron, il va te faire des menaces, des promesses, te dire qu'il t'aime aussi. Jamais il atteindra la profondeur du trou dans lequel je suis. Tu m'entends bien, jamais. Parce que dans ce texte à la con, il n'y a pas un dixième de ma souffrance qui est exprimée, pas un millionième. Parce que si j'écris des livres, c'est pour toi, si je vais au Groenland, au Tibet, si je lis 40000 livres, si j'ai une belle maison, si je respire, si j'apprend jour après jour à mieux maîtriser mon cour, si je vais manger, c'est pour toi. TOUT. Ma vie, c'est seulement pour mon amour. J'ai mis 10 ans à attendre. Et toi tu te tires avec tout. J'sais même plus pourquoi je respire... Tu penses bien que je n'ai pas envie de chercher quelqu'un d'autre... C'est impossible. Tout. Tu crois que je suis bien dans ma peau ? Quand t'étais pas là avant, tu veux voir ce qu'il y avait dans mon journal comme texte morbide ? Tu veux voir ce que personne n'a jamais lu hein ? T'as mis deux mois pour me relever de tout ça. J'en ai même arrêté de prendre les médicaments et j'sais pas comment t'as fait. Ca servait à rien de continuer la dose, j'étais heureux, bien plus qu'avec n'importe quel succès, (littéraire, professionnel...) En deux mois, t'as tout relevé, en 6 heures, t'as tout déglingué. Pour toi c'est peut-être facile. Moi, j'veux pas re-sortir le prosac. J'ai crevé pendant dix ans en t'attendant. Dix ans que j'ai mis à nier toutes les poulettes qui ne voulaient que ma bite, qui ne voulaient que me sucer le cerveau. Tu m'as fait croire que l'espoir ça existe. Voilà où j'en suis. Se dire que le plus grand amour du monde est en train de s'exploser à cause que c'est comme ça qu'on peut rien changer. J'ai même pas touché ta main. J'en crevais d'envie tu sais de te sentir contre moi. Rien d'autre, juste te sentir vivante. Là. Et t'es loin à tout jamais. Je n'ai envie que d'une chose, faire péter le service militaire, venir à Nice une heure, te dire que c'est vrai tout ça. Te dire que c'est vrai. Y'a plus de virtuel maintenant. Les emails, je m'en fous. Je donnerai n'importe quoi pour que tu m'aimes. Tout changer ce qui te plaît pas. Tout. J'aurai des cheveux plus long, je vais manger des légumes pour grandir, je vais manger des choses dégueu pour verdir mes yeux... Mon Dieu, je suis fou je suis fou... T'es pas un caprice. Si j'arrive pas à te quitter, ce n'est pas parce que je me sens mal sans ton amour. C'est parce que je vois toute cette vie incroyable qu'on aurait pu faire qui se cache et qui disparaît. Tout ce que tu perds... Oui.................................. Je sais, tu ne perds rien. Je sais, je suis trop nul pour toi......... désolé, désolé......... J'aurais voulu être ce que tu attends. T'attends plus rien de moi ? Si, que j'arrête de te gonfler ? Je donnerai N'IMPORTE QUOI pour pouvoir recommencer à croire en toi. Tu me demandes : tu veux que je t'écrive plus ? Mais quoi ? Tu sais bien ce que je veux. C'est un milliard de fois impossible pour toi. Rien est impossible à qui veut. Tu veux pas, tu veux plus. J'ai tout perdu en partant de la gare. C'était pour toi. Tu me sors des excuses. D'habitude, c'est toi qui mène tout... Mais tu peux tout mener. Si je dois me faire larve juste pour voir tes pieds, je peux. Je peux tout changer ce qui te plaît pas. La seule chose qui peut pas changer, c'est ce qu'il y a dans mon cour pour toi. Après, le reste.................

Je t'aime plus que tout ce qui s'est jamais passé dans ma vie. Je sais bien que des fois, j'écris des belles phrases. Là, c'en est pas une belle. Mais je me berce avec. C'est si vrai. Par pitié, dis moi d'attendre.......... Peut-être qu'un jour, vous serez plus ensembles tous les deux.... J'aime pas écrire ça, je veux ton bonheur..... Prend pitié de moi s'il te plaît. Regarde moi comme un chat mouillé. Prend pitié, on ne choisit pas d'être amoureux... Pitié...

 

Entre les deux, qui c'est qui te tirera le plus fort pour te gagner ? Au début, je ne voulais pas jouer ce jeu là. Maintenant ? Je suis désolé. C'est à tes pieds, complètement désespéré, que je m'accroches pour savoir si tu as encore quelques miettes de pain qui traînent, même du sec..... Tu sais bien que ce n'est pas mon genre de luter pour te gagner. Bref, je t'ai perdu. Tant pis pour ma poire... Fallait pas partir de la gare, fallait penser qu'au trésor à gagner poussin. Fallait dire, je viens coûte que coûte parce que je t'aime trop. Quand je pense au petit coin de rêve qu'on s'était imaginé. Comment je vais regarder la glycine maintenant ?

Le domaine de la lute n'est pas mon extension. Et ce courrier, c'est quoi ? De la merde peut-être ? Oui certainement. Est-ce qu'en déployant une force de caractère exceptionnelle, je peux encore regagner ton cour ? Tu sais que je suis prêt à tout.

Tu en as marre. Comment vas tu faire pour te débarrasser de moi. C'est ça que tu te dis ? J'ai envie d'aller au Louvre tout de suite. Te rechercher dans les milliards de galeries. Tout pour toi sans plus aucune limite. Pourquoi Dieu y m'a fait physiquement comme t'aimes pas ? Il est vache.......

Même que je peux éditer pour me faire du fric. Je te donnerai tout. Je suis dans une situation à la con. J'ai envie de séduire quelqu'un qui ne m'aime pas... Recherche : humaine. T'es pas tombée sur une correspondante en Allemagne. C'est con. Parce qu'au moins, si tu ne m'avais pas écrit, on ne se serait pas rendu compte que des fois, la vie elle peut être belle.

 

Toi, comment tu réagis ? Tu as un boulet qui t'emmerdes. Comment tu vas le virer ? Si tu veux, je dors dans la niche du chien... Même ça c'est trop te demander. Recherche : humaine. J'aurais du mettre recherche tendresse désespérément. Ca t'aurait peut-être refroidi de lire ça. Et puis pourquoi m'avoir envoyé Barjavel ? T'y as cru un jour ? T'as cru que t'allais réussir à vivre selon tes idéaux et pas ceux des autres ? Je suis désolé, je dis des conneries, je t'aime trop, je t'aime trop: tu es tout. L'univers tout entier. Je t'aime trop pour que tu puisses l'accepter. C'est une trop grande responsabilité d'être aimé. Si tu veux, je t'aime plus, mais c'est parce que je t'aime que je le ferai... Absurde le poussin... J'en peux plus. En repartant de la gare, j'ai chialé au dessus d'une plaque d'égout. Y'avait la capuche, ça se voyait pas. Je t'aime trop. Ca n'a plus de mesure. Tes paroles sont ma bible.

 

Ceux ou celles qui disent que tu as le beau rôle n'ont rien compris. Moi... je sais que t'es une fois de plus bien emmerdée par tout ce que je dis... Ca te fait pas plaisir que je sois dans cet état, que je t'aime encore... Tu veux quoi ? quelqu'un de moins amoureux peut-être. C'est pas de chance, t'es tombé sur l'un des plus cinglés de la planète... Y'a pas d'excuse, y'a plus. J'suis prêt à tout abandonner dans les minutes qui viennent pour te rejoindre, pour dire merde à tout, te rejoindre... Mais tu ne m'aimes pas. Je ne peux rien y faire. C'est la seule chose où j'peux rien. La seule chose... Tout donner ne sert à rien, tu as choisi. Ton coeur ne m'est plus.

 

Reste à attendre. Boire le son de ta voix le jour où par miracle tu me téléphoneras, lire et relire les endroits où tu me disais que tu étais bien... penser aux plus petits détails... C'est la nuit qui commence.

 

10h30

Stooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooop ! Je suis heureux. Tu viens de me téléphoner. Tu me demandes d'être heureux. Je le suis parce que tu me demandes de l'être. C'est ce qu'il y a de plus dur en ce moment. Mais le faire, c'est un peu exister en toi. Je ne peux m'empêcher d'inonder mon texte de je t'aime... retire les s'ils te gênent. Je sais bien qu'il ne restera pas grand chose...

En fait, tu viens de me donner une miette. Tu me demandes quelque chose, ça veut dire que tu m'ignores pas à 100 %. Peut-être si maintenant parce que tu auras tout lu. J'préfère pas y penser. T'es partie, il pleut beaucoup. C'était vrai ce que tu disais. Que tu viens avec le soleil. J'ai envie de bronzer à ton ombre. Faut voir le positif. On oublie le reste...

Tes parents ils t'engueulent, Charles Henry y t'engueule... Ils n'ont pas le droit. On ne réclame rien au divin et s'ils ont des critiques à faire, qu'ils se les mettent... Pour contrer, j'ai envie de faire des textes qui t'adulent. Encore mieux, j'aimerais te dire pour de vrai les yeux dans les yeux tout ce que je pense de toi. C'est peut-être inattendu... C'est pas le moment surtout. Oui je sais. Y parait que les hommes focalisent beaucoup sur la poitrine... Bah, si y veulent... Si un jour j'ai le droit de t'en parler, alors je décrirai ta présence. C'est ça qu'est beau en toi, ta magnifique présence. Et tu sais, ce n'est pas évident de regarder dans les yeux quand on marche l'un à côté de l'autre... Désolé, je ne suis pas un caméléon, mais de face à vrai dire, ça marche mieux. Je vais un peu arrêter de t'écrire parce que j'ai les émotions à fleur de peau.

 

16h21

Je fais semblant. Je pleure en silence pour que tu m'entendes pas. Je vais t'aimer plus que jamais : c'est à dire te lâcher. Je vais chercher quelqu'un d'autre qui voudra bien de mon cour, mon tout petit cour... Ou je vais faire semblant. Ou je vais attendre de me faire emporter quelque part sans trop rien décider. Je saurai te donner les derniers témoignages de l'amour dans le plus grand sacrifice : te quitter. Je suis tout petit, tout petit... Je suis fort et je vais m'en remettre pour ton bonheur. Adieu mon amour. C'est pour toi... adieu.

 

 

12 mai

C'est avec grande difficulté que je reprends ce journal aujourd'hui. Six jours ont passé. Ils furent des années, ou des secondes - à vrai dire j'en sais fichtrement plus rien. Lorsque je parlais de changements drastiques dans ma vie, ce. ce n'était pas un délire de mioche gâté. J'ai tant et tant cherché durant toutes ces années et voilà que tout débarque d'un coup. Mes émotions sont multipliées par un milliard. Des nouveaux espaces me sont ouverts dans l'intérieur de l'âme, du cour. C'est inconcevable.

Je l'avais pressenti il y a quelques mois. Aujourd'hui j'en ai la certitude : la clé existe. Et rien que de savoir qu'elle est quelque part, j'en fond.

Et je fond complètement.

Mes mots me paraissent ridicules. Je ne sais décrire. Je n'arrive pas à trouver de descriptions concrètes. Mon âme tout entière est déjà partie.

A Nice.

Je n'avais pas ressenti d'amour particulier en parcourant avec Ninih les rues, il faisait trop chaud peut-être. Je me souviens par contre très bien de St Martin de Vésubie. De la petite rue avec le cours d'eau au milieu. Aucun charme. Mis à part un gamin qui jouait à faire rouler un caillou dans le courant. Ce mioche, c'était toute la naïveté d'un bonheur simple - le mien aujourd'hui.

Et bien voilà, je passe de l'autre côté de la montagne, dans l'autre vallée. Pas bien loin. Je pense aux noms du coin, la vallée de la Tinée, de la Vésubie et puis cet endroit où les roches étaient entièrement rouges.

Je passe de l'autre côté : Clans.

Quand je rêve, je suis là bas. Et puis à la Trinité. Là où y'a des grenouilles et des salamandres. Je vois déjà le flanc de la montagne, je vois déjà les avions qui ont du mal à décoller parce que l'aéroport est merdique. Tout est en moi. Jusqu'au jour où Nice matin sera dans ma boîte aux lettres. tous les matins.

J'ai grillé tous les feux rouges. Les perdreaux y z'en veulent à mon compte ? Non même pas. Je suis à la porte d'un chemin étrange et jamais entrevu jusqu'alors. Je suis là et j'attends plus rien, ni feu rouge ni feu vert. Je suis bien, c'est tout. Prêt pour Nice. Prêt pour Paris. Prêt pour Nairobi. Prêt pour Uulaanbator. Prêt pour Zonzounette. En un seul mot. Alchimie. En dire plus ne sert à rien. L'or ne s'obtient du plomb qu'après très lente transformation*. Et tout est naturel. Tout est dans la douceur. Y'a que ça qui compte. Dire n'est rien. Un nouveau référentiel vient de se créer sur terre. Tout petit. Celui des pieds de l'arc en ciel. * Pb + sueur de salamandre + olives vertes + harissa = Au. Si si, c'est vrai !

 

14h40

Martine me fait une réflexion à l'apéro. Vincent y dit jamais rien, on dirait une nonne. (Martine est la secrétaire exécrable). A vrai dire, ils étaient en train de blaguer sur le cul d'une jeune du coin, vulgairement, je ne me sentais pas très à l'aise). Le chef dit alors : hum, fais attention toi, parce qu'il dit rien mais il a tout noté dans sa tête, jusqu'à la marque de ta culotte. Je sens sourdre en moi de la colère. Si vous saviez bande de con ce que je vis en ce moment. J'ai pas besoin de votre bêtise, la Terre est trop belle pour que je m'y attarde.

J'ai rien dit.

 

17h00

Je me souviens avoir - étant gamin - creusé un trou. Je venais de lire voyage au centre de la terre, je n'étais pas encore rentré au collège. Je pense que je devais donc avoir 10 ans. Je voulais aller le plus profond possible, j'y ai passé des heures, le ventre collé contre le sol, la main qui fouille tout au fond avec une vieille lime pour déloger les silex. Et puis la tête dans le trou tellement c'était profond. L'odeur de la terre qui m'enivrait.

Il y a un moment, je suis arrivé dans du blanc. La roche mère en fait, complètement crayeuse en cet endroit. J'ai commencé à creuser des galeries pour ranger mes voitures et mes playmobil. Je devais être à 1m30, faut voir comment c'était balaise, c'était ma taille !

Et puis un jour, mon père en a eu marre. Il a pris la brouette orange je m'en souviens très bien et il a déversé tout plein de vieilles vis SNCF dedans. Et puis il a rebouché en tassant bien avec le pied. J'avais laissé un petit morceau de moi dedans. De Jules Verne et cette frustration est née un peu de cette folie agréable qui m'agite jour après jour. Preuve est. Pour un oui ou pour un non, sur un coup de tête, je partais en Tanzanie ce 15 juin. Cela peut paraître complètement irraisonné pour certains, je sais pas. pour moi c'est naturel. Comme le fait de déloger un silex en pensant atteindre la Nouvelle Zélande. Peut-être que je devrais remercier mon père d'avoir rebouché. De là est née une énergie combative sans trop de limites ; il est clair qu'elle n'aurait jamais existé si je me serais rendu compte par moi même qu'en dessous de la craie, il y a de la craie. Le bonheur et le chemin de toute une vie dépend le plus souvent de choses complètement connes : un café à cet endroit plutôt qu'un autre, un clic sur une annonce perdue parmi des milliers, un mot plutôt qu'un autre. Et si l'on savait les conséquences de tous ses agissements, je crois qu'on oserait plus trop sortir de chez soi.

Je repense incessamment à toutes les barrières franchies inconsciemment, à toutes les épreuves passées sans même s'en rendre compte. Plutôt que de penser à tout ce qui nous arrive de mal, on devrait réaliser qu'il y a 1000 fois pire qui nous est passé de justesse près de la tête. Et dire que tout ça, c'est parce que j'avais trouvé un sac de vis dans la forêt.

 

Le pire je crois, c'est pour les gamins. Mes parents se sont rencontrés dans un château de la Loire. Mon père était nase, ma mère était nase. Ils se sont assis sur un fauteuil pour se reposer, à quelques mètres l'un de l'autre. Ils ont discuté comme n'importe qui l'aurait fait en voyant le spectacle poussiéreux. Ma mère était venue en train. Mon père l'a ramenée à Paris en 4L. Voilà comment je suis né. D'un père notaire et d'une mère couturière qui n'avaient vraiment rien pour se rencontrer. Je me dis que mes enfants raconteront peut-être la même histoire dans 25 ou 30 ans. Je les imagine fouillant la nuit dans une armoire là où ils ont pas le droit, lisant mon journal - ces mots ci précisément - puis les courriers. Peut-être découvriraient-ils alors un côté de leurs parents qu'ils ne connaissaient pas.

La vie de famille ne sera certainement pas facile tous les jours. Mais je crois que jamais je ne saurai cesser de rendre hommage à la femme qui sera en moi étant donné que je serai moi-même au plus intime d'elle-même. Pourquoi dire tout ça ? Je repense à ces papy mamy qui s'aimaient encore après 52 ans de mariage - les grands parents de Fanny. L'amour passionné de deux ados me laisse froid, de voir ces deux là s'envoyer des vannes à 80 balais passé, ça m'a fait vraiment trop chaud au cour. C'est que ce n'est pas une blague. Ça existe. Je sens une légitimité naître dans mes désirs. Le bonheur familial - vanté à tord de manière exclusivement débile dans famille chrétienne - est une des possibilités pour atteindre l'apaisement, soit ce qu'il y a de plus beau dans l'amour. Je n'attends que ça. La chaleur qui monte diffusément au creux du ventre et qui mange toutes les angoisses. Faut le vivre pour y croire.

Je suis de ceux un peu naïfs qui croient encore qu'il y a un trésor au pied des arcs en ciel. En fait le trésor, ce sont les pieds eux même. Des gros orteils de toutes les couleurs, comme des sucres d'orge. Y'a rien à y faire, je suis resté complètement gamin dans ma tête. C'est probablement mieux comme ça.

Il était une fois . ils eurent beaucoup d'enfants et vécurent heureux.

Les plus intéressants, ce sont les points de suspension.

 

14 mai

6h24 Départ d'Aulnoye Aymeries pour Paris. Il y a des tonnes de champs de colza. Pas de flotte sur les vitres par contre. Je repense un peu involontairement à y'a pas plus tard qu'une semaine. Le trajet est un peu lent. C'est agréable soudain de prendre son temps.

9h00 Arrivée Paris. Ninih est là. Petit dej dans un bar sans âme devant la gare du nord - loin d'être propre.

9h30 Direction jardin du Luxembourg. Cannipisseurs et trottineurs agaçants. Les statues ont effectivement les fesses plus brillantes que le reste du corps. Les français ne voient que ça.

11h00 Messe au Val de Grâce. Celle qui dirige ce qu'on appelle de nos jours une chorale fait des gestes effroyables à éborgner la moitié de l'assemblée. Le sermon est faible. Les chants décevants, le grégorien prononcé à la Michael Jackson. Les gens ont genre rupin mais pas trop bouffon comme en province. On retrouve exactement la même pierre que 20m en dessous. Rien d'étonnant.

12h30 Bistrot des vignes dans le 7eme. Service agréable et très bon vin. Décor ancien avec plaques émaillées Rizla. Au menu : gratin d'artichaut vraiment vraiment délicieuse, rognons au petit légumes et sorbet pomme verte. Portrait du chef avec moustache en prime dans... les chiotes !

Nous passons devant les deux musées. (Bar simple avec présentation plutôt verte). J'y regarde les tables, l'ensemble du décor et je le grave en moi. Je me sens bien. Sur des lieux devenus un peu magiques malgré leur banalité. Un petit morceau d'éternité dans tout ça. Je sens cet endroit comme une toute petite partie d'une histoire devenue commune.

15h30 Direction rue du pélican. Sur le passage, arrêt aux colonnes de Buren. Elles ont pris un sacré coup de vieux. Je ressens à mort les axes et hésite à sortir mon sabre de Jedi. Rien fait, discrétion oblige mais y'a un highlander qui m'a reconnu. La rue du pélican n'a pas été des plus simple à trouver. C'est une petite rue non loin du Louvre. En travaux. L'hôtel donne c'est vrai l'impression de calme. Immeuble 4 étages, pas bien large au milieu d'autres immeubles. Toutes les fenêtres sont ouvertes. Par terre, le dessin copié sur Haring d'un chien, en rouge. J'avoue que sur le moment où j'ai regardé la façade, mon souffle s'est fait un peu court. Je savais d'avance que j'allais revivre cette image 10 fois, 15 fois, m'en gaver à outrance. la sensibilité à fleur de peau, je ne montre rien. J'ai trop peur qu'on m'interroge. Cet endroit sans prétention compte dans ma vie. 01 43 22 22 43. J'y peux rien. On s'est téléphoné là. Je savais déjà tout avant de voir pour de vrai.

16h00 Chez Angélina. Mont blanc et décor vieillot agréable.

17h00 Retour à Issy. Emission sur les trous. Bon délire grillonphilique. La chaleur est un peu assommante.

21h00 Champs Elisées. Virgin et fnac. Achat your funeral my trial de Cave. Retour ensuite à Montparnasse. Plantage de train dans la précipitation, mais sans grande conséquences. Arrivée 00h50. J'ouvre la fenêtre. Dehors il fait bon. Je divague un peu, je reprend le quota de rêve qui m'a manqué dans un journée bien concrète.

 

15 mai

Lever 6h23. Mon père ne savait pas que j'étais là. Il tombe sur le popotin et m'ingueule. Ma mère est complètement déconnectée. Elle ne comprend rien. Recherche d'un vieux paris-match de 69, le jour où les 1er hommes ont marché sur la lune. Pas retrouvé.

10h04 Train pour paris même pas en retard. Bus et arrivée Issy 11h40.

X-file, (je découvre). À 12h40, direction macdo infame. Gargote plastique dégueu. Après ce très bon repas, goto rue Mouffetard. Rue très commerçante mais ambiance agréable. Le cadre y est ancien.

15h00 Les halles. Glace agréable. Défilé de cosmic patrouille. Quand Spiderman ne passe pas, on a le droit à Ken le survivant. Ridicule. A la fnac des halles, je trouve un bouquin de leçons mongoles en russe. Ça y est, je vais enfin pouvoir apprendre le khalka. Quelle bonne idée que j'ai eu en apprenant ce qu'il faut de russe ! Zdrajniehbyi nieh !!! (Crotte de biquette en poudre !). Buttes Chaumont. Souvenirs agréables. La vue de jumeaux amène en moi le sentiment que ça doit être franchement difficile. Le tout, c'est la synchronisation. Je file prendre un miroir. Dans la nuque, mes cheveux se terminent ils en pointe ou l'inverse ? AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! Malheur de malheur de malheur ! Ni l'un ni l'autre AUSSI. Je suis atterré ! Un présage pour une personne, on peut encore croire à l'erreur. Pour deux, ça devient plus scabreux ! Je continue mon raisonnement jusqu'au bout : 6 septembre, lie06, chacha06, 6 heures le 6 mai. ça veut dire 6 gamins ? Ouaaaaalllllaaaaah ! Je vais prendre un congé paternité ad vita aeternam ! 17h45 Fnac de l'étoile. Intégrale d'orgue de bach à 870 balles et des pépettes. Interrogatoire de Ninih. Mon journal semble assez incompris. Ses questions sont loin de porter sur l'essentiel. Heureusement. RER bondé. A crever. Train chopé à la seconde près. Il sonnait quand je suis rentré. Dedans, gens assez vulgaires. Je repars dans mes rêves. Le train est extrêmement lent entre Compiegne et St Quentin, il me permet de prendre goût au plaisir de la retrouvaille après deux jours d'absence.

21h00 2h30. La lune est belle. Ninih a proclamé une phrase percutante sans même s'en rendre compte. Tu as eu une révélation. Ce n'est pas une révélation, c'est un séisme. 5h30 de bonheur où je ne vois pas défiler une seule minute. A la fin, je tombe.

 

20 mai

Rédaction du petit traité concernant le mauvais caractère des salamandres.

 

21,22 et 23 mai

Idem. Fin de la rédaction à 20 h 54.

 

27 mai

Fragments de journaux perdus vers le 25. Journée agitée en ce samedi. Au matin, descente dans les égouts. Très profonds et empestants à vomir. J'ai du faire un aller et retour à la mairie pour prendre du matériel plus conséquent anti sulfure. L'intérieur se révèle être dans un état catastrophique. Dans l'après-midi, St Cyr. Le film est assez déstabilisant. Direction ensuite les brocantes diverses. Achat de disques.

Glenn Miller : classique et ancien. Bonne écoute intéressante.

Ella Fitzgerald : un peu surpris mais pas trop. Je n'arrive pas vraiment à m'acclimater.

LTJ Bukem, logical progression : très planant, de la tribal jungle qui arrache bien. Certains morceaux sont dignes de marteaux piqueurs, d'autres sont dans les nuages à +20000m.

Pfm, drum is a grip. Idem, hyper planant.

Universal, groove thérapy. Idem, en fait, je me suis fait une série !!!

Au soir, direction Potelle pour les ruines du château, cueillette de marguerites ! Puis vers 10 h 30, lecture de Balzac jusqu'à très tard.

 

28 mai

Au matin, courses. Berk et re re berk. Fanny prend de plus en plus une attitude d'écartement. Elle me dit ne pas avoir envie de travailler et... elle a tout à fait raison. Après midi, descente Hordain. Il y a des flics partout sur la route. Je balise. Que va t'il y avoir à l'entrée ? Et ploum, deux flics. Tout ce chemin fait pour rien ?

J'attends. Au bout d'une heure, je me rends compte qu'il s'agit d'une course cycliste. Au bout d'une heure 45, la voie est libre.

Descente sympathique et fatigante. J'enregistre tout, y compris la descente dans le puits où l'on entendra que des argh, oumf et tutti quanti. Au sortir, je remonte un bloc d'au moins 15 kilos. Sous la pression, mon sac se pète. Argh, comme c'était chaud !!!

Au soir, prévision de ballade le long de la Sambre.

 

29 mai 11h30

Retour en 95. Une période de journal non écrite que je vais retranscrire aujourd'hui. Un soir de début juin, (un vendredi soir comme toujours).

Le train de 21h30 arrive à Maintenon sans retard. Kode, Siens et Atyr sont là, dans le premier wagon, comme d'hab. Discussion graffiti. Il paraît que Séism s'est fait toyer quelque chose de balaise du côté de Porchefontaine. On parle également du bon plan train de la semaine dernière, deux whole cars (wagons repeints en entier) en une nuit, ça vaut le coup. Le train arrive à Montparnasse au bout d'une petite heure. Sur le coup, petite hésitation. Il y a beaucoup de monde, que fait on ? Métro ? Oui, c'est ce qui était prévu. Mais ça va être chaud. La discussion s'enlise. Atyr et Siens s'en vont graffiter le sixième. Kode et moi le métro. A vrai dire, j'étais bien partant donc ce sera comme ça et c'est tout. Kode prend la direction des festivités. Deux trois blazes (lettrages ronds rapides) dans les couloirs et direction st Sulpice. A reculons, on ira vers st Placide. Il y a pas mal de peuple sur le quai. Le métro passe, et zoum, c'est parti. On pousse le petit portillon jaune qui nous dit danger et nous voilà dans la galerie où passe le métro. Les tags que je pose font 2m sur 6m. En lettres capitales au fatcap (embout permettant un jet large, au moins 20cm), on ne peut les louper ! Le chrome tape à mort sur le fond noir. Néant, Néant, toujours le même nom répété pour une seule vérité : le néant. En écrivant ce nom stupide, je ne fais chier que les mouches. On avance. L'ambiance est feutrée et il fait chaud. De temps en temps, il faut éviter les métros, les encoches sont prévues exprès, on voit arriver les rames de loin.

Tout d'un coup, les emmerdes commencent. Au loin, de st Sulpice, on voit deux gars qui pénètrent dans la galerie. Il me semble avoir vu un clébard, ce ne sont sûrement pas des lascars. Je cours prévenir Kode, on s'enfuit vers st Placide le plus rapidement possible mais la course est malaisée à cause du danger qui est véritablement partout. On débarque à st Placide alors qu'il y a trente mille personne sur le quai. Par pitié, un métro. J'imagine que c'est une chance phénoménale, j'en sais rien, en tout cas, la rame arrive. Je stresse parce que nous avons été filmés sur le quai. A Montpanasse, nous nous dirigeons vers la sortie, ça vaut mieux. Quand je vois du bout du quai un gars en train de courser. Et hop, courade sans même chercher à comprendre. Au carrefour bizarre juste là où commence le tapis roulant, c'est devenu très chaud. Nous nous sommes engagés à toute verzingue sur le tapis mais deux flics de faction se sont également mis à nous courser. Kode se met à hurler : Suis moi. Et je ne comprends plus rien à ce qui se passe. Il monte sur les rebords en tôle le long du tapis et en saute deux. Derrière, qui devient devant, les trois gusses commencent à nous gueuler dessus et grimpent à leur tour. Kode et moi courons à toute vitesse sur les bords en tôle. Nous avons réussi à passer leur barrage parce qu'ils n'étaient pas encore au bon niveau. Kode gueule comme un cinglé : passe devant. Je ne cherche même pas à savoir quoi, je fais. En courant, Kode lâche de la lacrymo. Un gusse essaye de me choper les pieds, je crois que j'ai du le broyer au passage. Kode m'a avoué après avoir aussi balancé ses cailloux pour rayer les vitres, ils ont du s'en prendre plein la gueule. Nous avons été tout droit, toujours en courant. Je ne sais plus où cela menait. Toutefois, je me souviens avoir chopé une rame dans une attente insupportable (au moins 3 mn) et être sorti les jambes flageolantes. Retour jusqu'à la gare Montparnasse à pied et chopage du dernier train vers minuit et demi. Je jure une fois de plus contre les condés. Un plan loupé ça fait mal au cour. Le retour s'est en tout cas passé sans encombres, y compris pour Atyr et Siens qui ont retourné la rue d'Assas.

 

 

 

2 juin

Début du week end bouquin, même si ce n'est pas encore le we. Steinbeck, rue de la sardine et A l'est d'Eden. Céline, mort à crédit. Vian, Vercoquin et le plancton. Bernanos, un crime. La génétique des sols. Pétrone, le satiricon. Goldoni, théâtre complet. Balzac, une affaire ténébreuse. Malraux, l'espoir. et ... Barrès, l'appel au soldat ! Si si, Barrès !!!!!!!!

 

3 juin - 9h55

Le moral qui fait des vagues ce matin, je ne sais pas trop dire pourquoi. Rien de bien important toutefois. Je sais pas, ça oscille. J'avais pourtant mis quelque chose qui crache bien dans le walkman. Bah ! Je vais pas te saouler avec ça, je sais que ça ira bien mieux cet après midi.

On ne peut pas dire que mon futur se précise. Je sais maintenant de plus en plus précisément que je vais venir sur Paris, mais je ne sais ni où ni comment. Il y a de fortes chances que je vienne y habiter seul bien que cela ne soit pas non plus absolument certain : la difficulté essentielle réside dans la gestion de mes envies et. l'encaissement de tout ce qui n'est pas possible. Des rêves, on peut en faire des tonnes tout de suite sans que ça n'engage rien, la réalité elle, est bien plus frileuse. Mes vagues projets niçois ne sont pas abandonnés pour autant. Ils sont mis entre parenthèse. On ne peut trouver de terme plus adapté. A trop s'investir, on finirait par devenir complètement aigri. La meilleure solution me semble donc d'enfoncer tout ce que j'ai en moi profondément, de ne plus y penser. Ainsi, si j'ai besoin de ces ressources un jour, je saurai les ressortir indemnes. Dans le cas contraire, j'aurais trop peur de m'écorcher sur les centaines d'écueils qui se présentent le long de la route. Je suis un sale mioche et ça apparemment, personne ne l'a compris. J'ai pas envie d'aller à l'école, je suis à côté d'une flaque d'eau, je joue avec un bâton et je regarde la lune se miroiter dans les frémissements de l'eau. Paris m'attire culturellement, idéologiquement. Je ressens cette ville comme une infinie présence. Mais en aucun cas je viendrai y habiter purement et simplement parce que les boulots y sont plus intéressants et mieux payés. Avant tout, je travaille pour vivre et non l'inverse. Et encore, je travaille parce que je suis obligé.

Au propos du séjour parisien de Bobin, cela me paraît une évidence que je n'ai rien dit. J'ai trop peur qu'on vienne m'écraser. Je suis si petit, vraiment si petit. (Encore et toujours la même rengaine : je me protège avant de donner). A force d'être dite, cette phrase va devenir lassante. A tout relativiser, j'ai suffisamment matière pour me convaincre de tout abandonner : Bobin connaît certainement trois cent mille personnes, je ne lui apporte rien. Et pourtant. Pourtant, nous nous écrivons de temps en temps. Faut voir que Bobin n'est pas le centre du monde. J'ai tendance à l'idéaliser, je sais bien. Nombreux sont ceux qui affublent sa littérature de termes peu flatteurs. Mais je m'en fous. Je suis même enchanté d'aimer ce que les autres n'aiment pas.

Je ne dis rien et cela est mal perçu. C'est malheureusement le genre de réaction systématique que j'adopte. Quand ça va un peu mal ou un peu bien, cela ne me gêne pas de parler. Les situations d'angoisse extrême, je n'en évoque pas une miette (à quiconque). Les situations de grand bonheur, sont rares donc je les cultive en silence dans le jardin de mon cour. En espérant que ceux qui en pâtissent puissent m'en pardonner.

 

4 juin

Braderie à Berlaimont. Très peu intéressante. Quelques cartes postales de Grenoble datant de 1908. On voit bien St André et la maison de Stendhal en tout petit. Un petit morceau du jardin de ville.

Braderie de Bachant. Inexistante, le calendrier est une fois de plus faux.

Fête du pain à Grand Fayt. Visite du moulin. A l'étage, un grenier magnifique. Je veux bien y habiter ! Rien que dans le grenier, ça suffit tellement c'est trop magnifique ! Du bois partout, des mezzanines. Il ne manque plus que mes bouquins partout...

Des pains partout et surtout, de nombreux stands d'artisanat bien espacés. Il y a du monde mais l'agencement des stands fait qu'on ne se sent pas oppressé. Achat : café, pain, miel...

Un peu plus loin, une brocante. Achat : Supervielle, le voleur d'enfant. Daudet, lettres de mon moulin. Voltaire, Zaïre. Colette, le blé en herbe, Sido, Gigi. Buzzati, le K. La chanson de Roland. Balzac, César Birotteau, Illusions perdues, Eugénie Grandet. Boileau-Narcejac, les diaboliques. Ibsen, Peer Gynt. Chateaubriand, mémoires d'outre tombe. Vallès, l'enfant. Musset, Fantasio, il ne faut jurer de rien. Sand, la mare au diable. Shakespeare, Macbeth. Saint Ex, vol de nuit. Rabelais, pages pédagogiques.

 

5 juin

Je hais les lundis. Il caille, il flotte, je vois la tronche du chef, j'ai pas envie. Ras le bol des éviers trop bas, je fais la vaisselle et prends une douche. Ras le bol ras le bol. Vive le progrès...

 

6 juin

Rien. D'habitude, quand il ne se passe vraiment rien, je passe, je saute quelques jours. Là, le vide est très flagrant. Il ne se passe véritablement rien...

 

7 juin

Manif au soir à Berlaimont contre la fermeture de la poste. Le maire est une pièce et s'exite dans tous les sens. Si la poste ferme, l'ensemble du conseil municipal et moi même donnons notre démission. Chantage ? Bah, je le comprends. Il est maire depuis 30 ans, il a vu partir les flics, la dde, la gare, les impôts, euh, trois points de suspension. C'est la fuite des capitaux. Alors y'a un moment où on a envie de dire basta. Est-ce la bonne manière ? C'est en tout cas un élan sincère. La poste fermera certainement parce que les gros porcs qui tirent les ficelles en ont rien à foutre de la désertification des campagnes, ce qu'ils veulent, c'est des gros chiffres en bas de leur relevé de compte, avec des + bien évidemment.

La soirée s'est terminée bien tard, pas tout à fait comme je l'aurais espéré. Guy, un des facteurs, fumait une clope avec les larmes aux yeux. Tout semble perdu... Que peut-on faire ? ça se joue à l'échelon national. Et Berlaimont les Oies...

 

8 juin

Au matin, le train a du retard. Je cours pour aller au boulot. La journée fut exécrable. Rien à foutre au matin parce que l'organisation du travail est quelque chose d'inexistant ici. Et énorme coup de bourre en après midi. Je re-cours pour choper mon train et finis avachi complètement déchiré le soir.

 

9 juin

Savon du chef au matin. De toute façon, c'est quelqu'un de complètement cyclothymique. Qu'est-ce qu'on peut faire quand en plus, c'est un despote... Bref, lorsqu'il m'a savonné, j'ai pensé au soir où je ramasserai de l'orpin sur le bord de la route, pour faire un chouette bouquet de fleurs. Tout petit et tout jaune.

 

10 juin

Barjavel, les années de la liberté. Hugo : avant l'exil, la légende des siècles. Céline, d'un château l'autre, le pont de Londres. Giono, un roi sans divertissement, le hussard sur le toit. Tourgueniev, eaux printanières. Soljenitsyne, la maison de Matriona. Vian, l'arrache cour. Montherlant, pitié pour les femmes. Flaubert, Salammbô, Mme Bovary. Zola, la fortune des Rougon, le docteur Pascal, la curée, la faute de l'abbé Mouret. Gide, les faux monnayeurs. Chénier, poésies. Dumas, les 45 (2 tomes). Diderot, les bijoux indiscrets. Leroux, le parfum de la dame en noir. Vigny, 5 mars. Anouilh, le voyageur sans bagages + le bal des voleurs. Rousseau, du contrat social. Balzac, le cousin Pons, la duchesse de Langeais, la fille aux yeux d'or. Et... Sade, la philo dans le boudoir, entre parenthèses AH AH AH !!!!

+ bibliothèque : Russo, Zapinette vidéo. Balzac, la rabouilleuse, la maison Nucingen, splendeurs et misères des courtisanes.

Bref, j'ai du pain sur la planche... !

 

11 juin

Couché à 2 heures ce matin et levé à 7. Un peu la tête dans le foin. Direction St Omer pour aller voir mère-grand. Pour changer, je prends l'autoroute des mines. Jusqu'à Cambrai, la route est chiante. Après, à partir de Lens, ça trace bien. On voit le terril de Marles, les 11-17 de Loos en Gohelle, celui de Noud, de Bully, puis au loin ceux d'Auchel, de Ferfaye, de Ligny, du Transvaal.

Arrivée à 11h40. Mémé ne se lève plus, elle est clouée au lit. Elle ne le vit pas trop mal parce qu'elle n'attend qu'une chose, s'en aller. Mes parents étaient là. Mon père en a marre de son boulot et attend la retraite, (encore 8 ans...). Ma mère est plongée dans ses délires et rigole tout le temps. A vrai dire, je pense qu'elle va bien. Mon frère s'est éclaté le nez à coups de batailles de polochs. Toujours aussi défoncé !

Dans l'après midi, direction le jardin public avec Nico qui décidément n'aime ni les golfeurs ni les gamins. Beau spectacle d'une gamine qui hurle dans la poussette parce qu'elle veut marcher, une fois par terre, elle hurle pour retourner dans la poussette. On ne voyait que les jambes qui dépassaient ! Y'en a un autre qui était marrant, chapeau informe et grosse salopette. Démarche pas du tout pas du tout assurée ! J'aimerais bien avoir le même chapeau !

Le soir, nous avons explosé sous la nourriture, gâteaux + gâteaux + gâteaux... Blouargh ! Mémé ne mange plus beaucoup parce qu'elle n'a plus faim (et vomit tout la nuit). Il est tant que son désir se réalise.

Retour par Lille. Arrivée 23 h. Et direct to ze dodo !

 

12 juin

Journée pépère.

 

14 juin

Cela fait à peu près trois mois que je me suis pris une baffe dans la gueule. Avant la gifle, je vivotais, j'attendais que ça se passe. Je pensais que le meilleur était à venir, mais j'attendais ça pour février 2001. Je ne cessais de parler d'une toute petite vie. Le cyclone est arrivé le 7 mars. Si la tornade est caractérisée comme élément destructeur, ici je parlerai de manière un peu maladroite d'un cyclone constructeur. Il n'y a pas eu de désastre. Je dois être un peu

incompréhensible dans mes paroles. Pour être clair, il faut revenir assez longtemps en arrière. J'ai eu quelques passions : il y a eu la sculpture, il y a eu la peinture, la littérature, le graffiti, etc etc etc.cela se déroulait de manière illogique, une passion après l'autre avec des changements brutaux et incompréhensibles. Je n'ai à vrai dire jamais été structuré dans ma façon de faire, je réagis aux passions sans trop y réfléchir, de manière inopinée, je dirais presque comme une personne pas mûre d'esprit. N'empêche que ces passions me permettaient de créer à droite à gauche de petites choses. Au début de mon service militaire, tout s'est éteint doucement. Les passions ont disparues, je devenais peu à peu un robot débile faisant sa tâche quotidienne : le train-train du boulot qui plaît pas. Un seul mot me vient à l'esprit : je m'enlisais dans des sables mouvants, pris au piège par des gens trop imbéciles pour que ça puisse se décrire. Ma description n'est pas encore très claire mais cela va venir.

Face à l'extinction de toute passion, j'ai noyé mon mal de vivre en me cachant la réalité, je ne cessais de descendre dans les trous pour ne plus penser à rien ; je me rappelle d'ailleurs très précisément l'avoir dit, cela signifie au moins que j'en avais pris conscience. Le 7 mars dernier est intervenu dans ma petite vie de crotte un événement qui a tout changé. Sans le savoir, Ninih avait parlé d'une révélation, oui c'était le cas et je me demande d'ailleurs encore comment il a pu percevoir cette petite chose de rien. Aujourd'hui, les passions sont toutes remontées à leur niveau maximal, (pour ce qui est de l'envie). Je disais l'autre jour au téléphone que c'était une émulation. Un tel épanouissement que ça en déborde, ça se transmet aux autres. J'ai intégré cette émulation comme une radiation. Je n'ai rien senti venir, je n'ai rien compris au départ sur ce qui me motivait dans la reprise des anciennes passions. Maintenant, je tire un bilan un peu incroyable. Avant, je sculptais et c'est tout, ou je barbouillais et c'est tout. Aujourd'hui, je fais tout à la fois. Dans cela, je ne veux pas dire que je me disperse. Je prends beaucoup plus de temps à l'accomplissement, ce qui fait que je dors moins. Et tout va plus vite, plus fort. C'est quelque chose quand même de voir comment j'en profite. Mon visage rayonne, mes yeux brillent. Le pire, c'est que je ne suis pas le seul à le remarquer ! C'est que ça doit être vrai quand même ! Le plus positif est de voir que ce n'est pas un état passager, parce que je me connais et c'est typiquement le risque avec moi : je dis un truc un jour et le lendemain, c'est entièrement différent. Je ne dis pas que ce qui s'est passé m'empêchera les moments de cafard. En tout cas, j'ai acquis en quelques semaines une nouvelle vision de la vie qui me permettra à jamais de rebondir beaucoup plus facilement dans les difficultés. J'avais eu du mal à expliquer à Ninih ce qu'était cette révélation - lui ne se souvenait plus avoir dit ça. Je retiens une phrase de Natacha : toi, ce n'est pas l'arc de triomphe que tu vas voir mais la petite plante qui aura réussi à pousser dessus. Voilà donc ce que j'ai retenu entre autres de ce week-end à Paris. Cela peut paraître vexant, je profite toujours de choses un peu idiotes, jamais ce à quoi on s'attend. Ce n'est pas grave tant que je ne fais de mal à personne. Je repense à ce que j'ai écrit, je me rends bien compte que je retrace qu'une partie pour un million de la réalité. Sans être excessif, je ne peux faire plus. C'est comme le soleil. On en profite bien mais on ne va pas lui faire des incantations pour le remercier d'exister. Les mots ne sont pas suffisants. Vu d'un esprit cartésien, ce n'est pas vrai. Une révolution silencieuse a bien plus d'impact que deux trois chaises renversées dans un grand fracas.

 

15 juin

Le pathétique et les montagnes russes caractérielles de ces derniers temps ont tendance à disparaître un peu par un peu, même si ce n'est pas le beau fixe. Je cherche intérieurement à caractériser ce que je recherche et la réalité - sans trop de succès. Mais je sais très bien que je ne suis absolument pas cartésien et donc, tout cela n'a que peu d'importance. Car à la question : quelle est le type de relation que je vis en ce moment, je ne sais répondre. Est-ce de l'amour, de l'amitié, de la fusion, du passionnel ? On peut mettre trois points de suspension sans hésiter. La réponse ne se présente pas d'office parce que c'est tout à la fois. Si cela est relativement facile à vivre dans mon cas, c'est bien différent de l'autre côté. Il est de fait que je n'ai aucune contrainte. Elle, c'est différent. A l'extrême. Oui, extrêmement différent. Ce que j'engage en mon cour n'engage que moi. Pour Elle, cela n'a rien à voir, il faut gérer une situation très difficile. Je caractérise cette situation comme un sac de noud parce que, y ayant déjà réfléchi, il paraît clair qu'il n'y a pas falot de solutions. Le meilleur me semble alors patienter. Etre infiniment patient, indulgent, et surtout ne rien demander. Je n'ai aucun droit. Et la situation actuelle - quoique détestable en sa forme - permet par l'effort de renonciation aux ambitions que je mène de faire profiter un peu au passage. Doit-on se priver de tout cela ? De mon côté, il est clair que cette solution m'horripile. Pourquoi se priver d'être bien : je ne demande rien après tout ? Le pathétique s'en va donc dans la benne. Je préfère m'attarder sur des trucs qui font plaisir plutôt que sur des prises de tête mille et mille fois retournées. Ce que je veux, je l'ai déjà décrit très précisément. Mais je ne suis pas seul et de surcroît, j'ai affaire à des humains. Et bien donc : je range ma main de fer, je range mon opiniâtreté de quand je désire que quelque chose, je range mon amour propre et 5 minutes je pense aux autres. Il est devenu complètement clair que je profite d'une situation égoïstement. J'aurais du mille fois m'effacer. Mais cet effacement est-il vraiment possible ? Je ne le désire pas et je pense ne pas trop me tromper en disant que c'est réciproque. Le but est donc de mener la barque sans que tout y coule. C'est à moi que revient ce rôle. Le plus important est de rester humble. Je ne suis que ce que ce je suis. Ce n'est pas grand chose. Je n'ai rien à réclamer. Je suis trop petit pour venir mendier quoi que ce soit. J'ai à ce qui paraît un caractère très propre mais pas repassé. Petite phrase insignifiante balancée là au hasard mais qui me fait bien rire. Ca me fait penser à mes cheveux. Ça pousse en ce moment ! De quoi exécrer au moins 70% des gens qui m'entourent ! ça devient comme une pâture non tondue, la folie des herbes au printemps qui courent partout, manque plus que les fleurs ! Je divague et cherche à échapper à la réalité. Tant pis, la réalité je m'en fous, je la mets de côté pour l'instant. je me dis que par quelques tournures d'esprit un peu étranges, j'arrive à faire plaisir. Et bien cela me conforte complètement à continuer. S'il y a des conséquences, je serai celui qui paiera le plus cher mais peu importe. Le don de soi n'a pas de prix et . comme disait un prof de philo dont je ne me souviens plus le nom : il n'y a que la vie qui se risque.

 

17 juin

D'un rêve à l'autre. Séance de 19h30, j'ai cru que j'allais m'y endormir. ce film est digne des plus grands navets que je connaisse et l'on ne peut pas vraiment dire que cela remonte mon estime envers les amerloques. Il ne faut bien sûr pas faire une généralité de Demi Moore, je sais bien.

Le scénario n'est pas complètement à chier. Il s'agit d'une histoire de rêve qui se mélange avec la réalité, pourquoi pas... C'est je crois le seul point positif. Pouah ! ça fait pas lourd ! L'interprétation : nulle à chier. Les personnages de l'histoire sont complètement stéréotypés et ce n'est pas pour arranger les choses. Demi moore a systématiquement les mêmes mimiques à tel point que ça en devient CARREMENT lassant ! On a eu le droit au moins quarante fois au : ah ! je souffre, je ne peux te le dire, snif, laissez moi mourir, avec un masque de plâtre. Les autres acteurs sortaient des phrases fausses. Des je t'aime comme je veux manger une tranche de jambon, (et encore, des fois cela peut se dire avec un air enjoué). Je dirais alors : des faisons l'amour mon chéri comme je vais au toilettes. Mouih, voilà.

Les lieux : une partie en France, une partie à NY. La vision de NY est apologique. Toujours les mêmes images, c'est d'une platitude dramatique. ça donne vraiment pas envie. Mais ce qui est encore mieux, c'est la vision de la France qu'ont les amerloques. Un petit patelin en Provence, ça ne se passe pas à Wittelsheim bien évidemment. Le stéréotype est poussé jusqu'au bout : dîner dans une cave de château abandonné DESERT et très très propre. Si si, ça existe, le décor est superbe. On ne se fout pas de notre gueule... Bien sûr, on a eu le droit au pinard et au fromage... Et... Au fenouil avec grand rires. Et oui, LES FRANCAIS MANGENT DES PLANTES MÊME PAS EN PLASTIQUE. AH AH AH !!!! Sinon, l'éternel : la France c'est paumé et y'a que des romantiques fleur bleue qui ont des 504 décapotables. MINABLE.

L'histoire : Le manque de délicatesse m'a brusqué très fort. Les américains, ils ne savent pas suggérer, il faut montrer. C'est nul à chier. Je me suis demandé si je n'allais pas partir avant la fin à la quatrième scène de cul Jacques et Paulette. Je leur conseille de lire Vatsyayana. ça ne leur fera pas de mal... Sinon, que dire d'autre... Toutes les scènes étaient en double (rêve et réalité. Largement ENDORMISSANT. Bref... Un navet, même pas le goût de la sauce pour s'en remettre. BERK.

 

18 juin

Week end pépère dédié de A à Z à l'adoration zonzounettique. Cette adoration a été tellement poussée que j'ai vaguement ressenti un mimétisme : j'ai dévoré tout le sachet d'olives vertes. (En plus des cornichons, des radis et du chocolat). En mangeant les olives les unes après les autres, je me disais la bouche pleine : non je ne dois pas, mmmmmmm, qu'est-ce que j'ai fait. Et puisque le sachet était commencé, bah. je ne peux plus l'envoyer. Donc. Mmmmmm, qu'est-ce que c'est bon !!!!!! La nuit du samedi au dimanche fut chargée, outre le fait que j'ai planté mon adresse de serveur (io-ko@salamandrik.fr)), j'ai pu me rendre compte avec un semblant de dépit que je ne sais plus trop bien tenir une nuit blanche. J'ai tout de même pu avancer correctement mon volume de correspondance. Je suis en train de remettre en page tout le courrier depuis mars dernier et je ne doute pas sur le fait que cela atteindra les 666 pages sans problème. C'est toutefois très long. Je n'en ai encore fait que un dixième.

Le dimanche fut on ne peut plus calme. Mal au crane à décorner un gnou. Faut voir que j'ai un peu cramé au soleil hier en lisant " si j'étais Dieu. " et cela est loin d'arranger les choses. Suite à un grand sentiment de culpabilité, j'ai trié toutes les factures et relevés de comptes. Un bordel assez conséquent. Au soir, j'ai failli tomber par terre une fois de plus tellement. tellement ce qui m'arrive est beau ! Je me posais la question sur quand est-ce que j'étais né. Je ne me la pose plus. Le petit traité concernant le mauvais caractère des salamandres y répond sans ambiguïté.

 

19 juin

En allant à la poste, un cannipisseur gros comme deux oufs de poule a essayé de me chiquer la jambe. Faudra manger un sacré tas d'os avant que t'y arrives, mordilleur de moucherons. Le gars de la poste a fait la tronche quand je lui ai dit que je voulais 60 timbres de collection et les plus différents possible. C'est un peu triste en ce moment, ce sont toujours les mêmes.

J'ai copié King Crimson pour partager. Il faut que je bidouille avec un feutre et un caillou pour que ma radio marche. Je sais bien que ces deux outils peuvent paraître étranges mais. c'est entièrement vrai. Je ferais bien lire " si j'étais Dieu " à Ninih. Je doute qu'il apprécie mais je ne jure de rien. Copies en cours.

Ce midi, le train était évidemment en retard. J'en ai profité pour terminer les splendeurs et misères des courtisanes. C'est de loin celui qui m'a le moins emballé pour l'instant. Dans le train du retour, je rêve les yeux se posant sur la verdure au dehors. Il y a des digitales le long de la voie ferrée. C'est très beau. Mes délires parisiens et niçois me reviennent en tête. Sans cesse. Je ne suis plus composé à 80% d'eau mais 80% de Badoit. Hummmm, non, je préfère San Pelegrino. Mon cerveau fait des bulles !

 

24 juin

Achat de l'orphéo et du couronnement de Popée de Monteverdi puis la flûte enchantée de Mozart.

Relecture de Jean Luc Poisson. J'avais trouvé ce livre suite à la lecture d'Albert Russo, édité également aux éditions hors commerce. J'avais été assez intéressé par son récit - un peu de décalage, beaucoup d'humour, de la profondeur. Comme à mon habitude suite à une satisfaction, j'ai cherché un peu tout ce qui existait dans cette édition. Il faut dire que ce ne fut pas une paire de manche, dès que l'on sort du galligrasseuil, il ne reste que les éditions France Loisir et la tristesse de certaines bibliothèques serait à chroniquer ! Quoi qu'il en soit, gisaient comme quasi mort deux livres à tranche bleue pour un nom qui leur convient bien : Poisson. Bah ! à coup sûr, on lui a fait cent mille fois ce coup là, je retire ce que j'ai dit, c'est stupide. Je regarde la fiche d'emprunt, personne ne les a jamais pris, (alors que ça fait 5 ans qu'ils sont là). Je commence déjà à croire à la perle, je n'étais pas au bout de mes peines ! Morts ? non, encore un petit souffle de vie, léger.

Les mémoires de la ville, la tribune C vue de dos. Je remarque avec amusement et intérêt l'édition de madame Léonardo chez Ph. Olivier. Ce genre de détails m'attire fortement. Sortir des généralités du genre : les meilleurs bouquins ne sont que dans les petites boîtes, ce serait une considération proche de la bourde. N'empêche que je ne suis pas loin d'y croire quelquefois. A première vue, la couverture des mémoires de la ville me plaît, un visage peint on ne sait trop comment et une apparence complètement déchirée, surtout au niveau de la bouche. On est un peu dans le symbolisme, le message est en tout cas très clair je crois.

Bon... j'arrête de zonzounner, je rentre dans le livre. Un extrait de Geoffrey Barton. A coup sûr un bouquin qui lui a plu. First mission : trouver qui c'est ce type. Première phrase du livre : "La bête était de taille moyenne, l'espèce la mieux vicieuse car la plus répandue, ainsi pensait Gulf, il guettait". Les acteurs, ce sont les rats, puis Gulf. Entre eux et lui, tout l'attachement, toute la haine aussi. Entre la haine et l'attachement : le passé. Le déroulement du récit est d'une rare violence. Ce n'est pas vraiment des découpages à la massacre à la tronçonneuse, il s'agit plutôt je crois d'un déchaînement de violence dans les sentiments. La souffrance de Gulf est absolument discrète. En approfondissant, on la trouve, on la palpe, on la vit, on s'y retrouve, on la porte. Le vocabulaire utilisé est assez typique, pour n'importe quelle page, j'en prends une au hasard, la première tiens ! Vicieuse, coups bas, veulerie, caniveau, indifférente, croûton, vieille semelle, efflanquée, lambeaux, cruel. Ce serait réducteur de dire que cette série de mot porte l'ensemble de la représentation du livre, cela en donne toutefois un bel aperçu. Et puis l'association mieux et vicieux, marrant de mettre ce mot mieux au lieu de plus. Cela met une connotation positive sur vicieux. J'arrête là d'analyser parce que la joie d'avoir eu un tel bouquin dans les mains ne réside pas là.

A vrai dire, j'avouerais que j'ai été complètement retourné par ce livre. Poisson, y m'a pris par les pieds, y m'a foutu à l'envers et il m'a frappé la tête au sol. Boum boum boum Vincent. Tout les trucs de ma vie qui me reviennent en pleine gueule. Dernière phrase : l'adolescence massacrait l'enfance alors qu'un adulte bas d'épaules abandonnait la scène, la réduisant au carton pâte d'un décor. Est-ce moi qui parle ici ? Non, c'est quelqu'un d'autre qui prend la parole et qu'il l'exprime en plus vrai, plus poignant. Mes bouquins à côté me semblent pâle figure. Je n'y exprime qu'un tiers de ce que je veux - il y a que je suis encore jeune, oui je sais.

Ma décision est prise, il faut que je lui écrive. Oui bien sûr, mais quoi ?? Lui faire un courrier qui décrit par A + B que ses bouquins, y sont super... Bah, y'en aura des dizaine qui l'auront mieux fait que moi. Je me sens tellement petit, qui suis-je pour lui écrire ? Bah, au moins une crotte de rat - lui ayant disserté sur ces petites bêtes unanimement détestées par l'imaginaire collectif arrivera bien à tolérer mon courrier... C'est ce que je me suis dit... 3617 annu, j'apprends qu'il y a 16 JL Poisson, je ferai transiter par la maison d'édition. Qu'en sera t'il de ce courrier ? Mon seul but je crois, c'est d'essayer de faire plaisir. Sera-ce une réalité. Je ne le saurai jamais et ce sera sûrement mieux comme ça, à vrai dire, je me sentirai mieux en pensant avoir fait un don gratuit ne réclamant rien, ni réponse ni commentaire.

Reste ces bouquins, que j'ai acheté maintenant. Perdus dans ma bibliothèque de trente mille livres, perdus dans mes soixante-six milliards de lectures ? Non, je ne crois pas. Pour reprendre une de ses expressions : le soir ne tombe pas. C'est difficile de classer mais je crois que ce livre restera à jamais dans le peloton de tête de ceux m'ayant le plus marqué. Je parle de lignes, d'encre, de papier. Derrière tout ça, l'homme. J'aurai beau imaginer les moindres petits détails, je me sais d'avance complètement dans le faux. Dans tout cela, le marasme dans ma tête - avant tout rester simple, parce que le message n'est pas plus compliqué que d'amener la réponse à la question : pourquoi on vit ; cela, c'est tout et rien à la fois, tout surtout. Il fallait remercier pour ça.

 

Le soir, feux de la St Jean. En me promenant, j'eus la surprise de tomber sur Bouzouky, l'enfant de Bouzouk. W-qejkfghzeruoyfgjzerhfgzeuiogyf ? Ah mais oui, c'est la St-Jean !!! Je cours chercher le magnétophone pour tout enregistrer (en prévision d'une new cassette). Afin de préciser, Bouzouk est le dragon de Berlaimont, 14.06m de long, bouche de 5m avec grandes dents et beaux yeux ! Bouzouky fait entre 3 et 4 m, l'accouchement a certainement du être difficile !

La retraite se fait au flambeau, les enfants ont des superbes visages, c'est magnifique, ils sont beaux. Devant le collège, ce sont les petits qui ont allumé le feu ; des flammes de 20m au bout d'un quart d'heure. J'ai tout tout enregistré avec pas mal d'émotions. Toujours pour la même raison, ici, ce n'est pas le feu qui est le plus beau mais la lumière dans les yeux des gamins qui font le zigue en tourbillonnant partout. Retour à la maison vers minuit. J'ai le cour enchanté de la surprise.

 

25 juin

Fête du cinéma. Américan psycho, le battement d'ailes du papillon, une vie à deux.

Américan psycho : si j'ai été voir ça, c'était principalement pour pouvoir en discuter deux trois lignes avec Ninih. A vrai dire, je ne sais trop exprimer ce que je ressens pour ce film. L'introduction est assez originale, le fond blanc met mal à l'aise. Sans vouloir tout raconter, je dirais que je ne suis pas d'accord avec ceux qui ont dit qu'on y comprenait rien. Mystérieux certes mais je crois que c'est volontaire, quoique la fin ne laisse pas beaucoup d'expectative. La description de la richesse et de l'excellence est je crois assez proche de la réalité : attachement aux bons vins, aux beaux vêtements, aux parfums, à l'entretien du corps dans les moindres détails. J'y ai retrouvé Ninih en bien des endroits, précisant toutefois que cette considération a des limites étant donné la personnalité du rôle principal. Bonne rigolade quand j'ai vu la cravate jaune sur chemise bleue. On retrouve malheureusement toute la grossièreté des américains, les scènes de cul sont absolument terrifiantes - c'était peut-être le but d'ailleurs. Que dire ? Bon film ou mauvais film ? Il y a beaucoup de monde qui est parti avant la fin, cela ne m'étonne pas. Isolément, il y a quelques bonnes idées, en comparaison avec d'autres, je ne retiens qu'un lot d'images ne cassant pas trois pattes à un canard.

 

Le battement d'ailes du papillon. Sans rien détailler non plus, je ne peux mettre de commentaires autres que... magnifique. C'est un film entièrement simple, on accroche à cent mille pour cent dès la première image - qui pourtant n'est pas facile. C'est peut-être culturel mais dès que c'est un film français, on se retrouve beaucoup plus facilement.

Les acteurs jouent très franchement, on en oublie que c'est un film. Au vu de l'histoire - toute gentillette - on pourrait se dire que ça reste banal, mais le thème est traîté avec une grande richesse. Diversité des personnages et de situations, côté arabisant fortement mis en valeur (ce qui n'est vraiment pas pour me déplaire). De plus, l'actrice principale n'a pas que des bons côtés, l'aspect anti-héros est agréable. Le plus choquant est la ressemblance absolue entre Irène et Nora. Sans mentir, j'ai regardé les noms à la fin pour voir si elle ne m'avait pas caché ça ! Les mêmes cheveux, la même bouche et surtout les mêmes yeux. Etant donné le contenu de l'histoire, j'ai été très déstabilisé.

Je garde dès maintenant un bon souvenir. Mais je crois que les images qui vont fermenter dans mon cerveau vont laisser un jus d'une qualité dont je ne saurai parler sans beaucoup d'émotions.

 

Une vie à deux. Petite salle à Valenciennes et décor obsolette. Marrant. Le film quant à lui est différent de ce à quoi je m'attendais - rien qu'au nom de Bruce Willis - soit un navet. Les amerloques ont remonté dans mon estime. Reste cependant une critique qui sera très mitigée. J'ai ressenti de grandes difficultés durant les trois quart du film si ce n'est plus parce que ce sont des scènes qui me déchirent. Les milles et une façons de se battre dans un couple, ce n'est pas ce dont à quoi je veux rêver même s'il est évident qu'on ne peut passer au travers. L'histoire finit bien malgré tout et les seconds rôles sont intéressant. En deux mots : trop déchirant. Je n'adhère pas. J'en ressors en miettes.

Prévisions pour demain : Valenciennes au soir et Maubeuge pour après demain.

 

26 juin

Fanny a planté son exam. Soirée prise de tête. Je lui propose d'aller au cinéma pour qu'elle ne pense plus à rien. Mon voisin le tueur, comédie légère, voire trêêêêêês légère. Bah, pour dix balles, ça ne fait pas de mal. Le macdo de Marly a cramé ; avec la Briquette juste à côté, les murs noircis font maintenant très " couleur locale ". De toute façon, ce n'est que du plastique, ils n'auront pas de mal à remplacer.

 

29 juin

Grande sensation aujourd'hui à la cantine. J'avais promis d'apporter mon pain au belch'. Tout le monde en profite et le mange avec plaisir, c'est quelque chose qui me plaît ; je me serais par contre vraiment bien passé des éloges : humm, tu es un chef. Je ne suis le chef de personne, c'est bien compris ça ??? Est-ce que j'ai une tête à être chef, nom de non ! Superbe ballade hier soir, où je dépouille un groseillier. J'adoooooore les groseilles ! Dans les roseaux, il y a des pousses qui font le double de ma hauteur et les photos que j'y ai faite risquent d'être amusantes. Je viens de réaliser toute une série de clichés sur les endroits de mes bouquins, les endroits que j'aime bien aussi. C'est marrant parce qu'à force d'en parler, ce n'est plus mon livre qui retrouve les paysages mais les paysages qui retrouvent le livre. Je cite " à la sortie de la gare, tu as aperçu les trous, la rue du Berceau en travaux - cela dure depuis des mois " La photo en témoigne complètement : tonneaux, rubalises, tracteurs, compresseurs, etc.... Et dans les roseaux, quand les pieds de Quentin deviennent des racines, là aussi, le paysage vient donner tout ce qui a été écrit. Ce renversement de rôle est amusant. C'est un peu prétentieux mais tant que ça n'implique personne d'autre dans le jeu, cela ne me dérange pas.

 

1er juillet 8h05

Je prends mon courage à deux mains ce matin et je décide d'écrire un courrier à quelques auteurs tenus en idole. Caroline Babert, les méandres de la Moselle. Abraham, Fort-Cigogne. Siesling, chant de carpe. Antoine Ristori, les îles de mémoire. Ces courriers sont bien évidemment très personnalisés, il ne s'agit pas de lettre type recopiée à chaque fois. Il est clair que je ressens beaucoup de confusion, il est dur d'écrire à ces gens là sans se sentir gênant. Alors j'essaie de faire simple, aussi agréable qu'un oiseau qui pépie dans le ciel. J'ai bien dit j'essaie, bien sûr. La plupart sont dans l'annuaire et il n'est pas bien difficile de les retrouver. Il n'y a qu'Abraham dont j'ai du faire transiter le courrier par " le temps qu'il fait ". Dans ces courriers, je ne parle pas de mon écriture, je ne voudrais pas reproduire la même chose qu'avec Bruckner : vous écrivez, copiez-moi votre livre s'il vous plaît + insistance lorsque je lui ai dit que mon écriture gâcherait son temps libre. Voilà donc quelques timbres foutus en l'air pour le plaisir d'un rayon de soleil.

 

Autre sujet : Z. Celui-ci a refait une crise hier soir et je ne sais ce qu'il a. J'ai eu peur une nouvelle fois qu'il ne passe pas la nuit, il l'a passée toutefois. J'ai bien peur que le jour où j'enverrai le faire-part s'approche. En attendant, je ne sais trop que faire pour arranger la situation. Je lui refais sa caisse souvent, je lui laisse de l'eau et toute la nourriture qu'il aime. L'herbe soit disant empoisonnée d'il y a 10 jours me semble hors de cause, justement de par cette crise hier soir qui était inopinée. Problème cardiaque, pulmonaire ou tout simplement dépression, je ne saurai dire. Son comportement troublant me ferait presque penser à la dernière solution, mais chez un cobaye choyé comme c'est pas possible, ça existe ??? En attendant, je croise les doigts.

 

Ma lecture de Balzac s'intensifie. Avec les autres auteurs, j'ai lu 1975 pages cette semaine et je n'en suis pas peu fier. Je suis obligé de lire d'autres auteurs en même temps que Balzac, sinon je me lasse. En tenant compte de cette contrainte, j'ai calculé que je devrais avoir terminé les approximatives 27000 pages balzaciennes pour dans trois mois. C'est un score qui me plaît. Dans la même démesure, j'ai tiré cette semaine le bilan de ma correspondance actuelle avec Natacha. Dans un in-folio 15*21, corps arial 7, j'en suis à 1496 pages. C'est une estimation puisque je n'ai pas encore terminé la mise en page. C'est en tout cas beaucoup plus important que ce que j'imaginais. Le travail de mise en page est donc titanesque. Internet ne formate pas le texte, il faut donc reprendre ligne par ligne pour que ce soit justifié. Ce n'est toutefois pas tant une horreur puisque cela me donne le plaisir de tout relire ! En format word, j'en suis à 3.47 mégas. C'est lourd à manipuler et je crois que je vais scinder cela en plusieurs entités.

 

J'ai en tête depuis quelques semaines d'aller à Weimar et Leipzig avant de déménager en janvier ou février prochain. Une seule idée : suivre les traces de Bach. Aller voir les églises où il a joué, parcourir le chemin qu'il a fait à pied pour aller voir Buxtehude, tenter de voir sa maison si elle existe encore, visiter les musées dans le but unique de voir ses partitions. Ce qui m'embête magistralement, c'est que je ne sais pas un mot d'allemand. Ce serait plus facile d'aller sur les traces de Balzac mais ce qui est malheureux, c'est que c'est déjà fait. Et puis Bach me fascine. La faisabilité de ce trip là est en cours d'étude !

 

1er juillet 22h05

Direction Dour pour le festival. L'entrée, c'est 3000FB ce qui me force à faire demi-tour sans trop d'hésitations même si ça me parait bien et même si je sais Horace Handy là. Faut pas déconner, c'est bien trop cher, il n'y a presque que des groupes amateurs. La semaine prochaine, il y a la même chose à Mons, j'irai et on verra bien. Direction les énormes terrils du carreau du Borrinage. Je décide l'ascension du pointu qui me parait très ardu. Outre les nuées de taons qui en voulaient à ma peau, j'en ai bavé. les pentes étaient très raides, au moins 60 degrés, voire 70 je pense en certains endroits. Deux heures en tout pour 110 mètres. Beaucoup de ronces et d'aubépines, je suis revenu crapé ! Mais quel paysage en haut !!! Très vertigineux. J'en profite pour ramasser des échantillons. C'est un charbon maigre, limite lignite. Tiens, serais-je en limite du bassin ? Ma carte minière me montrera rapidement que ce fait est confirmé. Suite à la descente, je voulais prendre un café mais au vu de ma silhouette de bohémien, j'ai évité. Je me suis contenté d'un bounty. Direction Autreppe. J'ai fait les photos du coin des trente saules, nouvelles qui traîne mais que je devrais terminer d'ici peu. Les maisons sont véritablement enfouies sous les plantes et ça me plaît ! La statue est toujours là. Derrière les fourrés, la silhouette d'un cheval. Crevé, je rentre. J'établis l'itinéraire de demain, une grande partie en Belgique. Beaucoup d'impro aussi, c'est nécessaire. Demain départ pour un séjour poétique. Je vais beaucoup profiter du calme de l'eau. Peut-être aligner deux trois vers, qui sait.

 

2 juillet

Départ à 6h00 pour Monthermé dans les Ardennes françaises. Arrivée à 7h45. La Meuse est calme et pleine de brume. Je l'adore. Si je pouvais dire je t'aime à une masse d'eau, je le ferai pour elle. Peut-on ressentir autant de bonheur de pénétrer un site qu'en faisant l'amour ? Là encore, la question est posée et porte une lourde charge de sens. Ces eaux calmes m'apaisent beaucoup.

Je décide de commencer par le plus dur, monter une colline sapinnisée semi-déserte. Le point de vue est magnifique et je fais 30 000 photos pour Natacha. La montée a été longue et je me retrouve au point de départ après avoir fait une longue boucle vers 11h45. Au passage, j'ai découvert un site d'ardoisière souterraine.

Le repas au bord de la Meuse est simple et tout plein de charme. Juste après, je monte dans un autre site désert. A 500 m de haut, je suis le Ru de la Gire, un ruisseau bucolique. Dans un endroit édenique, je me dévêtis et profite des dons de la nature : eau, soleil, calme, en un mot : bonheur-simple. Je larve pendant deux bonnes heures puis décide de remonter.

Je quitte Monthermé pour Thillay. Longer la vallée de la Semoy me paraît faisable. A l'endroit d'une passerelle étrange, je trouve le moyen de m'enfoncer dans la nature. Là encore, le lieu est bucolique. Avec ma main, je joue avec les alevins et croise au hasard une couleuvre. Très belles photos aussi.

Continuation vers les Ardennes belges. Bohan puis Vresse. Faux pont d'Avignon et site touristique désagréable. J'ai un peu la tête qui tourne et vais commander un jus de pamplemousse ! Je décide de commencer le retour. Direction Charleville (ville moche). Là, j'ai du m'arrêter trois quart d'heures à cause d'un orage démentiel. On y voyait vraiment plus rien.

Rien à signaler pour le retour sinon qu'Hirson a l'air d'une ville de ploucs.

 

6 juillet

Spécial animaux de la ferme.

Au matin : vaches. Enfin, plutôt des viaux. Dans une pâture, un gars en train de coller une affiche de pub, deux seaux de colle à terre dans l'herbe. Les viaux n'avaient pas eu à manger. Ça n'a pas loupé, y'en a un qui s'approche et plouf, le nez dans le seau ! Le colleur s'énerve. Il lui colle un coup de balai dans la tronche (c'est le cas de le dire). Méeeeeeeeeeuuuuh. Il recommence son boulot. Et re-plouf, le nez dans la colle. C'est que ça doit être bon ! C'est la maladie de la vache colle ?

 

Au midi : poules et caquetages. Le mois de juillet me donne l'occasion de manger au centre aéré avec 17 personnes venant de la mairie, (pas des services techniques). Et patati et patata. Et gna gna gna, cot cot codec. Babillage étourdissant. Les choses dites volent très haut. C'est d'un inintéressant tout à fait provincial. J'ai beau être un poussin, je ne fais pas piou piou pour tirer la révérence à toutes ces poulettes-commères détestables. Je bouffe mon poulet et me prends une réflexion : pas très bavard s' t'homme. J'ai manqué d'être malpoli.

 

7 juillet

Juste après le boulot, sans rentrer à la maison, direction la Belgique. Pour le 12eme festival se déroulant non loin de Mons.

Arrivée à 18h30. Il y a des bagnoles partout. Garage de la caisse à 3km de l'entrée. Le chemin pour arriver à l'entrée est balisé, c'est une "route" pavée. Toute pleine de boue et bien glissante. Les gens qui passent dans l'autre sens ont des têtes de "rebelles" ! (d'où l'expression systématique pour qualifier les gens étant venu : les rebelles. Je remarque que les pattes d'eph sont revenues à la mode, beaucoup de monde avec des roots aussi. Cheveux sales = norme ! Difficulté d'achat du billet. C'est pas donné quand même : 2100FB... Passage des molosses qui contrôlent les sacs, mon appareil photo passe, ouf. Pas les petites cuillères par contre que je suis obligé d'abandonner, (on sait jamais, je pourrais crever quelqu'un avec !

 

Paysage : Des chapiteaux. Deux scènes en plein air et trois sous abri. Sinon de la boue, de la boue et de la boue ! J'avais dit : "c'est pareil que woodstock mais sans la boue". Erreur. C'est pareil un point c'est tout ! En moins de dix minutes, je ressemble à tout le monde ici, je suis cradingue. J'explore. Il y a au moins dix mille tentes. Ça s'étend sur des kilomètres. Sans oublier pour bien décrire le paysage les déchets éparpillés absolument partout.

 

Deux cent vingt groupes sont présents, (sur quatre jours). Je ne vais pas faire la liste parce que cela n'a pas grand intérêt. Je vais plutôt décrire les groupes que j'ai vus.

 

18h00 Rachid Taha. (Raï) Mmmmmm, en voilà un que j'aime bien. Il porte un genre de bonnet-chapeau étrange rouge. Enorme ovation lorsqu'il commence "ya raya cheb asnim". Je chante avec lui, (pas sur scène cela va de soi !). J'arrive à m'approcher à 5 mètres. L'objectif de l'appareil me précise bien les distances. Grande présence sur scène.

19h00 Burning Heads. (Rock Fusion). Musique assez peu originale mais gesticulation scénique digne d'intérêt.

19h30 Felix da housecat. (Goa) Ca bouge bien. Lasers dans tous les sens mais c'est malheureusement un peu toujours la même chose.

20h00 Fishbone. (Rock Jazzy). Le gars est défoncé, chapeau melon rouge et tête de mort stylisée sur son t-shirt. Ça ne dure pas longtemps parce qu'à force de tout arracher, il se retrouve quasi à poil sur scène. Son agitation fait un peu fabriquée et la musique est trop forte.

21h00 Fence. (Pop). De bonnes idées mais on retrouve la pâle copie d'oasis, qui eux même sont une pâle copie des Beattles. Quelques accords complètement faux. La disposition de la tente est ridicule et à trois mètres du groupe, on ne les voit même pas. Ennui.

23h00 Motörhead. (Rock). A 1m50 du chanteur, si si c'est possible ici ! Look barbu et un peu fabriqué aussi. Retard et répétition insupportables.

A noter, juste à côté de moi, un type qui sort un sachet d'héro. Mouah ! rien que ça !!

0h00 An Pierle. (Casserole). Une femme seule et son piano. Horreur ! The return of Barbara mais en 1000 fois pire. Massacrage de piano et chantage complètement faux. Je me casse.

 

8 juillet

Boue encore plus omniprésente. Je suis un déchet marchant ! Il y a tellement de déchets par terre qu'on se couche dedans, personne n'en a rien à foutre. C'est du dégueu dégueu et ça me fait bien rire.

 

13h00 Léa. (Rock français). 2 mètres du chanteur. Assez bonne présence sur scène. Le gars a la photo de sa femme sur la guitare. Bonne ovation lors du titre : la masturbation, je ne connais pas. Ma âh âh !

15h00 10000 women man. (Rock). Assez bourrin, le bassiste joue très bien. J'arrive à tirer des portraits intéressants, avec mélanges de couleurs vertes et violettes.

16h00 A. (Casserole). Nul à chier. Ipleu. Bonjour pour la boue à venir ! Le public redemande une autre chanson. I don't understand...

16h30 Earl16 & mafia fluxi. (Reggae). Assez basique. Bons cuivres. Beaucoup de monde.

16h45 dj jan van biesen (rave). Assez basique aussi et aucune présence sur scène. D'ailleurs, y'a personne, (pas de public).

17h00 Laïka (Pop-rock). Le gars aux claviers a un dinosaure en plastique avec long cou articulé sur le devant du yamaha machin truc. La bonne femme qui chante a l'air complètement shootée.

18h00 Israel vibration (reggae). Noir de monde. Le gars a des béquilles, il arrive quand même à bouger. Il chante extraordinairement faux mais le public ovationne. Que demande le peuple ? Grosse drache.

19h30 Cornu (rock). Une basse, un violon et une chanteuse. Pour une fois, les paroles sont intéressantes. En plus, la bonne femme est virtuose. 5 mètres, j'arrive à tirer de bons portraits. MEGADRACHE !

20h30 Dehors, ce n'est même plus de la bouillasse, ce sont des mares. Mes deux pantalons sont complètement imprégnés de boue partout. Je suis mégacrad ! Tahiti80 (rock tahitien!). Un chevelu et un gros. Le gros se fait ovationner "Pédro Pédro Pédro". Très bonne présence sur scène mais la musique est une fois de plus trop forte. Même avec les boules quiès, je décolle complètement...

0h00 Agnostic front (Hard rock). Pogos et musique ultra violente. C'est une horreur pure et dure. Ça rend violent, on a envie de tout défoncer...

 

9 juillet

14h00 De Bossen (Rock). Bon son. Deux femmes dont une à la batterie, très énergique. Ça crache bien et l'on se laisse bien emporter par la basse. Ambiance bon enfant.

15h00 Kamino (Rock). Quatre gars. Au vu des attitudes, on cherche à imaginer les couples. La musique est par contre un peu basique et c'est dommage.

16h00 La tordue. Pas venu. Un moment étrange avec un trou partout, il n'y a plus de musique nulle part, les gens s'impatientent les pieds dans la boue et l'on se demande un peu comment ça va tourner.

17h00 Dead Prez (Rap américain). Nul à chier. Banal et affligeant.

17h05 Sharko (Rock belge). Le gars est un clown. Il saute dans le public, jette son chapeau en l'air (et n'arrive même pas à le rattraper!) difficultés aussi pour remonter sur scène, il se vautre ! (même pas fait exprès). Bref, c'était pas fort terrible mais après un trou où l'on croyait que tout allait être annulé à cause de la pluie, on s'est bien marré.

18h00 Ignatius (Rock français). Un gars aux claviers et une basse. Manque de modestie. Ça grève tout. De plus, la musique est assez confuse. Bref, je me tire et je fais bien parce que :

18h30 Vénus (Rock belge). Vraiment terrible. La balance est bien réglée. Plein d'instruments dont de nombreux originaux. On est emballé à 100% !

20h00 Daniel Hélin (chanson belge). Là aussi, grande surprise. C'est la révélation d'ailleurs. Au moins autant de talent que le vieux Brel, (je n'en rajoute pas, c'est clair que ce type a tout pour plaire). Poèmes, paroles délirantes mélangées à des paroles profondes, aspect revendicateur, justesse du chant... Une montagne !

21h00 Autour de Lucie (Rock français). Ambiance étrange avec un éclairage très sombre + fumée. On sent ici la différence entre les pro et les amateurs. Les pros n'ont pas besoin de faire du cirque pour captiver l'attention. Musique assez originale. Nombreuses photos. Je suis à 4 mètres de Valérie Leulliot.

22h30 Louise Attaque (Variété française). Beaucoup de monde bien évidemment. Mais le public reste simple. Ca bouge beaucoup, ils sont vaniteux et ça ne retire pas le fait que leur musique est assez terne mais c'est un bon moment tout de même.

0h00 113 clan (rap français). Nul.

 

Retour à la maison. Plus rien de sec, montagne de boue, j'en ai pour une semaine de nettoyage !

 

11 juillet

Journée atroce. Tiens, pourtant, on est pas lundi ?!?!?... L'horreur commence à 8h15, même pas le temps d'arriver à la mairie. Je passe rue Mirland et qu'est ce que je vois ? Toutes mes tranchées complètement éboulées de partout. Le terrain glaiseux s'est complètement détrempé et durant la nuit, tout a foutu le camp malgré le blindage en certains endroits. En fait, c'est assez complexe. La pluie a emmené des morceaux de chaussée au fond, ceci ayant pété des canalisations d'eau potable. La flotte jaillissant de partout s'est mise à creuser. Bref, Verdun, l'apocalypse. L'entreprise est au bord de la crise de nerfs, cela se comprend. Je préviens l'huissier et jusque là tout va bien.

Je passe rue Thorez et que vois-je ? Personne. Euh ? Je téléphone, le chef de l'entreprise, (une autre boîte) me dit qu'il ne peut continuer parce qu'il manque 147 m de bordure et 60.5 T de ternaire au DQE. Explications : un marché public est très réglementé. S'il manque des produits à la somme fixée contractuellement, il faut faire un avenant - soit une démarche atroce et extrêmement critiquée par toutes les parties. Et ces putains de %^*///@! d'entrepreneurs ne m'ont même pas prévenu...

Bref, je rentre en furie. Je regarde le dossier de marché et... ils ont raison... Mon Dieu mon Dieu... Je commence un concassage de tête : trouver une solution. En fait, un seul truc, gratter suffisamment de pognon sur l'ensemble du marché pour le recaler là où il manque... Euh, je m'exprime mal, ça veut dire changer des bordures IC2 en A2, changer des fils d'eau en caniveau CS1. Pas glorieux je sais. Mais légal d'une part et évitant le pire d'autre part. Ces changements de produits permettent de réaliser des économies. Un IC2, c'est 130 balles au mètre, un A2, 94 balles... J'arrive à trouver la somme à 3 francs près, ouf !

R bigophone, toutes les maisons dites à risque rue Mirland sont étayées, les fouilles blindées plus que massivement. Bon ça va, là encore le pire est évité. Eau et Force intervient en trombe pour colmater les conduites pétées. Une technique hardcore que je ne connaissais pas : tout couler dans le béton !!!! Mouah, terrible.

Jusqu'ici, tout va bien. Le cataclysme arrive à 10h00. Le chef de R m'informe qu'il n'y a toujours pas de protocole signé pour le câble et que si d'ici demain, tout n'est pas réglé, il fera sans. PARDON ??? SANS LE CABLE ? (Cela signifie poser les fourreaux France Télécom, la basse tension, le gaz puis tout remblayer à la grave traitée.

Je téléphone à UPC (câble) pour leur dire de s'exciter. Ils m'informent que pour la fibre, il leur faut un f 80 au lieu d'un f 28. Et en plus, il leur faut 4 fourreaux au lieu de deux. AAAAAAAAAH ! trois coups de calculette, il faut que je trouve 215000 balles d'ici demain. Sans délib des élus. Soit, impossible. Je le dis tout de suite, le gars en a rien à battre.

Bon, je vais pas tergiverser pendant 72 pages sur les financements occultes des opérations de TP actuellement. Enfin, tout ça pour dire qu'après m'être fait insulter par le chef, j'ai réussi à réunir l'ensemble des élus de la commission aux travaux. Démentiel. En conclusion, demain on pose les fourreaux et on remblaye. Aaah, je crois qu'il est grand temps...

J'ai je pense agi pour le bien du chantier et pour le bien des administrés. Non pas au niveau du financement, j'ai posé la situation comme elle était aux élus : si on veut le câble, c'est maintenant où jamais et là, faut décider parce que toutes les tranchées se cassent la gueule et ça devient dangereux pour les habitations. J'ai je pense agi comme le devait mon rôle de technicien : Apporter des solutions techniques et financières dans le but de mener un chantier. Après tout, c'est le maire qui a décidé de sortir les 200000 balles, ce n'est pas de mon propre chef... Je crois que le chef m'a insulté comme jamais parce que j'ai agi rapidement. Je le devais. A vrai dire, je crois que j'aurais attendu qu'il revienne de Paris, il m'aurait décapité de n'avoir rien fait. Et puisqu'on ne peut bigophoner Môssieu sur son portable... Bah, l'absurdité dans le public, ce ne sera pas la première fois...

 

13 juillet

L'enfant et les sortilèges de Ravel, voici une ouvre bien bizarre ! je ne saurais vraiment pas caractériser ce que je ressens à cette écoute, je crois surtout qu'il faut du temps. Deux ou trois autres écoutes ne sauront me faire du mal. Mais d'emblée, je pense que c'est un grand chef-d'ouvre. Voilà ici une expression qui ne signifie pas grand chose. Le développement de la réflexion se fera j'espère sous peu - le temps de laisser passer l'onde de choc.

 

Cette journée de journal n'est cependant pas dédiée à Ravel mais à Jean-Luc Poisson. Je parlerai en fait ici de la lecture des " mémoires de la ville " par Mme B. Elle ne sait pas trop dire ce qu'elle en pense et je trouve cela tout à fait normal. Car que dire face à cette ouvre-véritable-condensé-de-violence ? L'auteur ne nous laisse pas une seconde de répit. Violence physique, morale, verbale, psychologique, grammaticale, le tout exhibé sans pudeur dans des lieux malsains. Il est dur de donner un " avis " sur la chose. On ne peut parler de dégoût parce que ce n'est pas ce qu'on ressent au premier abord. Il y a plutôt un espèce de haut le corps face à cet engrenage de situations complètement absurdes. On se dit que c'est absolument démentiel, que ce n'est pas possible et que ça mène à rien - premier abord. Mais là je crois n'est pas le plus dur à supporter. Je qualifierai d'hardcore le manque d'espoir page après page. Il n'y a pas de héros, pas de anti-héros non plus. Que ce soit Gulf, Lamproie, Mado. ce sont tous des loques complètement déchirées. Ce livre n'est pratiquement que de la description de personnage, or il est étonnant au bout du compte de s'apercevoir qu'on ne sait rien de personne - c'est un théâtre d'ombres, de personnages complètement vides. Qu'y a t'il derrière les visages ? Rien. Pas de lumière dans les yeux. De la résignation. On ne sait pas pourquoi on vit, on ne sait rien. La tristesse se décrit dans les moindres détails : Gulf bouffe toujours la même chose, les révolutions de la jeunesse se font broyer, la dernière phrase du livre est on ne peut plus pessimiste. Où veut en venir l'auteur ? On retrouve comme dans la tribune C vue de dos la même description de personnages solitaires complètement marginalisés. L'aspect déchirure du passé non surmontée reparaît là encore. Dans la tribune C, c'est un décor beaucoup plus réaliste. Le

tableau n'en est cependant pas moins pessimiste. Alcool, putes, paumés, là encore, on a le droit à toute la ribambelle. L'auteur veut-il exprimer une douleur insurmontable ? Pas forcément. On a toujours tendance à chercher l'écrivain derrière tel ou tel personnage - ce qui à mon sens est une erreur. Bref. Pour revenir à Mme B, j'imagine qu'elle trouve que ce bouquin ne vaut pas le détour. Que c'est une écriture marginale, une petite maison d'édition, une ouvre pas très abordable et inutile puisque ne donnant aucun rêve. Je ne veux pas la faire parler à ma place et j'ai très probablement tort dans ce que je raconte puisque je ne la connais pas. Cependant, je ne cache pas que lors de ma lecture, j'ai trouvé ce livre comme étant un beau navet. Ce n'est que plus d'un an après qu'il m'a révélé son goût. Il est revenu sans cesse durant tout le laps de temps où nous nous sommes quittés, il m'a marqué profondément - ce qui entraîne qu'aujourd'hui, il m'est indispensable. Donner son avis sera donc je pense longtemps prématuré. C'est une manie bien française de tout critiquer tout de suite (critiquer en positif ou en négatif). C'est un bouquin qui a besoin d'infuser, vivre voire agoniser dans le lecteur. Partager apporte cependant beaucoup et je m'en suis rendu compte ici.

 

15 juillet

Lever bien avant l'aurore pour un petit voyage bien appréciable : Domburg aux Pays-Bas. Maubeuge, toujours aussi immonde, Mons parsemé de terrils, Brussel puis Antwerpen. Pause dans cette dernière, garé en stationnement interdit, évidemment ! Petit tour du côté de la gare tout d'abord, belle locomotive thermique. Ensuite, je ne saurais décrire quelles furent les petites routes empruntées. Je suis arrivé dans le quartier de la cathédrale. L'arrêt dans cette ville fut court, 2 heures. Ce n'était pas le but en fait. Reste malgré tout de cette vieille cité une agréable impression. Ça ne casse pas trois pattes à un canard comme Brugge mais il n'y a rien qui déçoit.

Par la suite, direction Bergen Op Zoom. Méga usines du côté de Brasschaat et rectitude platitude à Kruiningen. L'ambiance des Pays Bas respire le calme. Les Paysbassiens conduisent lentement, les routes sont plutôt droites, il y a beaucoup de pâtures. Goes, Middelburg puis enfin Domburg. Station balnéaire, c'est un peu inattendu. Bah, l'ambiance n'est pas trop poussée gros tourisme et c'est très supportable. Mal garé une fois de plus, je ressens l'influence niçoise... (!) La mer est derrière une digue assez balaise. C'est une mer grise et verte et noir, tour à tour changeante sous le vent, la pluie, les nuages. Elle est superbe. Je la désirais ardemment. Avec le magnétophone, je fais une interview du vent puis une interview des vagues et.... plooooooooof ! Le magnéto a craché des grésillements, grsbllloop?!?! Bref, il a mal supporté l'interview, c'est vrai, j'avais oublié de le prévenir, la mer c'est une caractérielle.

Saut en longueur et poirier, je délire complètement. Au passage, je nourris un goéland, il s'approche à un mètre, c'est bien chouette.

L'heure du retour approche. Marche arrière jusqu' Anvers. Puis arrêt à Mechelen (Malines). Petite ville agréable. Beaucoup de maisons 16eme siècle qui donnent envie d'être retapées. Je me fais plaisir à rêver sur une façade flamande. Expresso Koffee ensuite. Délicieux !!!!! Puis retour à Berlaimont-city-plage par Bavay. Complètement explosé !!!

 

16 juillet

Les destinées sentimentales. Dur de donner un avis sur un tel film. Assez contrasté en fait, il y a des éléments très intéressants, le tout mélangé à une certaine médiocrité générale. Le but du réalisateur a été de suivre deux amoureux du début jusqu'à la fin. C'est une bonne idée parce que l'amour au cinéma a souvent tendance à être éphémère. Or, Mâdâme Béârt aurait pu accepter de se faire vieillir un peu. Un tiers du film (la fin) est extrêmement mal joué - des vieux avec des gestes très brusques alors qu'ils sont à l'agonie... Que dire sinon ? Les trois heures n'ont pas été trop longues vis à vis du film mais dans des sièges de merde, on les ressent fort... Mal au cou surtout. Le sentiment général est celui d'un drame à l'anglaise donnant un moment agréable mais duquel on ne ressort pas transfiguré. Les acteurs ne se donnent pas à fond, c'est bien dommage. L'aspect belles couleurs et beaux paysages remonte le niveau d'intérêt. Au vu de ce qu'il y a à voir en ce moment de toute façon...

 

Le festival de la semaine dernière explose en mon intérieur. Je sais qui je retiens. Le trio "Hélin-Shako-Autourdelucie". Les autres sont déjà presque oubliés. Hélin est introuvable, il va me falloir de la patience. Shako est inconnu au bataillon. Grande passion pour Autour de Lucie. La chanson la plus connue est "je reviens". Elle m'intéresse beaucoup surtout vis à vis des paroles, (sur le thème abandon et retour). Le reste m'attire encore plus. L'album est facile à trouver, je l'ai vu ce matin. Dès que j'aurai assez de sous, je vais sauter dessus. La présentation du disque est peu intéressante. Ce qui m'attire plus est sa présence scénique.

Ah oui, pour terminer, Dans autour de Lucie, la chanteuse ne s'appelle pas Lucie mais Valérie. M'en doutais !

 

17 juillet

Achat : Erckmann-Chatrian, Waterloo. Bernardin de St Pierre, Paul et Virginie. Verne, de la terre à la lune. Borgès, fictions. Giono, un de Baumugnes, le chant du monde, les grands chemins, le grand troupeau, que ma joie demeure. Jouve, Paulina 1880. Cendrars, Rhum. Balzac, les chouans. Platon, Gorgias (et oui !). Daudet, le petit chose. Lanzmann, les transsibériennes. Sartre, la p... respectueuse. Zola, le ventre de Paris. James, la proie pour l'ombre. + deux livres en espagnol, Huracan et Centella.

 

20 juillet

Balzac, 4800 pages lues soit 17%

 

Maltraitance psychologique de la part du chef. Je n'ai même pas envie d'en parler. C'est tellement stupide cette situation. Il sait que vu le temps qu'il me reste, je ne vais pas déserter, alors ce connard en profite... J'en ai assez. Du coup, j'ai passé une bonne partie de la matinée à lire Balzac, la femme de trente ans. Puis j'ai écrit une partie de mon long article sur les souterrains de l'anneau valenciennois. Cet article va être du tonnerre, j'imagine la tête de la SFES (société française d'étude des souterrains) en lisant ce que j'écris... Hum, bons délires en perspective. Cet article remet en cause l'idée acceptée je ne sais trop pour quelle raison que l'ensemble des excavations ont été réalisées dans un ensemble homogène. Le monde des souterrains, c'est peu de personnes, puis finalement une ambiance petit village complètement féodale. Il y a les clans, chacun défend son petit souterrain en beuglant avec sa cotte de maille "touches y pas connard ou je t'éclate la gueule à coup de masse d'arme". Bref, c'est pas très futé tout ça. Le fait est que Monseigneur sa Mâjesté Bivert a prononcé comme édit que les souterrains de l'anneau valenciennois étaient un ensemble homogène. Provocation mon article ? Bah, je pense pas, je ne cite même pas son nom. J'ai le droit de polémiquer après tout ! le fait est que je vais me faire remarquer... Comte d'Esgrignon pour quelques heures ? Ou dans la boue tout de suite ???

Mon article sur les mines de fer de Trélon vient de paraître. Il y a une faute d'orthographe. Celui qui a retranscrit le texte est un emplâtre.

 

Grand bidulage d'imprimante ce soir. Je suis en train de réaliser un tirage sur feuilles A4 de mes récits et nouvelles. Cela me facilitera le photocopiage. A terme, d'ici un mois, je compte réaliser une série de copies à envoyer. Particulièrement à Ninih. J'ai en effet beaucoup de mal à lui faire part de mes écrits parce que je me sens infiniment trop petit face à lui. Quoiqu'il en soit, il faut bien que je fasse un premier pas contre moi-même un jour ou l'autre.

 

Beaucoup de plaisir ce soir à écouter Janis Joplin. Après avoir repoussé l'échéance de nombreuses fois, je me décide enfin à en parler. Il est de fait que j'ai ressenti de nombreuses difficultés parce que je me suis trouvé face à un mur : il n'y a rien à dire. C'est je crois parce que l'âme de cette bonne femme ne se livre pas en un jour.

Joplin est une espèce d'alcoolique américaine portant des lunettes bleues fluo taille rhinocéros, (au moins 45 cm de large !!!!). Les principaux disques datent de 68. Le style ? Plutôt du blues, mais quelque chose qui bouge bien. Outre le look terrible et les pochettes de disque qui donnent pas envie, finalement, il y a matière à dire autre que de la médisance. Cette femme est vachement intéressante à deux points de vue : les paroles et les manières de les exprimer. Ce que je connais provient des albums suivants : Cheap Thrills, Pearl, I got dem ol' kozmic blues again mama !, Farewell song. Les thèmes abordés sont la plupart du temps les mêmes : une femme seule qui cherche hors de toute espérance une âme sour. Les titres sont éloquents : I need a man to love, A woman left lonely, Piece of my heart. C'est un thème inépuisable. Il n'est pas impossible de s'y retrouver malgré le caractère extrême qu'elle porte en ces mots. Ce qui est un peu décevant parfois, c'est la légèreté des mélodies face à l'intensité du texte.

Décrire Joplin, il ne faut pas l'oublier, c'est avant tout parler d'une voix. Cette bonne femme a une voix qui a de quoi re-tuer un mort. Lorsqu'il s'agit d'exprimer des trucs déchirants, elle n'hésite pas à beugler comme un veau enroué. L'ambiance est pas mal aussi. Devrais-je évoquer toutes les frasques de Turtle blues ? Elle y chante complètement bourrée, à un moment, elle casse son verre sans trop le faire exprès, on entend dans le piano bar des exclamations puis au bout d'un temps, un balayeur. Sur la fin de la chanson, elle tousse, tombe, j'imagine que la suite non enregistrée, elle gerbe ! Bref... bien déchirée la pauvre.

On ne peut pas dire qu'elle soit spécialement connue. Elle n'est pas méconnue toutefois, le nombre de sites internet en témoigne. Elle livre une image amusante des seventies. On ne s'en lasse pas et je crois qu'au lieu de déblatérer des conneries du genre c'est vachement bien, je préfère dire que c'est très "identifiable". Il y a une âme dans tout ça. Beaucoup d'émotions.

 

25 juillet

Que de difficultés pour écrire ce foutu journal ! J'étais habitué aux lundis foireux, mais franchement, que les mardis s'amusent à devenir lunditesques, ça me fait un peu chier !!! (que de malpolitesse, c'est fou !). Je me sens à fond justifié dans mon rôle garfieldiesque... Quelques explications : hier, merdouillage avec l'assurance pour le dégât des os qu'il y a eu dans l'appart il y a quelques temps, méga crise buccale (soit rage de dents !), puis plus de gaz. Au vu des horaires de cinglés que j'ai, je ne pourrai même pas aller en prendre une bouteille d'ici samedi. Chouette !

L'absurdité du jour. J'ai demandé au patron si je pouvais m'absenter 5 minutes chrono pour aller à la pharmacie à 50m de là m'acheter des aspros. Non. Putain quel enfoiré ! Bref, j'ai eu le marteau piqueur toute la journée dans la bouche. Pour la peine (Vincent très véxé), j'ai RIEN foutu de la journée. Ça lui apprendra à ce con d'être inhumain. De toute façon, j'avais trop mal pour travailler. Gladiator, l'homme qui défia l'empire. Mort aux cons !

 

Bon, puis-je écrire quelque chose d'un tout petit peu moins con aujourd'hui ? Hummm, je sais pas ! (Déblatérer des conneries à longueur de journée est ma grande passion comme tout le monde le sait parfaitement).

Lecture de deux bouquins aujourd'hui. Koltès, Roberto Zucco et Balzac, le père Goriot. Le Balzac est très bon et Koltès, euh... je ne peux pas dire fantastique parce que ça ne correspond pas. C'est assez destabilisant, ça rentre fort dedans et ça renverse tout. Larges commentaires en long et en travers à venir.

 

26 juillet

8h28 - Et bien. moi qui suit tant attaché au petits bonheurs. C'est bien difficile en ce moment ! Je me suis tordu comme un vermisseau à moitié écrasé sur la route cette nuit tellement j'avais mal. ce n'est pas dans mes habitudes de me plaindre donc j'arrête mais j'avoue que j'attends la torture du dentiste avec impatience. Dans une heure, plus qu'une heure !

Un peu parlé de Koltès hier soir au téléphone, (pas grand chose). Cet auteur restera éternellement flou en moi. Son écriture est un piège. Elle est facile mais on ne se rend pas compte de l'achèvement de son infusion dans le corps. C'est, comment dire ? Il y a une vie après la mort, il y a une mort après Koltès. Un certain pan de naïveté qui est foutu en l'air en toute discrétion. C'est certainement con ce que je dis. Je ne peux de toute façon faire thèse antithèse de cet écrit. La base est le malaise et. au bout du compte, c'est un sentiment, d'où la difficulté d'analyse. Les dialogues ne servent à rien parce que les protagonistes ne s'écoutent pas, le moindre discours fini toujours par partire en live, fuser dans l'absurdité. Cela est placé dans un décor réaliste et une histoire vraie ; le décalage du discours prend lieu de normalité. Heureusement que Koltès n'hésite pas à placer de nombreux petits détails d'humour. Ca aide beaucoup à amoindrir (voire cacher comme je disais tout à l'heure) le côté destructeur. On a du mal à croire que Koltès soit si méconnu. C'est à mon avis à cause de deux faits bien simples : 1/ le théâtre n'a pas d'impact médiatique et financier, 2/ La volonté manifeste qu'il y a en France à la diabolisation du sida. C'est perdre son temps que de venir critiquer ces deux faits.

 

10h05 - Je ne me suis jamais fait carotter autant de fric en si peu de temps et surtout pour si peu de choses. Le gusse a regardé, fait blip-blop, marqué trois trucs sur un papier et hop, on paye. Bref, c'est une dent envahissante, on la vire la semaine prochaine. Le gars me dit : on va la retirer, d'un air contrit et semi-interrogatif. Quoi ! Oui mais bien sûr monsieur, amen amen ! En attendant, j'ai des médicaments qui m'éviteront peut-être de crever ma race en attendant.

 

12h40 - Complètement éclaté par les médicaments. Je me sens hyper faible physiquement et assez fatigué moralement, (je ne cogite pas vraiment fort.). Tout le monde me dit que ce dentiste est un voleur, beaucoup se sont fait arnaquer, je vais changer.

 

27 juillet

Je me suis détesté ce soir. Y'avait un type qui me demandait 10 balles pour prendre le bus jusqu'à Solesmes. Je lui ai évidemment donné ce qu'il faut. Je me suis haï en me disant ensuite : c'est bien Vincent, tu as rendu service. Pourquoi le fait de faire "la charité" remplit l'homme de tant de fatuité. Je me suis donc dit que j'étais un gros con et je me suis interdit à l'avenir de penser de quelque manière que ce soit au fait de donner de l'argent. Qu'est-ce que c'est 10 balles. Un librio pour moi, une belle somme d'emmerdements pour un autre... Sus à la vanité.

 

28 juillet

Dentiste bis. Pas l'autre enfoiré surtout. Dans les cancans, l'autre aurait extorqué 7500 balles en liquide à une petite vieille pour une couronne. C'est finalement le banquier qui aurait réagi à temps. Le gars est connu comme le loup blanc dans toute la région. Dès qu'on dit qu'on a eu un problème avec un dentiste, même à Berlaimont les prés, on répond Alglave. Pas de chance donc mais le pire est évité. Je ne suis fait voler que 110 balles.

Quelques nouvelles étonnantes de mes dents : la fameuse est poussée à 95% si ce n'est plus. Ce qui est emmerdant, ce n'est pas la dent mais la gencive. Je vais donc me taper une gencivextraction (gingivectomie). Très douloureux mais bon, c'est mieux que pire. Il faut relativiser...

Reçu un courrier de Renaud. Celui ci me déballe toute sa vie depuis septembre dernier, la dernière fois que je l'ai vu. Une seule considération : ce zigue là n'a vraiment pas changé ! Je projetterais bien d'aller le voir d'ici quelques semaines. Septembre peut-être.

 

30 juillet

Koltès et autour de Lucie, il n'y a que ça en ce moment. Pas très varié mais extrêmement passionnant.

 

- Koltès, j'en ai lu deux ce week end, "dans la solitude des champs de coton" et "les amertumes". C'est le genre de bouquin difficile qu'il n'est pas évident de conseiller. C'est pourtant ce que je vais faire.

 

- Autourdelucie. La musique est intéressante, surtout pour son côté mélange-synthétique et artificiel. Ce qui me renverse vraiment, ce sont les paroles.

 

Je reviens, je reviens, encore... tu n'as même pas vu, que j'étais partie... alors, je suis revenue comme on rentrerait au port. Fatiguée de passer par dessus bord. Je reviens et j'ignore, ce qui nous ramène... ce qui nous ramène au bord. On a déjà vu la mer rendre certains corps qu'on avait dit portés disparus. Qu'on avait dit portés disparus.

 

Là, peut-on dire que je m'y retrouve à 100% ? C'est en tout cas une traduction intégrale de mes peurs, celles qui me tenaillent le ventre jour après jour depuis... Combien d'années maintenant ? Ce fait de disparition, ce fait que l'autre ne se rend compte de rien du mal qui est fait. Crier dans le désert, pisser dans un violon, il n'y a rien à faire... Je reviens ?

 

Enfoncé dans le sol, je suis à la même place... l'endroit où tu m'as planté.

...Depuis...

Des feuilles m'ont poussé au bout des mains. J'ai vu quarante années de pluie et passé quarante années en guerre. J'ai mangé de la terre mais j'avais peur de bouger. Tu baisses les yeux quand tu passes. Maintenant, j'ai de l'écorce, celle qui m'a tant fait défaut. Mais surtout maintenant... j'ai des joies simples, des joies d'arbre.

 

C'est le coin des peupliers. Au fond du Réhoboth... Je ne sais plus comment cracher la douleur. Ces paroles en sont un exutoire. Depuis, depuis, un mot que j'utilise de manière si forte. Ces mots ne sont pas de moi, je pourrais les signer pourtant...

 

Nous étions peut-être des corps étrangers ?

 


Caillou provenant du sommet du mont Kenya.
Cadeau de Natacha.

1er août

Déconvenue majeure avec les maisons d'édition. On est toujours reçu comme des chiens galeux dans ces boîtes de merde. L'ambiance est " panier de crabe " où que ce soit. Pour la moindre chose, on se fait jeter, même pas le temps de dire bonjour qu'on te fait déjà comprendre que tu es TRES dérangeant. Pourquoi donc est-ce une généralité ? A vrai dire, je n'en connais que deux où l'on est pas reçu comme une sous-bouse : Verdier et le temps qui fait. A vrai dire, je ne cherche absolument pas à faire de la pub (ironie, chère ironie !). Bref, je remets légèrement en cause ma volonté de faire pigiste. Gagner du pognon, oui ; merder à cause d'une bande de pauvres cons en manque de reconnaissance, non. Laissons donc les cons où ils sont. En conclusion, je ne ferai que deux demandes. Pas une de plus. Si ça marche, c'est bien. Si ça marche pas, c'est pas la peine de tenter ailleurs.

Déception majeure avec Concordia. Leurs projets ne se font qu'au Mexique. Donc. Mon idée de travailler au Chili pendant 3 mois est un peu remise en cause. Il va falloir trouver une autre alternative, avec eux, ce n'est pas possible. Courrier en préparation au guide du routard pour leur signaler qu'ils dispersent des informations fausses.

Manger-manger au Continental2. Avec les aventures de promodes, ma brasserie favorite va t'elle se nommer le Carrouf2 ? ? ? En tous cas, je note que le barman s'appelle Alain, cela figurera bien évidemment dans Si j'étais Z. Les gens du C2 auront bien sûr droit à un exemplaire ! ! !

 

Soirée : les textes de Valérie Leuliot (autourdelucie) me sont attrayants parce qu'ils reflètent en parfaite harmonie certains points de mon caractère. Le fait d'être profondément mélancolique allié avec une apparence et une attitude anti-quelqu'un-pas-bien-dans-sa-peau. C'est une de mes théories à la con, comme quoi on peut allier la mélancolie et la joie de vivre. Ça parait contradictoire. Ça l'est complètement et c'est en cela que je me retrouve d'ailleurs.

Mélancolie : nf, état de dépression, de tristesse vague, de dégoût de la vie.

Joie-de vivre : nf, état de bonheur, de bien être vague, de goût à vivre.

Etre à double face, je me meut dans un monde tour à tour solitaire et peuplé de "gens". Ma relation à l'autre à toujours été difficile. J'ai une partie de moi dite de relation qui est je l'essaie au maximum agréable. L'autre partie est celle de la mélancholia. Cela ne signifie pas que j'ai le cafard quand je suis seul. Non... je me laisse aller naturellement vers l'autre côté de mon être. Pourquoi seul ? c'est le seul moment où je peux divaguer sans remords. Je sais que je n'emmerde personne... ces deux états me sont naturels. J'oscille de l'un à l'autre sans grande difficultés, à part à certains moments de crise.

 

2 août

12h50

Temps lourd qui me fout à moitié le cafard. Euh. non, pas trop le cafard, disons la poisse. Je me sens un peu comme englué, j'ai envie de rien. Le fait que je n'ai pas pu sortir hier soir pour faire les photos m'énerve un peu. (En sortant, je me serais trouvé nez à nez avec un dealer, trois camés en train de tout défoncer et deux flics eunuques). Charmant tableau, ma fierté d'habiter ici en est ragaillardie. Dans tout le village, la maison est connue comme le repaire de cinglés. Qu'est-ce que je fous là ???

Je poursuis la rédaction de Si j'étais Z. ce récit commence à prendre forme. Les grands thèmes duseigniens sont encore présents, (je me la joue Balzac !). En gros : la solitude, les champs en hiver, la perte de repère. Ce ne sera pas une redite de depuis tutti quanti. La solitude sera mêlée et retraduite dans la multitude, la perte de repère sera très raisonnable. Cette rédaction m'épuise psychologiquement. C'est assez dur à vrai dire. Mais je compte m'en sortir. Beaucoup de volonté.

En parallèle, je me remets à la peinture. Là aussi, de grandes difficultés. Je vois ce que fait Rembrand, je vois ce que je fais et. je déprime. N'est pas Rembrand qui veut.

13h30

Courte pause au C2. Je file chercher mes photos de souterrains pour un futur article. Ma tête est lourde, mon cou est tout mou ! Consommation extrême de café, je vais finir par en payer les pots cassés. Que se passe t'il si l'on consomme trop de café ?? Je n'ai pas de problèmes de sommeil (mis à part quand y'a du bruit). Y'a t'il des effets secondaires ? Nervosité, impétuosité dans les réactions ? En plus, les miens sont bien tassés. Je vois se profiler inconsciemment la copie balzacienne. Je vais restreindre ma consommation, ou tout au moins essayer. Idem pour le volume du walkman qui est trop élevé.

17h00

Décès de ma grand-mère paternelle.

 

3 août

Semaine bien remplie. 2850 pages lues. Quelques romans très intéressants. D'autres moins. Le grand secret de Barjavel : quelques éléments positifs mélangés à d'autre affreusement négatifs. J'entame aujourd'hui César Birotteau De Balzac. Puis la fille aux yeux d'or, en même temps. Ce week-end, j'irai faire le plein de Balzac parce que je n'en ai plus que 4 d'avance. Ca sera juste.

Préparation du volume de récits pour la bibliothèque de Berlaimont. Démarche très difficile. J'ai toujours gardé reclus mes écrits sans jamais vouloir les faire lire à qui que ce soit. Je sais que je vais me prendre une rude baffe dans la gueule en étant peut-être lu. Mais je ressors mon éternel vieil adage : il n'y a que la vie qui se risque. Mes boîtes en fer sont des cercueils. Tant pis s'ils risquent la mort, mes pauvres petits. Au moins, il auront vu la vie : les mains d'un lecteur. Il pleut. C'est bien.

 

6 août

St-Omer.

 

7 août

Enterrement de ma grand mère à Lederzeele, ce qui n'appelle aucun commentaire de ma part malgré certains comportements ridicules et fort contestables. Tout le monde était d'accord dans la famille pour dire qu'il était temps. Que son âme repose en paix.

 

8 août

Désespérante nudité du jour. Je dois remplacer Big-Chef parce qu'il n'y a vraiment plus personne et c'est un travail qui me répugne considérablement. Non pas que les responsabilités m'écrasent, il n'y a que des petites merdes à régler. Plutôt du fait que je sais imperturbablement que je vais me faire zigouiller au retour. Je sais bien que c'est absurde mais. dans cette mairie, on choisit la raison pour laquelle on va se faire savonner, sachant cela inévitable. La possibilité de prendre des congés le 28, 29 et 30 août sera vraiment étudiée ! Tant qu'à faire ! (retour du chef = le 28).

Le projet de poussining la semaine prochaine est en cours d'étude. Un week-end de 3 jours et demi, ça se savoure ! Soit Vassens, carrière souterraine immense (diamètre 15km est la valeur la plus représentative plutôt que de parler d'hectares). C'est près de Soissons. A l'occasion, je ferais bien Nampcel, Laon, Senlis, etc. Un peu d'ombre en perspective ? Sinon, une autre chose me tentant bien est un tour des carreaux de fosses. Dourges, Hersin-Coupigny, Bouvigny-Boyeffles, Servins. Pourquoi pas à l'occasion l'ascension d'une dizaine de terrils ? Bref, j'hésite beaucoup. Jusqu'au pays. Je ferais bien aussi un parcours minier belge. Hummm, j'ai jusqu'à vendredi pour savoir.

Mes recherches quant à la carrière des chartreux à St Martin au Laërt semblent se confirmer. L'îlot est délimité d'une manière de plus en plus précise. Soit : la rue Bertram, la rue du tertre, la tangente aux deux extrémités de ces deux culs de sac et une limite de propriété dans un champs. Cela revient à dire que j'ai un carré de 200m X 200 mètres à explorer méthodiquement pour trouver la plaque. C'est très honorable (et faisable). Pourquoi ne l'ai-je pas fait tout de suite ? Hê hê, pas de chance, y'avait des maïs ! Toutefois, la surface concernée est de faible importance comparé à Estreux où j'avais un carré de 4km X 4km. La découverte de cette carrière sera assez importante dans mon cheminement étant donné qu'elle sera représentative de tout l'Audomarois. En effet, St Bertin est écroulé, Cléty est bouché, Dannes est comblé et Longuenesse n'est pas accessible. Quel palmarès ! L'étude historique (assez poussée) m'apprend que ce sera un site peu intéressant. Pas d'inscriptions anciennes, état de délabrement très poussé, comblements et surface réduite. Ah ! Passion, quand tu nous tiens. J'en suis à 12 heures cumulées de recherches (peu), j'espère aboutir d'ici peu.

Dans le Nord, en ce qui concerne les sites méritant de la recherche, je n'ai plus que deux endroits à identifier clairement : Avesnes le Sec, Carnières et Reumont. Il y a Hautmont aussi, mais cela semble toutefois assez moyen. Ce fait d'avoir épuisé le stock de souterrains à visiter entraîne inéluctablement un affaiblissement de la motivation. Les visites deviennent différentes, il s'agit moins de proximité. Du coup, j'ai contacté Guiollard pour une visite aux Malines ou aux Sanguinèdes. (Mines d'asphalte dans le Gard). Une envie démentielle de voir ça. Il paraît que ça fait comme un millefeuille, l'asphalte est par stries dans une roche calcaire, ça fait plein d'alternances noir blanc. Chaleur à crever et odeur pestilentielle.

Deux articles parus dernièrement. Un en préparation pour subartésia.

 

Reçu : un courrier de Xavier Plumas, (Tue-Loup).

 

9 août

Brouillard épais ce matin. C'est agréable.

Relecture des quinze derniers jours de mon journal, depuis le dentiste en somme. Je me rends compte que l'écriture devient pitoyable. Le nombre de répétitions est incalculable, le style est ampoulé, on bute sur les mots. Il faut vraiment que je prenne garde à ce que j'écris. Le fait que je sois entraîné dans une spirale où le temps a plus de valeur que l'or n'excuse rien. M'imposer le clos hebdomadaire de ce présent journal en fin de week-end me paraît une idée bien banale mais. si la qualité peut en gagner un tout petit peu, pourquoi pas ?

Etrange état d'esprit ce matin. Entre ceux qui me disent avoir bien aimé Depuis et les autres qui me critiquent jusqu'à détailler le nombre de virgules à changer, je ne sais plus trop où me positionner. Le fait est que je ne comprends vraiment pas pourquoi je reçois tant de commentaires. En gros, la question, c'est : pourquoi dès que quelqu'un fait quelque chose, il faut qu'il y ait un monde fou qui se la ramène pour dire ce qu'il faut faire pour que ça soit mieux ? Des conseils grammaticaux, syntaxiques. oui bien sûr, je ne suis pas très à l'aise, ne le serai jamais probablement. C'est tout à fait normal. L'incompréhension plane lorsque l'on me dit que l'histoire en elle-même est à retravailler. Je n'écris pas pour être lu. Enfin. c'est réducteur. Je n'écris que pour deux trois personnes. Rien de plus.

Le fait que beaucoup d'autres personnes lisent ce livre est une suite logique de l'écriture. Il faut accepter du coup que le texte ne soit pas fait pour le lecteur hors des " deux trois personnes ". D'où des difficultés, des commentaires aigris. La question existentielle qui se pose alors est la suivante : dois-je faire lire mes bouquins à n'importe qui ou dois-je les garder sauvagement ?

D'un sens ou d'un autre, tout se défend. On peut arguer que c'est une question d'âme. C'est certainement vrai. Euh. je veux dire par le fait que je ne changerai jamais mon style même s'il est qualifié d'indigeste. Je vois ça comme cela : ça plaît, c'est bien, ça plaît pas, il y a d'autres livres ailleurs. Et qu'on vienne pas me brouter. Certes. C'est un point de vue qui m'arrange bien. De l'autre côté, on peut me dire que ce n'est pas la peine de faire perdre le temps et l'espérance d'un lecteur si on sait d'avance que c'est grillé.

Le maître mot de tout cela, c'est la persévérance. Les commentaires flatteurs ou désagréables sont une prose que je ne juge pas bon de lire et intégrer. Je n'écris pas pour plaire. Ni déplaire. Je fais ce geste déifié parce que cela me plaît. Ça n'a rien d'exceptionnel et ce n'est pas prêt de changer.

Ecriture de Si j'étais Z. légèrement reportée. Quelques semaines tout au plus. Je voudrais terminer la mise en page de la correspondance avant. Masse de travail considérable. Je suis le seul à me l'imposer ! :-)

 

Long courrier à Nora. Je projette d'aller à Bretoncelles-city-plage un de ces jours. Peut-être en septembre. Léger coup de déprime quant à elle, il s'avère malheureusement complètement vrai que je n'arrive pas à lui faire plaisir - but premier de ma démarche. La non-connaissance parfaite de son caractère de cochon fait que j'ai l'impression d'évoluer dans des espaces qui ne sont pas ce qu'elle attend de moi. Certains courriers sont des échecs lamentables, d'autres l'impressionnent (dans le sens : comme la lumière impressionne une rétine). Les courriers qui l'ont le plus marqué sont ceux précisément que j'aurais foutu à la poubelle plutôt de rage envers ma nullité. Nous avons je crois une masse de différences colossales et j'ai mis du temps à gérer ce fait. Il y a tout un décalage. L'approche que je fais de ses difficultés n'est que très partielle, je suis à la fois trop impétueux et trop lointain. Ce qui me manque systématiquement est le recul. La volonté de bien faire peut être mal perçue également. Surtout lorsque l'on considère l'écart - le gouffre - entre ce qui est désiré et ce qui est réalisé. Cela n'est pas bon présage ! Bref, encore une fois, un bon retour sur moi-même s'impose. Regagner une dose de respect de sa personne, malheureusement disparue du fait de l'habitude, rechercher la simplicité du geste de don de soi aussi, puis rester humble en tout. Je ne suis rien qu'un pauvre hère qui jette quelques enveloppes dans une boîte à lettres.

 

Retard considérable dans le ménage. Je vais essayer d'en faire le maximum ce soir. Au moins suffisamment pour que ce soit propre, ce qui n'est malheureusement plus le cas, à mon grand dégoût. Le décalage insupportable qu'il y a entre l'emmerdement de la journée dans cette foutue mairie et la folie du soir où je n'ai vraiment pas le temps. ce qui est pénible, c'est que j'aime la lenteur des choses. Je hais la précipitation qui me fait tout louper. Cette vie de merde m'oppresse et le futur (encore 40 ans de boulot) me cisaille le ventre. Une grande barre qui fait mal. J'ai pas envie de travailler, je n'aime pas le travail, je suis un très mauvais salarié. Je ne comprends pas les gens qui travaillent dans le train, chez eux le week-end. Ils ont de la chance d'être intéressés par ce qu 'ils font. Bien que cela soit décevant, je ne perçois l'entité travail que comme une obligation pour vivre. tiens, ça faisait longtemps : vivent les poules ! ;-) !!!

 

10 août

Journée très chargée. En gros, uniquement la préparation du projet mining-tour du week-end.

--- Samedi : bibliothèque à Valenciennes, furet pour aller chercher Geoffrey Barton puis direction la Belgique. Autreppe pour les photos ratées de l'autre jour, Montigny sur Roc pour une petite explo rapide d'un haut lieu du tellurisme, puis Mons, Pâturages, La Louvière, Soignies. pour un mining-tour. Montée d'une petite dizaine de terrils et photos de carreaux de fosses. Anchlougaffage de charbon + échantillons de schistes.

--- Dimanche : direction les collines de l'Artois. Terrils, carrières souterraines et carreaux de fosses dans le Bruaysis et le Lensois. Dourges, Bouvigny. comme prévu. Si j'arrive à faire ce que je veux, ce sera 950m de dénivelée dans la vue ! brrrrrrrrr !

--- Lundi sera agité. Démarrage très tôt pour Vassens dans l'Aisne à côté de Soissons. Un petit séjour à l'ombre. Retour très tard le soir ou peut-être dodo sur place.

--- Mardi : journée certainement un peu plus calme. Voire plus anxieuse à cause du dentiste le lendemain. probablement Méry, Auvers, Écouen et autres sites de carrières souterraines en banlieue Nord. Peut-être un tour dans le 14.

 

Courrier à Grégory Czerkinsky. Emballé comme il se doit dans un sac continent. Avec en cadeau une superbe odeur de thon. Bouah ! Courrier à Christophe Miossec.

Etude de Sallinger de Koltès. On ne peut pas dire que ce soit évident, Sallinger est une espèce de pièce de théâtre où pas grand chose se tient, on ne sait trop sur quel pied danser.

Petite semaine en ce qui concerne les lectures. 750 pages. Balzac ? Ca avance difficilement. Pas par manque d'intérêt mais je crois que j'ai un peu besoin de changer d'air, ce que je vais faire assez rapidement d'ailleurs.

 

Réalisation d'un article sur les origines des marnières en Eure-et-Loir. Beaucoup plus technique que le précédent sur un thème assez semblable.

 

12 août

Plantage majestueux hier pour mes nouvelles pages web. Mon programme ftp était périmé, (shareware). J'ai été chercher un postcardware sur anshare mais c'est pas encore bon. J'ai la volonté d'en faire encore plus qu'avant, c'est à dire décupler ma suractivité encore un peu plus aux dépens du sommeil. C'est une habitude à prendre. Il y a tellement de choses que j'ai envie de faire, je ne peux pas perdre une seule seconde. Bref. le tout est que la qualité ne se perde pas dans la masse. Peut-être prendre un peu plus de temps pour corriger, fignoler. J'ai remarqué qu'il y a beaucoup de fautes d'orthographe dans Depuis. En tous cas, mon projet de recomposition de journal est entièrement en route. De 89 à 99, ça fait une dizaine d'années à travailler. Les volumes seront différents, c'est évident. D'après mes estimations : 89 : 100k. 90 : 100k. 91 : 100k. 92 : 400k. 93 : 200k. 94 : 400k. 95 : 300k. 96 : 400k. 97 : 400k. 98 : 300k. 99 : 300k. Soit un total de 3M. Un travail de cette sorte, allez. disons trois ans. Faut bien se rendre compte je crois que ce ne sera pas un ouvrage continu. Ce sera disons. de temps en temps, lorsqu'il y a une période creuse, une envie. Avant tout, terminer cette foutue mise en page, cela fait des mois et des mois que j'en parle. Ce qui est difficile, c'est que les mots sont cryptés, ce qui me fait une masse de boulot considérable. Afin de ne pas être submergé, je pense que je vais clore le volume " lune rousse " d'ici quelques jours. Déjà, plus de nouveaux messages, ce sera la certitude que la suite ne sera que pour le volume 2. Je sais pas pourquoi, j'ai envie que mon boulot soit une tornade, j'ai envie que les gens qui peuvent en profiter (ou pâtir) soient enchantés de cela. Légitime ? L'adresse de mon site a un w3 qui saute. La diffusion sera restreinte. Ninih, Nora, Chacha. Pas une seule personne de plus. Et encore, je crois que je vais attendre pour Nora.

 

Après midi : juste après le boulot, direction la fosse Renard pour l'ascension du terril du quartier Villars à Denain. Très pentu. Chaleur étouffante.

Bibliothèque : combat de nègre et de chiens, quai ouest de BMK et BMK d'Anne Ubersfeld.

Ensuite, direction Mons. Je prends en stop deux bulgares.

Arrivée Mons, puis la Louvière. Je me paume comme c'est peu imaginable. Ce coin est une immense banlieue...

Terril de Bray, en longueur et peu passionnant.

Terril de Strepy.

Terril de Trivières, un véritable colosse.

Terril de Péronne, petit.

Puis retour par Maubeuge. Je persiste à dire que cette ville est la plus moche du monde...

 

Soir : Méga plantage ftp. Même avec le plus simple, je n'y arrive pas, (ws_ftp). Il y a un problème à la connexion et cela systématiquement. Je ne sais plus quoi faire, j'ai 30 pages de prêtes. Que faire ?! Cela marchait si bien avant... Mmmm, un problème insoupçonné ?

 

Suite

Les terrils ont cela de passionnant qu'au travers des stériles, on peut trouver ça et là au hasard des restes de charbon. De lieu en lieu, on peut évaluer la qualité du bassin. Des demi-maigres vers Valenciennes, tirant nettement plus vers le charbon gras à Mons. Le délittage ne se fait pratiquement pas à namur. A Denain, on a par contre un charbon pulvérulent grossièrement feuilleté. Bref, il n'y a pas que ça comme intérêt. J'ai trouvé un fossile d'empreinte d'écorce de lycopode. Je n'avais pas compris tout de suite ce que c'était mais l'avais ramassé par acquis de conscience (démarche de l'ignorant ne voulant pas faire de connerie). Bref, j'ai bien fait.

Il est clair qu'il ne faut pas hésiter quant à la propreté, on revient inévitablement un peu sale. Mais pas noir comme dans germinal (cliché).

 

Puis retour par Maubeuge. Je persiste à dire que cette ville est la plus moche du monde... L'urbanisme n'existe pas ici. L'anarchie constructive y a sorti ses crocs juste après la guerre 40. Sans aucune règle de plan d'occupation des sols, les tours et les habitats collectifs de toute sorte ont fleuri n'importe comment. Pas une seule maison individuelle. Ce sont des habitats dans un état de dégradation très poussé. Les Maubeugeois sont comme cela se conçoit d'une amabilité extrême. Bref, François Bon parle de Civray, ville complète. Moi, en tant que pastiche, je dirais Maubeuge, ville complète...ment moche. Les routes sont défoncées, peu d'infrastructures pour y arriver, la Sambre est méga polluée, y'a un mal de vivre considérable, la bibliothèque est minable. Tout y crève. C'est même à croire que le clair de lune va y passer lui aussi à son tour.

Prochain épisode de la saga villageoise des coins moches : Aulnoye-Aymeries, ville pourrie jusqu'à la moelle.

 

13 et 14 août.

Compte rendu Vassens, paradis cataphile.

13 au soir, (17h30). Je m'emmerde. je décide donc de partir pour Vassens dans l'Aisne à l'instant même. Préparation de la bagnole puis départ.

Quitte à faire un détour, je passe par Cambrai, pour aller à la recherche de la carrière du cd29 à Ribécourt la Tour. Le village en lui même est fort intéressant, typique de l'architecture cambrésienne. Une église en position centrale, quelques rues partant en angle droit, puis des champs à perte de vue. L'église est très belle, elle est en pierre de taille de calcaire grossier grisâtre présentant de nombreux coccolithes. Bonne indication sur la pierre d'en dessous. Ce qui est étonnant, c'est le fait que le clocher ne comporte pas de toit pointu ou bien même carré-bas. Le clocher est une tour imposante. C'est original et mémorable.

L'entrée de la carrière est vite trouvée, elle est non loin de la mairie. Je me suis garé juste à côté sans le faire exprès. C'est une guérite minuscule peinte en blanc et comportant une porte en bois avec clef. Bref, pour rentrer dedans, il faudrait casser la porte, ce qui ne serait pas un problème, l'affaire de 30 secondes avec ma barre à mine, mais je ne me sens pas de le faire. Un minimum de respect tout de même... Je vais jusqu'à la limite communale voir s'il n'y aurait pas une plaque mais... c'est foutu.

Sur le chemin, des clébards m'hurlent dessus. Je ne vois pas l'intérêt d'avoir de telles bestioles... (Tout comme cette bonne femme à Carrouf qui avait une poussette qui fait croui croui croui. Je lui aurais vraiment claqué une bouteille d'huile dans les bras à cette conne. Bref, j'ai un défaut, oui je sais... je n'aime pas les choses qui font croui croui croui.)

Départ de Ribécourt. Direction Cambrai qui est une ville difficile à conduire puis nationale jusqu'à St Quentin. Etonnant : ça roule bien. Tergnier puis Guny. A Guny-Centre-City, je m'arrête pour téléphoner à Natacha. Une cabine qui restera profondément marquée dans ma mémoire. Je sais pas pourquoi, j'étais bien, content d'aller à Vassens-plage. En face de l'église, (pas très belle) avec un toit en ardoise, sonne les neuf heures et demi.

Arrivée à Vassens. Petit village (100 habitants), une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Soissons. La région de Vassens m'était connue comme truffée de carrières souterraines. La carte IGN vient d'ailleurs confirmer ce fait.

Je me dirige vers le lieu dit la Bretonnière. Un chemin de terre, voiture garée. Une petite explo s'impose pour trouver l'entrée. Elle est trouvée en 3 minutes, surtout à cause du courant d'air frais. C'est une entrée un peu du genre château fort, avec une arche, des fenêtres... Section 4m X 4m.

Retour à la carrette. Allez ! Je la gare dedans. Ce sera bien la première fois ! J'avance d'une vingtaine de mètres vers l'intérieur puis la gare sur le côté gauche.

Préparation d'explo. Une bonne casserole de riz au thon avant de partir, histoire de ne pas avoir le ventre vide.

Vassens est une cité souterraine. Ça s'organise par alvéoles (A, B, C, D...) qui sont des villes. Ensuite viennent les poches, puis les quartiers, puis les autoroutes, puis les rues. Ceci est véridique et n'est pas un fait d'imagination puisque c'est marqué dans certaines galeries.

Je prends donc une autoroute. Ici = royaume des bagnoles cramées ruinées. C'est assez glauque et l'impression y est terrible ! Deux heures d'explo qui me font découvrir des galeries immenses, 15 mètres de haut quelquefois. Un calcaire grossier dont la texture est assez fine toutefois. Je passe sous le lieu dit "les grès", trouve une autre entrée, et retourne à la voiture. L'heure tourne (1h30) et je dors dans le trou, agréablement tourmenté par le bruit des allers et retours des chauve-souris (phrase dictée Pivot).

Réveil le lendemain à 8h43. Je file à Soissons de mauvaise humeur pour aller chercher de la bouffe. L'ambiance est naze. Un champion hyper pourri où les gens sont dans le même état d'esprit que le mien. Perte de temps ensuite dans Soissons-centre pour trouver un photographe ouvert, (besoin de déclencheur souple). A noter : camara fermé le lundi 15 août, (certes). Soissons me fait typiquement penser à Chartres. Niveau tourisme, mis à part pour les passionnés de vases cassés, y'a pas grand chose à voir.

Retour illico à Vassens, même entrée. Explo directement vers le sud. Séances photo interminables en pose longue et tout plein de bougies. Record de temps de pose avec bougies pour une Thunderbird ruinée : 18 mn. Superbes photos je pense pour un secteur comportant des pierres taillées prêtes à la sortie.

Changement de décor. Je me dirige vers Nampcel, (300 hab). Lieu dit la Croisette. La carrière souterraine à y voir est de taille restreinte : 100m de diamètre. Elle est par contre intéressante parce qu'elle a servi d'hôpital pendant la guerre 14. Dedans, quelques restes : auges, quelques matériels, un tas de chaussures. L'entrée est très discrète dans les fourrés.

Suite : carrière Maigremont à Nampcel toujours. Sur le chemin, une carrière-maison. En fait, une exploitation montée sur trois étages, ne s'en allant pas en profondeur. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

La carrière Maigremont a une porte en bois pour entrée. Creusement anarchique comme dans le bon vieux Nord-Pas de Calais. Taille restreinte : 300m de diamètre, pour une hauteur de 1m60. Paysage souterrain varié, construction de halls avec des blocs carrés. Un crâne de chien (sic).

Direction Audignicourt (90 hab). Pour la carrière Lebel. Entrée largeur 10 m hauteur 15 m. Je gare la voiture en face. Des traces au sol. Il y a quelque chose qui me plait pas, je sais pas trop pourquoi. Et le pourquoi se révèle au bout d'un quart d'heure : BRRRROOOUUUAAAARRR. Un gigantesque bull-dozer avec un conducteur à tête de bull-dog. Wkfgizeryufgazeruoyfg, crotte de biquette en poudre, c'est une alvéole en exploitation.

Demi-tour. Direction Vassens, lieu-dit la Charbonnière. L'entrée est dans les fourrés. En faisant quelques pas dans les broussailles, je tombe nez-à-croix avec une tombe. Le petit Julot, abattu ici en 14. Je pense à ce type, cet enfant probablement, qui a vu ce même paysage, et ceci pour la dernière fois. Emotion. Au vu surtout que dans la galerie juste en dessous, il y a l'impasse du petit Julot. Ce "héros local" me serre les tripes. Je m'enfonce dans les fourrés composés de clématite (lianes) + orties. Grande pente inattendue, je me casse la gueule. Et quel malheur, dans une charogne. Bref, dégoût + nettoyage.

Je profite ensuite de la quiétude souterraine pour craquer un bon fumis.

Carrière Payot. Difficile à trouver, il faut traverser un champ. Entrée très petite. Chauve-souris, mes amies du jour. Elle me tournent autour. Est-ce par curiosité de voir un visiteur ou par intimidation ? Je sais en tout cas que ces animaux sont très perfectionnés et n'ai pas peur d'une collision. Le creusement de Payot est très ancien au vu de l'anarchie et de la petite taille des piliers (en deçà du raisonnable). Le diamètre est de 400 mètres je pense.

De l'intérêt de créer un service des carrières dans l'Aisne ? Polémique. Tout est sous les champs... Mais d'un autre côté, même si l'état général est plutôt bon, ça va bien se casser la gueule un jour ou l'autre. Soit... Ce serait accepter aussi la fermeture de tous les sites - ce dont je suis plutôt contre au vu de l'impérialisme débile de Bivert dans le Nord. (Toutes les associations sont bloquées, môssieu ne partage pas son patrimoine).

19h00, je retourne vers Lebel. Le temps de casser la croûte et j'y rentre. Les carrières en activité sont généralement un paysage souterrain assez exceptionnel. C'est le cas ici. Hauteur générale, 15 mètres, allant jusqu'à 20. Largeur entre 5 et 10. L'électricité est installée. Je n'allume cependant pas les lampes par respect du fait que je ne suis pas chez moi. Longues séances photos, un vieux Saviem, des machines à ancrer, des trémies... Ici, on est dans le calcaire lithographique le plus pur qu'il puisse être, c'est assez merveilleux, une belle couleur crème uniforme. Sortie. Enchanté.

Direction PC du colonel Reboul à St Christophe à Berry. Bel autel sculpté.

Puis retour. Ça a bien roulé. Sans fatigue.

 

15 août

Le visage cramé. Les mains déchirées par le calcaire.

Je tire le bilan. Il est clair que je retournerai à Vassens, c'est un paradis cataphile. Bien que les gens soient extrêmement suspicieux (on s'arrête pour te regarder, une fois, deux fois), la situation des carrières fait que personne ne vient t'emmerder. (Concentration assez faible). Il y a une carrière tous les 200 mètres, je compte d'ailleurs monter une carte. Dans un coin où la surface est aussi belle que le dessous-terre, on ne peut que être enjoué à l'idée de revenir.

 

16 août

Dentiste adoré - dentiste haï. Bon, il faut l'accepter, c'est l'ultime souffrance. Découpé, charcuté, on dira que c'est pour la bonne cause. Bonne journée mis à part ce mauvais moment... Un fait incroyable dans ma petite vie de tous les jours : j'ai fait une demande de carte d'identité. Ceci me répugnait. Bref, voilà, c'est fait. Et je ne serai plus emmerdé dans cet état policier. (A noter : vu les flics 5 fois aujourd'hui à Aulnoye le temps d'aller chez le photographe et chez le dentiste. Aulnoye, une ville où l'on se sent trêês en sécurité...).

Longues séances photo hier soir. La lune. Sous toutes ses coutures. Avec un 500mm, j'ai tapé de façon diverses : en 1.8, tdp de 3sec. En 22, tdp de 3mn. Qui vivra verra. Une photo de saules dans le noir quasi complet : Ouverture : 1.8, tdp : 10 minutes. Ce sera quitte ou double. Investissement aujourd'hui dans un déclencheur souple. Suite au blanc que j'avais perdu (bien malheureusement) en Lorraine. Une chose qui me serait utile, ce serait un 24mm. Je n'en ai pas les moyens et c'est bien dommage. Faut voir déjà ce que j'ai claqué en filtres, mon Dieu... Polarisants en tous genres, anti-convergence...

Tant qu'on est dans la photo : bidouillage hier soir sur l'appareil en lui même. Il avait une optique de visée légèrement décalée, ce qui était très désagréable. Le problème est arrangé mais pas encore réglé.

 

18 août

Très grand contentement pour cette journée à tirer le bilan : lu tout Koltès mis à part " la fuite à cheval très loin dans la ville ". Il en reste donc un, difficile à trouver, je sais de toute façon que c'est une ouvre qui est loin d'être majeure.

Koltès. Ce sont des tragédies intemporelles. Prenant Sallinger comme exemple, il s'agit d'une post-tragédie. Rien à voir avec la déclamation racinienne, les personnages sont placés dans un espace-temps très identifiable. Le particularisme est en ce qui concerne le temps un aspect de complètement décousu. C'est une volonté de syncoper le récit. Il n'y a pas de début, il n'y a pas de fin, c'est une marche arrière qui ne va pas directement au but. Ceci rend la lecture, ou la vision de la pièce, difficile. Le découpage temporel est assez informe. On passe d'un moment temporel à un autre dans un genre de fondu, les personnages se perdent dans des visions pas très nettes. Koltès bannit le " noir " théâtral. Le " spectacle " pour lui doit être une suite logique où le spectateur n'a pas à s'oublier le temps que les machines et les acteurs changent. La particularité concernant l'espace est très marquée. Ceci est la pierre angulaire du travail de Koltès. Les personnages, en plus d'avoir une caractérisation très nette, évoluent dans un décor extrêmement précis - difficile à mettre en scène d'ailleurs. A noter la fréquence des ponts. On a des détails précis : la radio qui grésille, les bouteilles de whisky, le téléphone. le lieu a son importance parce qu'il formate l'errance des personnages.

Les personnages quant à eux n'ont pas forcément de nom : le rouquin, la pute, la Harley Davidson, le dealer. Cette volonté retraduit le fait que Koltès a toujours apprécié le contact avec l'inconnu. Il affirme avoir baisé avec des gars dont il ne connaissait rien, pas même le prénom. Les personnages sont solitaires. Il y a beaucoup de monologues, de soliloques. Pratiquement pas de dialogues. A la lecture, on ne peut s'empêcher de dire toutes les trente secondes : mais ces personnages sont vides, complètement débiles ! C'est du fait que dans l'écoute, l'un ne capte que 10% de ce que " parle " l'autre. Manque d'intérêt souvent, la parole est vide et sert à évacuer un mal auquel on ne sait donner de nom. Ce sont des personnages en errance, ne sachant réaliser leurs désirs. L'inassouvi est très présent. Ils expriment des paroles de volonté, des demandes, avec des je se rapportant systématiquement égoïstement à leur personne. Cependant, leur nullité fait que la seule chose qu'ils arrivent à réaliser est de se foutre en l'air - fuite et lâcheté par rapport à la difficulté. Par rapport à cette idée, on retrouve une retranscription du climat familial de Metz. Un père revenu de la guerre et complètement absent (Al dans Sallinger, Rodolfe dans Quai ouest). La place de la mère qui doit tout faire et qui fait mal est là aussi, de la même façon : Ma, Monique, Cécile. La famille et le dialogue se retrouvent finalement comme au téléphone, conclusion de Sallinger d'ailleurs. Ce sont des bribes de mots, de l'incompréhension.

Comme le dit Koltès lui même, il ne faut toutefois pas voir ces pièces là comme des drames. En aucun cas de l'amour, en aucun cas de la sensiblerie. Il s'agit de scènes de commerce. Echanges brefs dans un langage simple. La musique, très présente dans l'esprit Koltèsien, doit accompagner le texte de manière absurde. On notera par exemple une musique complètement décalée dans " dans la solitude des champs de coton ". Une scène dans une rue pourrie avec des conteners, un dealer et un punk, et une musique légère qui n'a rien à voir. C'est la volonté de Koltès de ne pas taper dans le cliché, ce ne sont pas des caricatures. Même les personnages les plus hideux ont encore quelque chose d'humain. Musiques variées : burning spears, bob marley, massive attack, etc.

L'ouvre que j'ai préféré dans tout cela, c'est précisément " dans la solitude. ". L'acuité du langage intemporel, la volonté d'imager une scène de plus en plus tendue, jusqu'à l'explosion finale qui n'est que suggérée, c'est je crois l'image d'un théâtre difficile à tous points de vue et intéressant de par sa profondeur en originalité.

 

Lu : 1200 pages cette semaine. Score en baisse. En ayant fini avec Koltès, à grand renfort de bla bla au téléphone, je vais ré-attaquer Balzac (sic sic sic !). Une bonne période François Bon aussi. Puis peut-être quelque auteur complètement méconnu que je vais découvrir au hasard, qui sait !

 

Surf hier soir sur le journal intime de Sophie, appelé à tort doucesophie. Ce journal mis à disposition sur le net est le plus connu du public, à cause probablement des grands renforts de pubs qui sont faits autour de la vente du bouquin douce Sophie. C'est à mon goût un journal à peu près nul. On sent le faux, on perçoit aisément que c'est un journal factice édité dans un but peut-être fantasmatique mais surtout lucratif. Description de coucheries tous les jours, Sophie en fait un peu trop pour qu'on y croie. Pensée unilatérale, il manque de la description d'éléments de vie plus petits. Il y a des journées de merde, il y a des instants à regrets, il y a des bêtises. Bref, il y a même un mêl où lui écrire. Je ne suis pas spécialement contre ce genre de déballage. C'est je crois une démarche marrante de faire profiter de sa vie à tout le monde par le biais du net, cependant, le travail doit être un tant soit peu de bonne qualité. Quant au fait de déballer, c'est je crois une attitude entièrement nouvelle : le net permet la simultanéité. Il est clair que si je savais un peu plus renoncer à moi-même question égoïsme, c'est une démarche que je ferais.

Quant aux autres journaux disponibles, c'est en cours d'exploration. cela a l'air toutefois bien racoleur pour certains : journal érotique de . (encore un truc fabriqué de toutes pièces ?), journal d'un paumé (je vous en prie, aidez moi, pourquoi personne ne m'aime ?).

 

Recherches sur Vassens. Il n'y a rien d'intéressant.

 

20 août

Fuite fuite et re-fuite. Dans tous les sens du terme. Direction la Belgique pour Onnezies et Montigny / Roc. Un peu le ras-le-bol de tout. Le coin des Honnelles pourra peut-être me destresser ? (Rivière + forêt calme + lieu d'habitation d'Émile Verhaeren à l'époque). Lecture de Philippe Djian : Sainte Bob. Un livre très intéressant. Je m'endors toutefois au pied d'un arbre. Au réveil, j'ai faim ! Je me dirige vers " le vieux temps " à Autreppe. Je prends un café dessert. Moult chantilly + crottes de souris en chocolat. Mmmmm ! Je fais la larve. Lecture. Puis repas. Poisson + riz + café Moka.

La tension monte d'un cran lorsque je dois revenir. Puces + fuites d'eau + Fanny + désordre partout dans la maison. Mon équilibre est totalement bouleversé depuis son retour. Je m'étais dit : je vais faire comme d'habitude, je ne vais rien changer. Ainsi, je vais rester aussi bien qu'avant. Et bien. c'est un échec. La zizanie est semée. Je vais lui dire et je vais encore m'en prendre plein la gueule, je le sais d'avance. je ne me pose pas en victime parce que ce serait faux. Mais certains changements d'attitude vont je crois générer des îlots d'incompréhension. Ce sera tant pis. Comme dans tout, j'ai des limites. Et pour ce qui est de l'indépendance, j'aime vraiment pas qu'on me fasse déféquer (pour rester poli).

Retour. Coup de téléphone. Je suis dépassé. La fatigue est oversonique. Je ne sais plus comment faire pour me protéger. C'est très insidieux. Le fait de téléphoner me fait plaisir. Or, je suis actuellement tellement pris sous toutes sortes de charges que je ne sais plus comment faire.

 

21 août

Méga problème à la mairie. Eau et force a défoncé une chaussée neuve d'une semaine. Le gars a été assez compréhensif et me fera une réfection le plus nickel qu'il puisse exister. Un poids en moins.

Problèmes de fuites. De la merde qui coule de toute part dans l'appart. J'ai fait un recommandé en disant que je ne payais plus. Je leur ai précisé oralement également que j'allais les dénoncer à l'hygiène et que je comptais bien dénoncer en même temps au syndicat d'assainissement qu'il y a une sortie de WC dans les gouttières. Je traque le gars. Soit il me répare ma fuite, soit je le fais méga chier avant de partir.

 

22 août

Photos encore. Le fait d'avoir un déclencheur souple 25 me permettra la pose B sans le désagrément d'avoir à maintenir le déclencheur durant la prise. Je pourrai ainsi vaquer à mes petits éclats lumineux. La pose B consiste à laisser l'appareil ouvert durant la durée voulue. Soit en souterrain : 10 minutes. La photo est prise par flashage. Un individu se déplace dans le noir complet et flashe les parois de plus en plus loin de l'appareil. C'est un travail assez complexe. Il faut évaluer les indices de réflexion. En carrière de calcaire, il faut environ 10 flashs pour un 24mm. Dans la Lorraine, (fer), nous sommes montés jusqu'à 110 flashages des parois, pour un résultat encore pas tout à fait clair. Les résultats sont exceptionnels en netteté et en profondeur par contre. Cette technique a pour inconvénients la longueur d'installation et de prise, la consommation de piles et la difficulté. Il est clair que les souterrains sont les sujets photographiques parmi les plus difficiles qu'ils soient : humidité, buée, lieux exigus, parfois poussiéreux, sombre absolu, difficulté de cadrage, risque de casse du matériel, difficulté de retrouver le déclencheur dans le noir, risque de surexposition par points, le risque de bouchage de l'arrière plan, le risque d'orniérage, le risque d'apparition de déchets insoupçonnés (ça m'est arrivé à Nampcel), le risque de bougé, le risque de surbrillance, etc. On va arrêter une liste interminable et inintéressante ici. Parce que la qualité essentielle de la technique open flash est d'avoir un rendu absolument réaliste. Et cela mérite de risquer deux-trois péloches.

 

Posé congés pour mercredi 30, ensuite le 31, 1 et 2 septembre. (c'est absolument certain maintenant, voire immuable !).

30 = Orly sud pour voir Chacha.

31 = Maintenon et Bretoncelles-City-plage.

1 = Catas, journée entière de photos en open flash. Arrivée 7h matin. Départ 20 h soir.

2 = Journée avec Ninih. Retour à Berlaimont-City-plage le 2 au soir.

Projet de descente en Lorraine du 28/10 au 02/11. Photos en open flash.

Projet de retour à Vassens d'ici un mois. Série de photos en open flash.

Projet de retour dans toutes les carrières du NPdC que je connais pour les photographier en open flash. Projet d'achat d'albums photos (les + gros). Je vais dépasser le cap des mille photos et mes caisses sont pleines. (Pourquoi faut-il toujours que ce que je fasse soit démesuré ?).

 

Lourdes traces sur le bras quand je me suis cassé la gueule dans les orties à Vassens. J'ai l'impression qu'il y aura des marques qui ne partiront pas. Ce sera à l'honneur du petit Julot.

 

Finish de lecture de Balzac pour une pause de trois mois. J'en ai ras la casquette. Lecture de Djian, Sainte Bob.

 

23 août

Tripatouillage dans tous les sens avec le ftp. Je viens d'isoler le problème : c'est l'adresse de l'hôte qui n'est pas correcte, tous les autres paramètres sont bons. Enfin, par là, je veux dire que je sais que le problème ne vient que de là et pas de tout l'ensemble. Il ne me reste plus qu'à tenter multiples combinaisons. Ce que je ne comprends pas trop, c'est que l'adresse, je l'avais notée lors de l'installation de libertysurf. Elle marchait correctement avec cuteftp. Mystère et boule de chewing-gum.

 

Levé en retard ce matin. Je me suis rendormi après que le réveil ait sonné. Je manque de sommeil, je sais plus comment faire pour y arriver. J'ai l'impression d'avoir une putain de vie de merde. c'est incroyable ! Y'a pas à fouiller bien loin, il est clair que dès que l'on rentre dans le monde du travail, c'est une baisse énorme dans le moral quotidien. Les études, c'est encore chouette, tu apprends des choses, t'as pas de chef, tu dois te surpasser. Le boulot. malheur. J'ai du mal à tenir le moral depuis que ça a commencé. Quelle merde mon Dieu, quelle merde. Comment s'en sortir ?????

 

24 août

Photos hier du côté du bastion de la reine à Avesnes sur Helpe. J'ai disparu dans la chatière sous les yeux effarés d'un camionneur. De ce souterrain militaire, je n'avais que des photos complètement sous ex. Là, je ne sais pas ce que ça donnera mais ce sera certainement mieux. Mes anciennes photos : un coup de flash. Celles d'hier : entre 30 et 40 sur cent mètres de longueur. On verra bien.

Dernier rendez-vous avec le dentiste. Cela a été la déchirure ! que de poids dans ces paroles : merci monsieur. Au revoir. On ressent toute l'intensité d'une tragédie shakespearienne ! Bref. mes dents se comportent pas trop mal. La dent du fond qui faisait suer sera cependant fragile. Ne pas hésiter à la brosser avec force de fluor le matin.

Rédaction du journal ancien depuis plus d'une semaine. Le travail avance bien, c'est en tout cas à quelque chose près ce que j'en attends. Ce travail ne sera pas régulier. Je ressens parfaitement le fait que c'est une période où j'ai besoin de matérialiser un peu le passé par des mots mais cela ne durera pas. Mon but n'est pas de faire un journal avec comme titre " ma vie entière dans tous ses détails ". Ce sont des épisodes. Être intégral ne m'intéresse pas. Tout sur Rien, Rien sur Tout serait plus mon état d'esprit. Cela ne constitue pas toutefois un titre intéressant.

 

La nouveauté du jour est un élément que je ne sais pas du tout caractériser. Euh. par cela, je veux dire, je ne sais pas si j'en suis content ou mécontent, si je dois m'en réjouir ou voir ça comme une épreuve, y croire ou ne pas y croire. Nora m'a demandé de passer au 13 rue Garreau à Bretoncelles-City-Plage. En fait, j'avais justement prévu de passer à BCP (Bretoncelles-City-Etc.) un soir très tard sans venir frapper à sa porte. Je ne jugeais pas cet acte forcément nécessaire. Alors, que dire ? Il est tout d'abord assez évident que j'ai légèrement du mal à croire à cette invitation. C'est en tout cas une agréable coïncidence. Mais je ne peux pas oublier le nombre de fois où j'ai été " invité ", le nombre de fois où je me suis déplacé, et finalement, le nombre de fois où l'on a compté les queues de cerises. Le fait de faire un lapin est une chose qui m'horripile. (Il faudrait au moins prévenir : Peut-être que je ne viendrai pas). Donc, pour ce qui est de la semaine prochaine, je pose mon état d'esprit qui est très lucide aujourd'hui : BCP j'irai. Frapper à la porte : cela est beaucoup moins certain.

On verra bien. Comme à mon habitude, je n'ai pas rué dans les brancards. Je suis quelqu'un de plutôt modéré en ce qui concerne la patience. Pas d'impatience donc, laisser couler l'eau sous les ponts pour quelques jours. Je lui ai dit mon intention première. Le fait de la coïncidence est dans ses mains, à elle maintenant de m'en dire plus. Je ne me sens pas du tout dans le rôle de celui qui doit tout faire et prendre les devants. Je crois que j'ai déjà suffisamment donné dans les espérances et les désillusions pour rejouer à ce jeu là. Chat échaudé craint l'eau froide.

Et puis ce fait palpable, concret, presque violent, me met face à moi-même dans une situation qui m'est délicate. Le fait de prendre systématiquement deux heures par jour à ne rien faire pour réfléchir entraîne que je me connais assez bien. Ne pas voir dans cette phrase un côté imbu de sa personne. C'est un travail sur soi et une volonté, il n'y a rien de plus et rien d'exceptionnel. Bref, si j'ai parfaitement réussi à caractériser et justifier certaines de mes actions, je me retrouve sur une pente glissante lorsque j'aborde d'autres moments. Très particulièrement il y a trois mois lorsque j'ai reçu un courrier très étonnant de sa part. Je crois que je devrais prendre du temps pour analyser BCP. Ne pas y aller au petit bonheur la chance au gré des vents. Sinon, je vais me retrouver comme au 2 mars 99, à avoir fait quelque chose que je regrette. Je me dois de ne plus rien me cacher. Même s'il est indiscutable que je suis quelqu'un d'effroyablement compliqué. BCP n'est rien de toute façon. En premier lieu dédramatiser. C'est con ce que je dis parce que je ne dramatise pas. Euh. évacuer les questions plutôt - les questions qui n'ont pas lieu d'être, cela détruira un poids qui n'a pas d'importance en lui même. Je n'irai de toute façon pas à BCP avec un esprit embrouillé.

 

25 août

De la peine à soutenir la chaleur. Merdouillage téléphonique hier avec Natacha, je suis trop égoïste. c'est malheureux à constater.

Lu 940 pages cette semaine ce qui semble être ma moyenne compte tenu des semaines où je lis rien et des autres où je ne fais que ça. Lecture de Marie Ndiaye, un temps de saison. Un livre très mystérieux, je ne comprends vraiment pas la fin ni où elle veut en venir, on divague dans un espèce de monde Kafkaïen, je pense que le malaise du lecteur est un élément voulu.

 

Chronique presque hebdomadaire des villes les plus laides de France #issue2.

Aulnoye-Aymeries (ou Zone la ville). Ancien noud ferroviaire actif, s'est transformé au suivi des mutations sncf en nouveau noud ferroviaire inactif. On parle encore de ville de cheminots, c'est étrange quand on pense à la pure gare de crotte qu'on y trouve. Qu'on ne vienne pas me dire qu'il s'agit de fret, il n'y a pas de marchandises à l'arrêt ici hormis Vallourec. Bref, lorsque la mort surgit au niveau de l'emploi, la ville ne tarde pas à en faire les frais. Et dans une commune communiste depuis la révolution de 17, les premières choses qui sautent niveau budget, c'est l'entretien de l'espace public. On se retrouve donc avec des routes défoncées à tel point qu'il faudrait presque un char pour s'en sortir en certains lieux. L'exemple le plus concret qu'il soit, ce sont je crois les plaques d'égout en chaussées affaissées de 7 cm. En voiture, ce n'est pas rien ! Il manque 5 cm pour que ce soit une bordure de trottoir ! On pourra évidemment dire que cela est du détail. Or mettons bout à bout le petit champ d'horreur qu'est AA : Mairie immonde, maisons pas retapées depuis les années 40, plan de circulation datant des années 20, population en voie de paupérisation massive, afflux incompréhensible de jeunes cons qui roulent à 200 musique à fond et lunette de soleil la nuit, commerces lamentables et extrêmement chers, 250 flics au mètre carré, plan d'occupation des sols minable, politique de la ville risible, mauvaise humeur quotidienne, etc. etc., et bien on arrive à un environnement détestable. Qui dit substrat pourri dit connerie humaine. J'ai rarement vu des gens aussi cons : l'archétype parfait du jeune con les pieds dans la bouse et qui fait cocorico. Le pire, c'est qu'ils en sont fiers de leur taudis ! Cette ambiance, circulant largement dans tout le val de Sambre, est le témoignage parfait du fait que les gens sont tellement imbéciles ici qu'ils ne sortent même pas de chez eux. En tout point misérable.

 

26 août.

Levé à 5h00. un fait que j'adore lorsque je le choisis, un fait que je hais lorsque je suis obligé, de surcroît lorsque c'est un samedi (X10) de surcroît lorsque c'est pour le boulot (X1000000000). les mains pataudes, le visage déconfit, une rage sourde au creux du ventre. J'aime l'Etat français de tout mon cour, je ferais n'importe quoi pour servir ma patrie chérie. Vive la France. Vive l'Algérie Française. Viva Zapata.

Pensées de toutes les couleurs de Jacques Normand. Un livre absolument introuvable je crois. En tout cas, aucun de mes dictionnaires connaît ce type, auteur pourtant de 37 livres. Il me semble que ce soit un auteur " début du siècle ". La date de ce bouquin est 1928, d'après la pauvre chronologie que j'ai, ce serait parmi les derniers. Il aligne par ordre alphabétique une série de mots. Sous chacun de ces mots, une petite maxime. De Chanfort à La Rochefoucault, le thème a déjà largement été exploité. Il n'est cependant pas désagréable d'explorer l'ironie et la modestie de ce type là. Très étonné en positif, je recopie là quelques pensées.

 

AMIS : Les bons comptes font les bons amis dit un proverbe. Pas de comptes du tout en fait de meilleurs encore.

ANNEES : Les premières années du mariage sont souvent tourmentées, parce qu'on ne se connaît pas encore ; Celles qui suivent le sont parfois davantage, parce qu'on se connaît trop.

ECOUTER : Combien de gens n'écoutent que quand on parle d'eux !

EGOÏSTE : Nous le sommes tous, mais il y a des moments où nous avons honte de le laisser trop voir. Et cela s'appelle la générosité.

IMITER : On a dit justement qu'un écrivain commence toujours par imiter quelqu'un. On peut affirmer non moins justement que, quand il vit longtemps, il finit, sans en avoir conscience, par s'imiter lui même.

MINUTE (DANS UNE) : Veut dire parfois une heure, jamais soixante secondes.

TEMPS : Vouloir tuer le temps est un enfantillage, c'est toujours lui qui finira par nous tuer.

 

Un livre à la couverture blanche très abîmée, des pensées dessus (humour ?!). Un papier jauni, (voire bruni), coupé. Je serais bien curieux d'en savoir plus.

 

27 août

Sade au cinéma. A mon grand étonnement, un film de Benoît Jacquot, ayant joué dans " dans la solitude des champs de coton " de Koltès, mise en scène de Patrice Chéreau. Un film pas désagréable. Il ne faut pas cependant y aller en espérant retrouver l'ambiance Marquis-de-Sade. Sa philosophie est outrageusement ramenée au fait sexuel et cela uniquement. C'est oublier quantité de discours bien intéressants, histoire de Sainville et Léonore, Justine, etc...

Le jeu des acteurs n'est pas trop à mon goût. Auteuil : Dolmancé, tant que vous y êtes, venez m'enculer, prononcé comme : Jeannine a fait la vaisselle hier. On voit que la conviction n'y est pas. Émilie (soit Isild Lebesco) un peu empêtrée. Statique et peu convaincante. Jean-Pierre Cassel pour remonter le niveau ? A peine à vrai dire. Le scénario n'est pas mauvais, mais il en est comme d'une histoire un peu trop brouillonne, on se perd et on ne comprend pas tout. Soit. Je m'attendais à pire au vu des commentaires de France inter. " C'est une jeune ingénue qui en a assez de s'entendre dire vierge et qui a envie de découvrir l'amourrrrhhe ".

 

Tour au Cateau-Cambrésis : Le musée Matisse est fermé cause travaux. Photos de sa maison natale. Chambres à louer dedans. Le rêve, non ? Brocante à Landrecies : peu intéressante. Achat de quelques livres, dont Manon Lescaut, jamais lu, honte sur moi.

Téléchargement en cours de la comédie humaine de Balzac en intégralité. C'est long bien évidemment. Cela me permettra de lire même les plus petits textes. Je me suis tapé Pierre Grassou dernièrement, c'est très agréable. Eugénie Grandet n'est pas trop désagréable non plus. Face à ma bonne résolution d'arrêter Balzac pendant trois mois, je fais pâle figure. Je crois que je n'y arriverai jamais. A peine l'un terminé, je rêve de passer au suivant. Même symptôme que lorsque je lisais tout Bosco. J'ai réussi à télécharger petites misères de la vie conjugale.

Sortie au soir pour Hautmont. Galeries de contre-mine (militaire). Un peu tristounet.

 

28 août : Rien. (lundi). En fait si, j'ai copié dans la solitude. en format réduit pour le traîner partout. Je compte apprendre le texte par cour, comme ça juste pour le bonheur. En fait, je dis rien pour provoquer le lundi, pour qu'on se batte, je veux lui foutre des taloches ! ! !

 

30 août

Départ à 7h00 de Berlaimont City Plage. Au lieu de passer par St Quentin, je prends Laon. La route est assez vite avalée malgré l'affluence de camions. A 10 heures, petite pause au jardin Daumesnil à St Mandé puis direction Orly. La route est faite sans encombres. Je suis mort de trouille et d'impatience. Je gare la voiture à la silic. Obligation de longer l'autoroute pour arriver, c'est pénible.

Arrivée à midi 20 à Orly sud. Je tourne et retourne de partout sans trouver le but de ma recherche - d'une part des cheveux rouges, d'autres part, une évidente partie de moi-même. Je désespère, me met en colère, ai la gorge serrée et tout ce qu'on veut tour à tour, (y compris coup de téléphone pathétique). Je grimpe à l'étage par hasard. Soudain des cheveux presque fluos. Natacha est là. Sauvé. Je vais m'asseoir. Je dois briser la colère qu'il y a en moi. "Je te l'avais dit que c'était grand, les aéroports ça fait chier, une heure et demi que je m'emmerde dans cette zone etc." = Fuck Vincent ta mauvaise humeur. Vincent t'es imbécile. Tu la vois jamais tu vas pas commencer par gueuler comme un putois. Destruction colère. Cela a pris 10 secondes.

Dans un "Entre-temps", quatre heures de babil. Je me sens nul, inintéressant et tout ce qu'on veut dans le genre. 18h30, je l'accompagne à Orly Ouest puis m'en vais. Fin voulue non pathétique qui l'a été quand même. On fait ce qu'on peut avec sa petite caboche de merde. Dans quelques heures, son avion part pour le Kili. Reprise du Orlyval. Puis autoroute. Arrivé sous un pont, je m'écroule complètement. Je chiale je chiale. Je m'y attendais pas. Pourquoi l'homme est-il si faible quelquefois ?

Je retourne vers Paris pour voir Renaud. Je suis en avance pour le rendez-vous. Place de Catalogne. J'ai vraiment pas le moral. J'aurais aimé être seul pour vomir mon chagrin.

Puis bien plus tard dans la nuit, retour sur Maintenon. Tous petits yeux, je suis naze.

 

31 août

Maintenon. Journée pépère sans trop rien faire, finalement un peu la même chose à chaque fois. Tour agréable du côté de l'Eure. mon frère se baigne, fait le zigoto dans l'eau puis lance des paffetons dans le golf. On en profite également pour aller tirer le portrait de la carrière Jabba à l'open flash. Un peu insignifiant...

 

 

 


Souvenir de Paris

1er septembre

Départ pour Paris à 9h30. Croyant bien faire, je prends l'A86. C'est une erreur magistrale qui nous a plongé dans un marasme routier désagréable. Une bonne heure de file. Arrivée porte de Chatillon bien tranquillement (sans excitation) puis rue de Gergovie pour aller au resto. L'aquarius, une gargotte végétarienne m'ayant laissé des souvenirs agréables. L'ambiance toutefois a complètement changé. La serveuse est une crâneuse qui se donne un genre assez désagréable. Notamment pour dire le mot gaspacho, qui retraduit reviendrait à écrire : un gasspââââââchouoh. Ce choc des cultures parait fabriqué de toute pièce.

Au menu : Artichaut en entrée (hum), Un riz curry épinards + bégnet de céréales ensuite. Puis pour terminer, une tarte pommes-poires. Pas désagréable mais le changement de propriétaire entraîne finalement le fait que cela ne vaut plus le détour.

Juste après, direction le Père-Lachaise. Ballade agréable. Photographie de quelques tombes. Vu entre autres : Balzac, Nodier, Nerval, Modiglianni, Piaf, Corot, Gay-Lussac, Colette, Rossini, Morrisson. Sans oublier les affreux Cachin et Thorez !

Fin de la journée, direction la place Rungis. Quelques emplettes pour manger puis descente dans les catas avec mon frère. Le tunnel de la pc est actuellement envahi par les clodos, on ne peut dire que ce soit du plus agréable. L'entrée ne sent pas tant le renard que ce qui avait été dit. La chatière s'élargit de plus en plus avec le passage incessant. J'en profite pour enregistrer une cassette. On y entend bien les plifs plafs plouf plouf splotch splotch ! (et même le métro).

Au programme : Rue Nansoutty, passage bas, la plage, aqueduc d'Arcueil, rue Dareau, galerie des promos, cabinet minéralogique, rue d'Ulm, salle Z (avec longue séance photos), rue de Vaugirard juste au niveau des abris, rue de Mezières, rue du Cherche-Midi. Puis retour par Rue d'Assas, Avenue d'Orléans, la piscine de la rue Bezout, Bd Jourdan et sortie.

Retour à Maintenon à 3heures. Deux stoppeurs à Rambouillet.

 

2 septembre

Départ vers 15 heures pour Bretoncelles-City-Plage (BCP). Arrêt au 2 impasse des terrasses à Maintenon, 54 rue du Fbg Guillaume à Chartres puis plein gaz sur BCP. La route est assez longue. Une stoppeuse qui allait vers le Mans. Peu bavarde. J'arrive à BCP à 17h14. Je me gare en face du garage automobile. BCP est un petit village très agréable, typiquement percheron. (Situé dans la partie orientale du département de l'Orne). Je file sans trop d'hésitations vers le 13 rue Gareau. La maison est assez belle. Elle est surtout très grande (à mon étonnement). Deux étages, de type un peu beauceron mis à part les tuiles qui sont toutes petites. Un petit jardinet derrière. Agréable, oui vraiment agréable.

Sa porte donne sur rue. Fenêtre ouverte, on entend "je ne suis pas à plaindre" d'Akhénaton.

Retour sous la pluie. La nuit tombe. Au soir, je sors avec mon frère pour faire des photos de Maintenon en pause longue. Dodo vers minuit je crois.

 

3 septembre

Départ à 9h30 pour Paname. Kilomètres avalés à toute vitesse, je ne me plante même pas et arrive en avance : 10h30. Ninih était sous la douche.

Brocante rue Briançon. Quelques bouquins intéressants dont Ibsen (l'auteur de Peer Gynt). Des éditions originales de Rimbaud très chères bien évidemment. Nous nous sommes dirigés ensuite vers l'Alcazar, sorte de Dorsia Bis, rue Mazarine. Au vu des initiales sur les assiettes, j'ai failli me la jouer : "admirez donc cette fine dorure le long du A" etc. Le service est agréable, un peu ambiance je ne dis rien mais je n'en pense pas moins, notamment en ce qui concerne le choix des vins.

Le champagne et les vins me font rapidement tourner la tête. Au menu : Tian de tomates séchées au mozzarella et guacamole, gigot braisé à la menthe et pommes persillées aux branches d'épinard, summer pudding. Un lieu agréable, des vins presque parfaits, très honorables.

Nous tentons d'enchaîner par un thé mais malheureusement, l'officine est fermée. Nous allons alors Chez Angelina Porte Maillot. Un millefeuille et un café-chantilly qui me font littéralement exploser ! ceci est complètement décadent et qu'est-ce que c'est bon...

Outre les faces de bites dans le métro et un petit tour aux fnac-virgin's du patelin, le reste de l'après midi est calme. Nous rentrons peu avant la tombée de la nuit. Ecoute de quelques disques. Coltrane m'intéresse particulièrement.

 

Retour entamé peu avant 23h00. J'arrive à Vassens-City à 0h30 sans aucune encombre. J'en suis content. Quelques photos de Revel à l'open flash. Puis arrivée à Berlaimont les Oies dans le petit matin tout frais.

 

6 septembre

Mes élans de morbidité sont parfois durs à saisir - à contempler le cheminement de ma vie, on se demande vraiment pourquoi. Certes, j'aime Baudelaire, les cimetières la nuit, les souterrains glauques, la musique terriblement triste, les églises désertes. A la liste, il ne manque plus que je sois voleur de croix en pierre dans les cimetières abandonnés pour qu'on puisse me qualifier d'authentique gothique ! Bon, j'avoue, je n'en suis pas encore arrivé à ce niveau de déchéance !

Cette tendance " noire " est apparue juste après mes pérégrinations cévenoles. J'ai commencé à porter des vêtements plus sombres. Découvert également Pornography des Cure. Cela a été un moment important bien que cela puisse paraître anodin. La tendance morbide est une façon d'alléger ma vie je crois. J'ai toujours conçu la mort comme une délivrance, la fin de souffrances. (Des plus petites au plus grandes, quand je dors, je pèse un certain poids et cela m'est une souffrance. Les plus grandes étant bien évidemment les morales et d'ailleurs en ce moment, elles tiennent bon la barre). La mort, loin d'être désirée de façon imminente, me permet d'avoir un espoir : un jour, toutes ces merdes mises les unes à la suite des autres s'arrêteront. Je ne veux pas tenir ici un discours hautement pessimiste, simplement remarquer le fait qu'au final, le fait de vivre, c'est avoir 70% de temps d'obligations pour combien de bonheur ? Certains ne marchent que pour ce bonheur là, c'est très bien si cela leur permet de tenir le coup. Quant à moi, j'ai ma façon de faire qui n'est pas critiquable je crois. Bref. En ce moment, c'est morbidité maximale. Ce qui est bien, c'est que ça ne se voit pas.

Coupage de cheveux aujourd'hui. Et achat de 6cd.

 

8 septembre

C'est à croire que tous mes projets d'écriture sont abandonnés. Bon allez. c'est pas vrai. Le fait d'écrire m'est toutefois un poids ces temps-ci. J'échafaude des plans pour mon roman en cours de réalisation, cela se coince et ne descend pas plus loin que le coude. Je pense que la semaine dernière m'a beaucoup marqué. Je me remets énormément en cause. Le sentiment qui est né sur le parvis de la mairie de BCP vers 17h53 et 15 secondes ne m'a pas quitté : une impression d'ingratitude. Cette étrange sensation vient comme grever tout ce que je fais de " à quoi bon " véritablement dérangeants. A quoi bon à quoi bon, petite musique décourageante qui n'est pas dans mes habitudes. Je pense que ça ne durera pas et une fois la fatigue évacuée, je retrouverai un peu d'énergie pour repartir à bloc. Quant à BCP, j'ai déjà classé " l'événement " comme extrêmement mineur et peu intéressant. Non pas de sa faute à elle mais de la mienne : je suis trop nul. Ce langage incompréhensible n'a pas la vocation d'être " la bouée à la mer ". Il faut savoir reconnaître simplement je crois le fait de ne pas être à la hauteur d'une part et surtout savoir qu'il faut s'arrêter à temps avant de tomber de trop haut. Ce discrédit Bretoncellien n'arrange pas mon évolution à tâtons dans l'obscure clarté de l'espérance : je ne sais pas si je pars en Irlande, je ne sais pas ce que je vais faire après mon service, je ne sais pas quel est le destin qui est réservé pour mon cour, je ne sais pas si je vais réussir le Chili, je ne sais où je vais habiter et comment dans un mois et demi, etc. Cette masse de je ne sais pas me donne l'impression de marcher vers des sables mouvants. Je m'enfonce de plus en plus, la seule chose que je réussis, c'est de rater mon présent tandis que les autres s'éclatent au Kenya ou je sais pas trop où. Faut réagir Vincent parce que ça devient véritablement grave pour toi. Si tu perds l'espoir, tu n'as plus rien. Parce que faut pas se voiler la face, en ce moment, y'a que ça. C'est pas à se vautrer par terre le matin en grommelant " vie de merde " que ça va s'arranger. Allez, remue toi !

 

Chronique presque hebdomadaire des villes les plus laides de France. [Pas dans l'ordre par rapport à ce que j'avais prévu mais ce n'est pas bien grave].

Trappes. Si le nom évoque aux esprits un vague taudis, peu je crois connaissent véritablement en détail cette commune, mis à part aux abords de la N10. On retrouve en fait dans cette cité le concept presque immaculé de l'idéologie ville dortoir des années 60-70. Les barres HLM n'y sont pas aussi nombreuses qu'on voudrait nous le faire croire. Il s'agit surtout d'un parc d'accession à la propriété de maisons en très mauvais état. Les habitations individuelles, construites en masse suite à l'afflux de population vers les zones périurbaines, ont été jetées ça et là sans aucune règle de plan d'occupation des sols. On se retrouve donc avec un espace où le mot morcellement n'a même plus de sens. Au niveau urbanistique, c'est du n'importe quoi. Les maisons quant à elles sont de pierres meulières cimentées. On observera les faits suivants : peu de double vitrage, peu ou pas d'isolation, humidité importante. On conclue de ce premier constat une difficulté en ce qui concerne le substrat lui-même. C'est un territoire communal difficile à entretenir.

Face à cela est venu s'implanter par la suite toute une batterie de commerces de chaînes : des sociétés comme Cheminées Brisach, Caravanes Sterckeman, Buffalo grill, Conforama un peu plus loin à Coigniéres. Ces vastes hangars de tôles peintes aux couleurs criardes ne viennent pas arranger l'affaire. On remarquera avec amusement que ce sont là tout à fait des commerces de banlieue. En simple constat : y a t'il beaucoup de " côte à côte " ailleurs ? De Tousalon ? Des JC Cailleau ? L'odyssée du laid, c'est évidemment le Mammouth, le long de la RN10. Là, on est dans le catastrophique ! Ces horreurs de commerces en plastiques sont bien évidemment disposés selon la règle du plus tape-à-l'oil possible.

A avancer linéairement, on passe de l'un à l'autre sans qu'aucun lien culturel se fasse. C'est déjà peu charmant. Reste à constater ensuite qu'à trappes, il ne se passe rien. Mis à part de la casse dans la pauvre gare minuscule. Il semblerait que la vie culturelle en cet endroit affiche un degré d'activité de 0 tout pile.

A tirer de tels constats, on se demande ce qui peut motiver les humains de ce coin à rester ainsi les pieds dans la merde. Est-ce par obligation ? Le prix des loyers est-il effectivement plus bas ? A ce que j'ai pu voir, le prix de location non meublée est déjà bien plus cher que Berlaimont. Je sais bien que ce n'est pas très comparable. S'il y avait un choix à faire toutefois, je crois que ce serait vite vu. Au vu de la population résidente, j'ai vaguement l'impression qu'un sentiment de paralysie angoisse un bon nombre : on a peur de bouger, on a peur de perdre des acquis, on a peur de l'inconnu. C'est bien dommage je crois.

 

9 septembre

La France est toute penaude : il n'y a plus d'essence. C'est l'état de crise : bouh, comment on va faire ci ou ça ? Bande de pauvres cons, on prend plus sa voiture pour une fois ! Encore, ceux qui vont au boulot en carrette, je comprends, ils ont certainement pas trop le choix. C'est un peu la même chose quand il s'agit des trains. Par contre, mes parents qui pestent parce qu'ils ne peuvent plus chercher leur pain, euh. j'aurais un peu tendance à dire : lève toi et marche !

 

Mon anniversaire (sic) m'a donné l'occasion d'avoir quelques revenants au téléphone. Aux questions désagréables " qu'est-ce que tu deviens qu'est-ce que tu vas faire qu'est-ce que ci ou ça sans virgule et etc ", je reste placide, taciturne comme dirais certains. A question multiple réponse unique : je ne sais pas. C'est peu ragoûtant et je me suis donc bougé le cul (comme on dirait en langage vulgaire).

Conclusions par rapport à la mouvance bonne-volonténiène d'hier : la drass me certifie que je termine en février. Le 16 exactement. C'est une bonne chose. L'Irlande ne se fera pas, pour raison économique. (Il me faut 19000f pour le Chili si je ne gagne pas un rond là bas ce qui est le cas actuellement. Débourser cela m'est absolument impossible. Il faut donc que je trouve une solution. Soit faire un cdd à l'étranger juste avant le départ, ce qui me plairait, soit trouver un job quelque part, soit rester 6 mois de plus à la mairie. J'avoue que la dernière solution me répugne et je ferai tout pour l'éviter. Cependant, il faut admettre que si je veux que le Chili ne se casse pas la gueule, il faut que je réagisse d'une manière ou d'une autre).

Pour ce qui est du post-16-février, je me tâte encore pas mal sur où je vais atterrir. Une chose est certaine, c'est que je vais quitter le Nord. Pour les autres acquis que je vais peut-être quitter, cela se jouera un peu plus tard. J'aimerais bien avoir un boulot " un peu plus stable " pour juin, juillet ou quelque chose dans le genre. Septembre me paraît un peu tard, j'espère que je vais échapper à cette attente. Questions domaines d'emploi, je rechercherai dans 6 domaines :

Privé : Carrières, mines, BET en géologie, assainissement, organismes de sécurité, organismes de cartographie souterraine.

Public : Syndicats mixtes d'assainissement, mairies dans des cas très précis dans le but d'atterrir dans un lieu hautement désiré (comme les causses par exemple). Je saisirais cependant l'opportunité publique qu'en échappatoire.

Pour-voir-si-ça-marche : bibliothèques conséquentes.

 

Autres résolutions (puisque c'est la journée !), seront terminés pour février : Si j'étais Z., la mise en page de la correspondance, le petit cataphile illustré. Cela va de soi que je ne lancerai pas de nouveau projet tant que cela ne sera pas bouclé.

 

10 septembre

Départ tôt pour Lederzeele, messe du souvenir pour ma grand-mère. Ceci est l'occasion de voir mes parents et mon frère. La messe en elle même est risible. Je mentionnerai plus particulièrement le fait que "nous sommes en pèlerinage sur terre". Mis à part cela, à noter les aventures de Mme Croquette, araignée méga balaise qui a fait le tour du pilier. Il y avait 29 trous de vrillette dans le siège de devant. Une messe comme cela, l'illustration parfaite de la déchéance totale du catholicisme, ce qu'est Sex-Pistols à la musique.

La famille se retrouve ensuite à un bar pour aller y prendre un demi et des gâteaux apéro. C'est une tradition un peu étrange. C'est comme cela... Mon frère s'est empiffré, moi aussi bien que ne désirant peu l'avouer. 13h30, l'heure à laquelle je suis parti pour Wimille. La maison des parents à Fanny est pas mal, presque achevée. Elle a un étage très lumineux, c'est appréciable pour une région à faible ensoleillement comme la notre. Nous nous décidons d'aller à la mer et tombons par hasard sur une brocante. Assez riche et intéressante. Liste des bouquins demain.

La mer est grise à reflets olivâtres. Resto balnéaire : le blue marine. Moules frites honorables.

Coucher de soleil aux allures d'un vague Mars Attack.

 

11 septembre

Départ tôt (encore une fois !...) pour Valenciennes. Le trajet est carrément merdique, embouteillages à Armentières. Un stoppeur à Erquinghem-Lys. Arrivée à 9h34 après 2 heures 10 de merdouille.

La brocante est très inintéressante. Il s'agit en fait d'une réplique braderie de Lille, soit : foire-à-Parisiens. Je ne trouve rien mis à part de l'encens.

Palmarès livresque de ces deux jours : Balzac : la peau de chagrin, le médecin de campagne, les paysans. Barjavel : l'enchanteur. Cervantes : DQ en version originale. Alarcon : la verdad sospechosa. Lagarde et Michard's manquants soient : XVIII et XIX. Böll : l'honneur perdu de Katarina Blum (très content pour celui là !). Lanzmann : le têtard. Homère : l'illiade. Zola : Pot-Bouille. Butor : la modification. Guide Cérès (philatélie).

A part cela, j'ai enfin trouvé un CS pour Natacha. (Jaune).

 

13 septembre

Que de fatigue ces derniers jours ! Je crois que le style d'écriture du journal s'en est fort ressenti - phrases courtes sans liens, confusions. Aujourd'hui, ça va mieux.

Multiples rêves similaires et très agréables ces trois dernières nuits. Deux faits revenant systématiquement : le silence et la solitude. Cela se passe le plus souvent dans un appartement 10m² (soit quelque chose de minuscule), les murs sont blancs et dépouillés de tous artifices. Les cloisons comportent une isolation spéciale anti-bruit qui fait que je suis plongé dans le plus profond silence. Ces rêves anodins me font très peur. Ils révèlent des désirs, soit, cela n'est pas blâmable. Il y a malgré tout un " cependant ".

Au cours d'une réflexion menée ce week-end, j'ai découvert un élément m'inquiétant particulièrement. Il s'agit non pas d'un trait de caractère mais d'une maladie. Je pense que l'on peut classer cela dans les névroses sans trop se planter (dixit " nous sommes tous des névrosés "). Je deviens de plus en plus bruit-phobe. Euh. On va essayer de trouver un nom sérieux pour cela : je suis victime de sonophobie ! Bref, le bruit d'une part me fait mal, d'autre part me fait peur. Mon congélateur qui fait vrrrrrrrrrrr me rend hystérique, les camions qui font vrouuuuuu m'écrasent, les mobylettes qui font PTTTTTT me jettent dans un mal-être et une fatigue considérable. Haïr le bruit est un fait bien de notre temps. S'empêcher d'aller en tel ou tel endroit pour cause de bruit devient un peu plus particulier. Porter des boules kiès à longueur de journée devient très particulier. Désirer une ablation des oreilles est relativement cinglé.

Je ne sais plus comment faire. La foule me fait vomir (Lille, septembre 97), le bruit détruit les nerfs. Face à cela, j'ai un des apparts les plus bruyants de la région. Je me sens furieusement peu adapté au monde qui m'entoure. Tout le marasme de l'extérieur me semble folie. Tout est précipitation, il faut faire vite. J'aimerais faire une éloge de la lenteur.

S'il s'agissait de faire comme d'habitude, je placerais là le chapitre " bonnes résolutions ". Or que faire face à cette situation qui s'aggrave de jour en jour ? Faut-il agir sur l'extérieur et me reclure complètement comme Kryrzanowsky ? Faut-il agir sur moi-même pour tolérer le vacarme ? (Je ne m'en sens pas capable). La douleur ressentie de plus en plus forte m'inquiète au plus haut point.

 

Rangement hier soir. J'aimerais avoir moins d'affaires, afin de pouvoir mener une vie itinérante à loisir. Point de vue cd, il serait agréable d'entamer le même processus que Ninih, cela m'aiderait pour réduire le volume. Cependant, je ne sais encore où trouver les pochettes. Quant aux livres, il n'y a pas de solution. C'est mon péché, je sais. Exactement idem pour les échantillons de roches. Encore plus un péché sachant que ça ne sert à rien et que j'en ai 0.75 tonne, ce qui est joyeusement excessif. A part cela, je n'ai rien que du strictement nécessaire. J'essaie de limiter au maximum le volume. Cette période de rangement est bénite pour cela !

 

En vrac :

  • Opération " un Kili de courrier " pour Natacha terminée aujourd'hui. 16 kilos envoyés.
  • Reçu courrier de Natacha de Nairobi.
  • Je ne resterai pas à la mairie d'Aulnoy. Si j'ai dit ça, c'est parce que j'ai peur de bouger. Il faut que je m'affronte.
  • Balzac 51% lu. Le médecin de campagne se passe à Voreppe.
  • Le livre d'Heinrich Böll dernièrement cité est très intéressant.

 

Pause de midi à Continent. Je vais au C2 à contrecour. Je n'ai plus envie d'y aller depuis qu'ils ont augmenté leurs tarifs de façon péremptoire. Un moment d'hésitation ce midi, je ne sais ce que je ferai la semaine prochaine.

J'ai été chercher mes photos. (Encore, oui je sais.). Mes open flashs ne sont pas ce qu'il y a de plus terrible. J'ai bien malheureusement du chemin à faire avant de réaliser des chefs d'ouvres. Je vais peut-être réserver l'open flash aux grands espaces et réserver la bougie à tout ce qui est galerie. Toute la difficulté d'être photographe à volonté professionnelle d'une chose que personne ne photographie : il faut tout tester par soi-même, innover, inventer même parfois. J'utilise le mot professionnel parce que toutes ces photos sont destinées au PCI (petit cataphile illustré).

 

Un petit mot sur les bonnes résolutions (concernant le PCI notamment). Il est un fait indéniable que je suis absolument complètement bordélique. Face à ce fléau, j'ai planifié la rédaction de plusieurs éléments sur mes congés à venir. Ainsi, j'ai prévu 4 jours pleins pour terminer la mise en page du volume qui sera intitulé " Lune Rousse ", (volume épistolaire Roméo & Juliette cybernétique). 10 jours pour avancer Si j'étais Z. de façon conséquente. Et 15 jours pour boucler le PCI. Ce PCI, il va bien falloir que j'y arrive. Mes illustrations sont presque toutes prêtes, mes témoignages bouclés. On arrive au bout. Reste à recevoir la préface de Lewarde. On ne peut dire que cette épopée aura été de tout repos.

 

14 septembre

Fatigue démentielle et journée dégueulasse. Heureusement que Z. revient ce soir, sinon j'en serais venu à dire exécrable. Elle m'a manqué et je l'avoue, cela s'est démontré d'une façon biologique sur mon attitude quotidienne. Ce fait en lui même n'est pas négatif, bien au contraire.

Bref, je suis explosé. Heureux tout de même. S'il n'y a pas de changements, je serai à valence le 23, à Grenoble le 24.

 

15 septembre

Lu pour la neuvième fois Koltès. Ma nouvelle édition de " dans la solitude. " est minuscule. Format 5cm X 8cm avec 6 pages recto verso. C'est vraiment l'essentiel ramené à taille Lilliput. J'ai commencé à l'apprendre. Sans raison, ou juste par amour, si on veut. Ma précédente édition sur format A4 en 13 pages a été explosée par force d'utilisation. C'est un peu excessif tout cela.

Passant tout à fait à autre chose, mon petit tour dans le sud se confirme. Valence le 23, Grenoble le 24-25-26. Pour aller voir JL Poisson d'une part, JL Viallet, Arnaud Callec d'autre part, puis évidemment pour faire quelques descentes, cela avec Lionel Fichen.

Natacha est rentrée aujourd'hui. Quelques nouvelles au téléphone. Son voyage au Kenya s'est bien déroulé mis à part au début où elle a fait paraît-il une dépression. Peut-être le fait d'être enfin au Kenya après plus de dix ans de rêves. Je n'en sais rien. Cela ne fut que passager toutefois et apparemment sans gravité. Elle a été cramée par le soleil au mont Kenya, puis victime d'angine et de constipation (sic !). Tous ces petits détails non pas dans le but d'être exhaustif mais simplement pour signaler que tous les médicaments étaient prévus sauf pour ça. ! Quelques difficultés donc.

Un voyage en itinérance. Elle en a énormément profité d'après ce que j'ai pu comprendre, surtout au niveau de ce qui pouvait avoir trait au culturel. Marchés, maison de Blixen. Outre le fait de s'être fait charger à moitié par une éléphante, le voyage s'est déroulé sans trop d'encombres. Un peu osé surtout au niveau du camping sauvage mais somme toute agréable. Un choc des cultures au retour en France. Cela n'étonne nullement, l'occident et ses fourmis égoïstes marchant à toute vitesse, ce n'est pas très attrayant. J'imagine : après la brousse, le métro, bouerk !

De retour ce matin, elle embraye directement la prépa sans transitions. Une version d'anglais, peu désirée d'après ce que j'ai pu comprendre !!! Un petit train de vie qui recommence entre nous deux ? Non je ne pense pas. Elle me dit avoir beaucoup changé, ce que je comprends tout à fait. Elle a du en voir des vertes et des pas mures. Tout doit lui apparaître comme un peu désuet maintenant. Relativisons ? On verra bien.

 

16 septembre 7h30

Premier vent d'hiver ce matin et première fois que je mets mon bonnet crème de marin (provenant d'un artisanat local en Bretagne). Ce bonnet me moule la tête très fort et c'est marrant parce que cela change pas mal mon visage. Les traits deviennent plus anguleux. Un regard plus dur aussi et cela me déplaît un peu. Enfin, quoi qu'il en soit, cela fait un chouette changement. Dès que je trouve quelqu'un pouvant me le faire, je vais me faire tresser les cheveux le long de la tête, comme les mauritaniens. Le fait d'ornementer ma tête d'un tressage me plait énormément. Les occidentaux ont des coiffures si plates et si ternes (dont je fais partie). Bons délires à venir je crois !

 

11h07

Tremblant comme une feuille de peuplier tremble le petit Vincent ! Je viens de faire le numéro pour avoir Poisson au téléphone. (Zat ize zeu feurste tayme). Je ne l'ai pas eu et je pense que c'est une chance inestimable parce que ça me permet de faire un quart de premier pas avant d'en faire un entier. Au bout de 3,5 sonneries, j'ai eu une dame. Je lui demande si je pourrais avoir monsieur poisson. La dame me répond aimablement : c'est de la part de qui ? Vincent Duseigne. Ah oui, le jeune homme du Nord. Euh . !!! Et bien écoutez, il a regardé les jeux olympiques toute la nuit, il s'est couché à 6 heures et demi et là, il est en train de dormir. Oups, j'espère que je ne l'ai pas réveillé. Non non ça va. Est-ce que vous pourriez rappeler ? Oui bien sûr, 18 heures ça va ? Oui je lui ferai la commission.

Minuscule conversation qui tendrait à me faire croire que Poisson est un passionné de sport ? Au vu de " la tribune C. " ce n'est pas impossible. Un fait quasiment certain par contre : M. Poisson est marié. Cela me retirera un peu de peur pour la semaine prochaine je crois. Je ne sais dire pourquoi. Une autre chose par contre, je commence à douter que Poisson soit véritablement une personne âgée comme j'aurais tendance à l'imaginer. On verra bien tout à l'heure.

 

A ce petit séjour vers le sud semble s'ajouter une future pause à Lyon. Superflux me propose une halte pour aller visiter les réseaux souterrains arrêtes de poisson. Ce à quoi je ne suis pas du tout contre ! Pour un peu plus tard, à l'air de s'ajouter aussi un futur séjour en Normandie pour visiter les carrières souterraines crayeuses. A voir. Le programme devient de plus en plus chargé.

 

14h06

Achat d'un bouquin de graphologie au furet. Cela me rappelle mon stage de grapho à Grenoble.

Crise de nerfs ensuite à Valenciennes où je ne trouve pas de hamac. Perdu 2 heures et demi et le moral dans les mégabouffes de tous genres. Je suis écouré. Je proclame : VALENCIENNES EST LE TROU DU CUL DU MONDE.

 

17h59

Coup de téléphone à Poisson. Très sympathique, une voix très douce. Maintenant, c'est absolument certain, il n'est pas très âgé. On verra bien de toute façon... Il m'a scié quelque chose de bien, je ne m'en suis pas encore remis : Geoffrey Barton, ce n'est pas la peine de le chercher tu sais. Euh, oui, les libraires sont tombées des nues, personne ne connaît. Mouih, normal... C'est moi. PARDON ??? Oui, c'est moi, enfin... il existe pas quoi ! Mmmeuuurgh...

J'y vais samedi prochain.

Et le soir, j'irai voir Arnaud à St Martin d'Uriage.

 

17 septembre.

Cinéma séance de 11 heures. Harry, un ami qui vous veut du bien. Fortement impressionné en positif. (Dès les premières images où les noms d'acteurs apparaissent en ombre sur l'autoroute comme si nous étions nous, spectateurs, le soleil). A force de me faire voir des films de psychopathes, Ninih va me faire peur quand il va critiquer les youpies cravate vert fluo sur chemise marron avec rayures violet. Zatiz a joke hauf courses.

Brocante à Villereau. Dumas, la comtesse de Charny (2 vol) le vicomte de Bragelonne (4 vol). Gide, Isabelle. Verne, Robur le conquérant. Sartre, la nausée. Appolinaire, Calligrammes. Poe, histoires extraordinaires. Loti, le roman d'un enfant. Joyce, gens de Dublin. Que sais-je : la toponymie. Que sais-je : histoire de l'urss pour Natacha. Barjavel, le diable l'emporte. Dostoïevski, les nuits blanches + le sous sol. Heidegger, introduction à la métaphysique.

Sur la route, le samu et les flics. Un cycliste renversé par une bagnole. Très certainement décédé... Les gens conduisent trop vite... encore tout à l'heure, une mégane à 80 au moins dans Berlaimont centre...

 

19 septembre

Apprivoiser Vincent Duseigne, quelques petits faits gênants à bien connaître.

1 / Est dans le coma le matin au réveil et cela jusqu'à 9 heures. Ce n'est pas la peine de lui demander un discours cohérent, son cerveau est en léthargie.

2 / Est de mauvaise humeur 4 lundis matins sur 4.

3 / Est de mauvaise humeur 2,66 lundis soirs sur 4.

4 / Devient subitement très grognon dans les mégabouffes.

5 / Jette des objets de partout en cas d'énervement.

6 / Ne sait pas ranger ses vêtements.

7 / Adore les poules, vaches et similaires. (Cela peut paraître assez incompréhensible dans des cas bien précis).

8 / Adore à outrance les nouilles.

9 / Refuse en bloc son âge.

 

Folie ces derniers jours. Je manque de temps de façon cruelle. A la limite de la précipitation.

Geoffrey Barton n'est autre personne que JL Poisson. Cela m'a scié. J'ai donc décidé d'écrire " un après midi de chair ". Histoire de lui dire : bah si tu vois, je l'ai quand même trouvé, il suffisait de chercher. C'est je crois la seule chose que je pouvais faire pour rentrer dans son jeu. (Il est de fait que cela m'amuse beaucoup). Cependant, un petit fait négatif, je n'ai que cinq jours pour mettre cet écrit en place. Ma fatigue devient démentielle. A tel point que j'ai l'impression de dire complètement n'importe quoi au téléphone... Tout le temps que je ne passe pas à écrire est utilisé en réflexion, un travail extrêmement prenant. C'est ambitieux je crois et il va falloir que je fasse attention à ne pas me casser la gueule.

Livraison de l'écrit en même temps que le journal vendredi soir.

 

20 septembre

Exténué. Couché hier soir à 21h30, ce qui m'arrive une fois tous les 34 du mois.

L'écriture est une chose qui se mûrit pendant longtemps et là, je n'ai pas le temps. Certains me disent que je commence à avoir des cernes balaises. Je m'amuse bien toutefois. (J'ai tué Zaffouira, j'ai tué Walter et. c'est une honte, j'ai tué Sévag !). Ce sera une édition illustrée, (j'ai commencé aujourd'hui). Je vais commencer à réfléchir à la couverture aussi.

Mon séjour à Grenoble se prolonge d'un jour pour aller faire les mines de plomb argentifère du Vercors et les carrières de ciment, ceci avec Lionel.

 

21 septembre

Belle journée à courir dans tous les sens encore une fois. Je suis crevé à un niveau inimaginable. Je ne ressemble plus à rien, tout s'est accumulé ces derniers jours. Cependant, Geoffrey Barton est terminé de A à Z. Je suis tellement content de la forme du résultat que je vais prendre une photo. La couverture est rouge, or, et bleu à l'intérieur, avec rabats, ce qui composait une de mes contraintes. C'est une couverture plastifiée magnifique qui reprend une gravure du seizième siècle. Mars et Vénus surpris dans un même lit. Cela illustre exactement le thème du livre. Au vu du peu de temps que j'avais pour le faire (en gros, 12 heures), ce n'est pas bien long, 60 pages. Bref, ce n'est pas un roman, ni un récit. Ce n'est rien qu'un petit jeu. En espérant que cela amuse tout autant le destinataire. J'ai poussé le vice jusqu'à dédicacer le livre et insérer un marque-page d'invitation pour la parution du futur bouquin de Barton (En attendant deux.) à Colmar le 17 novembre. Terrible non ?!! Le livre contient deux encarts d'illustrations : une rue déserte la nuit et une image de docks avec un train, la nuit aussi.

Je lui donnerai samedi.

 

Mon retour de Grenoble se fera le mercredi dans la nuit. J'ai profité du laps de temps vacant pour rajouter une visite : Marjolaine Gaudry. Quand je lui ai téléphoné, elle était dans son bain, j'ai entendu plooof splotch plof. Allo ? plic ploc splash. etc...

 

Courrier très inattendu hier : Cynthia Delmas. De Marvejols, elle est venue s'installer à Paris, rue St Maur. C'est amusant, je ne la pensais pas capable de ça. C'est bien. Le fait qu'elle se soit détachée de Christel est un fait positif je crois. Elle se faisait trop écraser.

 

J'ai repris Krzyzanowski. (Je fais un flash back sur tous les auteurs m'ayant complètement retourné). La liste est assez courte finalement. Poisson, Llamazarès, Krzyzanowski, Bon, Koltès. Ça en fait cinq. Le fait de posséder les livres à la maison me fait chaud au cour. Je ne sais dire pourquoi, j'y prête une certaine valeur. (Etrange pour quelqu'un de si peu attaché au matériel, je sais.)

Poisson ? On ne peut plus d'actualité en ce moment.

Llamazarès. Lune de loup cette semaine. Re-relu. Toujours aussi passionnant.

Krzyzanowski. En cours d'approfondissement. En fait, je compte le lire dans sa langue, ce qui me permettra d'aller un peu plus loin dans les 3000 pages écrites (200 traduites en français).

Bon. Il est probable que l'on se rencontre d'ici quelques mois.

Koltès. Une étude un peu plus approfondie semblerait s'annoncer pour février-mars (encore un peu " ? ")

 

Au soir, direction Marquette au nord de Lille. Il y a beaucoup de circulation et c'est un peu la merde sur l'autoroute. Un petit arrêt à Lezennes où je constate avec étonnement que la ZI du Hellu est en train de se faire dynamiter. Des carrières disparues, ça fait toujours un pincement au cour. Complètement par hasard, je trouve une entrée. Je projette d'y aller d'ici deux semaines.

Chopage de Pierre au métro quatre cantons. Puis circulation urbaine comme ci - comme ça. Nous arrivons à l'Irish Pub à 21h00. C'est un endroit assez vaste, on ne s'y sent pas à l'étroit et l'ambiance est correcte dès le départ, (je veux dire que, ne connaissant personne, je ne me suis pas senti gêné, c'est un fait assez important).

27 personnes présentes, en rond, enfin plutôt en ovale. Quelques bières, pas trop, juste ce qu'il faut pour que ce soit agréable. Je suis planqué derrière Xavier et à côté de "Charles Mingus" - magnifique la contrebasse d'ailleurs, ce qui m'assure une place où je ne me fais pas trop remarquer. Question instruments, c'est assez varié et sauf erreur de ma part, il y avait : violons, piccolos, flûte traversière, contrebasse, tambourin, banjo, mandoline, guitares folk, cornemuse, sans oublier la voix bien sûr. L'ambiance est plutôt virtuose. D'après ce que j'ai pu comprendre, une personne ou deux commencent quelque chose, les autres reconnaissent (ou s'adaptent) et jouent un peu comme ils ont envie. C'est carrément différent de ce que je chantais à Grenoble. On me demandait de m'enfoncer au fin fond de la partoche, d'être exact sur l'intonation, la prononciation, le détachement des syllabes. La musique irlandaise laisse bien plus de liberté et ce n'est pas désagréable (ce qui n'empêche pas l'exactitude d'ailleurs).

Fanny a pensé reconnaître quelqu'un de Blaringhem ; le monde serait il petit une fois de plus ? Bref, il est Onze heures et quelques lorsque nous partons, après avoir remercié Jef pour l'accueil.

Le retour se fait tranquillement, une biche sur le bord de la route dans la forêt de Mormal.

 

22 septembre

Préparation du voyage pour Grenoble dans la journée. Un peu serré au niveau du temps. J'arrive toutefois à tout boucler dans des délais corrects et sans précipitation. Après un dîner assez léger, (salade + tomates), je file vers la gare de Berlaimont-Lez-Oyes. Le train arrive à l'heure, ce qui est un miracle. Méga sac sur le dos, je me vautre et somnole à moitié...

Je me suis installé dans le train à Lille à 21h20. Il est parti dix minutes plus tard. Terminus Ventimiglia. Je descends à Avignon à 6h34.

Le début du trajet a été bien agréable. Jusqu'à Longueau, j'ai eu l'occasion de parler de tout et de rien avec une femme dont je ne sais même pas le prénom. Le reste du trajet ? Je ne peux rien en dire ! J'ai dormi comme un loir !!! (Marmotte +++ !). Je sais simplement que nous sommes passés à Bry sur Marne et Dijon. Zzzzzzzz !

Le réveil sonne à 6h15. J'émerge difficilement et un peu fourbu. La forme revient toutefois assez vite (ouf). --- A Avignon, les trains sont supprimés. Les gens peu aimables voire pas du tout. Pas vraiment charmé le poussin... Je squate donc le premier tgv possible vers Valence (soit 7h16). Rien à foutre du fait de ne pas avoir de réservation. Et j'arrive enfin à Valence City sur les coups de 8 heures. 23 septembre Le but est de rejoindre Etoile / Rhone, un petit patelin à une quinzaine de kilomètres de Valence ; Là habite JL Poisson, un écrivain me passionnant.

Commence une longue marche pour quitter la ville. Je demande mon chemin à une dame qui nettoie son restaurant, elle m'apprend gentiment le chemin à suivre puis me donne un flyer pour marquer ma destination. [Un flyer est ce morceau de carton utilisé par les auto-stoppeurs.]

Je tente une première fois un poste. Puis un deuxième 500m plus loin. Puis un troisième. Rien à faire et le temps passe... C'est après avoir passé Beauvoisin qu'un type me prends. Belle bagnole jaune qui file à toute allure. Il me dépose en porte à porte devant le 54. La maison est assez typique. Dans une petite rue assez passante, un étage et un grenier aménagé, une frise sur le mur.

Je ne vais pas sonner tout de suite parce qu'il est trop tôt (10h20). Je file vers Etoile centre (!) et téléphone à droite à gauche pour organiser la suite du voyage (ce qui n'avait pas été fait).

C'est à 11h15 que je frappe enfin. Jean-Luc m'ouvre et me fait rentrer dans son antre. Une grande pièce un peu étonnante, un banc d'école, une cour au fond. C'est assez particulier et agréable. Byzance (le chien) s'occupe de l'accueil lui aussi et dépose la baballe au sol. (Champion olympique aux CO 1992 - (Chiens olympiques)). Carabace la chatte est là aussi.

Nous discutons un peu autour d'un blanc. J'en profite pour sortir le Barton. Vers 15 heures, nous mangeons. Une table bien garnie. En plus de Jean-Luc, il y a Andrée, sa mère et Evelyne, une amie. Celle-ci venait justement d'avoir des légers problèmes avec les roussins. Il est 16h55 lorsque nous quittons la table.

Evelyne et Jean-Luc me ramènent à la gare de Valence. Et là, charmante surprise, trains supprimés. Zat's veri coule... Avec la sncf, tout est possible... Plus qu'une seule solution, le stop... On me dépose donc à un rond-point. Et puis merde... y'a plus que ça à dire !

Je rajoute Grenoble sur mon flyer. Une heure puis deux puis trois... le temps passe, le soleil se couche. Personne ne me prends. On m'insulte, on rit, on fait des signes méchants. Ces gens n'ont jamais vécu le stop. Ils sont vraiment cons pour faire cela. Je hais les gens qui ont eu la vie facile...

A huit heures et demi, un type me prends. "Je t'ai vu y'a trois heures, t'as pas bougé d'un pouce, je vais t'avancer à un rond-point où ça ira mieux". Dans la carrette, trois énormes labradors qui me lèchent me sentent, se collent ! Bref, un supplice ! Mais je suis tellement content d'avancer... Le type me dit connaître Jean-Luc. Il avoue aussi s'être fait torcher au tennis - ce qui ne m'étonne pas !!! J'atterris au bout de 5 minutes à un endroit dont je ne sais rien, mis à part qu'il y a un quick.

Au bout de 5 minutes, un autre type me prends. Il m'amène une fois de plus 500 mètres plus loin. Et là, quelle chance. A peine sorti, une troisième personne me prends. Et ce jusqu'à Grenoble. Intérieurement, je pousse un grand ouf. Nous parlons un peu géologie. Pour le remercier du service rendu, je décide de lui envoyer quelques photos. Le problème, c'est que le stop est souvent une loi de série. Sauf que je ne saurai jamais remercier les deux premières personnes. C'est comme ça...

A la gare de Grenoble, je retrouve Fanny. Puis peu après, Arnaud Callec.

Nous allons nous coucher on ne peut plus vitement ! (vidés).

 

24 septembre

A St Martin d'Uriage chez Arnaud et Pascale. Je revois Solène et Anaëlle. Solène a beaucoup grandi depuis la dernière fois, elle est devenue beaucoup plus directive. Anaëlle quant à elle ne parle pas beaucoup. Elle joue surtout avec son regard qui exprime très fort les sentiments. Nous faisons une partie de dominos puis un mémory. Battu à plate couture à chaque fois !

A mon étonnement, les deux petites se révèlent rapidement être des monstres. Hurlements, provocations, méchancetés, la cohabitation devient infernale. La ballade faite l'après-midi dans le Taillefer ne vient rien changer à la situation. La situation avec les enfants semble révéler une sorte de problème latent mais celui-ci est larvé. Il s'agit peut-être tout simplement d'Anaëlle qui fait sa crise des quatre ans, avec la révolte et le non constant. Cependant, cette attitude - copiée de surcroît par Solène qui en profite évidemment - rend la situation compliquée à gérer. Il faut une patience du tonnerre. Les petites provoquent pour obtenir ce qu'elles veulent. Et à ce qu'on pourrait en croire, leur but ne serait que de faire chier les parents... Réellement, un conflit permanent problématique.

C'est couchées qu'on peut enfin respirer, et encore... nous sommes tellement vannés que nous allons nous coucher au bout de cinq minutes.

 

25 septembre

Arnaud et Pascale au boulot, nous allons faire une ballade dans Belledonne. J'en profite pour ramasser quelques échantillons de roches qui me sont plutôt inconnues - c'est vraiment différent du Nord. La chute est impressionnante et j'en fait une interview ! (Complètement arrosé d'ailleurs). Mon superpoussin protecteur se fait complètement tremper, un joyeux baptême !

Le retour se fait assez rapidement. J'en profite pour enregistrer une heure d'un petit ruisseau. Cette musique sera agréable une fois de retour à la maison.

Nous allons chercher les petites chez Josette et décidons de faire un gâteau. Sauf que nous ne connaissions absolument pas les aliments (levain au lieu de levure, lait d'avoine au lieu de lait de vache...). Résultat, le gâteau fut immonde. Ça fout vraiment mal... J'avoue que je me suis senti gêné.

Au soir, nous zonons un quart d'heure devant la télé (les miséroïdes). Anaëlle fait des crises d'insomnie. Puis gros dodo.

 

26 septembre

Pascale nous descend à Grenoble. Course infernale au matin. Mon Dieu, c'est une organisation proche de l'impossible... Et les petites n'hésitent pas à mettre durement le doigt dessus. Que d'ingratitude...

Nous nous quittons à la cité administrative.

Je profite de quelques instants libres pour rejoindre le jardin de ville. J'en ai fait des photos. (c'est le lieu d'action de Nora). J'ai également photographié le 3 rue du vieux temple, la place Grenette, etc... tous ces lieux réels, puis passés à la moulinette de l'imagination.

Direction Meylan ensuite. Pour aller voir JLVM(dBdlFdM). Il était en train de remettre le chapeau à CMVM. Nous avons vite droit aux chaises longues. Dans un cadre comme la Floriaz, c'est agréable ! MPVM arrive au bout d'un quart d'heure.

Nous discutons autour de pommes de terre, de melons, puis passons à table. Nous parlons d'un peu tout. Soudain, Jean-Louis sort le grand jeu : J'AI UNE QUESTION A POSER. (Importance plus que capitale, c'est vraiment d'une gravité exceptionnelle).

En fait, il s'agit d'un problème lié à l'accueil. Doit-on imposer certaines règles aux invités (selon ce que l'on croit) ou doit-on étendre l'accueil au delà de ce que l'on croit ?

Réponse difficile bien évidemment.

Au café, JLVM nous sort un minisystème-à-turbo-réaction-infra-nucléaire. Il s'en va rapidement travailler. Avant de partir, j'en profite pour laisser un petit mot dans le livre d'or. (C'est son annif).

Puis, n'ayant pas vu l'heure tourner, je dois soudain m'enfuir comme un voleur, ce qui me répugne...

CMVM est très agréable. Elle ressemble beaucoup à JL je trouve. Très marrant d'ailleurs sa façon de réaliser une giration, avec un pied replié vers l'arrière. CM est vraiment chouette. Au contraire des deux autres petites, CM fait envier la parenté.

 

Fanny reprend le train à 17h54. Train personnes âgées avec portables. Un peu long.

De mon côté, je file Cours de la libération voir Marjo. Dans le couloir, je rencontre Reiner. Marjo a les cheveux courts maintenant. Il y a une méga vue de son appart. Dommage que Grenoble soit moche...

Jonathan arrive au bout d'une petite demi-heure. Il n'a pas beaucoup changé.

Nous mangeons une kich. Puis un tiramisu. La fin de la soirée à regarder taxi puis les JO. J'étais parti avec un à priori négatif puis finalement, ce ne fut pas dégueulasse. Aux JO, lancer du marteau - madames. Hilarant ces bonnes femmes toutes pleines de bourrelets. Je rigole, je rigole... tu parles, elles, elles jettent 5 kg à 70m alors que moi... 4 mètres ?!!!!

 

Dodo chez D'jojo.

 

27 septembre

Départ assez tôt de chez Marjo (9h30, mais au vu de l'heure de coucher...) Je passe du côté d'Alsace Lorraine. A ma grande déception, le Carthage n'existe plus. (voir journal septembre 98).

Je monte du côté des carrières de ciment à St Martin le Vinoux. Comme cela était dit auparavant, tout est cadenassé. Je vais toutefois voir les quelques unes non bouchées. Je ne sais retrouver la berline que je voulais remonter sur Lille. Quelques descentes pas désagréables. Mais le sentiment d'en avoir fini avec le Dauphiné du point de vue souterrains.

A midi, train. Trajet relativement chiant. Dodo rapide à 21h30, complètement claqued.

 

29 septembre

Terminaison du courrier à Cynthia. Commencement d'un méga long courrier à François Bon. Je travaille vaguement la mise en page de la correspondance et cela m'épuise. Je n'ai fait qu'un petit deux tiers. Bonne soirée à faire des recherches sur Llamazarès et Krzyzanowski. Llamazarès, j'ai trouvé une interview en espagnol. Krz..., j'ai trouvé sa biographie en russe, un peu plus complète que celle de Perelmouter des éditions Verdier. C'est en cours de traduction. Et à mon très grand contentement, j'ai également mis la main sur son portrait.

A deux heures du mat, je vais reporter au collège la carte de bus d'Emilie Bolzan - trouvée à terre dans la soirée. Je signale cela parce que l'heure tardive m'a fait faire n'importe quoi - en fait, j'ai ouvert la boîte à lettre. Or, il y avait deux courriers de Z... (??????!?!?!?i!i!i!i!i!i!i!i!) re-parenthèse (il n'y avait rien à 18h). Le mystère est vaguement complet.

Découverte de René Aubry. Je suis éberlué par le côté virtuose.

 

30 septembre

Aaaah, enfin réglé ce problème de ftp. Et dire qu'il y avait aussi peu à bidouiller, ça dégoûte un peu... perso.libertysurf.fr/duseigne/ n'était pas bon parce qu'il ne fallait mettre que perso.libertysurf.fr/ Voilà voilà... Bref, j'ai profité d'être en congé pour travailler un peu tout ce qui était sur la sellette depuis des mois et des mois. J'ai pu envoyer une bonne partie de mes écrits. Ce fait me permet également de voir clair en ce qui concerne la mise en page de la correspondance. Au lieu d'avancer dans le noir complet, j'ai l'impression de faire des pas concrets vers l'aboutissement. Dommage par contre que le html foute en l'air une bonne moitié de mon boulot... 700 pages sont aujourd'hui accessibles. L'accès sera cependant restreint. Cela se comprend aisément. Parce que quoi qu'il en soit, je ne veux pas paraître exhibitionniste, (et cela sans ambiguïté...)

 

Elucidation du mystère boîte à lettres : c'est la voisine du bas qui les a mis et elle était bourrée.

 

Je me suis tapé un virus qui me coupe ma connexion au bout de 14mn et 48 sec systématiquement. Je suis embêté, je n'ai pas d'anti virus... ça me fait bien chier d'investir la dedans...

 

 

 

1er octobre

La voiture fait chier au matin. Après moult injures et coup de pieds foireux dans les pneus, elle accepte enfin le démarrage à 10h56. Cool... La séance de cinoche est à 11h00... Sans conduire comme un djeun, je suis arrivé à 11h20. Même pas loupé le début du film. Un peu serré quand même parce que deux minutes après, j'étais bon...

Les rivières pourpres donc. Hyper publicitaire, commercial et tout ce qu'on veut. M'enfin bon, j'avais envie de voir à quoi cela pouvait ressembler. Un thriller assez noir. Je suis ni déçu ni enchanté. Il y a de très bon points, d'autres négatifs aussi, disons... mitigé. Là où ça pèche, c'est principalement au niveau du scénario. On ne se pose pas une seconde, l'intrigue, déjà assez compliquée, devient relativement obscure. Il manque des choses. C'est peut-être un film marrant pour ceux qui ont lu le livre. Cependant, nous incultes ignares débiles etc nous y perdons un peu. Cela n'empêchera pas le fait d'être époustouflé par les images, le côté extrême, la bande son qui est travaillée.

Voilà. En fait... Y'a pas grand chose de plus à dire... Ca ne fait pas réfléchir des jours et des jours.

 

Courrier à François Bon dans l'après-midi. Puis un peu d'archéologie industrielle au soir. Je décide à moitié sur un coup de tête de monter tout en haut d'un château d'eau à Zone la ville. Résultat : c'est vertigineux. A part ça, crottes de coulons et odeur qui va avec.

Avant d'aller au dodo, je commence (enfin) une page web sur les trains.

 

2 octobre

Etude graphologique de l'écriture de Natacha. J'aimerais bien trouver ce dont parle Balzac, les traités de caractérologie selon la forme du visage. (Délire ou vérité, il faut que je lise pour me forger un avis). En tout cas, je juge la chirologie et l'onychologie comme des recueils de sornettes. (Caractérologie selon la forme des mains et des ongles respectivement).

Lecture de Beckett, Fin de Partie. Ses écrits me plaisent pas mal.

 

J'ai enfin décidé de mon lieu d'atterrissage pour "après février". Pour répondre un peu à certaines questions qui me sont posées, en fait, je vais chercher un boulot dans le privé dans des domaines très particulier. Si cela marche, j'atterrirai là où sera le poste. Il faut cependant rester réaliste et préparer des portes de sortie si cela ne marche pas. Le choix de la ville en porte de sortie m'évitera la surprise et la bêtise d'un choix précipité.

 

Méga coupage de cheveux. (A la Ninih).


Ninih

3 octobre

Journée pourrie où le boulot me bouffe la vie. Ras la couenne...

Natacha me disait dernièrement : je n'ai pratiquement jamais pris le train. C'est dommage...

Le club des poules de Villereau, c'est une grande histoire. A Villereau-City-Plage, mégalopolis immmmmmmense, il y a toujours une bande de poules noires qui picorent le long de la route. C'est un club select très influent sur la politique poulienne. Pour les adhésions, me contacter...

 

4 octobre

Mon mal de vivre est croissant en ce moment et certains de mes défauts deviennent critiques. Le fait de ne plus supporter la foule m'a poussé ce midi à manger seul au bureau plutôt qu'au C2. Le fait de ne plus supporter le bruit me fait ressembler à un petit vieux fragile. C'est pas joyeux... Je ne me sens pas à ma place, je rêve d'excellence et je suis plongé des heures et des heures dans une lamentable médiocrité. C'est pour dire, je torche un planning de chantier en un quart d'heure et on me félicite en me disant que c'est un beau travail. Mais c'est de la merde... Pure et dure, je me suis même pas fendu le cul pour le faire... Ce n'est pas pour essayer de dire que je sais pondre quelque chose d'excellent en cinq minutes. Non... je sais la valeur de mon rendu, c'était du foin. Je ne suis pas à ma place et ça tarde à finir.

En fait, ce sont des petites choses qui me font mal, (voire qui me détruisent). La base de tout est l'autre. Je hais l'autre. Son bruit, sa bêtise, sa présence, son regard. C'est un fait diabolisé, c'est très mal vu en notre époque de "relationnel" d'être misanthrope. Remarquer d'ailleurs que le monde du travail s'axe beaucoup sur le contact humain. Misanthrope, un mot qui caractérise les autres, comme sida, comme handicap, comme tuberculose. C'est toujours aux autres que ça arrive.

Bref, je reconnais mon handicap. Et là est une chose bien lourde à porter. Les autres sont partout. Au dessus, en dessous, à droite, gauche... etc. Je suis cerné. J'aimerais disparaître. Ne plus peser mon poids d'humain, avec ses responsabilités, ses devoirs écrasants. Je voudrais être une poule, et je ne rigole pas quand je dis cela... Ou une vache, ou une limace (comme je le disais aujourd'hui dans un courrier).

Quitter tout cela, c'est peut-être le but de ma vie finalement. En attendant, j'en profite bien, je ne me plains pas, il ne faut pas prendre ce texte pour une apologie du suicide.

Un texte de souffrance seulement.

 

5 octobre

Pleine recherche d'emploi aujourd'hui. J'ai fortement hiérarchisé mes désirs. Là, je suis dans la première phase : recherche d'un emploi dans le domaine minier ou carrier. Si cela ne marche pas, je lance la deuxième phase : recherche d'un emploi à l'étranger. Si cela ne marche pas, je lance la troisième phase : recherche d'un emploi tout court.

Première phase donc. Toutes mes lettres sont post-datées au 1er décembre. Elles partiront à quelque chose près dans cette période là. Au niveau du palmarès, ça donne, en nombre d'entreprises à contacter ; Carrières : 15, Bet en géologie : 22, sécurité/sites souterrains : 14, mines : 27.

La deuxième phase, je la commence à peine. Je vais à droite à gauche sur le net pour voir un peu comment ça marche, cela n'a pas l'air très évident. Au lieu de travailler à partir de la France, je crois que je gagnerai à aller directement sur un point CL et taper : ofertas de empleo en la ciudad de Punta Arenas.

Pour la troisième phase, mon choix semble être fait : communes de Perpignan, Montpellier, Millas, Latour de France, Durban-Corbières, Narbonne, St-Martin de Londres, Les Matelles, Lodève, Clermont l'Hérault, Ganges, Tuchan, Cerbère. A éviter autant que possible je crois...

 

A part cela (qui me gonfle largement il faut l'avouer), je n'ai pas trop le moral. On ne m'a jamais autant félicité et jamais je n'ai ressenti aussi fort la vacuité de mon être, l'inutilité de mes actes. Mes actions sont mesquines et calculatrices. Encore une fois, un grand désir d'enfermement. Travailler pour oublier ? Allez, je vais taper mon cv...

 

6 octobre

La limite est dépassée ce matin avec Natacha. Je ne sais dire pourquoi cela atterrit comme cela en plein milieu d'une matinée de merde. Certainement à cause du coup de téléphone d'hier soir. Le silence a engendré la jalousie. Je déteste infiniment Frédéric, je vomis son existence. Si tout aurait été clair dès le départ, je n'aurais pas eu d'espoir et l'on aurait pu appréhender l'amour sans ce que cela devienne ce que c'est aujourd'hui, un ramassis de haine et de violence. Je ne vais pas dire je me casse la gueule encore une fois. Tombé trop bas. L'envie presque de lui dire : n'écris plus, ne téléphone plus, I'm not réceptif du tout. Et pourtant, ce n'est pas vraiment ce que je désire. Bref, je me retrouve calé dans les moments de "quand-fred-il-est-pas-là" Je veux bien que chacun ait son indépendance, sa liberté. C'est normal en plus ce qui se passera ce soir quand il viendra la prendre dans ses bras. Mlle va voir monsieur. Ca me fait crever. Mauvaise humeur à fond je ne parle à personne depuis tout à l'heure. Hurler c'est trop tard tu ne m'auras plus jamais maintenant. C'est encore trop s'investir de dire ça... Je crache sur cette situation. Et je me recule, le plus loin que je peux, les yeux révulsés. Les mots : oui mais en attendant, tu as vécu plein de choses intéressantes. Que du foin. Je ne vis les éléments à fond. Alors je fuis. Parce que je ne vis plus rien. Des paroles bien extrêmes. Mais je vois se présenter la nouvelle situation conflictuelle : le jour où je vivrai avec quelqu'un - jour peut-être proche, peut-être inexistant aussi. Elle me dira : tu as tout à fait raison, c'est très bien, je suis content pour toi parce que tu seras bien, je ne te retiens pas, c'est normal, etc... Des paroles. Et son cour ? Il crachera le contraire. Vraiment ras le bol de tout ce fiel. Chacun se contient au téléphone comme il peut pour essayer de vivre une situation à demi-tout. Je ne sais plus accepter. Je ne sais plus porter. Mes paroles sont complètement injustifiées. Parce que chaque jour c'est le kili de courrier dans la boîte à lettres. Ca te frustre de ne pas pouvoir utiliser ta main de fer Vincent ? Et bah prends ça dans ta gueule, ça t'apprendra à faire le malin. Rester simple. Le jour où mon cour sortira de son carcan, cacher. D'une part pour ne pas faire de mal, c'est indispensable. D'autre part, pour me protéger, cela l'est tout autant. Rester ce que je suis. Un enfant. Plus de tourmente. Fuir les emmerdements, fuir ma tête, fuir les espoirs pourrissants. Un enfant. Une citation pour terminer : ma vie est un film "interdit aux adultes non accompagnés d'enfants".

 

7 octobre

Au matin, je désire aller à une brocante. Il pleut. Je décide donc d'aller au cinéma. La voiture ne démarre pas. Je décide donc d'aller me recoucher. Dans l'après-midi, je désire aller au Quesnoy pour trouver un logement. Je ne trouve rien. Je décide donc d'aller chercher sur Avesnes. Je me tape une déviation. Je décide donc d'aller me recoucher. Sur la route, je tombe sur un passage à niveau qui me propose une attente de cinq heures quarante cinq (avant de pouvoir passer). Je pète à moitié les plombs. (Plic). Cela sans compter les coupures d'électricité, le répondeur qui ne marche plus, les sites d'emploi à l'étranger que je ne trouve pas.

Relativisons : J'aurais pu me ruiner à la brocante, j'aurais pu aller voir un navet, j'aurais pu planter la caisse, j'aurais pu me faire violer par un bull-dog sur la grand place du Quesnoy, une enclume aurait pu me tomber sur le petit doigt du pied gauche à Avesnes, j'aurais pu passer sous un train parce que le passage à niveau ne marchait plus, un éclair aurait pu créer une surtension dans le réseau électrique, ce qui m'aurait grillé tous les appareils, le répondeur aurait pu me laisser un message de mon tyranboss me disant de venir tondre sa pelouse, ETC...

Relativisons donc... Saint-Cloud vai Rimuche la vie...

 

La citation du jour : J'ai toutes les raisons de t'aimer, me manque la déraison. Robert Mallet in "I'm véri inconnu, seau rit boye..."

 

8 octobre

François Bon, pivot de ma vie.

 

Mon temps s'axe autour de la littérature. C'est un constat aussi simple que réaliste. Hormis les obligations du boulot, de faire le kaddykiller dans les autoroutes des mégabouffes, sans oublier les quelques courbettes fatiguées à une famille décomposée, je lis. Cela paraîtra sûrement extrême. On ne vit pas pour lire. Quand bien même j'aurais des difficultés à préciser réellement à quoi sert la vie, j'estime pour ma part que cette définition minimaliste existentielle me convient.

La lecture, c'est bien beau. Mais s'il s'agissait d'engranger une suite de nom sur une liste d'auteurs "lus", de faire des palmarès semaines après semaines (5000 pages lues comme je l'ai marqué dans mon journal semaine 35), je crois que cela n'aurait pas grand intérêt. (Mis à part d'arborer une belle vantardise en disant j'ai lu tout Balzac, avec un petit air de fausse humilité si cela est possible). La littérature se vit. Il y a ces quelques écrivains qui reviennent sans cesse dans mon discours : Jean-Luc (Poisson), Llamazarès, Krzyzanowski, Morovich... La liste de noms n'est pas si longue que ça, à bien faire attention. Ce sont là les auteurs qui ont changé mon regard sur l'extérieur - voire mon regard sur l'intérieur.

Cette liste d'auteurs, huit tout au plus, sont d'une grande importance dans mon équilibre psychique. François Bon, dont il est question dans ce texte, tient une place différente. Par rapport aux quelques autres, il se démarque. Car son agissement au sein de ma vie ne se situe pas seulement au niveau littéraire ; il axe ma vie comme un rond-point le fait pour une circulation automobile. Je me retrouve en lui de manière centrale. La myriade de points communs existants entre nous deux pourra sembler assez terne. Cependant, c'est une constatation réellement forte, au moins pour moi en tous cas. Les faits les plus marquants semblent être ceux ci :

 

Rond-point, embranchements :

- Archéologie industrielle. FB base une part de sa littérature sur la description de sites d'usines abandonnées, de ferrailles rouillées, d'espaces bétonnés. Cela me rappelle typiquement mes ballades nocturnes dans les mines de fer du côté de Hussigny-Godbrange. Et moi qui me croyait seul jusque là à trouver de la poésie dans un carreau de fosse abandonné... Et toutes ces personnes qui me critiquent parce que je prends en photo des friches dévastées... FB vient approuver tel un pionnier le fait de l'archéologie industrielle naissante. Et dans ces mots se retrouveront tous les Guiollard, Cahuzac, Bricaud, à cravacher pour faire reconnaître cette nouvelle discipline.

- L'investissement en atelier d'écriture. Le premier livre de FB a été pour moi "Prison". Je suis tombé des nues en le lisant. J'y ai retrouvé comme un condensé synthétique toutes les difficultés - les bons moments aussi - de mon action à la prison de Varces avec genépi. Cela ne s'est pas déroulé de la même façon, mais l'ambiance est identique. Le but final aussi. La volonté manifeste de FB à vouloir travailler avec des personnes en difficulté me marque profondément. C'est tout comme quand je suis auprès d'un clodo. Bien avant de donner à bouffer, ou des sous, ou quoi que ce soit, je donne de mon temps, de ma parole. FB claque beaucoup de temps dans des actions assez similaires. Et il est certain que cela ne porte pas toujours ses fruits. N'empêche que cette renonciation qu'il met en ouvre est un superbe facteur pour luter contre la timidité qui nous assomme au devants d'un clochard.

- La mise à disposition de textes littéraires sur internet. Bien que ce que je fasse reste bien artisanal, bien qu'il me reste de nombreux efforts à faire en ce qui concerne la présentation, je désire le même but. Le concept du site littéraire est encore malheureusement assez peu développé. FB propose comme un pionnier du genre (encore une fois) un volume et une qualité impressionnante. Ce type est une émulation pas croyable, pour nous petits jeunes, avides de cracher des beaux textes, avides de qualité, de partage. FB transporte et canalise une force démentielle. Il draine sur son sillage des milliers de personne (cela n'est pas exagérer). Il ne faut pas dire : si je pouvais lui ressembler... Il faut dire : je fais. Maintenant. Même s'il est trois heures du mat, même si je serai crevé. En pensant qu'en bout de course, cela va peut-être faire plaisir à une personne, voire très éventuellement, l'aider.

- Balzac, Baudelaire, Rabelais, Koltès. Sont des auteurs mis en avant par FB. Faut-il rappeler mon engouement sans limite pour Koltès (à tel point que j'ai pratiquement terminé d'apprendre "dans la solitude..." rien que pour le plaisir) ? Faut-il rappeler que j'ai appris les fleurs du mal en entier étant gamin ? Un gros etc... La découverte de nouveaux auteurs s'est souvent faite par le biais de remue.net d'ailleurs. Quelquefois aussi simplement que par l'anthologie 31+1 fragments d'une seule ville (Marie N'Diaye). D'autrefois par les liens (TV). Cela démontre une certaine richesse littéraire. (car il faut lire beaucoup avant de trouver ce à quoi on tient vraiment).

- La volonté de décrire des cités, de parler d'urbanisme. Rien qu'à reprendre des fragments de mon journal, (chroniques presque hebdomadaires des villes les plus laides de France), tout est clair. Pour lui : Civray, Langres. Pour moi : Trappes, Maubeuge... Bien que traité de manière différente, ce sujet est encore une similitude. (Lui parle de ville lui ayant plutôt plu dans l'ensemble, ou marqué dans sa jeunesse. A vrai dire, mes textes sont très nettement plus elliptiques).

Bref, sans vouloir m'étaler dans des considérations de plus en plus ennuyantes, je voudrais simplement conclure par ces mots. Il est stupide de remercier quelqu'un pour son existence. Parce qu'en tout bon sens, la personne pourrait se permettre de répondre : tu sais, je n'y peux vraiment rien... Mais si ce texte (vaguement pathétique) peut être un encouragement pour quiconque à travailler sans cesse dans un but et à ne jamais lâcher les rênes, même en cas de difficulté, alors mon but est atteint.

 

Ma voix ne sera qu'une parenthèse du doute... Geoffrey Barton (Un après-midi de chair).

 

9 octobre

Certains me disent que j'ai mauvais caractère. Cela n'est pas entièrement faux. Cependant, il y a des manières d'apprécier ce fait. Je peux être tout à fait adorable si l'on ne vient pas me marcher sur les pieds. Par contre, dès que l'on commence à me brouter, là je deviens très mauvais. En résumé :

- Je ne supporte pas que l'on me critique. Je n'accepte la remise en cause que de moi-même. Parce que personne n'a eu mon parcours, mes expériences et mes cassages de gueule. Et je ne peux admettre qu'on vienne me critiquer sur des éléments ne regardant que moi (parce que tout ce que je fais d'une manière générale n'engage que moi).

- Je ne supporte pas qu'on me prenne pour un con. S'il y en a qui acceptent l'humiliation, pour mon compte, je l'envoie paître au fin fond de la cambrousse. Certains me demandent des choses, ou mieux encore, me font croire des choses dans le but d'obtenir autre chose. Ceux là sont bannis de mon (petit) entourage. Le fait de me donner des espoirs et me dire par la suite : ah? Bah non, je l'ai foutu à la poub, il n'y a pas mieux pour me faire fuir.

- Je déteste les gens qui veulent me comprendre, qui me prennent pour un extra-terrestre, ou qui sont admiratif devant mes réalisations. Je suis nul. Je n'aime pas qu'on essaie de me remettre à ma place. Je suis assez grand pour aller à la place que je veux.

- Bref, pour conclure, je n'aime pas vraiment qu'on essaie d'agir sur ma vie. Cela tourne à la haine quand l'essai devient contrainte. Très indépendant ? Oui à l'extrême. Je reste où je suis et je ne demande VRAIMENT rien à personne.

Certains s'étonnent de la vivacité des coups de pieds aux culs (verbaux) que j'assène. Certains me croient tout le temps de mauvaise humeur. Je crois que c'est une erreur. Cela provient d'une raison bien simple : je suis très faible. Autant de caractère que psychologiquement. De peur de retomber on ne peut plus bas, je me défend violemment contre toute attaque, aussi petite qu'elle soit.

C'est pas mal le cas en ce moment.

 

11 octobre

Enfin une journée où je peux me consacrer pleinement à ma p*** de recherche d'emploi. Sur 106 lettre, il y en a 19 de prêtes pour l'instant. Ca fait pas lourd mais le courage ne flanche pas. Au niveau minier, la recherche portera sur 2500 emplois existants. Au bout du compte, peu de chances même si cela est un nombre élevé. En fait, le cours de la matière première s'est complètement écroulé il y a de ça une bonne paire d'années. Ce qui fait que c'est un secteur non pas en crise, mais en difficulté. En gros, je compte un peu sur l'uranium, l'or, les kaolins et la potasse. Concernant le fer, le charbon, l'anhydrite, le talc, le cuivre, le plomb argentifère, l'asphalte, en France, ce n'est vraiment pas la peine de rêver. peu importe finalement si cela ne marche pas, ce qui est une éventualité non négligeable. Ce qui compte au travers de cette démarche, c'est le soulagement de conscience. Au moins, je l'aurai tenté. Je ne pourrai plus m'en vouloir avec des si machin et si bidules.

Courrier à Nora. Elle a perdu un de ses cousins qui s'est fait trucider à coup de couteau - il voulait défendre un de ses amis qui se faisait maraver la tronche pour je ne sais quelle raison. Voilà bien encore un témoignage sur la superbe débilité de notre monde. Comment croire en l'homme quand des choses comme celle-là se passe. Le dégoût de l'humanité est très profond. Je la comprends tout à fait quand elle dit que cela l'engage à exécrer l'humanité entière. A vrai dire, je m'en sens proche. Elle me dit par la même occasion s'être fait torcher sa bagnole, même système que pour Ninih. Ce n'est pas vraiment joyeux tout ça. A croire que c'est Mano qui vient sauver l'affaire. Les grignotages en question paraissent soudain futilité presque hilarante.

Nora se casse la gueule une fois de plus. Mis à part sa force démentielle pour se relever à chaque fois, je persiste à croire qu'elle n'a pas beaucoup de chance. Moi, pauvre péquenaud à trente six mille kilomètres de BCP, je me sens un peu impuissant pour lui dire : t'inquiète pas, je suis là. En fait, je ne suis pas là et cela me pèse. Puisse mon pauvre agissement à distance (courrier) être un réconfort.

Courrier à Arlette Fétat. On va certainement me dire que je m'intéresse à des auteurs peu connus. Bouh. Peu importe ! J'en rajoute un ! Auteur de Funérailles show, il s'agit d'un écrit sur la société tentaculaire. C'est tout à fait le genre à me plaire. Je lui ai donc parlé très vaguement des mégabouffes, des histoires de shtomp, blurp, kaddykiller et autres shnoukaffes, enfin bref, de mon vocabulaire imagé. Il est de fait qu'elle s'est amusée à inventer elle aussi plein de nouveaux mots. Cette confrontation de vocabulaires pour dénoncer finalement la même chose : la société de consommation massive, risque d'être bien amusante !

Réponse de François Bon hier. Mon texte le gêne un peu. Il trouve que je manque de retenue dans certains qualificatifs, en gros, ce genre de prose le pousserait à ne plus être du tout modeste. Soit. Je crois ne pas en avoir rajouté de mon côté. Chacun le perçoit comme il veut.

Approfondissement de Tryptique, de Joris Lacoste. J'en suis vraiment impressionné. Je vais par contre être vraiment incapable de lui écrire. Trop impressionné certainement par cette écriture si atypique. A vue de nez, il est clair que son talent sera reconnu d'ici peu.

A part cela, je projette dans le jours à venir une refonte de mon site internet. (Plusieurs personnes m'ayant dit que la police de caractère utilisée est trop petite). Cela me permettra de remettre des couleurs plus lisibles et d'ajuster les photos ratées ou dégueulasses. Une bonne occasion pour vérifier tous les liens où semble t'il, il y a quelques problèmes. Je projette également de mettre un " ce site n'est sponsorisé par aucune pub " glissant sur tout l'écran. Cela pourra être marrant.

Ninih prévu au 21. Quelques descentes aussi, peut-être à Vassens, peut-être dans les Ardennes. C'est à voir et cela dépendra d'Olivier Bricaud. Guiollard quant à lui m'a encouragé dans ma démarche auprès des mines de France et de Navarre, et me dit que ce n'est pas complètement désespéré.

Achat de Murder Ballads de Nick cave, Construction time again de Dépêche mode. Puis deux disques de blues : Jack Dupree et Charles Brown.

 

12 octobre

Semblant d'accord trouvé avec le proprio. A priori, je ne déménagerais plus. C'est in extremis...

Cela me bouffe toute ma soirée.

 

13 octobre

Méga en retard et crevé. Sleeping.

Reçu un courrier à demi énigmatique de Jean-Luc.

 

14 octobre

Achat de 20 disques de Jazz. Louis Armstrong. Sidney Bechet. Duke Ellington. Count Basie. Glenn Miller. Ella Fitzgerald. Billy Holiday. Django Reinhardt. Miles Davis. Coleman Hawkins. Lionel Hampton. Fats Waller. Art Tatum. Lester Young. Louis Dumaine. King Oliver. Johnny Hodges. Scott Joplin. Ray Charles. Bouh ! ça fait pas mal à écouter tout ça. On avance !

La citation du jour : les femmes, voyez-vous, ça complique beaucoup la vie. Jean Giono.

 

J'aimerais ne plus exister, j'aimerais qu'on me foute la paix. Le fin fond du sentiment : qu'on cesse de compter sur moi. Si seulement je pouvais disparaître de l'esprit des autres quelques temps, ce serait suffisant. Je hais le téléphone quatre fois plus que comment je haïssais le téléphone avant. Je me sens pris dans un carcan.

 

15 octobre

Tigres et dragons au cinoche. Pour bien faire chier mon monde - comme d'hab - je vais jouer au chieur : je n'ai pas du tout aimé. Dans les mots magnifique, exceptionnel, qui m'ont été dit la dessus ces derniers temps, je ne retrouve rien. En fait, il s'agit de combats entre Jeanne la Hyène et Julienne, un peu Lee saoul aussi. Ca se tape sur la tronche tout le long, tout ça pour une histoire de peigne à la con. En gros, un film chinoiméricain à la noix de cajou. J'aurais de loin préféré l'avoir en version originale. Le seul moment intéressant est d'ailleurs un petit morceau oublié par les traducteurs, on entend Wang yeoh chen lung zihung et patati et patata... un peu chinois pour de bon et pas de la sauce commerciale. Les rues sont propres, le décor magnifique, bref, on ne rentre dedans qu'au prix d'efforts considérables. Pas même de générique pour mettre en condition. Li sou revient ouan chichong et rien d'autre. Les dialogues sont récités (merci la traduction), les plans américanisés à l'extrême. Cela ne m'étonnerait pas d'ailleurs que Ang Lee soit expatrié là bas. Bref, je ne vais pas en faire trois tonnes. Juste à noter qu'à un moment, je me suis dit : j'ai du mal lire, il fait trois heures ce film... Un bon ciné certainement pas pour les chinetoks, bon produit pour l'exportation dira t'on.

PS : ce matin, j'avais mal au ventre. Maintenant en plus, j'ai mal à la tête.

 

Avant le film, les pubs. Un spot m'ayant choqué. Ce que j'appellerai l'emprise tentaculaire mégabouffique. On voit un hamac, puis une gamine super bien plombée qui bouffe une salade. "Nos salades sont vraiment très bonnes, sans insecticide, sans pestimachincide, consommez notre bonne salade à nous. Auchan : la vraie vie".

OK.

Donc je ne vis pas vrai, enfin, je veux dire, je vis faux. (Puisqu'il y a des vies qui sont plus vraies que d'autres. Oh! Arrache toi, ta mère elle a même pas une vraie vie vraie elle. Je ne fais pas partie de la tribu des gens qui regardent la une à vingt heures. Je ne fais pas partie des gens qui ont un portable. Je ne consomme pas chez Mégabouffe and Co. Donc donc donc... En toute logique, je n'ai pas raison d'être sur Terre. Puisque ma seule vocation est d'être un compte en banque sur pattes. J'étais déjà pas trop de bonne humeur. Mais là, c'est carrément de l'esprit fuck.

 

Les escargots, ils ne descendent pas les arcs en ciel en toboggan. Ils les mangent. C'est pour ça qu'après, quand on regarde leurs sillons de bave un peu de travers, on voit des semblants de couleurs. Geoffrey Barton, Turpitudes.

 

16 octobre

Rédaction du petit cataphile illustré au matin. Huit pages de pondues, dix jours comme cela et c'est bouclé. Certaines citations sont bien bidonnantes. L'Harmattan me le réclame impérativement pour le début de l'année prochaine. Je table pour ma part sur février. Une grosse partie des photos sont prêtes, c'est déjà ça. Il faut que je recontacte Dubuc pour la préface...

 

Dans l'après-midi, imprimerie de la mise en page de la correspondance. Dans ma pochette bleue, j'atteins déjà une épaisseur de 4.5cm. Et je n'en ai pas fait la moitié...

 

Au soir, direction Estreux. (Vaguement ennuyé, j'ai soudainement décidé de faire une descente). Une bonne occasion pour faire une série de photos à l'open flash et à la pose longue. Les seules photos d'Estreux que je possédais étaient des jetables complètement bouchées. C'était dommage. Je me suis donc retapé la descente dans le puits avec le fer barbelé. Je suis content d'ailleurs, parce que j'avais oublié la péloche en haut. J'ai donc du le remonter, le redecendre... Ce qui est bien, c'est que des descentes aussi techniques ne me font vraiment plus du tout peur. Par contre, 35m de descente, çca fait lourd pour les bras, surtout à compter qu'il y a un double retournement à effectuer. J'ai les bras en compote (bien cuite). Les photos seront je pense intéressantes je pense. Mais comme à chaque fois, Estreux, j'ai l'impression d'effleurer, je n'arrive pas à aller loin, je tombe sur des galeries qui queutent à chaque fois...

Malgré tout, je crois que ce que je préfère dans ce bled paumé, ce n'est pas le trou en lui même mais l'ambiance qu'il y a à la sortie. Des chemins dans les champs balayés par le vent, la pluie qui frappe le visage, les camions lancés à toute vitesse sur l'autoroute juste à côté, les lumières démentielles de la nouvelle usine toyota. C'est quelque chose ce coin... Je ne crois pas que ce soit très partageable.

 

17 octobre

Continuation d'imprimerie de la correspondance. Je suis cuit. Malade, les yeux bouffis, chaud partout, je crois que le mieux serait que j'aille me foutre au pieu, ce n'est pas vraiment la grande forme. Une péloche à tirer de 36p pour Estreux, je vais essayer de faire au plus vite. Quant au tour de mercredi soir, j'hésite encore entre Vassens et les Ardennes. Le problème, c'est que je n'ai pas de renseignements concernant les ardoisières souterraines. C'est aller un peu à l'aveuglette. A Vassens, j'ai 3300 hectares de carrière à visiter, on ne pourra pas dire que c'est ridiculement petit... Bah... On verra bien l'inspiration du moment...

 

18 octobre

La crève, la crève ? Bein c'est fini. Mon médicament : une nuit de 16 heures. Et paf, en pleine forme ce matin.

A 17 heures, Fanny se dédit pour la voiture. Cela faisait pourtant plus de deux semaines que je lui avais demandé et c'était encore bon hier soir. Ce refus débile (puisque sans raison) me plonge dans une antipathie profonde. Ca m'énerve. Je me mets Vassens dans le cul, y'a pas de meilleure manière de me foutre en rogne...

Je décide donc en dernière minute de descendre à Marly pour faire les photos en open flash. Départ vers 21h30. J'arrive sur le coup de 22 heures à Estreux. Je profite d'être sur le lieu (à nouveau) pour aller chercher la plaque de La carrière A2 (nom barbare !). A mon grand étonnement, je ne trouve pas. Estreux m'aura toujours dérouté ! Je suis certain que je suis passé juste à côté...

Il est 23 heures lorsque j'arrive à la plaque de Marly. Carrière du chemin vert, un vraiment superbe site dans le calcaire oolithique. [Pardonnez-moi les termes barbares...]. C'est une plaque vraiment très flippante, parce qu'elle est en chaussée. En plus, la plaque est assez lourde, 80kg. Le problème n'étant pas de la soulever, puisque là, mis à part le stress qu'il faut faire vite et silencieusement, on est en très bonne position. La difficulté essentielle est de refermer la plaque sur soi. Il faut soulever le dinosaure avec un seul bras, l'autre tenant l'échelle. C'est la tête qui sert de deuxième point d'appui - merci le casque ! Bref, je retire la clef de la plaque et m'enfonce, non sans difficultés, dans les ténèbres silencieuses. Le spectacle en bas est superbe. Mais mon Dieu, quel manque d'oxygène... A peine je marche et je suis essoufflé comme si j'avais fait un 100 mètres ! Je décide de faire le tour par le bord ferme droit. Le chemin vert, on ne peut pas dire que ce soit immense, disons que c'est vaste tout de même. Je fais le tour lentement, pauses et tout compris.

Je décide de faire des photos d'une grande galerie en ogive. C'est alors que mon open-flash déconne. Heureux... Bref, je me tape des photos à la bougie. Ce ne sera pas plus mal... Mais bonjour la galère pour allumer les bougies ! J'ai cru que j'allais vraiment jamais y arriver.

Le moment de remonter arrive. C'est fou, rien qu'à monter l'échelle, mon cour bat à 100000 bpm, alors que je suis très calme. J'ai même les jambes qui tremblotent un peu ! Je pousse la plaque de toutes mes forces, elle ne pose pas de problèmes. Mis à part au moment de la refermer à clef, le calage du loquet a fait un gros "bonk" bien sonore. Je repars assez vite...

Découverte : un pot de chambre ayant servi aux réfugiés pendant la guerre quarante. Je ne l'ai pas emporté, cela va de soi. (Quoique, j'avoue que j'ai un peu hésité, je ne l'ai pas pris finalement parce qu'il était à l'autre bout de la carrière et le porter m'aurait épuisé).

Sur la route, dans la forêt de Mormal, j'ai pu apercevoir une magnifique bestiole au pelage blanc. Je dis bestiole parce que je ne suis pas certain de l'identification. Je penserais qu'il s'agit d'une martre, au vu de la taille (je n'imaginais vraiment pas cela aussi grand - au vu de la taille d'une belette !) La martre se revêt-elle d'un pelage blanc ? Ne s'agirait-il pas d'une fouine ?

Il est 3 heures when I go in my lit.

 

19 octobre

Quelqu'un téléphone à 8h00 et raccroche au nez. Je suis réveillé par les hurlements de Fanny.

La journée est dédicacée à une immense refonte de mon site. J'installe un compteur (ce n'est pas si facile que ça...) et refait une présentation un peu plus sobre (mais plus travaillée) de ma page d'accueil. Le gros du travail se situe surtout sur les fichiers en corrélation avec les souterrains. Il s'agissait d'un ancien travail, je ne savais pas encore comment m'y prendre. Maintenant que je connais beaucoup mieux le html, je peux me permettre de travailler directement sur les sources sans même avoir à vérifier, ce qui n'est pas désagréable en gain de temps. Bref, j'ai reformé tous les liens, parce qu'un bon nombre était défectueux, agrandi la police de tous les documents, mis des couleurs un peu plus conviviales.

Le reste du boulot, ce sera de remettre au propre les pages de journal, celles de la correspondance aussi, refaire les boutons de la page d'accueil et mettre un accès à mot de passe sur plusieurs documents. Je sens que la dernière partie de mes volontés ne sera pas de la tarte !!!! En prévision aussi d'ici peu, une page dédiée à l'archéologie industrielle. Tout cela devrait être fait d'ici une bonne semaine...

 

20octobre

Je n'arrive pas trop à me sortir d'internet. Il faut dire que ces jours ci, je ne fais que ça... cela devient abrutissant, je ne fais plus rien d'autre, pas terrible. La nouveauté quand même assez exceptionnelle en ce jour est ma volonté de devenir diariste. Ce n'est pas grand chose finalement, mais un grand pas de franchi dans ma tête. A vue de nez de toute façons, cela ne change rien.

Cela fait si longtemps que je n'ai rien lu, je n'ai du me graber que 100 pages cette semaine. Et pourtant je suis en congé ! ... sic... Bref, un peu de temps pour étudier les écrits de Joris Lacoste, cela ne fera pas de mal.

Après midi peinture. Je réalise le portrait de Geoffrey Barton pour Geoffrey Barton. Cet écrivain n'aura jamais été autant célèbre depuis qu'il n'existe pas. Cela fait une syntaxe vraiment étrange. Quoiqu'il en soit, les citations de cet écrivain émaillent ma tête depuis peu. Et cette peinture fera un grand plaisir à Jean-Luc je pense - en tout cas j'espère. Les tons sont plutôt gris, un fond noir. Je prendrai une photo avant d'envoyer cela. Tout comme le livre "un après midi de chair", où j'ai même pris en photo le marque page ! Vivement que ce soit sec...

Chez les vivants aussi il y a des peaux mortes. Geoffrey Barton.

 

21 octobre

Bibliothèque de Valenciennes à 15 heures, je suis écouré à15 heures une. Il y a des débiles de partout, c'est véritablement une horreur. De partout ces saletés de jeunes (que je déteste), repérés à 200 mètres par leur bruit de mâchage de chewing-gum. Et shmack shmock shmok. Puis des ta mère en slip et tout le bataclan. Je deviens subitement extrêmement raciste. C'est un péché mortel certes, mais je ne peux m'empêcher de haïr de tout mon cour ces bovidés sans cervelles. Ne voulant pas côtoyer ces minables une seconde de plus, je m'enfuis, rempli à ras bord - limite dégorgement - de dégoût envers certaines catégories d'humains, particulièrement celle-ci. En gros, Valenciennes le samedi après midi, ce n'est vraiment pas fréquentable. Mon acceptation, ma tolérance, s'enfuient je ne sais où dans ces moments là. C'est assez grave je crois. Et même si je m'enfuis, ce qui est viscéral, je devrais au moins les laisser tranquilles dans leur coin... Même s'ils polluent mon espace. Une solution : le walkman ?

 

Il est 15h25 lorsque j'arrive à la coupole, lieu de rendez-vous avec Ninih pour la rencontre Toastmasters dédiée aux concours de discours improvisés et préparés. Etant donné que je suis largement en avance, je prends un café et lis Joris Lacoste. Je ne comprends rien à cette écriture d'ailleurs... Ninih arrive vers 16h15, il était au dessus, ce que je n'avais pas vraiment bien compris.

Il s'agit d'une vaste salle style déco du début des années 80, tapissée en vert (sic). Les fenêtres n'ont pas été lavées depuis le choc pétrolier en 74 (ça n'a rien à voir je sais mais c'est pour me permettre de mettre un "sic sic sic"...). Bref, Valenciennes dans toute sa splendeur décrépite. Cela ne fera pas une image déformée de la ville au moins...

A peine arrivé, Christian M, le trésorier, me saute dessus. C'est 230, et file pas, je t'ai à l'oil. (Tu peux faire un don de 250 000$ si tu le souhaites). C'est seulement après ce superbe accueil qu'il a oublié de me dire bonjour. En gros : un couillon. Je m'assois et patiente. Finalement peu parce que le concours démarre tout de suite. Concours d'improvisation, cinq concurrents. Dont Ninih, en troisième place.

Les concurrents passent derrière. Deux minutes pour parler sur un sujet assez difficile d'ailleurs. Ou plutôt déstabilisant, ce serait plus juste.

"La Toussaint approche, je te pose la question essentielle : que pense tu des citrouilles ?" Euh... Wqzjlefr4ertyulgé"rkeughzeryuiogtszuoyeaMblob blob blob ???

Les concurrents passent les uns après les autres. Ninih s'en sort bien. En conclusion : les citrouilles, il faut les brûler. Donc mort aux citrouilles, zut aux citrouilles. C'est bien mal dit par rapport à lui, disons que ça ressemblait à quelque chose près à cela. Le concours se termine vers 18 heures, ce qui nous laisse un temps libre. Pour ma part, je saute sur le café (ayant vaguement en tête de rentabiliser les 230, je sais, c'est pas bien...). Ninih me parle de Natacha, j'élude le sujet du mieux que je peu, vaguement gêné. Le temps passe, et nous sommes soudainement emportés dans une course poursuite dans Valenciennes, sans connaître le but. Il s'agit finalement du Gaumont à Marly (?????????). Nous avons le droit à une séance de cinéma dynamique puis à une visite de la salle de projection. Ninih en profite pour poser des questions bien gênantes, les réponses restent très évasives, sans être des groumf pour autant. Pour ma part, je demande comment se passe la sélection d'un film, le choix est dirigé par qui ? (Les sujets du Gaumont sont à ce point nuls...) Il s'agit en fait d'une décision prise au niveau national. Le gars me décrit finalement une sorte de micromultinationale dont le but est le pognon avant la qualité. Je m'en doutais.

Retour à la Coupole. Nous commençons le repas. Puis intervient le concours de discours préparé. Des thèmes assez variés (puisque libres aux concurrents). Pas mal menés pour une bonne partie. Le concours ayant une vocation humoristique, nous nous "poilons" assez souvent.

Le repas continue. Mon steak n'est pas cuit. C'est normal mais ce n'est pas de chance... puis arrivent enfin les résultats. Ninih termine premier, ce qui l'a pas mal ému je crois. C'est une bonne chose et je suis content pour lui. S'ensuivent les félicitations creuses de tous (ou presque, 230 boudant dans son coin).

Le repas se tire un peu en longueur, il est vrai que ce n'est pas forcément facile de servir 50 personnes rapidement. A ce moment, la miss France locale met un disque de soupe fadasse. Le nombre de décibels augmentant largement me fait fuir, (limite malpoliment). Certains se sont interrogés sur ma disparition, imaginant des choses fausses à mon sujet. Encore une fois, je suis victime du bruit, et ceci me fait faire des choses que je ne désire pas forcément. Il n'aurait pas été mieux non plus de sortir les boules kiès... Ce problème resurgissant une fois de plus me gêne profondément.

Sur la route de Mormal, je n'ai croisé aucune bestiole, ce qui est rare. Nuit remplie de cauchemars, cette fois ci à un point extrême (au moins 7 fois en train de gesticuler, hurler, me déchirer pieds et bras). Qui suis-je la nuit ? Pourquoi systématiquement des problèmes de bagnoles ? Si cela continue encore cette semaine, j'agirais pour traiter le problème. Cela ne peut plus durer ainsi.

 

22 octobre

Réveil difficile. Je suis malade... ça fait une semaine que ça traîne. J'écoute un peu les 3 king Crimson que Ni² m'a offert. Charmé, une fois de plus. Larges commentaires à venir.

Nous nous retrouvons à Valenciennes un peu avant midi, direction la planche à pain, un resto à priori pas trop dégueu, du côté du St Cordon. Nous garons la voiture rue Askievre. Là, trois rebelles éméchés regardent vaguement la coupe de Ninih, puis ma cravate à poules (sic sic sic sic sic...) Nous trouvons assez facilement le resto. Ambiance cloîtrée, un peu froide au premier abord. La salle est d'une décoration assez terne, un peu salle d'attente de dentiste en ce qui concerne les tableaux. En fond musical, nous avons le droit à un superbe disque de remixes des plus grandes chansons de la variété pop-soupe en flûte de pan. Cela est une faute de goût impardonnable à mon goût, au moins tout autant que les fleurs en plastique sur la table. Toutefois, pour Valenciennes, ce n'est pas dégueu. Pour ma part, Terrine de faisan et andouillette de Cambrai tout à fait honorables. Une chope bistoule franchement ratée en dessert et c'est dommage. Le vin est un peu trop frais, mais très correct au bout d'un quart d'heure.

Nous décidons ensuite de nous déplacer vers Liévin pour aller voir un village d'enfants dirigés par des moines. Les "scouts de Riaumont". Nous trouvons du premier coup, ce qui est très étonnant, surtout au vu de notre connaissance très développée de la région. Mis à part quelques poules qui gloussent à notre passage, l'accueil est inexistant, il n'y a personne. Nous allons jusqu'à une petite chapelle, faisons du bruit en rentrant, et nous installons quelques minutes pour un remerciement. Il y avait un moine au fond, j'espère que nous ne l'avons pas dérangé. Nous repartons au bout de quelques instants. Puis direction Vimy, mémorial canadien de la guerre 14. Nous passons par Givenchy, puis arrivons enfin au site, infesté de touristes. Il y avait même des moutons, c'est un signe, c'est un signe (certains humains vont y voir leur famille). Le site en lui même n'est pas particulièrement intéressant, c'est surtout le règlement qui attire notre hilarité. (D'ailleurs, nous n'avions pas le droit de rire en zone A, ce fut un crime). En repartant, Ninih tente vainement d'écraser un cannipisseur, il a eu un semblant de pitié au dernier moment, ce qui est bien dommage). Sur la route du retour, il nous parle de Jacky, le blaireau de base. Il existe d'ailleurs un Jackysite et je m'empresserai d'aller voir cela. Ninih me parle de maths. On ne peut pas dire que je décroche, mais je suis incapable de le contredire par manque de connaissance, ce qui est bien dommage. [Il me parle ensuite d'Aurélie. je n'avais pas spécialement prêté attention à cela lorsqu'il en avait parlé dans son journal. Disons que je n'avais pas vraiment perçu l'impact de l'information. Il semblerait qu'il s'agisse de quelque chose de tout à fait sérieux. Pour ma part, je ne dis rien à ce sujet, pour la bonne raison que je ne connais vraiment rien. Et comme je suis le champion de la bourde, du genre, "en ce moment, mon appart est 100 fois plus crade que le tien", j'ai préféré m'abstenir de peur de déblatérer des conneries. C'est pas le colosse de la veille qui a le droit à la coupe avec king kong au sommet de l'empire state building, grand prix de la gaffe, c'est moi. Bref, Ninih certainement gêné que je ne veuille pas prendre part à part entière à la discussion, l'appréhension de faire pire que mieux].

Après un dernier café à la Coupole, nous partons chacun de notre côté. De retour à la maison, il y a plein de ménage à faire. Et il est tard. Groumf !

 

23 octobre

L'expert de l'assurance est passé ce matin pour constater les dégâts occasionnés dernièrement par la fuite des toilettes du dessus. Il a été horrifié. C'est normal. Le propriétaire est mis en demeure et c'est une très bonne chose je crois. D'après ce qu'il a constaté, le propriétaire est mal... Ce que je n'avais pas vu, c'est que mon évier se rejette aussi dans la gouttière, soit directement dans la rivière. C'est d'une part illégal, mais de plus complètement infâme moralement. On se casse la tête pour utiliser des produits vaisselle écologiques, et cela pour quoi ??? Ce sont de véritables truands, y'a pas à dire !!!!

King Crimson au matin. La chanson Starless me plaît particulièrement. C'est très particulier comme genre.

Prévision de concert courant du mois de novembre. J'aimerais aller voir René Aubry. Il passe à Roubaix. Bien que ce soit un peu la zone, j'irais bien...

 

Chronique presque hebdomadaire des villes les plus laides de France, issue 5, #Saint-Etienne.

Quelle pauvre cité. On aurait presque envie de dire : ce n'est pas de sa faute. Cherchons des excuses. Encastrée dans un carcan de montagnes, tout au fond d'une misérable vallée sédimentaire, il n'y a pas de place. Il a bien fallu construire comme cela pour loger tout le monde. Et mettre ces couleurs pour remonter le moral. - Ah oui ? Et oui, des immeubles de partout, des couleurs criardes à décorner une vache flamande, des routes tellement larges que j'ai eu du mal à passer avec ma méga supercinq, faut le faire !!!. Un plan de circulation complètement dingue. Même les flics y disent : eh oui... c'est comme ça, ce n'est pas de notre faute vous savez... Nous, misérables touristes de passage, déjà peu expérimentés en orientation dans des cités dantesques, nous nous sommes valeureusement paumé au cour de la zone. Etouffés, voire écrasés sous les masses des hlm, Grenoble en cent fois pire urbanistiquement parlant, c'est pour dire comme cela n'est pas joyeux.

La ville la ville, oui mais il y a les avantages. Gloups ?! Avanquoi ? Y'a rien à St Etienne... Certains disent : ce qu'il y a de bien, c'est qu'il y a Lyon à une demi heure en train. - Bordel, c'est l'arnaaaque ! Eh ohhhh ! Mes avantages, y sont à Perpette les prés et je dois me glander ici ??? - Eh oui... c'est comme ça, ce n'est pas de notre faute vous savez...

Bon, relativisons, la ville est serrée, mais cela veut dire que la nature est proche, vous me comprenez ? Divaguons donc. Un gros bloc cristallophyllien vers l'est, le mont Pilat qwa. Méga site touristico-touristique, la Bastille sans les murailles. De l'éruptif peu sympathique au nord. Mais cela on ne le choisit pas. La nature se met là où elle veut comme elle le veut. eh oui... c'est comme ça, ce n'est pas de notre faute vous savez...

Bon, Il y a quand même quelque chose à St Etienne Bordel... Euh ? Il y a le musée minier, les anciennes exploitations des houillères, puis La Ricamarie juste à côté. (Mis à part la vue des deux magnifiques terrils, je n'y ai rien trouvé de vraiment intéressant). Bref, on parlait de quoi ?

Quartier Bellevue, je la cherche. Une rivière pour remonter le niveau ? Le Furan est minuscule et le comble, souterrain !!! Quartier Beaubrun, je ne l'ai pas vu, (etais-ce moi ?). Ce n'est finalement que vers le quartier La Pouilleuse (vers Terrenoire) que je vois un tant soit peu de réalisme.

 

Euh... il y a une ambiance, c'est une ville dont on se souvient finalement, non ?

Certes, la preuve, je ne peux m'empêcher de médire et de plaindre les gens enterrés dans ce bourbier... Eh oui... c'est comme ça, ce n'est pas de ma faute vous savez...

 

24 octobre

Plantage majestueux de libertysurf hier soir. J'ai essayé de retirer du courrier, un message me dit que pop3 est mort. Idem pour le smtp. Idem pour le ftp vers perso.libertysurf. Je tente un coup un ftp vers borland et ça marche parfaitement. J'en déduis que la merdasse ne vient pas de moi mais de libertymachin. C'est embêtant parce que l'échéance de mise à jour de mon journal est assez stricte. Surtout du fait que c'est cette semaine que le cercle vient jeter un coup d'oil à mon travail. Groumf, ça ne tombe pas très bien tout cela. Quoi qu'il en soit, j'envisage cette situation sans aucun stress. Je m'en fous et qui vivra verra.

Au boulot ce matin, les élus ont fait preuve de la plus grande bêtise imaginable pour un être humain. Je me suis demandé si je n'allais pas tout bonnement quitter la réunion subitement, sans mot dire (maudire aussi). Ah ! Quelle inculture, quel manque de mémoire, que de stupidité ! Y'a de quoi être fier de travailler dans le public, ma foi ! Cela va très bien à certains. Cela ne me convient absolument pas. Enfin. Peut-être que si, mais pas ici.

Un point positif : ***, la secrétaire que je ne peux pas encaisser, ne me dit plus bonjour. Aaaah, ce que cela peut me faire plaisir. Faut dire que je fais blocus ! je ne vais plus prendre le café avec les autres, j'y vais seul. Je ne dis plus rien à personne mis à part bonjour. Hum ! Il doivent avoir une image d'une personne très agréable ! Groumf, encore une chose qui me plait. Je les hais. Qu'ils me haïssent un peu à leur tour, cela équilibrera le jeu.

Travail acharné en ce moment pour réaliser un immense cahier des charges en voirie. Ce travail n'existe nulle part. Chaque mairie bricole comme elle peut en faisant des collages d'anciens documents peu passionnants. Mon travail consistera a uniformiser cela en réalisant un document de qualité. Je compte diffuser ces écrits sur le net dès finition et approbation. Bref, je travaille soudainement pour 37000 communes. Cela me plait. Ça se voit. Et je m'investis.

 

25 octobre

Travail acharné sur la réalisation du cctp généraliste. je vais pouvoir mettre des premiers morceaux en ligne d'ici quelques jours. Je ferai l'enregistrement à yahoo dès que le travail sera terminé en intégralité. Cela va tirer une bonne épine du pied d'un grand nombre de mairies. On s'étonnera certainement que je ne veuille pas tirer de parti financier de cette opération. (Il est de fait qu'un tel document a une valeur potentielle assez développée, quand on pense au prix que sont vendus les produits Berger-Levrault). Cependant, deux faits viennent me conforter à faire de mon cctp un produit libre d'utilisation : les mairies auront des difficultés folles à trouver la justification de paiement d'un particulier, surtout pour une prestation aussi peu palpable qu'un service donné via internet. d'autre part, cela reviendrait à commercialiser un produit, ce qui créerait pour mon compte une somme de démarches administratives immense, ce que je ne désire vraiment pas. Au bout du compte, les mairies trouveront bien leur compte. Certes. Vincent pigeon ? Je ne pense pas. Personne ne m'a obligé à réaliser ce travail. Pour une fois, on dira que je suis philanthrope. C'est tellement rare.. !

A part cela, j'ai décidé de courir le 2500m une fois par semaine. La volonté d'excellence ne doit pas seulement se cultiver dans la tête, c'est une histoire de corps aussi. Cela me permettra de rechercher un certain extrême sportif. Mon but, faire le double du temps des sportifs des jeux olympiques ! En restant un tant soit peu réaliste, je crois que je commencerai par triple, voire quadruple. faut bien un début à tout !

Achat de deux cd : dépêche mode, music for the masses et black célébration.

Un nouveau projet pour les semaines à venir, je vais installer un mot de passe sur certaines pages de mon site : les photos de Zonzounette, la mise en page de la correspondance. Ce sont des choses assez personnelles et finalement, je n'ai pas envie d'avoir des questions la dessus. Le mot de passe ne serait donné qu'à quelques personnes dignes de confiance. Je ne sais pas trop comment m'y prendre mais j'ai vu que Francité mettait à disposition une méthode pour installer çela sans de trop grandes difficultés. Il faudrait aussi que mes pages soient plus accessibles. Parce que pour l'instant, il s'agit de gros blocs illisibles. Du pain sur la planche.

Concernant Zonzounette, je rêve d'avoir suffisamment de temps pour rajouter une cinquantaine de photos. Surtout les sculptures de son père, inscrire cela à yahoo pour lui faire un peu de publicité. Cela part d'une bonne intention, mais avant de réaliser une telle chose, je vais lui demander son avis ! (C'est quand même le minimum).

Voilà voilà. A part cela, le moral divague on ne sait trop où. Ce n'est plus des vagues vers le haut puis vers le bas comme il y a quelques temps, là. c'est le brouillard. Je vivote un peu comme je peux. la méga descente en Lorraine la semaine prochaine sera certainement une belle chose pour remonter au taupe niveau. Je suis trop compliqué de toute façon. je cherche le maximum et dès qu'il y a le moindre pet de travers, je pète un plomb. Exigence, quand tu nous tiens. je me suis tout de même rendu compte que je bridais mes rêves, et cela finalement, est assez grave (pas ceux de l'inconscient bien évidemment mais ceux d'avant le sommeil). Cela provient du fait que je ne m'accepte pas tel que je suis, du fait que je ne me suis jamais accepté aussi. Je refoule toujours la même chose, mes rêves s'arrêtent tous au même endroit, il y a un blocage. La sentimentalité est ce qui déconne violemment dans mon esprit. Je n'en parle jamais, je refuse toute perche tendue. Mes efforts devraient en premier lieu porter sur ce sujet : accepter ma tronche de cake, mon corps de brindille. ça fait râler des phrases comme ça parce qu'on a envie de dire : mais non. Quoi qu'il en soit, j'exprime mon ressenti, aussi révoltant qu'il puisse paraître. C'est depuis le collège. Avant, ce n'était pas si marqué. La stupidité de l'âge, je le vois encore bien que dix ans plus vieux maintenant. Les gamins se lancent continuellement des vannes, ils ne cessent de s'attaquer entre eux, et attention, quel manque de pitié. Cela me fait véritablement détester la fréquentation plus ou moins obligée des ces merdeux. La cantine du collège, je suis bien obligé, mais ce n'est pas de gaieté de cour. Depuis ce temps là - tellement attaqué de toute part - j'ai des difficultés à croiser quelqu'un dans la rue. Si je ne me forçais pas, je resterais le regard rivé au sol quasi continuellement. Cependant, je ne me laisse pas miner par ce passé douloureux. " Je préfère être le barbelé plutôt que la tête de la vache " comme dit Koltès dans un certain contexte qui convient tout à fait. Je regarde les gens, force mon corps et mon âme à être forts. Concernant les merdeux, j'ai suffisamment de force pour ne pas les frapper et c'est au moins une chose sur laquelle je suis fier. Je n'ai craqué qu'une fois l'année dernière où j'ai giflé une merdeuse qui m'avait dit dans le dos (bien évidemment, ils n'assument même pas leur bêtise) : tu es moche. Une exception à la règle ?

Bon, revenons à des choses un peu plus heureuses. le travail sur Kitraw, enfin. oui je sais, je délire. Sur la composition de chansons pour Jean-Luc. D'une part, il semble apparaître que je ne saurai me débrouiller avec les 13 textes qu'il m'a envoyé. J'ai envie de travailler sur des mélodies un peu plus longues que 2 ou 3 minutes, je verrais bien des chansons qui évoluent sur un quart d'heure. Bah. J'en sais rien, je vais déjà commencer et on verra bien ce que ça donne. Ce qui serait bien pratique, c'est que je trouve un logiciel qui me permette de jouer ce que j'écris sur une portée. Cela me permettrait de vérifier ma composition autrement qu'en allant jouer sur l'orgue de l'église d'Aulnoy !!!!! je sais que ce truc existait sur amstrad 6128. Cela doit bien exister au jour d'aujourd'hui. il ne me suffirait pas de grand chose, du midi est amplement suffisant. mais comment trouver cela ? Quels mots inscrire dans un moteur de recherche ? Je suis un peu penaud devant la difficulté, je ne sais trop comment m'y prendre.

Coup de téléphone à l'instant de Zonzounette. elle désire que je ne lui téléphone plus pendant un certain temps. Je ne comprends vraiment rien. Que dois-je faire ??? Bah. pour l'instant, j'obtempère sans trop chercher à comprendre, c'est je crois le mieux que je puisse faire. Je soupçonne vaguement la masse de travail d'écraser son corps et son âme. On verra bien.

Voilà. terminé pour aujourd'hui.

 

26 octobre

(Je tombe). Quand j'avais dit il y a plus d'un an : je n'y arriverai pas, on ne m'a pas cru. Comme d'habitude, on ne donne aucun crédit à ma parole, on me contredit, je suis trop con pour dire des choses vraies. Ce matin a été le plus gros fuck que j'ai fait depuis un an. Voilà. Je tombe. Vous m'avez pas cru hein ! Allez tous vous faire enculer. Moi, capable de me faire 130 km à pied par semaine et tenir moralement 3 heures et demi de transport en commun par jour (360 km de train en plus de la marche à pied). Je me connais mais. Mais non, ça ira, tu y arriveras Vincent, n'est-ce pas. Chacun défend ses intérêts surtout, au détriment de l'autre. L'autre, c'est moi. Je suis épuisé. Je ne cesse de répéter : j'en peux plus, j'y arrive plus, je ne sais plus comment faire. J'accumule un retard démentiel de partout, y compris dans des démarches administratives importantes. Travailler 6 jours sur 7, c'est une folie. Tout ça pour quoi ? Pour rendre un SERVICE à un Etat que j'adore.

Bref, j'ai cessé d'être à la hauteur ce matin. Ma tête. Mes jambes.

 

Et je hais mon pays. Quiconque me critiquera - même de façon détournée - sur cette haine de ma patrie, se verra radié à jamais de ma tête. Parce que je désire la violence. J'aimerais faire sauter une préfecture, j'aimerais découper un vieux militaire à la retraite. Le charcuter au cutter pour qu'il souffre le plus possible avant de crever. Empoisonner un juge avec de la ciguë (ce qui paralyse mais laisse conscient un certain temps). Faire manger sa merde à un huissier avant de lui arracher les yeux avec un couteau rond de la cantine du collège.

J'en peux plus. Je n'accepte plus que l'on se penche sur mon cas. Je ne veux plus entendre parler de moi. Je suis mort.

 

27 octobre

Terminé enfin cette semaine de merde. Ouf. Et c'est parti pour la Lorraine dès demain matin. (Train jusqu'à Thionville). Le reste du programme ne m'est pas trop connu pour l'instant. On verra bien. Cela me fera certainement un très bon bol d'air. Après toutes ces réprimandes concernant Vassens, toute cette tension scolaire. Je fuis. Oui c'est vrai. c'est un peu les pieds en avant j'avoue. Au revoir.

 

28 octobre

Départ à 7 heures et quelques pour la gare de Berlaimont, chargé comme un baudet (42 kg de bouffe et matériel spéléo divers dans le but de passer une semaine dans les mines de fer de Lorraine). J'ai l'impression d'être écrasé par le poids, mon corps est attiré en arrière, horriblement gravitaire vers ce putain de sol. Le train arrive sans retard.

Première pause à Valenciennes. Le train part à 8h31 ; il n'a que 5 minutes de retard, ce qui est honorable... Un train corail assez chargé qui m'amènera à Metz vers midi... Les gens des sièges à côté sont assez dégoûtés par mon bleu une pièce qui est passablement dégueulasse. (Je ne peux pas me permettre de porter des tenues propres pour la bonne et simple raison qu'il m'est impossible de mettre ce présent bleu dans la machine à laver. Tellement plein de calcaire et minéraux polychromatiques divers que la machine serait encrassée en moins de deux. Et j'ai la flemme de le passer à chaque fois dans la baignoire. Quant à le foutre dans le sac et porter des vêtements propres pour le train, j'estime que j'en avais déjà légèrement assez sur le dos). Sur le siège de gauche, une jeune femme qui a 5 boucles d'oreilles. Pas trop révulsée par mon accoutrement d'hirsute. En face, une vieille écourée. Tant pis pour elle. Je suis libre d'être pouilleux là où j'ai envie.

Deuxième pause à Metz. J'y achète un sandwich hors de prix et poste un courrier pour Chacha. Sur le quai, un train qui part pour Nice. Ce ne sera pas pourtant celui que je prendrai puisque cinq minutes après, arrivera une caisse immonde qui devra me mener à Thionville. Sur ce même quai, une femme magnifique, je crois rarement en avoir vu d'aussi raffinée. Je m'en vais à l'opposé de là où elle monte. Le spectacle derrière la fenêtre est superbe. Outre Hayange qui offre un dédale de tuyaux, un enchevêtrement de fumées, châteaux d'eaux, pompes, cokeries, toits à Redans, il y a sur le trajet Uckrange qui est particulièrement gore. Ces paysages dantesques me fascinent. Je ne peux évoquer sans frémissement les villes de Pétange, Freyming Merlebach, Carling, Russange et autres sites méga industriels. C'est de la démesure dans tous les sens. Hayange est fortement désirable. Je sais que d'aimer ces sites peut attirer une certaine quantité de questions sans réponses dans l'esprit d'un nombre important d'amis. Quoi qu'il en soit, plus c'est rouillé, plus ça me plaît. C'est comme ça...

Petit sourire (niais) lorsque le train passe à Maizière les Metz. Souvenirs souvenirs...

Troisième pause à Thionville. La gare est assez petite. Mon vêtement crade ne semble pas trop dépareiller avec la mode locale de certains vieux particulièrement atteints. (Plaisanterie bien sûr, il faut toujours que j'exagère cinq tonnes...)

Olivier arrive vers 13 heures. Nous partons aussi sec pour l'intermarché d'Aumetz où nous avons rendez vous avec Nicolas. Sur le chemin, nous faisons un arrêt au mégabouffe dans la banlieue de Metz. But : trouver de la péloche acceptable. (Fuji renforce trop les verts, Kodak crame les rouges...)

A l'intermarché, Nicolas est déjà là. Je vais acheter un pain puis nous nous en allons enfin. Direction le Luxembourg où nous avons quelques petits repérages à faire sur des sites complètement démantelés. D'une part Eisenberg dont la porte a subi de légers mouvements (coups de bull?). Ensuite, Cockerill, puis Schoellesschuecht. Nous continuons les repérages du côté de l'intermosel, Rumelange et Ottange. Des cannipisseurs nous renseignent (avec grande joie d'ailleurs) sur la construction plus ou moins proche d'un musée souterrain de la mine de fer. Dans les minières de Gaalgebierg, nous ne trouvons rien, mis à part des lichens assez atypiques.

Nous nous changeons et descendons. Rumelange et Prins Heirich pour commencer. La première galerie est un travers ban assez conséquent, mais ne valant pas un autre tb dont je ne sais plus la situation faisant 6 kilomètres. Au loin, de l'éclairage. Il s'agit de la construction de la nouvelle voie d'accès pour le train. C'est d'ailleurs exceptionnel puisqu'il s'agit du dernier chantier de construction de voie dans une mine européenne. Nous faisons une bonne flopée de photo. Sur la droite, les ateliers. C'est extrêmement intéressant. Il y a tout ce dont j'ai rêvé. Jusqu'au sac de noix que les mineurs ont laissé sur la table tout à l'heure. Le matériel est imposant et je mitraille de photos. Chargeur transporteur, Joy, purgeur, jumbo... c'est absolument fantastique. Nous zonnons dans divers collecteurs dans le but de rejoindre Gaalgebierg mais il semble que les accès soient foudroyés. Une visite dont je garderai une belle marque dans la mémoire.

Nuit à Rédange.

 

29 octobre

Départ assez tôt au matin. Photos assez diverses dont la porte du Trakeless, la porte d'Havange et le 1 et 2 de Fontoy. Je suis encore relativement bien en forme. A Fontoy, le système de galeries est beaucoup plus ancien. On retrouve une certaine anarchie dans la construction. Il y a des piliers en bois de partout, la plupart du temps écroulés et pourrissants. C'est assez impressionnant. Le réseau est sec, voire pulvérulent dans bon nombre de galeries. Peu d'ateliers finalement. C'est trop vieux...

Il y a des déchets de dents de cochon un peu partout. Il y a des gars qui sont entrés pour maillocher toutes les incursions de calcite. On ne peut pas dire que ce soit bien terrible... D'un autre côté, ce sont des sites qui sont condamnés. C'est discutable.

Nous nous dirigeons par la suite vers Cockerill. Un tb très petit qui atterrit en plein dans une couche rouge. C'est joli et très sec. Nous trouvons un puit qui nous fait descendre une à une toutes les couches. C'est rare et surtout complètement titanesque. La mine s'étale sur 7000 kilomètres d'une part mais de plus sur un nombre impressionnant d'étages. Ici, dans le sens de la descente, rouge, jaune, brune, grise, noire, verte. Dans la noire, nous atterrissons au pied d'une bande de roulage photogénique. Il y a une albraque. La salle des pompes de St Michel ne doit vraiment pas être loin. Mais nous ne trouvons qu'une salle des compresseurs. Nous essayons par tous les moyens de rejoindre Katzenberg, voire Ellergronn mais les galeries sont dépilées de façon systématique. Le site vaut pourtant le temps que l'on s'y acharne.

Nuit au squatt de Redange. Je suis gelé et trempé. Ça commence à aller mal...

 

30 octobre

Nous retrouvons Cécile, qui à mon étonnement est relativement peu chargée. Grille d'Héttange-Grande puis puits de Rochonvillers. Petit tour vers Dudelange où la mine est assez photogénique. Pour continuer, Paafert, où les berlines sont d'une forme originale. L'ancienne salle de pompe (partiellement démantelée) vaut le détour. Nous terminons le principal de la journée dans Cockerill - encore - où nous nous acharnons à visiter couche par couche tous les quartiers, chantiers, collecteurs. C'est surtout dans la grise où nous faisons des découvertes intéressantes. Dans la verte, une belle albraque. Dans la noire, pas grand chose mis à part la découverte d'un concasseur situé trois couches au dessus (au passage, je signale que la galerie faisait 40 mètres de haut, les volumes de vides sont quelquefois démentiels). Dans la grise, nous accédons à un nombre impressionnant de quartiers en arrêtes qui filent à l'infini, probablement sous Schlassboesch. Je suis complètement explosé, je commence à souffrir sévèrement. Nuit au squatt de Rédange.

 


Morceau de silicium

1er novembre

Fin de la Lorraine et départ vers les Ardennes. But : anchlougaffer le maximum de renseignements sur les ardoisières souterraines. Dans la voiture (véritable dépotoir sur roues) Olivier passe de la musique industrielle. C'est une véritable atrocité pour les oreilles. C'est délicieusement hors norme et anti commercial. Au passage, je remarque la concentration importante de chiens en Lorraine. C'est un véritable fait de société. Pour peu, il y aurait plus de cannipisseurs que de gens sans chiens. La Lorraine m'attire extrêmement. Je suis un peu triste de la quitter.

Sur la route, il pleut des cordes. Nous nous arrêtons à Rimogne pour visiter le musée de l'ardoise. Il y a eu ici il y a un bon sicle une exploitation souterraine qui filait à moins trois cent quarante cinq. On peut d'ailleurs apprécier la vue du puits noyé à moins quarante. Le musée est un peu léger. J'en profite toutefois pour acheter un gros bouquin : les ardoisières de l'Ardenne. J'y découvre avec une énorme stupéfaction que Fumay est bâtie sur le vide. Il y a des dizaines d'exploitations. C'est un truc à approfondir rapidement et de façon prioritaire.

A Monthermé, nous grounchons près de la tombe de Z. La Meuse est toujours aussi adorable, quelle que soit la saison. J'en ai pas assez parlé dans un après midi de chair. Je suis frustré. Nous descendons dans une ardoisière très agréable. Quelques photos. Et beaucoup de silence parce qu'un grand rhinolope fait son hibernation. L'Ardenne m'attire beaucoup aussi. C'est dur de tout aimer...

Nous passons au retour par Charleville. Je ne sais dire pourquoi je trouve cette ville laide. Quoi qu'il en soit, je l'aime bien tout de même. Un peu contradictoire...

Nous faisons un arrêt au bastion de la Reine à Avesnes (souterrain militaire) puis rejoignons Berlaimont pour la nuit. Mon appareil photo a fait un arrêt cardiaque (sic sic sic). D'après Cécile, il est mort.

 

2 novembre

Départ tôt le matin. Je vais faire visiter quelques sites du Nord à Cécile et Olivier. Tout d'abord Hordain où nous ne restons qu'une heure. Ce n'est pas que ce ne soit pas intéressant mais c'est un site tellement rampatoire... Nous sommes déjà passablement épuisés et ne souhaitons pas en rajouter.

Nous poursuivons les visites par Lezennes vers 13 heures, une toute petite partie dans le Hellu isolée du reste. Puis le sous-village, immense, anarchique et magnifique.

C'est au bout de cinq heures de tournages et redemitourisation que nous trouvons enfin le Châtelet, un squat avec crâne de cheval carrément terrible. Je découvre alors que le secteur est entièrement rempli de squatts assez divers, tous montés par Jeff, dont le puits n'est pas bien loin. C'est un type qui s'est creusé son propre puits d'accès. C'est honorable. Je l'admire. Il a de plus décoré les galeries avec un sens de l'humour assez fin. Une galerie encombrée de pneus, phares ou portes de voitures, il y a par exemple un panneau "salon de l'automobile d'occasion". Sans être exhaustif, on trouve à droite à gauche des "Auchan, le paradis pour tous", au pied d'un puits : "entrée interdite aux mendiants, quêteurs ou tout colporteur non muni d'une autorisation". Jeff semble être un type agréable et nous lui laissons un petit mot gravé sur une pierre.

Un point négatif par contre, le secteur est envahi de rejets de chiotes directement dans la carrière. Ce n'est pas du tout agréable et peu écologique tout ça...

Retour à la maison très tard dans la nuit.

 

3 novembre

Départ plus très tôt. La fatigue se fait sentir. Tout d'abord à la tour incroyable de Zone la Ville. Photos des escaliers ravagés. Il y a des angles de vues dantesques.

Direction ensuite le bassin minier de Charleroi. Anderlues, un chevalement peu accessible. Suite à la cokerie de Marcinelle. C'est un site tout à fait représentatif de l'enfer sur terre. C'est terriblement beau. Il y a des tuyaux qui jaillissent dans tous les sens, des fumées atroces, des cheminées type réacteur nucléaire complètement tchernobylisé. C'est rouillé, marron, noir, gris, dégueulasse. Je suis heureux. On ne peut plus. Je prends des dizaines de photos. Je me fais même engueuler par le gardien qui me hurle avec un accent terrible qu'on a pas le droit de faire des photos ainsi. Tu parles, j'en ai fait 24... Les hauts fourneaux sont d'une horreur adorable. Le fait de photographier des tas de ferrailles pourrissants est incompréhensible, je sais. Mais j'adore... des photos de cobayes, de fleurs, de la petite famille, je ne vais pas dire que ça ne m'intéresse pas, mais ce n'est pas ma priorité. Ce que je désire en premier en photo, c'est l'abandon, le béton, la tôle froissée, la pierre.

Nous partons ensuite pour Roux où un agréable chevalement béton nous attend. Malheureusement, le site est bel et bien complètement mort. Chevalement de Ressaix par la suite. Immense tour d'extraction magnifique et impressionnante. Derrière, il y a une cokerie assez photogénique. Je remarque d'ailleurs au passage un captage de grisou. Ils n'en manquent pas une ceux là !

La journée se termine à Perrones Lez Binche dans une usine abandonnée démentielle. Un immense concasseur en fait. De nombreux étages, des escaliers qui partent dans tous les sens, des bassins de décantation gigantesques au dernier étage. C'est vraiment d'un beau, c'est indescriptible. A tel point que j'ai senti nécessaire de massacrer une 36 poses...

Olivier et Cécile partent pour un concert de musique industrielle à Villeneuve d'Ascq. Ils me lâchent à Maubeuge. Jusqu'à la gare, je trouve quatre regards de chaussée à photographier.

Bilan de la semaine : La peau de la bouche arrachée. C'est hideux... Mais le minerai de fer, c'est pas tendre. Les épaules complètement détruites, le visage cramé, les mains aussi, un ongle arraché (passage d'une chatière difficile), la peau des mollets complètement coupée avec le haut des bottes, les pieds en sang, les chevilles explosées - je boîte des deux jambes, faut le faire ! Sans oublier la grosse crève due au froid, j'en ai vraiment chié, l'eau noire même après deux shampooings... Bref, défoncé... Mais j'avoue que je me suis particulièrement éclaté. Coupé du monde pendant quelques jours, des ennuis et du relevé de compte, ça fait du bien.

Bilan aussi : 184 photos.

Reçu un long courrier de Nora. J'apprécie vraiment sa gentillesse.

 

5 novembre

Gros ménage dans la maison. La baignoire s'est bien remplie de boue ! Après la saleté extrême, un peu de maniaquerie ne fait pas du tout de mal. Je reconstitue peu à peu la mine sur la carte ign. En ne dessinant que les tb et les principales, cela fait déjà un beau maillage. En fait, à partir de Esch, on peut descendre pratiquement sans encombres à la limite de Hayange. Ce qui serait magnifique, c'est d'avoir tous les quartiers dessinés. Cela ferait un entrecroisement de radicelles de partout. On se rendrait compte alors que la région est une termitière effroyable. L'actualité là bas, c'est le noyage de la mine. Les anciens exploitants veulent faire cesser le pompage. C'est ce qui a été fait pour les bassins sud et centre ferrifères. On a vu ce que ça a donné : des effondrements gigantesques et extrêmement destructeurs sur Auboué (bassin sud). Cesser le pompage serait une folie. De plus, le code minier oblige la pompe même après la fermeture. Toutefois, on est en phase ici avec un problème économique... Quoi qu'il en soit, le gigantesque "Arbed" est très loin d'être en faillite à ce que je sache. Le bassin ferrifère lorrain est proche du décès. Quant à la Lorraine, en surface, cette partie de la région est en sursis. Une mort annoncée.

Quelques recherches aussi sur Fumay, la termitière des Ardennes. A ce que je sache, toutes les ardoisières semblent complètement noyées du fait de la présence de la Meuse directement au dessus (faut le faire !!!) Ce sera toutefois des infos à vérifier. Il peut rester de très belles descenderies.

 

6 novembre

Journée triste et pluvieuse. Journée d'abandon. C'est un peu malheureux à dire mais. Je baisse les bras - furieusement - contre la vie. Comme dit Normand, on cherche à tuer le temps mais c'est un enfantillage, c'est toujours lui qui finira par nous tuer. Bref, de A à Z, voici tout ce que j'abandonne. mon Dieu, quelle tristesse.

  • En premier lieu, la grande majorité de mes projets littéraires sont à l'eau. Je n'ai plus le temps, cela me pèse beaucoup de lâcher ça.Mais travailler 6 jours sur 7, ce n'est pas facile. Le roman " si j'étais Z. ", en attente, reporté d'un an. La mise en page de la correspondance, définitivement stoppée. Le projet de livre sur les cataphiles : argh ! Il ne faut pas que j'abandonne, mais ça fait quatre ans que je suis la dessus. Je m'épuise, je n'y arrive pas. Le problème ne vient pas de moi mais de toutes les personnes qui ne donnent pas leurs textes de témoignages. Et l'éditeur qui refuse obstinément que le livre soit publié sans nom. C'est une chose qui n'est pas loin de s'écrouler là aussi.
  • Ensuite, les projets de voyages tombent pratiquement tous à l'eau. La bonne et simple raison qui tue net toute espérance : je n'ai pas un rond. Chili : foutu et reporté de un voire deux ans. Je n'arrive pas à trouver d'association qui puisse prendre en part mes frais de nourriture et d'hébergement contre un boulot non rémunéré là bas. Autres voyages, mon projet d'aller voir Jean-Luc à Étoile, mon projet d'aller dans les Cévennes en novembre, mon projet d'Amsterdam au nouvel an, mon projet de deux jours culturels à Paris, mon projet d'aller en Normandie voir mes oncles et tantes. tout foutu. Les seules choses qui tiennent encore vaguement la route sont Natacha fin novembre et mes parents à Noël. Et encore, c'est ballotté.
  • Mes projets informatiques connaissent de graves problèmes eux aussi. Concernant le graveur ou un autre ordinateur, je me le fous dans le . Mon site internet vivotera légèrement jusqu'à février. Il y a des problèmes sur certaines pages, je n'ai pas suffisamment de connaissances pour les régler.
  • Concernant le boulot, tous les mineurs que j'ai pu rencontrer m'ont dit que je n'avais absolument aucune chance pour un job à la mine. Ce sont toutes des sociétés en faillite, mis à part les potasses en Haut-Rhin. Du boulot minier, il y en a, mais en Afrique du Sud. Bref, me restera les demandes d'emploi dans l'assainissement, mais ça fait 20 boîtes conséquentes tout au plus. Je le vois venir gros comme une maison, je vais devoir me rabattre sur du public. Et je vais être confronté une fois de plus à la médiocrité. Cela toute ma vie ???? C'est pourtant le moment crucial pour réagir, mais comment.[Ils ralentissent leurs gestes, ils prennent du café pendant deux heures, ils jouent au démineur sur l'ordinateur, ils vont voir le chef toutes les 5 minutes, ils sont incompétents, il roulent à 40 sur l'autoroute, ils sont mous, ils sont peu évolués, ne parlent que de foot et de cul, ils préparent leurs affaires à 29 et sortent à 30 et une seconde, ils sont misérables].
  • Une dernière chose, il y a un très net changement d'habitude au niveau sentimental. De l'abandon là aussi. Ma vie sentimentale n'est ni un désert ni un égout, mais c'est une rivière morne et sans intérêt. J'abandonne l'idée du fleuve impétueux, j'abandonne l'espoir que cela peut être magnifique. Je me cantonne à la réalité : je ne sais pas faire de concessions, j'aime des choses que personne n'aime, donc je ne peux trouver quelqu'un qui soit totalement en phase avec ce que je ressens. Je me cantonne ainsi à une certaine médiocrité là aussi. Ce n'est pas là peine de former des rêves puisque cela n'aboutit pas. Ce n'est pas la peine de faire des efforts puisque cela revient à pisser dans un violon. Cette situation merdique, cela fait longtemps que je la vis. Est-ce une explosion ? Non, loin de là. C'est un abaissement presque monastique, une volonté d'humilité. Je ne suis pas assez bien pour mériter ce que je désire. Je ne cherche pas à me dénigrer, mais si j'étais si bien que ça, je saurais adapter mon comportement, non ? Et il n'y aurait pas toutes ces misères. Il faut revenir sur terre de temps en temps parce que sinon, à se casser la gueule trop souvent, ça fait des cicatrices sur la figure. Bref, amour, amour, ce mot qui merdouille. Je ne vais pas dire que je ne veux plus en entendre parler, mais je crois que je regarderais d'un oil hagard quiconque m'en évoquera la lumière. Comme quelqu'un qui ne comprend pas. A ce sujet, je suis lourdé, complètement. Je fais comme si c'était pour les autres.C'est pour les autres.

Voilà pour ce qui est des abandons. Ca fait beaucoup. Et de ma vie surchargée, voilà soudainement un immense espace vide qui se dessine. Qu'en conclure ? C'est un coup de fatigue, cela reprendra dans quelques temps ? Je ne crois pas. Il est de fait - et je ne cesse de le hurler - que le boulot à la mairie d'A. me détruit en profondeur. Mais ça, on ne veut pas me croire. Je suis trop gentil, je fais des concessions sur un an et demi, et la personne pour qui je fais la concession n'est même pas capable de m'en faire une sur quatre jours. Un processus de destruction de l'âme un peu, du corps surtout. Et ça, je vais certainement mettre du temps à m'en remettre. Cette période, bientôt finie heureusement, m'aura marqué extrêmement négativement. Je parlerais de séquelles. Je suis devenu à la fois plus douteux, aigri, anti-concessions et sans espoirs. Il est clair qu'à partir de février, j'habiterai à 10 minutes à pied de mon boulot et que je ne lâcherai pas le morceau quelle que soit la situation. J'ai assez donné sur ce point. Quant au déménagement, il sera salutaire d'un point de vue monastique. Je vais me débarrasser d'une quantité phénoménale de biens matériels qui me pourrissent la vie. (Et puis de toute façon, je ne saurai tout déménager). Ce bon débarras me libérera d'un poids, celui du bien de consommation. (J'ai toujours rêvé d'avoir peu, Je me sens mieux ainsi). Encore une fois à l'image du bon Krzyzanowsky. Je tiens absolument à signaler que je ne jetterai rien. Car c'est ce que veut notre p. de société de consommation. Ce que je veux foutre en l'air a de la valeur et je le donnerai à qui le désire. Une seule folie dans tout ça, je vais garder mes 1,6 tonnes d'échantillons rocheux.

Quelques dernières petites choses qui tiennent la route dans mes projets : je continue ce présent journal, je continue d'écrire à ceux que j'aime malgré un gros bloc de difficultés, je projette de trouver un nouvel appareil photo. Bouh, ça fait terre à terre soudain de projeter des choses nazes comme ça.

Quant aux choses qui marchent bien, j'ai pratiquement terminé mon cahier des charges en voirie. Et j'ai commencé une réponse houleuse à Nora.

 

7 novembre

J'ai pissé du sang ce matin. Je hais l'état Français. Mais je ne vais pas me plaindre pendant 40 pages une fois de plus. Même si ma vie est lamentablement détruite. Je dois trouver suffisamment de force pour tenir le coup trois mois encore. Je vais faire une carte de France. Comme j'avais fait au lycée. Comme j'avais fait à la fac. Chaque jour sera un département rayé. Et quand je rayerai l'Ain, je payerai un bon coup de Château Lapompe cuvée 1967 (garantie presque sans nitrates).

 

Au nouvelles de ce soir, Dezon est mort. Il s'agissait du CPE du lycée où je foutais le bordel. J'ai été plus d'une fois dans son bureau. Sa disparition me marque.

 

Réservation pour le concert de René Aubry. Cette fois, c'est devenu absolument certain. Et j'ai pris un premier rang. Ce sera l'occasion de faire dédicacer le disque que je veux passer à Ninih. Cela est bien futile... Mais dans un monde de merde pareil, un peu de futilité ne fait vraiment pas de mal...

 

9 novembre.

Méga journée de merde, à faire le kaddykiller à 20 heures au mégabouffe, tout ça parce que c'est férié samedi et qu'il n'y a vraiment aucun autre jour pour y arriver. Combat contre la vie, crevé, j'aimerais vivre en paix. Mais ma vie est un combat contre la vie. J'en ai un peu ras le bol...

Toutefois, ma vie reprend vaguement la forme de ce qu'elle doit être. Je prévoie en effet de réaliser une expo sur les souterrains pour une école primaire, cela pour dans quelques semaines. Cet événement me donnera l'occasion de renouveler l'expérience de travailler avec des enfants. A l'époque, ça avait été positif...

 

10 novembre

Un gros changement d'attitude. En quelques mots, il ne faut pas que je me laisse abattre. Je dois rechercher l'excellence en permanence. Je ne dois pas faire la larve pour seul motif que de travailler, c'est fatigant. Je parle du travail à la maison bien sûr. Du coup, je m'organise. Ou encore mieux, je me restructure. J'ai tendance à un peu trop me disperser et toujours créer de nouvelles charges de travail. J'aime tellement tout. Il me semble plus adroit de travailler sur moins d'éléments à la fois, mais au moins, avoir la satisfaction assez régulière de terminer. Bref, les projets sont maintenant du genre, fignoler l'aspect du site internet pour avoir une présentation acceptable, terminer ce qui est en cours comme le classement des minéraux dispersés un peu partout, y compris chez mes parents. De cela, je me suis fait une liste. Si tout se passe comme prévu, je devrais avoir bouclé les " choses à faire " pour dimanche soir. Après, beaucoup plus de liberté d'action. Ce sera principalement la composition des chansons pour Jean-Luc. (Ça de toute façon, je l'ai promis. Alors je le ferai).

Pour ce qui est de ces chansons, j'écoute beaucoup en ce moment. Principalement King Crimson. Ce que je ferai ne ressemblera vraiment pas à ça mais je crois que malgré tout, j'en apprends beaucoup. Je serais vraiment intéressé d'aller les voir en concert. Peut-être une tournée pas trop loin en Europe m'en donnera l'occasion, qui sait ?

Pour terminer, je continue de réfléchir sur le projet de livre sur les cataphiles, très menacé en ce moment. Je ne sais plus comment faire pour m'en sortir. Je vais tâcher de trouver une solution rapidement. Au sinon ce sera l'échec. Et il faudra inscrire cela dans la liste des cassages de gueules les plus conséquents. Je ne le souhaite pas, bien évidemment.

Tout le reste est abandonné comme je l'ai déjà dit.

En ce qui concerne les petites merdes de la semaine, j'ai changé de téléphone et commencé le ménage en prévision du déménagement. (j'ai en vue de diminuer mon volume d'affaires matérielles d'au moins cinquante pour cents, je ne peux me permettre de déménager un volume considérable, cela va de soi). Dernière chose, une chasse aux sorcières a commencé à la mairie concernant le téléphone. C'est charmant, l'hypocrisie se développe comme une culture de bactéries.

 

12 novembre

C'est étrange une journée à ne rien faire de bien précis. Ça change considérablement de ce que c'était ces derniers temps, une course poursuite après le temps.

Départ à 16 heures pour Mons, pour aller voir " La Devinière ", un film belge relativement peu médiatisé. Je suis sûr que même Gérome y perdrait à moitié son latin. Ce film est une image d'une tranche de vie, pas documentaire, pas fiction non plus ; Un arrêt sur image. Le thème est la description d'un foyer de vie situé non loin de Charleroi, appelé La Devinière. C'est un lieu d'accueil pour les plus fous d'entre nous, et plus particulièrement ceux qui se sont fait vider de partout (jusqu'à 22 foyers avant d'en arriver là). Ce lieu est l'antithèse de ce qu'est un asile. Il n'y a pas de barrières, même aux escaliers, les portes ne sont pas fermées. Si les types y restent, c'est parce que même dans leur dernière folie, ils savent qu'ils sont mieux là qu'ailleurs. Ce qui est étonnant, c'est ce mélange d'incohérent et de lucidité. Il y en a un qui disait : " L'autre là, il est complètement taré, il crie la nuit. Et il me réveille. Faut me foutre la paix. Je vois pas pourquoi on le laisse ici, il faut le mettre en cage. Parce que lui, il est taré. Et pas moi. Enfin si, un peu. Mais pas pareil ".

Le film n'a pas de musique. Ni de commentaires. C'est la voix des cinglés tout le long. Y compris leurs cris, y compris leurs rires, y compris leur musique. Tout y est. Ou presque, il manque malheureusement quelques moments de crise. Cela paraît un peu trop facile. Le récit donne surtout le premier rôle à Jean-Claude. Regard de cinglé, c'est le cas de le dire. Cheveux longs, barbe de 20 centimètres. Le genre de type qui fait carrément peur dans la rue. Et c'est marrant, parce qu'au travers de son incohérence, il en deviendrait presque attachant. Son truc, remplir une brouette de 300 kilos de tôle, et la soulever. Faut pas chercher ! A côté de ça, il y a celles qui arrachent les cheveux des barbies, celles qui se roulent à terre, ceux qui s'enferment complètement dans un isoloir de silence.

Ce que j'essayais d'expliquer hier et qui a été très mal compris, je me sens proche de certains de ces gens là. Préciser cela m'est difficile, mais au vu de l'incompréhension que ça a apporté, je me dois de tenter. Le fait que ma mère en soit un peu n'influe absolument pas ce que je dis. Car ce dont je veux parler est un type du film, plutôt discret. Il s'assoit contre un mur et ne bouge plus. Jamais aucune parole, il construit un mur autour de lui afin de se protéger. Et bien, c'est de ce genre de personnage dont je me sens proche. Non pas que c'est ce qui me guète. La compréhension vient de par l'exemple je crois. Je me sens fortement éloigné de quelqu'un qui va danser en boîte. Je ne ressens absolument aucune affinité envers la danse, la boîte et les gens qui y vont. Contrairement, je ressens une certaine proximité envers le type enfermé dans sa tête. C'est une chose que je comprends, que j'arrive à appréhender, qui m'est familier en quelque sorte.

Voilà. Une chose de très positive, ce film a changé mon état d'esprit sur la question. Quand Fanny m'en parlait (c'est son boulot), je ressentais un certain ennui et une forme de racisme à cause de la narration qui m'empestait. Aujourd'hui, je crois que je suis un peu plus tolérant sur la question. Quant au réalisateur, Bernard Dervaux, (de la bande des frères Dardenne, ce n'est pas rien), un grand coup de chapeau - et je peux me le permettre puisque j'en porte !

Dans un tout autre ordre d'idée, un nouveau film sort avec Audrey Tautou : voyous voyelles. Il y aura aussi une diffusion de " A la verticale de l'été " d'ici quelques semaines. Je vais aller voir les deux.

 

13 novembre

J'ai trouvé deux programmes qui peuvent me jouer mes partitions. Un programme spécialisé dans la mélodie, un autre dans la rythmique. C'est une bonne chose. Je vais bientôt pouvoir commencer les chansons pour Jean-Luc. A part cela, j'ai trouvé un moyen de sauver la mise en page de la correspondance. Ce qui me bloquait était le cryptage de plus de la moitié des textes. J'ai trouvé le moyen de décrypter sans le faire à la main. Je le met dans une boîte encodée en UTF8, et je fais un copier coller. Je vais donc probablement réussir à terminer cela. Il va falloir par contre que je comprenne pourquoi la mise en forme html me fait sauter tous les espaces. Parce que pour l'instant, c'est un énorme bloc illisible. A voir.

Rendez-vous au matin avec M. Blas de l'école Jules Ferry pour la mise au point de l'exposition sur les souterrains que je vais faire pour les enfants. Le contenu de l'intervention se précise un peu. Il devient certain que je vais la traiter avec la thématique des cinq sens. A cela viendra peut-être se greffer un atelier sculpture, et éventuellement une visite. Disons que pour l'instant, le principal reste surtout de concrétiser les idées par une certaine somme de travail. Il faut tout de même réaliser que cela ne sera pas rien. Et de plus, ne pas négliger que l'expo risque de se dérouler après février, soit après mon départ d'A.. Quoi qu'il en soit, je ne vais pas commencer à poser deux cent mille contraintes, c'est à moi de m'adapter. On risque de bien rigoler quand je vais ramener des champignons d'Herblay !!! (et des patates ?).

 

14 novembre

Rien de nouveau sous le soleil, ou presque. Je prépare avec acharnement mes demandes d'emploi. J'en réalise un bon nombre dans le secteur privé, mais il y a aussi du public. Ninih m'a envoyé un mêl très étonnant. Je crois qu'il va falloir que je le relise plusieurs fois, tellement le contenu me semble étrange. Je vais préparer une réponse qui ne sera certainement pas très agréable à lire. Aujourd'hui, j'ai répondu à une petite annonce pour un emploi dans l'assainissement, à Nice. C'est un peu une coïncidence que ça tombe là. Je pense que ce n'est pas formidablement excellent. Quoi qu'il en soit, je préfère choisir l'emploi plutôt que le lieu. Je cible beaucoup mes demandes. Par dessus tout, je ne veux pas inonder un secteur de demandes. Malgré tout, j'avoue que je collectionne les angoisses depuis quelques temps.

A part ça, j'ai commencé ma carte de France aujourd'hui. Dans 95 jours, je suis libre. Eh eh ! Ca avance de manière conséquente !

 

15 novembre

Journée entière à faire le planton au standard téléphonique. Passionnant, édifiant même. J'en ai profité pour rédiger quelques courriers depuis longtemps latents. Nora en tout premier lieu. Je lui ai pondu un espèce de patacaisse à la noix comme j'ai rarement fait. Je ne crois pas que ce soient des choses bien intéressantes. Je pense qu'il doit s'agir d'une période où je ne sais pas vraiment extraire des pensées juste un tout petit peu intellectuelles. Je me borne de plus en plus à du terre à terre, je suis certain que c'est la fatigue intellectuelle. Je n'ai plus gros à tirer pour avoir terminé mon esclavagisme. Ouf.

Un autre courrier, pour Aurore Petit. Tout aussi crapoteux. Ce n'est pas grave. Commencement d'une réponse pour Jean-Luc et un dernier pli pour Olivier. Journée lettres en somme. En plus, j'ai réussi à avoir des très beaux timbres.

A part cela (qui est du quotidien on ne peut plus basique), un embryon de réponse concernant un mêl de Ninih reçu ces derniers temps, traitant plus ou moins de l'antagonisme services public - privé et comment je me place là dedans.

Ninih me conseille d'éviter le public à tout prix, de privilégier même un emploi ne me plaisant pas particulièrement dans le privé plutôt que d'aller "m'investir" dans le public. Ce à quoi je réagis vivement, parce que les demandes d'emploi constituent mon quotidien en ce moment. Et il faut dire que je n'entrevois pas vraiment le problème de cette manière là. J'aurais tendance à privilégier le type d'emploi (banquier, charcutier, boucher.) plutôt que le statut public ou privé ; De la même manière, je préfère privilégier le type d'emploi plutôt que la rémunération. Ces deux faits ont tendance à crisper Ninih, enfin. Je veux dire qu'il n'est vraiment pas de cet avis. Ninih a tendance à diaboliser tout ce qui touche le public. Cela s'est passé avec Jean-Christophe, maintenant avec moi. Il n'y a rien de bon à prendre là dedans. C'est je crois une façon assez brutale et simpliste d'appréhender les choses. De toute façon, rien est tout noir, rien est tout blanc. Je ne me pose absolument pas en défenseur du service public, et il n'est pas utile que je me remette à pester pour que je convainc tout le monde en racontant cela. Là où j'ai tendance à être caressé dans le mauvais sens du poil, c'est lorsqu'on me propose de ne pas choisir ce que je vais faire de manière absolument précise. Le boulot est pour moi un poids, quel qu'il soit. Je désire donc choisir au minimum ce que je vais faire, surtout qu'on y passe tellement de temps dans ces merdiers. Ninih ne comprend certainement pas le fait que l'on ai pas envie de s'investir à fond dans un job. D'une manière tout à fait simpliste, j'affirme y aller parce que je suis obligé, parce que je dois gagner des sous sinon je n'ai pas à manger, et c'est tout, vraiment tout. Alors, illogisme ? Quand je dis ne pas rechercher la gain en premier lieu ? En tant que parfait fumiste, je désire le moins d'emmerdements possible. En gros, ça veut dire suffisamment d'argent pour être à l'aise en fin de mois, et le style de boulot qui me déplaît le moins possible pour ne pas trop me faire chier. C'est loin d'être élitiste tout cela. Oui, je ne recherche pas la performance, oui je ne recherche pas les entreprises à la pointe du progrès. Tout aussi à côté de la plaque lorsqu'il me conseille d'abandonner les souterrains au cas où cela deviendrait gênant pour l'emploi, voire la vie quotidienne. Cette histoire de souterrains, ce n'est pas un petit loisir de merde. J'ai créé une asso qui bat son plein, il y a des recherches de faites, des publications qui sortent. C'est ça mon vrai boulot ! Et si l'on me retire cela, on me retire le sel dans les pâtes. Bref, au risque de décevoir, je fais des demandes dans le public. Je sais à quoi m'attendre. Ce sera probablement une bonne médiocrité une fois de plus. J'avoue que je ferai tout pour éviter cette situation et ma priorité est pour le privé, tout simplement parce que c'est très nettement plus dynamique, c'est toujours plus valorisant d'être là dedans plutôt que dans une poubelle. Mais les boulots m'intéressant dans le privé, il n'y en a vraiment pas des masses. Me reconvertir complètement ? Je crois que je n'en ressens pas du tout l'envie. Peut-être ceci a été vaguement le cas de Jean-Christophe qui a préféré rester sur des acquis plutôt que de tout remettre en jeu. Je crois qu'il ne faut pas négliger dans tout cela les influences du passé. On a pas tous la même façon d'appréhender l'épreuve. Ce qui est dommage reste dommage malgré tout, mais on ne va pas revenir là dessus.

Si je devais conclure, je serais bien embêté. Que dire ? Je baisse les bras parce que j'ai la trouille d'être pris nulle part dans le privé. J'ai peut-être la trouille, c'est clair mais je ne baisserai jamais les bras. Quant au fait : travailler encore dans le public, tu ne penses pas que tu vas y perdre ? Oh. Si tout à fait. Faut voir aussi que j'ai un parcours très sinueux, un diplôme peu élevé. Le privé, je veux bien, c'est évident, mais encore faut-il que l'on veuille bien de moi. On ne peut pas dire que je néglige mes chances, j'ai rédigé 80 courriers, tous personnalisés, prêts à partir. C'est un peu de la démesure, non ?

Alors, ce commentaire sur le journal ne tombe pas parfaitement à point. Je crois qu'il y a une erreur d'appréciation. Vouloir calquer ses désirs et ses réussites sur la vie d'autrui, dès fois ça se casse la gueule parce que le terrain n'est pas favorable. Encore une fois sans vouloir défendre l'un ou l'autre, je fais vraiment ce que je peux, tout mon possible, et c'est un mérite qui n'est pas critiquable.

Et dans un tout autre ordre d'idée, Natacha. Décidément, c'est la journée des diatribes. Elle me signale (voire reproche) de ne pas être le même depuis mon retour de Lorraine. Ah ? Soit, je ne suis peut être pas assez aigu sur moi-même pour remarquer tout seul les changements qui pourraient s'opérer sur ma personnalité. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas le sentiment d'avoir changé. Elle cherche des choses un peu à la mort-voilà et ne veut pas me dire quoi, je m'imagine n'importe quoi. Ce qu'il y a, tout simplement, est que je me détache complètement de son emprise. Il le faut bien, non ? Combien de temps à courir encore ? J'ai une patience infinie pour un bon nombre de choses, mais je déteste vraiment qu'on me prenne pour quelqu'un qu'on peut exploiter. On me demande une démarche complètement gratuite, soit. je ne suis pas contre, on ne compte pas en amitié. Mais il y a eu des moments où ces choses là n'étaient plus gratuites. Et pour un peu, ça en serait devenu malsain. Parce que dans l'histoire, aussi con qu'il puisse être, c'est Frédéric que je plains. Alors je m'éloigne. Je lourde les courriers, les mails, le téléphone. C'est sûr que ça fait un sacré changement. Un gros vide. C'est péremptoire. Mais je ne reprendrai que quand j'aurai le sentiment précis de ne plus être le dindon de la farce. Il ne faut plus attendre un certain nombre de choses de moi, dont un investissement massif, comme je n'attends plus bon nombre de choses d'elle. Cette fuite n'est pas un couperet, c'est un temps de latence qui j'espère sera bénéfique pour chacun ; Réfléchir calmement sur ce qui est encore possible et ce qui ne l'est plus. Je souhaiterais de tout cour que son histoire d'amour avec Frédéric reparte de plus belle, mais en toute franchise, je n'y crois pas une seconde. Et je ne vois pas pourquoi elle s'acharne ainsi, c'est faire plus de mal que de bien. Et je ne pense pas que ce soit à Frédéric qu'elle fasse du mal, c'est surtout à elle-même. Sa tendance à accepter n'importe quoi à son détriment, en pensant que ça ira mieux. Je me mêle d'histoires qui ne me regardent pas. J'arrête. Pour reprendre sur du plus concret, je pense qu'avec Natacha, cela va reprendre, les braises sont encore rouges. Mais il y a un certain décalage à annihiler. Après, ça ira mieux, tout sera plus clair.

Une dernière chose avant de terminer pour aujourd'hui, le vol de courrier devient démentiel. Je ne reçois plus rien.

 

16 novembre

Le train est plein ras la gueule en ce moment, il n'est plus possible de trouver une place assise. Et pas de chance : systématiquement je me retrouve à côté des pintades du Quesnoy. Il s'agit de quatre bonnes femmes assez immondes qui parlent à haut débit et haut volume. Ca jacasse et ça saoule. Faut voir comme c'est intéressant. Et mes chaussons machin, mon voisin ci, et mon collègue ça. Je ne sais plus comment faire pour les éviter. Entre gallinacés, je sais bien, ! Mais les poules n'ont que peu d'affinités avec les saloperies vouées au caquetage. Derrière, une bonne femme qui parle de fruits et d'usufruits. Berk, une étudiante en droit. Devant, un gogole qui parle de Zidane (ou similaire). Sur le chemin de la Mairie, je suis d'abord suivi par Double Caniche, puis par Débile. Bref. Face à mon entourage, je me perçois comme "très intello". Mon éventuelle conversation emmerderait je crois 98% de cet entourage. Face à la réalité et face à moi-même, je me perçois comme "relativement médiocre". Je constate tout simplement que la majorité des choses que je dis achevées ne sont encore qu'au stade de "peu fignolé". Trop de brut de décoffrage, je ne sais me concentrer suffisamment longtemps pour soigner mon travail.

Ce décalage par rapport à l'entourage a du bon et du mauvais. Isolement, vanité, racisme, méchanceté, paranoïa, délire des grandeurs, j'aligne un bon palmarès de défauts. Mais le plus grave je crois est ce que l'on m'a sorti encore hier soir : je ne peux te faire lire mon devoir parce que je me sens trop nulle devant toi. La même chose que tu ressens face à Ninih. Ce genre de décalage me fait mal au cour parce que finalement, je me complais dans un rôle de mec qui a plein d'expérience, qui est bon dans quantité d'éléments divers, et finalement j'en pâtis. Parce que ce n'est qu'un placardage de défense face à l'acidité du monde extérieur. Ce rôle ne me représente vraiment pas, je suis d'un naturel timide, lent, pinailleur et peu développé intellectuellement. Le jour où je serai sincère avec moi-même, ça ira mieux. Me rappeler toujours mes notes en maths, ça a du bon. 5 au bac, 3 en deug, 1 en deust, 0 en iup. En restant une seconde réaliste, comment j'aiderais mes gamins ? Ce seront eux qui m'aideront dès la 6ème ?! Je ne sais plus quoi dire. Il ne faut pas croire que je suis balaise. Il faut être tolérant face à ce que je suis, (faut pas me croire quand je joue au type formidable).

 

18 novembre

Train systématiquement en retard. On méprise et juge de haut les criminels. Mon regard change. Il n'en faudrait que peu pour que je sois d'eux. Le passage d'un contrôleur aurait peut-être suffi hier soir. J'ai dans ma petite tête de merde une série d'images hyper violentes qui trottent à toute vitesse. Des scènes de martyr, des crimes impunis, de la casse, des explosions atomiques. Dans ma caboche de pas futé, c'est la guerre. Jusqu'où peut amener le service national : la déchéance est absolue.

A part ça, rien de nouveau. Le temps se traîne, plutôt en frimas. Avoir téléphoné à Natacha l'autre soir n'a rien changé, c'est que rien n'est changeable de par ma position. Contrairement à ce qu'elle dit : je prouve par cette action n'avoir absolument aucune emprise sur sa vie. C'est d'ailleurs nettement soulageant. J'abandonne ainsi l'idée de faire quelque chose dans tout le délire compliqué qui s'amorce. Pour ma part, je ne cherche vraiment plus à réfléchir, je vivote ma petite vie sans chercher à comprendre plus loin ce qui relève du feu rouge et du feu vert. Trop de complications dans cette relation, je simplifie, et à outrance : je suis là, quand je suis pas trop épuisé, et puis voilà, point. Pour le reste, je ne dirai pas que je ne veux plus en entendre parler, cela y ressemble beaucoup toutefois.

 

20 novembre

Dieu a ordonné d'aimer son prochain. Cela est sensé être ma loi en tout premier lieu. Et je pète complètement les plombs. Je me plais à imaginer des scènes de brutalité tout à fait excessives, je découpe, déchire, triture les chairs. Je prends du plaisir à me créer des images oniriques de la souffrance d'autrui, particulièrement les gens dans le train, les contrôleurs. Ce midi, une vitre explosée gare de Berlaimont. J'ai joui de la vacuité. Je deviens bestial, désire la mort, la destruction. Images rouges et bruyantes, saturées d'horreur et d'angoisse, bombes atomiques qui décomposent les paysages, rêves de bétons horribles dont les fers sont tordus - offrant leur gisement atroce au ciel déchiré. Pourquoi tant de haine ? Pourquoi tant de violence ? Où est passé ma douceur, ma délicatesse ?

Ce matin, j'ai réalisé quinze minutes de musique industrielle. Je me suis enregistré sur fond sonore d'explosions sursaturées (et sifflements gaz) en train de hurler comme un possédé, un hacheur moulinex à la main. Des vrombissements, dans ma tête des assassinats, sur la bande sonore, de quoi terrifier la planète entière. Ces enregistrements, que vais-je en faire ? Je crois que ce serait bien drôle de les diffuser pour qui veut. C'est bien pire que du death métal. Il n'y a carrément plus de musicalité. C'est un pur témoignage d'antisocial et cela est certain que c'est le moyen le plus absolu pour calmer des voisins en mal de fête un tout petit peu trop tard. Mon introduction est un espèce de machin où l'on entend une fuite de gaz qui siffle à en faire mal aux oreilles. Puis, au bout d'un moment, cela tourne à l'explosion. La radio, même mise tout doucement, ne s'en sort plus à cracher les sons. Ce sont des grognements sur fond de sirènes d'alarmes et tronçonneuse. Et moi en train d'enregistrer ça ? Un rire dément. Il faut voir le positif. je deviens extrêmement violent verbalement, cet exutoire me permet de canaliser mon mal être. Peu de gens seront capables d'entendre ça. A vrai dire, je ne vois pas qui pourrait supporter un tel condensé de violence plus de dix minutes. On va tester, pour voir.

Bref, j'ai repris le boulot et bordel, ça se voit.

Une autre chose qui pourrait être très positive, c'est de réaliser un exutoire écrit de cette violence. Un roman, ou récit, ou quoi que ce soit, où ce sont les méchants qui gagnent, où mes problèmes psychologiques ne seraient pas diabolisés. L'écriture me permet tout, pourquoi pas l'immoralité la plus absolue ? Bon, j'arrête là dessus. Jouer au psychopathe, ça va cinq minutes.

 

22 novembre

Gros travail aujourd'hui sur la mise à jour de la liste des souterrains que je connais. Je suis loin d'avoir l'intégrité des 85000 souterrain-refuges, n'empêche que j'en aligne une bonne paire. Il se peut que la mailing list vienne me compléter tout ça. Je ne sais pas si ce sera une révolution des archives, mais ça en prend tout à fait l'air. Je suis fier de dire que je suis le seul à recenser toute la France de manière systématique. Certains le font dans leur région (Dordogne, Artois), de mon côté, je veux travailler à plus grande échelle, j'utilise le maximum de données. J'ai également réalisé un document sur les entrées que je connais, mais ça, je n'en donne l'adresse que par mail. Je ne veux pas que ces choses se diffusent n'importe comment.

Ce travail semble s'amorcer avec Globe. On va voir qui va accrocher.

Le 2, Lezennes avec Globe et 7 autres personnes également. Je vais essayer de contacter Jeff, voir s'il désire nous rencontrer. Je vais profiter d'être avec des habitués des trous pour tenter une exploration très poussée du réseau. Le bordel à Lezennes, ça fait 10 kilomètres sur 10, c'est gigantesque et hyper paumatoire. Je ne sais combien de kilomètres de topofil nous allons dérouler, ça promet.

A part ça, demandes d'emploi encore, et rien de nouveau sous le solei. euh, non, la pluie. Certains postes sont très intéressant, notamment en équipement rural dans le Gard. Mais je pense qu'il est encore un peu trop tôt pour m'activer, c'est ça qui est dommage. Quoi qu'il en soit, je persévère de manière violente.

 

23 novembre

Ninih au téléphone hier soir. J'aurais eu tendance à un peu trop systématiser sa démarche. Soit, cela est entièrement possible. J'attends avec impatience sa réponse. Cela sera je pense quelque chose d'intéressant. A part ça, je m'inquiétais de ne plus recevoir son journal. Finalement, la cause est une broutille. Heureusement.

Côté emploi, j'ai fait des démarches en Lorraine. Je sais que c'est un véritable abus, quoi qu'il en soit, je n'ai pas résisté. C'est trop marrant. Certaines villes contactées sont à 5 sur l'échelle de Knutange (ou échelle de Glauquange, ou indice de glauquicité). Je ne sais ce qui m'attire dans cette région, quoi qu'il en soit, je ressens un véritable amour. Et ce n'est pas à cause de ce qu'il y a en dessous. Le dessus-terre m'attire par son identité forte. Un peu les couleurs aussi. On verra bien ce que ça donnera, je pense que je commencerai à réfléchir à partir du moment où j'aurai une réponse positive.

Deux demandes à l'étranger : Chili et Sénégal dans des sociétés porteuses. Voilà du bon...

 

24 novembre

Abus continued. Russange, Seremange, Tressange, Rédange, Hussigny-Godbrange, Fameck, Volmerange, Audun le Tiche, Hayange, Nilvange, Aumetz, Fontoy, Ottange, Rumelange, Marspich, Boulange, Algrange. Je sais, des types comme moi, c'est à flinguer...

Repos toute l'après-midi. Je repose ma chair et mon âme meurtries. Mon nez fendu me fait très mal. Et je ne peux même pas jouer au héros, je me suis fait ça en cauchemardant...

A part ça, régime grossissant. Je mange des chips alors que je n'aime pas trop ça... Faut que je fasse gaffe quand même parce qu'on peut être maigre comme un clou et faire du cholestérol. Je me suis donné une date. Si je n'arrive pas à faire le poids de mon objectif, à cette date là, je me flingue.

Bon allez... C'est pas vrai...

Bilan, une semaine vide à souhait. Peut-être Vassens pour remonter le niveau demain.

 

25 novembre

Départ relativement tôt pour Vassens-City-Plage. La route est plutôt pourrie. Des troupeaux de bisons un peu partout, surtout à St Quentin. J'arrive au bout de deux heures de route, ah ! Enfin ! Je revois avec joie la cabine téléphonique de Guny, je prends ensuite Selens pour changer un peu. Arrivée à Vassens sous un ciel gris chargé de beaux nuages. Près de l'entrée principale, il y a un groupe de chasseurs, je me fais donc méga discret. Rien ne traîne dans la voiture.

Cette entrée à moitié baroque est vraiment superbe. La vieille arche recouverte de lierre et de lianes fait rêver. Et c'est parti pour un petit sightseeing tour de deux heures. Je connais déjà, mais ça fait pas de mal de revoir. Les bagnoles cramées sont encore là, toutes aussi belles, paires de brochettes cramées alignées les unes après les autres. Je m'amuse particulièrement au "volant" - enfin ce qu'il en reste - d'une r14 complètement ruinée. Le gars qui explose ces bagnoles doit être un sacré psychotique ! Les portes sont criblées d'impacts de balles, les avants sont cabossés comme c'est pas possible, les ciels portent des marques d'impact d'explosions. Ca c'est de la violence !

Certains quartiers sont démentiels, hyper grands. Au sol à un moment, un méga stop marqué avec des morceaux de papier, et les restes (sic) d'une fête. Il y a du passage ici et cela se voit de manière flagrante. Lassé de tout connaître, je sors et décide d'aller aux Puiseux. Je ne connais pas du tout par là bas. Sauf que... Sauf que c'est en plein au centre d'une gigantesque ferme, le big chien à l'accueil. Hum hum... Au passage, j'ai d'ailleurs manqué d'embourber la caisse dans un méga merdier...

Bon... Direction Lebel, ça fera un peu de photo de machine, ce ne sera pas désagréable. Sauf que... Sauf que lumière au bout de 100 mètres. Les agriculteurs sont en train de charger les betteraves. C'est la période à ça. Groumf ! Je m'en vais de peur de créer un incident diplomatique.

Direction un coin plus soft, perdu dans les bois. Il s'agit d'une carrière sans nom. Encore des chasseurs, mais ça va... L'entrée est un beau cavage agréable. Le creusement est beaucoup plus ancien, plus anarchique, taillé au pic plutôt qu'à la haveuse. A peine 20 mètres de fait, je tombe sur un grand murin en hibernation. Oups, on va couper la musique (qui crache dans le sac). Pas réveiller la bébête... Je continue la marche et là soudain, c'est l'émerveillement. Des fossiles comme j'avais jamais vu. Des bestioles de dingue. Un genre d'escargot tout pointu, cinquante à soixante centimètres de long, une dizaine d'enroulements. A la base, ça fait dix centimètres de large. Ah ! C'est magnifique. Mais je reste sur ma faim quant à savoir exactement ce que c'est... Un peu plus loin, un pic, une date juste au dessus : 1670. Ma foi, je fais un arrêt cardiaque... Tout est encore là, y compris la savate pourrie à souhait ! Au murs, et cela tout le long, il y avait des clous de plantés régulièrement - tous les un mètre.. A quoi cela pouvait-il servir ? Accrocher des lampes ?

Je sors de là ébloui. Certains sont venu maillocher, ça se voit. Mais d'une manière générale, c'est conservé de manière excellente. Un témoignage historique double. Crétacé d'une part, carrier d'un autre. C'est un rêve.

Je poursuis mon tour cent mètres plus loin. Vassens, c'est extraordinaire pour ça ! Un trou tous les cent mètres, c'est unique. Une carrière assez petite et sans grand intérêt. Autre royaume de bagnoles cramées, dont une dauphine !

Suite des activités vers le Mesnil. Deux carrières notées sur la carte mais barricadées à l'entrée. Hum, dommage. Je continue vers le Nord de Vassens. Là, une carrière taillée à la haveuse, tellement ultra régulière que ça résonne. A l'entrée, une pompe et des citernes, un système très atypique que j'ai pris en photo. Quelques bagnoles cramées, c'est pour la touche locale !

La journée se termine sur la carrière aux loups. Un site à calcaire très glauconneux mais sans intérêt.

Le retour se fait tranquilou. L'usine sucrière d'Origny fume comme c'est pas imaginable. Ca pue à mourir et c'est beau. Les deux tours hyper nucléaires sont éclairées de partout. Ne manque plus que la sirène d'alarme et c'est Tchernobyll.

De Vassens, il me restera le coin de St Christophe à Berry à approfondir, particulièrement le pc du colonel Reboul, après, j'aurais tout fait. Vassens, dans tous les sens du terme, c'est exceptionnel. On en garde des souvenirs qui franchement, de mémoire de cataphile, sont merveilleux. Même le village en lui même à un petit quelque chose d'original qui fait que ça reste là, gravé dans la tête. A faire, rerefaire et rerererere...

 

26 novembre

Vaisselle gigantesque et nucléaire. J'ai fait exploser des lentilles corail, c'est un charnier à peine croyable. Je profite de ma "superbe" motivation au nettoyage pour laver tout partout, ce qui ne fait pas de mal.

Mais l'événement du jour, ce n'est pas cela. Il s'agit plutôt d'un mêl reçu au matin, radio beauf m'invite à discuter de ma passion soit disant originale aux grosses têtes. Intrigué, j'allume le poste pour voir ce qu'est cette émission. Et là... Comble de l'horreur, c'est même pas nul à chier, c'est encore pire ! De la pub toutes les trente secondes, des cris de gogoles, des blagues de trisomiques. Jean-Pierre Foucault fait particulièrement fort d'ailleurs. Agaaaaaaaaa... Réflexion vite faite, y z'iront se faire voir. Même si y'a mille balles à gagner à la clef. Je ne suis pas une pute, y compris quand j'ai vraiment pas un rond, je ne vendrai jamais mon cul à une bande de pauvres connards qui ruinent nos ondes. Bref, copie de la réponse :

> URGENT !! Votre passion pour les catacombes nous intéresse. Elle est originale, marginale...enfin bref: insolite !

Je ne connaissais pas les grosses têtes. Deux heures m'ont permis d'évaluer. Je conclue :

- Une heure de pub. - Une heure de bruit méga-stupide où même les pires beaufs ne s'y retrouvent pas. Je vous remercie pour votre proposition, cependant, je ne pense pas avoir un profil qui puisse vous intéresser. Bien à vous. Vincent.

La soirée se termine en courrier avec Joris Lacoste. Il m'envoie des photos d'abbaye impressionnantes. J'en fais de même. Ce type a une légère tendance à m'intéresser.

 

27 novembre

Les fossiles de Vassens sont des cérithes géants.

La matinée est dédiée à la réalisation de deux pages web. Une sur Kim Hee Sun, une autre sur Ikuno Makoto. Puisque j'en parle tout le temps, et bien j'illustre... Surtout que ce sont des images qu'on ne peut trouver qu'en Corée ou qu'au Japon.

Le téléphone sonne vers 14h30. Il s'agit de la mairie de Ville la Grand. Pour un entretien le 5 décembre. Cette commune est située en Savoie, je ne sais pas encore très bien où. Je pense que je ne vais pas aller à l'entretien. Je veux d'abord éprouver mes demandes dans le privé avant d'aller quémander une misère je ne sais trop où.

 

28 novembre

Un peu rapide mon jugement sur rtl. Non pas que la radio soit intéressante, mais il y a au moins une certitude, les gens qui y travaillent ne sont pas complètement débiles. La preuve dans ma boite à lettre ce matin. La personne en question est très compréhensive face à ma réponse un peu brusque, se permet même de faire des considérations sur la gente cataphilienne et cela très justement. Je me suis donc amusé à répondre, on le devine.

Un courrier aussi à Ninih, dans un tout autre genre. Il exprime avoir été dégoûté de Triors. Ce sont des mots que je ne m'attendais pas à lire. Réaction, bien évidemment.

Une phrase de son journal m'amuse, il pense que je vais flinguer mes parents en les amenant au Dorsia. Ouh ouh ouh ! C'est très juste !!

Dernière chose aujourd'hui, la constitution d'une page d'accueil correcte. Quelques bidules ne sont pas encore bien excellents, mais ça s'arrange...

 

30 novembre

(Propos subversif sur René Aubry et les caniches).

Début de journée assez tard. Immédiatement direction Lille pour les (grrrrrrr) cadeaux de Noël. Shopping minable, tours et détours dans des magasins new age qui font pitié, la fnac au bout du compte pour s'en remettre. La nouveauté du jour semble être le projet quasi confirmé d'un jour de l'an à Zagreb, ceci pour une somme très raisonnable. La confirmation absolue sera pour lundi. Projets pour Sofia, juste quelques mois plus tard, pour 950FF. Pas mal, non ?

Direction Roubaix par la suite. Un peu paumé dans la méga zone. Arrivée sans trop de mal toutefois. Le gogole de Berlaimont m'a encore chouré le bouchon du réservoir d'essence, deuxième fois... Je suis très en colère, inquiet aussi, et décide désormais de garer la voiture à perpette les foins.

Le concert se déroule au Colysée, un théâtre ni jeune ni vieux. Une déco un peu particulière, ça casse pas trois pattes à un canard mais ça reste honnête. J'ai particulièrement prêté attention à la composition du public, juste histoire de voir qui s'était déplacé. De manière assez générale, des gens plutôt 30-40 ans, habillés de manière correcte. Quelques enfants. Il m'a semblé qu'une certaine partie de ces gens était un gratin de caniches bien fumés. D'une part, on cherche à se montrer, on se pavane. D'autre part, on arrive en retard, on fait du bruit, on met des chapeaux exubérants et on dit n'êst-ce pâs... Bref, je suis en mal de médisance, je vais arrêter quelques instants.

René Aubry arrive en tout premier lieu seul sur scène. L'éclairage est très simple. Il entame à la guitare sèche Scirocco. Ce que j'adore, que ce soit sur l'album ou en concert, c'est le côté naturel du jeu. En fait, lors du changement d'accord, il y a quelquefois un crissement, ou couinement, enfin, ce qu'on veut qui fait coui. L'authenticité de ne pas avoir ripé ces sons me plaît énormément. Ce sont des détails... oui je sais...

Arrivent ensuite les six autres musiciens. Sans une parole eux aussi. Deux questions quant à ceci. Est-ce pour illustrer le sous titre chanson sans paroles ? Ou est-ce par timidité ? C'est en tout cas un élément qui m'a déstabilisé. Une autre chose que je n'ai pas très bien compris, les musiciens de la scène ne sont pas les mêmes que ceux de l'album. Manque de disponibilité, d'envie ? Cela reste assez mystérieux, d'autant plus que le piano vient d'Armentières, le bus de la Seine St Denis... Encore une chose sans importance cela dit... Surtout que les musiciens sont vraiment doués, y'a vraiment peu à redire, de l'oreille d'un non professionnel en tout cas. Le son est un peu plus sec que l'album. Cela est peut-être du à la disposition de la salle (?). Le batteur est assez particulier, il joue souvent replié sur lui-même, c'est original. Le pianiste quant à lui me fait bien délirer lorsqu'il se la joue Indochine, à plusieurs claviers fort différents à la fois. Marco Quesada, à la droite de René, à la guitare, Marc Buronfosse à la contrebasse. Et caetera. Le plus impressionnant dans tout cela, c'est la polyvalence. Ils savent jouer de tout ces gens là. Et franchement, chapeau pour le morceau à sept guitares (merci René pour l'accord, signé Antoine).

Bref, je papote et je n'ai toujours pas dit l'essentiel. Ce qui m'a vraiment remué, c'est la composition en elle même. Je ne dirai pas ici que c'est fantastique. Une autre personne me disait à juste titre que c'est le genre de mot qui paralyse. Disons que, de manière plus précise, la musique de René Aubry est extrêmement précise. Autant un sentiment peut être brouillon, là, c'est une sentimentalité écrite avec exactitude. La douceur allié avec la force.

La partie chantée vient suivre je crois un moment de fatigue. C'est vrai qu'un tel jeu doit être épuisant, autant pour les doigts que pour l'intellect. D'un certain côté, cette sorte d'interlude vient amener comme une libération de parole. Ça fait du bien, je ne sais trop dire pourquoi. Un morceau italien, un autre anglais, un autre français. Je crois que d'avoir joué des parties anciennes du répertoire, c'était dans une volonté de déstabiliser le public. C'est un élément que je juge excellent. Ninih en parlait quant à King Crimson, je rajouterai ici exactement la même chose quant à Keiji Nigo. Le public français attend quelque chose de précis, si ce n'est pas cela, il y a une part de mécontentement. Le public japonais - entre autres - est beaucoup plus ouvert. Je ne serais pas étonné de savoir que ça a mieux marché en Grèce... Le public de Roubaix ne m'a pas paru vraiment ouvert. Il y a eu de beaux applaudissements certes, mais la bêtise des commentaires chopés à droite à gauche m'a fait mal au cour. C'est livrer des mets fins à des cochons. "Franchement, je ne mettrai pas ça dans ma voiture", "ça fait beaucoup de bruit", "c'est pas ce qu'il y a sur l'album"... Le bouchage d'esprit de ces gens là me fait pitié. Des crâneurs en quelque sorte. A un moment, Fanny a posé une question à une dame, cette dame a fait semblant de ne rien avoir entendu. Misère misère, des nouveaux riches. C'est faux tout cela. Et ça ne cadre pas. A côté de moi, un caniche particulièrement désagréable. Mais je crois que je pourrais dédier un journal entier à décrier sa bêtise - somme toute, je crois qu'il y a des choses plus intéressantes à dire...

Bref, la musique de René Aubry est très innovante. On pourrait dire que c'est une base de musique classique. Cependant, il y a de nombreux éléments totalement nouveaux. Claquements de mains sur des rythmes effroyables (et beaux de ce fait), sifflements, instruments délirants, d'ailleurs, c'était quoi cette sorte de cruche pour la percussion, c'est sublime ce son ! En gros, les Pierre Boulez et Marcel Perès, bien crâneurs, ils peuvent prendre une petite leçon d'humilité auprès de je sais qui.

Plus que de rester dans les mots j'aime / j'aime pas, je crois qu'il serait plus exact de dire : j'ai été très ému par ce concert. Comme le dit Joris Lacoste, créer une onde de choc.

La fin m'a été difficile. Faire dédicacer le disque pour Nicolas, c'est une chose que je n'aurais pas faite pour moi-même. Préférant nettement écrire à la personne en question plutôt que lui demander une signature qui n'a pas grand sens. Je suis toutefois motivé par l'intention de bien faire. J'estime qu'ayant l'occasion, pourquoi pas, étant bien entendu que je n'insisterai absolument pas. Bref, j'ai attendu sur le devant de la scène, ai eu le droit aux quolibets des connasses en mal de médisance... M'en fous... René Aubry est arrivé, a d'abord rangé ses guitares puis est descendu au bout de quelques instants. Je me suis senti mal à l'aise. Parce que finalement, j'ai tant de choses à dire, en si peu de temps, c'est impossible et certainement pas désiré par le "quasi-pris-de-force" qui a certainement plus l'envie de se reposer que de dire trois mots sans intérêt. Bref, René signe d'abord une dizaine de disques à un forçat acharné (quel intérêt franchement, c'est presque irrespectueux d'ailleurs...). René me signe le disque, c'est pour Nicolas. Voilà. Je n'ai dit que merci beaucoup, je crois qu'il ne fallait pas plus. Discrétion et respect.

Le retour vers Berlaimont se fait calmement. Rien à signaler, enfin... forêt giboyeuse comme d'habitude. Deux belles biches. Cela me fait mal au cour qu'on puisse flinguer ça...

PS : le caniche (peut-être du théâtre) et vrai caniche cette fois, avec le collier atomique qui fait des éclairs lumineux était fantastique ! Vrai, je m'en souviendrai !!!!!

 

1er décembre

Repas de la St Eloi, gracieusement offert par le maire. C'est une misère pitoyable. Les gens sont grossiers au possible, on est très mal servi, la nourriture est très passable. La discussion est sur la chasse, les sujets soupe des informations, le foot. Passionnant. Le premier bourré cuit complètement pété au bout d'un quart d'heure. Les autres ont été le foutre dans un camion pour qu'il décuve. Un deuxième au bout d'une heure. Et tout le monde au bout de trois. Misérable. Commune rouge. Tu parles, c'est alerte rouge. Je me casse assez rapidement, un demi verre de vin dans le sifflet. Un St Emilion 98 même pas si terrible que ça...

Accident sur la route de Sassegnies. Dans un carrefour à angle droit, je freine pour éviter de rentrer dans un camion qui prenait toute la route. Celle de derrière ne pouvait absolument pas me voir. Boum. Sans aucune conséquence pour moi. Un peu plus grave pour elle, mais ça reste raisonnable.

Au soir, je cours comme un fou pour la préparation de Lezennes. La vaisselle n'est pas faite depuis quatre jours - je viens de la terminer d'ailleurs. Je suis un peu dépassé, mais ça ira.

 

2 décembre

Départ tôt le matin pour Lezennes. J'ai un peu la tête dans le foin. Rendez-vous à 8 heures avec Globe. J'arrive à huit heures trois. Cela a été un peu la course contre la montre... En quelques minutes, je trouve une plaque d'entrée - une nouvelle je veux dire. Globe arrive à huit heures dix, c'est impeccable. Présents : Ryu, Mickey, Lhermine, Brewal et Globe donc.

Nous nous changeons et décidons d'aller ouvrir la nouvelle plaque. Cependant, les types du magasin d'à côté nous matent bien. La plaque soudée par le temps et mon manque de matériel costaud pour l'ouverture nous font préférer le retour. Nous allons à la plaque que je connais bien. Entrée sans aucun problème. Nous visitons calmement les squats de la pierre sacrée, du sapin, etc. Impossible par contre de retrouver la chapelle. Nous allons à l'entrée de Jef. Par quelques artifices cataphiliens, nous réussissons à grimper à l'intérieur. En haut, une petite porte un peu isolée. Nous crions, tapons un peu, mais personne ne répond.

Nous ressortons peu avant midi. Globe sonne chez Jef en surface. Le gars ouvre et semble agréablement surpris par nos tenues légèrement très légèrement pas propres. Sa maison, c'est quelque chose à voir ! Ce n'est pas vraiment logique, il y a des éléments très atypiques. Il se chauffe à la tourbe d'Irlande par exemple. Sur les murs, des plaques émaillées fort rares. Un peu plus loin, une statue de loup. Il en a coupé la tête (remplacée par une tête d'humain). Bref, nous préparons un rendez-vous pour le soir.

Par la suite, courses à Aldi marché. Le problème essentiel se situe dans le choix de produits bretons ou normands. Nous arrivons tant bien que mal finalement à nous décider pour des boîtes de gastrovomie à 3 sur l'échelle de Knutange, vaguement normandes puisqu'il s'agit de tripes.

Direction Estreux pour une bonne bouffe souterraine. La plaque est encore ouverte. Descente marrante dans les vestiges de barbelés (j'en ai laissé pour le souvenir). Bouffe agréable dans le tournant d'une galerie. Petite visite - finalement, la partie de carrière située sous Estreux est très peu développée. Au sortir, il y a beaucoup d'herbe qui tombe du ciel.

Direction Valenciennes pour le Glacis. Sur la route, nous faisons un arrêt à St Saulve. Un chevalement dans les fourrés. Je n'avais jamais vraiment osé y aller, devant passer dans une propriété privée, et de peur surtout de tomber sur un cannipisseur affamé de morsure (yeux injectés de sang, grrrrrrrr). Le chevalement s'avère donner accès à un puits de cinq mètres de diamètre. Deux de nous tentent une descente, il y a une échelle dans un état parfois un peu passable. Correct tout de même à ce qu'il parait. En bas, 50 mètres de fond par rapport au sommet du chevalement. Cela doit faire quelque chose comme 30 mètres de profondeur par rapport au sol ferme (le chevalement est placé sur un remblai terreux). La carrière serait du calcaire du sénonien (d'après info du bouquin sur St Saulve). En bas, des galeries plutôt de forme ronde, en mauvais état. Des fourches au sol. Ce sera donc la carrière des fourches. Remontée (lente cela va de soi, c'est long !).

Nous filons pour le Glacis. Entrée pépère et petite visite. Au bout d'un quart d'heure, Globe décide de faire une pause de quatre minutes. Ce qui nous permet de joyeusement l'emmerder avec des flash lumineux puis un enterrement sous des cailloux. Mmmmmm, encore quatre minutes ? Au bout d'une demi heure, les quatre minutes s'achèvent. Bon d'accord, j'en rajoute un peu...

Nous sortons et nous dirigeons vers Marly. Descente un peu moins tranquille. Cette plaque n'a jamais été très facile... Mais pas de problèmes toutefois. La visite est assez brève mais intéressante. Je trouve une plaque ruinée WC datant très probablement des réfugiés de la guerre 40.

Nous repartons pour Lezennes. Enfin, Villeneuve d'Ascq où nous retrouvons Superflux (qui nous relate en tout premier lieu ses descentes dans les égouts de Lyon ;-) Putain, bande de salauds ! Nous retrouvons également Tommy et une dame dont je ne sais plus le prénom. Nous partons à droite à gauche (et à gauche puis à droite, enfin etc...) pour trouver une gargote ouverte. Nous trouvons un machin très agréable à Hellemmes. Escalope provençale, frites et blanche pour ma part. Bien cuisiné ma foi... et accueil agréable.

Nous en sortons un peu en retard. Nous rejoignons Lezennes pour retrouver Jef. Il a mis sa fausse porte, cela signifie qu'il est occupé. Nous allons ainsi à la plaque de ce matin. Et par dessous, rejoignons son puits. Petit squat. Au bout d'assez peu de temps, deux de ses disciples descendent. Ils me gonflent vaguement sur des papelards et des conneries. Les pauvres, s'ils savaient que le sdics connaît pratiquement l'intégralité de mes descentes... Bref, ils ne veulent pas me voir dans leur pattes. Je ne dis rien, en gros je m'en fous. De toute façon, je n'ai pas besoin d'eux, j'ai l'habitude de travailler seul et ça va pas changer... Grand chef arrive et fait un sermon dans le même genre. Peu de contact, m'attendais à mieux, bah, c'est pas grave.

Squatt à la Chapelle, enfin trouvée. J'y dépose le crocodile qui fait couuuiiii. La discussion vogue sur le thème : Jef, secte ou pas secte. Enfin, là aussi j'en rajoute un peu, mais c'est dans le genre. Nous repartons pour C'est la Guerre, puis à la Salle Polyvalente. Sans conclusions sur Jef, de toute façon, chacun a son avis je crois. Sortie sous la pluie.

Retour en caisse jusqu'à la Grand Place de Lille. Largage. Et direction dodo. L'autoroute est complètement inondée du côté de Seclin. Je roule très lentement. Arrivée à quatre heures, un peu vanné. Sur la table, un courrier de Nora. Je décide de dormir quatre minutes...

 

3 décembre

Lever à dix heures pour faire les courses. Argh... Je suis dans un état carrément comateux. Il y a trente mille pipole, c'est horrible. SNCF aussi et tout le bataclan. Retour à midi à la maison. Repas vaguement les yeux dans le vague... Puis pause de quatre minutes.

 

5 décembre

Départ en Croatie confirmé, les billets sont payés à ce jour. Quelques personnes vont m'accompagner, j'attends encore des réponses. Nora serait apparemment intéressée, mais je pense qu'elle va avoir du mal à tenir les délais qui sont hyper draconiens. Faut dire que pour me joindre au téléphone, elle peut s'accrocher. Hier soir, il n'y a eu que quelques minutes de répit. Sans compter la restructuration de l'association qui prend un temps fou. Le nombre de mêls arrivés était impressionnant. Du jamais vu pour une seule journée. Le parcours semble se dessiner de façon de plus en plus précise. Le départ sera de Zagreb, cela est inévitable. La suite devrait se situer vers Dubrovnik. Je vais contacter d'ailleurs à ce titre un gars là bas, je viens d'avoir l'adresse. J'attends beaucoup de ce séjour. Cela changera l'air. Ce sont les dernières semaines du service, on ne peut guère plus aliénant. Je n'ai absolument rien à faire. Même pas le moindre petit classement. Et je ne peux pratiquement rien faire qui soit du travail personnel. Cette hypocrisie maximale, ce mensonge quotidien. tout cela m'écoure. Je deviens mauvais avec les responsables de cette situation. Je crois que cela se doit.

Complètement explosé ce matin. J'avais préparé un courrier pour Natacha, un autre pour Jean-Luc, j'ai même pas réussi à les envoyer. Le dépassement est archi complet, il suffit de deux jours. Ce n'est pas spécialement parce que je charge au niveau travail perso. Non, c'est la situation qui est impossible, elle l'a de toute façon toujours été. A ce jour, je cesse de me plaindre. Je leur balance en pleine tronche leur illogisme, leur bêtise même. Ils sont au moins aussi cons que les gens qui travaillent en préfecture.

Coup de téléphone hier soir à JB Arlot. C'est une bonne chose que nous nous recontactions, cela fait plus de deux ans que je l'avais perdu de vue. Du peu que j'ai pu apprendre, il se marie en août prochain. Il joue toujours avec les petits atomes au CEA. Dans la même lignée, il faudrait que je recontacte Renaud.

A mon étonnement, Ninih aurait été intéressé par la Croatie, si ses congés lui permettaient. A vrai dire, j'ai tenté la répartie de la Bulgarie en février ou mars prochain. Mais avant de lui promettre n'importe quoi, je vais déjà voir comment ça se passera avec mon futur emploi. Ce qui peut être décidé de mon côté est de réaliser le prochain voyage avec lui, même si ça se situe dans plus de six mois. Mais si tel est le cas, je le laisserai entièrement libre du choix de la destination. Parce que ma façon d'imposer n'est pas forcément agréable.

 

6 décembre

Début de journée bizarroïde. Je sors à peine de la douche, Nora au téléphone. Il était 7 heures moins 5. Gmlmlmlml..mmmmoui ? Un peu la tête dans le foin j'avoue. La suite vers 8 heures et quelques. Je croise Double Caniche et j'entends grrrrrrmlvdfsrev.bonjour. Moi : ???bzbzbzg?###/§??bonjour. 1 : ouah ouah ouah ! 2 : Ouahuahuahuahua. Ouh là là, c'est quoi cette journée qui commence ?

Et bien en fait une parfaite banalité, où je m'emmerde tout du long. Il ne s'est rien passé d'autre.

 

8 décembre

Le boulot me prend 94% de mon temps (dans une semaine normale).

Certains me critiquent parce que je ne donne pas de nouvelles assez souvent. D'autres parce que je ne vais pas les voir. D'autres parce que je ne téléphone pas. D'autres parce que j'avoue désirer le repos de la mort. D'autres parce que je suis devenu violent. D'autres parce que je m'accroche à l'amitié de personnes qui ne sont pas eux-mêmes. D'autres disent que je fais trop de choses. D'autres disent que je ne fais pas les bonnes choses. D'autres disent que je dors trop. D'autres disent que je suis un voleur. D'autres disent que je critique sans rien reconstruire derrière. D'autres disent que je suis un con de compter les jours qui me restent (c'est un peu extrême n'est-ce pas).

Je les emmerde tous du fond du cour. Dans le même lot que les flics, les contrôleurs dans le train (qui sont des flics aussi), les juges et tous les représentants de cet état pourri, les débiles qui foutent la merde dans la rue, ceux qui roulent à 200 en ville, les blondes aux yeux bleus, ceux qui parlent djeunz.

Plus que 70 jours.

 

9 décembre

La fatigue me détruit, aussi bien physiquement que mentalement. Mais j'en cause plus. Ca ne sert à rien. J'ai reçu aujourd'hui l'ordre de la drass comme quoi je dois me rendre immédiatement au poste mairie d'Aulnoy. Date : 18/09/99. Bande de blaireaux ! Question crédibilité, ils ne sont même pas à zéro. Ils sont dans le fond du fond du négatif ! (Peut-être que lorsque je serai à la retraite, je recevrai la décision de libération).

Mis à part ces nullités là, j'ai entamé cette semaine un travail journalistique. En fait, cette intention s'illustre à plusieurs échelles. D'une part, je vais régulièrement travailler du point de vue souterrain en faisant des sortes de dépêches sur le sujet. Cela s'accompagnera d'un reportage. Sinon, je suis en train de réfléchir au projet de réalisation d'une illustration acoustique des catacombes. Je possède de plus en plus de sessions sonores dans des souterrains complètement différents. Ce qui tape en plein dans ce que fait Daniel Mermet sur France Inter. Je tente par dessus tout d'impliquer beaucoup de monde là dedans. Cela pourra peut-être enrichir quelques-uns uns, une bonne expérience, qui sait.

Cela me refait taper en plein dans ce que je racontais dans un courrier hier. J'aime impliquer des gens dans mes démarches. J'essaie de donner du positif par le biais de mon parcours. Mais d'une manière complètement contradictoire, je travaille le plus souvent seul, je m'isole et n'aime pas qu'on fasse un retour sur mon action. J'ai tenté d'analyser cette attitude. C'est purement je crois parce que j'aime travailler dans l'ombre. Je suis un fanatique de résultat, je travaille d'arrache pied du maximum de mes petites capacités. Et je jubile quand une autre personne tire du positif d'une réalisation. Le retour me dérange parce que je suis honteux à 95% de ce que je fais. Perfectionniste, je désire systématiquement mieux. C'est pour cela que je rejette tout le temps les compliments. J'ai l'impression que c'est du mensonge. Il y a tellement de défauts dans mon parcours. Quoi qu'il en soit, je juge cette attitude positive. Avec un peu de recul, je saurai certainement mieux m'y prendre. On ne m'accusera plus de fausse modestie aussi. Sincèrement en tous cas, ce dont je fais part ici n'est pas un sujet de modestie, c'est un cri du cour.

Dans tout cela, il y a quand même une chose qui me contrarie, c'est la systématisation Vincent = Souterrains. C'est trop réducteur. Parce que j'aime travailler le " littéraire ", composer de la musique, peindre, faire de la photo indu, voler des panneaux sncf - oups, je dérape.

Tiens d'ailleurs, j'ai pratiquement terminé mon premier album de trash-musique industrielle. C'est un truc absolument inaudible sur fond d'explosions nucléaires et tentatives de communications martiennes. Je vais maintenant réfléchir à la pochette de l'album. Je vais choisir parmi les plus glauques de mes photos. Knutange, ce serait bien ! Quant au titre, il faut un truc minable qui fait bien peur, du style dékapitation, ça fait bien djeunz !!! J'en ferai des copies lorsque j'aurai de quoi graver. Ce ne sera pas dans si longtemps que ça à priori.

 

10 décembre

Gros ménage ce matin. Ensuite, sieste et départ pour l'infâme Mons-City en Belgique. (Cinéma). La zone est tellement ravagée qu'il faut faire 3/4h de caisse pour avoir un film potable. Le Nord est minable culturellement, c'est un fait. Tout juste bon à être champion en taux d'alcoolisme.

Arrêt à la Malogne, carrière souterraine depuis longtemps connue mais pas visitée par mes services. Il y a une porte blindée à l'entrée. Des trous dedans, tout à fait du travail de pourri-spéléo. Le boulot à réaliser n'est pas énorme, je vais essayer d'y regarder avant mon départ. Départ d'ailleurs qui se fait pressant. C'est la troisième fois qu'on me nique la voiture. Outre la sncf, où j'ai fait ce que j'avais dit, je crois que je vais rajouter quelques petites plaisanteries sur la liste.

Café gâché (c'est le nom, un truc avec du rhum mélangé à de la crème anglaise) et biscuits sablés. Puis direction le cinéma où je chope une toute vieille affiche de la Devinière. Dessus, un passage typiquement représentatif :

- A chaque fois, elle me fout un livre en l'air. Chaque fois.

- C'est quoi comme livre ?

- C'est un livre pour m'apprendre à lire, avec toutes des lettres. Elle me l'a foutu en l'air.

A la verticale de l'été, de Tran Anh Hung. Difficile de donner un avis. Je crois bien que le mot ne convient pas parfaitement. Il faut plutôt parler d'impressions. Il s'agit d'un film traduisant avec grande précision une tranche de vie sensuelle de trois sours à Hanoï. Surtout par rapport au thème de l'infidélité. C'est très beau, les visages sont souvent magnifiques, les couleurs aussi et par dessus tout, en version originale. De ce fait, tôi dên ngay dây. Tran, bai làm cùa anh thât là tutêt voi, tôi cho anh muoi trên muoi ! Sau con xùc dông chi da binh tâm lai chù ? - Không , tôi con run dây... Chung tôi dâ thuc hiên môt chuyên di tuyêt voi, moi cài dêu hoan hào. Cam on. Long chung thûy cùa môt nguoi chông dôi voi vo. To khen câu, câu hôi ay khong dè nhung câu dà trà loi rât hay. Dê anh hiêu rô diêu tî muôn noi, tôi se lây môt thi du : ây là môt nguoi phu nu rât dep. Tôi muôn viêt thu cho no, nhung phông co ich gi nhi. Dù thê nào di nua thi nô cùng sè khong trà loi tôi. Un délice.

 

12 décembre

Journée pitoyable. (Comme d'habitude bien sûr, une évidence !) Ca ne sert à rien d'en rajouter. C'est marrant d'ailleurs, ils sont tous couperosés d'alcool. Je viens de me rendre compte que la plupart portent les stigmates. Gros bide, figure rosie voire violette, grosse cernes bien grasses, yeux jaunis et délavés, démarche de bison, rots systématiques. En fait, je l'ai remarqué parce que je parlais Ricard avec Fanny (quelle discussion, n'est-ce pas !). Il paraît que la dose normale est une demi cubette - j'ai pas dit cuvette. A la mairie, ils en prennent quatre, et pratiquement pur. De cette misère, je pense que je m'en rendrai compte réellement plus tard. Je suis tombé dans ce qui peut exister de pire. Plus déchiré que ce milieu, ça ne doit pas exister. A part chez les flics et la sncf.

A midi, coup de téléphone perso. Je décroche. Bonjour, mairie de Nice, est-ce que vous êtes toujours motivé pour la proposition d'emploi ? Euh, aaargüû?!?##? Bref, voilà une pas trop mauvaise chose qui se profile. D'autant que l 'entretien est dans un mois, ce qui me laisse le temps d'analyser ce que je vais recevoir en attendant. (J'avais prévu le lancement du plan B au début janvier). J'ai encore une fois l'impression que, pour le privé, ce n'est pas la peine de rêver. Mais je me bats avec les crocs en avant. Y'a que d'arrache pied qu'on peut y arriver. Voilà tout.

 

13 décembre

Déséquilibre au matin. Je croise double caniche, il ne promenait qu'un seul cannipisseur. 1 : grrrrouah. 2 : ..... Alors voilà, je suis en manque, il y a quelque chose de perturbé dans mon équilibre mental. Moose the mouch dans les oreilles. Je prends quelques instants pour approfondir Charlie Parker. C'est vraiment intéressant.

Je commence le nécessaire pour compléter mon matériel spéléo. Il y a de quoi faire. Cela va prendre du temps. Mais c'est indispensable compte tenu de la densité de réouvertures de sites que je vais faire. En ce moment, l'intensité de descente devient plus grande. De multiples journalistes me suivent dans les découvertes, et je suis de plus en plus en mesure de livrer une information intéressante. Cela s'organise peu à peu. Je disais dernièrement nier le fait d'être monsieur souterrain. Je fais toutefois tout pour l'être. Même pas drôle mes contradictions. De toute façon, mon but final reste inchangé. Et lorsque je décide de partager ces choses, ce n'est pas sans nier que je reste caché derrière le support informatif. Je suis et me veux incontactable. Je ne signe jamais mes articles, ne laisse jamais de mêl ou d'adresse (mis à part sur mon site). Je souhaite infiniment travailler dans l'ombre. Je me répète d'ailleurs.

 

15 décembre

Images surviolentes au matin. Découpage de chef, arrachage de peau et souffrance extrême. -Plaisir-. J'ai insulté un contrôleur. Même si ce n'est pas de sa faute. De toute façon, ce n'est jamais de la faute à personne, et pourtant beaucoup de choses vont mal. Je suis entré en guerre avec le monde entier. Assez de me faire marcher sur les pieds. Hier soir, j'ai vociféré ma haine conte le propriétaire. Il m'assure que ce n'est pas lui qui crame mon courrier et abîme la voiture - évidemment. Je ne suis pas particulièrement convaincu, de toute façon, je ne cherche pas à l'être. Je hais, donc je suis. En ce moment, je suis, fort. Il ne faut pas me faire chier, c'est manifeste. A être conciliant, il faut systématiquement qu'on se fasse écraser. Alors merde. De nombreuses personnes ne comprennent pas mon comportement haineux. La quantité de reproches qui m'arrive en pleine tronche est considérable. Ferais-je fuir ? Peu importe. (Pour combien ne suis-je bon qu'à être exploité ?).....Dans ce cas, qu'ils fuient, j'en ai franchement rien à battre. Et puis j'avoue réagir un peu comme Ninih, certains ne sont bons que pour les promesses non tenues et les fwd de pubs dans la boîte à lettre. Je n'existe plus pour eux. Je ne les connais pas.

Heureusement, quelques îlots de positif tiennent bon la route, quelques valeurs réellement sûres. Il est facile de reconnaître ses amis : ce sont ceux qui restent même quand tu es dans la merde. En ce moment, je suis infiniment bouseux. Je retiens bien quels sont les personnes qui sont encore là. La bouillasse du reste n'a que mon mépris pour se torcher.


Cynthia

 

16 décembre

Mise en route à 3 heures du mat (oui je sais, je suis pas net.) En route pour Paname pour retrouver Cécile. Dans le train, je m'endors et fait un cauchemar à la hauteur de Noyon. Je crie "meeerde", ce qui est très agréable pour les autres passagers étant donné qu'il est quatre heures et demi. Bref, du Vincent tout craché.

Cécile habite Saint Denis. Je passe à pied dans Barbes, Pigalle et ceci jusqu'à La Fourche. Là, métro jusque Saint Denis Basilique. Je prends un petit-dej au Métropole. Il est huit heures lorsque je débarque Rue Catulliène. Il y a aussi Aurore, une amie de Cécile. Elle vient d'Anvers (origine) et descendra "sous terre" pour la première fois en ce jour. C'est marrant, elle a un accent qui kr légèrement, mais il n'y a pas que ça. En tout point atypique et agréable. Après un deuxième petit dej, nous partons pour Herblay. Le rer jusqu'à Conflans Ste Honorine. Les bords de la Seine sont agréables. Nous rentrons vers 11h30. L'impression de l'entrée est très positive. Il y a des arches magnifiques, presque comme dans une église gothique. Le creusement est plutôt par galeries, soutenues parfois par de véritables forêts de piliers à bras. Aurore semble apprécier la descente. Je me suis demandé toutefois si nos longues poses d'open flash ne l'ont pas complètement ennuyée. Peut-être qu'il aurait été mieux pour une première fois de ne faire que de l'explo. Quoi qu'il en soit, il semble qu'elle ait tiré du positif de l'expérience, ce qui n'était pas gagné. Cécile quant à elle, navigue sans hésitation dans son univers. Je ne sais pas trop ce qu'elle a pensé de mes délires minables sur les bretons et les normands, je crois qu'une rencontre avec Globe sera nécessaire afin qu'elle comprenne l'ampleur gigantesque de la polémique. D'ailleurs, à ce titre, le jus de pomme breton était délicieux.

Les galeries semblent se hiérarchiser par quartiers. Un peu comme si chaque entrée à flanc de coteau formait une entité. Celle la plus à gauche possède un grand nombre de meules à champignons. Cela fait un paysage souterrain absolument terrifiant !

Au fond d'une galerie, je trouve un tract de Moloko. Molesmes, là où il est justement aujourd'hui. Marrant la coïncidence. Avant de partir, Aurore charge un paffeton de 40 kg (oui bon, d'accord, peut-être un tout petit peu moins) pour sa mère, qui va se faire un petit plaisir de sculpture. Le retour se fait sans encombres. Projection diapo, entre parenthèse magnifique. Puis je m'en vais.

Dans le métro, trois pétasses complètement artificielles. Je les entend causer - malgré moi - on aurait dit des gamines de onze ans. Des gars ont essayé de les draguer. C'est minable, ce comportement de zouave me révulse. Pour ce qui est de la superficialité, ce n'est pas l'habillage de Ninih, c'est ça.

Je chope le dernier train, m'endors largement au passage et ceci jusqu'à Epernon, puis arrive enfin à Maintenon. Il est deux heures lorsque je rejoins les bras de madame Morphée.

 

17 décembre

Rattrapage de sommeil, et encore, à peine. J'ai mal à la tête et suis complètement décapité par la fatigue. Vers 11 heures, je tente de téléphoner à Nora. Je ne m'attendais pas à l'avoir, bref, argüÜ? Comme d'habitude, je patauge lamentablement. M'enfin, je suis bien content de l'avoir quand même. Il est décidé que je viendrai dès que possible à BCP.

Vaguement déglingué, je pars préparer le sac, mange un brin et m'en vais. Un premier type me prend en stop devant l'intermarché de Maintenon. Un couple très sympathique d'ailleurs. Deuxième poste à la rocade de Chartres. Deux gars qui m'amènent jusqu'à Courville. Là, des travaux gigantesques et trois bornes à pied. Troisième poste, un type agréable, jusqu'à Champrond la Gatine. Quatrième poste, un type qui allait jusqu'à Angers. Il me laisse à "la fourche" (pas la même). Je rejoins Condé sur Huisne à pied, trouve une carrière souterraine au passage, et continue le long chemin jusqu'à BCP. Evidemment, personne ne passe, sauf quelques vieux qui s'en foutent bien sûr. Je me tape les 9 derniers km en courant (ca fait pas de mal à la santé après tout !) et arrive rue Gareau peu avant 17 heures je crois.

Décrire la suite de manière non elliptique m'est impossible. Il est de fait que je hais absolument toutes les premières fois du monde, pour quoi que ce soit, même quand il s'agit de choses hyper simples comme aller dans une ville. J'avais pas vraiment aimé ma première incursion dans Bretoncelles-City, aujourd'hui, ça s'est mieux passé. J'ai vraiment un caractère imbuvable, je sais. Quoi qu'il en soit, j'étais à moitié endormi dans le fauteuil, c'était le marasme glauque dans ma tête, j'étais comme acteur malgré moi d'une scène étrange où je ne menais plus mon corps et mon esprit. C'est incompréhensible au vu pourtant de ma sérénité, j'ai testé avec la cuillère du café, je n'avais même pas les mains qui tremblaient. Mes inquiétudes n'avaient pas lieu d'être, Mano est un ange qui ne m'a pas dévoré.

Bref, pour restructurer un peu mon discours, il y a d'abord eu un café (Nora sait prendre les gens du Nord par les sentiments), puis un tour dans les quartiers sud de BCP. Un Bretoncelles-Plage by night amusant, où la décoration ridicule de l'église fait comme un phare pour nous, pauvres marins égarés dans les océans de blés ondoyants. Je fais de belles phrases métaphoriques, c'est pour oublier le fait que j'ai bien foutu le pied dans la boue et que ça a fait un bon splotch...

Quelques éléments me rassurent, notamment du fait que Nora n'est pas révulsée par mes courriers informes et glauques. Depuis les histoires torrentielles et bien désagréable des listes de défaut, je prend des pincettes, sachant bien évidemment que je ne veux emmerder personne. Ce petit tour fut d'ailleurs l'occasion de pointer quelques nouveaux (et chers) défauts latents. Au passage, Mano fait du balisage. Nette préférence pour les méganes et autres monospace.

De retour à la maison, Nora commence à préparer à manger. Je suis complètement glaoutch, j'ai l'impression qu'à certains moments, je ne pensais plus. L'application de ma résolution est nécessaire, plus que nécessaire. Je remarque avec amusement que nous avons des chaussettes assez similaires. Avec Nora, c'est toujours comme ça, c'est presque pareil, mais il reste toujours la petite nuance (cf date de naissance, exemple parfait). Je n'irais pas jusqu'à dire que l'on pourrait appliquer cela à nos parcours de vie, ce serait osé au vu du peu que je sais. Mais à chaque fois le même étonnement. Nous avons des réactions très similaires, et l'origine de ces comportements me semblent, à demi mot, être du même acabit. Décomposer chaque élément serait oiseux, mais il est de fait que certaines paroles m'ont marqué - elles auraient pu être les miennes de manière tout à fait exacte. Pour revenir à plus basique, nous avons les mêmes bols, les mêmes verres, le même dentifrice, le même dico (à quelques années près!), beaucoup de disques en commun, et., ça sert à rien ce que je dis.

De manière tout à fait incorrecte, je n'ai pas eu le temps de manger les brocolis. Là encore, je bas des records. Nous allons à la gare centrale de BCP. Le train arrive à l'heure, ce qui relève du miracle. Au revoir rapide et retour vers Maintenon les Oies. Le contrôleur passe et me fait le billet à 10 balles (parce que j'avais pas la monnaie). Ouarf, je vais me balader moins souvent avec de la ferraille !

A la maison, mon père me raille gentiment et me traite d'ignoble. A peine arrivé, me revoilà reparti. Je voudrais me coucher tôt en préparation de la résolution. Mais je viens de remarquer qu'il est 2h47. Je suis impossible, impossible.

Quant à cette journée, je ne suis pas content de moi, mais c'est pas grave. La vie, c'est pas un examen.

 

18 décembre

Lever vers 7 heures, direct to Paris. Je poste un courrier à Nora avec les billets BCP-Paris. Enveloppe spéciale anti-grignotage. La journée est d'une part consacrée à la redécouverte progressive de la famille du côté maternel. Aujourd'hui, c'est Colette. D'autre part, les recherches sur la Croatie ont commencé.

Début de journée aux galeries Farfouillettes. Colette nous fait rapidement découvrir les coulisses de l'antre. C'est un spectacle tout particulièrement gerbatif. Des chanudoriums de toute part, des glaucoportes battantes à moitié ruinées, des collègues de travail tellement aimables que tu ressens immédiatement le besoin de pisser dessus. C'est terrifiant. La cantine est minable à souhait. L'envers du décor franchement amusant.

La suite à l'office du tourisme de Croatie. Une dame charmante. Bonnes docs et pas mal de choses à décanter. Pour terminer, fnac et virgin de toute part de Paris. Quelques trucs marrant en musique indus. Pas moyen par contre de trouver un dico croate, ni même une méthode de langue qui soit correcte. Ce sera l'objet manquant de la journée.

La nuit tombe, je termine par un anchlougaffage d'une masse considérable de sons pour, à juste titre, de la musique indus. Cris de poules à demi égorgées, moteurs cahoteux, explosions nucléaires, c'est un vrai bonheur.

 

19 décembre

Trouvé à Paname un livre qui étudie le caractère selon. le prénom. Oui, je sais, c'est complètement ridicule ! A Vincent, des choses rudement amusantes toutefois.

Type caractériologique : couleur rouge. Ce sont des passionnés aux réactions relativement lentes. Ils sont à la fois émotifs et actifs. Ce sont des êtres secrets. Très jeunes, ils manifestent une grande obstination et mènent déjà une vie souterraine. Ils sont patients, et pourrait-on dire, redoutables.

Psychisme : ils n'oublient jamais un affront, sont très machiavéliques, nullement influençables. Ils savent tout sacrifier à une cause extrême. Grande confiance en eux, allant jusqu'au fanatisme. Chez les enfants, il y a lieu très tôt de tempérer ce côté sauvage.

Volonté : et cette volonté jette parfois des éclats inquiétants, comme un poignard dans l'ombre. Des calmes en l'apparence et puis tout d'un coup, ces types de caractères laissent percer dans leur regard une lueur de violence à peine voilée.

Réactivité : Redoutable. Arrière-pensées d'une grande intensité.

Activité : une activité qui est la dominante de ce caractère. C'est le fer de lance d'une personnalité qui ne se réalise que dans l'action. Ils veulent étudier quelque chose que les autres ne connaissent pas (!!!!) Ils s'imposeront un travail énorme. Ils feraient de merveilleux espions (c'est un de mes rêves de gamins).

Affectivité : Elans passionnés qui ne se traduisent en surface que par des remous à peine visible.

Dynamisme : Ils sont capables de mettre au point des plans compliqués qui ne produisent leur fruit que des années plus tard. Résultats impressionnants (waow!!!)

Ce que je conclue de ce baratin est mitigé. Il est de fait qu'un bon nombre de descriptions sont justes. Toutefois, cela reste un diagnostic extrêmement généraliste, qui ne se mouille absolument pas. Peu de chances de se tromper de ce fait. A part cela, il est évident que c'est magnifiquement réducteur. Mon côté calculateur est bien mis en valeur, mais c'est oublier les 80% du reste de ce que je suis. Sinon, le rouge est effectivement ma couleur d'écriture. Si je ne faisais pas de limitation, j'écrirais tous mes courriers de cette couleur. Il faut toutefois un minimum de respect pour le destinataire.

Mis à part cela, terminaison aujourd'hui de l'album de musique industrielle qui s'appelle "mechanical dekapitation", sur samples des feux de l'amour et starship troopers.

 

20 décembre

Départ assez tôt au matin pour rejoindre Cécile à St Denis. Nous prenons quelques temps pour nous amuser avec la musique industrielle. Elle me passe Dissecting table et Merzbow. Ce sont des horreurs absolument atroces. Du son gerbatif tellement immonde que c'en est décomposant.

C'est vers 13h30 que nous rejoignons Globe à la Porte Dorée. Nous sommes bien largement à la bourre, ce qui a tendance à m'énerver. Je ne suis pas encore bon quant à planifier quelque chose à Paris. Nous partons aussi sec pour Vincennes avec la Globe-mobile©. Cécile fait un contrôle technique très rassurant. En gros, tout foire sauf le conducteur.

Plaque soulevée puis descente. Le puits est très large et les échelons glissants. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus rassurant, mais bon, comparé à d'autres, ça va. Le spectacle du fond est agréable. C'est atypique pour le calcaire en région parisienne : de grands volumes. Les galeries sont surtout larges, hautes un peu moins. C'est d'une propreté exemplaire, ce qui est rare également. Globe nous fait visiter les lieux, nous suivons avec joie un tel guide. Il y a un puits à eau, une petite zone en étage inférieur avec des piliers à bras, des zones inondées, d'autres sèches. Je pense que nous avons carrément emmerdé Globe avec nos opeunflaches. C'est de toute façon à chaque fois le même scénario, avec nos techniques de flashage ancestrales, nous prenons un temps fou et sommes complètement décalés par rapport à ce que peuvent attendre de nous d'autres personnes. Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas été pressés, les photos devraient être très correctes.

Nous ressortons. Je n'arrive pas à refermer la plaque (admirez la musculature démentielle !), heureusement que Cécile s'en occupe.

Nous poursuivons par l'autre partie du réseau, accessible d'un peu plus bas. Le schéma de creusement est différent, (des galeries). Tout est remblayé de partout. D'après Globe, certainement parce que la première partie était sous la forêt tandis que la seconde est situé sous une zone urbanisée. Photos encore.

Nous allons manger chez Globe. Plâtrée magnifique de pâtes, un met un peu trop élaboré cependant à mon goût. Nettement plus hogrelien sans sel et sans sauce. L'appart de Globe est intéressant, ne serait-ce que par l'atypisme du lieu. On ne l'appelle pas Globe-Trotteur pour rien, au-dessus de la porte de la salle à manger, quatre pendules indiquant des horaires de lieux différents. Je remarque également une vidéo qui fait tilt dans ma petite cervelle : l'odeur de la papaye verte.

Nous repartons vers 20h30. Globe-Mobile et direction Joinville. Là, nous retrouvons une dizaine de glauques. L'ouverture de la plaque est assez difficile parce qu'il y a un pompier qui bigophone juste à côté. Nous arrivons toutefois à ouvrir et refermer de manière relativement discrète. Sbonk au calage, est-ce inévitable ? J'y ai pourtant été moldo sur le coup de pied.

Descente. Un escalier circulaire assez inondé vers le bas. Des galeries tout d'abord puis de la chambre et pilier plus loin. Il y a du monde et mon agoraphobie fait youpi. Je commence vaguement une bricaucrise, ce qui est mauvais présage. Nos contraintes ont fait de plus que nous avons du nous tirer une demi heure après être rentré, rien de plus frustrant. C'est de toute façon de ma faute, je m'étais organisé comme un cochon d'inde. Allers et retours dans les galeries, Mechanical dekapitation rencontre un très franc succès (soit, tout le monde me demande de couper, ce qui est le but recherché à la base). Globe a supporté ça trois quart d'heures, prions pour lui.

Sortie donc et rer avec mescalito. Retour sans encombres, nous avons beaucoup de chance. Chez Cécile, il ne faut pas bien longtemps pour que je m'endorme.

 

21 décembre

Combat au matin pour se réveiller. Et c'est la course. Je traverse plusieurs fois Paris dans tous les sens pour trouver un appareil 42 vissant. Ce qui se fait finalement à Odéon photo. Je suis rentré à Maintenon City vers 13h30.

L'après midi est dédiée au nettoyage et à la réparation de tout mon matériel photo. Il y a de quoi faire. Quelques problèmes avec ma maglite, il va falloir que je refasse le réflecteur. Sinon, une grosse réparation du flash, au niveau déclenchement.

 

23 décembre

Alcazar au midi, avec les parents. Nous y arrivons relativement facilement. La présentation a changé, il y a un peu moins de bleu, c'est toutefois assez respectable. Pour entrée, je reprends le guacamole, cela me paraît inévitable. Comme plat, du canard avec des pommes de terre rissolées. Et pour dessert, un fondant au chocolat absolument atrocement délicieux. Pour ce qui est des vins, je n'ai pas résisté au gevrey-chambertin. Normal, non ?! Pour la suite, j'ai pris un Crozes Ermitages délicieux, que je conseille au passage. Toutefois : une serveuse a tout d'abord versé du vin à côté, puis par la suite, elle a explosé un verre avec la bouteille. J'imagine tout à fait Ninih piquant une crise de nerf face à la scène. Quant à moi, je n'ai rien dit, sachant qu'elle ne l'avait pas fait exprès. Le comble du comble, c'est l'addition. Surfacturation de 460 balles, merci. Un des serveurs me dit au passage : ça fait un peu moins mal ainsi. Argh, je crois bien ouais.

Bref, je suis un peu étonné. Le gault disait que la qualité avait baissé un chouya, cela me semble vrai. Mais 13 pour Valenciennes, je persiste à dire que c'est surnoté à mort. Sinon, en ce qui concerne la mezzanine de l'alcazar, c'est absolument infréquentable et complètement déconseillé, malgré les éloges du gault. Je me suis fait accoster par un espèce de débile à lunettes jaunes et fumant du hasch. Grand moment de bonheur.

Au soir, je file visiter la carrière de Condé trouvée la semaine dernière. Magnifique, exceptionnel ! Longueur développée d'au moins trois mètres cinquante. Souvenir éternel. Quelques photos originales toutefois dans un ovoïde juste à côté. Je profite du lieu pour déposer des docs sur la Croatie à Nora. En gros, un peu à manger pour Mano, ça fera pas de mal. La soirée se termine sur Chartres. Je pense avoir trouvé l'entrée d'une marnière. A voir.

 

26 décembre.

Noël et le nouvel an sont pour moi les deux délimitations d'une période absolument atroce. J'en ai peur un mois à l'avance, si ce n'est plus. C'est à chaque fois pareil, je ressors de là décomposé, vociférant des paroles horribles sur la famille. Et bienvenue aux " plus jamais ça ". Toutefois, je recommence systématiquement le même bordel. Oui d'accord, je viendrai voir la famille, ce sera la dernière fois. Franchement, qu'est-ce qui me prend d'accepter de telles choses à contrecour ? C'est insipide et stupide puisque de toute façon, dans ces minables repas de merde, je ne sais que faire la gueule pendant quatre heures. Je n'apporte rien aux gens, sinon une gêne. A réfléchir posément, je crois que le fait qu'il y ait un malaise profond avec la famille est indéniable. Je me dois donc de refuser tout de suite et de manière systématique toute proposition de repas avec plus de six personnes. En faisant de cette manière, je déçois avant et cela s'en arrête là. Autrement, j'accepte et déçois encore plus, puisque je suis inapte à l'hypocrisie familiale. Pierre me conseille de faire des efforts. Et pourquoi donc en ferais-je ? Pourquoi le fait d'aller visiter la petite famille est-il considéré comme une obligation ? Pour moi, la vision des choses est simple : les gens sont agréables et intéressants, je viens les voir. Les gens sont cons et hypocrites, je disparais de la circulation sans médisance, sans conflit.

Sur un tout autre sujet, ma résolution devient de plus en plus présente dans mon esprit. je me donne un an pour l'appliquer entièrement. Le but, retrouver un équilibre de vie complètement normal ressemblant moins à une course contre la montre. Me mettre en retard systématiquement pour des conneries et courir la journée entière après je ne sais quoi est une situation d'échec. Ces paroles ressemblent à un discours politique, c'est plat et absolument pas concret. Ma résolution se traduira donc en quelques mots :

- par une diminution d'activité le soir, je m'interdis de me coucher après minuit pour des conneries.

- par une diminution de temps passé pour le boulot, trajets.

- par une organisation plus rigoureuse du temps libre. Je fais n'importe quoi. Planification, organisation des taches quotidiennes. Ne pas hésiter à refuser.

- par une focalisation sur le principal. Fréquentation souterraine axée sur l'explo plutôt que les regroupements associatifs et interassociatifs.

- par une limitation draconienne d'émergence de nouveaux projets.

- par une attitude tournée plus positivement vers la détente. Bannissement des prises de têtes, limitation du téléphone à quelques personnes, interdiction de crises de nerf répétées, planifications de plages horaires spécifiquement liées à des activités extrêmement calmes.

- par une transformation de mon état d'esprit : je ne dois plus vivre que par l'action.

- Une réflexion doit être menée quant à l'utilisation d'internet, qui est trop forcenée. 200 mêls par jour, c'est bien évidemment trop et un choix est nécessaire.

- par une ascétisation de la vie sous toutes ses coutures.

 

27 décembre

La mairie d'Aulnoy est une prison mentale. Le mot décrit exactement la situation. Mais comme d'habitude, je ne m'étendrai pas. Je ferai plutôt la chronique du pisse-dru. Merveilleux beaujolais nouveau qui m'a été servi dimanche dernier. Description : on fait le connaisseur, j'ai acheté un vin excellent. (C'est le même depuis dix ans d'ailleurs). C'est bon parce que c'est du st Emilion. Même s'il est à dix balles (argh...) Alors Vincent, dis-moi un peu ce que tu penses de ce vin. Keskeujdis, keskeujdis ? Soit je suis honnête et je fais un massacre, soit je me tais. -Me suis tu, évidemment- Pissons dru donc.(sic). Blanc en entrée servi chaud. Beaujolais ensuite servi frais. Et ça joue au connaisseur. Ah là là. Je laisse tomber le reste du repas, c'est trop pitoyable. Me concernant, je l'avoue, je n'y connais vraiment rien en vin. Je sais toutefois apprécier ce qui traîne dans mon verre. Pour ce qui est du beaujolais-st-Emilion, j'ai souffert.

 

29 décembre

13h47, décision de rupture d'amitié à durée indéterminé (peut-être définitive) avec Natacha. Le séisme provient d'elle, qui ne sait plus où elle en est en ce moment. La décision vient de moi, pensant que c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Je ne m'étendrai pas là dessus, ça faisait très longtemps que je m'y attendais. C'est évidemment un fait très minable. A ne pas rester simple, voilà où on en arrive. Toujours rester simple.

 

Départ à 16h45 de la mairie. Je chope le train en courant, de la chance quand même de ne pas l'avoir loupé. A Valenciennes, je profite d'un peu de temps pour prendre les billets pour Nice. Les horaires seront assez contraignants, mais ça ira quand même. Départ vers Metz à 17h30 et quelques. Arrivée sans problèmes, Hayange la nuit. Quelques instants encore et nous en profitons pour découvrir un tout petit peu cette ville, qui finalement nous est entièrement inconnue. Un peu de bouffe insipide.

Attente à la gare routière. Un type nous accueille, il est très sympathique, ce qui est rare pour tel lieu en telle heure.

 

30 décembre

Départ à 0h15 de Metz. Un molosse nous braille quelque chose en croate. Nora est là et me fait signe dans un sourire. C'est franchement étrange de voir que parmi deux cent trente mille salles gueules (Metz particulièrement), un sourire peut vraiment faire chaud au cour. Le bus est plein et la nuit s'avère difficile. Nous faisons semblant de dormir. En gros, une nuit glauque et atroce ! Au matin, les paysages sont monotones, sapins + sapins + sapins. Par contre, les montagnes en Autriche sont vraiment démentielles. Les contrastes sont étonnants, on se sent un peu écrasé. Voyager dans ce pays doit relever d'une autre organisation, on doit certainement y rechercher un idéal fort différent. Les tunnels sont incessants, et quelle longueur !

D'après ce que j'ai pu voir, le parcours semblerait être le suivant : Metz, Saarbrücken, Manheim, Stuttgart, Ulm, Augsburg, München, Salzburg, Villach, Klagenfurt, Kranj, Ljubljana, Trebnje, Krsko, Zagreb.

Les paysages en Slovénie sont ruraux et me plaisent. Ljubljana est une petite ville bordée de hlm semblant calmes et relativement bien entretenus. Dans le bus, nous conversons avec deux gars, ils nous donnent des renseignements (souvent de mauvaise foi) sur la Croatie. Saso, l'un des types, nous paye la première Karlovačko, aînée d'une grande lignée. Ensuite, il se tire vers Nova Gradiska. Nous partons ŕ la recherche de l'auberge, Petrinjska ulica. Nous trouvons trčs facilement, je le signale avec un peu de cynisme, parmi les skoda et les zastava ! La chambre est multitaguée et surchauffée. Mais bon, pour Zagreb, c'est pas trop mal. Au soir, nous faisons un tour dans la ville. Les gens attendent et jettent quelques pétards (?!). Repas dans une pizzeria en face de la cathédrale. Les gens mangent tôt. Ožujsko pivo pour changer.

 

31 décembre

Journée dédiée à la visite de Zagreb. Dans l'ordre, place du Ban Josip Jelačić. Mandusevac aussi. Cathédrale un peu derričre. Nous délirons avec la statue d'August Senoa. Il s'agit d'un type qui attend. Café rue Vlaska. Puis office du tourisme. Nous nous dirigeons alors vers le cimetičre. Grimpette du Kaptol. Le cimetičre est très joli. Nous passons devant la tombe de Petar Kupric, j'en reparlerai plus loin. Grounchage vers midi, avec le fromage étrange et le jambon 43k. Les gens nous matent et nous comprenons alors tout terminé que nous étions encore dans le cimetière (krüüü !)

Redescente dans Gornji Grad. Crkva Sv-Marka avec son toit patriotique, descente vers le funiculaire et photos avec Antun Gustav Matos. Un peu tagué et pas très causant comme type, en plus, ça fait dix ans qu'il refuse de quitter son banc, nous l'avons donc abandonné là sans regrets. Dans Donji Grad, nous cherchons un coin pour bouffer. Ilica de A à Z ou presque, incruste involontaire dans une soirée privée et finalement, hamburger dégueu place Belačić. Nous squattons un bar bruyant et fuyons. La soirée continue au Dubrovnik. Un peu moins bruyant et heureusement, sinon ça aurait été la galčre. Vers 10h45, nous sortons. Il y a un concert. Les pétards fusent de partout, ŕ tel point dčs fois qu'on en a du mal a respirer tellement ça pue la poudre. Dire qu'un million de pétards ont explosé, c'est en toute franchise un nombre qui ne me parait pas exagéré. Une tradition un peu incroyable ! Le concert est marrant. C'est rétro, ils s'amusent sur des tops du début des années 80, les starlettes sont particulièrement risibles. A un moment, la star locale est arrivée et nous avons été bousculés dans tous les sens. Avec un cierge, Nora a failli cramer la capuche d'une bonne femme. Elle a fait la gueule, pas Nora, la bonne femme bien sûr ! Il parait qu'il y avait un trou dans sa veste (...!). Le président a fait ses voeux, les pétards ont été lancés de partout, on en recevait, c'était peu rassurant, surtout au vu des mammouths qu'ils avaient ! Vers 0h15, nous décidons de retourner à l'auberge. Je m'accroche tant bien que mal à la capuche de Nora, une foule très dense à traverser. Nous revenons tranquillement par Tomislavov Trg, un gars complètement bourré marche en zigzaguant.

 

1er janvier

Départ à 10 heures vers Cricvenica. Le chauffeur est sympa. Le trajet dure 6 heures au lieu des trois comptées ! D'après ce qu'on a pu voir, le trajet était : Karlovac (très moche d'ailleurs), Vukovitica, Glavica, Fratnovici, Zdinova, Rim, Plesvica, Klanac, Severin. Dans cette dernière, le bus s'arrête, le temps de manger. Cette pause inattendue est très intéressante. Nous sommes dans la campagne montagnarde. Du bus d'ailleurs, nous avons pu voir des dépressions circulaires. Il s'agit très certainement de trous d'obus. Une dame nous a servi des sendvić (sandwiches) trčs particuliers (!!!!) et du petit lait subice miejlko. C'était un moment agréable. La suite du parcours : Noćile, Nadvusrik, Stubica, Hajdine, Presika, Vucinsi, Bunjevci, Skrad, Kupjak, Zelezina, Dedin, Delnice, Lokve, Rijeka, Kraljevica, Cricvenica. Pause d'une demi heure ŕ Rijeka. Nous prenons un café minusculement ridicule au Žabica.

Arrivée à 15h30 à Cricvenica. Nous recherchons un sobe, endroit où dormir chez l'habitant. Nous ne trouvons pas et d'ailleurs, au passage, une petite vieille adorable essaie vaguement de me piquer mon stylo ! Nous prenons un caf au Riboli et décidons de dormir à la belle, ce qui n'est pas pour rassurer Fanny.

Le soir, nous allons au resto. Le personnel se marre bien de notre très bel accent croate. C'est un bon moment que nous avons passé d'ailleurs. Pour ma part : soupe de poisson, steak à la Zagreb et frites. Comme vin, un basik (ou un nom qui y ressemble). Comme désert, un spiritueux délicieux : Kruskovac. Le dirlo du resto nous indique un hôtel où dormir, c'est à Selče, trois km plus loin. Nous prenons la route. Au bout de quelques minutes, une audi 80 s'arrête à notre hauteur, c'est le gars du resto, il désire nous conduire. Mouah ??? c'est vraiment sympa. A l'arrivée, il s'en va avec humilité, sans accepter un seul remerciement, étonnant. Là, le personnel de l'hôtel nous apprend que c'est 250k. Or nous n'avons pas cette somme... Et malgré mes paroles : ma pusti, we'll sleep on the beach, nous sommes accueillis. Argh, dans un 3 étoiles. La chambre est terrible et je suis un peu mal à l'aise. TV avec 15 chaînes... sans commentaires......... Nuit à Selče donc.

 

2 janvier

Départ à 10 heures vers Cricvenica. C'est urbain de partout. Nous faisons un petit dej au Riboli, kava sa slagom évidemment. Nous faisons quelques courses au Konzum du coin puis filons vers Dramalj. Là, squat dans les criques de karst. C'est un moment de détente qui fait du bien, Fanny et Nora en ont beaucoup profité je crois. Un peu plus tard dans la soirée, nous avons marché dans les dépierrements. Ce sont de toutes petites choses et finalement, c'est bien plus marquant qu'un monument.

Un café près d'une plage (bruyant et ils n'avaient même pas de velika karlovačko...) Nous décidons ensuite de dormir. Au bord de la mer. Nous devons bouger parce que la mer monte. Sous un arbre, nous devons bouger parce qu'il pleut. Sous un abri, nous devons bouger parce qu'une inondation se présente. Sous l'autre côté de l'abri et enfin ça va... Nuit agitée et humide donc !

La soirée est animée par l'humour de Fanny qui ne cesse de nous faire mourir de rire. Nous assistons ensuite à des rites de pré copulation puis des étranges méthodes de cannipissage.

 

3 janvier

Réveil fourbu. Départ vers Rijeka tout de suite (on a de la chance !). Café + café + café... La ville est très bruyante et peu agréable. A la fin de la journée, on en était arrivé à presque se taper dessus et parler d'enfer sur terre. Question tourisme, nous sommes passés devant une mini tour de Pise, des églises de partout. Halte à la poste aussi. Château de Tsrat et escalier construit par Petar, 500 marches.

En soirée, nous visitons le port, un beau bateau accosté. Puis nous squattons près de la mer. Nous cherchons un resto, du côté de ulica Ivana Zaica en premier puis une pizzeria derrière par la suite. Rijeka est une ville de deux cent mille habitants et n'a pas de restaurants. C'est étonnant.

Nous squattons devant Radio Rijeka en attendant deux heures, bouteille de Kruskovac à la main, nous avons vraiment l'apparence de clodos ! Au bout d'un moment, nous allons prendre un café au Korzo. Contrôle de flics (??) et bus jusqu'à Zagreb. Torché en 3 heures ce qui est un peu assommant question sommeil et décevant d'ailleurs.

 

4 janvier

Squat dans la gare de bus de Zagreb. Nous sommes des épaves. Fanny = epav-jedan. Moi = epav-dva. Nora = epav-tri. Je remarque qu'il y a un bus qui part pour Međugorje. Pour une autre fois peut-ętre. Mme pipi ŕ 3k.

Bus pour Paris peron 504. Il y a énormément de monde. Beaucoup de gens tentent de monter sans réservation. Le bus est plein. Une dame de Mostar s'installe près de nous. Elle est intéressante et nous parle plus particulièrement de la Bosnie.

 

5 janvier

Arrivée à Metz dans un état comateux. Nora quant à elle continue jusqu'à Paris. Attente méga longue dans la gare. Je suis crade. Train sans histoires jusqu'à Valenciennes. Là, attente de deux heures encore. Berlaimont trou du cul du monde (enfin) à 13h50. [Nora, t'es arrivée à quelle heure ?] 50 heures de bus. Je marque un nouveau défaut dans ma liste : j'aime faire faire des voyages en bus à mes amis !

Nous bouffons un peu et nuit de 19 heures pour ma part !

 

6 janvier

Désabonnement des mailing listes de souterrains. En fait, comme je l'avais dit, je commence l'application de ma résolution. J'attends avec impatience les paquets de coquillettes de Nora, (j'ai plus rien à bouffer). Bon d'accord, c'est pas vrai !

 

7 janvier

Départ au soir pour Nice, par le train, pour un entretien de motivation.

 

8 janvier

Arrivée à 10h37. Il fait beau. Je profite d'un peu de temps libre pour visiter la ville. Certains endroits ressemblent à Paris, d'autres au centre piétonnier de Grenoble. Dans tous les cas, c'est surtout le vieux Nice qui m'intéresse et si j'ai à habiter dans cette vile, il me paraît comme une évidence que ce sera là dedans, impossible ailleurs. Quelques tours donc dans les lieux mythiques : lycée Massena, poste place Wilson, librairie le lys rouge, cours Saleya, Brioche dorée de Nice étoile. Je retrouve tout comme dans les descriptions qui m'ont été faites. Mais c'est vide. Bref, je m'emmerde et tourne en rond lamentablement. Sur la plage, une mouette m'a chié dessus.

L'entretien quant à lui s'est bien déroulé. Cependant, j'ai eu affaire à une rude concurrence. De ce fait, je pense n'avoir que très peu de chances d'être pris. Quoi qu'il en soit, qui ne tente rien n'a rien, c'est une évidence. Je crois que je serai heureux d'être pris. On verra bien. Je fais comme si c'était un échec, comme ça, je ne serai pas déçu.

Retour fatigant. Dans le train, un caniche s'excite. J'arrive en retard au boulot, épuisé.

 

2001

 

 

1er janvier

Départ à 10 heures vers Cricvenica. Le chauffeur est sympa. Le trajet dure 6 heures au lieu des trois comptées ! D'après ce qu'on a pu voir, le trajet était : Karlovac (très moche d'ailleurs), Vukovitica, Glavica, Fratnovici, Zdinova, Rim, Plesvica, Klanac, Severin. Dans cette dernière, le bus s'arrête, le temps de manger. Cette pause inattendue est très intéressante. Nous sommes dans la campagne montagnarde. Du bus d'ailleurs, nous avons pu voir des dépressions circulaires. Il s'agit très certainement de trous d'obus. Une dame nous a servi des sendvic (sandwiches) très particuliers (!!!!) et du petit lait subice miejlko. C'était un moment agréable. La suite du parcours : Nocile, Nadvusrik, Stubica, Hajdine, Presika, Vucinsi, Bunjevci, Skrad, Kupjak, Zelezina, Dedin, Delnice, Lokve, Rijeka, Kraljevica, Cricvenica. Pause d'une demi heure à Rijeka. Nous prenons un café minusculement ridicule au Zabica.

Arrivée à 15h30 à Cricvenica. Nous recherchons un sobe, endroit où dormir chez l'habitant. Nous ne trouvons pas et d'ailleurs, au passage, une petite vieille adorable essaie vaguement de me piquer mon stylo ! Nous prenons un caf au Riboli et décidons de dormir à la belle, ce qui n'est pas pour rassurer Fanny.

Le soir, nous allons au resto. Le personnel se marre bien de notre très bel accent croate. C'est un bon moment que nous avons passé d'ailleurs. Pour ma part : soupe de poisson, steak à la Zagreb et frites. Comme vin, un basik (ou un nom qui y ressemble). Comme désert, un spiritueux délicieux : Kruskovac. Le dirlo du resto nous indique un hôtel où dormir, c'est à Selce, trois km plus loin. Nous prenons la route. Au bout de quelques minutes, une audi 80 s'arrête à notre hauteur, c'est le gars du resto, il désire nous conduire. Mouah ??? c'est vraiment sympa. A l'arrivée, il s'en va avec humilité, sans accepter un seul remerciement, étonnant. Là, le personnel de l'hôtel nous apprend que c'est 250k. Or nous n'avons pas cette somme... Et malgré mes paroles : ma pusti, we'll sleep on the beach, nous sommes accueillis. Argh, dans un 3 étoiles. La chambre est terrible et je suis un peu mal à l'aise. TV avec 15 chaînes... sans commentaires......... Nuit à Selce donc.

2 janvier

Départ à 10 heures vers Cricvenica. C'est urbain de partout. Nous faisons un petit dej au Riboli, kava sa slagom évidemment. Nous faisons quelques courses au Konzum du coin puis filons vers Dramalj. Là, squat dans les criques de karst. C'est un moment de détente qui fait du bien, Fanny et Nora en ont beaucoup profité je crois. Un peu plus tard dans la soirée, nous avons marché dans les épierrements. Ce sont de toutes petites choses et finalement, c'est bien plus marquant qu'un monument.

Un café près d'une plage (bruyant et ils n'avaient même pas de velika karlovačko...) Nous décidons ensuite de dormir. Au bord de la mer. Nous devons bouger parce que la mer monte. Sous un arbre, nous devons bouger parce qu'il pleut. Sous un abri, nous devons bouger parce qu'une inondation se présente. Sous l'autre côté de l'abri et enfin ça va... Nuit agitée et humide donc !

La soirée est animée par l'humour de Fanny qui ne cesse de nous faire mourir de rire. Nous assistons ensuite à des rites de pré copulation puis des étranges méthodes de cannipissage.

3 janvier

Réveil fourbu. Départ vers Rijeka tout de suite (on a de la chance !). Café + café + café... La ville est très bruyante et peu agréable. A la fin de la journée, on en était arrivé à presque se taper dessus et parler d'enfer sur terre. Question tourisme, nous sommes passés devant une mini tour de Pise, des églises de partout. Halte à la poste aussi. Château de Tsrat et escalier construit par Petar, 500 marches.

En soirée, nous visitons le port, un beau bateau accosté. Puis nous squattons près de la mer. Nous cherchons un resto, du côté de ulica Ivana Zaica en premier puis une pizzeria derrière par la suite. Rijeka est une ville de deux cent mille habitants et n'a pas de restaurants. C'est étonnant.

Nous squattons devant Radio Rijeka en attendant deux heures, bouteille de Kruskovac à la main, nous avons vraiment l'apparence de clodos ! Au bout d'un moment, nous allons prendre un café au Korzo. Contrôle de flics (??) et bus jusqu'à Zagreb. Torché en 3 heures ce qui est un peu assommant question sommeil et décevant d'ailleurs.

4 janvier

Squat dans la gare de bus de Zagreb. Nous sommes des épaves. Fanny = epav-jedan. Moi = epav-dva. Nora = epav-tri. Je remarque qu'il y a un bus qui part pour Medjugorje. Pour une autre fois peut-être. Mme pipi à 3k.

Bus pour Paris peron 504. Il y a énormément de monde. Beaucoup de gens tentent de monter sans réservation. Le bus est plein. Une dame de Mostar s'installe près de nous. Elle est intéressante et nous parle plus particulièrement de la Bosnie.

5 janvier

Arrivée à Metz dans un état comateux. Nora quant à elle continue jusqu'à Paris. Attente méga longue dans la gare. Je suis crade. Train sans histoires jusqu'à Valenciennes. Là, attente de deux heures encore. Berlaimont trou du cul du monde (enfin) à 13h50. 50 heures de bus. Je marque un nouveau défaut dans ma liste : j'aime faire faire des voyages en bus à mes amis !

Nous bouffons un peu et nuit de 19 heures pour ma part !

6 janvier

Désabonnement des mailing listes de souterrains. En fait, comme je l'avais dit, je commence l'application de ma résolution. J'attends avec impatience les paquets de coquillettes de Nora, (j'ai plus rien à bouffer). Bon d'accord, c'est pas vrai !

7 janvier

Départ au soir pour Nice, par le train, pour un entretien de motivation.

8 janvier

Arrivée à 10h37. Il fait beau. Je profite d'un peu de temps libre pour visiter la ville. Certains endroits ressemblent à Paris, d'autres au centre piétonnier de Grenoble. Dans tous les cas, c'est surtout le vieux Nice qui m'intéresse et si j'ai à habiter dans cette vile, il me paraît comme une évidence que ce sera là dedans, impossible ailleurs. Quelques tours donc dans les lieux mythiques : lycée Massena, poste place Wilson, librairie le lys rouge, cours Saleya, Brioche dorée de Nice étoile. Je retrouve tout comme dans les descriptions qui m'ont été faites. Mais c'est vide. Bref, je m'emmerde et tourne en rond lamentablement. Sur la plage, une mouette m'a chié dessus.

L'entretien quant à lui s'est bien déroulé. Cependant, j'ai eu affaire à une rude concurrence. De ce fait, je pense n'avoir que très peu de chances d'être pris. Quoi qu'il en soit, qui ne tente rien n'a rien, c'est une évidence. Je crois que je serai heureux d'être pris. On verra bien. Je fais comme si c'était un échec, comme ça, je ne serai pas déçu.

Retour fatigant. Dans le train, un caniche s'excite. J'arrive en retard au boulot, épuisé.

13 janvier

Difficile de caractériser mon état d'esprit en ce moment. Apparemment, les quelques personnes m'entourant sont complètement écourées. Il est vrai que j'ai de plus en plus tendance à me foutre de tout, à fuir la difficulté sans trop chercher à comprendre. On ne me reconnaît plus, moi qui était si opiniâtre à la tache - maintenant, je ne fais plus rien. Je ne veux plus stresser, je ne veux plus être pris dans un étau, je ne veux plus souffrir sentimentalement, je veux avoir la paix, ce dernier mot caractérise tout mes désirs. Est-ce une évolution normale, est-ce la mairie d'Aulnoy qui a réussi à venir à bout de ma résistance ? Cela ne m'intéresse même pas de savoir. Les événements se suivent et se ressemblent. Je marque les choses comme elles sont : hier soir, reprise d'amitié à durée indéterminée avec Natacha. J'exprime cela sans sentiment avec des mots froids, c'est aussi minable que la rupture d'il y a quinze jours. Entre temps, rien a changé, sinon quelques millimètres en plus vers le pire. Je ne m'investis absolument pas, je ne pense pas qu'elle l'ait encore remarqué et j'imagine que ça va encore barder. Peu importe. Oui vraiment peu importe tout ça. Ceux qui ne savent pas m'accueillir simplement se cassent la gueule. Je suis trop tout à la fois pour être acceptable. Le cour est un égout où coulent les effluents de l'âme déchirée. (Geoffrey Barton). Mes amis stables sont toujours les mêmes, je sais sur qui je peux compter. Natacha cherche trop l'impossible et me met sur un piédestal. Elle recherche un Vincent qu'elle a cru connaître. Elle perd son temps. Mais bon, il faut que je la ménage un peu.

Mon état d'esprit rejoint tout à fait l'ambiance de Django Reinhardt en ce moment. Je ne saurais dire s'il s'agit de Jazz ; à vrai dire, je ne sais même pas définir exactement ce qu'est du jazz. Quoi qu'il en soit, la musique de Reinhardt est calme, simple et agréable. Quelques guitares, un violon, une âme et le tour est joué. C'est reposant, ça évolue comme un papillon.

16 janvier

Départ à 20 heures pour un entretien de motivation à Megève. La route se roule et se déroule sans incident. Pause à 4 heures, aire de Michaille, non loin de Genève. 17 janvier. Reprise de la route à 8 heures 30. Arrivé à 9h30. Tout le long, j'ai eu la joie et le grand bonheur d'écouter radio QI-inférieur (soit autoroute fm, la seule que je captais...) Leur truc, c'est pas trop le grégorien... Par contre, ils m'ont fait analyser mon comportement routier. Il est vrai que je suis absolument atroce. D'une part, je roule le plus possible les grandes distances la nuit. D'autre part, je ne fais pas de pauses. Par exemple, l'aller dont je viens de parler, j'ai fait huit heures non stop. Les analystes routiers considèrent cela comme une infamie. Après explications, je comprends un peu et je vais peut-être changer mon comportement. Au moins faire des pauses de cinq minutes pour bouffer une connerie.

Entretien à 14 heures. Durée 55 minutes. C'est bien la première fois qu'on ne me lâche pas au bout de cinq minutes... Dans ce bled, je n'aurais pas vraiment de chef. En fait, il n'y aurait que le maire au dessus, avec obligation de résultat. C'est une méthode carrément atypique, je ne sais pas vraiment quoi en penser. Dehors sinon, c'est station de ski avec ambiance suisse. Du rupin aux quatre coins des rues. Bref, un boulot intéressant je pense, bien rémunéré et avec logement de fonction assez terrible. Toutefois, Megève, c'est pas New York...

Retour entamé à 15h30. Je prends les nationales tout du long (à cause de mon #&# d'interdit bancaire). Je merdouille à Macon (sortie des bureaux) et me perd une heure à Troyes. D'ailleurs, cette merdasse de ville est une horreur. Reims n'est indiqué sur aucun panneau, je le sais, j'ai fait toutes les rues. Quand on demande, les gens rigolent. Finalement, c'était une rue sans direction qu'il fallait prendre. Parmi les villes les plus laides de France, je rajoute donc Troyes. Laide moralement, les gens sont des enculés. Et mal foutue. Je n'y remettrai jamais les pieds, quitte à faire un détour de 50 bornes. La preuve en est que je ne suis pas complètement de mauvaise foi : à Reims, je ne suis pas planté pour trouver Maubeuge, nettement plus petite ville pourtant.

Problème dans l'Aisne. A 1 heure. Je me tape une gigantesque plaque de verglas (toute la route en fait). Je me retrouve dans l'herbe, le pneu avant droit un peu abîmé.

Arrivée à Berlaimont à 2h30. C'est tout blanc partout.


Gaël Diraison

 

19 janvier

Je suis recruté à Nice. C'est une bonne nouvelle.

20 janvier

Début de l'empaquetage des affaires dans les cartons. C'est une horreur absolue avec la poussière. Etant donné que je suis allergique, je m'étouffe, j'ai mal au nez comme c'est pas possible. Le déménagement s'avère d'avance compliqué et difficile. La maison subit une tornade blanche effroyable. 60 voire 80% doivent disparaître. Je fais ça maintenant parce que mes prochains week end promettent réellement d'être agités : au moins une descente sur Nice pour signer le contrat et trouver un logement. Faut voir aussi qu'il ne me reste plus que 23 jours...

 

21 janvier

Descente d'adieu dans les carrières du Nord. Les fourches - St Saulve.

La maison d'à côté est allumée, la mégère me voit passer avec mon casque. Et merde... A bien réfléchir, qu'est-ce que ça peut foutre finalement ? Le temps que les roussins arrivent, je serai au fond, ils seront bien les derniers à être capables de descendre ça. J'y vais donc.

L'accès est un ancien chevalement à moitié démantelé, il n'a plus ses molettes. Il faut faire un peu d'équilibrisme sur une barre triangulaire (15 cm de côté). J'ai eu quelques inquiétudes quant à ma descendance, mais au bout du compte, ça a été. La descente en elle même est chaude. Le puits fait entre quatre et cinq mètres de diamètre, il y a un échelon qui court presque jusqu'en bas, mais il est passablement pourri. Le haut n'est amarré qu'avec du fil de fer rouillé (et oui! C'était discret c'est sûr, mais y'avait rien de plus...), les raccords sont passablement branlants, deux échelons sont pétés, les armatures sont tellement rouillées que lorsque l'on met les mains dessus, des parties s'en vont. Bref, c'est une descente difficile. 45 mètres d'échelons au milieu des soutènements en bois complètement pourris. En bas, il manque deux mètres d'échelle, il faut sauter. C'est quand même la galère et j'avoue que j'arrive en bas complètement explosé.

La carrière en elle même n'est pas extraordinaire. On est dans le sénonien (inférieur comme une autre défunte carrière à St Saulve). La longueur développée est faible. 800 mètres pas plus, c'est certain. Par contre, l'équipement est étrange. Des rails sont posés, il y a les restes d'un wagonnet. Je ne comprends pas trop. En fait, cela m'évoque un certain nombre de questions sans réponses, des contradictions. Pourquoi avoir fait un puits si large ? Pourquoi avoir dressé un chevalement ? Pourquoi l'avoir installé sur une butte de cinq mètres ? Pourquoi avoir équipé cette carrière ? Pourquoi avoir installé pompes, crépines et tout le bataclan de pompage ? Est-ce une carrière récente ? Tout cela en contradiction avec le volume exploité qui est très faible. Je me demande si le creusement est récent dans l'hypothèse où il aurait été interrompu par une guerre. Le matériel en dessous me fait penser quelquefois à Vassens. Il y a un tag 1952 signé Angelo - Italia. On exploitait encore en 52 ? Là, franchement, je ne comprends plus très bien.

Mis à part ces interrogations, certains paysages valent quand même le coup. La carrière est équipée d'appareils de mesure de pression du ciel, des appareils très évolués d'ailleurs par rapport à Marly ou Valenciennes. Faut dire qu'il y a un nombre de fontis important, dont certains très impressionnants. Dix mètres, douze peut-être, et j'exagère pas... Les services des carrières n'ont pas l'air inquiets... Je me demande comment ils descendent là dedans, il n'y a pas d'autre puits. En rappel ? Comment ont-ils fait pour monter les appareillages en haut du chevalement ?

Remontée. Plus facile que la descente, parce que l'on voit mieux les obstacles. C'est long tout de même. Il pleut à verse (bonjour l'angoisse pour les photos du puits). Retour sans encombres.

A la maison, je nettoie mes appareils photo. Avec l'humidité, il y avait un cheveu collé sur l'objectif 24. J'ai cru qu'il était fêlé. J'avoue que sur le moment, j'ai pété un câble.

Dans la nuit, sept cauchemars à la suite d'accidents de voiture. Contrecoup de Megève ?

 

24 janvier

Plumitif seconde zone reggaeman cheveux longs pas coiffés gueule de merde pas rasée yeux fermés cannabis danse comme un couillon en gênant tout le monde dans le train bourré. Gogoleman parle : ah ouais quoi t'sais, vachement cool t'sais quoi à donf quoi. Ensuite, plumitif me parle. Erreur à ne pas faire. Cela faisait un bon quart d'heure que l'exaspération grognait sourdement. Ma rhétorique était prête, je me suis délecté à le descendre. En quelques mots, je lui ai expliqué ceci : entre nous, il y a une ligne de démarcation, sa parole l'a franchie. Une pléthore qui l'a laissé douteux, je crois qu'il n'a pas très bien compris. Mon habillage me différencie de ces merdes, ma parole et ma dignité également. Ce sont des paroles qui dénotent un important changement d'état d'esprit par rapport à ce que je pouvais raconter il y a quelque temps. Soit, je n'en suis pas mécontent. Cette nuit d'ailleurs, j'ai encore rêvé de chez Angelina. Il y avait plusieurs personnes, je ne sais plus dire qui. Les pâtisseries étaient excellentes (et légères, ce qui est une belle contradiction). Le décor somptueux. Mes désirs de délicatesse s'imagent en cela en ce moment.

Ce matin, dix minutes de retard au train de 7h34. En attendant, trois trains de marchandises sont passés, chargés à craquer d'acier sous toutes ses formes. Qu'on ne vienne pas me dire que c'est une région ravagée économiquement. Ce n'est plus ce que c'était, c'est certain. Toutefois, en ce qui concerne le secteur secondaire, c'est une région de pointe, avec la Lorraine et le coin de Fos/mer. Les gens du Nord ont souvent des tronches de ravagés, c'est vrai malgré tout.

Coups de téléphone hier pour le déménagement. Par déménageur, je devrais cracher 10KF. En location d'utilitaire, ça me reviendrait à 8KF. Catastrophe donc. J'ai calculé que quel que soit le mode utilisé, ceux la exclus, mon mètre cube doit avoir une valeur minimale de 1,5KF, sinon ça me coûte moins cher de racheter sur place. Bref, ça fait du gros ménage. Jusqu'au lit que je ne déménagerai pas. La poussière m'explose. C'est ça la vie. Pour l'instant, je suis à 4 mètres cube. Je ne devrai pas dépasser les huit. Mon père lui, aurait foutu les livres au bûcher. Très drôle.


Nice, un soir Rue Masséna - un échange de caligraphie

28 janvier

Départ au matin pour Fumay, en passant par la Belgique. But : faire les photos des lieux de " un après midi de chair ". A l'aller, arrêt à Givet. C'est une ville industrielle complètement entourée de zones rurales magnifiques. Le contraste n'est pas très choquant. C'est même bien, cela fait respirer la ville. Pause dans une boulangerie-salon de th&e