Vincent Duseigne ~ Journal intime des catacombes ~ 1989 à 2004

2004

tchorski

3 janvier

Week-end calme à préparer le futur voyage de cette année. La Russie étant perdue et complètement perdue (comme d'habitude), le choix se fait difficile. Des trente et quelques destinations qui me passionnaient, il en reste actuellement quatre. Au revoir la Terre de Feu, au revoir le Kirghizstan, au revoir la Kamtchatka, Au revoir Kabarovzskii... A chaque fois, un obstacle s'est fait sentir, surtout financier à vrai dire... Bref, c'est pas demain que j'irai en Novy Zemlya, ce n'est pas demain que j'irai à Kemerovo.
Restent le Pérou, le Mexique, le Laos, la Bosnie. Très dur de choisir. A la bibliothèque, j'ai encore pris une fournée de livre et articles sur ces destinations. J'espère que j'y verrai plus clair d'ici une semaine, ça donnera de l'espoir.

En parlant d'espoir, on ne peut pas dire que ce soit le beau fixe en ce moment. J'ère étrangement dans une mélancolie peu constructive, à la limite d'approcher la détresse. Ce que je ne comprends pas, c'est que je suis toujours comme ça, quoi qu'il se passe. Un moral constamment déconfit, une attitude de renfermement, de prostration, un refuge dans la solitude. Qu'est-ce qui m'amène à avoir ces comportements de déviation ? Est-ce parce que je n'ai pas ammené ma vie là où je voudrais qu'elle soit ? Ma foi, je crois que ce sera toujours le cas, il y a l'être de rêve et l'être réel. En fait, je n'ai pas confiance en moi, rien n'y change. Jeudi dernier, on me disait que je marchais en regardant mes pieds. Hey quoi, je ne vais pas marcher la tête haute non plus ! Je n'arrive pas à être fier de moi. Par la suite, on me fait comrendre que je raconte n'importe quoi, que je babille ces inépties pour que l'on s'occupe de moi. Or, rien ne m'est plus détestable que l'on vienne s'occuper de mon âme. Ca me fait mal parce que je me sens nul. En résulte un décalage. Il y a deux répertoires, l'être de façade qui ne dit rien, l'être paumé qui ne dit rien non plus. Je ne parlerais même plus de frustrations, je crois que tout ce mêli-mêlo est devenu trop habituel pour qu'on y prête véritablement attention. Il n'y a que dans l'art que j'arrive à m'exprimer pleinement. Je peux dessiner des horreurs sans que ce soit interprété comme un appel à l'aide (l'aide, ce que je fuis comme la pire des douleurs). Dernièrement, je me suis mis à la couleur. Beaucoup plus difficile techniquement, ce qui me charme, c'est que je vais pouvoir dessiner un peu plus de paysages hivernaux la nuit. Reste à apprendre, comme je l'ai fait pour le noir et blanc...

4 janvier

Quelques minutes à réfléchir sur "L'encagée", un récit sur lequel j'espère pouvoir me lancer d'ici quelques semaines. Durant les vacances chez les parents, j'ai terminé "X" qui est un échec absolu. Des 300 et quelques pages rédigées, c'est à peine si j'en ai gardé 20. Je ne sais même pas pourquoi je n'ai pas tout détruit. Je me suis imposé beaucoup trop de contraintes de formes, ce qui a complètement bridé l'imagination. Aujourd'hui, ça fait encore mal car j'ai des difficultés à entamer les lignes constructrices de "L'encagée". Mais le futur récit se trame tout à fait différement. Là, je ne suis plus seul et la motivation est grande. Il y a un partage.

Le 19 janvier aura lieu une descente sous terre tout à fait exceptionnelle à Vedrin, une mine souterraine polymétallique à Namur. J'attends cela avec impatience. En fait, j'ai rompu avec ma traditionnelle activité en souterrains parce que je n'en pouvais plus d'être constament débordé. Mes visites souterraines seront de ce fait un peu plus rares mais plus constructives. Rien qu'en retirant déjà trois heures de courrier par jour, on se sent revivre. J'avais envie de rompre ce quotidien parce que je me sentais m'enfoncer dans un schéma de vie de moins en moins tenable, ne serait-ce que de voir comme étaient critiquées mes préparations. Je prenais un temps fou à organiser des descentes, on venait encore me dire que ce n'était pas assez. Etudier les mines souterraines me plaît, mais je n'ai pas vraiement envie d'y sacrifier toute ma vie... "L'encagée" est un récit de libération avant de décrire l'enfermement.

5 janvier

Reprise du rythme de dingue. Je tiens à peine debout.
Plus que jamais, ce quotidien me donne envie de tout claquer. Mais de ma vie, je n'ai fait que ça d'apporter du chaos. Chercher une ligne directrice qui tient la route, c'est perdre son temps. Je sais que je dois tenir bon, même si c'est vraiment difficile en ce moment.

6 janvier

Des nouvelles d'Inna Belousova dans la mailbox, voilà un courrier bien surprenant. Après des années d'attachement à la steppe, cela devient comme la réminiscence d'une blessure. Encore une fois, bien peu pourront comprendre que je puisse m'attacher à un paysage de Novokuznietsk. Oui c'est froid, oui les pistes sont défoncées, oui le climat n'est pas au soleil de Cancun. Mais il y a cette vision de la vraie Russie qui ne me lâche pas une seconde. Au Kuzbass bien plus qu'à Sakhalinskiy, qu'à Kazbarovskiy, il y a cette ambiance d'apaisement que je recherche tant.

Cette nuit, je n'arrivais pas à dormir. C'est la deuxième nuit de suite, je crois que c'est parce que je suis perturbé par un échec survenu la semaine dernière. Je m'amusais à jouer mentalement deux chansons les plus différentes possible en même temps. Il s'agissait d'une Variation Goldberg et d'un titre de Massive Attack. L'esprit peine à ce travail, tendant systématiquement à donner priorité à l'un des deux morceaux, mais ça marche au bout de quelques minutes de concentration. Faire la même chose mais avec la Variation Goldberg à l'envers est déjà nettement plus difficile. Oui, c'est long de ne pas dormir à 3h30 ! Durant cette nuit, je me suis dit que si j'arrivais à libérer assez de temps dans les semaines à venir, je me mettrai à apprendre le russe de manière un peu plus conséquente.

8 janvier

Ouh là là, je suis en mauvais état. Il faut dire que les charges de travail se sont multipliées de toutes part de manière un peu anarchique. Heureusement, ça va sur la fin et je vais à nouveau retrouver un peu de paix. Enfin, je dis ça alors que je sais impertinement que je ne trouverai pas la paix de l'âme...

La nouveauté la plus intéressante, c'est l'achèvement d'un boulot terrifiant de collecte de cartes topographiques. J'ai réussi à amonceler un peu moins de 57000 cartes, dont toute la Russie, l'Asie Centrale et les pays de l'Est Européen. Sérieusement, ça fait rêver. Ne serait-ce que de regarder une carte du Népal, de voir des montagnes partout partout, avec au milieu juste une seule petite maison... Euh, les questionnements affluent et la réponse est claire, qu'est-ce que je fous là ?!
Les cartes de l'Afghanistan sont des véritables oeuvres d'art. Il m'apparait de plus en plus nettement que ce sera l'une des prochaines destinations. Les couleurs sont alléchantes, les collines et les paysages vallonnés très attirants, la culture empreinte d'une grande richesse spirituelle. Certes, on peut se dire que c'est une destination sordide. Honnêtement, je pense que oui. Il va falloir attendre au moins 5 ans pour que la population sorte un peu de la douleur...
De toutes ces cartes, je suis en train de dresser un inventaire. Je suis impatient de les partager, d'en faire profiter. Un mélange de raretés et de bonheur.

J'ai appris qu'Inna viendra habiter à Paris l'année prochaine. Euh... De Kemerovo, ça va lui faire un sacré changement quand même, j'espère qu'elle ne sera pas choquée par l'environnement agressif de la France. Les jours passant, je suis totalement dégoûté du portrait que j'ai fait d'elle, vraiment un résultat lamentable. C'est rare que j'aie une telle réaction de rejet par rapport à un dessin. Le week end prochain sera en tout cas une occasion de surpassement question crayons et peinture. Il le faudra bien puisque je vais travailler au design du journal intime 'Pure Soul' et que sincèrement, j'ai pas envie de faire de la merde. Je pense que je vais me lâcher sur un esprit Dark Fantasy. Ce sera de la couleur, c'est indispensable. Evidemment, ce sera plus dur mais le défi en vaut la peine...

tchorski
Long apprentissage du russe...

9 janvier

Le quotidien est tellement chargé, je n'ai même plus le temps de déprimer. On va dire un truc, c'est qu'il y a au moins ça de bien. Oui je cherche à positiver, tant je me sens mal dans les baskets ^_^

Aujourd'hui, j'apprends par hasard que Zhang Di a gagné le concours de laideur, le premier prix étant 10000 dollars de chirurgie esthétique. La photo dans le journal montre un profil de chinoise normale, même pas moche en fait. Enfin, ça dépend évidemment des goûts mais je ne vois pas sérieusement ce que cette femme a à se reprocher de manière aussi brutale. Ca illustre bien la vacuité de ce monde. On s'acharne sur l'apparence alors que dans le coeur, tout est vide. On adule des personnages artificiels, on met en valeur des esthétismes de plastique. Comment s'étonner ensuite que les idéaux des gens se portent vers des notions comme ça, lorsqu'on leur bourre le crâne à longueur de journée avec des modèles anorexiques. Je trouve ça un peu désespérant.

11 janvier

Que d'heures passées à vider la cave, c'est pénible. Une canalisation des égouts s'est rompue, il y a des milliers de litres envahissant le local et dégageant une odeur nauséabonde. Autrement dit, ce fut par dizaines de poubelles que l'eau est sortie. Et encore, c'est peine perdue puisque ça continue à couler. Un maçon vient mardi. Il sera grandement temps parce que l'odeur est glauque.

A part ça, au moins une réjouissance, la découverte des travaux de Jean-Pierre Gibrat, avec "Le vol du corbeau". C'est une bande dessinée très soignée dont le scénario est passionnant, la fuite d'une résistante face aux allemands dans une France molle et collaborante. En fait, on se sent pris par l'ambiance à cause de la qualité du dessin. Il me semble que ce sont des aquarelles, mais avec des crayons seulement, pas de peinture (ce n'est qu'une supposition). Une fois le crayonné terminé, on passe un peu d'eau dessus, ça donne un résultat aux couleurs chaudes et réalistes. En plus, les personnages sont touchants, dans un univers tout en pudeur. Un grand bravo à cet auteur. Il n'y a pas besoin de fil à plomb pour savoir que cet homme est droit ;-)

Parlant dessin, je suis toujours aussi emballé par les travaux de Charlène (Cha) et Laurel (une autre dessinatrice). Cha, son site a été refait pratiquement entièrement et c'est un florilège de couleurs et d'idées. Je me demande bien combien de temps elle passe là dessus. Il faudrait quand même que je lui fasse un crayonné un jour ou l'autre...

Dernièrement, j'ai mis la patate pour les dessins d'Isabelle et son site Puresoul. J'ai fait deux personnages portant sur leur bras un rapace. Le premier est un cachemiri, le second un turc au regard pas facile. Les dessins en eux même ne sont pas nuls, mais je n'arrive pas à trouver quelque chose de correct pour les intégrer à son site. A chaque fois, ça fait comme un truc déposé là au hasard. J'ai toujours eu du mal avec les layout de sites. Je recommence 15 fois pour atteindre un résultat seulement moyen...
Sa page d'accueil est un paysage de mangrove. C'est une huile aux tons verts et noirs. Une ambiance marécageuse un peu mystérieuse (reflets dans l'eau, brouillard, silhouettes d'arbres morts). C'est en train de sécher.

12 janvier

Première heure du matin, tout le monde dort encore. Le programme est tellement chargé, je sais de manière évidente que je ne tiendrai pas. C'est strictement impossible. Je me demande ce que vont réserver ces heures à venir, puisque j'ai décidé d'arrêter de me pourrir la vie à tenter inéxorablement de rattraper le retard.

Il y a un moment où la fatigue est tellement omniprésente, tu ne sais même plus qui tu es ni comment tu t'appelles.

Au fait, comment je m'appelle ?

16 janvier

Les évènements actuels prennent vraiment l'allure d'une catastrophe. Au travail, je livre une guerre sans merci. Si je n'en suis pas le gagnant, il est certain que je n'en serai pas le perdant. Chronologiquement, le pire est arrivé mardi. Mon très cher patron m'a fait prester une journée de 12h15. Déjà que j'étais en retard (autant dans le travail qu'à la maison), le quotidien est devenu une impossibilité. La seule nuance, c'est que je ne cherche plus à rattraper, je laisse les choses s'écrouler avec cynisme. Je pense que je n'en ai plus pour longtemps dans cette entreprise. Les tortionnaires deviennent un peu trop pesants. Pour l'instant, je n'ai jamais révélé le nom de cette société, c'est à se demander encore quel honneur me fait tenir ça.

En attendant, je suis exténué. Le stress est tel que j'ai l'impression d'avoir des barres de fer plantées dans les épaules, le sommeil est ravagé, les ardoises de choses à faire absolument interminables. Mais bon, je me concentre sur ce qui me tient à coeur, tout le reste attendra ad vitam eternam. Ca fait des années que je m'écroule sous le manque de temps. Il était évident que lorsque j'allais taper dans ce problèmes, les réactions seraient vives. Je reçois des remarques acerbes, des critiques sur mes choix. Peu m'en importe, l'esclavage a été aboli depuis des siècles.

Dans la destruction mentale, je suis au désespoir de voir que je suis lent et que je ne retiens plus rien. J'ai l'impression d'être comme un serveur informatique qui rame. Je voulais me mettre au russe et je n'ai toujours pas pu y consacrer une seule heure. Ras le bol de ce décalage. Seule ma rupture niçoise était venue à bout de ce bordel, c'est à croire que je suis condamné au chaos. Je n'en parle plus car c'est bien là la millième fois que j'évoque le sujet. Je dois tenir le coup et continuer à saccager tout ce qui me pourrit la vie jour après jour. Et là une chose est claire, ma motivation est débordante.

Je parle tellement du manque de temps ce mois ci, je finis par complètement m'y perdre et devenir lamentable. Heureusement, un bon week end d'exploration va remonter le moral...

 

16 janvier

François est arrivé pile à l'heure à Bruxelles midi. Nous nous engageons dans un bon week-end d'explorations minières. Ca faisait vraiment longtemps que je n'étais pas descendu sous terre. Malgré la fatigue absolument omniprésente, ces quelques jours feront un bon bol d'air. En effet, je suis complètement asphyxié dans mon quotidien, je ne m'en sors plus. Heureusement, quelques descentes sous terre suffisent à remonter le moral.
J'apprends par hasard que l'exploitation de Warmifontaine est fermée parce qu'ils sont tombés sur de la dynamite dans les remblais de la chambre à vider. Ca c'est vraiment pas de chance, j'espère qu'ils sauront dépasser ce coup dur...

17 janvier

Journée aux ardoisières de Martelange. Nous passons 7 heures à se demander comment mettre la corde et où la faire glisser dans le puits, le tout dans une ambiance de bois bosniaque épineux, sous la pluie et dans le froid. L'ardoisière aura gardé son secret, malgré tous nos efforts, ce sera pour une autre fois.

18 janvier

Dans une classique aube de l'aurore, nous partons à Maastricht. La route se déroule sans ennuis particuliers et le paysage commence à devenir plaisant à partir de Lixhe. Nous passons devant l'immense cimenterie CBR puis arrivons enfin sur place à Lanaye.

La première exploitation que nous visiterons fait partie du groupe Tier des Vignes - Tier de Lanaye. Ce sont de multiples carrières creusées dans le tuffeau, dont les dimensions sont restreintes. L'intérêt majeur, c'est qu'ils en sortiaient du silex. C'est encore assez rare. Les ciels sont constellés de rognons pointus. Il est évident que le casque est le bienvenue, parce que sinon ce serait assez dangereux. Nous passons environ une heure à parcourir ces galeries esthétiques, rien de très original mais ça faisait longtemps que les plans de Michel Caubergs nous donnaient envie d'y aller...

Par la suite, nous visitons la carrière Lanaye inférieure (Ternaien Boven). C'est du déjà vu, sauf pour François, mais c'est toujours aussi agréable. Nous avons simplement parcouru en plus une partie de la zone ouest. Des glauques étaient en train de faire un jeu drole. Ils n'avaient pas l'air frais.

A midi, nous retrouvons Harald et Astrid, Evelyne et Cyrille. Nous montons à Caestert (Kaastert). Après pas mal de merdouillages (oui faut l'avouer) et un détour par le nullissime Kastelgroot, nous arrivons enfin à l'entrée. Astrid pensant être claustro nous lâchera là, emportant Harald à son destin. La visite de Caestert n'apportera pas d'énormes surprises car nous connaissons déjà une grande part de l'exploitation, mais ce sera l'occasion de fignoler les parties manquantes du puzzle. En effet, j'ai refait des photos de tous les graffitis anciens, dont le paysan zoophile. A quelques dizaines de mètres plus loin, nous trouverons de belles représentations de soldat taille nature, bicolore Sanguine Fusain.

Pour terminer cette journée, nous nous achèverons dans Lanaye Intermédiaire. Malgré les insistances de François, nous n'arriverons pas à faire croire à nos hôtes que nous sommes complètement perdus et proches de la mort. Evelyne a une confiance aveugle dans la raison inébranlable de Sandy.

Le retour à la maison se fait par un petit détour afin de passer devant Enci Maastricht, une cimenterie monumentale que François ne connaît pas. Maastricht n'a pas fini de nous révéler ses secrets.
Au soir, nous retrouverons Antonin frigorifié. Il nous a ramené un morceau de charbon de La Houve. Comme nous en discutions, nous allons nous liguer avec Brigitte Bardot afin de sauver les bébés phoques de la mine de La Houve. C'est un combat essentiel.

19 janvier

Aube de l'aurore, nous voilà partis pour la mine de Vedrin, réutilisée par la CIBE. Nous connaissions l'existence de ce site par les documents de Michel Caubergs et partiellement par l'écho des berlines. Nous retrouvons Benoît assez rapidement. Sur place, le temps est pluvieux, la visite dans la mine en sera de même, l'eau dégoulinant souvent des ciels.

Cette visite était coordonnée par Olivier. Nos guides seront Francis et Michel. Je tiens à les remercier vivement car leur accueil fut vraiment très chaleureux. Après quelques instants de préparations des lampes à acétylène et la visite du local de treuillage, nous irons au puits en deux groupes. Le chevalement est équipée de deux cages en équilibre. Quand l'une est au fond, l'autre est à la surface avec un mètre de décalage. Elles transportent deux tonnes mais ont la capacité d'en descendre quatorze fois plus. Cela est réalisé avec cette marge afin de garantir la sécurité. Malgré que ce sont des installations anciennes, le matériel est d'une propreté irréprochable, tout semble presque comme neuf.

Le puits en lui même fait 130 mètres. Un niveau intermédiaire situé à -80m est un peu moins utilisé. Au fond, nous arrivons dans une petite recette dont les voutes sont bétonnées. Le puits Saint Marc que nous avons utilisé est assez central dans la mine. Au matin, nous irons jusqu'au puits situé plus au sud. Le paysage minier est assez linéaire, suivant les filons de pyrite. C'est une alternace de passages au rocher et de transfert dans des zones entièrement bétonnées. Toutes les galeries sont équipées de voies de cinquante en fonctionnement. A noter que certaines voutes béton sont comme "bouffées". En effet, cette mine de plomb est très chargée en autres minéraux assez divers et des sulfures viennent ronger la stucture du béton. Du coup, cela donne beaucoup de travail de réhabilitation aux ouvriers CIBE ~ Savena.

L'intérêt majeur de cette mine, c'est l'aspect très esthétique des multiples concrétions de minéraux sur les murs et les voutes. Cela se décline en noir, marron, blanc, ocre, jaune, orange, rouge cerise, le tout dans un mélange extraordinaire de formes et d'aspects. J'espère que nous en aurons tiré de belles photos. Après un parcours de plusieurs kilomètres entre berlines et installations de pompage, nous remontons au jour pour manger. Nous sommes accueillis au réfectoire et nos hôtes partagent une très bonne soupe. Sous l'oeil vaillant de Sainte Barbe, ce repas fut agréable.

Début d'après midi, nous voilà partis pour visiter les deux ramifications de la partie nord de la mine. L'eau est toujours aussi omniprésente. Quelques trappes permettent d'avoir un regard sur des galeries d'anciens travaux. On y retrouve l'architecture typique des mines polymétallique, à savoir des parois très minéralisées accompagnées de boisages en trapeze. Autrement, ce qui choque en comparaison, c'est l'aspect de la mine entretenue par la CIBE. En fait, je n'ai jamais vu de galeries aussi propres, un travail d'entretien pointilleux est réalisé, surtout durant les hivers.

L'ensemble de la mine fait un peu moins de 5 kilomètres de développement. La partie centrale ressemble à un anneau. C'est un secteur éclairé car utilisé très fréquemment. Les extrémites de la mine ont un aspect nettement plus minéralisé car ce sont des endroits qui servent moins à la CIBE. En fait, ils n'ont que l'entretien de la concession à réaliser, mais ces zones là n'entrent en compte que pour la réserve d'eau, s'écoulant sous des milliers de dalles alignées (formant un petit canal souterrain dans la galerie).

De retour à la surface, nous visiterons le local de treuillage du deuxième chevalement. Juste après, Michel tentera de démarer le locotracteur, mais celui ci avait besoin d'un entretien pour repartir... Au magasin, Antonin verra de beaux piqueurs et je le sentais très tenté pour y faire ses courses ! Il faut dire que du matin au soir, ce fut une magnifique visite, entourée de gens passionnés et passionnants.

Le retour à la maison fut très pluvieux. L'humidité était omniprésente et cela a rendu les photos difficiles. Pour ma part, l'appareil photo a pris la douche, le flash a pris un bain. Heureusement que nous avons des appareils entièrement mécaniques, parce que sinon ce serait un vrai drame... Au soir, Raoul téléphone pour prendre des nouvelles. Somme toute un bon week-end d'exploration bien remontant.

20 janvier

François et Antonin dans le train que je prends pour aller au boulot, c'est assez comique. Sacs encombrant dans la masse de gens et discussions minières. On s'est fait remarquer...

21 janvier

De lourdes cernes noires sous les yeux, je n'attends plus qu'une chose, la fin de la semaine pour piquer un bon roupillon. Toujours le moral dans les chaussettes mais ça n'a aucune importance. Je me concentre sur les différents projets et même si c'est dur, j'y vais le coeur toujours aussi motivé. Je me suis pris une bonne claque parce que je voulais faire des dessins superbes pour Isabelle et je suis arrivé au point du flop. Il est probable que c'est un simple manque de professionnalisme, je n'en suis qu'aux balbutiements en dessin, aucun doute là dessus. Une seule chose à faire, continuer, apprendre, partager... C'est dommage car j'ai cette perpétuelle envie de faire plaisir avec mes portraits, mais cela demande une expérience que je n'ai pas. En quelque sorte, je promets des choses que je ne peux tenir...

En ce moment, les mails d'inconnus demandant des renseignements sur les souterrains du monde entier se multiplient de manière exponentielle. Peut-être me croient-ils dotés d'une force supérieure et d'une omniscience divine. Bien souvent, je suis sidéré par leurs écrits. On m'adule comme le Dieu des Souterrains et Des Antres de L'Enfer, or je suis à peine capable d'exaucer leur prières. Il doit y avoir un décalage d'image... Peut-être serait-il nécessaire que j'insiste sur le fait que je ne suis qu'un photographe de merde.

Bref, une période dans le décalage. Toujours aussi tout-ce-qu'on-veut-phobique, toujours aussi solitaire, triste comme une tombe abandonnée, on me croit forgé d'acier. Je me demande ce que deviennent mes amis d'antant. Je suis de toutes façons bien incapable d'être à la hauteur pour eux. Bien loin de l'abiance "crise de modestie", je crois simplement que je n'ai jamais acquis assez de ce qui fabrique les gens normaux. Je suis un pauvre anormal en dessous de presque tout...

 

22 janvier

On se moque de moi parce que je manque de temps, on ne me croit pas lorsque je dis que je suis épuisé. Oui c'est vrai que ces derniers temps, j'ai particulièrement adopté un ton pleurnichard, probablement en réaction à la situation. C'est fou de ne pas être compris à ce point, et surtout par les plus proches. Il en découle que je m'enfonce de plus en plus loin dans la solitude, je ne partage plus ce qui me tient à coeur, c'est à peine si j'évoque trois mots de mon quotidien. C'est une souffrance à rajouter au lot, mais cela n'a plus aucune importance. Quand on en arrive à des terrils de cette taille, on n'en compte plus le tonnage.

Face à cette situation, j'avoue être un peu excédé. Si c'est ainsi, on ne m'aura plus - soit-dit en passant, ce n'est pas une grosse perte. J'ai quitté la cataliste, j'en ferai de même pour tous les mails souterrains dont je suis assommé chaque jour. Les compte-rendus de descente, je ne suis pas prêt d'en renvoyer, les autorisations ne seront plus partagées aussi allègrement. C'est dommage d'en arriver là c'est certain. Malgré tout, je me dis que le décalage est trop flagrant entre la vie que je souhaite et ce que j'endure chaque jour... Je ne sais pas si cette énième tentative de rétablissement amènera du bon. Il est probable que oui.

De cauchemar en cauchemar, je navigue dans le stress et le retard perpétuel des choses à faire. C'est parce que j'en accepte trop. Cette nuit, c'était Mousty qui se noyait. Ce pauvre petit chat avait sauté dans la mer et coulait dans la panique. Ce n'est pas moi mais Sandy qui l'a sauvé. Ce matin, je l'ai caressé et il m'a mordu ! Ses frasques théâtrales afin d'avoir des croquettes étaient bien présentes. Un matin habituel. Tout va bien.

J'ai tenté un portrait de Cha et j'arrive finalement sur le visage d'une vieille mégère déplumée. Y'a pas à dire, j'ai encore du travail afin d'arriver à un beau résultat... Bon en attendant, j'ai au moins la satisfaction d'avoir fait une belle série de clichés sur l'usine abandonnée de Maintenon, je ne rate pas tout... Le mariage open flash coloré et brouillard rend très bien. Pour Cha, je recommencerai, comme d'habitude !

tchorski
Numéros de berlines - Lorraine

23 janvier

Un nouvel album d'Einstürzende Neubauten, c'est toujours une découverte passionnante. Ca me donne envie de faire ma page de lien sur le thème de Was ist die Befindlichkeit des Landes (le mal du pays). Au milieu, j'y mettrai un bon paysage de Novokuznetsk. Je sais que ça n'a rien à voir, quoique... Des fois, je me demande si je ne devrais pas faire un autoportrait avec le coeur exilé là bas dans ces paysages froids du Kuzbacc. Finalement, quand je regarde avec qui j'ai des contacts, beaucoup sont des exilés : Russie, Quebec, Pologne, Australie. Et puis moi même suis en exil, j'ai déserté la France par dégoût...

27 janvier

Hier soir, je me suis bien amusé à écouter Die Hamletmaschine. C'est une pièce de théâtre néo-punk, bizarroïde et inventive. Les moments où les héros meurent sont d'une intensité de déconstruction étouffante. Heiner Müller et Blixa Bargeld ont livré un travail d'une originalité qui interpelle. Bon je sais, j'ai dix ans de retard. Faut dire que je ne suis pas dans un milieu où l'émulation est forte. Hier, la journée était à la prise de tête avec mon patron. Les derniers bastions sont tombés et je suis maintenant entièrement dégoûté. Je suis aussi motivé qu'un éboueur devant faire sa tournée dans une cité HLM aux murs pourrissants. Qu'à cela ne tienne, c'est encore trop s'investir que d'en parler.

Hier encore, des questions m'étaient posées sur ce journal. Il prend de plus en plus de place dans l'esprit des gens qui me voient au travers de ces écrits avant de parler à une personne bien vivante. Une chose est claire d'office, je ne change pas la contenance des écrits si tout va mal. Je me fous éperdument de perdre mon lectorat. Ces lignes ne sont pas rédigées dans le but d'une reconnaissance quelconque. C'est complètement désintéressé, parce que je sais que d'une masse de textes de cette sorte, on ne sait rien en faire. Je suis lu même dans les pays les plus reculés auxquels je n'aurais jamais pensé (Iran, Arabie Saoudite, Corée du Nord). Et alors ? Qu'est-ce que ça peut faire ? On se perd tous plus ou moins dans les méandres de l'internet, non ?
J'ai beau être lu par des centaines, j'ai beau être entouré de gens toute la journée, je me sens seul. Ce n'est pas la complainte d'un boutonneux informaticien passant la journée dans le web bien évidemment, puisque cette solitude je l'ai recherchée. J'ai tracé ma vie comme un autisme. Les gens me voient me croient mais finalement, je mène une vie souterraine que personne ne connaît et c'est ça qui me fait survivre. Je pense que cela part d'un constat tout simple, je suis bien trop fragile pour réussir à partager ce qui me tient à coeur. C'est dommage je le conçois, mais je remarque bien que la plus petite des blessures prend une importance démesurée. La survie est à ce prix. Je me suis caché derrière moi pour qu'on ne me voit plus.

Concernant les souterrains, la période est à l'accalmie. J'aimerais partir loin dans des pays aux paysages inconnus. J'en ai ras le bol de voir les mêmes têtes tous les jours. Je sais que cette année sera intéressante (certainement plus que l'Estonie) mais je n'ai toujours pas mis la main sur la décision finale. Probablement d'ici quelques jours.

28 janvier

Un collègue me disait ce matin "Mais il n'y a aucune obligation pour un boss à être intelligent". Je trouve que ça a vraiment valeur de citation !

J'ai les pieds ici, mais en réalité je suis loin. Je suis dans les glaces venteuses de la Tchouchkokta. Hier, j'ai mis en application une nouvelle technique de dessin afin d'obtenir un hyper-réalisme digne de la photographie. Un type super fort là dedans m'a expliqué sa technique et c'est râlant. En fait, c'est beaucoup plus long que ce que je fais. Tu dois travailler le moindre détail millimètre par millimètre. Mais une fois que tu t'es cassé la tête à obtenir le contraste juste, le résultat vaut le détour, surtout les textures complexes comme les cheveux et les pulls. Là, j'ai attaqué un sujet assez bateau, mais si ça fonctionne, j'attaque un nouveau portrait de Chloé.

Mis à part ça, je viens de lancer une collection de chats. Je demande un peu partout à ce qu'on me dessine un matou. Un beau, un moche, un matou-grosso, un chat d'Iran (mais si possible dans le politique, pas un Chat-Vez), enfin bref, n'importe quoi tant que c'est personnel. Tout ça, je l'exposerai, ça fera plein de chats partout, meow :)

 

29 janvier

Il neige beaucoup. Le train avait du retard, Mousty a congé. Ca fait plusieurs semaines que l'activité est réduite et je suis quand même crevé. Du coup, je me demande si ce problème peut avoir une quelconque solution, puisque même quand je me mets à taper fort là dedans, rien ne change. Du coup, je pers espoir à la renaissance. Deux de tension pour un bon bout de temps encore ? Autant dire que si les privations ne donnent rien, je vais recommencer à prévoir des dizaines de voyages un peu partout. Quand je vois les masses de dégoûts qu'apportent ces privations... Chaque matin n'est qu'une idée, l'attente du soir afin d'en avoir fini. Aujourd'hui au travail, je serai débordé. Je ne prends pas (plus) sur mes heures supplémentaires pour tenir le coup. Si ce n'est pas aujourd'hui que ça explose, ça sera demain. Je m'en moque.

Dans les projets, il y a une visite de Umicore Calais qui parait intéressante, mais je ne sais pas si j'arriverai à la concrétiser, c'est quand même très loin. Autrement, je pensais ce matin qu'il faudrait quand même aller voir les champignonnières de Folx les Caves. C'est mythique comme souterrain. A cela pourrait s'ajouter les belles carrières de Géromont. En fin de compte, moi aussi suis encagé... Je rêve mais les réalisations sont difficiles à mettre en oeuvre.
Hier, je recevais une invitation pour Krasnoyarsk. Un truc de plus que je rêve de réaliser. Le seul truc qui m'ennuie dans mon attachement à la Russie, c'est le dossier Chechnya. Même s'il est évident que l'on ne peut donner une indépendance à un si petit territoire, rien ne peut justifier un tel amoncellement d'actes de barbarie. A la limite, qu'ils réclament un rattachement au Dagestan, ce serait encore compréhensible. En réalité, ça fait longtemps que cette zone du Caucase est instable. Les Russes ont toujours humilié ces peuplades, y compris la Géorgie (D'ailleurs, Chevarnadze a été démissionné par le gouvernement russe, c'était un coup monté). A Krasnoyarsk, il n'y a pas ces dégradations d'ambiances parce qu'il n'y a pas véritablement de minorités. On ne peut pas en dire de même pour Magadan ou Yakutsk. La Russie est un pays passionnant, mais depuis des décénies, presque un siècle d'ailleurs, la politique est douloureuse.

30 janvier

Aux manifestations, les mécontents devraient jeter des boules de neige aux gros méchants. Les flics feraient de la répartie avec des lance-flammes. Ils feraient fondre tous les bonhommes de neige en grêve de la faim. Comme répartie, les politicards mafieux tenteraient l'institution des radiateurs à chaque coin de rue. Enfin bon, y'aurait forcément un leader syndicaliste qui mettrait des cailloux dans les boules...

tchorski
Souvenir de Rimogne


2 février

Reçu il y a quelques instants de belles photos de Novokuznetsk. Ca fait toujours aussi chaud au coeur. Ce matin, j'oscille entre motivation débordante et exténuation, sensation de bien-être et stress non explicable. C'est un peu bizarre, je crois en fait que je ne me sens pas très bien, malgré les bonnes nouvelles qui tombent de partout.

En premier lieu, je suis heureux d'avoir retiré le logo de ce grand magazine sur la page d'accueil. Oui ça peut paraître plutôt étrange d'être content qu'on ne parle plus de mon journal, mais il me semble que j'ai visé un peu trop haut. De tout le mois où ça a duré, je me suis senti résolument trop petit. En quoi je mérite ce succès ? Je ne me sentais plus libre d'être nul comme je le suis actuellement, comme ayant un prix à payer pour la popularité, le devoir d'être exceptionnel. Bon évidemment, on peut en dire ce qu'on en veut... Quoi qu'il en soit, je l'ai vécu comme un décalage, presque comme un vol d'identité. Comme si j'avais fait semblant d'être bien, cachant par là même l'essence de mes textes qui est la description d'un quotidien assez plat (je ne suis pas de ces photographes globbe-trotters dont les parcours sont magnifiques). Peu en importe maintenant, je ne recommencerai pas, c'est tout.

Dans les bonnes nouvelles, à noter que je vais réaliser un bouquin avec Luc sur les souterrains de Belgique. Je vais me dépouiller pour que les résultats soient au top-niveau. Dans le même ordre d'idée, le paquet de photos pour Vedrin ne manque pas de qualité et j'espère qu'ils en seront contents. Il n'y a aucune raison pour que ce ne soit pas le cas, parce que les clichés sont authentiques et empreints de personnalité. Dimanche matin, je n'arrivais pas à dormir. Je rêvais de partir en Azerbaïdjan, comme ça n'importe comment sans aucune préparation, la semaine prochaine un matin au hasard. Bien évidemment, c'est vain comme idée. Mon régime contre l'activité débordante n'a pas ammené que du bon. Maintenant, je ne tiens plus en place, prêt à sacrifier mes rêves dans des n'importe quoi tant que c'est ailleurs. Le projet de Luc va m'occuper l'esprit quelques temps, car il reste de nombreux souterrains à parcourir avant mars-avril. Dès que je laisse un moindre semblant de liberté à mon neurone, ça tourne systématiquement à la vacuité.

 

3 février

De partout s'aggravent les conflits. Les solutions s'éloignent et l'explosion approche. Au travail, j'ai cessé de prendre sur moi et depuis une semaine, je les pousse à bout. Ils m'ont amené dans les derniers retranchements, donc maintenant ils ont le droit aux griffures. Il est hors de question que je me laisse encore écraser, fini ce temps. Je l'avais déjà dit, à moitié fait, mais cette fois ci j'ai réussi à les faire sortir de leurs gonds. C'est la première fois.

Du côté des visites souterraines, le futur s'annonce comme un carton. Des dizaines de projets renaissent, tous aussi palpitants. Passionné par la vie, y'a pas à dire c'est chouette de partager et faire partager dans ces conditions là. Ca permet de surmonter l'aspect pénible du quotidien.

 

4 février

Tout à l'heure dans le train, c'était bien. Il y avait une personne qui lisait Pennac et qui avec patience notait toutes sortes de citations. Il y a quelques semaines, c'était Noguez et ça paraissait comique. J'apprécie cette vague de fraîcheur dans l'étouffante ambiance des allers-retours de travailleurs. Tout le monde fait la gueule, maugréant du coltar le matin, cerné par la fatigue le soir (enfin soit-dit en passant, je peux causer avec ma tronche de tueur en série...) Je n'ai pas à juger des auteurs, mais ce petit carnet rempli d'écritures pas très droites et souvent raturées (ou ajournées), je trouve ça beau. Il y a un sentiment de bonheur là dedans, un peu comme un retour à l'enfance. Parce que finalement, écrire comme cela ne sert à rien : et pourtant c'est si utile et si beau. C'est un peu le genre d'objet qui ne vaut que des clous mais qui a une grande valeur à mes yeux, parce qu'il y a du temps passé, une empreinte de personnalité plus que marquée. Ce carnet, il a une couleur de "passé-longtemps-dans-le-sac", je suppose même quelques petites griffures sur la couverture ou une page vaguement écornée. Tout comme les pages de ces feuillets, ce que je dis ne sert à rien. C'est juste le témoignage d'un passage, quelques lignes pour quelqu'un que je ne reverrai probablement jamais. Et c'est pas grave... Merci d'être passée là, merci pour tout.
Quel est l'auteur au monde qui vous enseignera la beauté aussi bien qu'un regard de femme ? [William Shakespeare]


5 février

Parler d'amour, voilà un sujet dans lequel je ne saurai plus jamais m'épancher au travers de ces lignes. Les raisons en sont multiples, souvent plus floues les unes que les autres. Je crois simplement que c'est parce que je suis incapable de partager ce qui appelle au sentimental, l'impression en quelque sorte que c'est donner porte ouverte à la blessure, ou plutôt à l'éventualité de blessure. Piètre considération, peut-être juste cette impression d'être trop fragile pour pouvoir partager un seul mot partant du fond du coeur, ne sachant pas affronter ces choses qui représentent des banalités pour les autres. J'admire ces gens qui savent rayonner dans des textes magnifiques, empreints d'un emportement léger comme le vent. Moi je suis triste comme une pluie de février, une complaisance dans la mélancolie et le secret. Adolescent, j'étais habité par les poètes maudits, amoureux de leurs vers de noblesse à la mort et aux spectres. J'aimais ces tableaux noirs de paysages marins tourmentés, leur désespoir auquel je me rattachais comme un marin dans la tempête. Aujourd'hui, j'ai dérivé toute cette attirance dans l'amour des steppes et de la toundra, un attachement tout sauf dangereux, bien résigné à la platitude et l'écartement de tout ce qui pourrait faire mal. C'est pas courageux, bien entendu.

Je me sens plus à l'aise de parler de villes lointaines. Nombreux sont les noms qui me font rêver, Mostar, Nüük, Baku, Bishkek... Je reste des heures à parcourir des cartes, à fantasmer sur un pic acéré aux confins du monde, le Mont Kalar par exemple. Pour la plupart des gens, ça ne veux pas dire grand chose, ce sont des lieux glauques au milieu de rien ou presque. Mais bon, je suis un pas grand chose qui me retrouve avec plaisir dans des endroits qui ne veulent rien dire ou presque... L'amour, ce n'est pas que ça me soit étranger, mais c'est enfoui si loin en moi, j'ai le sentiment que c'est creuser des heures à grande peine et presque à grande perte. Je ne me sens pas bien par rapport à ça. Je voudrais être passionnant et je ne suis pas...

6 février

Hier, quelques heures à regarder les cartes topographiques de Chabarovsk. La première est toute verte, que de la forêt. Ah... Oui, passionnant. La seconde pareille, la soixante septième pareille. Bon, on a vu mieux comme topo ! Ce fut quand même l'occasion de m'exercer en prononciation sur des mots atroces, dont les terminaisons sont en rkpv. On prononce comment une telle horreur?! Les photos de cette ville sont attrayantes, surtout les cheveux d'ange du Fleuve Amur, constellés de milliers de petites mares bordées de joncs. Vivement que les procédures sur les visas russes s'allègent. Ce sera plus facile pour bouger, et surtout beaucoup moins coûteux.

Ce week-end, j'entame un autre portrait de Cha pour son Rabicoin. Si ça plaît bien, j'irai attaquer ceux de Laurel et Melaka. J'ai essayé de savoir qui était l'auteur de l'épiblogue, mais je n'ai pas réussi à trouver - apparemment une rédactrice d'un journal à la mode. Je voulais en citer une phrase : J'ai découvert l'univers inquiétant du diarisme en lisant, de façon non moins inquiétante un article dans Biba. La pigiste m'avait prévenue : c'est comme une drogue. C'est débile, révoltant, cru, et pourtant je suis quasiment quotidiennement les épisodes de la vie de (...) suit une longue citation de diaristes.
Par rapport à cette découverte, je voudrais dire que finalement, j'ai aussi succombé à la drogue. Il y a quelques années, j'étais haineux par rapport à tout journal intime, probablement à cause du regroupement de Diaristes CEV dont l'ambiance était atroce. Aujourd'hui, je suis quotidiennement chez Zero5 et leurs journaux, me voilà même en train d'espérer leur faire des dessins plaisant. Y'a une expression qui dit qu'il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis.

tchorski
Une signalétique à la mine Saint Michel

8 février

Encore un week-end entier passé à dessiner. Dès fois, je me dis que c'est un peu excessif, mais bon je n'ai pas vraiment envie de faire autre chose. Surtout quand je pense à la semaine d'enfer qui va recommencer, non vraiment je n'ai pas le souhait de retrouver mes chers collègues. La plaisanterie a assez duré et je recherche du travail ailleurs sérieusement.

Dans les dessins, celui pour Melaka est particulièrement glauque. Le visage de l'éléphant est déplaisant, on dirait un personnage vicieux et hautain. Peut-être est-ce le juste reflet de cette période peu amusante ? Peut-être est-ce le contrecoup de la mauvaise nouvelle de ce week-end ? Quoi qu'il en soit, j'ai vu le portrait dériver au fur et à mesure des lignes, c'est devenu de pire en pire.

Que ce soit en dessin comme en desseins, je suis en forte évolution. C'est bien la première fois que je cherche à changer le quotidien de manière suivie. C'est me semble t'il positif. Malgré tout, je n'ai pas changé les problèmes de personnalité. Quel que soit le domaine, je m'assume mal. Pour certains, c'est pénible, d'autres ne le remarquent pas. Afin de ne pas déranger les gens avec ma faiblesse, j'ai enfermé mon existence dans un espèce de mutisme. Au moins, je n'embête plus personne mais en attendant, c'est presque le silence tout le temps. Ce qui est certain, c'est que ça ne me dérange pas et c'est déjà ça de sauvé. Je suppose que les proches prendront ça comme une frasque de plus. Ce n'est pas grave, il n'y a rien de malsain dans tout cela.
Finalement, ma vie est une écriture d'autiste. Un peu partout, je dissémine des milliers de lignes, sans réclamer quoi que ce soit. Un long travail dans le rêve et la projection. C'est ce qui me fait survivre.


11 février

Ca y est, c'est décidé, ce sera la Bosnie et la Serbie. Cette "année Balkans" me fait déjà rêver, ça faisait des années que les paysages de Moštar m'envoûtaient. Prise de contact très sympa avec Nada Djurovic, ça promet de bons moments.

Mon serveur cartographique avance et ça me réjouit vraiment beaucoup. Je vais faire une carte du monde décrivant les zones que je couvre, ainsi ce sera plus facile à partager. Maintenant, j'ai l'Inde et les deux Corées en cinquante millième. Cet atlas gigantesque que je constitue a une grande valeur car ce sont des informations difficiles à collecter, j'ai vraiment eu de la chance de partager les ressources et le travail des universitaires de Berkeley. J'espère que tout cela facilitera les voyages de quelques globe-trotters...

Je ne peux m'empêcher de reprendre une citation, car elle me touche assez profondément.
Le mal-être est un choix. On choisit de ne pas se contenter d'une vie qui n'est pas parfaite. On se croit au dessus du quotidien, on se veut grandiose et héroïque. On n'est qu'humain, il faut s'y faire. (...) La vie n'est pas une course, la vie n'est pas un combat. La vie est, et on en fait ce qu'on veut. Il se place une barre impossible à atteindre, mais tant qu'il n'y sera pas, il ne pourra pas être bien. Il ne se rend pas compte qu'il n'a pas besoin de la barre, qu'il n'est pas obligé d'en avoir une.

Je réagis avec vivacité par rapport à ces propos car outre le fait que je me sens un peu concerné d'un point de vue théorique (ce n'était pas rédigé sur mon compte), j'ai l'impression que la seule paix retrouvée sera atteinte en parcourant les chemins de la contre-offensive.

Le mal-être est un choix, au moins du point de vue psychologique (je suppose que l'expression ne visait pas à caractériser les hordes d'enfants indiens tissant des tapis 14 heures par jour pour trois roupies). Ne pas se contenter d'une vie imparfaite est également un choix, et sur ce point, je défendrai bec et ongles ceux qui ont choisi cette voie. Le perfectionnisme est un mode de vie difficile car c'est évidement viser point impossible à atteindre. Du coup, les perfectionnistes sont constamment déprimés par ce qu'ils font : rien ne va comme ils le veulent, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. En contrepartie, mis à part si l'on est un génie, la seule manière de produire un travail de qualité, c'est de placer la barre très haut et de s'acharner à la qualité, l'évolution positive. Cet objectif produit l'effet d'un aimant : on a tellement envie de dépasser, de surpasser, ça aide à monter plus haut. Il y a besoin d'une barre, sans objectif et sans défi, on reste une moule.

A cela, on pourrait très bien me répliquer : bein oui mais c'est très bien d'être une moule, pourquoi s'acharner à produire ? Pour la célébrité, pour chatouiller son ego ?
Ma réaction est violente car les quelques lignes de citations tendent à justifier un état de moule et à critiquer les acharnés. Est moule qui le veut, je m'en fous. Malgré tout, je suis plus attiré par les acharnés parce que je ressens leur existence avec force, j'ai l'impression qu'ils vivent à fond. Quand je plonge dans le travail d'un gars extraordinaire, je me sens propulsé, ça me donne du courage, du bonheur. Travailler comme un dingue pour la célébrité, oui c'est du chatouillage d'ego. Par contre, quand le parcours de vie est entièrement dédié au partage, à l'envie de travailler des sols fertiles parce que c'est beau, là je ne comprends plus la critique. Je ne passerai pas du temps à citer des personnages fantastiques, ce n'est pas difficile à trouver et de plus, chacun a sa sensibilité dans ce domaine.

La vie est un combat parce qu'il n'y a pas un jour où on ne trouve pas la paix. Le travail, le métro, les voisins, le chien qui ne mange pas sa pâtée... Il y a des combats dont on se passerait bien, il y a des combats nobles. Même si je me sais condamné à la déprime perpétuelle par rapport à mon cheminement artistique, je ne lâcherai pas. C'est ce qui justifie mon existence, parce que j'ai envie de produire du beau, de partager et de rendre les gens heureux. Probablement simpliste comme point de vue. Je ne le nie pas, tout comme je ne viendrai pas contre-argumenter si on me dit que je suis simplet dans mes points de vue.

On n'est qu'humain, c'est vrai que c'est une catastrophe. Mais c'est nous aussi qui construisons le monde des humains. Même minuscules, nous avons un rôle. Etre moule, c'est accepter de se résoudre à la vie qu'on veut nous faire mener.

Je dirais que la déprime est une conséquence de faiblesse. Trop petit pour accepter les difficultés permanentes liées aux projets. Ce n'est pas grave si le but n'est jamais complètement atteint. Juste de temps en temps se remettre les pendules à l'heure avec la méthode CPG (C'est Pas Grave). Ce n'est pas grave si ça plante, si ce n'est pas parfait. Mais d'un autre côté, les détracteurs devraient donner un peu de tolérance, parce que ce sont ceux qui ont placé la barre en haut qui suivent le chemin le plus difficile.


12 février

Des fois, c'est à se dire que le web est vraiment petit. J'ai reçu une réponse de l'auteur de la citation d'hier, alors que je ne savais pas de qui il s'agissait. En fait, j'avais lu son texte dans un mail sans aucune autre information.

Comme je le disais hier, ce genre de sujet demande des corrections et des précisions. Il y a une évolution qui se fait à la lecture-écriture, et cela provoque des erreurs, la nécessité de revenir sur des phrases. Principalement, j'ajouterai que j'ai changé le contenu du texte à cause d'une troncature. L'auteur ne cherchait pas à justifier un état de moule et c'est ce que j'avais tendance à dire.

Autrement, il y a une incompréhension car ce que j'écrivais n'était pas l'évocation d'une tendance masochiste afin de me justifier au yeux des autres. Je ne cherche pas à "rendre le monde entier heureux sauf moi". Rendre heureux quelqu'un me comble mais il n'y a pas de processus d'auto-destruction afin d'essayer de justifier à soi-même un allocentrisme. Il y a une citation que je garde souvent à l'esprit, c'est que pour aimer/aider les autres, il faut avant tout s'aimer soi-même. Là c'est certain, il y a un blocage.

Je ne cherche pas à faire une psychanalyse dans ces lignes. Je crois simplement que ce qui m'a choqué dans le texte reçu par mail, c'est cette dose d'optimisme et de bonheur. C'est assez contradictoire et je crois d'ailleurs que je ne suis pas venu à bout des antagonismes. D'un certain côté, je me dis que j'ai tout pour être heureux au quotidien, je fais partie des populations les mieux loties du monde et je chie sur des détails alors que des milliards de gens n'ont pas accès à l'eau correctement, ce qui est le principe de base de la vie. N'empêche que je n'arrive pas à me contenter des jours qui passent. Chaque minute n'est qu'une idée, je voudrais atteindre un idéal de vie, de beauté, de contenu, de partage. On en revient directement à l'inaccessible étoile et c'est un discours qui tourne en rond. Quoi qu'il en soit, même si je n'arrive pas à accrocher sur le contenu de ce mail que je lis et relis décidément, je suis tout de même reconnaissant envers cette écriture car ce qui est rédigé là dedans est vrai, bien trop vrai. Ce qui bloque, c'est l'acceptation. Concevoir que c'est vrai est un pas, l'appliquer à sa vie est un autre. Or, je me sens pris dans un étau moralisateur par rapport à ce que j'ai choisi et ces lignes qui viennent bouleverser l'équilibre pris dans le déséquilibre. De manière évidente, choisir de défoncer la barre et ne plus y penser, c'est détruire tous les repères dans lesquels j'évolue. Je me sens déjà paumé comme ça, alors je ne me sens pas capable de franchir le pas.

Ce que les gens semblent ne pas réaliser assez clairement, c'est que même si je dégage une impression de force dans mon cheminement, je suis plutôt faible dans la réalité psychologique. Depuis bien longtemps, je n'accepte plus ce statut de faiblesse et je fais mon maximum afin de bâtir des bases solides. Mais je constate bien malheureusement que je ne tiens pas bien la route dès que la critique abonde. C'est très négatif car la critique aide souvent à aller de l'avant. Ce décalage d'image, je l'ai moi-même créé et j'en suis victime régulièrement. Lorsque la vraie image apparaît, les gens font des remarques, ils ne la vivent pas très bien. Je suis amorphe et lent. Tout ce que les gens comprennent en cinq secondes, il m'en faut le triple. Pareil pour les réalisations. Ils font en une heure ce que je fais en quatre. Au niveau réactionnel, j'ai tellement tout tué que je suis l'anesthésié de la citation. Dans les évènements, plus rien ne transparaît, surtout au niveau sentimental. On me reproche d'être inactif dans les décisions à prendre, de ne rien dire voire même rien penser. Ce n'est pas vrai mais je tempère tellement toute l'expression orale et gestuelle que ce qui sort n'a plus aucun goût. Les problèmes de confiance en soi ont généré de véritables peurs qui inhibent les paroles. La réaction simple serait de dire "mais pourquoi je suis aussi mauvais", mais c'est plus malsain que ça car je suis conscient des dérives et n'ai pas la volonté de les corriger.

Bref, ces quelques ligne auront généré pas mal de blabla. Ambiance le nez dans le moteur. Je ne crois pas que ce soit constructif ni intéressant parce que je ramène tout à mon compte, comme un égocentrique... J'en dis beaucoup pour pas grand chose, c'est de la perte de temps et d'énergie en quelque sorte.
Un des problèmes les plus essentiel, c'est le travail. Je suis dans la pub et l'internet. Je crois que là dedans, j'aurai vraiment eu une image exacte de la folie des hommes. C'est pas ad vitam eternam non plus... Je n'espère pas de changement immédiat. Je ne sais même pas si j'espère encore que quelque chose change. Des fois, je me dis que je ferais mieux de me taire avec mes idéaux à 2 dinars l'heure. La pente sur laquelle je glisse, c'est que je me fuis de moi même. C'est pas courageux et ça va faire mal en bas de la pente.


13 février

Vendredi 13, ahah ^.^ Mousty m'a laissé une moustache sur la table. C'est un porte bonheur.
Mon serveur cartographique avance bien. Le programme d'échange se poursuit sur les Alpes, l'Espagne, la Belgique et la Suisse. Le problème de stockage va se poser de plus en plus (ça occupe des dizaines et des dizaines de gigas). Peut-être avec de nombreux dvd ? On verra bien... Maintenant, je couvre à peu près 25% des terres émergées en 1/25000 ou 1/50000. Pas de doutes, ça fait rêver.

Hier soir, je regardais pour la seconde fois Elephant Man de David Lynch. A chaque fois, je suis très touché par ces images. C'est peut-être un peu stupide de dire ça mais je trouve qu'il a fait un travail d'une sensibilité remarquable. I am not an animal. I am a human being, I am a man...Tout ce que notre société refuse se retrouve ici, comme passé sous la loupe. La déformation n'est qu'un prétexte, on peut appliquer ça sans grandes erreurs à tout ce qui est cristallisé comme mauvais dans nos cultures urbaines européennes. Un grand film, toujours autant d'actualité.

tchorski
Monnaie mongole

15 février

Hier durant le repas, Mousty a fiat "Miow~~". Sandy me dit : tu veux que je traduise ce que ça veut dire ? Euh, bah oui dis moi... Ca signifie "J'ai fait caca" (sur un air glorieux et satisfait de soi). Hum, miam j'ai faim !

Ce week-end fut particulièrement désagréable. De minuit à une heure et demi, l'affreux chien du dessus a gueulé sa mère. Il n'y avait rien à faire pour le faire taire. Pareil pour la promenade du côté de la Gaillemarde, c'était infesté de gens et de clébards miteux et baveux (au moins autant de gens que de moustiques en Estonie au mois de juillet). Berk, infect ces saloperies. Du coup, ce fut une nuit parfaitement reposante et une ballade pleine de quiétude, idéal pour la réparation des troubles de l'humeur.

La discussion du chemin était sur l'idée suivante : nous sommes dans les populations les plus riches du monde et nous en voulons toujours plus. Nous en serons jamais quites, il faudra un peu plus de ci et plus de ça. C'était développé un peu comme un reproche parce que je me plaignais (comme d'habitude) de la présence des gens à chaque recoin de la forêt.
A ce titre, je voudrais quand même dire que mes rêves sont tout sauf matérialistes, et rien que pour ça, je trouve que la critique n'a pas trop de sens. Tout ce dont je rêve, c'est de m'écarter de la folie des hommes et retrouver un lieu de silence et de paix. Donc en gros ce qui me tient à coeur, ce sont de vastes espaces naturels sans humains, véritablement sans humains. Je suis laminé par la surpopulation de mon pays et mon lieu d'habitation. Quand je parle d'espaces naturels, c'est quelque chose qui n'existe plus en Belgique. J'évoque des endroits qui n'ont pas reçu la démolition de l'humain. Ces lieux les plus proches sont dans l'est de la Pologne ou dans le nord de l'Albanie, il n'y en a pas avant car l'Homme a foutu en l'air les écosystèmes absolument partout. Est-ce matérialiste comme rêve, est-ce criticable ?

En ce qui concerne les souhaits importants, il n'y a pratiquement que ça qui se tient et se maintient au fil des ans, une fuite de la folie du siècle. (Car je n'attends pas de voiture perfectionnée, je n'attends pas de possession de richesses inestimables, je n'attends pas une grande maison avec une barrière en fer forgé qui s'ouvre toute seule avec une télécommande). Ne serait-ce que mon cheminement, il n'est pas à contre courant de ce qui anime la masse de gens un peu partout, mais c'est quand même un parcours éloigné de leurs idéaux... Je n'ai pas de télé, de téléphone portable mms-bordel-brol, de chaussure pour aller sur la planète Mars ; même d'une manière générale, je dirais que je tente de limiter la possession au strict minimum.

Bref, je ne crois pas qu'on puisse dire que je suis à la recherche d'un rêve devant être sans cesse amélioré, nourri de richesses et de pouvoir. Ca sidère mes collègues lorsque je refuse des travaux perso en leur disant que je me fous complètement du fric. Je n'ai pas envie de me décrire comme un outsider de la vie contemporaine, parce que ce serait faux. Mais dans cet environnement de gens ultramodernes, je me sens paumé.

A part ça, ce week-end, je me suis cassé la tête a faire le portrait de Melaka. J'ai passé des heures sur le pull, c'était d'une lenteur sans nom à faire chaque maille... J'espère que ça lui plaira bien. En discutant de ce dessin, j'ai trouvé mon slogan : je suis Portraitiste Officiel de la Cour depuis 1835. Ahah ^.^ (En fait, je tourne en dérision le slogan de Godiva)

En ce moment, je lis un bouquin intitulé "Lettres d'un Village Serbe" de Milovan Danojlic. C'est un essai épistolaire sur les sources de l'éclatement de la Yougoslavie juste avant la guerre de 91. Cela fera de bons renseignements sur ce qui a amené la création de La Bosnie. Malgré tout, je n'ai toujours pas compris ce qui peut justifier la sission de ce pays en deux régions distinctes et autonomes : la republica Srpska et la fédération de Bosnie et Herzegovine. La partie nord se rattacherait plus à la communauté orthodoxe serbe ? Il faudrait que je demande ça à Nada...


17 février

Dans certains endroits, la télé vomit 24 heures sur 24 la propagande du Hezbollah. Dans d'autres endroits, c'est l'adulation du Dieu Euro. Ce matin, une voiture a cartonné une barrière parce qu'elle roulait trop vite. Chaque jour qui passe, je me dis que je suis plongé dans un monde de fous. L'espoir de trouver mieux ailleurs ? Non même pas. L'espoir de réussir à construire une vie en isolement à ces dégénérescences . Non plus, je ne suis pas surhumain. Bref, ce n'est pas un un moral dans les chaussettes, mais chaque jour apporte les mêmes questions et les mêmes sentiments face à l'environnement.

Hier, je me regardais pour la je sais pas combientième de fois le film Urga de Nikita Mikhalkov. Il y en a qui ont osé dire que c'était une production française (seulement) alors que c'est un film russo-sino-mongol (je cherchais les prénoms des acteurs et je suis tombé là dessus). C'est un grand hymne à la steppe en premier lieu, mais aussi une critique de la modernité apportée par les chinois et les russes dans ce pays. Le passage le plus flagrant, c'est la famille dans la yourte regardant la télé. Ca vomit de la propagande et au bout de deux minutes, tu vois les regards qui se perdent dans le vide, l'écran se remplace alors peu à peu par une image de la steppe. Ca fait des années que ces images magiques de grandes plaines jaunes ondulantes sous le vent m'habitent. En plus, la musique de Eduard Artemyev est magnifique.

La semaine prochaine, je vais attaquer les portraits de Laurel et T.Miro. Le dessin, c'est encore un domaine où je me retrouve bien parce qu'il n'y a pas l'artificialité du monde d'aujourd'hui. C'est naturel et on ne peut pas tricher.

18 février

Avant, on construisait de belles maisons. Il y avait de jolies pierres de taille, des encorbellements, une ligne de faîte délicate, une pierre de clé à la porte. Aujourd'hui, on construit des préfabriqués. Il y a des parpaings pour les murs, des tôles pour les toits. Des fois, ce sont des dizaines de maisons identiques qui s'alignent dans des quartiers sans âme. Dans certaines villes, ce sont d'immenses tours d'acier et de verre.

C'est normal, on n'a plus le temps. Le temps c'est de l'argent. Une maison en pierre de taille, on ne sait plus payer ça. C'est pas rentable de bosser sur des projets ainsi. Et puis il y a beaucoup de monde à loger. On ne peut plus se permettre de passer des mois et des mois sur une seule habitation. Nous sommes des milliards.

Ce week-end, je vais me promener dans quelques souterrains de Belgique, surtout pour faire des photos pour le futur livre sur ce thème. Je partirai à la recherche de ces beautés architecturales que l'on voit de moins en moins. Les photos sont des témoins de ce qui disparait jour après jour. A ce titre, Henk a fait un magnifique reportage sur la cokerie d'Anderlues. On y voit très bien le déclin de l'entreprise, livrée au vandalisme et à la destruction du froid, de l'humidité.


19 février

La France sombre de plus en plus dans la dictature. Oh non, pas dans un de ces gouvernements militaires grossiers comme au Nigeria. Non, c'est bien plus insidieux que ça. Avant-hier, je lisais dans le journal un article présentant Sarkozy comme l'un des possible-probables prochain président. Rien qu'en voyant la photo, la réminiscence des actions menées me colle la nausée. Je suis heureux d'avoir migré, l'impression d'avoir agi comme d'un réfugié politique, quittant le pays face aux abus de pouvoir. Au niveau politique, la ligne de conduite s'est discrètement étiolée au fur et à mesure, surtout depuis les dernières élections présidentielles.

Je parle de dictature, ce qui est un mot fort, or je le souligne le soutient et ne peine nullement à le justifier. Ce qui se trame n'est pas visible de manière évidente, c'est plutôt un tableau qu'on assombrit peu à peu, juste pour endormir l'acuité de la population. Les lignes budgétaires sont claires, on assomme tout ce qui peut avoir une connotation d'intellectuel, voire d'intelligence. Les universités sont à sec, les bibliothèques de quartier ferment (ou on les ferme), les théâtres sont à l'agonie, les intermittents du spectacle peuvent chercher du travail ailleurs, les services publics de la culture sont totalement déstructurés et s'écroulent sous un formalisme proche de l'administration soviétique, les villes sont ghettoïsées dans de beaux centre-villes et des banlieues dortoir malsaines ou rien de culturel ne peut subsister, les services de statistiques nationales sont contrôlées par des emplâtres, l'internet est soumis à la censure permanente et très prégnante... c'est sans compter la primauté universelle des majors (les grands contre ce qui reste de petits (et Dieu sait que ce n'est plus grand chose puisque toutes les petites structures sont démolies : artisans, commerçants, détaillants, ne restent que les grands supermarchés provenant de deux ou trois multinationales)) L'argent est partout, dans les grandes maisons d'édition contrôlant et censurant pratiquement tout le flux littéraire et musical, dans les supermarchés aseptisant le moindre produit au rang de rentabilité, dans la radio et surtout la télévision. Cette dernière a un rôle extrêmement important : abrutissement de la masse dans une culture de base standard et ramenée au néant spirituel, passage des propagandes politiques dans un flux incessant d'informations manipulées ou fausses. Le peuple se gave d'absurdité et on se demande pourquoi, par fatigue ? Jusqu'où tombera le pays de l'exception culturelle ?

J'ai quitté la dictature il y a deux ans et demi. Le pays où je suis n'est pas beaucoup mieux mais il y a au moins un point positif, ce pays en question n'est pas sur une pente descendante. Culturellement, la France s'est toujours placée égocentriquement en autarcie. Peu de gens cherchent à connaître et comprendre la culture des autres. Un seul exemple, dans un restaurant, on demande un élément qui n'existe pas. En France, on répond "Je n'en ai pas". Dans les cultures balkaniques ou slaves, c'est "Il n'y en a pas". La France s'étouffe à force de se mordre la queue. Je dis toujours "ils ont voulu Chirac, maintenant ils l'ont". On me répond souvent, oui mais sinon c'était le front national. Réponse de facilité, parce que combien n'ont pas été voter, et combien d'autres débiles mentaux ont voté l'extrême décadence afin de "provoquer, faire bouger les choses"... Ce brave pays est dans une impasse d'une gravité presque désespérante. Il va être difficile de faire marche arrière et cela demandera un travail colossal. Je suis heureux d'être parti, vous ne pouvez pas l'imaginer. Je suis seulement malheureux pour ceux qui restent là bas, à souffrir de l'anéantissement culturel mené en grande pompes par le gouvernement stalinien.

20 février

Par rapport au texte d'hier, j'oubliais de citer les éléments suivants : La LEN permet aux autorités de lire les mails. Donc au niveau confidentialité et big-brother, on est en 1984. J'oubliais aussi de citer la Loi Perben II qui permet aux milices en civil de provoquer le délit (avec incitation ou mise à disposition de tout élément matériel pouvant aider le délitant). Les gardes à vue sont prolongées à 96 heures, même pour les mineurs. C'est sans compter les perquisitions possibles sans mandats, les écoutes téléphoniques omniprésentes, les CRS et militaires avec mitrailleuse chargée dans les gares parisiennes. Bienvenue dans le pays des libertés.

Cela me place dans une position difficile. Est-ce qu'un migrant peut se permettre de rejeter la culture de son pays d'origine ? Cette envie se pointe de plus en plus... En France, certains se souviendront que lorsque j'étais lycéen, j'avais une pochette de cours fabrication maison arborant un grand drapeau français barré d'une croix immense : le rejet de l'ordre établi. Cette pochette "provoquante", on m'a demandé de ne plus la prendre avec moi. Je n'ai jamais voulu voter dans ce pays là. Or en Belgique, voilà que je commence à m'intéresser au débat démocratique. Je n'ai plus envie de parler de la France, ma demande de naturalisation est lente, très lente, mais en cours. Je crois que tout est dit.

21 février

Certains émigrent et reviennent en l'espace d'un an, sans être de coeur, ni ici ni là-bas. Ils s'enfuient quand ils en ont assez, rentrent quand ils en ont marre ; là-bas leur manque ce qu'il y a en trop ici, et ici leur fait défaut ce qui est courant là-bas. Quand tu commences à migrer, tu ne peux plus t'arrêter. Partout tu es en cage, et ce que tu voudrais ne peut jamais être réalisé en un instant au même endroit. (Milovan Danojlic)

22 février

Carrément réfractaire à la pub ! Lorsqu'on m'assomme avec tel ou tel produit, ma première réaction est de ne pas en acheter. Généralement d'ailleurs, je n'en prends plus jamais. A la maison, tout est baroque un peu comme ça. J'essaie d'utiliser des produits les plus naturels possibles, surtout en cafés et thés (mon péché...) et j'essaie aussi de produire le moins possible de déchets (parce que sans faire attention, les poubelles sont purement hallucinantes, bourrées de plastiques et autres bazars infâmes et polluants). Dans un ordre d'idée général, ça se solde par une possession la plus limitée possible. A quoi ça sert de posséder des dizaines de milliers de bazars qui servent à rien ? Tout est comme ça ici, jusque dans le look vraiment pas perfectionné. On dirait que je ne me suis pas coiffé depuis la dernière guerre mondiale...

C'est une ascétisation qui est très difficile à mettre en oeuvre. En fait, tout est aseptisé de partout et basé sur les mêmes schémas de consommation. Les aliments sont entourés de plastique et rangés dans un sac plastique. Sortir de cette habitude, c'est proche de l'utopie. Comment veux-tu ?! Réponse habituelle que je commence à connaître par coeur : eh vieux, t'as qu'à aller vivre en Estonie. Et plouf et toc et na ! C'est pas une solution qui me plait.

La possession, ça met sous pression. Avoir plein de choses de valeur : et si quelqu'un venait te les piquer ? N'avoir pas grand chose, c'est se recentrer sur les valeurs essentielles de la vie (dont la définition exacte est propre à chacun). Moi ça me permet de rêver de nature, ça me laisse du temps pour m'échapper en imagination dans ce que je ne pourrai jamais connaître : la vie en autarcie de la société de consommation et du mass-media. Petit, je ne voulais pas parler anglais ou espagnol, ce dont on cherchait à me gaver. Je rêvais de pouvoir causer aux animaux, de comprendre les rouages des communications de domination, les migrations et les règles de territoires. Ca s'est limité à une bonne connaissance en botanique, rien de plus. On ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie. J'ai du mal à me le foutre dans la tête, pourtant ça fait depuis que je suis né que ça dure. T'as qu'à aller vivre en Estonie ! Ah, comme si cet espace lointain était la solution... Là-bas se poseraient d'autres problèmes. Je ne trouverais plus de speculoos (non bon d'accord, c'est une plaisanterie)


23 février

Hier, visite de deux fosses assez intéressantes, totalisant une longueur développée de 100 mètres
environ. Les accès sont par plaques métallique carrées de 2 mètres. Elles sont lourdes à lever.
Dans les deux cas, on y rentre par une échelle inclinée façon maison, rien de bien solide. Les lieux
sont identiques des deux côtés du cimetière. Ce sont de longs couloirs de deux mètres cinquante de
haut, bordés des deux côtés de trous rectangulaires, cinq étages en tout. Ces trous sont faits pour
accueillir les cercueils. Donc ça veut dire que sur un mètre de large, on range 5 personnes. Une fois
le cercueil placé, on obture avec des briques et on cimente un peu.

L'intérêt, c'est que bon nombre des encoches ne sont pas obturées. Certains cercueils sont très
anciens, d'autres encore brillants. Je ne sais pas pourquoi certaines encoches sont ouvertes. Bon,
sus aux a prioris. Là dedans, ça ne pue pas. Il n'y a pas d'asticot à chaque coin de tombe. Il n'y a
pas de pourriture, pas du tout. Comme ces cercueils ne sont pas en terre, les morts s'en vont moins
bien, ils se déssechent plus qu'autre chose. Par contre, il y a de très belles moisissures. Je pense
que c'est parce que c'est humide. Les cercueils les plus anciens sont recouverts de crettes de punk
grisatres, longues de 20 centimètres au moins. Ca fait des coiffures bizarroïdes tout le long du
cercueil. Ces pointes s'orientent n'importe comment, se croisent, se phagocytent... J'ai essayé d'en
faire des photos mais c'était pas facile.

Autrement, certains blocs sont manifestement réouverts. Je crois que c'est dans le but de faire de la
place (si on fait une fosse, c'est justement parce qu'on manque de place). Les ossements sont plutôt
blancs, propres et dans le plus parfait ordonnencement. A mon étonnement (et sans explication) ils
ne sont pas marron clair. En regardant plus attentivement, je vois effectivement traîner par terre un
panneau comme quoi les concessions sont expirées depuis l'année dernière. Bon c'est pas tout,
mais je ne vais quand même pas prendre un thé ici, alors je referme et m'en vais. Bonne nuit les
morts.

26 février

Ca y est, l'électrochoc Tita est présent devant moi. Un peu plus insidieux toutefois : je ne suis pas
viré mais on me conseille de partir. Il est effectivement plus sage que je prenne cette décision,
l'athmosphère de travail est déconstruite et plus personne ne souhaite que je bosse à la
reconstruction. Ca fait deux ans que ça dure et chaque collaborateur s'est affronté à ce problème.
Certains sont restés là dedans pour le confort, décidant d'ignorer le problème, d'autres sont plus
intègres en ce qui concerne la qualité. Donc voilà, je cherche un emploi.
C'est une libération. Bis. Bis. Bis...

Cette semaine aura vraiment été acharnée, j'ai travaillé comme un marteau. Ca faisait des semaines
que je grapillais des heures par ci par là, je n'étais vraiment plus disponible pour ma douceur. Là
j'ai fait des efforts pour tout terminer, afin d'avoir plus de temps libre. Très honnêtement, ça ne fera
pas de mal parce que je commençais à prendre des distances malsaines dans le quotidien. Le
projet de Luc a fait un bond en avant. Les dernières visites de souterrains sont planifiées. On va
enfin pouvoir caractériser précisément dans un bouquin ce qu'est le souterrain en Belgique.

Dans les semaines à venir, la télé va faire un reportage sur le collectif de photographie industrielle.
Ca sera l'occasion de présenter les souterrains bruxellois, ce qui est fait plutôt rarement, mis à part
sur le thème de la place royale. Je ne précise pas la chaîne concernée car je veux d'abord voir s'ils
sont agréables. Il faut dire que j'ai un a priori négatif sur l'audiovisuel, mais Georges me dit que
cette chaîne est intéressante.

Ca fait plein de projets, plein de recherches, un équilibre de vie qui retourne vers le sain, c'est loin
d'être désagréable. Avec Mousty, on s'amuse tous les deux au Lance-Croquettes. Je lui balance
des croquettes et il court comme un fou pour les attraper. Des fois dans sa fougue, il se cogne la
tête contre les meubles, c'est un n'importe quoi ce miaou là ! Lorsque je dessine, il se met à côté de
moi et ronronronron. Peut-être qu'il trouve ça apaisant.

Hier soir, j'ai terminé le portrait de la douce Laurel. Ah qu'est-ce que ça fait mal ! En fait, en
dessinant les mailles du bonnet, j'ai oublié de fermer les yeux (je ne blague pas !!) Et bien bonjour
le bobo. A croire que je fais aussi fort que Mousty qui oublie de rentrer sa langue après avoir baillé
! J'espère que ce petit dessin à la noix lui plaira (Pas à Mousty hein !)
En attendant, Melaka m'a bien fait rire hier avec sa chouxdebruxellophobie. J'ai découvert le
monde des dessineux grâce à Cha et c'est vraiment très plaisant. Beaucoup de ces gens ont un
abord simple. Cette sympathie est agréable à vivre. Je crois même que ça m'a un peu enlevé de
misanthropie et de mélancolie (oh, une cuillère dans un océan, mais c'est déjà ça)

Je dévore le quotidien à pleines dents.

 

27 février

J'ai essayé de trouver Romain de Melaka, mais il n'était pas encore arrivé. Groumf ! Bon, j'ai quand même fait quelques courses de bédés. Egalement, j'ai pris deux cours de russe. Faut en profiter à fond tant que la motivation est là, parce qu'après c'est plus dur. Difficile de calligraphier dans le train, mais ne jamais lâcher est la seule condition pour écrire bien. Je vois encore la tête de la dame d'en face qui me voyait tracer sans lassitude une page entière de ya (le R à l'envers), que j'ai un mal fou à faire en cursif.

J'ai mal au dos, je travaille trop. Tout ce qui ne sera pas terminé dimanche après-midi, je ne le ferai pas. Tant pis, il faut bien que je force un peu le rythme à se calmer... Honnêtement, ça fera pas grand chose de bien important.

28 février

Aujourd'hui, visite de Folx les Caves avec Luc. J'ai un peu de mal à me lever, faut dire que je suis une épave depuis les éprouvants évènements de lundi dernier. Je retrouve Luc à la gare du nord et nous filons pour la campagne. Folx (prononcer Fo) est un petit village agréable au coeur du brabant wallon. Il s'y cache deux souterrains assez atypiques. Au départ, la cave Racourt et la cave Bodart ne formaient qu'un unique réseau. Je ne sais pourquoi, il y a eu scission en deux propriétés. Les souterrains sont étonnament différents.

La première est touristique. Il s'agit d'un creusement dans une roche tendre, d'aspect intermédiaire entre le grès et le tuffeau. C'est au moins aussi sableux que Lanaye, sauf que les galeries n'ont pas du tout la même forme. Les voutes sont arrondies et souvent basses, il est rare que ça excède trois mètres de haut. Ce qui est atypique, c'est que la base des murs n'est pas à angle droit, le plus souvent ça approche les 30 degrés. Du coup, on se retrouve dans un bazar à l'aspect déroutant, plein d'arcs de cercles dans tous les sens. Monsieur Racourt a mis des lampes à incandescence. Les fils électriques sont sans gaînes et se promènent un peu partout en hauteur. Ce réseau est assez petit, les seuls points d'intérêt sont la piste de dance (véridique !), la champignonnière et certains alignements de galeries.

La seconde a une entrée près d'une auberge. La grille a un ventre, il ne faudrait pas grand chose pour qu'elle tombe. Nous essayons de joindre le propriétaire à l'improviste. Après quelques explications, il accepte que nous passions la clôture à la barbare. C'est sans problème, mis à part que deux mètres plus loin, Luc fait un barbecue avec sa lampe à pétrole.

Ce second réseau est vaste et propose un aspect plus passionnant par sa variété et son éclairage. Longs alignements de galeries, chapelle, puits d'aérage de 7~8 mètres, sculptures (dont Sophie la Girafe) et une rivière souterraine. Cette dernière s'écoule dans une rigole de trois mètres de fond, un joli petit pont l'enjambe. Une seconde piste de dance un peu moche nous fait bien rire.

Ce fut une visite agréable. Quelques surprises car je pensais que ce serait un réseau de réputation surfaite. Pour information, la seconde cave est à vendre. Dans ce coin, il restera le petit souterrain d'Orp Jauche à aller voir, probablement un creusement assez similaire.

tchorski
Souvenir du Tibet, cadeau de Jibou

2 mars

Ca y est, c'est le retour du grand matin. Ca faisait longtemps que je n'avais pas été défoncé, la démarche vacillante du lit > douche. Il fait nuit, il fait froid, c'est agréable. Je suis déjà dans la crainte des chaleurs estivales alors que février vient à peine de tourner la page. Comme les oiseaux, je devrais migrer vers les glaces des pays artiques... Au niveau financement, il va falloir que je trouve des fonds !

Ces instants de travail matinaux intenses sont importants, parce que ça reste très chargé. J'avais dit dimanche dernier que c'était le point d'arrêt. Illusion bien évidement parce que le livre à terminer pour mai ne patientera pas mes vacances improvisées. Bref, c'est une pénible mise en route (autorisations, préparations pour visiter les souterrains). De toute évidence, ça vaudra le détour et cela donne du courage. Même des sites complètement bouchés sont en train de s'ouvrir timidement à nos requêtes. En attendant, j'ai bossé comme un dingue durant une semaine, et c'est à peine si j'en vois la couleur.

Hier soir, j'avais mal à la tête tellement j'étais fatigué. Impossible d'apprendre ces déclinaisons russes à la noix. Selon l'emplacement des lettres, la prononciation change. C'est un peu logique, mais rien à faire, mon regard se perdait dans les quelques restes de neige. J'ai peur de commencer un surmenage, y'a vraiment plus rien qui rentre. Si c'est le cas, je suis dans de beaux draps... Vais aller voir mes petits chats. Eux y'a pas de doutes, ils ne se foulent pas !

Dimanche, Cha n'avait pas le moral. Comme les wampassent bientôt, je lui ai fait un petit dessin. Force est de constater qu'elle a suivi le conseil, et même plutôt rapidement. Je suppose que ça va beaucoup mieux maintenant ^.^

 

3 mars

Si vous êtes journaliste à Ginkgo Productions, RL TV, TF1 ou LCI, vous pouvez aller voir ailleurs si j'y suis. Les journalistes de cette société mosellane font notamment des recherches sur les souterrains de Saint-Victor, petite commune d'Ardèche Nord près de Saint Félicien. Il s'y cache un souterrain mystérieux, un réseau d'adduction d'eau et/ou un souterrain-refuge sous l'église. Ces journalistes ont spammé toutes les personnes susceptibles de leur donner des renseignements (j'ai eu beaucoup de retours). Plus les personnes étaient professionnelles, plus les journalistes se sont accrochés comme des tiques. Je suis sûr qu'ils ont été embêter le premier adjoint de Satillieu, dont je ne donnerai pas le nom par discrétion. Bon, au moins une chose de bien, ces journalistes ont été polis. C'est rare car d'habitude, il n'y a même pas de remerciement (voire pas de réponse). Bref, pour Saint-Victor comme ailleurs, dès qu'il s'agit de souterrain, nous avons des méthodes d'investigation pour trouver les entrées, mais je ne partagerai jamais ça avec un journaliste, non jamais. Au vu du comportement de certains, je comprends qu'ils se fassent taper dessus dans quelques pays.

A part ces bêtises de peu d'importance, le quotidien est encore très chargé. Je vais être obligé de calmer le jeu rapidement, parce que je ne suis plus le rythme. Progresser dans la réalisation du livre sur les souterrains de Belgique est un défi intéressant, mais je me retrouve à devoir mettre d'accord des dizaines de personnes pour des dates proches de l'intenable. Je ne suis pas une agence de voyage, je vais remettre les choses au clair.

En ce moment, je me débats avec des sujets vraiment pas intéressants. Je crois que la solution sera l'inertie. Au travail, ça marche super bien, ils peuvent dire tout ce qu'ils veulent, je m'en fous complètement (chers patrons qui me lisez, bonjour). Depuis une semaine, je suis un déneuroné (quoique j'en entends déjà certains jacasser que ça fait bien plus longtemps que ça et après tout, ils n'ont pas complètement tort). La lobotomisation, c'est un truc agréable et je m'y adonne dans le plus grand des plaisirs. Je vais mettre une affiche "service de déneuronisation", puis je vais faire des spams pour vanter les mérites de la lobotomie de groupe. Dernièrement, je vais organiser un grand suicide collectif, où tout plein de cons iront se jeter dans la Seine. Adieu mes petits loups, je vous aime. Bon, faut absolument que j'aille évangéliser mes collègues et mes voisins. Service de vidage neuronologique, une source de bien-être au coeur de la vie. Et puis la Seine c'est une bonne idée. La pollution engendrée par les millions de décès ne se verra même pas. Je me dis que je devrais faire guru plus souvent. J'ai vraiment des idées fantastiques.

 

4 mars

De retour des confins du retard. Ca a été difficile ces derniers jours, un quotidien surchargé de conneries. Le ménage est fait, c'est avec regrets mais je n'ai pas le choix - je n'ai pas envie que ma vie ressemble à un champ de bataille. Les prochaines descentes sont fixées : des souterrains du Palais de Justice de Bruxelles aux carrières de Géromont. Ce seront des visites agréables.

"Tu vas aller draguer les petites bosniaques. Ouais, je suis photographe, c'est ça que tu vas dire. Nan mais c'est vrai qu'elles sont belles". Voilà ma récolte du jour. Des commentaires comme ça, je m'en sens tout à fait édifié. C'est lourd de respect, ça remet en cause positivement mes convictions profondes et je me sens renouvellé par tant d'air frais. En attendant (et outrepassant les zérodecuhi), la préparation du voyage avance bien. Entre la Serbie, la Bosnie et la côte Dalmate, ça s'annonce passionnant. Je suis surtout attiré par ces villes des rivières, murs de vieilles pierres le long de la Drina ou de la Neretva. J'en dirai plus lorsque j'aurai réussi à établir un semblant d'itinéraire, mais je meurs d'envie de parler des heures de ce peuple attachant, à la fois soudé par un passé ottoman exceptionnel et divisé dans des conflits sans noms. L'ethnographie peine tant le multiculturalisme est présent, pas une région qui ne soit morcelée de confessions différentes...

tchorski
Une de mes boîtes de thé

5 mars

Hier, je potassais des topographies de Bosnie. Je repensais à quelques villages lointains et m'est parvenue cette réminiscence de lieux, douce sensation des paysages "à soi". Je ne sais pas vraiment comment expliquer cette impression. Ce sont des endroits qui n'ont pas spécialement d'intérêt, mais le souvenir amène une sensation de bien-être. On se projette dans ces paysages, chaque caillou est connu, on sait quel est le détour des racines, l'odeur des feuilles, peut-être même de la mer. Souvent, lorsqu'une attente s'impose (un train, un rendez-vous...), j'aime à m'envoyer là-bas, revivre une part de l'émotion perdue d'un sentier paumé au fin-fond de la Slovénie, retoucher ces couleurs, l'odeur du vent. Au début, en parfait égocentrique, je croyais que j'étais le seul à vivre ces attachements stupides à deux trois morceaux de pierres. Quand on est dans la solitude (en réalité ou seulement dans la tête), tout tourne autour de sa propre petite vie, on s'imagine que les actes et pensées sont de la plus haute importance, certainement justes. C'est la confrontation avec autrui qui vient niveler les excès et affiner le cheminement. Je croyais que j'étais le seul à m'attacher aux criques de Krkvenica.

Pour faire suite à une discussion, j'insiste encore à dire que je n'ai plus rien à voir avec les français. On me provoque sur le ton de la plaisanterie, mais ça me blesse profondément. Est-ce que je me dois de leur appartenir moralement parce que je suis né chez eux ? Est-ce que je dois subir sept ans durant cette douleur à cause de la lenteur exaspérante de l'administration soviétique belge ? Dire que je n'aime pas les français serait du racisme et une stupidité basée sur la généralité, mais je n'ai plus de lien dans le coeur vis à vis de leur nation. Ca m’exaspère qu’on m’impose un rapport inaliénable à ce pays.

6 mars

Un samedi agité, en préparation d’une descente sous terre. Dans l'après-midi, nous rejoignons Bernard à Namur, nous voilà partis pour Antony en banlieue parisienne. Le lendemain, nous visiterons une carrière de gypse à Annet sur Marne. La route est sans ennuis, ce jusqu’à atteindre la capitale des lumières. Il y a des embouteillages monstrueux. Ces visions dantesques me donnent des envies d'extermination massive. Une chose positive, j'ai réussi à contenir mon mécontentement, ce qui est nouveau (car d'habitude je pète un plomb en bonne et due forme). Je déteste Paris de toute mon âme.

Au soir chez Jean-Paul, une rencontre amusante avec deux chats, dont un bizarre (Alien). Très bien ces deux là, mais un peu peureux. Jean-Paul voulait faire des pattes aux champignons avec du poisson, il y a eu un léger changement de programme. Il a juste râpé quelques champignons, mais ça ne s'est pas senti.

7 mars

Après une nuit cauchemardeuse, nous voilà sur les routes afin de rejoindre le petit village d'Annet. Les environs de la carrière sont amusants : des bois bosniaques à propension lianeuse. L'entrée est vite trouvée, c'est un porche assez basique ne comportant ni inscription ni date ni niche à Sainte Barbe.

La première galerie est un roulage muraillé donnant presque immédiatement dans de l'exploitation. On nous avait dit que c'était en mauvais état, autant dire que ça commence bien. La première galerie visitée comporte des piliers à bras complètement fracturés par la pression des sols, lamentablement écrasés sous des blocs ne demandant qu'une chose : tomber. Ca débouche immédiatement sur un fontis et une salle en état instable.

Voilà donc la carrière de la Violette, des galeries taillées à même le gypse saccharoïde, ceintrées en voûte par des poutres en ciment proches de la mort, ou gisant quelquefois par terre. Il y en avait même deux qui tenaient en équilibre sur un tuyau. On nous avait prévenu de l'état catastrophique, en toute honnêteté, j'ai vu cent fois pire - je pense à la carrière souterraine de Petite Forêt par exemple. Dans cette dernière, juste le secteur du puits est stable, soit un mètre carré. Dans le reste, on a l'impression d'être dans un chaos inextricable au danger massif. Là dans la Violette, je n'ai pas entendu un seul effondrement lors de notre promenade. Les chaos d’effondrements étaient épars, les ruptures de ciels plutôt rares. Bien sûr, ce n’était pas de la plus grande stabilité et pas toujours très rassurant. C’est juste pour dire qu’il y a pire.

Après avoir contemplé les restes d'une Rafale (ancienne marque de voiture à traction avant), nous partons dans le dédale. Il n'y a pas un grand nombre de points marquants, juste un puits, une auge pas très belle, des secteurs entiers de caisses pourrissantes (restes des époques champignonnistes). L'ensemble de la carrière est composé de trois parties d'exploitation distinctes : La Violette, Montanon Sud et Le Gypse. Après un repas au coin d'une galerie toute simple, nous partons à la recherche du passage vers la concession "Le Gypse". Ce n'est pas simple car des secteurs entiers sont fracassés, empêchant un passage facile. C'est avec un peu d'insistance que nous arrivons à trouver la galerie de liaison.

La deuxième partie de la visite sera courte (soupir). Elle offrira la vision de grands volumes moins ravagés. Nous pourrons y observer un fontis de deuxième masse ayant percé le sol. Un bazar impressionnant, c'est un effondrement qui vient crever le sol sur une dizaine de mètres de longueur, ayant laissé pour passage un petit pont plus ou moins instable.

J'oubliais de citer aussi la présence d'une tonne à eau sur une charrette pourrissante, un rare et joli vestige de l'exploitation. Le chemin du retour est rapide. Cette visite aura été assez intéressante, ce n'est pas du plus exceptionnel, mais ça vaut le détour. Malgré tout, ça laisse un ennuyant sentiment de trop peu. On savait que ce serait un week-end regrettable. Ne pas y aller, on aurait regretté, y être allé nous laisse la même impression.

tchorski
Un fer de lance, La Violette

8 mars

Ce matin en allant au travail, le triste spectacle d'un jeune chat paumé, paniquant dans le monstrueux dédale routier et ferroviaire. J'ai essayé de le rassurer, mais c'était peine perdue. J'espère qu'il retrouvera son chemin...

10 mars

Ce matin, Mousty faisait des miaulements à couper le coeur en quatre, juste parce qu'il n'avait pas eu sa dose de croquettes. C'est comme d'habitude, sauf que ça prend de plus en plus une ampleur mélodramatique. Il a neigé un peu, de ces neiges fines qui collent aux cheveux et gênent les yeux. J'adore le froid de ces hivers aux manteaux blancs. Les étés m'effraient et je pense déjà aux chemins de fuite, comment échapper à la chaleur, à la moiteur collante des trains bondés ? Je suis un être du vent glacial. Mes réactions sont peu empreintes de vivacité et je suis froid dans les relations à autrui. C'est peut-être pour ça que j'aime les steppes sibériennes, il n'y a rien d'autre que la nature, jetée en proie aux vents de l'Oural blessant les oreilles de sa morsure. Loin de moi l'idée de soutenir leur politique, c'est juste un attachement à leurs terres.

Depuis quelques mois, je fais une tentative de socialisation. Je me sais profondément misanthrope et j'ai décidé d'essayer d'améliorer la situation. C'est extrêmement difficile car ma haine des humains est profondément ancrée au fond du coeur. Des fois, je me dis que c'est vain d'essayer, parce que chaque jour rapporte son lot de souffrance et de rage alimentant le rejet sans discernement. Mais malgré tout, je me dis que c'est stupide de fermer des portes tout ça parce que je suis rempli de faiblesse, m'étant peu adapté à la vie dans une quelconque communauté. Je crois que l'amélioration est visible : ne serait-ce que maintenant, je parle à des gens. Mais ça reste de l'ordre de la goutte de pluie dans l'orage. Les chemins à parcourir sont encore très longs. Entre la consommation de café revue à la baisse et l'arrêt de bouffage des ongles, c'est que je vais bientôt devenir quelqu'un de normal ! Concernant la confiance en soi, c'est par contre en pleine chute. Je perds mes repères, autant dans l'affectif que dans le quotidien. Je ne sais que penser de la légère amélioration observée au boulot. J'ai été brûlé, donc je considère les évènements avec recul, on verra comment ça continuera...

Ce midi, un nigérian tentait de m'extorquer de l'argent (classique fraude 419, appelée aussi scam africain). Je cherche à leur faire perdre le plus de temps possible à ces gens là, en leur répondant ok à chaque fois. Ainsi, je participe à les noyer de fausses informations. Ces gens cherchent systématiquement à exporter de grandes sommes d'argent sur des comptes à l'étranger. Ils se font passer pour le fils de Mugabe, le petit fils de Habyarimana, etc... Ensuite, leurs techniques rodées consistent à arnaquer à mort, ils promettent des commissions sur les transferts, demandent des avances de frais sur les transactions, proposent des rendez vous aux aéroports de Dubai (ou autres) pour échange de fonds, envoient des faux papiers d'identité, demandent que leurs victimes déposent ces fonds dans leur propre compte avant de les faire virer en Afrique, puis finissent par menacer si telle ou telle transaction bancaire n'est pas faite. D'après description, ils sont très rusés et tant qu'ils entrevoient une possibilité d'extorquer de l'argent, ils s'acharnent sur la victime.
Bref, depuis quelques jours, j'en avais accroché un. Ce midi, il me demandait mon numéro de téléphone. Je lui ai répondu aimablement. C'était le numéro de téléphone du commissariat de Schaerbeek.


12 mars

Et boum. C'est la démocratie qui se prend un grand coup dans la gueule. Je n'en dirai rien de plus puisque je me doute qu'ils ne sont pas nombreux ceux qui ne condamnent pas l'attentat ayant bouleversé l'Espagne. L'action de telles personnes est infâme, on ne peut pas plus honteux.

Je préfère parler d'autre chose... Aujourd'hui, j'ai continué ma recherche de dessinateurs pour la galerie des chats en cours de réalisation. Je ne cherche pas à faire cela pour un aspect de collection, j'ai plus envie que cela soit un joyeux mélange qui permette des rencontres entre les très grands et les pas encore grands. Peut-être que cela pourrait devenir un coup de pouce pour je-ne-sais-qui... En tout cas, je suis très surpris des résultats, c'est quelquefois d'une rare beauté. Dommage que je n'aie pas plus de place, parce que j'en encadrerai bien une dizaine pour décorer la maison. Enfin, je n'ai pas un château et ce n'est pas plus mal après tout.

Quelques nouvelles de Stéphanie, c'est chouette. Ca faisait longtemps. Je croule sous le retard mais ce n'est vraiment pas grave, c'est délicieux même. Ce n'est que du bon travail à réaliser, c'est vivifiant et chaque réalisation amène un peu plus de plaisir. Vraiment loin de la grisaille de l'été dernier. En attendant, ce week-end sera encore sur les routes, au fort souterrain d'Eben Emaël, une visite qui parait prometteuse...


13 mars

Un départ qui n'est même pas situé aux confins de l'aube de l'aurore, ça vaut quand même le coup pour être signalé. Nous voilà partis à nouveau sur les routes pour visiter le fort d'Eben-Emaël, dont les photos serviront à la publication du livre sur les souterrains de Belgique. Nous retrouvons Antonin et Ryu à Visé, le petit reste de trajet est fait sans ennuis.

L'entrée du fort est un bunker entouré de deux tanks, ça fait très carte postale. A l'accueil, il y a un peu de cafouillage parce que j'avais oublié de demander le nom de la personne de contact (oui je sais, c'est quand même terrible d'être tête en l'air comme ça). Enfin, ça s'arrange et dans le mess des officiers, on nous met en contact avec Georges Cavraine, un ancien combattant du fort.

Nous commençons la visite par la caserne. C'est bourré de flonflon et ramplanplan militaire, hürmpf. Entre les mannequins allemands, les fringues belges, le mémorial et toutes les reconstitutions, c'est de la navigation dans le baroque pseudo-kaki. Heureusement, le niveau remonte très vite, surtout lorsque les portes massives (et adorables) sont ouvertes : nous quittons un espace touristique surchauffé pour des galeries militaires en très bon état.

Les lieux s'enchaînent et aucun ne manque d'intérêt, de l'escalier monumental à la galerie de 300 mètres de long, on ne s'ennuie pas. Il y a un effet tout à fait impressionnant, c'est l'allumage des néons dans ces galeries. En l'espace de quelques secondes, le noir passe au terrible alignement de dizaines d'alternances sombre-éclairé - c'est magnifique. Les croisements sont signalisés par des panneaux peints au fond jaune, cela ajoute de l'esthétisme aux galeries voûtées.

A chaque recoin du fort, nous avons le droit à des explications très intéressantes. Pour ma part, j'ai été honoré d'avoir eu Georges comme guide. Lorsqu'il raconte tel ou tel moment du fort (jusqu'à la reddition), ça n'a pas le même goût que si c'était un guide de passage, un guide de vacances d'été, un guide-vendeur de glaces stracciatella (quoique, je ne dis pas non pour cette dernière).

Le dernier espace visité dans l'enceinte du fort, c'est l'endroit où les allemands ont tout fait sauter de la manière la plus brutale. Avec des charges creuses, ils ont perforé et défoncé les casemates. Dans l'une d'elles, c'est un chaos impressionnant d'escaliers broyés, de murs calcinés et criblés d'impact, d'aciers tors tordus dans tous les sens... Avec Georges, devant sa casemate à lui qu'il a, nous avons fait la photo souvenir. Il a posé la main au canon. J'espère que ce sera réussi, je souhaite lui envoyer. Peut-être même que ça pourrait servir à la publication, y a t'il photographie plus juste que lui et le canon pour imager ce lieu ?

Bref, ce compte-rendu ne retraduit pas la richesse d'une visite qui fut très intéressante. Au dehors, nous continuons la visite par les aspects extérieurs du fort. Guérite de guêt, coupoles entières ou perforées, et dernièrement un poste d'observation impressionnant. En effet, perché sur une falaise, une vue imprenable sur la tranchée de Caestert, l'écluse sur la Meuse et au loin le village D'Eijsden.

Loin de l'ennui tout ça.
Pour terminer la journée, nous filons au brin de paille à La Hulpe (un chouette restaurant). J'ai fait mon gros dur en prenant un jambonneau, mais c'était bien évidemment trop.

14 mars

Cette nuit, j'ai rêvé que j'étais au poste d'une motrice lorraine, le genre de locomotive qui fait dix mètres de long. Avec Antonin, Michel et Sandy, nous étions en train de manoeuvrer dans le restaurant d'hier soir. Je me suis réveillé en criant parce que nous allions nous cogner contre un mur. Palme d'or du rêve le plus con depuis un mois !

Nos deux touristes sont repartis sur Paris. Un peu de ménage dans la maison et tournée des chats. Je croyais qu'il n'y aurait personne. En fait, ils étaient tous planqués sous la 4L. Huit affamés qui ont vidé trois boîtes plus vite que le temps de dire ouf. C'était journée Noir-et-Blanc. Tout le monde était dans la teinte, sauf Ledur. Même la blanche Clochette. Ca faisait combien de temps que je n'avais pas entendu miauler Clochette ? Six mois ?

Un dimanche bien calme à finir la galerie des chats. Ah, j'espère qu'il y aura beaucoup de monde à participer, ça augmente doucement mais sûrement. Etant donné que j'ai énormément de trafic sur mon site, j'ai envie que tous ces dessinateurs en profitent (parce que moi et mes conneries, est-ce que je le mérite vraiment...)

15 mars

Quand je pense au travail qui m'attend aujourd'hui, j'en ai les bras qui tombent.
Mais comme le dit le dicton très connu : pas de bras, pas de chocolat.

 

16 mars

Hier soir, je n'ai pas pu donner mon sang parce que je suis resté trop longtemps en Angleterre. C'est hürmpf.
On discutait avec les personnes de l'accueil. Je retranscris une discussion :

-En Australie, il y avait une prolifération de lapins, ils mangeait toute l'herbe. Du coup, comme ça n'allait pas pour le bétail, ils ont introduit la myxomatose.
-Oui c'est stupide parce que ça s'est disséminé partout. Pour la régularisation des lapins, ils auraient mieux fait d'introduire des renards.

C'est vrai que des lapins immigrés et de surcroît sans papiers, c'est très gênant...

tchorski
Cheratte, un souvenir de la mine

17 mars

Hier, un début d'après midi bien calme, un peu de vacances pour faire un reportage sous Bruxelles. Avant de retrouver Luc à la rue des Alexiens, je profite d'une heure de fourche pour faire plein de petits croquis. J'essaie de trouver un trait agréable, très simplifié, proche d'un style d'illustration pour les enfants. En quelque sorte, j'ai deux facettes, le portraitiste et le petit illustrateur sans prétentions cherchant des couleurs pastels et des sujets tout doux. Comme on me le disait encore ce matin, il y a beaucoup de travail afin de trouver un style qui vaille le détour. Pour l'instant, c'est difficile et ça se voit. Peu importe, je suis motivé...

Luc arrive à l'heure et après un tout petit peu de blabla, nous voilà dans le souterrain de la rue des Alexiens. C'est une galerie de cent et quelques mètres de long, muraillée de briques et quelques rares pierres de taille. De temps à autres, il y a des puits à eau creusés dans des encoches. Rien d'exceptionnel, c'est tout droit ou presque. La fin du tunnel débouche sur un bourrage de béton, peut-être à cause de la construction du métro. Rien d'autre à signaler, les photos pour le livre sont faites.

Juste après, nous filons Grand Place de Bruxelles. Nous avons rendez-vous au musée pour faire les photos du souterrain. Nous nous faisons spolier cinquante euros, c'est le droit pour faire les photos. Ca me fait penser au douaniers de la Centrafrique ou de Colombie, corrompus à mort. (Et encore, s'il s'agissait de photos destinées à l'internet, c'est 100 euros). Face à cela, leur galerie est miteuse. C'est un tunnel rectiligne de moins de cent mètres de long, encombré de câbles 1000 volts rangés n'importe comment. C'est sans compter le gaz et les tuyaux d'évacuation d'eaux sales. Bref, une visite qui ne vaut vraiment pas le détour, mais tout au moins nous aurons des photos à présenter pour démystifier.

A Bruxelles Central, je suis sidéré par la foule en heure de pointe. Des flots dans tous les sens, ça vaut le coup d'être vu ! Le grand escalier est écrasé par le passage de flux incessant se croisant et s'entrecroisant. J'en ai raté mon train ! (manque d'attention)

18 mars

Un départ sur les chapeaux de roues, je suis en retard à la limite de louper le train. J'arrive à temps à Boitsfort, puis à Bruxelles midi. Dans l'Eurostar, je suis à côté d'un poivrot qui s'enfile du whisky comme de l'eau. "Bienvenue dans l'eurostar (...)" "ferme ta gueule sale con, heeueueu" tout ça en criant dans le wagon. Très charmant, un voyage agréable. En arrivant à Lille, à peine la porte ouverte, j'ai été accueilli par "nous vous prions de nous excuser pour ce retard" + trois CRS à l'air très sympathique. Ah oui c'est vrai, c'est la France...

A Lille, j'ai deux heures de fourche, j'en profite pour aller voir la maison d'Alice. Mario je ne peux pas parce que c'est trop loin. Rien de bien intéressant, il n'y a même pas de nom sur la sonnette. Je me fais discret et reprend la Rue de Thionville en marche arrière.

Je retrouve Antonin à Lille Flandres sur un fond de retards et de trafic TGV interrompu pour cause d'alerte à la bombe. Juste après dans le train pour Calais, nous nous faisons virer par un contrôleur stalinien - le wagon est réservé pour des gosses. Voyager en France est un véritable plaisir.

A Calais, Antonin se souvient parfaitement de chaque rue. Nous avons trouvé Maubeuge rapidement et après quelques errances, nous voilà au glauckhotel. Après avoir rencontré Benoît Leducq (notre guide), nous allons voir l'usine pour la première fois. Elle est très belle, un peu comme Feluy, éclairée de centaines de néons.

Une citation dans la voiture :
-c'est une légende les clandestins de Calais ou il y en a effectivement à chaque coin de rue ?
-Tiens bah là c'en est un. Et puis là aussi. Et puis là aussi. Et puis là aussi. Et puis là aussi.

19 mars

A l'aube de l'aurore, nous voilà partis. Notre rendez-vous est à 7h45, ce qui nous laisse très largement le temps de prendre un petit dej (une couque au chocolat délicieuse + un café). Sur le chemin de l'usine, nous prenons quelques photos de clandos, surtout près de l'église Saint Pierre-Saint Paul.

Nous sommes accueillis à l'usine de manière un peu hasardeuse-bazardeuse. La personne qui doit s'occuper de nous n'a pas le temps. Après des réticences compréhensibles, le chef de poste nous autorise à visiter le chantier seuls. Une règle à suivre : ne toucher à rien. Nous tentons de rassurer en disant que nous avons l'habitude, mais sommes-nous rassurés nous même ? C'est une usine dangereuse, surtout parce que nous ne connaissons pas très bien le process. Nous n'avons touché à rien, une évidence.

En gros, c'est une usine en trois parties distinctes. La partie grillage (transformation du ZnS en ZnO), l'épuration des gaz SO2 et enfin la transformation du SO2 en SO3 et la fabrication d'acide sulfurique (le contact). La partie grillage est assez conventionnelle pour nous. Un hangar de stock de blende, un criblage dans un trommel, un four circulaire, des convoyeurs, des compresseurs, puis des centaines de canalisations. La seconde partie comporte beaucoup d'appareillages inconnus. Ca ressemble à un musée Beaubourg, mais entièrement constitué de tuyaux dans tous les sens (car j'oublie de préciser que l'usine est à ciel ouvert). On y trouve des canalisations de toutes sortes, des vannes, des cuves, des silos, des ventilateurs énormes (4 mètres de diamètre), le tout dans un enchevêtrement complexe de tuyaux bizarres, de panneaux danger, de panneaux ultra-danger, de panneaux ne-pas-être-là-est-obligatoire...

Je décrirai le process dans un second temps. En premier lieu, je voudrais décrire de manière générale cette visite qui fut très difficile mais agréable par sa richesse. Dans la salle de contrôle, nous faisons connaissance avec le personnel. Nos discussions (et quelques blagues vaseuses) ont permis de détendre l'atmosphère. Bon, c'est vrai qu'on a quand même vu du laminoir, des haut-fourneaux, des cokeries, des triages-lavoir, des tréfileries, des aciéries... Donc ça permet de mettre en confiance - au moins un peu - de montrer que nous ne sommes pas dans l'inconnu. Ca s'est d'ailleurs bien passé, autrement que du "moi je connais donc je m'incruste dans votre usine". Ce fut un bon échange.

Après une quantité faramineuse de cafés, nous faisons connaissance avec chaque ouvrier. C'était marrant de prendre le mécanicien en photo à côté de ses calendriers pornos, en train de montrer ses beaux muscles devant le grand chef.

Dans la salle de contrôle, il y a un immense tableau synoptique représentant chaque étape du process. Le moindre flux est mesuré avec précision et en permanence. Le procédé de fabrication est en flux tendu càd il y a une poussée à l'entrée et une aspiration à la sortie. Chaque changement de paramètre bouleverse l'équilibre d'une réaction qui déjà à la base est instable... Je remarque que le personnel est sans cesse attentif. Ils peuvent prendre un café, mais cette pause ne leur fait pas de quitter des yeux les courbes qui se tracent seconde après seconde sur les papiers millimétrés.

Nous avons eu quelques difficultés au matin avec le vent, l'après-midi aura été d'une atrocité bien pire. Des rafales de vent mêlées de pluie intense ont rendu les prises de vue proche de la torture. Du coup, j'ai opté pour l'enregistrement sonore. C'est d'ailleurs un choix dont je suis heureux car les bruits de cette usine étaient vraiment d'un esthétisme impressionnant. Chaque mètre carré a son bruit particulier, entre le grondement, le grincement, le claquement, le roulement... Terriblement intéressant.

L'après-midi est donc épuisante, un vent déstabilisant. Nous faisons connaissance avec le chef de poste de l'après-midi (rotation de personnel en 3 fois 8). Toujours un accueil aussi chaleureux, nous allons voir chaque ouvrier au poste de travail, sauf si c'est manifestement dangereux. Entre les centaines de tuyaux danger acide sulfurique au-dessus à droite à gauche, autant dire qu'on prête attention. Nous en profitons pour faire un autoportrait devant une cuve "danger fluor". Avec le casque et les lunettes de sécurité, une tronche bestiale !

Notre attention n'aura pourtant pas été suffisante. Evités les pièges des tuyaux brûlants, évitées les marches glissantes, mais pas les vapeurs. En grimpant un escalier, tout d'un coup c'est le choc. Une seule respiration bien terrible, un air chargé de gaz SO2. Ca brûle le nez, et ça décape la gorge. C'est l'impression d'avoir un méga rhume depuis deux semaines, la gorge devenue piquante et douloureuse, la trachée comme défoncée par deux semaines de bronchite bien dégueulasse. Heureusement, ce fut sans aucune conséquence.

La fin de la journée est difficile. Le vent rend la visite presque impossible. Il n'est pas question de se faire emporter par une rafale sur une passerelle perchée à quarante mètres de haut... Nous finissons donc les photos sur trois personnes en train de nettoyer les faisceaux de la chaudière de récupération. Ils tiraient fort sur une canne afin de décoller la calcine des tubes. L'accumulation de calcine sur les tubes et sur les parois intérieures gêne le passage des gaz et altère l'échange thermique indispensable pour abaisser la température des gaz à la sortie de la chaudière dont c'est le but (de 980°C à l'entrée à 320 °C environ à la sortie) et maintenir une production de vapeur le plus stable possible (jusqu'à 30 Tonnes/heure) d'ou la nécessité de nettoyer les faisceaux quotidiennement.

Nous rendons notre feuille de présence au chef et signalons la sortie de l'usine. Ils sont en train de manger un briquet. Ils m'avaient vu avec le micro et m'interrogent sur cette pratique. Alors, je leur fais écouter cinq secondes d'un grincement. "Ah oui, c'est en haut de l'escalier près de ci et ça". C'était juste là au mètre près. Impressionnant car cette usine comporte au moins 300 échantillons de sons à la fois différents et tous semblables. Ils la connaissent bien leur usine.

Aussi, ce fut une promenade olfactive assez intéressante. Au début, les stocks de blende ont une odeur soufrée assez prégnante (le soir encore, on avait l'impression de la sentir partout, même dans la taverne...) Ensuite, chaque partie de process a son identité, le piquant irritant de l'acide, le brûlé du four, l'odeur de chlore des aéro-réfrigérants... On ne s'est pas ennuyé.

A la taverne, autour d'une bière ou d'un chocolat chaud, Benoît nous explique comment il nous a connu. C'est par l'intermédiaire de Patricia Perdrizet qui avait fait une expo sur un thème industriel. Chouette de voir comme le monde est petit. J'ai son adresse, il faut que je la contacte...

Après une pizza bien rassénérante, nous repartons au front, des photos de nuit de l'usine. Il y a 381 néons, ce qui fait une mozaïque intéressante au milieu d'enchevêtrements devenus complètement différents avec cet éclairage. Les photos sont malheureusement difficiles à cause du vent, ça fait bouger le téléobjectif. Nous allons également jeter un oeil à Tioxide, l'usine d'à côté, avec qui un échange de bons procédés est fait (échange de vapeur contre eau déminéralisée). Tioxide fait partie de la famille des kikrach-kifümm, un paysage splendide. Sur ces routes, nous avons croisé pas mal de monde, que des clandos. Il faut dire aussi qu'on a bien choisi nos chemins : routes industrielles le long du terminal ferry, chemin de fer abandonné... Je rêverais de faire un reportage sur eux, mais je me doute que c'est irrespectueux par rapport à leur dure situation.

Sous un vent bestial, nous rejoignons le glauckhotel. Antonin me présente la télé : Jean Pierre Crouton et ses fans, le tout dans une édulcoration de rose fluo, rouge et jaune. Il parait qu'il faudrait que je regarde le bigdil.

Annexe : description du process de grillage de la blende. (C'est assez technique, donc à passer...)

La blende est un minéral à l'aspect granuleux, plutôt brun, une couleur qui tend quelquefois au mauve foncé. Ce minéral est livré en poudre très fine par camions (il a déjà subi la flottation). Cette poudre colle aux pieds. Elle est tellement fine qu'elle s'imprègne et colore le cuir des chaussures. Cette poudre est acheminée jusqu'aux trois trémies de stockage, puis vers une trémie tampon qui permet trois heures et demi d'autonomie environ. De la trémie tampon, ça part au grillage. Ce terme semble être répandu, car quand j'en ai parlé à Sandy, ça lui a tout de suite évoqué un process défini.

A Calais, il n'y a pas de flottation ou de recyclage de scraps, ce n'est que du grillage. La blende provient principalement d'Amérique du Sud (a priori Pérou et Mexique). Elle est acheminée dans un four circulaire à 900 - 980 degrés. C'est un procédé qui libère beaucoup de gaz SO2 sales, nécessitant une épuration. La blende est le minerai de sulfure de zinc, mais ça comporte aussi du mercure, sélénium, etc. le grillage consiste à cette opération :

ZnS + 3/2 O2 –> ZnO + SO2

Des réactions parasites peuvent se produire, comme la formation de sulfate.

ZnO + SO2 + 1/2 O2 –> ZnSO4
ZnS + 2 O2 –––> ZnSO4

A Calais, c'est un grillage en lit fluidisé. Les particules à griller sont mises en suspension dans de l'air, qui est insufflé à travers des orifices de 5 mm de diamètre. La teneur résiduelle en soufre, principalement sous forme de sulfate, est de 2% environ. C'est le procédé Vieille Montagne.

Ensuite, la calcine est attaquée par une solution diluée d'acide sulfurique. Cette solution est récupérée pour être recyclée en amont des opérations hydrométallurgiques. L'oxyde de zinc passe en solution par lixiviation.

ZnO + 2 H+ + SO42- –> Zn2+ + SO42- + H2O

S'ensuit une électrolyse. Le zinc se dépose sur des cathodes en aluminium, il en est décollé par stripping. La solution, après épuisement aux deux tiers des ions Zn2+ et régénération de l'acide à l'anode en plomb, est recyclée en amont des lixiviations. Le zinc produit est très pur : quatre 9 càd 99,99%. Par contre, on a une grande quantité de sous-produits à retraiter.

Le SO2 produit lors du grillage est transformé en H2SO4 selon le procédé de contact à double catalyse. On forme du SO3 par le procédé Bayer, soit une oxydation de SO2 par l'oxygène de l'air, à 420 degrés, en présence de catalyseurs. L'oxydation est exothermique. La réaction commencée à 420 degrés atteint 600 degrés. Avant introduction dans le lit suivant, le gaz formé est refroidi à 420 degrés.

SO2 + 1/2 O2 -> SO3

La dernière étape de l'usine est la formation d'acide sulfurique.

SO3 + H2O —> H2SO4

Les acides sont triés dans trois réservoirs, les titrages à 96%, les titrages à 98% et un dernier réservoir variable servant de tampon dans les titrages, un correcteur en quelque sorte.

Parmi les sous-produits de la blende, le mercure est stocké puis évacué. Je n'ai pas d'informations concernant le sélénium et le germanium. Le titane est vendu pour pigmenter les peintures. Le fluor est utilisé pour l'acide fluorydrique. Le plomb, le fer, le cadmium, le cuivre, sont réinjectés dans leurs circuits respectifs.

C'est un survol de l'usine, les données sont très synthétiques. J'espère qu'elles sont suffisament claires. Toutes les productions de grillage sont acheminées à Auby, un autre site de grillage près de Douai. Mais Auby comporte en plus les dernières étapes de formation du zinc, dont la mise en forme par laminage. L'acide sulfurique est vendu directement.

20 mars

Assez tôt, nous prenons un petit dej au même troquet. Nous profitons du trajet pour dire du mal de pas mal de personnes. Tout le monde y passe. Même Antonin puisque je me permets joyeusement de l'embêter sur sa consommation tongique et fumétique. Calais est une ville étonnante pour la France. Il n'y a pas trente flics au mètre carré et pas vraiment de zivas. Par contre, ça jackaille sévère. Les jacky sont omniprésents : ailerons sur la bagnole, prises d'air pour refroidir le moteur cent mille chevaux, fermetures de portes chromés en forme d'obus...

Dans le train du retour, vraiment rien à signaler, mis à part une femme jacky. Elle était full options, une bague par doigt, vingt litres de maquillage, faux cheveux, prise d'air à la poitrine pour compenser les chaleurs...
Je rentre sous la pluie, bien vanné. Pour cause climatique, on a abrégé. Sur la digue à Dunkerque le long de Sollac, on aurait volé avec les rafales... C'est remis à une prochaine fois.
Ce fut Humidecore. On en a bavé, mais purée c'était chouette.

 

23 mars

C'est un peu l'oeil du cyclone. Tout va bien, c'est calme - enfin, pour l'instant. Au vu du nombre de projets en cours, je sais que ce sera absolument débordant durant deux mois encore, pour aller s'écraser ensuite dans une belle indolence des mois d'été. Je n'ai pas envie de foncer tête baissée dans cette furie, mais je sais que c'est inévitable si je veux terminer les différents projets. Soyons optimistes... rien n'est perdu, donc tout est à gagner. Je ne sais pas si tout ce travail sera reconnu, mais à vrai dire, ça m'importe peu. J'ai toujours été attiré par les démarches gratuites. La rentabilité me désintéresse des projets.

Bernard a perdu son travail et ça me fait chier. J'aimerais l'aider à trouver un nouveau truc, mais est-ce bien mon rôle ? Bof bof... La Belgique n'est pas un pays facile au niveau de l'emploi. Quand tu as quelque chose, c'est bien parce que comparativement à d'autres pays, tu es assez bien payé. Mais le problème, c'est que la place occupée est instable. Sans cesse sous la menace d'être viré, d'être en faillite, de subir une restructuration miteuse. Sans cesse à te dire que c'est peut-etre la fin demain.

Je reviens sur Calais. J'ai bien aimé tous les instants en dehors de la visite d'usine. C'était paisible, à la découverte de l'ambiance de la ville, de la culture et des images données par les rues la nuit. Calais est une ville qui a une identité intéressante, au contraire de pas mal de ville du Pas-de-Calais. Je suis repassé par Hazebrouck. Ca m'a remémoré une image détestable. Je n'aime pas cette cité embourgeoisée, bien trop fière et vide de patrimoine.

 

24 mars

Ce matin, je me suis réveillé avec une méchante tension dans le cou. Je suis vraiment fatigué mais ce n'est pas grave, je tiendrai le coup, ce n'est pas la première fois. Pour me détendre, un peu d'Arrested Development n'a pas fait de mal (oui, les baba-cools des années 90). Ca me permet aussi de me plonger dans une délicate ambiance africaine. Ce dont je n'ai pas parlé encore, c'est que je suis en train de travailler sur un long projet d'illustration pour Renaud. D'ici un mois et quelques, il va vendre un CD et je m'occupe de tout ce qui a trait à l'imagerie de ce projet. C'est un sujet que je trouve très intéressant, parce que outre le fait qu'il soit un ami d'enfance, travailler sur une thématique définie et de longue haleine me passionne. Je puise mes racines d'inspiration dans les vieilles thématiques de la Zulu Nation. N'empêche que la barre est haute, parce qu'il est évident qu'il ne faut pas que mon illustration devienne un clone du boulot de Jean-Philippe Stassen. Enfin, il est tellement bon et je suis tellement mauvais, il n'y a pas beaucoup de risques. Bref, côté dessin, le carnet de commandes est bien plein ! Une cerise pour Laurel, un dessin de Grenoble pour Shan, des portraits (parce qu'il faut absolument que je me dépèche de terminer cette série de 9 portraits de dessinateurs de bédé...), la liste s'allonge. Hier, j'ai commencé quatre esquisses, j'en profite pour mettre en avant la minorité ethnique twa, un sujet qui me tient à coeur.

En parlant d'ethnies, le bordel kosovar de la semaine dernière m'attriste. Ils sont nombreux à grommeler qu'avant avec l'unité, la nation avait une identité. Maintenant c'est la division et le bazar. Les conflits n'ont rien réglé parce que les frontières des entités culturelles et religieuses sont inexistantes ou presque, il y a des musulmans, des cathos, des orthodoxes éparpillés un peu n'importe où (c'est normal). Il y a du cyrillique et du latin, des yougoslaves et des immigrés, des gens attachés au concept de nation et d'autres qui s'en foutent... Ils étaient un petit quelque chose sur la scène internationale, aujourd'hui ils ne sont plus rien - mis à part le souvenir de combats inter-ethniques. Les haines religieuses ont détruit la Bosnie et la Serbie, alors pourquoi recommencer encore une fois ? Les évènements de Kosovska Mitrovica sont bien tristes, j'espère que ça restera une brèche isolée... Il serait temps de réaliser que l'unité ne fait pas de mal...
Construire un mur dans Mostar comme le fait Sharon ? Virer tous les albanophones parce que le Kosovo est un repaire de bandits de grands chemins ? Couper la Bosnie en deux ? Allez, on fait un peu la paix hein ? Drapeau blanc.

 

26 mars

Une image que j'ai trouvé très plaisante. Le soir dans le jardin, un bourdon tout transi de froid, arrivant à peine à bouger. Sandy qui sort le sèche-cheveux et frrooooouuu. La bestiole étirait les pattes "hum vas-y, un peu plus à droite, oui voilà". Deux minutes après, elle commençait à papillonner. Bien évidement, ça n'a pas duré longtemps. C'est le froid qui a gagné...

28 mars

Un week-end surchargé. En plus de ça, notre chère voisine du dessus (et propriétaire) a fait la fête jusque 3~4 heures du matin. C'était affligeant : des cris de gros porcs bourrés. Cette personne m'est vraiment très antipathique.

Samedi, concert de Taraf à Boitsfort et dimanche, une visite souterraine agréable avec Bernard, Sandy et Christelle. Nous nous retrouvons à Floreffe, le fief de notre Bernardounet national. Peu de temps après, nous arrivons à Godarville, cela presque sans erreur. Nous partons pour une visite d'un ancien canal souterrain gabarit 300 tonnes, dont les entrées sont un peu masquées par la végétation. Les deux porches du tunnel de Godarville sont monumentaux, rouillés et envahis de quelques ronces, mousses et lierres - un sentiment d'abandon très agréable. On y retrouve encore de gros anneaux servant à attacher des péniches.

L'intérieur du tunnel est en grande partie rempli de sables et de vases (rien d'odorant). Il y a une margelle sur le coté, elle servait au passage des chevaux, afin de tirer les péniches. Au début, j'ai fait une erreur grave. J'ai voulu prendre une photo à partir du centre du canal et je me suis enlisé dans la vase jusque la cuisse. Hürmpf !
Ce n'est qu'au centre du tunnel que l'eau recommence à prendre ses droits.

Le paysage du tunnel est assez intéressant, un diamètre de 6 mètres au moins, des coulées esthétiques sur les parois, un petit pont vers la fin, des rambardes amusantes. Mais le point d'intérêt le plus marquant, ce sont les concrétions. Elles sont de formes complètement excentriques, il y en a même qui ressemblent à des salades, des algues, des araignées concrétionnées. C'est sans parler des dizaines de variations de couleurs. Magnifique.

Juste après, nous allons voir le tunnel de Bête Refaite, mais il est obturé par une lourde grille. De retour à Floreffe et après une petite pause, nous allons manger dans une friterie qui a tout pour plaire à Ryu.
Bien fatigué, c'est dodo à 21h30. Fait ch* ce changement d'horaire.

29 mars

Je crève sous le manque de temps. C'est devenu complètement ingérable. Heureusement, je n'ai aucun projet à livrer pour cette semaine, donc il n'y a rien de catastrophique. C'est juste une sensation de dépassement parce qu'il y a des tonnes de trucs à finir assez rapidement. Il faudrait que j'y bosse toute la journée, mais bon, ce n'est pas avec les dessins et les textes que je peux m'acheter à manger. Il faut quand même recentrer sur l'essentiel, c'est mon employeur qui me permet de vivre. Donc les dessins et les textes sont en attente...

tchorski
Ramené d'une caserne de l'Armée Rouge en Estonie

1er avril

Une semaine où j'ai l'impression de vivre en apnée. Lundi, j'ai plongé dans le retard intense, ce n'est qu'avec peine que je retrouve la surface. Mais ça n'a rien de bien grave, il suffit de bosser un peu pour remonter la pente. C'est un peu vide de sens comme période, mais je sais que ça repartira plein pot dès ce week-end...

Actuellement, je prépare mes dernières visites de souterrains en belgique dans le cadre de la réalisation du bouquin sur ce thème. C'est assez pénible, ça consiste surtout à rédiger des lettres de demande, se présenter, téléphoner à pas mal de personnes. Hürmpf, je n'aime pas trop ça, mais c'est indispensable. La dernière visite avec Bernardounet s'est bien passée et je ne me lasse pas de descendre avec lui. Malgré tout, j'aimerais aller un peu plus dans des endroits qu'il ne connaît pas, parce que pour l'instant, c'est beaucoup du déjà vu pour lui... Il a acheté une berline le mois dernier. C'est un véritable tank, elle fait approximativement 4 mètres cubes. J'espère qu'il n'aura pas de problèmes avec la commune lorsqu'il la mettra devant chez lui. Je ne m'attendais vraiment pas à un monstre aussi imposant.

Les ogres sortent un nouvel album la semaine prochaine. Va falloir trouver ça ! J'apprécie beaucoup les illustrations d'Aurelia Grandin (la personne qui travaille les pochettes de leurs albums). C'est un mélange de thèmes adultes avec un style de dessin pour enfant, un paysage de marionettes et d'art populaire. C'est très naïf comme travail, c'est ce qui vient donner toute la richesse aux scènes de pêcheurs, de fêtes foraines et de monstres bizarres. Son talent est d'une grande richesse, impossible de s'en inspirer tellement c'est personnel - ça laisse une empreinte dans le coeur après être passé là.
Ca me fait penser que j'aimerais bien travailler pour la fanfare du Belgistan. Mais peut-être qu'au niveau graphique, ils veulent évoluer dans le même cadre que les ogres... Dès que le planning se libère bien, je les contacte. On verra bien...

Concernant mon illustration de Jung, je vais la retravailler un peu, surtout au niveau des ombrages du pull et du nom marqué en dessous avec des lettres maladroites. Je ne lui ai pas encore envoyé, je stresse un peu (si si, c'est vrai). J'espère que ça lui plaira.

2 avril

Cette semaine, je suis exceptionnellement en retard. Par exceptionnel, je ne veux pas dire que ce n'est pas habituel, c'est juste que là, c'est beaucoup plus que d'habitude. J'avais tendance à dramatiser ce genre de situation, maintenant je le prends avec un tout petit peu plus de recul. Comme je le redis, j'ai un travail à plein temps (et plein chiant) et je ne peux pas bosser 24 heures sur 24 sur des projets d'illustrations, de bédé et autres...

Hier soir, j'ai été voir Dolls, un film de Takeshi Kitano. De manière systématique, je fais tout pour éviter les films américains gros cul-gros nichons-gros flingues, parce que ça m'emmerde lamentablement. Du coup, je privilégie les films d'auteurs ou les productions étrangères pas américaines. Hier soir, voilà donc un film japonais sur lequel je pars avec un a priori positif, le réalisateur ayant déjà produit des trucs plutôt sympas. Résultat, après deux heures ennuyeuses, je ne sais toujours pas quoi penser de ce film. Je n'ai qu'une phrase à l'esprit : c'est pas normal, c'est pas un film normal.

Le contenu est vide et décousu. En gros, ce sont des tranches de vie plutôt absurdes d'amoureux où tout va à contre sens dans leur vie. Le plus détaillé là dedans, c'est une madame qui perd la raison. Son monsieur l'attache avec une corde et ils marchent sans arrêt. Mais alors attention, ils marchent durant des heures et on ne voit que ça le long de scènes interminables. Comme dans Kikujiro, les scènes d'errances sont chères à Kitano. Mais purée, même si les paysages et les couleurs sont magnifiques, on se fait réelement chier.

Kitano s'est fait démonter sur ce film. Il n'y a vraiment pas de scénario, beaucoup de scènes sont inutiles voire pénibles. Il parait qu'il faut y voir de la poésie, comme une peinture d'attentes amoureuses. L'amour est une porcelaine délicate, laissez-le s'échapper est il se brise, irrémédiablement perdu (traduction de Kitano). Hurmpf, j'ai déjà vu et apprécié beaucoup de films bizarres, mais là je ne comprends pas. Le jeu des acteurs est pratiquement le seul fait vraiment intéressant. Hidetoshi Nishijima et Miho Kanno s'en sortent bien (à noter une véritable métamorphose pour Miho Kanno, surtout parce qu'elle est contrainte à ne pas laisser transparaître d'exubérance) L'univers de la folie est un thème qui m'intéresse beaucoup, surtout les dérives dans le mutisme et l'autisme, mais là j'avoue que je suis déçu par Kitano. il aurait pu tourner ça avec beaucoup plus d'imagination. Ne serait-ce que la première scène de Bunraku, c'est trop "burlesque" et vraiment long. Heureusement qu'il y a un talent photographique exceptionnel dans l'image de ce film, c'est presque la seule chose qui anime l'esprit.

4 avril

Ce week-end, j'ai vraiment bossé comme un marteau, du matin au soir sans faire de pauses. Je ne saurais même pas lister tout ce que j'ai fait. Le retard était intense, c'est à peu près rattrapé. Est-ce que je m'en sens mieux ? Allez, un petit retour en honnêteté, est-ce que je me sens mieux d'avoir tout ça derrière moi ? Hum... J'avoue que non. Beaucoup trop de travail et un esprit sclérosé, je sais que ça reprendra demain, je sais qu'après demain sera sensiblement pareil ou pire. J'ai besoin de vacances. Les grandes vacances comme quand j'étais gosse. Un peu dans les steppes, un peu loin de tout et de tous. Je ne peux pas, il y a trop de projets à livrer sur lesquels je me suis engagé dur comme fer. Fin mai, ce sera des vacances, des vraies de vraies. Un mois presque complètement sabbatique. C'est certain parce qu'il y a trop de stress à évacuer. Et en septembre la Bosnie. J'attends cette période comme un oasis.

Il reste sept sites souterrain à visiter avant l'échéance de rendu des photos : Comblain au Pont, le souterrain de l'Abbaye de Floreffe, Philippeville (compromis), la mine de fer de Musson, Mazy-Bossières, le Fort de Saint Herribert, la mine de charbon de La Chartreuse à Liège. A cela vient d'ajouter la visite de la carrière souterraine de Savonnière en Perthois. Le planning va être très très serré. Je ne vais pas me sentir bien à l'aise dans les semaines à venir.

En ce moment et en contrepartie, je m'intéresse pas mal à la musique malienne. Je ne connaissais vraiment pas la musique africaine, je n'avais parcouru que Lokua Kanza. Là, je m'éclate bien avec une dizaine de nouveaux CD. Rokia Traoré, Idrissa Soumaoro, Boubacar Traoré, Salif Keita (magnifique !), Abdoulaye Diabaté, Batourou Sékou Kouyaté, etc... Au contraire de ce que je croyais, c'est une musique calme et reposante. Je fuis les grands classiques Youssou'n Dour ou Angélique Kidjo. J'ai envie de retrouver de l'authenticité, et comme le Mali est un pays que j'adore, je m'évade et ça fait du bien, surtout en cette période où je suis carrément sous pression. Ca me donne plein de belles images.

 

6 avril

Un peu l'impression que j'ai un peu trop cru en l'humain et surtout bien trop cru en moi. Ma capacité de communication est faible et ce matin, c'est un peu le sentiment d'un échec. Aller à contre-courant de sa nature n'est pas évident. J'avais tenté d'enrayer cet élan infatigable de misanthropie mais rien à faire, dès que les évènements se gâtent un tant soit peu, je retrouve l'aigreur de mes beaux jours. Comment faire pour ne plus détester les humains à l'emporte pièce ? J'aimerais y arriver, parce qu'en classant n'importe qui dans le détestable, je n'apprends rien, je reste dans ma tour d'ivoire. Ce matin, j'ai fermé trois portes, trois endroits où je bavardais. Un devenu détestable (La Règle du Je), deux autres où j'ai été indésirable. Je n'ai pas le courage de repartir sur de nouvelles pistes. Je me sens fatigué de devoir sans cesse luter contre moi-même. On ne naît pas ours, on le devient par faiblesse, ou par lâcheté ? Il va falloir remonter la pente.
Mieux vaut regarder devant soi que se retourner sur l'endroit où l'on a trébuché. (Proverbe malien).

 

8 avril

Non je ne ferme pas ce journal. Mes écrits ne sont pas dépendants de l'humeur de trois frustrés et quelques dépressifs en mal de médisances.

Ce matin, j'ai bossé comme un fou pour la réalisation du bouquin. Le projet a bien avancé, heureusement parce que je commence à en avoir marre. Faire des courbettes au téléphone à longueur de journée, c'est vrai que c'est un peu lourd à la fin. Bref, des visites se confirment, d'autres s'infirment, le petit quotidien habituel d'un explorateur... Le seul truc qui me chagrine, c'est que je ne pourrai pas publier mes photos de fosses communes, c'est trop glauque. C'est entièrement compréhensible, ça ne tente vraiment pas grand monde de voir du cercueil, du linceul et de la toile d'araignée... Ces photos resteront bien enfermées dans leur tiroir.
Pour ce week-end, je risque de me retrouver chocolat bleu-pâle faute d'organisation. C'est un peu embêtant parce que les dernières visites risquent de se concentrer sur quelques semaines, ça va être un peu trop pour être agréable...

Autrement, une discussion a amené du positif sur le prochain voyage en Bosnie. Maintenant, une esquisse d'itinéraire est tracée. C'est vraiment très chouette parce que je peux commencer des recherches plus précises sur des villages, ne serait-ce que pour voir s'il y a des lignes de bus, des soba (chambre d'hôte), si les prix d'hébergement ne sont pas délirants... Ca m'apporte de l'oxygène de faire ça, parce que je me sens à l'étroit dans mon quotidien. J'ai besoin d'espace, de culture étrangère, de différence, de remise en cause des habitudes... Je vais faire d'ouest en est. première étape de recherche : Bihac.

Ce matin, je réflechissais un peu à mes prochains dessins. Je persiste plus que jamais dans mon envie de faire des portraits (malgré mon investissement dans d'autres projets, qui sont soit destinés à des amis soit des remerciements). Neuf portraits de dessinateurs, ça avance peu à peu, sans retards. Ce matin, je me suis dit : et si je faisais un portrait d'Aurelia Grandin ? Personne ne l'a jamais fait... Il faudra du courage, elle n'a pas de mail, je vais devoir lui téléphoner - ce qui pour moi est une épreuve. Mais je veux dépasser cette difficulté, lui proposer et on verra bien... Ca ferait dix portraits au lieu de neuf. Pourquoi pas... J'hésite.

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Etiquettes de champignonnistes, Savonnières

11 avril

On est le 11 avril ou le 11 mai ? Il faut que je regarde sur un calendrier pour être sûr : je suis une passoire oui ou non, c'est dingue de ne même plus savoir ça...
C'est un week-end à la fois indolent et surchargé, à la fois tranquille (plus de retard) et sous le stress des rendus du mois de mai et juin. J'ai choisi une vie qui n'est pas entièrement tournée vers la facilité, donc je me dois d'assumer. Si du côté photos il y a de moins en moins de problèmes, les projets de dessins à rendre sont en stagnation. Ce n'est pas grave. Tranquillou hein...

Hier, j'ai fait des courses et je me suis acheté du matériel pour de l'aquarelle. Je ne possède presque rien de valeur, un petit excès de temps en temps n'est pas bien grave. Je voulais aussi une mine de plomb, mais je n'ai pas réussi à en dénicher. L'aquarelle semble être difficile à utiliser. Au contraire de l'huile, il faut réfléchir eau. C'est à dire que les rendus sont conditionnés par la manière dont l'eau est déposée sur le papier. Pour moi, c'est extrêmement nouveau. En tout cas, je pense que ce sera bénéfique parce qu'une fois de plus, ça m'obligera à maîtriser une technique qui n'a pas grand chose de commun avec l'ultra-réalisme. Ce réalisme, je n'ai pas du tout envie de l'abandonner. C'est ce qui m'intéresse avant tout, imager mon quotidien, mes amis, des vagues connaissances : il y a un terrain de jeu en quelque sorte. Mais je voudrais maîtriser les autres techniques : gouache, huile, aquarelle, acrylique, parce que je crois que ces autres médiums apportent une connaissance intéressante sur le travail de l'hyper-réalisme au crayon de graphite. En attendant, je ponds des horreurs. Je dois faire face à de grandes difficultés : il faut reconnaître que c'est un peu normal, j'ai commencé hier !

Mousty roupille comme à son habitude sur le divan, une machine à laver tourne et je vais pas tarder à entamer un nouveau portrait au crayon. Juste avant ce texte, c'est une illustration pour Josée. J'aime beaucoup son journal. Canadienne, elle est venue s'installer à Grenoble. Il y a un peu de parcours commun dans ses bonheurs et ses désillusions. Mon cheminement d'expatriation a été un peu plus chaotique par contre, mais il faut dire que je ne savais pas encore bien à quoi m'attendre. Au fond, je garde toujours cette peur viscérale de retrouver la pauvreté. C'est stupide et je le sais. Si j'ai tant galéré, c'est parce que j'étais encore vraiment modelé français. Il n'y avait eu aucun changement en mon âme. C'est pas artificiel une modification pareille - enfin si, on peut, mais alors ça sent vraiment le faux. Ici en Belgique et dans les premiers mois, j'étais un peu en inadaptation. Bref, j'espère que cette illustration un peu sauvage lui plaira... Il n'y a rien de bien thématique, c'est juste un dessin que j'apprécie et que j'ai peint en miroir à son travail.


12 avril

Ce n'est pas en avance que nous partons retrouver notre Bernardounet à Floreffe. Après un trajet presque sans ennuis, nous prenons le départ pour visiter le Fort de Saint Héribert, situé à cheval sur plusieurs communes, la principale étant Wépion.

L'entrée du fort est un trou dans le sol, résultant d'effondrements. C'est au pied d'un arbre et c'est plus que discret. Pour y arriver, c'est le premier arbre à gauche, le troisième à droite, etc... Il faut installer une corde parce que le parcours dans le trou n'est pas très sympathique. Il y a deux cavités dangereuses, un pas de travers et c'est dedans.

L'intérieur du fort propose un paysage mémorable, ce n'est rien de ce que nous avions déjà vu jusqu'à présent. En fait, ce sont des galeries ou des salles ravagées. Les volumes sont assez importants, surtout dans la salle centrale du poste de commandement, mais il n'y a pas cent mètres sans un aspect de destruction. C'est un ancien fort de la guerre 14 qui a été retapé lors de la guerre de 39. Du coup, les militaires ont construit des faux-plafonds en béton et treillis métalliques. Le plus souvent, ce sont ces faux-plafonds qui ont été détruits, mais on retrouve aussi des parois très épaisses démolies par "Le Génie" dans les années soixante.
Surtout dans l'étage inférieur, les murs sont constituées de banches de béton en ondulation. Ces parois ont subi la dégradation du temps et la multitude de petits morceaux de béton par terre vient renforcer cet aspect démoli.

Bon, ce n'est tout de même pas un paysage apocalyptique. Il y a de nombreux endroits intéressants. Dans les casernes, il est encore possible de voir de vieilles inscriptions "poterne", "tenez votre droite" et un mystèrieux G dont personne ne connaît la signification actuellement. Près de l'entrée, il y a également le profil d'un soldat portant un casque de la guerre 14 et des signatures de militaires. C'est sans oublier la présence de nombreuses concrétions, dont un véritable rideau dans le casernement des officiers.

Bref, ce fut une visite intéressante. Bien sûr, ce n'est pas le premier fort à visiter car ce serait décevant à cause de la glauquitude bien renforcée. En plus, on ne retrouve qu'un nombre restreint de témoignages de l'activité militaire, mais ça vaut la peine car c'est un endroit un peu méconnu et dont l'entrée ne tient pas à grand chose.

Juste après, je vais faire des photos de la petite galerie de Floriffoux, un tunnel permettant le passage des berlines de la mine de charbon située à cent mètres de là. Aucun intérêt particulier, sinon une belle inscription datée 1911, en fronton de la porte. C'est histoire de photographier ça, avant la disparition.


14 avril

Et balancer d'un ton rageur "je n'ai pas le temps" ? Hum non, j'en ai marre de ça. Il peut y avoir quarante mille choses à faire, je prends mon temps. Hier, j'ai failli voir les anges de plus près. En rentrant le soir, une branche d'arbre est tombée juste derrière moi. Un bazar de trois mètres de long et dix centimètres d'épaisseur. Juste après, j'entendais craac, un camion qui se la prenait dans les roues. Heureusement, il l'a broyée et rien de plus... Alors les plannings surchargés ? Non, je pourrais être mort à l'heure qu'il est. Je préfère profiter de la vie tant que c'est possible...

Je travaille depuis hier soir sur les souterrains de Belgique. Je viens de mettre en place un début d'inventaire de ce qui existe. Ce sera complété au fur et à mesure par les connaissances de chacun. Dès que la liste est finalisée, j'entamerai une description de chaque site, probablement durant l'été-automne prochain. Ca ne fera pas de mal de faire ce travail là, il y a vraiment un manque sur le sujet, les documentations sont très éparses. Comme c'est sans urgence, ça fonctionnera sans problèmes...

Autrement, je travaille un peu sur le projet d'Elvire. Elle va sortir une bédé sur le thème de l'avorton (des planches qu'elle avait déjà commencé il y a quelques temps). Ca se passe en partie dans les souterrains de New-York au début du siècle, alors je recherche de la documentation. Je lui explique aussi un peu comment fonctionne la lumière la dedans : les couleurs, les incidences, les intensités... Bref, de partout y'a du boulot - mais c'est plaisant. J'ai mis le tunnel de Godarville en fond d'écran au travail (les photos d'il y a deux semaines). A la maison, c'est London Fog. Je m'éclate bien en ce moment.

 

15 avril

Rencontre avec l'éditeur le soir pour le travail sur les souterrains de Belgique. Ca s'est bien passé, à mon grand soulagement. Il fallait démontrer que les souterrains de creusement artificiel, c'est beau. Ce fut un succès. Reste le retard dans le traitement du sujet, mais ça va, on s'en sortira à peu près bien avec Luc.
L'entrevue se finit tard, je rentre à la maison épuisé. Ca fait un peu plus d'un mois que les week-end sont sous terre. Un peu un sentiment de lassitude, mes textes du journal deviennent descriptifs et éjectés sans aucun sentiment. C'est une dure période. Je me sens un peu mal mais je sais que c'est à durée déterminée. Ca ira mieux fin mai.

16 avril

Le soir, je file prendre le train pour aller faire un petit coucou à Melaka. Ce n'était pas du tout le bon moment parce que le planning était très serré, je partais en aventure le soir même. Du coup, j'étais très stressé, je ne me sentais pas à l'aise sous autant de contraintes, d'histoires de train à prendre et de trucs à ne pas rater.

La dédicace est à Brüsel, la fameuse librairie de bédé née des travaux de Schuiten et Peeters. Il y a beaucoup de monde mais l'ambiance est très conviviale. Melaka est exactement comme je l'imaginais. Par là, je ne sous-entend pas que le portrait que j'ai fait est une parfaite réussite, mais bon, je n'ai pas du chercher où elle était cachée.
J'ai profité de cette occasion pour acheter un "Romain" pour Georges et un autre pour Benjamin. J'espère qu'ils seront contents. Georges à eu le droit à un fameux Mammouth Choquipique en dédicace. Pour Elle, j'ai raté le dessin sur son carnet de vie, alors je suis en train d'en refaire un avec Boulet au centre d'une mélancolique 'guerre des lombrics'...

C'est sous le stress que je file de retour à la maison. Une douche éclair et me voilà parti pour Savonnières en Perthois, petit village perdu au sud de la Meuse, dans la Champagne humide.
Un trajet long et fatigant. Arrivée au refuge à une heure du matin.

17 avril

Pas dormi de la nuit ou presque, la fatigue devient gênante. Suite à une faute d'organisation de ma part (je ne suis plus attentif à rien), je découvre avec stupeur que je ne suis pas à Savonnière mais à Lisle Rigault, à 15 kilomètres des visites de souterrains que j'avais prévu, moyens de transports presque inexistants.

Des décisions pas marrantes à prendre, je me suis dit que le mieux est de faire route seul, de manière à embêter le moins possible le groupe spéléo présent ici. Par chance, Benoît accepte gentiment de me conduire sur place. Je suis devant une des entrées de Savonnières à onze heures. J'ai quand même foutu la merde à cause de ma désorganisation.

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Document que j'ai utilisé sur place

La visite à été pratiquement ininterrompue de ce moment là jusque 3 heures du matin, c'est un site souterrain passionnant. C'est une carrière en un seul tenant, comportant une bonne dizaine d'entrées. J'ai navigué sur les grands roulages en allant d'entrée en entrée, une pause à chaque, environ toutes les deux heures. C'était agréable parce que c'est une carrière labyrinthique dont les aspects sont très variés. On passe d'un creusement type Vassens avec constellation de graffitis à des champignonnières laissées intactes et vierges de traces de passages. En plus, les porches d'entrées sont exceptionnellement beaux, surtout celui de la concession "Belgique". C'est une longue tranchée remplie de lianes et surmontée de poutres. Ca forme un espèce de tunnel au milieu de la jungle, dans lequel le sentiment de "ville abandonnée" est magnifique.

Je traverse la carrière dans tous les sens et ne cesse de faire des belles découvertes. Je noterais plus particulièrement la présence d'un secteur (que je ne veux pas nommer ici) dans lequel l'arrêt de l'exploitation est une photographie. Tout est figé sans aucune dégradation : les blocs en débitage, les blocs en équarrissage, les outils encore plantés dans la pierre, les comptes de débitage inscrits sur les murs (en toises), les cordes qui servaient à tirer les blocs, les gants dans un coin de repos... En un seul mot, un immense -Magnifique-

A tourner dans tous les sens, la fatigue s'accumule beaucoup. Mais c'est un souterrain exactement comme je les aime, un réseau labyrinthique et photogénique. Vers 17 heures, je commence à peiner, je retombe toujours sur les mêmes roulages. Je décide donc de sortir et d'aller visiter par une autre entrée (généralement, c'est ce qu'il y a de plus efficace). Je vais donc visiter les réseaux Marlière et Espérance. Là, ce sont des champignonnières laissées intactes. On y retrouve encore une fois tout le matériel : ventilateurs, groupes frigo, tracteurs, charrettes, caisses, tickets de champignonnistes... A noter aussi la présence de nombreux tubes en métal de 50 centimètres de long, diamètre 5 centimètres. Je n'ai aucune idée de leur utilité.

Pour décrire cette carrière, il est indispensable de parler de la présence des grottes. Le réseau est régulièrement recoupé par des réseaux naturels. Ce sont des trous de formes bizarres dans lesquels tombe une pluie drue. A La Sonnette comme La Grande Viaille, j'ai été étonné par les aspects de ces endroits. Ca n'a pas du tout l'air accueillant. J'admire les spéléos qui vont là dedans.
Il y a un endroit où les concrétions commencent à engloutir une brouette, un autre endroit où c'est un tonneau qui subit le même sort.

En 12 heures, j'ai eu le sentiment d'avoir fait le tour de l'essentiel de la carrière. J'estime que pour la visiter vraiment méthodiquement, il faut 24 heures. Je décide de sortir et d'aller explorer "La résurrection" et "La Belle Epine", autres entrées pointées bien plus au sud. Si la première est une carrière à ciel ouvert, la seconde se révèle être un tarn de chez tarn, 4 mètres de long. Avec le parcours dans la forêt, je suis complètement trempé. Du coup, je rattrape au plus cours le souterrain, à l'entrée de "La Gare". De là, je rejoins par le dessous "L'espérance" afin d'y faire dodo. Il est temps, je ne suis plus du tout attentif et je me perds une fois.

Sur le chemin, à noter la présence d'un escalier magnifique, appelé Tourelle. La vérification en surface le lendemain montrera que cet escalier mène à une tour ronde dans un jardin, d'une beauté à toute épreuve.

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Document que j'ai utilisé dans la carrière

Je sors encore par une autre entrée (non pointée, près de l'Espérance) et je vais dormir dans une écurie. C'est un ancien bâtiment de l'exploitation. Les auges sont en pierre de taille, il y a de beaux anneaux. Je suis lessivé ! Mais faut dire aussi que je suis heureux. C'est de l'aventure à l'état pur, de la découverte et du bonheur. L'église sonne trois coups, j'éteins l'acétylène. Puis tout d'un coup, j'entends chip chip chip... Gloups, c'est quoi ça ? Je rallume l'acéto avec le peu de gaz qui reste et je vois deux yeux rouges qui me fixent. Aaaah ! J'ai peur !! En faisant du bruit, la bestiole s'enfuit. Ouf !
Ce fut une nuit glaciale.

18 avril

Au matin, je suis quasiment agressé par deux rougequeue qui ne tolèrent pas ma présence sur leur territoire. Ils me tournent autour en scandant des "tchip tchip" à quelques centimètres du visage. Bon d'accord, je m'en vais !

Il est 9 heures lorsque j'arrive chez Lulu, la boulangerie de Savonnières en Perthois. Je demande trois couques au chocolat puis m'en vais un peu plus loin pour manger. En ouvrant, je découvre qu'il y en a quatre et elles sont super bonnes en plus. Merci Lulu !

Je profite d'une heure de temps libre pour faire des investigations, je vais poser des questions aux gens du village et je suis systématiquement bien accueilli. C'est chouette ! A 10 heures, je retrouve Benoît et c'est le retour vers Lisle Rigault. Ce souterrain, ce fut une découverte passionnante, bien qu'un peu difficile. Je vais proposer une visite à François et Antonin dans les mois qui viennent.

Un peu avant 15 heures, le chemin du retour vers la Belgitude est entamé. Un trajet super fatiguant. Arrivée à la maison 20h40. Pfiou, il va falloir du temps pour s'en remettre.

19 avril

La semaine dernière était très chargée, celle-ci s'annonce de la même couleur. Sauf que j'en peux plus : je craque.
Hier soir, j'ai décidé de prendre ce problème en main. Cette semaine, il va y avoir des changements très importants dans mes habitudes et mon quotidien. A mon avis, il y a besoin de quelques jours pour mettre tout ça en place, ça ne vas se faire en cinq minutes sur un coup de tête. Ca ne va pas plaire à tout le monde, mais il est évident que je suis en "overload". Il y a nécessité de décharger l'emploi du temps, de faire disparaître là où je me suis éparpillé. Je me recentre sur mes objectifs de vie, je vais rechercher l'harmonie que j'ai perdue depuis quelques mois. Ca ne va pas changer le fait qu'affectivement, je suis en souffrance depuis août dernier, mais au moins, ça déchargera de beaucoup d'autres problèmes. Ce sera peut être une solution pour aborder cette épineuse douleur.

A la sortie du train ce soir, je me suis payé une douche mémorable. A peine la porte franchie, il s'est mis à dracher - c'était comme un rendez-vous. Ce n'était pas la peine de courir. Des 17 minutes de marche, je savais que je n'allais pas en réchapper si facilement. Sur un air de "peu importe" : bain-douche de Montmartre, plongée et contre-plongée, bulles d'air bulles d'eau sans savon. Il y avait un chien trempé en train de gambader, je suis rentré à la maison avec une senteur de chat mouillé. Une bonne odeur de peu importe. Les lignes sont parties du portefeuille, bien trop lâches, c'était un nuage timide emporté par le vent : une sensation de je-ne-sais-pas-finalement-si-c'est-si-bien-que-ça. Je ne sais pas. C'est enfoui dans des mystères auxquels je ne penserai plus - peut-être - les soirs d'automne. Il y a des gratuits qui réconfortent, d'autres dont on se passerait bien. Je ne sais pas.

20 avril

Je taille à grand coups de katana dans l'emploi du temps. Je déteste ça, mais au final, ce sont toujours les mêmes histoires qui reviennent. Je ne sais pas dire non et s'accumulent les projets, ce jusque l'intenable. Est-ce un crime de trop aimer la vie ? J'ai tellement envie de la dévorer, ça me coupe en deux de refuser des choses.

Une fois de plus, je recentre sur l'essentiel, l'apaisement de la respiration. Rien de grave, je tiens mes promesses mais je ne m'engage pas ailleurs - pour l'instant en tout cas. Ce journal subira aussi une métamorphose. Je viens de terminer un site regroupant mes dessins : je les fais disparaître du journal (à grand regrets) parce que je ne sais plus tenir les échéances de mise en ligne. Ces lignes ne s'arrêtent jamais. Mes dessins ne suivent pas le rythme. Et comme je fais ça pour le plaisir, je ne veux pas que ça devienne une course, une obligation, un travail "à faire". Il y a eu une dérive. C'est souvent comme ça que ces problèmes arrivent. Vendredi, j'en aurai fini avec la restructuration. Elle ne sera pas esthétiquement positive, mais j'aurai au moins cette impression de revivre.

21 avril

Un origami sur rails, ça m'évoque plein d'images, un wagon en pliage-accordéon courant le long d'un carnet en spirale. Un lourd train omnibus de regrets suivi d'un autre, un IC de joie irraisonnée. C'est dingue d'être gamin comme ça à ne pas savoir faire le tri. En tout cas, j'étais vraiment une bad tongue. Je ferais bien mieux de me taire et de courir chercher Monsieur Malaussène, il attend à la librairie et je ne voudrais pas être en retard.

Ce soir, je répare le vélo. Il est plein de toiles d'araignées. Ca ne lui fera pas de mal une petite remise à neuf.


22 avril

Ca y est, j'ai changé le journal, il n'y a plus d'illustrations. Ca me fend le coeur en deux d'avoir fait ça. Une grande perte de qualité... Mais bon, je n'arrivais plus à suivre comme je l'ai déjà dit. J'ai gardé un backup si un jour je me sens le courage de faire un roll-back. J'attaque les dernières modifications demain. Je ne tiens plus debout, je suis une épave échouée dans des sables mouvants de sommeil, conséquence de la semaine dernière...

Je n'ai presque jamais bossé aussi intensément et en contrepartie, je ne me suis jamais senti aussi vide (ou presque). Ce midi, j'ai eu un changement de pression dans l'oreille interne. Un sifflement, une douleur et paf, le manque d'équilibre. Je n'ai jamais fait autant de photos, jamais sorti autant de productions, il est temps que cela se calme. Je me sens creux, il ne reste plus grand chose de vie privée, ça a été grignoté. Je le sais, je le sens, je recherche un équilibre, c'est difficile. Je m'en sortirai. J'espère qu'on ne m'en voudra pas de lâcher prise comme ça... Mes sources sont taries et j'ai besoin de retrouver un peu de douceur...

Est-ce que vous savez que le dernier album "Rumba Congo" de Kekele est magnifique ? C'est un délice acoustique de balafon, guitares, accordéon, dunun, ngoni et kora. Et puis c'est si doux, on s'endormirait dessus ! Un besoin de tendresse et d'apaisement que je ne retrouve plus que dans ces harmonies. Cet album aux voix calmes retrouve le grand clacissisme de la pop africaine des années soixante. Tout comme Moffou de Salif Keita, c'est un régal, une source de force dont je ne me lasse pas.

(Les illustrations ont déménagé ici)

 

23 avril

Depuis le début de ce mois, je n'ai pas cessé une seconde de me plaindre - il suffit de lire ces lignes pour s'en rendre compte. Finalement c'est vrai, je ressemble beaucoup à mon chat avec ses miaulements de réclamation répétitifs. J'ai terminé la remise à l'heure des pendules. J'espère que ça amènera du positif. Je suis plein d'espoirs (oui, avec un S). Pour certains, ces aspirations sont d'un monde meilleur, pour d'autres c'est la célébrité, pour d'autres encore je n'imagine même pas. Là je tiens un rêve tout doux, un retour à la source de la vie, quelques grammes de bonheur... On ne se rend pas compte, c'est comme une pente glissante, on se met à bosser comme un fou sans même réaliser qu'on en perd le goût du quotidien, sans même remarquer qu'on ne sent plus l'odeur de la mer et les embruns dans le vent. Cet aprem, je pars à Liège pour des photos de souterrains. Le projet commence à prendre un air de bientôt fini. Ca rassure. Plus que sept reportages à faire.


24 avril

Hier, un départ sur les chapeaux de roues. Il faut être à Ouffet à 14h30. Avec Luc, nous avons rendez-vous pour une visite d'un pompage d'eau de la CILE, le captage du Néblon. A l'heure et sans se presser, nous sommes très bien accueillis. La première galerie visitée est située à côté d'un petit bâtiment de chloration. Une porte verte bien massive derrière laquelle se cache une galerie s'enfonçant sous la colline.

La galerie est éclairée avec des néons, elle est parfaitement entretenue. L'eau coule sous des dallots comme à Vedrin, mais ici il y a des trous. On voit l'eau un peu partout, une profondeur de trente à quarante centimètres, un courant très vif. L'aspect est une galerie au rocher, zigzaguant plus ou moins dans les profondeurs afin de retrouver les sources. Au bout, l'eau s'engouffre dans un filtre puis disparait dans des canalisations. Nous avons du porter des chaussons, pas question d'y aller avec des bottes normales. Nous avons pu boire l'eau. Elle est entièrement propre. Le chlore dispersé en très faible quantité n'est là que pour le risque bactériologique, inexistant ou presque.

Un peu plus loin, nous visitons une seconde galerie, près de la maison du résident (un gardien permanent). Le trajet est plus rectiligne et ne comporte qu'une seule source. Nous avons la possibilité de faire un bon open-flash, ce qui est rare. "Mais pourquoi il flashe avant de faire la photo ?"
Nous finissons la visite par la station centrale de pompage : une pompe active et une en redondance, l'appareillage de contrôle de la qualité de chloration, puis un aqueduc brumeux partant jusque Liège.
Une fois qu'on a vu Vedrin, tout cela parait petit, mais c'est une bonne découverte tout de même. C'est ce qui alimente une bonne partie de Liège en eau potable. Les installations sont un peu champêtres, bref une visite agréable.

Juste ensuite, nous partons pour Comblain-Au-Pont. Nous sommes à la recherche des carrières souterraines de grès de Géromont. Il y a une galerie touristique de 230 mètres et trois autres carrières non réutilisées. Ces dernières sont faciles à trouver (pour ceux qui ont un détecteur à souterrain) mais leur cheminement souterrain est complexe. Il y a une multitude d'entrées plus ou moins valables, des effondrements douteux, des parcours souterrains à prospecter. Nous avons du expédier la visite en deux heures alors qu'elle en mérite cinq ou six.

La première carrière "Le Grand Banc" est accessible par une descenderie très esthétique. Une bonne pente agrémentée d'escalier en voie de disparition, de la mousse et des lianes, un arbre au beau milieu. Les muraillements sont aussi très beaux. Cette descenderie donne dans de vastes volumes toujours en pente, sur 150 mètres de longueur et au moins le triple en largeur, jusque une petite mare de noyage.

Il y a des rails (écartement 60 centimètres), des restes de berlines, des treuils, des plaques tournantes pour berlines, des aiguillages, des restes d'électricité... Tout cela est magnifique, mais c'est très sombre. On ne voit rien là dedans. Chaque photo à faire prend un quart d'heure voire vingt minutes. 200 coups de flash ? Je n'ai pas compté. Un autre défaut, c'est que c'est mal rangé. Il y a des blocs partout, ça rend la visite fatiguante.

Il est possible de voir les petits ponts qui permettaient le croisement des berlines. C'est assez rare. Après une scéance photo interminable, nous partons vers la seconde entrée, noyée dans les broussailles. Avec étonnement, nous constatons que cela redonne dans la même excavation, un endroit que nous n'avions pas vu. Il y a une troisième entrée et d'après l'étude de Michel Caubergs, encore au moins les trois-quarts d'excavations que nous n'avons pas vu. Ca ne fait aucun doute, il faudra revenir un jour ou l'autre. En attendant, les photos sont faites et en principe, ça donnera un très bon premier aperçu.

Deux en moins, reste cinq reportages. En principe, dimanche en avalera encore un. Je me prépare psychologiquement à absorber la semaine la plus chargée de toutes. Si je sors vivant de ça, le bouquin sera terminé, ou presque. Je serai content d'en avoir fini. Ca permettra d'aborder calmement la lecture de quelques livres bien reposants. Plus que quelques jours, se le redire à chaque difficulté...



25 avril

Un peu de repos engrangé, allez hop c'est reparti... Avec Luc, nous partons visiter les souterrains de l'Abbaye de Villers la Ville. Il y a un très ancien réseau de rivières couvertes dont les voutes datent du 13ème siècle. Qui dit rivière sous-entend une galerie bien atroce à visiter, photo en longue pose signifie bien sûr que nous n'y allons pas en bateau.

Le début du souterrain est franchement sans problème, des monticules de branchages et terre sèche nous permettent de passer. Sous les yeux de touristes curieux, nous nous engouffrons dans un truc un peu vaseux, faisant fuir avec grandes protestations quelques canards à moitié endormis. Très vite, le niveau d'eau monte. Finalement, l'eau n'est même pas si froide que ça. Avancer se fait sans grandes difficultés, c'est juste embêtant d'être empêtré dans de la vase bien collante. Le pire qu'il y ait eu, c'est de l'eau un peu au dessus de la taille, mais c'est tout. Faut dire que je m'attendais à pire. Par contre, le plafond est bas et c'est constellé d'araignées. Je suis vraiment terrorisé ! Franchement, j'y étais pour Luc, c'était vraiment très dur pour moi de les voir grouiller là haut si proche.

Le réseau souterrain est très joli, c'est une rivière qui zigzague un peu, la couverture est faite en très vieilles briques et en pierres de taille. On retrouve de temps à autre des petites rivières qui vienne se jeter là dedans. Des puits de lumière donnent de très beaux effets et je pense que les photos ne seront pas regretables.

A la sortie, les bottes font shplok shplok. Nous sommes l'attraction touristique de la journée, je déteste ça. Après un peu de séchage, nous partons vers Mazy Bossières. Nous allons faire quelques photos d'une carrière de marbre noir de Golzinne, celle intitulée Mazy-3 par Caubergs. C'est une petite exploitation libre d'accès dont l'état est catastrophique. D'immenses plaques de pierre se décolent, 4 mètres de long pour 10 centimètres d'épaisseur. C'est d'un état instable qui dépasse l'imagination, qui dépasse également le raisonnable. Là dedans, pas question d'aller loin. Je fais quelques photos des piliers à bras et du secteur noyé, rien de plus. C'est déjà énorme. Vraiment, je n'en rajoute pas, côté malsain, c'est pas mal dans son genre.

L'heure du retour approche. Nous mangeons sain et équilibré dans une friterie de la N4, puis direct à la maison. Ca fait deux sites photographiés, sauf que je dois retourner à Mazy pour photographier les carriers au front de taille. Ca fait donc cinq moins un : quatre reportages restants. Ca fait vraiment compte à rebours... Je n'ai pas trouvé d'ogres sous Mazy, j'ai certainement mal cherché.

tchorski
Illustration provenant de mes documentations sur le Kuzbass

27 avril

Le temps passe et je suis tout sauf efficace. Un peu de manque de motivation. Bon ça n'a rien de grave, y'a des jours comme ça...
Hier soir, une interview pour un article sur les activités souterraines. Tout s'est bien passé, je suis surtout content que ce soit derrière (j'ai toujours l'impression de devoir faire un étalage comme au marché). Je ne sais pas si l'article sera sympa, mais ça avait l'air bien préparé. Aujourd'hui je suis en train de lâcher un peu de pression. Je n'ai plus des tonnes de choses à faire, même plus d'immenses listes de bazars-à-surtout-pas-oublier. Je n'ai jamais vraiment accepté de travailler dans une entreprise toute la journée sur des projets peu intéressants, de me faire taper dessus parce que windaube plante et de faire le lèche-crotte au bureau du patron. Je n'ai jamais accepté le business. C'est un mot qui me dégoûte intensément. Du coup, j'ai toujours continué à vivre en négation, après le boulot c'est une deuxième vie qui commence. Je peine souvent. C'est un choix, tout simplement afin de profiter et faire profiter de la vie. Je sais maintenant que je ne suis aucunement soutenu (ou presque). Peu importe, je n'en suis plus à ça près. Ca ne changera en rien le fait que je veux essayer d'être bon pour autrui, intègre sur ces choix et les cheminements, même si je tiens mal la route. Inutile de fond en comble ? Ce n'est pas grave, je quitterai cette planète avec ces utopies. Dans une société où les identifiants sont clairement chamboulés (argent, réussite sociale, intelligence, efficacité, pouvoir) où se retrouve la contemplation ? Un monde à une vitesse étourdissante, des gens victimes de publicité, roulant à fond les pétarades dans des rues remplies de gosses et de chats. Tant (et trop) de méchants, de profiteurs, d'opportunistes, d'irrespectueux, d'ambitieux à chemises bleues et cravates jaunes... Tout ce monde d'adulte fait mal, souvent la tentation de ne plus y penser, de renfermer sa petite vie en dehors du tumulte. La destinée humaine est-elle fondamentalement mauvaise ? La tentation (aussi) de glisser sur la réponse positive. Mais cet environnement nous le construisons, chacun de nous avons la part de responsabilité : ne serait-ce que dans les habitudes de consommation, nous cautionnons certains développements, nous faisons progresser certains dérapages. Loin de moi l'idée d'être apôtre du bonheur à grande force de postulats, simplement essayer de taire l'insatisfaction au profit de petites actions profitables...

 

28 avril

Ca faisait quelques jours que j'attendais d'avoir du temps pour plonger dans de nouvelles découvertes. J'ai pratiquement terminé ma tournée des artistes africains, dont une dernière et belle écoute en date : Majid Bekkas, un auteur de blues malien. Mais j'ai besoin de m'éloigner quelques temps de la terre mère Afrique. Cette fois ci, la plongée musicale sera dans les sulfureux sons funky de Billy Cobham, Mahavishnu Orchestra et Vinnie Colaiuta. C'est un peu repartir sur les traces des formations King Crimson surtout dans leurs projets de fractalisation, mais la recherche porte plus sur les parcours démentiels des élites de la percussion arythmique. Lorsque l'on écoute Cobham, on a l'impression qu'il y a plusieurs personnes jouant en même temps tellement le rythme est complexe et saccadé. Malgré tout, on en reste aux définitions de la funk : un thème provenant de rythm and blues africains dépouillés et recentrés sur des sons de groove. Mais avec Cobham, on est pas dans un contexte Funk-RnB. Ce sont plus des dérives jazz mêlées de sonorités indiennes affreusement complexes. Pas du tout facile à suivre, plusieurs écoutes sont nécessaires.

 

29 avril

Tous les jours, c'est le naufrage. Lundi c'était. Un serveur a coulé. Ses appels de détresse ont secoué mes armées d'IP, j'ai même emporté quelques vaillantes IPv6. Un socket d'une session SSL avait fait les yeux doux a un Bootp, cela a rendu fou malade les ouvriers de etc/ppp. C'était sans compter le SMTP qui rêvait de devenir un POP3 et les plateformes BSD en mal de médisances. Du lundi au vendredi, j'ai un ventilateur qui tourne dans mon bios, je pars à la rescousse de gateways finissants, de paquets déprimants, d'icmp larmoyants. Heureusement que je suis là pour donner les cours de psychanalyse au firewall, pour faire ingérer du prozac au DNS secondaire qu'en peux plus de ne pas être primaire. Je suis un génie de l'informatique. Aucun chipset ne me résiste, j'apporte de la joie dans leurs petits coeurs de processeurs P4. Sans moi, c'est un monde qui s'écroule. J'ai appris à être indispensable, j'ai des RJ45 au bout des doigts, un backup DLT dans mon ventre, un cerveau en hot-swap.

Tous les jours, je me dis que je ferais mieux d'être chocolatier. Ou non encore mieux, éducateur de salades. Quoique, j'avoue que donneur de sourires pour gens vachement déprimés me plairait
bien - surtout que c'est un secteur où le chômage n'existe pas (mais serais-je à la hauteur ?) L'idéal serait donneur de pâtée pour chat déshérité. Toute la journée des mioumiou, des froufrous, des frotfrot, des ronrons...

Tous les jours, les guerres s'amusent à fracasser les rêves des enfants. Crise de violence en Thaïlande sud et gangs coupeurs de têtes indonésien posant des bombes à Falloudja. Heureusement, Kadhafi est là pour remonter le moral des troupes. La démocratie c'est de la cacaille, c'est du vlek. Les journalistes admirent (photo) (photo) c'est beau. 10000 emplois supprimés chez $$$-groupe-pétrolier en crise depuis (invention crédible). Les réfugiés affluent aux frontières, l'imam machin a préconisé la lapidation de 18 femmes adultères, les machettes tombent, David Beckam est infidèle, attentat à Zawilah et Reine d'Angleterre incestueuse... Joyeux mélange. Toujours la même recette.

Tous les jours je me dis que chocolatier éducateur de salades déshéritées et éparpilleur de sourires même pas payants est mon destin. Même si je suis moins que rien. Mes incompétences sont infinies, mon CV est une prise de position très claire : je suis une passoire, un ardent témoin du trou noir, du vide interstellaire. Je suis collectionneur de ratés, de plantages, de minaudes sans intérêts. J'ai peut-être passé trop de temps chez les anglo-klaxons à cuisiner de la jelly immonde vert-rose-fluo ? Mais j'ai un diplôme en stupidité, c'est très apprécié généralement. Dans quelques minutes, ils viendront tous m'acculer face à mon rôle de dieu de l'informatique. Plus que quelques instants et la pièce de théâtre commence. Ils n'ont peut-être pas apprécié que je plante des batavias dans la salle des serveurs ? Pourtant elles poussent bien avec l'éclairage permanent et la climatisation.

 

30 avril

Une journée bizarre, en manque de tout mais l'envie de rien. Des fois, c'est vraiment n'importe quoi...
Ce week-end, je vais faire plein de photos de la maison. Il y a quelques recoins atypiques, ça va être marrant de montrer ça. Sinon samedi, un des derniers gros reportages à faire. Pfff, C'est vendredi-noyé-d'ennui, je me projette dans l'au demain...

tchorski
Note de service d'un Major de l'Armée Rouge : K. Kojatskiy

 

1er mai

C'est ce qui s'appelle vraiment une journée ratée. Nous avons rendez-vous à 14 heures à l'autre bout du pays pour visiter et photographier une mine dans le cadre du bouquin. Nous nous étions plus ou moins mis d'accord sur le déroulement de cette journée. Sur place, nous sommes accueilli par une personne qui ne sait pas dire cinq phrases sans être choquante. Les clés de la mine ne nous sont pas données et nous pouvons repartir comme nous sommes venus. Nous avons perdu un temps précieux et avons de surcroît fait 400 km pour un type qui fait le prince. Des mines on en a avalé des centaines, on m'a dit des dizaines de fois que ça fait une longueur épouvantable et inextricable alors que ce sont des trous à rat. Ah purée, trop bu de ces paroles creuses... Je ne suis pas le Big-Boss des mines mais un peu de respect tout de même pour les gens qui s'investissent. Bref, je suis blessé par un tel comportement. J'espère que le seul point positif de la journée apportera du bon dans un futur pas trop lointain.
Reportage repoussé ? Je ne sais pas si je vais y arriver.
Pour les souterrains de Philippeville, ça a été annulé parce que les gens qui ont fermé le site sont des dinosaures poussifs et désagréables. Donc plus que trois reportages, avec un en point d'interrogation.

2 mai

Planning un peu déconstruit. Je tourne en rond, je n'ai plus rien de spécial à faire. Malgré tout, je recule par rapport à l'idée de lancer des nouveaux projets. Non, le planning a été en total chambardement ces derniers mois et il faut que je me force à rester inactif ou presque, proche de l'emmerdement. Si je ne fais pas cela, j'ai peur que ma boulimie de boulot se transforme en maladie. En attendant, j'ai pas complètement chomé... Pour Laurel, j'ai mis en page quelques photos de la maison. Elle disait l'autre jour qu'elle aimerait bien avoir une image de l'intérieur des chaumières de ses connaissances. Alors voilà, je n'avais pas le temps de le faire, Mousty s'est chargé de réaliser ces quelques clichés. Ce ne sont pas des photos d'art, mes tentatives artistiques sont sous terre ou dans un pinceau... A vrai dire, s'il fallait vraiment que je prenne en photo mon environnement, ce serait des photos de train, de voyage bizarres ou de chats affamés, donc ce n'est pas très représentatif...
Montrer cet intérieur, ça ne me dérange pas, parce que finalement je n'y tiens pas vraiment. Ce n'est que de l'objet, ce ne sont que des choses sensées faciliter la vie (il n'y a vraiment rien d'exceptionnel, même l'ordi est pourri). Tout ce qui me tient vraiment à coeur, je n'en parle que par sous-entendu, voire pas du tout. C'est une question de fragilité, je sais que je ne suis pas à la hauteur pour me défendre si besoin est...
Il fait beau, je ferais mieux de couper l'ordi et d'aller faire un tour. Je coupe l'ordi :)

 

3 mai

Je suis malade. Très mal dormi cette nuit, c'est Chernobyl dans ma tête. C'est bizarre parce que d'habitude, ça n'arrive jamais, mais là je tiens la fièvre et le mal de gorge. Je dois vraiment avoir une sale tronche ce matin, encore plus que d'habitude ! J'espère que ça passera.
Ce matin, les rayons du soleil qui perçaient le brouillard étaient magnifiques. Ca me donne envie de passer la journée en forêt (euh quoi, c'est pas le meilleur moment ? et ramper sur le clavier de l'ordi, c'est mieux peut-être...) Hier, j'ai ramassé une immense feuille, 35 centimètres en largeur. Je ne sais pas quel arbre est responsable, il est doué !

 

4 mai

Ils sont arrivé en furie. Le chef de meute avait un casque à pointes, les pupilles violettes entièrement dilatées. Ses sbires ne tenaient plus en place, les griffes acérées et le regard malsain. En zgløerb, le chef s'adressa à la nation des globules : misérable humain, tu vas périr. Soudainement et dans un seul cri, voilà 18 millions de microbes se jetant déchaînés sur la population, sabres et fusils zgløerbizeurs à la main. Après un combat acharné, la population globulienne se retrouva écrasée sous la fièvre. C'était sans compter la reproduction infâme du mal au fin fond des entrailles. Zgløerb allait gagner. Mais voilà que soudainement, les équipes Motilium et Ercéfuryl arrivent en renfort. Sous le coup de luttes acharnées, les zgløerbizeurs tombent sous la mainmise de la désinfection. Durant toute la nuit, la température ne cessa de monter. Ce matin, misérable humain faisait au moins 180 degrés de fièvre. Mais ce n'est pas grand chose - il y a eu pire. Aujourd'hui, les combats zgløerbiziques continuent, les équipes globuliennes ont intitulé ça "la grippe intestinale du haut et du bas". Même le café à un goût de médicament ! Mais l'assassinat du grand chef a semé la déroute au sein des armées de microbes.

Ce matin, j'ai pris le train plus tard. Oh oui les trains vides prospèrent loin de Bruxelles ! Peut-être à Gouvy. Ici, une véritable marée humaine. Mais bon, je suis déjà heureux de ne plus stagner sous la couette. Il n'y avait ni lever de soleil ni joli brouillard. Ce n'est pas grave. J'ai chaud mais tout va bien.


5 mai

Ce matin je ne tenais pas la grande forme, mais plus de fièvre. Juste une crève à la "comme d'habitude". Le genre de bazar où on se dit que ça passera en y pensant presque plus. Les dernières visites de souterrains sont planifiées. C'est un peu n'importe quoi, vaguement l'agenda d'un ministre. Je suis ministre des Grands Travaux Inutiles, employé au ministère des moins-que-rien, sénateur responsable des classes minuscules. Ca fait beaucoup de responsabilités tout ça. Halanzy est quasiment reprogrammé ainsi que Philippeville, donc on en revient à quatre reportages restants (avant les vacances :)

Sur le trajet, j'écoutais Tindersticks. On ne peut pas dire que ce soit mon groupe préféré puisque la plupart de leurs disques, je ne les aime pas. Par contre, je me suis fait un cd ne reprenant que les titres appréciés et ça en fait de toute évidence l'un de mes disques de référence. Pour l'instant, je n'ai eu que des retours négatifs là dessus, personne n'aime ce style (voire même ne comprend), j'ai même eu le droit à "tu appelles ça de la musique" ? Oui c'est complètement neurasthénique, oui les sources d'espoir sont bien enfouies, difficiles à trouver dans les textes. J'ai l'impression que je m'y retrouve tout simplement parce que je suis une personnalité n'appréciant que la douceur (la violence merci mais c'est pas pour moi) et finalement, je plonge souvent au fin-fond d'une mélancolie injustifiée. Il y a eu des périodes plus ou moins difficiles. J'ai cherché le pourquoi de ces chutes. Comme je n'ai pas trouvé, je m'empêche autant que possible de glisser sur les pentes de la tristesse. Autant que possible n'est pas toujours...

En ce moment, il y a tout ce travail à faire qui m'empêche de plonger (dernièrement, des photos pour un article d'Archeologia) mais je sais que ce n'est pas une solution. Cherchant la simplicité, je me suis dit que c'était parce que je ne trouvais pas mon chemin dans ce monde de fous et qu'il était préférable de ne plus y penser - simplement profiter du bonheur s'il est là (à quoi ça sert de s'apitoyer durant des heures, sinon emmerder tout le monde...) Un peu épicurien irréfléchi ? Des fois, je me dis que j'érige l'égoïsme comme mode de vie, que mon gratuit est faux (même si je le souhaite vrai), que mon altruisme est forcé. Comment peut-on concilier un idéal de vie contemplative avec la reconnaissance de ce que la vie est action ? Comment aimer les autres lorsqu'on ne s'aime pas soi-même ? Tout plein de questions à l'odeur prise de tête, sans réponses, et l'envie de dire que ce n'est pas grave. Comme dit François, quand on cherche les ennuis, on les trouve.

 

6 mai

Ouh là là, ce matin c'était très serré. Les projets à rendre, c'est pas pour demain, c'est maintenant là tout de suite ! Heureusement tout a tenu la route. Il ne reste plus que les photos du bouquin à finaliser, le reste est derrière. Les photos de la rivière souterraine de Villers la Ville ne sont pas terribles. Non j'y retourne pas !! Non, pas les araignées, j'ai trop peur !! (si si, c'est vrai !)

Quelques lignes de deux entretiens sur les journaux intimes (en cours de rédaction et de correction). Ca provient d'un échange avec messagerie instantanée, les phrases ont été un peu retravaillées. L'éditeur du fanzine n'en prendra pas un quart du tiers, ce qui justement rend intéressant de placer ça ici.

-Depuis quand rédigez-vous votre journal ?
Réponse toute simple, 1989. Au départ, c'étaient de simples lignes jetées sur des petits papiers cartonnés, sans grand intérêt ni investissement. Ca a réellement débuté dix ans après, avec l'apparition d'un carnet intime illustré. En 2000, suite à pas mal de déménagements, le support est devenu informatique.

-Quel est votre rapport au lecteur ?
Ce sera un peu décevant, je n'ai pas de rapports-reports avec les lecteurs (ou presque pas, c'est infime). Je sais simplement que je suis lu, des statistiques hallucinantes, que je ne comprends pas vraiment d'ailleurs - ça n'a pas d'importance. Les lecteurs n'osent ou ne veulent le retour et en toute honnêteté, c'est quelque chose qui me rassure. Je ne peux justifier cette vie, chaque fois que je retourne en arrière pour relire (retrouver les traces d'un évènement), je condamne la plus grande partie du contenu : la forme, la naïveté excessive, l'égocentricité, les choix... C'est bien sûr négatif de ne pas accepter des textes avec autant d'acharnement. Mais c'est un problème qui s'étale en dehors de l'écriture intime, même si celle-ci est concernée de plein fouet.

-Que recherchent les lecteurs ?
Je ne sais pas. Sur les fonctions de statistiques, j'ai volontairement caché les logs pour ces pages là. Je ne veux pas faire d'espionnage, chacun peut y venir sans que je le sache.

-Vos écrits, un journal ou un blog ?
C'est une question un peu déjà vue, ça a été disserté par quelques spécialistes de l'écriture autobiographique et je ne pourrais que paraphraser leurs écrits... Un journal intime fait appel à une notion assez traditionnelle, un peu le carnet intime ancien, écrit à la main et fermé par un petit cadenas. Le blog est plus difficile à définir parce que c'est très polymorphe. Assez souvent, ça prend la forme de quelques écrits accompagnés de documents, faisant appel exclusivement aux nouvelles technologies (web, pda) et mettant en oeuvre une interactivité rédacteur-lecteur. J'ai envie de répondre que je rédige un journal intime car je suis assez réfractaire aux nouvelles technologies et à l'échange, mais n'importe qui peut démontrer sans difficultés que c'est aussi un blog.

-Des rapports avec les autres rédacteurs de blogs ?
On appelle ces personnes des diaristes. Ce mot n'est pas très joli, mais il a au moins l'avantage de regrouper tout le monde sans distinctions. Des rédacteurs francophones de journaux intimes sur le web, j'estime qu'ils sont entre 200 et 300 personnes, pour la seule partie visible de l'iceberg. Ceux dont on entend jamais parler sont probablement aussi nombreux. Quant aux rédacteurs de blogs, ça se compte en milliers, peut-être même plus. Ils restent souvent dans leur communauté (réduite à l'hébergeur).
Il y a beaucoup d'échanges entre diaristes. C'est un petit monde où tout le monde se connaît ou presque. Ces relations ne sont pas vraiment pacifiques. Au niveau des journaux intimes, il n'y a pas un esprit communautaire solide. Dans les regroupements francophones, l'ambiance est dégradée, les forums naissent puis disparaissent sur des dissensions. En fait, c'est un peu l'impression de voir des combats sur les terrains du Je. Il n'y a pas vraiment de nous, les gens naviguent dans leur sphère égotique. Du coup, ce sont des endroits qui s'essoufflent.
Donc des rapports, oui. Mais l'essentiel se situe dans des relations de personne à personne, hors des forums.

-Vous avez déjà rencontré des rédacteurs de blogs ?
Oui ! Certaines affinités peuvent déboucher sur de belles amitiés.

-Pour revenir à l'essence de votre texte, comment rédigez-vous ?
Dans des fichiers texte ! En fait, j'ai volontairement axé mon informatisation sur la mobilité, tout en restant très sobre. Un portable et une clé usb, le tour est joué. Il y a quelques remarques sur la rédaction : tous les textes sont justes, il n'y a pas d'invention. Si tout va mal, je le marque, quitte à perdre tous les lecteurs. Par contre, je ne dis pas tout. Je n'y arrive pas. Il y a des choses, des évènements ou des gens qui me tiennent à coeur, je n'arrive pas à relater ce qui les concerne. Mais ça ne veut pas dire que tout ce qui est écrit relate le "seulement superficiel". J'arrive à relater une bonne part du véritable intime.

-C'est de la prostitution alors ?
Complètement. Est-ce que c'est bien sain de balancer une part de sa vie à tous les vents de l'internet ? Oui c'est de la prostitution.

-Mais alors pourquoi cela ? Pour tenter de trouver une reconnaissance, pour la thérapie ?
Il est très difficile de répondre, tout simplement parce que je ne sais pas exactement pourquoi. Au départ, les échanges ne concernaient qu'une seule personne, on s'envoyait nos semaines. Puis que s'est-il passé ? Une dégénérescence ? Les textes se sont retrouvé sur le net, puis plus ou moins sans faire attention dans google. Il n'y a jamais eu de marche arrière. S'il y a un certain aspect de thérapie (puisque je décris ces textes comme exutoire afin d'être un peu moins pire dans la vie de tous les jours), je ne crois pas qu'on puisse évoquer la reconnaissance. Il y a des journaux vraiment magnifiques qui valent le détour et la reconnaissance, je pense à Laurel, à Sophil de l'eau, à Tita... Les miens sont sombres, désordonnés, redondants, peu accessibles. Le seul aspect que je n'y regrette pas, c'est le caractère documentaire. Ca parle de temps à autres de lieux peu connus. Pour le reste, c'est montagne de regrets. Mais comme j'en parlais encore la semaine dernière, le regret est stérile. Il y a toute une part non assumée qui ne change pas du jour au lendemain.

-Ce journal, un arrêt un jour ? Et comment ?
Pas d'arrêt prévu, mais une évidence, on ne sait pas ce que la vie réserve. L'arrêt n'est pas improbable. Quant au comment, il y avait eu une discussion à ce sujet un jour. Certains retirent tout, d'autres laissent les textes comme une statue d'un temps révolu. C'est le problème des contenus informatiques. On peut tout changer du jour au lendemain, ce qui est malhonnête à la base. Je crois que je le laisserai en ligne, juste pour cet aspect documentaire.

-Fier de votre journal ?
Autant qu'une vache de labour devant l'araire.

-Pensez-vous que ce sera un sujet d'édition un jour ?
Contrairement à ce que pensent certain sur ce sujet, je crois que les textes intimes sont presque tous impubliables. Comme disait un anti-blog : on s'en fout de la vie de ton chat. Il n'a pas tort au fond, ces écrits ont un intérêt vraiment limité pour le lecteur. A ce jour, seuls quelques rares textes d'auteurs contemporains sont sortis : l'intime journal de Sophie, les journaux de Matzneff par exemple. Ces écrits (ces vies) ont un thème récurrent, ce sont des parcours hors-normes. Ils ont donc ce qu'ils méritent. Pour le reste, ce n'est que banalité transcendée...

-Avez vous déjà été embêté par votre journal ?
Oui, des petites choses banales. Des erreurs à corriger, des gens qui y retrouvent leur nom... Rien de bien important. Rien qui en tout cas justifie la ré-écriture d'un texte.

-Vous liriez-vous ?
Non. Ou seulement très partiellement. Comme ça m'a déjà été dit une fois : yapakelétrousdanslavie. Les journaux que je lis n'ont rien à voir. Ca parle de dessin, d'expatriation, de littérature, de tout et n'importe quoi...

-Donc vous lisez d'autres "diaristes" ?
Ah oui ! Bien sûr, il y a un certain nombre de personnes qui sont franchement agréables ! Les blogs, c'est un peu comme une drogue. Lorsqu'on commence, on se retrouve accroché par les lignes intimes. On a l'impression de partir en voyage, à la découverte d'une personne. Mais au bout d'un moment (variable), il y a de la lassitude. Besoin de renouveau, de changer d'air. On raconte un peu toujours les mêmes histoires, donc c'est normal...

-Vos amis dans le journal, des réactions ?
Hum... Oui ils y sont, c'est obligé, il n'y a pas de manière correcte d'éviter cela je crois... Des réactions, pas tellement. Ils ne connaissent pas tous l'existence de ces textes, je n'en parle vraiment jamais. Quand j'ai des réactions, c'est surtout parce que j'ai laissé traîner des bêtises. Comme je le disais il y a quelques instants, maintenant je laisse les gens libres de lire ça, j'ai arrêté de déconseiller. C'est stupide de dire "n'y va pas c'est nul", parce que chacun fait ce qu'il veut et est assez grand pour juger si c'est de la merde ou pas. En plus, ce serait un peu hypocrite de jouer ce jeu. Simplement, je nie autant que possible le fait que les gens vont lire (surtout les connaissances). Je fais comme si ça n'existait pas, sinon je ne saurais plus écrire. C'est un travail sur soi qui est difficile.

-Pour terminer, des projets ?
Des projets à tous les vents de la vie. Le journal suit. C'est tout !


7 mai

<mode rébellion on> : Messieurs les producteur de musique, vous essayez de sauver votre cul et c'est bien pitoyable. Vous condamnez le peer-to-peer parce que vous estimez que c'est cela qui a ruiné votre économie, alors vous allez punir avec des sommes épouvantable, des procès ridicules et de la prison. Il n'y a pas grand argumentaire à développer pour démontrer que vous êtes la source de votre propre chute. Tout le monde sait que vous vous graissez de ferraris et masseratis sur le dos des artistes. Tout le monde sait qu'un groupe ne touche qu'une somme infime sur le CD vendu, le reste dans votre poche. Tout le monde sait que le coût de gravure d'un CD est infime, surtout avec des tours à graver.

Le p2p que vous condamnez, il a toujours existé. La copie de cassettes, les prêts, les médiathèques... Internet n'est pas le phénomène nuisible que vous décrivez.

C'est sans compter l'image que vous donnez. Vous les majors, vous ne publiez presque que de la merde, une plongée dans l'infâme. Merci pour les Eminem, Michel Sardou et compagnie - le dieu pognon - on s'en torche le cul avec. Merci pour les pressions immondes que vous faites sur les artistes, merci pour les refus des gens de qualité. Comme sociétés répugnantes, vous atteignez des sommets. Vous avez ce que vous méritez. Les gens ne sont pas que des cons non plus. Vous nous prenez pour des porte-monnaie sur pattes et c'est vraiment trop flagrant.

J'en suis à tel point que j'essaie de trouver des stratégies pour n'acheter les albums QUE des artistes appréciés, et le plus directement possible. C'est sûr qu'au prix où vous vendez ça, on ne se sent pas d'essayer au hasard. Or, internet permet de papilloner et justement découvrir des artistes méconnus. Les gnutella, morpheus, limewire, emule, e-donkey tomberont bien un jour sous vos pressions. Il y aura d'autres solutions pour éviter votre mauvaise odeur. Pour répondre à votre publicité, veuillez aussi trouver mon doigt en l'air. <mode rébellion off/>

Vous vous réveillez un matin, et vous constatez que, dans la nuit, vous avez été transformé en adulte. (Pennac)
Demain je ne me lève pas.

tchorski
Fragment d'écriture de ma maman

8 mai

Avec la grippe que j'ai eu la semaine dernière, je me suis avalé 5 jours de retard. Déjà que le planning n'était pas beau à voir, je suis maintenant dans l'intenable. Enfin quand je dis ça, c'est que ce n'est vraiment pas faisable. Il n'y a plus moyen de comprimer puisque je suis déjà bien plus loin que le plein régime. C'est la première fois que ça arrive si gravement. Je ne vais pas réussir à tenir les engagements. Je ne sais pas ce que je vais dire. Ca fait déjà plus d'un mois que je n'accepte plus rien de nouveau, mais les anciens projets n'ont fait que dégénérer, prenant du poids comme des ogres affamés de temps et de sang. Je suis à bout, proche de craquer moralement. Mais c'est pas grave. Y'aura du retard, faudra que tout ce beau monde comprenne...

9 mai

A l'aube de l'aurore, me voici parti sur les routes. J'ai vu la boulangerie ouvrir, c'est dire comme c'est tôt (et c'est très déprimant pour un dimanche matin !) Sur le chemin pour aller jusque la gare, j'ai vu trois humains ! A la Gare du Nord, je retrouve Luc et nous voilà partis pour Philippeville. Nous arrivons pile à l'heure, c'est un peu plus loin que ce que je croyais.

Nous allons y visiter les souterrains, ce sont d'anciennes fortifications souterraines Vauban. Nous sommes accueillis par le syndicat d'initiatives de manière correcte. Par contre, le responsable de la fermeture du site est un chauve-souriteux absolument imbuvable. C'est un bougre extrémiste stupide et borné. Cela a rendu la prise de photos extrêmement difficile : en gros j'ai sauvegardé ce que j'ai pu. Luc essayait de le contenir pendant que quelques mètres plus loin, je faisais les clichés.
-Ah non mais l'acéto faut me couper ça, c'est une réserve naturelle.
-Oui c'est sûr la flamme, c'est très dérangeant (on était à quelques mètres d'un rejet de machine à laver dans le souterrain)
-Ah ça pue !
-Bein oui je l'ai coupée ducon...
Bref, la visite a été d'un désagréable suffocant et ça en dit long sur les cavités d'intérêt scientifique. Elles ne sont pas visitables, même si l'on justifie justement qu'on est là dans un intérêt scientifique et archéologique. C'est le résultat "chef-d'oeuvre" de quelques personnes qui ont le pouvoir de s'approprier des réseaux souterrains qui ne leur appartiennent pas. Comme le dit Luc, qu'ils ne s'étonnent pas de trouver des portes fracassées. Avec de tels comportements, ils ne poussent qu'à cela. Et ça s'est déjà fait.

Bref, plutôt que de parler de leur bêtise, je vais dire quelques mots du souterrain. Ce sont de longues galeries très rectilignes, muraillées presque partout. Ce sont des pierres calcaires grises lesquelles ont a cimenté les bords. Donc l'aspect est très propre. Dans la partie touristique, le sol est cimenté et il y a de l'éclairage. Dans la partie non touristique, ce sont des galeries plus basses, boueuse (voire très boueuses) et possédant un grand nombre d'amorces. Il n'y a pas de lieu très mémorable (caserne, salles de tir, infirmerie...) mais juste des poternes et des croisements esthétiques, dont un croisement à six galeries. Le nombre de galeries de mines et contre-mines est assez impressionnant.

Dans l'ensemble, faire la partie non touristique n'apporte pas beaucoup plus. C'est un souterrain dont les galeries sont semblables et visitable en deux bonnes heures. Il y a quelques passages intéressants, notamment quand les niveaux changent. Ca fait des descentes originales et esthétiques. Quant aux fistuleuses, c'est complètement archi-surfait. A Saint Héribert, elles sont vraiment plus belles.

Bon bon... On savait que ce serait dur. On avait bien constaté au téléphone que c'était lamentable. C'est fait pour le livre et on ne reviendra pas. Il y a des gens pour qui on a envie de mettre toute notre professionnalisme à leur service. C'est ailleurs de manière certaine.

Reste trois reportages. Fin du projet : 20 mai.

10 mai

Je suis à bout !
C'est pas grave, jamais été aussi proche de la fin du projet (bein oui quoi, c'est logique !)

 

11mai

Aujourd'hui, je me suis enfilé une visite souterraine passionnante, surtout que ça faisait longtemps que je la devais : la carrière souterraine de marbre noir de Mazy Bossières à Golzinne. Pour y aller, j'ai pris le train jusque Beuzet et j'ai repris les chemins que j'avais emprunté trois ans auparavant lors de la grande recherche de l'emploi. J'ai retrouvé ces paysages où j'en avais chié des barres et ça n'a pas été sans difficultés. Mais bon, je savais bien que je retrouverai ces lieux un jour où l'autre.

Sur place, je suis un peu en avance et je rencontre Geoffrey qui est en train d'équarrir des blocs fraîchement sortis. Monsieur Stone arrive quelques instants plus tard. Les autres ouvriers sont au chantier. Une fois les présentation faites, nous prenons le chemin de la descente. Avec Geoffrey, nous empruntons la cage. Il y a un chevalement dominant un puits de 66 mètres de fond, pour 5 mètres de diamètre. La descente est très lente, au contraire d'autres puits rencontrés auparavant. En fait, la cage n'est absolument pas guidée sur rail, ce qui fait qu'en manoeuvre, le moindre geste brusque se répercute. Comme la cage n'est utilisée que sporadiquement (et que pour du personnel), ce n'est pas un problème. Le matériel est plus lourd et donc plus contraignant. Concenrnant les blocs, ils ne passent pas par là mais sont manutentionnés par un bulldozer.

La cage touche doucement le sol. Le manoeuvre sait quand arrêter grâce à une marque sur le câble. Si 25 personnes montent dans la cage - ce qui est possible - il n'y a pas de problèmes, la tension reste faible et la déformation du câble de quelques centimètres seulement. Pour tenir au courant le manoeuvre des mouvements de cage, il y a une cloche. Tout est codifié, montée, descente, remontée à vide...

En bas, on arrive directement dans la zone des pompages. Il y a deux réseaux entièrement distincts. Celui de la SWDE est situé dans un renfoncement de galeries. C'est une ancienne exploitation qui avait été stoppée parce que les multiples venues d'eau avaient gâté la qualité du marbre. Du coup, ça a été transformé en réservoir et zone de pompage. Le second pompage est directement lié à l'exploitation. Ils pompent de l'eau pour la scie d'équarissage en surface et pour le fil diamanté au chantier.

En premier lieu, nous allons dans la galerie du fond, située derrière une porte. Il y a un très fort concrétionnement au sol. Nous allons là parce que c'est l'endroit où nous pouvons voir les couches le mieux possible. On peut en effet distinguer toute une série de strates séparées par des bancs calcaires de quelques millimètres d'épaisseur. Les couches en somme ne sont pas très différentes dans leur constitution, mais leur positionnement conditionne tout de même quelques caractéristiques, surtout dans les méthodes de débitage. Au niveau du chantier par exemple, la couche du bas est la plus dure à enlever parce qu'elle est fragile. Autrement, certaines autres couches ont des veinules de calcaire gênantes, plus rarement du quartz.

Nous allons rejoindre le chantier par la longue galerie de roulage. Trois personnes sont en poste : un débiteur et deux tireurs. Une quatrième personne s'occupe de la manutention, Geoffrey en dernier s'occupe de tout ou presque (chef de chantier).

A Mazy, on n'utilise plus de haveuse parce que cela a posé trop de problèmes. On utilise une chaîne diamantée qui permet de scier sur 15 mètres de longueur. La chaîne est constitué d'anneau minuscules, lesquels comportent des diamants incrustés le long de bourrelets. (Pour les petits malins qui trouveraient amusant de voler le matériel, il n'est pas stocké dans la carrière mais en lieu sûr). Les quatre couches exploitées ont des épaisseurs variant de 23 à 50 centimètres environ. C'est une roche très dense (2,674) mais qui reste assez fragile. Un coup dessus et ça a tendance à partir. Donc la manipulation et les travaux ne sont pas sans difficultés.

L'exploitation est faite par deux méthodes réalisées l'une après l'autre : le tir et le sciage. On extrait d'abord une couche de 1m30 à la dynamite, qui est au dessus du banc exploitable. Une partie des blocs extraits est vendue en granulat routier, mais la plus grande partie est utilisée en remblais, dans le but unique de stopper la résonance et la propagation du bruit. En effet, les piqueurs et la scie sont très bruyants.

Le premier tireur est en train de forer les trous. Le second tireur est en train de charger. J'ai photographié ces deux étapes essentielles. Le chargement est tout simple. Les trous sont forés en biais, cela afin de ne pas abîmer les couches, ni celle du dessus ni celle du dessous. On introduit le baton de dynamite au fond d'un forage de 1 mètre de profondeur environ. Le baton est relié avec une mèche bickford retard. Ensuite, le tireur bourre le trou avec de la glaise. Pour cela, il a la machine à quequettes, un outil servant à générer des blocs de glaise juste bien comme il faut. Pour terminer, il met un peu de journal dans le trou et tasse tout ce qu'il peut. Il faut tasser très fort sinon ça ne marche pas.
L'épilogue, c'est le tir, je raconte ça après.

Le troisième poste est un débiteur. Il fore des trous de 34 mm dans la base de la couche, introduit deux madames puis un pieu. Pour terminer, il tape avec une masse afin de décoler le bloc. L'épilogue, c'est le bulldozer (Merlo) qui emporte le débitage à l'aire de taille.

Après quelques photos des galeries, tout le monde sort, il est 11h25. A quelques dizaines de mètres de l'entrée "Agasse", nous sommes à l'arrêt, à l'écoute. Le tireur ausculte son travail, avec tout d'abord de l'anxiété, puis de l'agacement. Bang, bang, bang... C'est la dynamite qui saute, des claquements bien secs et bien violents. On entend clairement la roche qui éclate au troisième, mais l'oreille experte du tireur sait bien qu'il y a eu un détail qui a foiré... Je ne saurai pas quoi, mais probablement une zone rocheuse pas suffisament déblayée, un tir pour rien...

En remontant, on me montre comment on allume la dynamite. En premier lieu, il faut couper la mèche en deux au bout. Comme ça, l'allumage est beaucoup plus facile. Chaque mèche est coupée avec une longueur différente, ce qui permet le décalage lorsque les charges sautent. On allume avec un truc qui ressemble à une cigarette. C'est un petit baton qui est chargé de poudre blanche. Il produit une flamme très vive, ainsi les mèches prennent rapidement. Une fois les charges allumées, le tireur a trois-quatre minutes pour évacuer la zone, ce qui est amplement suffisant. Il ne reste pas seul et prévient tout le monde de son tir.

Le marbre noir de Golzinne rencontre un grand succès. Il est très pur et d'un noir vraiment intense. Il n'est pas poli sur le site de Mazy (et la marbrerie de Mazy n'a rien à voir). Il est juste équarri aux bonnes dimensions, opération qui permet d'éliminer les défauts. Cet équarissage permet de voir si le bloc présente des veinules (parce qu'en brut de taille, on ne voit vraiment rien). Les blocs qui conviennent partent par camion. Ceux qui ont des défauts sont soit concassés, soit retaillés en plus petits blocs, convenant alors aux sculpteurs (mais les sculpteurs peuvent également prendre des gros blocs).

En ce qui concerne la vente, les blocs sont recoupés en plaques de deux centimètres d'épaisseur. Ca signifie qu'avec un seul bloc 2,0m x 1,5m x 0,5m, on a une rentabilité qui devient intéressante. Les blocs demandent un grand travail au niveau de l'extraction. On le voit bien, les opérations sont nombreuses. Forage, tir, nettoyage de la zone avec une raclette sur le Merlo, Re-forage, passage au fil diamanté, débitage, sortie de carrière, équarissage... Ce n'est pas simple, surtout que l'exploitation à ciel ouvert n'est pas possible, il y a une épaisseur de stérile bien trop importante.
Il paraît que beaucoup de blocs partent aux Emirats Arabes Unis.

Au niveau historique, les premières exploitations ont commencé à ciel ouvert dans les terrains affleurants vers 1850. Il y a eu plusieurs arrêts puis reprises. Ici, l'exploitation a véritablement repris en 1969, près du puits (qui alors était la seule entrée). La zone de creusement a évolué régulièrement jusque l'Agasse, on voit les dates avancer, 1974, 1985... Jusqu'à ce que ce creusement arrive à l'état de percement. Ca a constitué une bien pratique descenderie. Aujourd'hui, ils poursuivent la même zone mais projettent l'ouverture d'un nouveau site de creusement. Au niveau des réserves, ils en ont pour des années et des années...
Il est possible de voir quelques bancs taillés à la lance dans la descenderie de l'Agasse. La carrière entièrement taillée à la main juste à côté (appelée Comtesse) est dangereuse, il y a des décolements de voûtes. Donc la zone est balisée, plus personne n'y va.

Après, nous allons discuter un peu durant la pause de midi. Le fait que ce soit pour un livre a certainement facilité les choses, mais je suis quand même joyeusement étonné de l'accueil vivement chaleureux. C'était agréable. Au niveau reportage photo, je l'ai fait à la Antonin, surtout des ouvriers en travail. Je suis vraiment impatient de leur envoyer les retirages.

Le retour est sans histoires, au milieu des vaches et des corneilles qui baillent. Plus que deux reportages.

 

13 mai

En me levant, j'avais cette image en tête : un planning en feu et moi à côté qui ne fait rien pour éteindre l'incendie. L'emploi du temps est une brûlure et je laisse les choses dégénérer. Pourquoi je ne fais rien ? pourquoi je laisse les problèmes prendre du poids ? Tout simplement parce que si je m'en occupe, ça signifie que j'accepte ce rythme de dingue. Or, je n'en peux plus. Donc c'est zut. Un gros pied de nez à la surcharge. Evidemment ça va péter dans tous les sens fin mai, j'ai deux à trois semaines de retard sec, mais tout les délais tombent en même temps. Tant pis tant pis tant pis.

Il y a des affiches de politicards partout dans nos rues. Ce matin il y avait un escargot au bord de la chaussée de la Hulpe. Je l'ai redéposé dans les fraîches verdures. Je fais partie du Collectif de Sauvegarde des Escargots. Il y a des politicards partout et ils ont des têtes de vendus, j'ai envie de leur dessiner des moustaches et des sourcils broussailleux. Je me promène avec Gigi Shibabaw dans les oreilles. Depuis ce restaurant éthiopien à Amsterdam, je suis très attiré par la culture de ce pays. On avait discuté quelques instants de ces peintures en forme d'icones. Ils ont de grands yeux le long de paysages étranges, un peu mystiques. Luc doit être très documenté sur ce sujet (puisqu'il a écrit un livre sur les églises enterrées, Lalibela par exemple), je vais lui demander quelques renseignements...

tchorski
Icône éthiopienne. Cette peinture est le genre de sujet sur lequel je recherche de la documentation actuellement.

14 mai

Un début de journée comme d'habitude : réveil-petit-dej-train. Sauf qu'au lieu d'enfiler mon déguisement et ma carapace pour aller au travail, j'enfile bottes et casque. Au milieu des gens que je côtoie tous les jours dans le train, indifférence. Ils ont bien raison. Je pars ainsi jusque Bruxelles-Centre, j'ai rendez-vous pour un reportage dans les égouts. Quoi ? Mais les égouts c'est sale, ça pue et y'a rien à voir... Quelle idée d'aller là dedans...

Luc arrive juste à l'heure et nous trouvons notre rendez-vous au milieu de couloirs et escaliers tortueux. Après ble-bla er re-blablabla, nous voilà partis au creux de la Terre. Nous avons une équipe pour nous accompagner : celui qui conduit le camion, celui qui ouvre la plaque et les deux qui nous accompagnent. Le premier reportage est en deux parties, ce sont les collecteurs et réservoirs de la Bourse. Il y a une porte sur le côté de la Bourse qui amène directement au coeur du réseau par des escaliers. Dès la fin des escaliers, il y a une double porte blindée. Elle s'ouvre sans clés mais avec 6 tirants type coffre-fort. C'est parce que lors d'orages, le collecteur se met en charge. Il faut éviter que cela vienne déborder dans les caves de la Bourse.

Le collecteur est une galerie cylindrique de 3 mètres de diamètre environ, très sinueuse. Il y a deux cunettes de 50 centimètres de chaque côté. Le canal central fait au moins 1 mètre cinquante de profondeur. Ce collecteur est unitaire et traverse la quasi totalité de Bruxelles. L'eau n'y est pas puante - vraiment pas du tout - juste une odeur bien spécifique aux réseaux dits d'eaux propres. Comme l'eau n'est pas stagnante et les saletés très diluées, on a pas l'odeur pestilentielle à laquelle on fait référence lorsqu'on est jamais descendu là dedans. Pour ma part, je retrouve cette odeur avec grand plaisir, ça me rappelle il y a bien longtemps dans les canalisations du Magnan ou du Rivoli, presque un souvenir d'enfance.

Nous parcourons la canalisation sur un petit kilomètre avant de ressortir au jour. Il n'y a pas d'élément très marquant le long de cette visite, pas de dégrilleur ou de siphon. C'est juste très esthétique à cause des formes de galeries. Juste une chose à signaler, la présence d'un wagon vanne. C'est comme une berline dont les roues s'appuieraient sur les bords des cunettes. Le plancher de la berline n'a pas de godet mais juste un énorme volant de manoeuvre. En tournant ce volant, ça fait descendre une plaque qui s'adapte parfaitement à la forme du canal. L'eau coincée derrière la plaque va pousser et faire avancer légèrement le wagon-vanne. C'est une méthode pour nettoyer la canalisation. En effet, ça racle tout jusqu'à un point défini de collecte des encombrants. L'appareillage total fait 5 tonnes. Il faut 12 hommes pour le tirer. En effet, la pression de l'eau n'est pas suffisante pour que ça avance tout seul. En plus de ça, il faut un homme qui manoeuvre un volant pour les roues. Sinon, ça coince dans les tournants.

Juste ensuite et à quelques pas de là, de retour à la surface, nous ouvrons une plaque et descendons dans un bassin d'épargne. C'est un énorme volume situé à 20 mètres de profondeur, destiné à collecter les eaux en surplus lors d'orages violents (plus ou moins 4 fois par an). Le volume fait 250 mètres de long, 30 mètres de large et 5 de haut. Ca ressemble à un parking souterrain. Il y a deux arrivées latérales. Les photos sont difficiles à faire. Le volume est vide et très sombre. Lors d'un orage, c'est vidé à la pompe.

Suite à cela, nous nous dirigeons vers Bruxelles Nord. Sur le boulevard, une nouvelle plaque et des ouvriers au travail. Là encore, un bassin d'orage. 500 mètres de long, 20 de large, 10 de haut. Il y a un collecteur monstrueux en hauteur. Lors de trop pleins, il déverse dans le vide de réserve. Comme les gens bossent, il y a des spots, c'est très esthétique.
Le travail qu'ils font est titanesque. Les eaux de déversement laissent de la boue résiduelle et donc encrassent le vide de 20 bons centimètres de boue. Ils vident ça à la pelle et à la brouette. Le volume tampon de ce déversoir est de 300.000 mètres cube.

Pour terminer, nous allons visiter des réseaux situés non loin de Schaerbeck derrière la déchetterie. Il y a là le même collecteur (vu à la Bourse) mais en plus de cela, l'arrivée du Maalbeek et de la Senne dans des galeries à l'esthétisme terrible. Les arches se reflètent dans l'eau, c'est à couper le souffle ! La Senne possède un double voûtement bien large et bien haut, facilement deux fois 7 mètres de diamètre. Les parois sont mixtes béton et brique, ça dépend des moments. Ce n'est vraiment pas praticable, il faut un bateau pour visiter ça.

Je fais l'impasse sur la dernière visite près de Bruxelles-Midi qui n'est que du déjà vu (La Senne à un autre endroit et le collecteur général débouchant sur une chute près d'escaliers). Ces égouts sont très beaux. Les plaques de rues sont souvent présentes et ça donne un aspect ancien très agréable. Au milieu de wagon-vannes très esthétiques, de pertuis et de collecteurs terribles, ce fut une chouette visite. Plus qu'un reportage.

A peine arrivé à la maison, je file me coucher. Il est 16h30, je fixe le réveil à 18h30. Ca fera une sieste non négligeable. Le bazar des voisins et un chat turbo-miaulique auront vite fait de perturber cet instant de repos. Le temps passe vite et nous voilà projetés sur le quai de Genval. Je suis encore engourdi de sommeil. Le train d'Ottignies à du retard, ce qui va nous faire louper notre correspondance et perturber le week-end de manière conséquente. Nous n'avons rien demandé. Il y avait notre chef de gare préféré. Nous avons fait le trajet jusque Luxembourg sans correspondances et sans retard. Si ce n'est pas un coup de chance ça ! (C'est à demi-mots, je n'en dis pas plus).

Dans le train, nous faisons connaissance de Nina. C'est un birman aux jolies oreilles noires et chaussettes blanches. Le train c'est la galère, miou, miow, meeow... Et durant une heure, blablachat, blablamiow~~, blablacroquettes... Nous retrouvons François et Antonin à Differdange pratiquement sans ennuis.

Il est bien tard et nous avons des horaires difficiles à tenir. Ce n'est pas habituel d'aller commencer une exploration minière à 23h00 mais nous n'avions pas le choix : nous voilà donc partis pour le fin-fond d'Hussigny.

Le problème, c'est que l'entrée est située en plein milieu d'une forêt sans chemin. D'habitude ça va parce que les bois sont parsemés de repères, tel arbre tordu, tel ravin, tel bosquet... Mais là en plein milieu de la nuit, c'est la galère, impossible de reconnaître les balises habituelles. Du coup, nous tournons en rond et naviguons avec de grandes difficultés jusque deux heures et demi du matin. C'est par chance finalement que nous retrouvons un parcours qui convient et au milieu d'un champ de colza qui nous trempe les jambes, nous arrivons à notre entrée. Le périple est loin d'être terminé. En effet, nous sommes en plein dans de la couche noire, ça signifie un réseau humide et très boueux. Pas question de dormir là. Nous continuons donc notre parcours le long de roulages puis de pistes interminables pour finalement atterrir à Godbrange. Il y a là un cul de galerie permettant de poser les rames. Il est cinq heures du matin lorsque le sac de couchage est déroulé par terre. Je n'étais pas d'accord avec cette organisation. A mon sens, il y avait moyen d'éviter quelques galères.

15 mai

Le réveil (et matin pour nous) est donc situé aux alentours de midi. Nous partons en exploration dans Godbrange. Le but de la journée, c'est de voir s'il est possible de rejoindre Bréhain la Ville ou Tiercelet Nord. Et bien la désillusion fait mal. Même pas possible de toucher un morceau de Tiercelet, tout est sous eau. J'ai tracé sur le plan chaque endroit de noyage et ça dessine une ligne droite d'une précision étonnante. Au moins dans la couche rouge, on sait que ça ne passe plus. Mais alors, qu'est-ce que j'avais vu il y a 5 ans ? Je me souvenais de poudrières, d'ateliers de réparation, de pompes (relativement petites), de puits vers les étages supérieurs. Je ne saurais dire. Peut-être ai-je amalgamé tout ça avec la visite de Moulaine ? J'ai du mal à le croire et je me sens un peu perdu dans tous ces souvenirs.

Du coup, nous lâchons prise sur Godbrange. Nous nous préparons à parcourir Moulaine. Le travers-banc est très éloigné et nécessite un repérage (parce qu'une fois encore, nous rencontrons le noyage partout). Ce n'est qu'en fin de soirée que nous trouverons le roulage y menant. Au passage, nous verrons une purgeuse mécanisée toute pétante neuve et un chargeur supposé CTX1000.

Nous dormons dans un local (supposé) de tirage de berlines. C'est un lieu où il devait probablement y avoir des treuils, tirant les berlines le long des roulages avec des chaînes. Antonin se paie même le luxe de planter le hamac !

16 mai

Un peu moins tard que la veille, nous partons droit vers Moulaine. Le roulage sinue le long de petites rivières esthétiques, avant d'atterrir sur un bestiotravers-banc monstrueux. Sur le passage, il y a un monument à la mémoire d'André Pathé et John Terrin.

Le Travers-Banc de la Moulaine est très long, il fait je suppose 4 kilomètres. Ce n'est pas le problème essentiel, c'est surtout qu'il est inondé par la rivière sur la fin. Il y a quelques années, c'était de l'eau glaciale jusqu'aux fesses. Là c'est tranquille, à peine au dessus des bottes. Mais par contre, c'est sur une longue distance - un bon kilomètre - ce qui a le don de congeler efficacement.

Après une marche fatigante, nous arrivons enfin à la perte de la Moulaine. Elle part dans une petite galerie plutôt ovoïde, vraiment inhospitalière. Je suppose qu'après, il y a un trou et au revoir la rivière... Nous parcourons le roulage principal et décidons de poser les rames pour un petit repas bien remontant. Juste ensuite, nous allons découvrir (ou redécouvrir) la salle des compresseurs. Il me semble qu'il n'y a pas eu de changement majeur. C'est toujours aussi joli et j'en profite pour refaire les photos, parce que celles que j'avais étaient vraiment pourries.

A l'étage supérieur, après un passage d'une échelle rouillée, je découvre un petit treuil et un chanudorium sans grand intérêt. La fatigue est bien présente et nous entamons le retour. Toujours le même baquage dans l'eau froide le long des canars. Nous n'aurons pas vu Brigitte Bardot. Pourtant elle avait dit qu'elle viendrait pour sauver les canars de la Moulaine... Sur le cheminement, nous irons voir l'étage inférieur avec Antonin. C'est ultra inhospitalier, des douches affreuses tous les deux mètres, un paysage à faire reculer qui que ce soit !Nous retrouvons notre squat avec joie. Avant de dormir, nous ferons une petite explo sous le village, ce afin de trouver une autre entrée présumée, mais ce sera un échec.

17 mai

Une journée de retour. Retour sur les pistes, retour dans la couche noire (avec deux nouvelles berlines 3500 litres en découverte), sortie par un autre chemin et hop c'est terminé. Dehors il fait chaud, François a quelques difficultés. Heureusement, tout s'est bien passé.
A midi, nous faisons un glaucorepas sur notre parking favori à Differdange. Je ne parlerai pas du délice aux trois foies d'Antonin, des terrines à la pintade fermière et de la cassolette de merlu au flétan saumoné de William Vaurien.

Le trajet de retour est assez pénible. Comme certains disent "il y en a qui n'ont pas toutes les frites dans le même sachet" ou bien "il y en a qui n'ont pas inventé la machine à tordre les bananes". Enfin, nous nous retrouvons à la maison bien vivants. Beaucoup de lavage à faire, beaucoup de pansements pour les pieds.

Pour ma part, je suis déçu par cette descente parce que d'autres visites ont déjà été bien plus riches. En plus, je sais que cette mine était bien plus belle avant, mais Hussigny a été vidée méthodiquement, il n'en reste vraiment plus rien ou presque. Il y aura d'autres projets, Hussigny-Godbrange, on en a fait le tour. Ne serait-ce que tenter la jonction Moulaine-Herserange, c'est bien tentant. C'est sans parler de Halanzy et Mont-Saint-Martin jeudi prochain...

19 mai

Un grand matin de fatigue. Je suis impatient de terminer ce livre. Il n'y a plus que ça en ce moment et j'ai besoin de poser les rames, d'aller naviguer dans d'autres espaces - juste un peu - le temps de se ressourcer. Ces instants sont devenus tous proches.

tchorski
Le paysan prie qu'il pleuve, le voyageur qu'il fasse beau, et les dieux hésitent
(proverbe chinois)

21 mai

Vous êtes arrivé sur mes photos d'usines parce que dans un moteur de recherche, vous avez inscrit "rencontres hard avec femmes matures sur Hayange". Oulah non, ce n'est pas du tout le bon endroit ! Vaut mieux chercher ailleurs, les femmes ont des formes de scrubbers dans mes pages hayangeoises... Et puis dans les autres pages, ce n'est pas la peine de chercher du "hard". Mon pauvre, ce serait pure perte de temps pour vous.

22 mai

Hier soir, j'ai retrouvé mon Grand Poltron à Namur. Nous sommes rentrés bien tard et le lendemain matin est comme-ci comme-ça. Il est onze heures lorsque la journée démarre, devant la porte de la mine de Longwy - Mont Saint Martin. C'est la partie de réseau souterrain située vraiment le plus au nord-ouest du bassin minier de minette de Lorraine. Il y a la mine de Pulventeux encore un peu plus à l'ouest, mais d'une part elle est très petite, d'autre part son accès est difficile. Donc concernant la mine de Mont Saint Martin, il y a un grand intérêt géologique. Les fragments de minette ramassés seront comparés avec ceux d'Hayange, ou bien plus au sud encore, ceux de Maron et du Val de Fer. J'ai constaté (très vite fait) que cette minette est plus foncée, ayant une teinte très légèrement plus verte. Un bémol, cela peut provenir de la couche exploitée. A Mont Saint Martin, il y a deux couches d'exploitation, mais la supérieure est non visitable. Il est probable qu'elle est très réduite en développement, peut-être même seulement constituée de quelques recherches.

Le début de la mine est une principale de section 6 mètres environ. De gauche et de droite, ça part à 45 degrés dans des quartiers très rectangulaires et entièrement vides. Nous commençons l'exploration par la partie de droite par rapport à la piste. Ce sont des galeries très monotones, quelquefois inondées, quelquefois un peu effondrées, présentant des plaquages inquiétants. Les problèmes d'effondrements sont traités. Une topographie de 115 points a été faite, menant à une zone plutôt instable. Dans ces quartiers monotones, nous ne manquons pas de nous perdre. Nous avons retrouvé le chemin un peu par hasard. Bon au pire nous pouvions suivre le bord ferme, mais ça aurait été plus long, au moins deux heures. Bref, pas très agréable. Dans ces quartiers, on peut signaler la découverte de fleurets, d'ancrages, de pinces à purger et de fils de tirs, mais rien d'autre.

Par la suite, et pour moins nous perdre, nous décidons de suivre les pistes. La principale nord nous amène à l'entrée de la mine de Coulmy. Ce passage est entièrement bouché avec du parpaing et taluté. Ca veut dire que dehors, on n'en voit plus la moindre trace. Cette entrée comporte à l'intérieur une très belle porte en fer forgé. Juste à côté, il y a une ancienne salle électrique, nettoyée de fond en comble. Pour terminer, je citerai la présence d'un ancien puits au fond d'une galerie très proche de la salle des transformateurs. Malheureusement, c'est une place dangereuse. Tout d'un coup, on se retrouve dans une mare de boue marécageuse. Rien ne vient indiquer ce danger parce que la surface de la boue est recouverte de poussière de minerai. Il y a également un secteur où manque l'oxygène, à éviter. C'est un endroit signalé et fléché sur un mur, rien ne sert de s'y aventurer.

C'est une mine dont l'entrée est fermée. Il faut avoir la clé pour visiter.


23 mai

Petit matin poussif (j'ai du mal malgré le café), nous voilà partis pour la mine de Halanzy. C'est la seule exploitation de minette en Belgique. Il y a eu des excavations faites dans le fer fort en Belgique, mais elles n'ont rien à voir, autant en qualité qu'en développement. La mine d'Halanzy est en deux parties : le Bois Haut et Warnimont. Juste à côté, il y a la mine de Musson. Mais ce sont deux concessions différentes, c'est à dire que sous terre, ça ne se rejoint pas.

Warnimont commence par un tunnel ferroviaire d'un diamètre assez petit, 3 mètres de haut tout au plus. Ca débouche assez rapidement sur un roulage et des quartiers d'exploitation. La spécificité par rapport au bassin de minette, c'est que c'est une mine ancienne, un peu à part du point de vue historique. En effet, c'est une mine qui n'a eu que très peu de rapports avec les exploitants français ou luxembourgeois (seuls quelques rapports avec la mine de Coulmy) et c'est une mine dont les premiers développements sont très anciens, ce qui est rare. Effectivement, dans les quartiers ouest, on retrouve de l'exploitation très basse, avec des piliers à bras et des murs à sec. En plus, on peut distinguer au sol une trace de brouette. Cette découverte est importante, ça signifie que Mazy Comtesse n'est pas la seule exploitation de Belgique à posséder des piliers à bras. Malheureusement, ce secteur de quartiers est très dégradé, la poudrière située au bout est presque condamnée.

Nous suivons la grande principale et les découvertes s'accumulent. Nous trouvons une cantine, une écurie, un secteur où les consolidations de murs sont faits en tôles de berlines, puis la galerie K comportant de nombreux nids d'abeilles. Cette dénomination concerne une structure toute simple : on supperpose et entrecroise de nombreuses traverses de chemin de fer pour en faire un pilier. La plupart sont ravagées par le temps et l'humidité, mais il en reste quelques-unes. Elles sont penchées et menacent de tomber (et donc disparaître). Les photos seront là pour préserver...

Le roulage sinue plus ou moins et en fin de parcours, nous pouvons apprécier plusieurs belles pièces d'archéologie industrielle : une salle de repos de mineurs, avec les tables et le spot pour s'éclairer, une poudrière, un atelier de réparation, une aire de chantier, avec les traces de tailles). C'est ancien et beau, différent de la terrible industrialisation que l'ont peut voir presque partout ailleurs. Les galeries sont plus petites et pas toujours de section carrée. C'est une originalité appréciable.

En fin de parcours, nous faisons une incursion dans l'appendice de réseau français. En effet, les deux sociétés des mines ont fait un échange. L'une évacue son eau tandis que l'autre évacue sa fumée, une entraide en quelque sorte. Dans le réseau de Coulmy, on retrouve exactement la même structure que la veille à Longwy : grosses galeries carrées systématiquement ancrées avec des plateaux déformants, une exploitation faites uniquement avec des machines sur pneus. Cet appendice de réseau ne débouche plus au jour. Ca n'a jamais rejoint la mine de Coulmy proprement dite (celle qui fait partie de Mont Saint Martin).

Nous n'avons pas visité la mine de Musson parce que celle ci est trop dangereuse. Toutes les entrées de ces mines ont des portes blindées dont le système de fermeture est complexe. Il n'est pas possible de visiter ces mines sans avoir la double-clé nécessaire.

Au soir et de retour à Arlon, nous faisons un trajet paisible jusque la maison, sans aucun ennui. Cela aura été deux jours de visite bien enrichissants. Reste zéro reportage à faire.


24 mai

Zéro reportage ! Gnarf et gnark. Zéro fini oui oui oh oui... Là ça y'est c'est terminé, ayéeeeê. Finiuiuiui. Ah oui ah oui uiuiuiui zouzouzou c'est les vacances. Cahachabadabada chouchoubidou c'est la fin ouinnn, youi ihî. Fini ahaha ihaaa. Jean-Luc Le Ténia, lalalalalaaaaa. Jean-Luc Le Ténia, lalalalalalalaloôôô... Fini finifinifinifini. Oh le griffus il est beau tout rouge, je le prends ! Et oui... Jean-Luc est un ténia.

tchorski
Trouvé par terre dans le parc. Non ça ne méritait pas la poubelle du monsieur qui nettoie...

25 mai

Il y a des jours où je me mets à rêver d'inexistence comme d'un havre de paix. Ne plus porter ce nom, n'être plus rien dans ce pays de vous-êtes-tous-quelqu'un. Je me sens si infime, bien souvent j'ai la sensation de ne pas être à la hauteur, presque voleur de réputation, presque menteur par omission - juste parce que je ne précise pas (je ne martèle pas) à chaque interligne que je suis un gros nul. Bien évidemment, je ne fais pas cela car ça prendrait immédiatement la forme d'un je-dis-ça-pour-qu'on-me-dise-mais-non-tu-es-bien (ah pitié pas ça...) Quelquefois difficile sensation d'un décalage entre ce que je fais et ce que je suis, celui que je voudrais et celui qui parcourt les chemins tous les matins. Je ne me sens pas ancré dans la force, mes racines sont coupées. Quand je vois ceux qui naviguent avec aisance au boulot, je me demande comment ils font. Peut-être font-ils semblant d'être bien - comme je le fais finalement - sauf qu'ils ont plus de talent que moi. Je suis tellement rempli de contradictions, je fais exactement l'inverse de ce qui me fait rêver : j'existe à plein pot, je dévore la vie comme si chaque jour m'était compté. Je ne sais pas ce qui est condamnable dans ma vie. Peut-être que je dis trop de bêtises ? (Un peut-être qui serait plus honnête de traduire en certainement). Peut-être que je suis trop gamin ? Peut-être que je pas celui qu'on attend et je parle sans cesse de choses inintéressantes, je reste dans mon petit monde sans vivre réellement pour les autres ? Je ne sais pas, je crois que je ne veux pas savoir, ça fait trop mal. Ce que je condamne, c'est que je ne m'assume pas. Jour après jour.

26 mai

Lancée début mai 2004, la campagne "la musique gratuite a un prix" est illustrée par un doigt d’honneur. Cette campagne, indécente et irresponsable, insulte et menace 20 millions d'internautes, selon différents syndicats d’artistes et organisations de consommateurs. Ces organisations ont ajouté être opposées "à une vision archaïque de l'Internet qui prétend éradiquer les échanges de fichiers P2P alors que ce mode de diffusion en plein développement peut être une source de progrès et de diversité pour le public mais aussi pour les artistes".
(provenance : informations google)

28 mai

Avec mon hongrois préféré, on fait des échanges de musique. Oh, c'est pas du je te passe Michel Sardou et tu me passes Snoop Dogg. Ce matin, il m'a fait découvrir Szélkiáltó, un minuscule groupe de folk poétique très agréable. C'est le genre de truc que je n'aurais jamais connu sans lui. En effet, c'est tout hongrois, pas un mot d'anglais. Bon courage pour les concerts (Jósvafo, Miskolc-Diósgyor, Pécs...) et pour comprendre leur forum, mais je vais leur écrire pour leur témoigner mon admiration et leur demander comment je peux leur acheter un album.
Dans un grand élan Malaussiénien, je vais avouer que oui c'est du p2p. Oui c'est criminel d'agir de la sorte et que la prison m'attend. Mais cette fois le copronuage est au dessus de ma tête et je vais tomber pour de bon. Je sens déjà l'éclat argenté douloureux des menottes trop serreés autour de mes poignets.

C'est un vendredi aux pieds traînants. Enfin, je parle d'une journée alors que je devrais parler de mois (peut-être même années ?) A mon avis, je suis tout simplement en train de déprimer comme une feuille d'automne parce que les projets sont bouclés. Non pas que j'en redemande, mais plutôt que j'ai besoin de bonne vacances-tout-oublier qui ne sont pas là. mais bon, je ne me plains pas. Rien de grave, je voulais que ça redevienne calme et peu à peu, ça en reprend le chemin. Chercher des coquillages, c'est pour bientôt, je n'en doute pas, même si c'est en Bretagne à Crach.


29 mai

Hier soir, nous avons dormi chez Gilles à Mondercange. C'était bien sympa. Petite surprise au lendemain matin, on voit Esch-Belval par la fenêtre. C'est chouette chez lui, toute sa maison est jolie et sa fenêtre donne sur de beaux champs de colza.

Dans une aube de l'aurore que François qualifierait de "spéléologique", nous partons pour Savonnières en Perthois. J'ai mal préparé le trajet et sans carte, nous nous perdons au niveau de Commercy (où les vaches sont bleues). Nous arrivons avec un peu de retard et retrouvons François qui se repose à l'ombre.

Nous commençons la visite presque aussitôt à une entrée que je ne connaissais pas, qui semble être la véritable entrée "Renaissance". C'est à dire qu'il y a deux autres entrées quasiment dans le même secteur. Donc pour s'y retrouver, je parlerais de Renaissance Nord, Renaissance Centre (point K10) et Renaissance Sud, celle que nous prenons. C'est un double cavage assez imposant. L'un des deux cavages sert de garage. Juste avant de rentrer, deux voitures arrivent. Ce sont des personnes qui vont réparer une voiture. Nous en profitons pour discuter des carrières (appelées caves), des champignonnistes et des grottes présentes dans le coeur du réseau. Un accueil bien sympathique.

Je ne donnerai pas tous les détails car un compte-rendu du 17 avril donne pas mal de renseignements, je ne préciserai que les nouveautés. Principalement, ce sera la découverte du secteur Besace et Cayenne qui m'étaient totalement inconnus, puis toute la partie située sous le village. Ce sont de vastes champignonnières dont les piliers sont souvent consolidés avec des murs de béton, des muraillements massifs ou des chanfreins. Dans ces secteurs là, il n'y a pratiquement aucun problème de tenue. Il y a juste un secteur qui tient mal, mais il est situé sous la forêt, non loin de la gare.

On y découvrira les classiques reliques des carriers, berlines, trains de blocs à l'abandon, gouges, escoudres, lèvres... le tout dans une ambiance propre : un parfait état de conservation. A noter la présence d'une lèvre de 4 mètres de long et bien 5 centimètres d'épaisseur. C'est un outil qui ressemble à une barre à mine, je vous laisse imaginer le poids ! Et puis une multitude de puits vraiment esthétiques. Quelquefois, on a vraiment l'impression qu'ils sont au milieu du village.

Au soir, nous irons prospecter Behonne, Le Congo, La Californie qui sont toutes à ciel ouvert. Par contre, il y a une carrière sans nom (avec un beau cavage) en face de la Renaissance Sud, au bout du chemin. Elle est assez petite et ne rejoint pas le reste du réseau. D'après François, il n'y a pas de point d'intérêt majeur dans ces galeries.

30 mai

Dans les jolies couleur du matin, nous irons visiter la carrière de Savonnières par un autre cavage (sans nom) situé au sud de la Courte Raie. Nous nous rendrons compte qu'il s'agit d'un creusement vers le sud à partir du cavage. De ce fait, cette carrière ne rejoint pas le reste du réseau. C'est un réseau assez moderne. Il y a eu de la champi. Ils ont tout nettoyé, c'est à la limite d'avoir l'impression qu'ils ont passé le balai !

A un coin de galerie, nous trouverons un morceau de berline probablement destiné à sortir un moellon entier (la structure de la berline est conséquente). Nous ne trouverons rien d'autre méritant d'être cité, sinon des témoignages relativement nets de l'extraction. Comment pratiquaient-ils l'extraction ? Dans la paroi, ils faisaient une saignée en bas en premier lieu, puis droite et gauche ensuite. Pour terminer, ils détachaient le bloc avec des coins en tapant sur le haut. Comme ils n'ont pas accès derrière le bloc, il est fréquent de voir une cassure du fond informe, avec de la perte de matériau. Une fois le premier bloc tiré, ils pouvaient accéder au fond et donc découper les suivants avec plus de facilité. Dans ces cas là, ils faisaient de multiples forages dans le fond, ce qui fragilisait et facilitait la cassure nette.

Juste après cette visite, nous partons au point K10 : Renaissance Centre. Un passage par Marlière, quelques cafouillages vers la Tourelle, puis entrée de la Gare. De là, nous repartirons sur La Sonnette puis La Grande Viaille. Pas beaucoup de nouveautés par rapport au précédent compte-rendu. C'est toujours aussi beau et agréable. Nous sortirons par Courteraie.

Il pleut un peu et nous mangeons sous un hangar. Après le repas, nous sommes quasiment happés par un groupe de chasseurs. Allez, venez boire un canon ! Difficile de refuser, nous nous retrouvons à la tablée d'Asterix et Obelix. Nous est servi dans la foulée du sanglier cuit dans la braise. Et ça joue aux cartes, et l'alcool coule à flots, et ça braille du bon patois. Nous sommes bien sûr resté au jus de fruits. Mais tu prendras bien un canon hein ? T'es pâle comme un cul...

Le soir, nous irons dormir dans une ancienne maison de carrier, devenue refuge des chasseurs. Il y a trois bûches qui crépitent dans la cheminée. J'étais loin de croire que nous nous retrouverions ici. Franchement, presque de A à Z, nous avons été partout accueillis comme des rois. C'est rare d'avoir un contact aussi agréable. Même les roussins n'ont pas été méchants. Ils étaient très inquiets de notre présence au premier abord, mais après ils ont bien compris qu'on était pas gênants. On a même discuté carrière avec eux ! Je me souviens de leur sourire lorsqu'ils évoquaient la "fête du cheval" et nous "brrôa, pitié pas ça !"

31 mai

Les paysages sont dans la brume du matin, c'est très joli. Au loin, on voit deux petites tours d'aération de la carrière. Dans le hangar juste à côté, des gens s'activent avec un bulldozer, peut-être pour une champignonnière que nous n'avons pas localisé ? Après une chouette pause petit-dej, nous voilà partis pour Brauvilliers. C'est un ancien village de pierres, on y retrouve une dizaine de carrières souterraines signalées et quelques-unes en ciel ouvert.

La première carrière (visitée la veille au soir) est un réseau minuscule vaguement circulaire. On y trouvera rien d'intéressant, sauf la présence d'une grotte. C'est au matin que nous ferons les plus belles découvertes. D'après la carte, la carrière intéressante s'appelle "Le Point du Jour". Elle passe sous la route et rejoint une seconde entrée, non loin du Moulin. C'est une carrière qui n'a pas un gigantesque développement, c'est visitable en trois heures. Elle est passionnante sous deux aspects : la diversité de creusement et le renseignement abondant. En effet, un carrier a passé pas mal de temps à écrire sur les parois, du mariage d'Adèle au climat du jour, en passant par la fête du village et les décès d'un tel et un tel. Entre toutes ces informations, il y a beaucoup de renseignements sur les carriers.

Au niveau structure, c'est une carrière en gros cavage. Il y a une galerie principale qui se subdivise en multiples caves régulières. Une moitié du site est creusé à la lance tandis que l'autre est faite à la haveuse-rouilleuse. Les parois havées sont très lisses, c'est surtout là que nous y retrouverons les romans les plus lisibles.

Un graffiti 1904 nous informe que la carrière existait déjà à cette année là. Elle est probablement plus ancienne, mais aucune preuve n'a été trouvée. En 1953, ils faisaient un avancement de 15 mètres par mois (ce n'est pas un calcul, je recopie une inscription). En 1957, les carriers étaient Christian Varinot, Roland Varinot, Mario Massini (Né à Revigny sur Ornain), Colomban, Vanola. Plus tard en 1967, c'était Louis Knavié en probable chef de chantier, puis Jeanmaire, Sindomino, Gonzato, Beaujour, Canni (Cagny), Hormencey et Roger Audinot. On notera que Louis Knavié est né le 18 avril 1914. En 1967 lorsqu'il écrivait au mur, il avait 53 ans.

Dans les divers évènements, on apprend que le garde mine Rolly est passé le 15 février 1967, il signale une rupture de voûte à étançonner (ce qui n'a pas été fait d'ailleurs). Le 9 avril, ils ont passé deux heures à réparer la perceuse. Ce qui est comique, c'est qu'ils indiquaient les fins de chantier. On retrouve donc à divers endroits les dates de fermeture. Un quartier ouvert en janvier 1964 et fermé le 1er mars 1968. (Fin de chantier, au revoir). Plus loin, une fermeture le 31 mars 1968 puis finalement tout au bout de la carrière, une fin de chantier le 18 novembre 1971.

Dans les dernières informations à signaler, je noterai la fréquence de tables. Ce sont des listes de blocs sortis avec les dates et les carriers concernés. Ca aidait sûrement à faire les fiches de salaire. On y remarquera la fréquence des mois d'hiver. Il devait y avoir une activité continue, mais une présence renforcée en hiver durant la saison morte des champs. Un bloc moyen avait cette dimension : largeur 4.85m longueur 3.20m hauteur 3.00m. En décembre 1958, Vanola sortait 29 moellons par mois.

A noter que du côté Moulin, le double porche d'entrée de la carrière est d'une grande beauté. Les arches sont doublées, les parois muraillées. Malheureusement, il y a deux très moches graffitis en rouge fluo (lamentable). Juste à côté dans les bois, une troisième entrée. Mais celle-ci est en état terminal, de multiples plaquages très dangereux.

Pour cette carrière, ça s'en arrête là. Ce nombre d'informations est déjà très important car d'habitude, nous n'avons rien ou juste un vague graffiti. Juste à côté dans la carrière La Comette, c'est à peu près du même tenant. Même type de creusement, cette fois ci on a même un portrait du probable chef de chantier, dont j'ai fait une photo. Cette seconde carrière a été exploitée un peu plus tôt, apparemment vers 1915 - 1925. Les carriers étaient C. Bertrand à Brauvilliers, Alcide Guillemin et Marcel Guillemin de 1915 à 1926 et Guy Lemaire.

Après un repas bien agréable, nous partons visiter les carrières situées au sud de Brauvilliers, appelées "carrière de Rinval". Il y a 3 entrées, dont une principale en gros cavage toujours aussi esthétique. C'est dans la forêt, il y a du lierre un peu partout et de la mousse sur les pierres. A l'entrée, un graffiti génial : 1er mai 1893, Rinvale HR. C'est très probablement la date d'ouverture de la carrière.

Au dedans, un parcours un peu labyrinthique dans les remblais, mais ce n'est pas très grand. Dans celle la plus loin de la principale, on aura le droit à un objet rare ! Il y a un grand bac en pierre de taille, le genre d'auge magnifique et concrétionnée, de 5 mètres de long pour un de large et de haut. On entendait croâ crôôa croâ. Hey t'entend, y'a une grenouille ! Mais en fait non... On l'a cherché la grenouille et c'était une culotte. Une personne avait accroché une culotte au mur et elle s'est entièrement concrétionnée. L'eau coulant dedans, ça faisait des petits croissements. La carrière de la culotte croassante ! Aucun doute que dans deux mois, le concrétionnement aura évolué et le bruit ne sera plus là.

Un graffiti nous apprend que le 31 janvier 1894, c'était la fin du projet. Ils ont creusé 34 mètres "du fond au devant de la porte". Un simple calcul apprend qu'ils faisaient un enfoncement de 3.7 mètres par mois, soit environ 6 moellons. Ca devait être assez peu actif. Au vu de la présence de l'eau, ils étaient peut-être embêtés durant certains mois pluvieux.

C'est tout pour aujourd'hui. Nous avons encore le long chemin du retour à faire. Un trajet qui sera sans ennuis, juste bien long à parcourir...

tchorski
tchorski

1er juin

C'est un mardi qui a une tête de lundi. Presque que des mauvaises nouvelles. Mais Pfff, je n'ai pas envie de me lamenter. Si je suis si mécontent de ce qui ne va pas, j'ai qu'à me bouger le...

La semaine dernière, j'ai constaté un fait. En prenant le nombre de visites souterraines comme un contenu global, cette année j'ai déjà fait plus des deux tiers de ce que j'ai fait l'année dernière. Une grande partie s'est concentrée le mois dernier. C'est dire la hausse de volume et les pendules qu'il faut remettre à l'heure. Là, j'ai trois semaines de tranquillité en vue. A priori, ça ne fera vraiment pas de mal. Ca fait longtemps que j'évoque cette surdose et c'est une machine emballée qui est difficile à stopper. Les mails pleuvent, les demandes de renseignements affluent, les projets pullulent... Frein serré.

Malgré tout, je suis heureux. Les difficultés sont derrière, ça sent l'air de la mer. J'ai des wagons de sommeil en retard (pour reprendre une expression de Françoiz Breut). Vais prendre rendez-vous avec un oreiller. Malgré tout, il y a un nuage orageux qui m'est bien pénible. J'ai un ami en détention provisoire, accusé de proxénétisme et abus de biens sociaux. Je ne comprends pas très bien tout ce qui se cache derrière ces sombres mots. En tout cas, c'est la douche froide. J'ai peur de l'erreur, qu'il croupisse dans une prison putride à cause d'une erreur. C'est bizarre mais je n'arrive pas à l'imaginer dans ce rôle. Toujours les mêmes mots : mais non, c'est pas possible ! J'ai bien peur que je n'en aie pas de nouvelles durant trop longtemps.


2 juin

Hier soir dans le train, un ciel de plomb lourd comme un parpaing plein. Bestioles d'orage, ambiance vivement que ça craque. La pluie apaisante n'est pas venue. A la maison, une bonne douche et vidé de la saleté de la journée, débarassé de leurs paroles hypocrites. Neuf et reparti pour un tour.

Aujourd'hui, je livre les photos pour le bouquin. C'est presque un je me débarasse d'un paquet encombrant (mais soit-dit en passant, je ne regrette pas une seconde de ce travail). Ce week-end, j'ai un programme chargé, j'ai un rendez-vous inoubliable, j'ai une tâche importante à ne pas
oublier : un rancart avec rien du tout. Je crois même qu'il est possible de dire sans ambiguïté que je vais glandouiller avec talent. J'ai des charettes de dessins qui attendent bulles sans contour, des dizaines de portraits qu'il-serait-bien-de-faire. On verra bien, je vais y retourner tout doucement, sur la pointe des pieds.
Le feu qui te brûlera, c'est celui auquel tu te chauffes. Proverbe bamikele.



3 juin

From : ***, 04h11
Subject: votre névrose se rapproche un peu de la mienne

Après avoir consulté votre blog, je relativise la gravité de mon cas. Il existe des folies
« excavatoires » plus grandes que la mienne. vous m’en avez persuadé.
Avez-vous une idée des raisons de votre passion pour les ténébreuses profondeurs ?

J'ai reçu ça ce matin. C'est comique parce que la personne ne s'est même pas rendu compte que ma folie excavatoire de ces dernières semaines provient d'un boulot à réaliser, une commande plus exactement.

Définition psychanalytique de la névrose (c'est un copier-coller d'un site internet) : La névrose obsessionnelle est celle où toutes les craintes sont cristallisées sur des idées obsédantes que le patient tente de combattre par des rites obsessionnels. Forme névrotique la plus grave, la plus élaborée et la plus dure à réduire. Dans sa forme la plus typique, le conflit psychique s’exprime par des symptômes dits compulsionnels : idée obsédante, compulsion à accomplir des actes indésirables, lutte contre ses pensées et tendances, rites conjuratoires. Mode de pensée caractérisé par la rumination mentale, le doute, les scrupules et aboutit à des inhibitions de la pensée et de l’action.

Hum, très intéressant tout ça ! J'hésite à dire que ma passion des souterrains provient de l'oedipe. Si je vais dans les trous, c'est justement pour compenser ce mal freudien que je rumine jour après jour. C'est un conflit psychique tellement ingérable que je n'arrive plus à sourire aux gens. Je fais des messes noires dans les ténèbres, je trace des signes cabalistiques afin d'envouter la perturbation mentale. Chaque trou symbolise une activité sexuelle refoulée, chaque creusement de chatière représente un épanchement de violence similaire au meurtre. Quoi ? c'est trop gros si je dis ça ? Bon je me moque de cet intitulé de mail, mais si on prend les détails des définitions :

**La personnalité obsessionnelle est un type caractérisée par:
-Un souci constant d'ordre et de propreté = oui.
-Une grande méticulosité = oui.
-Une ponctualité rigoureuse = oui
-Ils sont perfectionnistes - oui
-Ils sont très scrupuleux dans le travail = oui
-Ils sont fidèles à leurs engagements, leurs devoirs = oui
-Ils ont le sens de l'économie, ce qui peut aller jusqu'à l'avarice = non
-Ils ont du mal à partager = non
-Ils ont une tendance à amasser les choses = oui (matériel minier seulement)
-Ils sont obstinés, persévérants, tenaces et peu influençable = oui
-Ils sont froids = oui
-Ils ont tendance à tout intellectualiser = oui
-Ils ont du mal à céder aux relations affectives = oui
-Ils fonctionnent sans angoisse et sans crise psychologique = non

Bref, ça fait beaucoup de oui. Et si finalement je cessais de me moquer un peu de cette personne ?


4 juin

Ce matin, je me suis pris la douche. A peine sorti du train, à peine trempé. Pas grave. Je préfère mille fois ça à une chaleur suintante. La pluie a une bien meilleure odeur.

Hier, sur un forum de dessin, je lisais ça : "Imaginons deux minutes que les blogs racontent vraiment notre quotidien. Pouah... Ce ne serait pas intéressant." Je ne suis pas choqué par ce propos parce que bien évidemment, chacun lit ce qu'il veut et apprécie les textes à sa manière, selon un vécu ou des affinités. Pourtant, je trouve qu'un journal -vrai- a un aspect bien plus poignant qu'un bazar édulcoré à l'invention~arrangement pour le lecteur. Je préfère ne pas citer de noms parce que je ne veux pas casser du sucre sur le dos de certains bloggeurs. Enfin bon, en ce qui me concerne, j'ai choisi la voie de l'ennuyeux. Aucun doute que ça se voit, mais je trouve que ça n'a rien de bien gênant. Les gens viennent, picorent probablement trois lignes, puis s'en vont. Je dirais presque que c'est fait pour ça. Enfin bon, je ne veux pas trop réflechir sur les aspects du journal intime, parce que je suis en plein dedans et c'est évidemment se mordre la queue. Puis y'a une part de déjà dit...

Ce matin, j'ai encore eu du mal à me lever. Enfin oui, comme tout le temps, mais là vraiment plus que d'habitude. Mouais, il serait quand même temps que je me mette au Nutella pour avoir des beaux muscles saillants, et au Nutella allemand hein (renforcé en chocolat) pour éviter les crises de cerveau atrophié.


5 juin

En ce moment, je suis bien incapable de composer de la musique industrielle. Depuis 1996, j'ai accumulé 13 albums. Le dernier était le pire. Ca fait presque un an que je n'en fais plus rien. Je ne dramatise pas, presque au contraire. Quand je me mets à écouter de la musique industrielle, c'est que tout dialogue est rompu, je suis parti. Parti je dirais presque dans la folie. Par musique industrielle, je n'évoque pas Sonic Youth avec dles guitares sont légèrement désaccordées, ou bien Laibach jouant sur des idéologies capitalistes dans le but de pondre des horreurs (d'ailleurs, c'est plutôt raté). J'évoque les groupes très méconnus - dont personne ne veut entendre parler en fait (et c'est compréhensible) - comme Genocide Organ, the Grey Wolves, Survival Unit, etc... C'est un terrorisme sonore, il ne reste plus rien d'humain là dedans. Une connaissance parlait à cette écoute de reliquats de chambres à gaz. Bref, c'est une horreur absolue, dérangeante, dont les thèmes vont beaucoup trop loin dans l'infâme. Généralement, je tombe dans la musique industrielle quand je suis perdu. Un peu du genre la période de noël, durant l'agression commerciale et les repas de famille. Ca me déstructure tellement que j'accumule en moi une violence assez extrême qui se doit d'exploser. Comme je suis incapable de faire de mal à une mouche, que je ne veux absolument pas emmerder les gens (bien au contraire) même si je hais l'humanité entière, j'ai trouvé le canal depuis quelques années. Je plonge la violence dans le terrorisme musical. Ecouter et composer des horreurs, c'est un vecteur de calme, j'évacue le déséquilibre là dedans. Après cela, je redeviens taciturne et comme le dit si bien Servais, taiseux.

En ce moment, la musique industrielle est rangée au fond d'un tiroir, dans la poussière. Ceux qui n'ont jamais entendu cela ne peuvent imaginer le contenu de haine de ces sons. D'un certain côté, c'est bien que ça ne serve plus ici à la maison. Un peu du coq à l'âne, ça me fait penser à Nice, aux derniers mois avant mon départ. On me critiquait majestueusement comme étant un gamin pourri qui ne veut en faire qu'à sa tête, qui refuse obstinément de faire des choses qui ne lui plaisent pas. Oui je maintiens cela. Avant à Nice comme à Aulnoy, j'étais terriblement malheureux. C'est amusant de voir comme les malheurs d'aujourd'hui sont broutilles par rapport à avant (même si je me plains sans cesse, c'est juste parce que je ressemble à mon chat). Ce n'est pas exactement le terme : je ne cherche pas à faire ce que je veux tout le temps. Mais par contre, je suis obligé de travailler pour des pourris toute la semaine, donc j'ai un peu du mal à tolérer qu'on m'emmerde à longueur de soirée ou de week-end. Juste une part de compromis, oui, c'est normal. La tolérance ça ne fait pas de mal. Mais pas tout le temps, comme c'était avant.

J'ai été critiqué il y a bien longtemps lorsque j'ai tout plaqué Rue Masséna. Une personne avec qui je n'ai plus jamais eu de contact ensuite. Je précise juste que c'était nouveau départ ou suicide. Une fois de plus, je loue le choix (difficile) du départ (ce que je suis peut-être d'ailleurs le seul à louer, certains m'auraient préféré six pieds en dessous). Il y a beaucoup de périodes agréables maintenant (malgré quelques nuages gris de de temps en temps, surtout durant les chaudes~lourdes périodes d'été). Enfin bon, je ne veux pas vanter tout cela comme un égoïsme ni ouvertement tailler au couteau dans tout ce qu'il y a eu avant, mais je ne veux ni ne peux faire marche-arrière, même d'un centimètre. Il y a des choses que je refuse obstinément.

6 juin

J'ai essayé de lire Amour Noir de Dominique Noguez. J'a abandonné au bout de dix pages. Ce n'est pas de l'érotisme, c'est de la pornographie gras de saucisse.

Je suis tombé sur un minuscule article concernant RAP, Résistance à l'agression publicitaire. Contrairement à ce qui se passe (s'est passé) en France, ces mouvements belges sont plutôt pacifiques. A mon avis, c'est pas un tort. Les publicitaires et l'Etat sont tout puissants et si tu veux faire un pas de travers, ils t'écrasent comme un vulgaire moustique.

C'est pas grand chose mais j'aime bien RAP. Ils sont assez sensés dans les propos qu'ils donnent à la presse. Bien sûr, ça ne changera rien au fait qu'on nous agresse en permanence avec des pubs minables et révoltantes, mais c'est un geste de protestation et ça compte. La publicité est partout et c'est écoeurant. Ma première réaction par rapport à une pub, c'est de ne pas acheter le produit. Donc je suis très mauvais consommateur, je me prive avec joie de beaucoup de choses.

C'est pareil en politique. Le fait qu'ils aient agressé nos campagnes avec leurs pubs partout et leurs sourires hypocrites, je n'ai plus envie de voter pour personne. Pourtant, j'étais très motivé, j'ai même fait la démarche pour pouvoir voter. Etant étranger, cela n'était pas possible. Maintenant, quand je vois leurs panneaux, j'ai envie de les arracher. Leurs pubs en triple dans la boîte aux lettres (le PS) me font penser à ce blaireau de Carl. Mercredi matin à la gare, j'ai été assailli par une vieille mite du Cdh. Rien que d'avoir insisté alors que je refusais le papier, je ne voterai pas pour eux. En attendant, il ne reste plus personne de crédible. De toutes façons, la Belgique du point de vue politique, c'est la définition même de l'absurdité. Il n'y a pas vraiment de groupement crédible. Les partis poubelles en profitent largement. Bien entendu, ces propos n'engagent que moi. Je ne prétends pas détenir la vérité...
Il y a une part de déception. Mais je m'y attendais.

 

tchorski
Morceau de manuscrit, une page du livre sur les souterrains...

 

7 juin

Par contre de Noguez, il faudrait que je trouve "Comment rater complètement sa vie en onze leçons". Rien que le titre donne franchement envie. J'imagine une seconde arborer ça dans le train. La tête de tous les gros-curieux qui veulent connaître le titre de ce que tu lis. Ils seraient servis !

8 juin

Le téléphone a sonné hier à 22h45. La personne ne devait pas bien me connaître, pour sûr. En semaine, ça fait déjà longtemps que je suis parti dans les cauchemars à cette heure là.
Oui, j'ai des nuits de la plus parfaite agitation. Des fois, je me dis qu'il faudrait qu'on m'assomme pour que je trouve un sommeil apaisé. J'ai déjà lu des bouquins là dessus, déjà tenté telle et telle technique, mais le problème est profond. J'ai peur de toute relation sociale - dans la vie, il n'y a que ça ou presque. Les nuits en sont l'exutoire. Mais bon, je m'affronte, le fait que je n'aie d'ailleurs pas le choix n'y change rien. Je combats (un peu) ma misanthropie. N'empêche que le sommeil me trahit de ce point de vue là. J'ai même réveillé les voisins une fois... Triste record.

9 juin

En matière de déménagement, j'ai un CV tout à fait impressionnant. De longue date, j'ai pratiqué les déplacements de meubles comme un loisir. Déjà enfant, mes légos n'étaient que translation. Depuis ce jour, j'ai enchaîné de multiples expériences, cela a déclenché la naissance d'une vocation. Le déménagement est ma passion. Bien malgré moi, mes rêves me portent dans les cages d'escaliers sans ascenseur, six étages exigus avec un congélateur coréen sur le dos. Au réveil, porter ma brosse à dent est une crampe tellement la fatigue s'est accumulée dans ces nuits mouvementées. (C'est pour ça que j'ai ces cernes là chaque jour -porter ça fatigue- mais comment expliquer cela à mes collègues sans qu'il me recrutent en tant que cric pour leur voiture, voire en tant que machinerie d'ascenseur parce que c'est en panne chez eux et leur syndic ne fait rien, alors je peux bien rendre ce service, porter un ascenseur, qu'est ce que ça représente de nos jours...) Loin de moi l'idée de stagner dans un bonheur sans espoir, j'ai acquis dernièrement une
certification : un mastère en déplacement d'escargots perdus sur les trottoirs, avec option lombric-dans-la-mauvaise-direction-et-s'acharnant-à-aller-sur-le-bitume-brûlant). Oui c'est sans mystère, je suis l'homme de tout déménagement. Je le sais, ça se voit. Ma morphologie s'est adaptée. J'ai des muscles si rutilants, mes chemises se déchirent à la "Hulk quand il n'est pas content" dès que je fais un geste brusque. Ne serait-ce que de plier le bras très légèrement, ça suffit pour foutre en l'air un t-shirt. C'en est presque handicapant d'être si musclé. Mais je suis fier. J'ai l'allure athlète amphétamine colosse d'une armoire à glace congolaise schwartzennegerienne. Ca me rappelle une histoire. J'étais appelé d'urgence par mon petit Raoulinounet à Mons. Il avait gardé une porte de four de Tertre. Je ne vous mens pas, les cinq tonnes perforaient le sol du parquet de sa chambre. Et bien j'ai mis l'encombrant paquet dans mon sac à dos et avec sa raoulinounettemobile, on a été déposer ça dans son pimpant nouvel appartement. Eminent spécialiste de l'emballage, de l'empaquetage-bouclage-fermage-scothage-çanebougeplusc'estcertain, vous pouvez me recruter 24h/24 (bein oui puisque la nuit aussi, je peux rêver des six étages quoi...)

Mes patrons l'ont compris ^^

Bon à part ça (parce que comme le dirait François, faut quand même pas que déconner), je suis un peu embêté avec le moteur de recherche google. Dans le nouvel algorithme d'indexation, datant approximativement d'il y a trois mois, ils ont ajouté un schème d'épuration. Les blogs ne sont plus listés de la même façon. Selon des détails que personne n'a précisément (secret maison), on se rend bien compte qu'un bon paquet de blogs disparaissent des indexations. Argumentaire ? C'est léger, il semblerait que ce soit source de pollution dans les résultats.

Ca me pose deux problèmes.

-Premièrement, c'est quant à la validité de la mise en ligne de ces écrits ici présents. Ce qui me motive avant tout, c'est que des gens puissent s'en servir comme source d'information. C'est pas compliqué, je dis à telle date que la mine de Truc-les-Oies est un réseau ravagé et dangereux, ça fera une personne qui n'ira pas là dedans, ou qui tout au moins prendra ses précautions (Tiens, je pense soudainement à Triel sur Seine). Le fait que je ne sois plus listé entraîne que foule de sites souterrains dont je suis le seul à parler disparaissent de l'information.
Problème : le google devenu girouette impossible à suivre est encore utilisé par beaucoup de monde. Or qui dit épuration du blog dit que je disparais totalement, ma syndication est blog. J'ai testé avec des pages volontairement aspiratrices de google. Indexé en moins de deux effectivement, puis viré au bout de trois jours. Merdum. A quoi ça sert que je cause des mines pourries si ça ne peut plus servir à personne ?

-Deuxièmement, ça me pose un problème de fond. Comment je peux faire confiance à un moteur qui épure à ma place ? On le fait à la chinoise, deux prestataires de blogs (15000 bloggers) interdits et saqués du jour au lendemain ? Belle censure. Au départ, l'algorithme de google était simple et donnait la chance à tout le monde, le plus intéressant gagnait. Ca garantissait des résultats à peu près corrects. Aujourd'hui, on se retrouve avec une machine obscure. Le lundi tu demandes "tarte à la crème", le jeudi tu trouveras celui qui était en premier en 150eme.
Des alternatives gagnent du terrain. Yahoo a définitivement saqué google de ses sources d'indexation, Alltheweb gagne du terrain... Et moi je rêve d'un retour d'openfind. Je crois que je peux attendre...

En plus, le blog est un phénomène de société, le journalisme est rendu à tout le monde. Hors du concept "journal intime" que je ne veux pas aborder, je remarque que les vecteurs d'information ne sont plus dévoués aux seuls journalistes qui ont toujours raison. Chacun y met de sa graine, de sa passion, de sa connaissance, de son crédo unique. Bien entendu, il y a une distance à prendre et du ménage à faire, mais ne peut-on pas en dire de même des journalistes ?

Bref, il va falloir que je trouve une stratégie d'indexation si je ne veux pas que mes recherches minières sombrent dans la vase de l'oubli...


10 juin

Il pleut. J'étais tout joyeux ce matin en voyant le ciel gris. Finie la fournaise. Quel bonheur. Ca sent les plantes. Ce soir, Renaud vient à la maison. C'est chouette, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vu. On va faire une tournée dans Bruxelles, il ne connaît pas cette ville. Un bon week-end de repos. Hier après-midi, j'étais lessivé par la chaleur, je n'arrivais même plus à travailler.
Travailler ? Pfff, j'ai tout fini ou presque alors quelle importance... D'ailleurs, ça fait bizarre de dormir : purée qu'est-ce que ça donne envie de dormir et dormir encore. Quoi, je suis une larve ? Bon ,j'avoue que j'en rajoute un peu, mais pas beaucoup ^^
C'est fou ce que ce minuscule nouveau départ me redonne des forces.


11 juin

Et il pleut, je suis heureux comme une limace (oui je sais, la comparaison est vraiment des plus vaseuses). Renaud est sous la pluie. Pauvre de lui, il doit être trempé... Hier soir, on a regardé le travail qu'il y a à finir pour son album. Ouh là là, il y en a beaucoup plus à faire que ce que je croyais. Une seule solution, positiver à la Luc : ça ira :)
Renaud travaille avec Sara Iskander et ses photos ont l'air vraiment agréables. Evidemment, dès qu'on parle photographie, ça ne me laisse pas indifférent... La photographie développe le regard, elle fait remarquer des détails.

Justement. Un petit détail amusant dans le train hier soir : j'ai remarqué qu'il y a un gars qui fait des portraits. Il croque les gens avec réalisme et rapidité, c'est impressionnant. Il donne le dessin puis s'en va. Je l'ai déjà vu faire au moins trois fois et à chaque croquis, je suis touché par son talent. Il se débrouille bien. Si je le revoie, je lui saute dessus. Ce sera à son tour d'y passer ! (Bon sauf que moi il me faut 20 heures pour arriver à un portrait correct, mais je travaillerai à la maison...) Ca fait longtemps que je n'ai pas replongé dans un crayonné réaliste, j'ai sérieusement envie de m'y remettre tranquillou.

 

12 juin

Je lui ai demandé. Il est devenu rouge comme une tomate très mure, il s'est marré. C'est l'arroseur arrosé. Je ne sais pas si je ferai son portrait, mais peut-être...

 

14 juin

C'est l'été. Et je suis triste comme un canal en hiver. C'est toujours les mêmes histoires, ressassant finalement toujours la même mauvaise humeur. Ca fait combien de jours que je ne dors plus ? Il parait que j'ai un air fatigué (je ne suis pas du matin je ne suis pas du soir). Ca fait 337 jours que ça dure. Je suis comme une démocratie. Lent à s'écrouler mais lorsque c'est le cas, ce sont des bûches qui s'effondrent dans la braise. Il faut bien se tenir alors ça tiendra encore un peu. Tendu, presque inexistant, proche de la rupture morale, exténué à l'idée de reprendre les valises, reprendre les chemins de l'instabilité. Je n'arrive plus à imaginer des solutions. Même dans les rêves ça ne marche plus.

tchorski
Parmi les archives les plus attachantes, les courriers corrigés sont fantastiques. J'adore parcourir les écritures des gens. Je trouve que c'est un reflet de l'âme.
Au vu de ce que je conserve, c'est normal que je n'aie plus de place dans les armoires !

 

16 juin

Hier soir, j'ai eu un espèce de flash de l'enfance, une image à la fois attachante et douloureuse. C'est tout simple, dimanche j'ai couru comme un fou après les lapins du parc de La Hulpe. Ca fait combien de temps que je n'ai pas couru ? Oulah, au moins quelques semaines. Bien évidemment, les lapins m'ont distancé de loin. J'avais beau faire des flammes, c'est pas comme ça qu'on attrape un lapinou... Je n'étais pas entraîné, je me suis retrouvé avec les cuisses en feu. Tout simplement parce que sans échauffement, c'est la guillotine. Du coup, je marche plus lentement.

Je parcourais comme un veau la longue Rue du Vallon. Marche roborative. Tout d'un coup, un vieux chien se lance et s'écrase contre une barrière en bois un peu pourri. Il me crie dessus par habitude, parce que c'est son métier. Cette image m'a replongé longtemps en arrière. Je me suis retrouvé à cette époque où gamin, j'habitais dans un petit village paumé. Une seule route (peu fréquentée), le trou que j'avais fait dans le trottoir avec un burin pour pouvoir jouer aux billes, puis ce vieux chien turbopoilu qui se jetait sur la barrière foutue parce que le c'était son devoir.

Retrouver une vague sensation comme ça, ce n'est pas vraiment exceptionnel. Mais là ça m'a gonflé d'images, d'illusions, d'attentes sans espoir. Cette fatigue d'habiter et d'évoluer en milieu urbain, c'était chouette à Savonnières. Des fois je me dis que je suis lassé de la vie de fou que je construis. C'est sûr, les souterrains sont une passion, à force ça construit un bel échafaudage. Mais bon si je continue comme ça tous les jours, on va me demander des autographes, je vais finir par être connu, c'est dire l'étendue de la catastrophe. Mes rêves sont stupides. Je me projette dans un calme de la campagne, une activité assez restreinte, alors que je me sais tout à fait incapable de supporter ça quinze jours.

En ce moment, c'est l'effondrement. Je pense que c'est normal. Je ressors d'un gros projet, et maintenant j'ai le temps de constater les problèmes. J'ai le temps de réfléchir, c'est pas bien du tout ça. N'empêche que les problèmes existent. Avec les mois passés, ils se sont gonflé d'ardeur, ils ont eu le loisir de s'arborer d'épines. A tel point que je ne suis pas sûr d'en venir à bout. Ce matin dans le train, une dame affreusement normale (la normalité comme idéal de vie) parlait de Jean-Jacques et Pierre et Joëlle et Simon, tous dépressifs. Ca fait 25 ans qu'elle reste avec ce con, elle ne se bouge pas le cul, ça doit être une mode de déprimer. Puis deux minutes plus tard : aller aux élections à pied ? C'est comme se balader à la mer. T'imagines marcher dans le sable ? Quelle horreur, c'est sale, je pourrais même pas me laver les mains en plus. Je préfère encore être derrière dans la voiture. Le monsieur d'en face écoutait, acquiesçait car c'est normal. Jean-Jacques déprime, il ne devrait pas se poser tant de questions. c'est si agréable d'aller en voiture à la mer.
La normalité est un idéal de vie. C'est sain.

Plein de problèmes qui font que je suis vaseux, une belle crise de la quarantaine (enfin je veux dire une crise de la vintecinquaine) ou bien une éternelle crise d'adolescence à retardement. Je perdure toujours dans les mêmes ennuis. C'est parce que je ne parle pas. Je suis trop renfermé. Le journal est un conduit d'évacuation des fumées toxiques, mais tout ce qui est véritablement intime est à demi-mot, en quelquefois tellement sous-entendu que ça en devient une bouillie brouillardisante. J'ai l'impression que cette fois ci, je ne vais pas m'en sortir aussi facilement. C'est la troisième fois que la crise pointe son nez, ça fait beaucoup. Mêmes raisonnements, mêmes angoisses. Finalement, c'est affreusement normal aussi.

Je crois qu'il y a beaucoup de fatigue. Les journées de travail sont tellement bêtes... Nager dans l'absurdité, ça finit par rendre indifférent. La vie est ailleurs. Besoin de deux mois de vacances, d'un changement de travail (au moins pour se donner l'illusion que c'est mieux ailleurs durant quelques mois), besoin d'un petit chat à caresser, de frontières à traverser... Des idéaux d'un égoïsme pur je le conçois. C'est dire comme il y a un décalage. Avant d'aimer les autres, il faut s'aimer soi-même, j'avais déjà vu qu'il y avait un truc qui clochait à ce sujet. Alors parler d'amour, j'ai du chemin à faire...
Et après, je m'étonne que tout déconne... Non en fait, ça ne m'étonne pas. Je suis régulier (bien trop régulier) dans mes échecs.

"Les horaires de la vie devraient prévoir un moment précis de la journée où l'on pourrait s'apitoyer sur son sort. Un moment qui ne soit occupé ni par le boulot, ni par la bouffe, ni par la digestion, un moment parfaitement libre, une plage déserte où l'on pourrait mesurer pénard l'étendue du désastre." Proverbe Bellevillois.

 

17 juin

Mr Aliou. Spécial sciences occultes votre amour vous reviendra comme un chien dans les deux jours. Résultats 100% garantis. Paiement après résultats.
Je recopie mot pour mot une annonce du Passe-Partout.

Au delà de la révolte.
Il aurait pu mettre "vous reviendra comme un chat". C'est plus doux. Et puis au moins, je l'aurais consulté. Préalablement, j'aurais dragué 22 minettes qui m'auraient quitté immédiatement. Ca ferait 22 nouveaux matous à la maison. Ah quel rêve !
Je plaisante... Les 22 femmes qui sont installées chez moi vivent très bien. Il y a juste quelques problèmes avec la salle de bain le matin, mais bon Mr Aliou va m'aider, j'en suis sûr.

 

18 juin,

Hier, je me suis avalé "La Métaphysique de l'Amour" de Schopenhauer. J'ai trouvé ses propos assez réducteur et quelquefois généralisant. Non pas que je fasse mieux, mais soit ce livre est périmé, soit il est faux, soit je n'ai rien compris. L'auteur y présente à grand renfort de répétitions l'amour comme étant le fruit - l'illusion - d'une recherche liée à la procréation. Si nous prenons tant d'attention à trouver l'être cher, c'est dans le but unique que l'être procréé soit le plus parfait possible : l'instinct de reproduction de l'espèce prend le dessus sur les illusions d'attachement. Ce que je dis est évidemment un résumé ultra réducteur. J'ajouterai avant de développer que l'auteur décrit la recherche amoureuse comme une quête d'adéquation. L'individu recherche son contraire afin de procréer un enfant neutre. Ainsi, les grands cherchent des petits et inversement, parce que sinon les enfants procréés seraient trop grands et cela nuirait à la race. Les qualités cherchent les défauts contraires dans le but de compenser, écrêter, moyenner.

Les propos sont souvent édictés au présent de l'indicatif, ce qui tend à la généralisation. La métaphysique, c'est bien évidemment tenter d'aller à la source, la cause première de toute chose. Donc c'est normal que le livre prenne une tournure assez barbare. L'auteur cherche à comprendre ce qui est à la source de l'amour. Il en arrive à des concepts dépouillés de tout artifice : l'instinct, la reproduction. Il décrit les amours n'étant pas dévoués à la reproduction comme déviation.

Bon, je vais me permettre ma première exclamation : Purée de pois !
Qu'on fasse de la métaphysique, je veux bien mais la vie n'est pas un concept mathématique. C'est encore plus flagrant lorsqu'on parle d'un sujet aussi n'importequoitique que l'Amour. Je me demande ce que l'auteur concevrait aujourd'hui de deux amoureux ne voulant pas d'enfants (a priori, la philosophie est intemporelle). C'est une déviation ? Que répondrait il à des gens qui lui diraient : un enfant dans ce monde là, je ne veux pas lui donner cette malchance. Bien évidemment, c'est défaitiste, c'est même apocalyptique puisque c'est croire que notre environnement vital ne peut plus perdurer ainsi, que ça va finir par dégénérer jusque l'extinction de l'espèce humaine. Peut-on considérer la baisse de natalité en Europe comme une déviation de ce peuple ? Peut-on considérer notre monde comme prenant l'apparence d'une machine emballée, notamment sur les questions environnementales ? Si on est majoritairement déviants, alors on va tous dans le même sens. Faut-il en reconsidérer la déviation ?

Finalement c'est assez positif, ma révolte face à l'écrit de Schopenhauer me pousse à me poser des questions, à accepter, à réfuter. Dans ce qu'il décrit, je suis assez choqué par la définition de la recherche amoureuse. Il fait complètement l'impasse sur les critères esthétiques, sur les questions de bonheur du partage, sur le fait que l'échange fortifie, sur le fait que l'amour détruit une part non négligeable d'égoïsme. Bien évidemment, je parle dans mon référentiel d'être humain. Donc en tant qu'esthétisme, je vais juger selon des critères prédéfinis, des influences, des règles de morale de la communauté où je suis plongé. Ce sont des limites. En attendant, je ne pense pas que ce soit un refoulement de l'inconscient de dire que je trouve que l'être humain peut avoir des allures esthétiques hors de tout concept de reproduction de l'espèce (c'est peut-être mon caractère de photographe qui ressort ?) Un esthétisme qui d'ailleurs n'est pas forcément lié aux formes de modes comme les allures longilignes, les vêtements ou les courbes d'un visage. Parlant d'esthétisme, je trouve par exemple qu'il y a de grandes qualités dans la prestance d'une
personne : le fait que cet individu fait ou a fait des choses remarquables aux yeux d'une autre entraîne une attirance. En quelque sorte, le concept de beauté ne rentre pas en ligne de mire, une personne que les gens pourraient qualifier de "moche" peut avoir un esthétisme impressionnant, je suppose qu'on appelle ça l'aura, ou le charisme.

Cherchant la source de toutes choses, peut-on dire que l'esthétisme n'a rien à voir avec l'amour ? L'auteur parle d'esthétisme, mais uniquement dans la recherche d'un individu bien constitué physiquement. Peut-on dire que les alliances uniquement morales et dénuées de relations sexuelles sont Amour ? J'ai en fait l'impression que Schopenhauer caractérise non pas l'amour mais la relation sexuelle. L'amour est tellement multiforme, c'est difficile à caractériser, c'est pour ça que je parlais de concept n'importequoitesque. C'est un des sujets les plus importants d'une vie, mais malgré tout, je crois qu'il reste difficile de donner une métaphysique juste, c'est un sujet flou. La mort est précise, la communication l'est, le travail l'est. L'amour fait appel aux racines les plus profondes de l'individu. Si la sincérité y est, cela dépasse beaucoup, voire tout. Or, je ne crois pas qu'on puisse en dire de même de la reproduction de l'espèce. Si c'est vital pour certains, c'est une situation de rejet pour d'autres.

Bien évidemment, je ne compte pas redéfinir la métaphysique de l'amour. Je n'en ai pas les capacités. Ce sont quelques réactions à vif pour un texte qui aura besoin d'être relu, quelques lignes qui ont besoin d'être reprises, démolies et reconstruites au travers de nouvelles réflexions... Je reprendrais certainement ce sujet d'ici quelques semaines.

A part ça et complètement hors de ce sujet, j'ai retrouvé Elvirounet. Je n'avais plus du tout de nouvelles, je me demandais un peu ce qui se passait. Le grand maître est au travail intense, tout va bien. Ouf.

tchorski
Extrait des notes prises durant le séjour dans le Massif Central

19 juin

Ouf, enfin des vacances, je commençais à péter un plomb à devoir rester dans le trou...
Hier soir dans le train vers Montarlot (Son Tarlot à Lui Qu'Il a), nous avons fait connaissance avec une charmante madame, mais surtout avec une charmante chatte appelée Baba. Au fil d'une discussion parfaitement féline, le trajet jusque Melun a été moins long.

J'essaie d'écrire ce compte-rendu mais Mousty déchire (dévore) mes papiers, ce n'est pas tout à fait évident ! Nous sommes partis samedi matin à 6h05, cinq minutes de retard sur le planning, ce qui est tout à fait honorable. Un trajet un peu soporifique. Après quelques courses et de longues heures de route, nous voilà arrivés dans le Massif Central, le Cantal plus précisément. Au loin dans les brumes de chaleur, on distingue la chaîne des puys.

Le premier arrêt est à Falquières, hameau au sud du Cantal. Le site ciblé est une ancienne mine de Wolframite. Le Wolfram est le minerai de tungstène, métal utilisé dans les alliages, principalement dans le but d'améliorer des aciers spéciaux. C'est un minerai noir, des cristaux en agrégats compacts, une cassure irrégulière et fragile, un éclat gras et mat. On le trouve souvent en feuilletages dans les quartz et les micaschistes.

La mine de Falquières est surtout intéressante pour ses installations de traitement. Les haldes sont très pauvres et les galeries visitables sans baquer sont très courtes (on n'a pas exploré les puits). Les bâtiments de l'usine sont des ruines posées sur une pente à 30 degrés. Les toits sont souvent tombés, les murs quelquefois effondrés, les plantes poussent un peu partout, les troncs d'arbres crèvent les murs. Malgré tout, on y retrouve deux tables à vibration, un bac de malaxage, etc. et un labo comprenant deux fours (dont l'un cylindrique) et quelques matériels non identifiés avec des bobines d'alu. Je signale que c'est un lieu exceptionnel car les autres installations de lavage de wolfram sont détruites. En plus, comme c'est très peu fréquenté, on a une préservation très intéressante, rien n'est cassé. Autant dire que la même chose en Belgique n'existe pas. Les mines sont au nombre de trois pour les cavages, quatre au moins pour les puits. On recense de nombreux cavages comblés. De ce qu'on a vu, ce sont des galeries au rocher, type ancien et n'excédant pas 20 mètres de développement. Il n'y a pas de filon restant à l'intérieur, sauf erreur de ma part.

Après avoir remonté la belle pente, nous voilà partis pour Leucamp. C'est de l'autre côté de la montagne, donc dans le même type de terrain encaissant. La mine de Teyssières les Bouliès est située dans un hameau très agréable. Les toits des maisons sont en lauzes massives, taillées une par une en forme d'ardoise anglaise. C'est vraiment très joli. C'est une mine de Wolframite. Il n'en reste rien aujourd'hui. Seul un panneau commémore le travail des ouvriers (avec leurs noms et photos), il reste une berline en exposition. Nous avons soigneusement fouillé le terrain mais rien de probant du point de vue entrée, juste des filons dépilés, formant de longues dolines encombrées de ronces et de fraisiers sauvages.

Un panneau propose ce texte : Aurillac, le 23 septembre 1959. La mine de Leucamp, ouverte depuis une quinzaine d'années pour l'exploitation du wolfram, occupe à ce jour 1 directeur, 2 employés de bureau, 55 ouvriers au fond (20 mineurs, 29 aides-mineurs et 6 boiseurs) 26 ouvriers au jour (17 à la laverie, 9 en atelier). A ces effectifs doivent s'ajouter 8 jeunes ouvriers, accomplissant leur service militaire. La fermeture de la mine va supprimer leur emploi à 92 travailleurs.
D'après ce que j'ai trouvé, la mine a été ouverte en 1917. La concession a été accordée à la Compagnie des Forges et Aciéries d'Homécourt. La découverte repose sur un ouvrier cantalou cireur de chaussures qui a ramené du minerai à son employeur de Paris. Le traitement des minerais de wolfram était fait à Laval de Cère, mais la table à vibration et le broyage étaient réalisés à Leucamp. C'est une mine bien documentée, il y a même un petit musée minier.

Nous plantons la tente. La journée a été chargée, il est temps de dormir.

20 juin

Le soleil se lève, nous voilà partis pour Enguialès. C'est un petit village de l'Aveyron, situé juste à la frontière du Cantal. C'est toujours le même regroupement géographique, sauf qu'ici, tout semble donner l'impression que c'était le plus grand centre d'extraction de Wolframite. Le site est majestueux. C'est une haute colline tourmentée, plongeant dans la vallée au milieu de rûz et de valats. Les bois recouvrent les pentes, ce sont des couleurs et une ambiance très agréable, loin de reprendre les teintes brunes chères à l'Aveyron. La longue prospection du site nous donnera deux cavages et un grand nombre de puits. A signaler toutefois que ces entrées sont pour la plupart non praticables. Les effondrements en font un site dangereux. Dans un simple intérêt minéralogique, il n'est pas nécessaire de rentrer dans la mine, les haldes sont riches en échantillons non oxydés. Par contre, impossible de trouver de la scheelite dans ce secteur. Dans la mine, la wolframite est nettement plus difficile à trouver, les filons sont recouverts d'une boue jaune. Pour y accéder, il faut passer dans des secteurs ravagés que je déconseille vivement.

Je remercie Franck pour le signalement de l'entrée, sans lui la visite n'aurait pas été possible, l'un des seuls trous envisageables est tellement caché qu'il est véritablement introuvable sans positionnement exact. C'est une mine dont le développement est très important, mais dont les étages suivent un pendage de 45 degrés. L'installation de cordes est longue, du coup nous limitons la visite aux étages horizontaux ou accessibles par les échelles en place. Je dirais qu'il y a 3 kilomètres de réseau visitable, sachant qu'une partie comporte des boisages effondrés, une autre un noyage. Ce sont des galeries de section carrée, de 3 mètres environ, dans un encaissant plutôt grisâtre. On y trouve un nombre très important de beaux boisages, donnant un aspect typiquement minier au réseau. Mais surtout, ce sont les concrétionnements noirs, rouges, grisâtres et jaunes qui donnent un aspect d'une glauquitude absolue. Je me souviens avoir dit "C'est vraiment la mine la plus trash que je connaisse".

En visitant les lieux, nous retrouverons une ancienne poudrière ainsi qu'un atelier diesel. Le matériel est dans un état déplorable. Avec François, nous grimperons une galerie de dépilage, enfin un tubage qui y ressemble. Echelles pourries à 45 degrés, 250 marches passablement dégradés et une brûlure à la main. Plus loin dans les quartiers toujours plus glauques, nous trouverons le reste d'une berline, des étages descendants vers un noyage complet, deux petites gares et des quartiers d'exploitation paumatoires. Le souterrain comporte de très nombreuses chambres situées en étage inférieur. Ce sont des excavations brutes du filon. On y retrouve une particularité, un tuyau qui s'enfonce dans le sol. J'y ai lâché une pierre, je l'ai entendu dégringoler durant 25 secondes. C'est très impressionnant. Bon évidemment, la pierre entraîne de la rouille et elle "s'enlise" dans le bazar. Mais ça fait une très rude plongée quand même. Surtout qu'à la fin, je n'ai pas entendu un bonk bien sonore. C'est juste parce que la pierre tombait bien trop loin pour que je puisse l'entendre. Jusqu'où… ?

Ce fut vraiment un spectacle dantesque, un malsain très esthétique. Au sortir et de retour à la voiture, nous sommes recouverts de tiques. Ce fut pénible. Au soir, nous irons visiter le site haut du deuxième cavage. Un réseau beaucoup plus petit et moins malsain. Intérêt principal, le fait de pouvoir voir les dépilages vers le haut et le bas, assez impressionnant.
Enguialès est un des lieux m'ayant le plus marqué. Il y a une ambiance de glauquitude et de renfermement bien gore.

Nous dormirons juste en face du chemin d'accès. Une seule voiture passe. "Je ne vais pas aller trop vite parce que sinon je vais vous faire de la poussière". C'est sympa ! Nous en avons fini avec la wolframite. Peu d'échantillons bien formés, pas mal d'incertitudes sur les galeries.

21 juin

Après une bien bonne nuit passé dans la nature, nous voilà parti vers Meyrueis dans la Lozère. Sur la route, nous ferons un arrêt à Lassout (Mine Le Pouget). Un site de charbon où il reste un beau chevalement en bois et des dizaines de berlines, plus le système de renversement. Une belle préservation.

Nous ferons aussi un arrêt à Saint Laurent d'Olt. A Bonneterre, il y a une mine de cuivre creusée dans un grès très sableux. Ce réseau, aussi appelé Mine de Lacals, fait trente mètres, deux diverticules assez bas et un intérêt limité.

Sur le chemin, nous passerons par le Causse Méjean. J'adore cette terre, je m'y sens puissamment attiré, à chaque fois je ressens cette attraction au coeur. C'est un haut plateau parsemé de mamelons complètement décharnés. La terre est pauvre, couverte d'une herbe rare et sèche. Les lauzes calcaires éparpillées un peu partout donnent des teintes gris clair au tumulus. La particularité de la pierre du Méjean ? Elle chante. Prenez en deux et cognez-les l'une contre l'autre. Vous obtiendrez une note aiguë, courte et limpide. J'ai connu ce causse en hiver et mon attachement à ce paysage rude est profond. Le jour où j'aurai tout perdu, je viendrai m'y réfugier, probablement à Drinac, mon village de coeur.
Le causse abrite des plantes rares. La plus connue est la carline. C'est un chardon rampant ayant une grande fleur en son centre. On n'en trouve pas partout, c'est souvent dans les terres les plus pauvres qu'elle jette ses racines.

Redescente sur terre, ou même sous terre, puisque nous voilà à Pourcarès, près de Meyrueis. Dans la montagne, un chemin qui s'effondre mène à une petite mine soit disant de plomb et de zinc. En vérité, nous n'avons pas vraiment compris car les haldes ne comportent ni blende, ni galène, ni baryte, ni autre chose d'ailleurs. Juste des quartz et des schistes, en gros que des stériles. Alors ?
Les haldes sont très importantes mais inintéressantes d'un point de vue minéralogique. La mine est un réseau de 200 mètres environ, comportant un étage horizontal et une partie en pente douce (30 degrés), des galeries d'une section de 2 mètres et comportant de nombreux boisages. Seule la fin est dangereuse, les bois maintenant les remblais latéralement plient sous la pression des terrains. On n'y retrouve ni filon ni matériel. Par contre, il y a un beau puits vers des niveaux inférieurs. Les chambres d'exploitation ?

Dans les genêts, il y a plein de crachats de coucou. Qu'est-ce donc que cette affreuse bave
blanche ? Un nid de chenille ?

Juste un peu plus loin mais toujours près de Meyrueis, nous irons voir un dépilage vertical de baryte à Le Crouzet (aussi orthographié Le Crouset). L'aspect est particulier. C'est très long, très profond, mais large d'un mètre seulement. En fait, ils ont vidé un filon.

Nous irons dormir dans les bois près de Villemagne. Nous sommes en lisière du parc des Cévennes, ça sent le sanglier et le chevreuil. Au coeur de la forêt, c'est une douce nuit de fraîcheur. Les châtaigniers dominent un paysage de futaie où s'étale le vert à perte de vue.

22 juin

Juste au matin, nous voilà partis pour la visite de la mine de Villemagne. C'est une mine de plomb et de zinc. Au niveau minéral, ça signifie respectivement que les minerais sont la galène et la blende.

La galène a une densité de 7,5. Le minerai a une couleur gris de plomb tirant quelquefois vers le rougeâtre bien vif. Les cristaux sont cubiques, en masses collées contre l'encaissant. Les cristaux sont un peu brillants, le clivage parfait et l'éclat tout à fait métallique. On utilise le plomb pour la fabrication de câbles, certains tuyaux, les accumulateurs et la protection contre les radiations.

La blende, aussi appelée sphalérite, a une densité de 4. C'est donc beaucoup plus léger que le minerai de plomb. Les cristaux sont tétraédriques, en agrégats granuleux. Les cristaux sont d'éclat adamantin, le clivage parfait. La couleur est noire, donc plus foncée que la galène. Le zinc est employé pour le zingage et la fabrication d'alliages légers.

D'après les documentations collectées, la mine aurait été ouverte en 1902 dans la concession de Serreyrèdes, Compagnie Nouvelle des Mines de Villemagne. D'après ce que nous avons trouvé, la mine aurait fermé en 1991 ou 1992 (Ils utilisaient des dynamites Frantir dont les étiquettes étaient datées). On nous dit : il ne s'agit pas de filons comme dans le socle micaschisteux mais de stockwerck et de minéralisation diffuse dans les calcaires dolomitiques. Pourtant, nous avons vu un gros filon près de l'entrée (?) Un stockwerk est une minéralisation dont la limite n'est pas franche avec l'encaissant. Ca devait nécessiter un gros travail de séparation. Les sables des haldes en sont probablement le résidu.

La mine est un réseau assez vaste, au moins deux kilomètres. Ce sont des galeries larges et hautes, souvent d'une section supérieure à 5~6 mètres, un aspect lorrain. Oui, Antonin voudra qu'on y retourne ! Le creusement donne un aspect récent : extraction au tir de mine, évacuation au chargeur, grillage au ciel. L'encaissant est gris foncé, souvent strié de strates bizarres, noires, bleuâtres ou ocres. La galerie principale fait 1100 mètres, elle est agrémentée d'un puits d'aération de toute beauté, parfaitement rond, 2,50 mètres de section et facilement quarante de hauteur.

Il y a de nombreux accès vers des étages supérieurs et inférieurs, mais comme ce sont des dépilages, c'est compliqué. Je profite de cette occasion pour grimper une monterie. C'est un tubage se rétrécissant progressivement jusqu'à quarante centimètres de section, dans lequel coule une eau abondante. Le pendage est de soixante degrés, presque vertical en somme. Il y a des échelles en bois dont les barreaux ne tiennent plus grand chose. J'ai monté une cinquantaine de mètres me semble-t'il, c'était très long, et une deuxième brûlure à la main. En haut, on trouve des quartiers anciens, double voie de roulage et boisage omniprésent. Malheureusement, ça tombe pratiquement immédiatement sur du foudroyage. Peste !

Pour finir la visite, nous irons voir une longue descenderie bestiale, plus ou moins à 30 degrés, plongeant dans le noyage. C'est une mine très intéressante, méritant peut-être un approfondissement plus acharné. Aller voir derrière chaque remblai si on peut passer ? En tout cas, le réseau est bien passionnant. Près de l'entrée, on trouve une centaine de bacs en plastique où sont rangées des carottes. A mi-chemin vers la katanisette, il y a une petite galerie de recherche. Son aspect est très différent du grand réseau de Villemagne (section plus petite, dans la dolomie).

Dehors, les verses sont amusantes, ça prend des formes de colorado provençal. Ce sont des sables jaunes formant des montagnes tortueuses et pointues. Au niveau minéralogique, ça n'a pas d'intérêt. Dans les bois, il reste un bâtiment de l'exploitation. Il est mangé par la forêt, il n'en reste rien ou presque.
Le village de Villemagne n'est pas particulièrement intéressant. Ce sont de grandes maisons dans les bois.

Nous finissons la journée au village de Malbosc, au nord-est du Méjean. C'est un magnifique hameau complètement paumé au milieu de collines cultivées ou laissées en herbe. Il y a de belles couleurs avec le soleil couchant, c'est reposant. Nous sommes près du Bermont, à 1000 mètres d'altitude, dans des alpages caussenards. Quelques vaches meuglent au loin. De toute la soirée, la nuit et le lendemain matin, pas une seule voiture. Vraiment paisible, loin de la civilisation de consommation de masse, loin de l'agressivité, loin du confort tout préparé. C'était beau.

Nous irons prospecter les mines de baryte du Vallon de la Soustelle à Malbosc et la suite du filon à Le Crouzet (Bondons). Il n'en reste plus rien ou presque. Un trou dégradé et une berline, tout le reste est comblé.

La nuit fut venteuse, pluvieuse, agitée. Sur les toiles de la tente, ça rugit la montagne, ça siffle le causse. Je ne suis pourtant pas du coin, mais ces terres me sont racines. Je me souviens encore de ce berger à Hures la Parade. Je m'étais assis avec les bêtes et j'ai commencé à lui causer en occitan, ce que les jeunes détestent. Il était content ! On a parlé quelques instants de l'arrivée de l'été et des touristes qui ne respectent rien. Tant qu'ils ne sortent pas des routes. La vie du Causse repose sur cette demande implicite.

23 juin

A l'aube, nous voilà en prospection à Cocurès. Dans le ravin des Anduffes se cachent quatre anciennes mines (quinzième siècle). Nous en trouverons trois. Deux d'entre elles ont des entrées inondées. La dernière ne révèlera pas de traces de minerai particulièrement intéressante.
Ce fut une prospection difficile, dans les taillis en pente. Humidité et chaleur. Bof bof...

A midi, nous irons voir la mine d'uranium du Cros, à Les Bondons. On voit très bien le talutage des verses, entièrement revégétalisé. La galerie de recherche de 1966 n'est plus visible. C'est taluté. Il en sort un ruisseau chargé de rouge de plomb. Pas de traces de pechblende. Fallait s'en douter…

Pour terminer avec Les Bondons, nous irons voir le souterrain que nous appelons Mine Brenou. C'est un filon de baryte. Le secteur est assez agréable, des collines en herbe, parcourues par un troupeau de moutons. Il y a de jolies couleurs sur les courbes du Valat. Les cavages de la mine sont talutés. Par contre, il y a un puits d'une trentaine de mètres, équipé d'échelles. C'est le groupe spéléo du coin qui a équipé ça et c'est du beau boulot. Tout semble démontrer qu'ils sont en train de désobstruer une partie de réseau naturel. En bas du puits, il y a de l'eau et 20 mètres de travaux miniers. Ensuite, on tombe dans ce qui me semble être une jolie grotte avec des galeries assez hautes qu'ils semblent parcourir en kayak.

Après un repas au calme le plus parfait, survolé par deux craves bruyantes, nous partons pour le Col de Montmirat, lieu-dit Lachamp, une mine traditionnellement appelée "Mine du Buisson". Il y a en fait quelques réseaux sous la nationale, très petits et peu intéressants. La mine du Buisson, quant à elle, a un développement d'une centaine de mètres. C'est un réseau assez bas, quelquefois boisé, et surtout très minéralisé. On y retrouve de très beaux échantillons de galène, incrustés dans des filons durs d'accès. On y retrouve aussi de la cordiérite.
La cordiérite est aussi appelée dichroïte ou iolite. C'est un minéral fragile, à la cassure irrégulière. C'est plutôt jaune, vaguement bleu parfois, ayant des cristaux disséminés, s'effritant lorsqu'on passe le doigt. Ca ne sert à rien en particulier, mis à part quelques rares applications en céramique.

Lors de la visite, nous sommes sous la pluie battante. Rentrer sous terre tout en étant trempé, c'est poussif. La fatigue s'est un peu accumulée. Une dernière chose sur ce lieu, on peut voir une cheminée rampante. C'est une cheminée dont le conduit d'aérage suit la pente de la montagne avant le tronçon final vertical. C'est un site intéressant, surtout d'un point de vue minéralogique. Le réseau souterrain est original mais assez petit.

Nous terminons la journée à Le Mazel. C'est un petit village de Lozère dominé par une ancienne usine assez imposante, dont la cheminée massive est la première chose que l'on voit. Nous y prospectons une ancienne mine de baryte, que nous appelons "Mine de Quatre Heures". Les verses sont assez riches en restes de baryte mais on n'y retrouve pas de baryte crêtée. Pas d'entrée de mine au-dessus des haldes.

La baryte est le minerai de baryum (BaSO4). Une densité de 5, donc le double du quartz, ce qui permet de le différencier facilement. C'est un minerai parfaitement blanc, souvent entouré d'une gangue calcaire ou argileuse marron clair. La cassure est conchoïdale, rarement plane. Le trait est gras. Quelquefois, on trouve de la barytine translucide. Ce sont des cristaux tabulaires, d'un clivage parfait. On l'utilise comme colorant pour la couleur blanche, comme alourdissant dans les boues de forage et en pyrotechnie.

Sous les verses, il y a deux entrées de mines. La première a un développement de 20 mètres environ et sillonne dans un chaos total de bris de roches. Il faut se faufiler dans les chatières et les vides laissés entre les roches. C'est dangereux. Au bout, on arrive sur un effondrement total du vide interstitiel. La deuxième mine est immédiatement comblée au niveau de deux boisages pourris. Ce qui est marrant, c'est que la première est directement située sous la route (c'est voûté, donc ça tient le coup). Juste après la route au niveau d'une chatière, il y a un petit trou dans les boisages. Au dessus, François et Sandy m'entendaient passer la chatière avec moult grognements. Ca faisait "la route qui grogne" ;)

Juste deux kilomètres plus loin, nous allons visiter la mine d'Orcières. C'est un réseau de 50 mètres dont le cavage est au bord de la route, il semble creusé dans les stériles. Ca n'a pas vraiment d'intérêt.

Nous irons dormir dans une pâture-clairière entourée des quatre côtés de sapins formant une barrière compacte, le chemin d'accès fera d'ailleurs bien souffrir la katanisette. Nous sommes totalement isolés du monde, au milieu de la nature. Dans les sapins, il y a des grattages de sangliers. Tout au loin, le bruit des cloches du village. Une fois de plus, un endroit reposant.

24 juin

Lever un peu après 6h30, ce qui reste une aube de l'aurore " un peu spéléologique " du point de vue de François, qui nous réveille à coups de casserole :-) Les Bondons, malgré le nombre de points notés sur l'IGN, c'était complètement nul du point de vue souterrains. Seulement ça d'ailleurs, parce que les paysages étaient très chouettes. Du coup, le planning est un peu chamboulé, nous avons une journée de libre. Nous décidons ainsi de partir sur Sainte Marguerite Lafigère, commune de Les Vans. Il y a là une série de mines filoniennes assez réputées.

La route est longue, une série de tortillons le long de vallées encaissées. Sur les pentes abruptes, on voit d'anciens chemins qui sont à moitié tombés. C'est un paysage rude. Le site de la mine de Sainte Marguerite Lafigère est de toute beauté. C'est une vallée très encaissée, au fond coule la Palière, une rivière aux belles couleurs. Les haldes de la mine sont importantes, elles s'étagent des deux côtés de la vallée, sur une hauteur avoisinant les 200 mètres. Ca fait de grands déversements de pierre le longs de pentes torturées, habitées par les marronniers et une végétation plus basse, épineuse et touffue.

En bas au niveau de la Palière, il y a une ancienne usine hydroélectrique. Quatre ou cinq bâtiments de belle architecture, dont il ne reste plus que les murs. Plus de toit, plus de fenêtre, plus de porte... Le site est majestueux et fait un peu penser aux vallées encaissées de la mine d'arsenic de Duranus. On y trouve une galerie gérée par EDF, la compagnie d'électricité. Nous ne savons pas à quoi correspond ce réseau, impossible d'y rentrer.

Après avoir traversé la rivière, nous commençons l'ascension des haldes. Apparemment, les mines s'étagent sur six ou sept niveaux. Ce sont des galeries qui suivent le filon, ne dépassant pratiquement jamais la centaine de mètres de développement. Le niveau le plus intéressant est le quatrième. Il y a de très beaux échantillons de galène. On y trouve aussi de la baryte assez transparente et de toutes petites inclusions cuivrées vertes. Les pentes situées de l'autre côté du vallon ont aussi des haldes et des réseaux, mais ce sont apparemment des dépilages verticaux.

La visite n'est pas inintéressante mais il fait très chaud. Du coup, c'est plutôt fatigant. Arrivés au sommet des haldes, nous redescendons. D'un commun accord, nous décidons de remettre les pendules à l'heure dans la rivière. L'eau est froide et c'est bien agréable de se plonger dans l'eau toute calme. Il y a une grande vasque, je n'en sais pas la profondeur. L'eau était verte, striée de temps en temps par l'argenté des poissons. C'était totalement isolé, vraiment un endroit paisible.

A la remontée, nous nous tapons un soleil de tous les diables. Ca nous a d'ailleurs donné un début d'insolation. Oh pas grand chose... mais suffisamment pour qu'on se sente pas tout à fait bien. A Villefort, nous faisons une pause courses et dégustation gastronomique sur une place avec des platanes. Ca faisait vraiment méridional, un peu hors du contexte Massif Central.

Nous finissons la journée à Daufage. Il y a une ancienne mine de baryte où tout est rangé (comme d'habitude !) On peut trouver des échantillons de baryte crêtée le long de la voie ferrée. Sur le chemin, une personne âgée classifiée comme caillouteux nous renseigne sur nos échantillons rocheux. Une petite pause toute en simplicité et vraiment vraiment sympa. Oui je mets deux fois vraiment, parce que c'était très sympathique de s'arrêter comme ça, de poser son cul sur un siège et de parler cailloux. Comme dit François, c'est fou ce que les vieux peuvent être un puits de science pour les petits jeunes comme nous.

Nous irons dormir dans un chemin forestier tout à fait agréable. Deux voitures sont passées de toute la nuit et le lendemain matin ; il faisait bien froid. On était à 1500 mètres d'altitude. Paisible.

25 juin

Le séjour tire à sa fin. Nous partons à Allenc prospecter les anciennes mines de baryte d'Alquifous. Il n'en reste rien, tout est comblé. A noter que les points de l'IGN semblent décalés. Le paysage n'est pas exceptionnel, un lieu qui ne vaut pas le détour.

C'est l'heure du retour et nous revoilà sur les routes de Clermont Ferrand. Au passage, nous irons visiter quelques carreaux de l'ancien bassin charbonnier du massif central. En premier lieu, nous nous arrêtons à Les Monteils (Rilhac) où il reste un bon nombre d'installations en brique bien préservées : une cheminée, un bâtiment de treuillage, une salle des pendus, un puits en hauteur. Le puits a un diamètre de 4 mètres environ, il est noyé au bout d'une vingtaine de mètres.

Après quelques détours, nous voilà dans le bassin de Brassac. A Brassac les Mines, il y a le musée de la mine Emile Zola. C'est bien entendu un nom d'emprunt, n'ayant rien à voir avec la concession Bayard Les Graves. Le chevalement est massif, d'une forme un peu similaire au puits Couriot. Juste à côté à Auzat La Combelle, on trouve un même type de chevalement, un peu plus effilé. Le musée quant à lui propose du matériel roulant intéressant et une reconstitution de la mine. Berlines Massart, berlines 5000 litres, locotracteurs, etc. Les deux puits ont encore leurs molettes.
Un peu plus méconnu, entre les deux chevalements, il reste un ancien et minuscule puits en brique, le puits de la verrerie. Il est marqué 1837-1930. C'est assez peu courant.

La fin du séjour est à Dallet, un village situé dans la proche banlieue de Clermont Ferrand. Il s'y cache une mine atypique, l'un des derniers représentant du genre : une mine de bitume. Le site est situé dans un paysage splendide, émaillé de volcans au loin dans les brumes de chaleur. L'entrée est difficile à trouver.

L'intérieur de la mine ressemble à une carrière de calcaire grossier. On trouve donc des galeries plutôt carrées section 4 mètres, équipées de voies de cinquante. Le matériau est blanc-brun, tiré à l'explosif me semble-t'il (aucune trace de découpe). On trouve aussi des chambres d'exploitation dont la forme est ronde, plus hautes et très larges.

Au niveau minéralogique, le bitume doit représenter une exception parce que je n'arrive pas à trouver de documentation sur sa diagenèse. Il me semble que c'est une roche résiduelle, un peu comme le charbon. Toutefois, l'altération chimique ne donne pas une masse compacte mais un liquide. Il semblerait que ce soit proche de la variété bitumineuse du lignite. Les billes de bitume sont emprisonnées dans le calcaire, très dispersées. Le calcaire parait donc comme moucheté de tâches noires un peu sales. Lorsqu'on fore ce calcaire, avec les années qui passent, le bitume s'amasse, colmate, et dégueule du trou. Ca fait des coulées.
Il apparaîtrait (je parle bien au conditionnel) qu'il y a trois sortes de gisements bitumineux : les asphaltes (le bitume est intimement mêlé à l'encaissant), les schistes bitumineux où le bitume est libre entre les phyllades et les calcaires bitumineux, notre présent cas. Ici, c'est ce qu'on appelle le calcaire oligocène de Limagne. C'est une sédimentation des fonds du lac de Limagne. Suite à une légère oxydation, on obtient du bitume à la place du pétrole. La mine des Roys a été exploitée de la révolution française jusque la fin des années 70.

Dans le site d'extraction de Dallet, on ne retrouve pas de bâtiments de malaxage, trituration, lessivage, flottation ou... je ne sais pas comment ça s'appelle, mais du traitement de minerai. A l'intérieur du réseau, les galeries ont un développement supérieur à 1500 mètres. C'est très approximatif, juste pour donner un ordre d'idée. Il y a une gare souterraine avec une cinquantaine de berlines, dont trois seulement sont entières. On trouve aussi ce qui me semble être une pelle Eimco à moitié démontée, un atelier de compression, un treuil, un appareillage ressemblant à une cage. Par rapport à la visite d'Antonin, de nombreuses découvertes, surtout parce qu'un groupe spéléo local désobstrue les passages bouchés et parce que le niveau d'eau est bas à cette période de l'année. Une descenderie noyée (eau bleue), une longue galerie de travers-banc de 300 mètres au minimum débouchant sur du baquage.

Les gerbes de bitume sont très esthétiques. Soudainement, on tombe sur des blocs tout recouverts de noir, ça fait étrange. Des fois, ça fait comme des radiolites, plein de petites pointes dans tous les sens. Dans cette mine, il y a une odeur, mais ce n'est pas celle de la route refaite. Plutôt une odeur de garage (?) c'est difficile à dire. C'est un réseau réservant bien des surprises et pas mal de mystères. C'est dire comme je parle dans le flou ! A mon avis, il reste pas mal de choses à voir derrière les remblais, il faudrait passer du temps en investigation...

Nous terminons la journée à l'hôtel F1 de Clermont Ferrand. Entre l'autoroute et l'aéroport, c'est le royaume du calme ! Des gens de partout, le tumulte de la ville, les gaz d'échappement, le béton... Rien à dire, le retour à la civilisation est plutôt difficile. Comme on le disait dans les Causses, on a été emmerdé par les tiques les mouches les taons les abeilles les chenilles les oiseaux à cinq heures du mat, mais pas une seule fois par les humains, qui étaient gentils comme tout.

En soirée, je grimpe le Puy avoisinant. Ca donne une vue dantesque sur la ville. Je me fais hurler dessus par deux chiens hargneux. J'aurais bien voulu trouver de la lave pour que François mange son chapeau, mais je n'ai trouvé que du tuf, rien de plus...

26 juin

Le trajet du retour est chaotique. A Paris, une vague monstrueuse de supporters de foot fout le bordel. Nous devons cavaler comme des dératés pour échapper à la masse hurlante. Juste ensuite, notre train cumule du retard. Encore la course à Bruxelles Midi, une alerte à la bombe ? Même pas voulu le savoir, on a by-passé le bordel pour choper notre dernier train à temps. Un vrai parcours du combattant.

Maintenant, il faut retourner à la civilisation. Retrouver la Rue de la Mort N°2, demain retrouver mes collègues chéris. Mon Mmmousty miaule comme un torturé. On lui a beaucoup manqué. Ses croquettes du soir encore plus ! Xavier est sorti de prison. La carte de l'Aubrac qu'on lui a envoyé ne lui arrivera jamais. Franchement, que pourrait-on souhaiter mieux ?

tchorski

Une de ces cartes qui me font rêver, Bakou en Azerbaidjan. C'est la seule ville du pays, tout le reste est très vert.

29 juin

Finalement, si j'ai un comportement à ce point décalé, à en devenir presque absurde, c'est parce que je rejette de fond en comble la société de consommation. Or, c'est un non-sens car tout est consommation. Dans le fond, même respirer l'est. Bien évidemment, il faut poser des limites parce que sinon, ça devient franchement n'importe quoi.

Il y a peu de temps encore, je concevais comme consommation tout acte menant à la possession d'un objet. C'est faux. J'ai compris il y a quelques jours que la société de consommation est bien plus polymorphe : il y a les services, la réalisation des rêves (dont l'avènement de l'égotique face à la communauté), le bien-être. Pour être plus clair, je développe... Nous sommes amenés à consommer des services, comme aller chez le médecin, le psy, ou bien encore des consommation d'électricité, de téléphone, de musique, de sécurité. Nous sommes amenés à consommer du déplacement, de l'avion, du train métro voiture essence moto tram et autres... Un grand et caetera parce que la liste pourrait être longue. C'est une consommation de services ou de biens non matériels.

Je me pavanais à dire je consomme peu car effectivement, je possède peu. C'est strictement lié à l'essentiel. Je pensais que c'était un chemin vers mon bien-être personnel. Je croyais que ça suffisait mais sans savoir pourquoi, j'ai bien vu que non. J'ai un rapport très difficile avec la société, surtout en ce qui concerne mon rapport à la socialisation de proche en proche (relation directe avec autrui). En gros, je ne le cache pas, je suis franchement asocial. Mauvais avec les collègues, mauvais au travail, mauvais en amitié, mauvais en amour, mauvais en bavardage... Cela ne serait pas bien grave si j'étais condamné à l'ermitage. Faut malheureusement reconnaître que ce n'est pas le cas. Je me pavanais car je croyais avoir trouvé ma voie, une lutte un peu absurde contre la consommation de masse. En y regardant de près, je consomme énormément. Je liste ? Les médias (informations, musique, livres), l'essence et les mouvements liés aux voyages, les réseaux informatiques (mail, bande passante liée à ce site très consommateur), les traitements photographiques incessants, plus tout ce que j'oublie, que je n'imagine même pas.
Après ça, je m'étonne encore de me sentir mal...

Lutter au ras des pâquerettes n'a aucun intérêt. Avant tout, il faut analyser le comportement, se demander si un changement peut amener du positif... pourquoi baisser ma consommation ? Pourquoi j'en viens à rejeter si violemment cette forme de société ? Est-ce que la seule solution, c'est que je finisse parfaitement seul ?
Je me pose plein de question d'adolescent en fait...

Mon analyse de la société de consommation de masse n'est pas bien fine, ce sont juste quelques constatations. L'individualisme d'aujourd'hui passe par l'avènement d'une personnalité, la mise en place d'une stratégie personnelle afin d'accéder au bonheur. En regardant le langage des publicitaires, on se rend bien compte de cette tendance.

En premier lieu, on remarque que tout est séduction. Ils cherchent à flatter les rêves, flatter l'ego, promouvoir la liberté, le choix. Ils disent presque toujours que nous avons raison dans nos volontés, il est rare qu'un slogan aborde un thème avec des négatifs (ne...pas). Tout ce qui est mis en place par le biais de techniques de plus en plus perfectionnées, ce sont des slogans vantant l'accession au bonheur par le biais d'un matraquage terrible. "Oui mais les pubs, je m'en fous, je ne les regarde pas" que j'entends dire souvent. Ce n'est pas vrai. Les couleurs sont là pour séduire, les slogans façonnés pour être lus en diagonale, même un seul mot, les visages étudiés et remodelés pour être aseptisés et totalement attractif à l'oeil (pas forcément beaux mais mettant en oeuvre des expressions qui captivent l'attention). Ce matin, une pub pour des melons. Je ne voulais pas la lire, pourtant mes yeux ont saisi le logo de la marque et "juteux".

Le monde tente à se faciliter : laxisme à l'école, horaires libres au travail, promotion sociale de gens ne le méritant pas mais s'adaptant au modèle, nivellement du langage afin d'éviter les écueils (un sourd est un mal-entendant par exemple). C'est sans compter l'aseptisation énorme des milieux : uniformité des magasins, adaptation extrême de l'offre, uniformisation des langages pour la compréhension du plus grand nombre (soit un nivellement vers le bas)). La pub séduit et le monde s'adapte à notre liberté de choisir. L'adaptation est évidemment voulue, ce n'est pas philanthrope mais dans un but précis de consommation et donc de profit.

En second lieu, on se rend compte que la société de consommation exclut avec violence ceux qui ne rentrent pas dans ce schéma. En ayant un profil atypique, on se fait regarder de travers par certains (beaucoup), ne serait-ce que les stigmates d'un handicap mental, voir comme cela attire le rejet. L'hypocrisie est telle qu'il faut pratiquement adopter une attitude de théâtre au travail. Il faut un profil type, ne pas sortir du rang. Les outsiders sont mis à l'écart. C'est leur choix et ils doivent l'assumer.

La société a pris la forme d'une diversification très importante. Après seconde guerre mondiale, les gens sont devenus très différents les uns les autres. La mise en place de beaucoup de liberté a permis à chacun de s'épanouir selon sa propre volonté. La mise en place d'idéaux et de schémas d'idéalisation manipulateurs et discrets a permis la canalisation de ces gens. Tous différents, tous libres, mais tous aspirant à un même idéal (je mets tous mais je devrais mettre "presque tous") : un épanouissement de la personnalité. La société contrôle ainsi les flux et les pensées. Chacun est libre mais le carcan social est bien là, moins visible qu'avant, insidieux. Il est dur de sortir de cette limite sociale, parce que ça a des conséquences très négatives sur la vie, notamment en ce qui concerne la réussite sociale qui est minée, voire même l'état mental, dérivant sur un manque de reconnaissance et une probable dépression. A l'enfance, ça commence par la mode, on recherche la reconnaissance sociale, l'accession au groupe, l'acceptation. Plus tard, cette recherche d'acceptation est basée sur la réussite sociale, la dominance, la réussite de projets. Ceux qui n'ont pas d'ambition dans le travail sont des "bizarres".

J'ai choisi une voix de différentiation du groupe social, certainement afin de me sentir hors de ce que je rejette. Cette différence m'est devenue dépendance. J'ai construit une telle haine de l'ordre établi que j'en viens à n'apprécier que ce qui est hors du contexte social. Je n'apprécie pas beaucoup ce qui est beaucoup apprécié, jusqu'à en faire un critère de sélection : s'ils n'aiment pas, c'est que ça doit être bien. C'est une réaction puérile.
En attendant, ma vie est devenue minimaliste, un peu étouffée. Je me suis étiolé, inintéressant, plongé dans mes souterrains en échappatoire à ce que je vois comme monde devenu complètement fou. Je devrais aimer l'humain, mais comment le puis-je lorsque je vois ces autistes au téléphone portable en train de raconter leur dernière biture aux oreilles de tous. Comment puis-je me séparer de cette haine, je déteste le monde, je déteste ce que je suis obligé de faire chaque jour par concession parce que je dois manger, j'en viens à me détester, me sentant faible, lâche de ne pas aller au bout des idéaux.

Mon idéal est rude, je préfèrerais "rugueux" qui me semble un terme plus approprié, un peu rêche en somme. Je n'aime pas vraiment le confort. Je préfère le froid et la difficulté, cette dernière qui force à se surpasser. J'aime l'austérité, la trouvant franche et vraie. J'exècre le modernisme et les technologies de pointe (pourtant je ne cesse de les utiliser). Je suis tout en contradiction, à force ça vient sous-miner ce en quoi je crois, à force je deviens vraiment rien de crédible pour les autres. Est-ce qu'il y a des mesures à prendre, une réaction à mettre en place ? Une question dont je vais mettre quelques temps à trouver la réponse. On peut pas changer tout le temps.

30 juin

Quelques généralités même pas vraies. Les bretons sont des kouingamaneurs. Les belges sont des fritologistes. Les cathos tradis sont des noms-à-particulistes. Les informaticiens sont des blaguevaseusiens. Les australiens sont in a barbecue addiction. Les intellos sont des lunettiques. Il n'y a plus de jeunesse. L'avenir appartient à ceux qui ne se lèvent pas. Pourquoi Hithler avait une moustache ? Parce qu'à l'époque ça faisait fureur.

Oui chère propriétaire adorée, je vais te donner mes clés, je te fais entièrement confiance. Mais faut que tu me promettes de dire à personne qu'on produit du plutonium dans la pièce du fond. Tu sais, la diffusion d’hexafluorure d’uranium gazeux à travers des barrières poreuses, ce n'est pas dangereux. On fait ça pour cuire les pâtes plus rapidement. Bon, c'est vrai que l'ultracentrifugation à fibres de carbone, ça fait un peu plus de bruit que le laser silva, mais toi tu n'en as pas fait beaucoup hier soir jusque 23h30 ? Hitler est mort parce qu'il a reçu sa facture de gaz. Si on ionise Bobby avec un faisceau à électrons, tu crois que ça lui fera mal ? Je suis sûr que non.

 

tchorski
Couverture du livre d'Enrique Satue sur Ainielle

1er juillet

Depuis quelques jours, je cumule un peu de manque de sommeil. Le contrecoup des vacances (oui je vais faire comme François, je vais poser quelques jours de travail pour me reposer (hum, si ça pouvait être le cas !)) Ce week-end sera peu actif et ça ne fera pas de mal. C'est le début de l'été. Je déteste ce moment. Etre cloîtré huit heures par jour dans une étuve m'a rendu quasi étéphobe. Enfin, c'est tellement futile, on s'en fout.
Trop de problèmes ? Ou pas de problèmes du tout parce que ce ne sont que des choses que je me créée ? J'ai bien l'impression que c'est la seconde réponse qui est juste. Je me quitte, je me laisse vivre. Si ce qui ne marche plus doit s'écrouler, ça s'écroulera. Je ne peux plus jouer au théâtre sans arrêt.

Ce matin, je faisais une recherche sur le village d'Ainielle. Julio Llamazares disait "Ainielle existe". Une micro-phrase qui est restée longtemps au fond de la mémoire, presque comme un "a existé", "ce fut mais ce n'est plus". J'ai découvert ce matin que les ruines du village sont encore là, à trois heures de marche de Oliván. Une envie débordante d'y aller, de tâter ces pierres, de sentir l'odeur de l'automne. Certainement un crime parce que cela viendrait ravager l'imagination et tous les rêves qui en sont nés. Un chant âpre qui ne m'a jamais quitté. Une fascination pour reprendre les termes employés par les gens qui parlent de ce lieu et de ces lignes. Je sais que je n'irai pas, tout au moins pas maintenant. Encore trop proche du sentiment de cette extinction, encore trop pétri d'envie de fuite n'importe où.

 

2 juillet

Hier, j'ai été voir Aaltra, un film pour le moins bizarre. Je n'en raconterai pas les détails, je ne veux pas gâcher le plaisir à ceux qui iraient le voir. Est-ce que je le recommanderai ? Oui non... Ca dépend qui... Je sais pas, finalement beaucoup de positif, quelques incohérences, quelques passages manquant de finesse, mais un ensemble très attachant... Benoît Delépine et Gustave Kervern sont auteurs-réalisateurs de ce film, l'histoire de deux gars qui perdent la mobilité de leurs jambes. Ca part d'un début tout simple et finit par attérir dans un rocambolesque à la Kikujiro.

Que dire sans tout dire ? J'ai beaucoup aimé la proximité des thèmes. Quand ils sont en voiture, c'est filmé dans une vraie voiture. Tant pis si ça saute, ce n'est pas grave. Tout est un peu de ce genre. Les lieux ne sont pas exceptionnels ? Quelle importance... c'est ceux que vous connaissez parfaitement : la gare Bruxelles-Luxembourg, la gare des patates, la rue d'Aremberg, les champs de la Somme... Je trouve que ça fait revivre le cinéma. On va un peu arrêter l'aseptisation et taper dans du vrai, du brut de décoffrage. C'est sans parler des personnages qui sont justes. Par là je veux dire qu'ils ne sont pas exceptionnels. Malgré que ce soient les héros, ils sont un peu cons, méchants, profiteurs. Force de silences, de langues étrangères non traduites (qui ne s'est pas retrouvé à table sans rien comprendre de ce que les hôtes racontent), de scènes de rien du tout sans excentricité purement cinématographique, on est dans un réalisme de la route et du voyage. D'ailleurs, bon nombre d'acteurs ne sont pas professionnels, des gens recontrés le long du tournage.

Une autre particularité, le film est tourné en cinémascope noir et blanc. Je crois que ça s'appelle comme ça mais je n'en suis pas sûr. C'est comme les photos d'Antonin, du noir et blanc à grain très grossier et avec des teintes très saturées, du genre pellicule poussée Ilford HP5, Kodak Tri X... Là par contre, les "photographies" changent 24 fois par seconde. Ca fait très étrange, une image un peu floue, mouvante, pas désagréable. C'est la première fois que je voyais ça et outre le scénario, le fait de voir un film entièrement construit comme des photos m'a impressionné. Les champs sont beaux, ça crépite de grain argentique, les visages sont saturés de contrastes terribles, une rareté cinématographique hors des conventions du genre.
A noter que la musique du film est de Didier Wampas. Qui l'aurait cru !

Bref, je suis un peu confus sur l'appréciation. En quelques mots, j'ai l'impression qu'on peut dire que le film cumule pas mal de petites erreurs, mais d'une manière générale, c'est rempli de sentiments vrais. Tous les honneurs.

tchorski

3 juillet

Juste une citation...
Non content de produire l'isolation, le système engendre son désir, désir impossible qui, sitôt accompli, se révèle intolérable : on demande à être seul, toujours plus seul et simultanément on ne se supporte pas soi-même, seul à seul. Ici le désert n'a plus ni commencement ni fin. (Gilles Lipovetsky).

 

4 juillet

Inna merdouille sec. C'est une expression un peu vulgaire mais ça explique bien le problème, son projet est en train de s'écrouler. Inna, c'est mon amie de Kemerovo. Ca fait des années qu'elle rêve de venir à Paris durant une année afin de perfectionner son français. Elle s'était inscrite dans un programme d'échange avec son université, pas de nouvelles depuis quelques temps. Alors voilà que je téléphone pour voir un peu ce qu'il se passe, sa famille d'accueil s'est désistée sans même prévenir. Dans mon projet d'aller au Kuzbass, j'avais sacrément souffert des difficultés administratives. Et bien on dirait que ça prend la même tournure dans le sens inverse. Hürmpf, purée de pois !

Hier, j'ai commencé à étudier la réglementation des échanges Erasmus, ce n'est pas triste. Je ne sais pas comment va aboutir son projet. L'ennui, c'est qu'elle est restée quatre mois à patauger avec les administrations sans me prévenir. J'aurais pu l'aider bien plus tôt. Aujourd'hui, c'est un peu tard et il va falloir jouer des coudes pour se faire une place. C'est con, ça fait depuis janvier que je sais qu'elle vient. Bon, faut pas désespérer. En faisant preuve de pas mal de motivation, ça devrait s'arranger.

Inna en France, je n'arrive pas à l'imaginer. C'est bizarre mais pour moi, elle a toujours représenté cette Russie que j'idéalise (bien trop je sais) au travers de ses steppes, de ses montagnes, de cette langue dont j'adore l'écriture et la sonorité. Inna en France, un rêve ? Je ne sais pas, tant que cela ne devient pas un cauchemar pour elle... Je pense que pour son programme d'échange, ça va bien changer cette semaine. On verra ce que ça donne... J'ai un contact, des infos de plus en plus précises. Ca ne va pas être triste mais tant qu'elle ne désespère pas de son côté, ça tiendra la route.

 

5 juillet

Pourquoi Neil Halstead est-il si peu connu ? Son dernier album est vraiment la musique la plus douce que je connaisse. Y-a t'il plus tendre ? Si oui, j'aimerais bien savoir qui, ça m'intéresse ! Je ne me lasse pas de cet album "Sleeping on Roads". Il y a tant de choses vécues, l'odeur du voyage et la douce mélancolie de vies-avec-des-sérieux-ratés. J'admire cette tendresse, c'est presque aussi beau que "Pink Moon" de Nick Drake. J'ai de moins en moins d'amis mais je les aime de plus en plus. C'est peut-être propre aux moments de difficultés, je m'enferme dans ce que j'ai de solide (les bases de ma vie) et je ne relance plus rien de neuf. C'est dans ces moments où ma vie devient encore plus silencieuse. Je ne dis rien qui puisse se retourner et devenir une arme, je ne dis plus rien ou presque d'ailleurs.

Ce week-end, j'ai travaillé comme un marteau. Ce n'est pas la première fois. Une seule petite différence, j'ai cloturé quelques trucs qui me prenaient du temps. Ca fait longtemps que je ne relance pas de nouveau projet et je me sens bien de ce côté là en ce moment. Reste un problème embêtant, c'est l'afflux incessant de mails. Un problème ? Non pas des amis, bien au contraire. Ce sont plus ces mails de demande de renseignements qui me mangent du temps (comment fait-on pour trouver tel souterrain ? une trentaine par jour) Je ne leur en veux pas, c'est normal et j'aime leur répondre, mais c'est vraiment très prenant. Et bien sûr, c'est difficile de décider de prendre du repos. C'est un peu indécent de ne pas leur répondre endéans une semaine... C'est surtout ça l'ennui. Leur dire "je te réponds dans un mois", ça fait quand même un peu bizarre !

 

6 juillet

Ca fait une grande avancée. Le recensement des souterrains est maintenant "a priori" complet pour la Meuse, l'Aisne, l'Oise, la région parisienne et dernièrement la Moselle. Evidemment, on ne pourra jamais prétendre à l'exhaustivité, il se cachera toujours un trou à moitié comblé derrière des buissons touffus... Enfin, on a fait le maximum et ça donne déjà un petit sentiment de satisfaction. Si on pouvait arriver à la même estimation pour la Belgique, ce serait beau. Autant dire qu'on en est loin. La prochaine étape serait le Pas-de-Calais. Le travail est immense. Je vais aborder la question avec calme... Quelle méthode mettre en oeuvre afin d'être proche de l'exhaustivité ? Il y a des centaines de souterrains-refuge et la bibliographie est très dure d'accès.
De son côté, Benoît a recensé toutes les cokeries du monde, ouvertes ou fermées, avec les principales caractéristiques de four. Un mémoire d'une grande qualité, unique dans l'espace francophone.
C'est une période propice aux pavés...

Hier, j'ai eu les photos du massif central. Enguialès a souffert de surexposition. Tout le reste est bon. Dans le bitume de Dallet, on a un spectacle particulièrement attrayant. Il sera intéressant de faire un petit texte de présentation de ces vestiges, il y a quand même de jolies pièces d'archéologie, notamment à Villemagne. J'y repenserai un jour d'ennui.

Pour l'instant, il est plus urgent de préparer la prochaine série de descentes (François vient en Belgique). Il y a quelques ennuis de planning, ça ne sera pas vraiment évident. Faut dire qu'on doit remuer des sujets de plus en plus ardus : ce qui est facile, on l'a déjà fait. Il faut s'attendre à ce que les échecs soient de plus en plus fréquents. Quand je pense qu'au début, il y avait quatre réponses dans google sur la requête "catacombes"...
Les temps ont bien changé. Les fermetures affluent, les souterrains disparaissent subitement du paysage. On préserve la mémoire de ce qu'on peut, mais c'est difficile. On a l'impression d'être un peu esseulé sur ce sujet (même si ce n'est pas vrai, le sentiment d'isolation est présent). La persévérance est la seule alternative.
Un point positif, je vais bosser quelques temps avec le Sydney Cave Clan. C'est un regroupement de types qui visitent les souterrains en Australie. Etant donné que je n'y connais rien, ce sera intéressant. Je me doute qu'il y a beaucoup à apprendre...

A part ça, hier soir j'ai essayé d'avoir des nouvelles de Joris Lacoste, cet écrivain renversant. Je l'ai découvert par hasard il y a quatre ans, ce fut un éclair, son style littéraire est brutal. Non pas le fond mais plus la forme, une révolution syntaxique et grammaticale. Le peu qui le connaissent en parlent avec regret. Ca fait pas mal de temps maintenant que son site internet est tout noir. Il n'y a plus rien. Heureusement que j'ai ses bouquins à la maison... Mais où est-il ? A t'il définitivement lâché le théâtre ?

 

7 juillet

Quand j'aurai fini de scanner les photos d'Enguialès, je vais vraiment me retrouver sans rien à faire, pas même le moindre petit détail. Nettoyé, place nette. Je vais m'emmerder comme un rat si je ne relance rien. Or - je le sais bien - je ne relancerai rien. Ca va franchement faire un changement brusque. Je ne suis pas habitué à l'oisiveté. En toute honnêteté, je doute que ce soit une douche froide. Mais certainement pas un soulagement.

Je n'arrive pas à comprendre pourquoi tout a basculé dans le noir. Certainement parce que je n'aligne pas suffisament de perfection, ou bien alors parce que je n'ai jamais eu le courage d'aller jusqu'au bout de ce que j'entends être la vie - mais soit-dit en passant, serais-je plus heureux dans le nomadisme, n'est-ce pas finalement un fantasme qu'il convient de ne jamais réaliser ? Je suis une personnalité floue, et je vois encore plus trouble en ce moment. Je ne cherche pas à être guidé, bien trop rebelle dans l'âme pour qu'on me prenne la main ; plutôt marcher pied nu dans la neige que de confier mon (triste) cas à un psychologue, plutôt me faire découper en morceau que de confier quoi que ce soit à une assistante sociale. Alors c'est la nuit.

tchorski
Lorsque les terres rouges étaient encore actives...

 

8 juillet

Hier à l'heure de rentrer à la maison, une pluie battante. Le genre de drache où tu te dis "tiens, on dirait que je suis sous la douche". Sur l'Avenue Deleur, c'était une rivière. Le défi était de taille : rammener un centimètre carré de sec à la maison. Et bien ce fut difficile, mais en protégeant ce que je pouvais avec mon sac à dos, j'ai réussi ! Honnêtement, il n'y avait pas grand chose en plus, c'était vraiment dégoulinant. Je me mets en colère contre les voitures la pub les gens la surpopulation, mais jamais contre le climat. Je crois même que les grosses pluies m'amusent (et je préfère cent fois ça à une chaleur étouffante). Je trouve que le monde court à sa perte parce que les écosystèmes se font massacrer à très grande vitesse. On me regarde bizarrement quand je dis ça. Alors peu importe qu'il pleuve des seaux, c'est normal.

J'ai pratiquement fini un livre contant la vie de Агафья Лыкова (Agafia Lycof). C'est une famille ayant vécu dans la Sibérie, en Khakazie le long de l'Abakan. C'est un endroit où il n'y a que la taïga, ni villages ni habitants. En autarcie depuis 40 ans, ils ont perdu toute notion du modernisme et n'ont pas subi d'influences du cours de l'histoire. Ils ne connaissaient pas la seconde guerre mondiale par exemple. Ce fut très intéressant de lire leur rapport au monde. Finalement, c'est un retour aux sources. Leur vie n'a rien d'enviable mais elle apporte une critique virulente de notre société décadente. C'est là où l'on remarque que nous sommes vraiment devenus d'une nullité impressionnante - et de plus nous sommes fragiles. Plongés dans des technologies de plus en plus poussées et assistantes, nous sommes incapables de vivre des éléments de la nature. Ne serait-ce que de se nourrir, nous ne connaissons plus les plantes et leurs vertus. Quelquefois, j'ai honte de faire partie de ce monde d'incapables.

 

9 juillet

Se plaindre sans cesse n'est pas très constructif. C'est un peu d'actualité en ce moment, alors j'ai étudié la question de la résistance à l'agression publicitaire. Les associations traitant de ce sujet ne m'intéressent pas énormément parce qu'il y a certaines actions que je trouve regrettables, notamment tout ce qui est détérioration à la peinture. C'est ce qui m'ennuie un peu et me bloque face à l'adhésion. Du coup, je vais dans le même sens qu'eux (ou à peu près) mais tout seul. J'ai photocopié des papiers "Publicité = Agression" en police de caractère 120. Je les scotche partout où ça m'agresse. C'est très agréable. Ca défoule bien. Une action au quotidien (hier 8 affiches, ce matin 14). Jusqu'au jour où je me prendrai un point dans la g. Ou bien encore mieux, une peine de trente ans de prison non compressible avec travaux forcés à perpétuité. En attendant, ce n'est que du papier et donc ça s'enlève facilement. Je ne nie pas que c'est David contre Goliath, mais les emmerder me donne l'impression d'exister dans la société. Au moins, je suis un peu moins un paria. Oui je prends part à votre société de détérioration mentale, voici mon bulletin de vote.

C'est terriblement hors la loi. C'est rebelle. Ca va contre leur système de profit et d'aliénation de la masse. Il est certain que je vais me faire casser. Peu importe. Je me plaints de la société de consommation depuis des années, il est temps de réagir devant ses excès incessants. Je sais ce qu'il m'attend mais c'est une question d'intégrité. Je suis de toutes façons déjà sur écoute téléphonique depuis longtemps et on se régale de mes mails, alors qu'est-ce que ça change... Pfff, quand je pense à ce que je raconte au téléphone, ils doivent carrément se faire chier. Tu passes comment dans la chatière de la mine de Hartmanvillerhürmpf ? Et c'est intéressant ? Y'a des vieilles carcasses de merde complètement rouillées ?
Quand je serai en prison, vous m'apporterez des oranges ?

 

10 juillet

Vers 13 heures, j'ai été chercher Dominique à la gare des français. Un planning un peu serré, mais tout s'est passé à merveille. Quand j'étais dans le train, je m'apprêtais à descendre à Bruxelles-Midi puisque c'est le terminus. Le contrôleur me dit : Hey quoi, vous n'étiez pas bien là dans le train, pourquoi vous partez ? Euh… Monsieur c'était vraiment très bien, mais c'est le terminus là quand même ;-)

Arrivés à Genval, nous partons aussitôt pour La Malogne. C'est une grande carrière souterraine de phosphates près de Mons. Nous l'avons déjà visitée trois fois mais à chaque reprise, le site nous livre de belles surprises. Arrivés sur place, il pleut légèrement, mais ça n'a rien de commun avec la drache que nous avions essuyé avec François.

Nous allons dans les endroits traditionnels pour que Dominique découvre les plus beaux lieux. Ca va de la descenderie jusqu'aux berlines, des grandes galeries régulières aux murs de limites de concessions. Les phosphates ont un aspect de calcaire, mais le matériau est un peu plus grossier, nettement plus jaune-brun, et surtout très sableux. La Malogne, c'est une vaste carrière dont les volumes sont très réguliers. Les galeries font à peu près 4 à 5 mètres de hauteur. Elles sont très linéaires, les voûtes sont un peu rondes. D'une manière générale, je pense qu'on peut dire que c'est un site propre puisqu'il y a vraiment un nombre minime d'effondrements. Un bon tiers de la carrière est inondé, une eau très bleue, recouverte d'une fine pellicule de calcite.

Par rapport à la dernière fois, nous avons fait des découvertes d'une grande valeur. L'eau a fortement baissé depuis notre dernière visite, facilement de deux mètres. Ca nous a permis d'avancer plus loin. Ca se trouve, on pouvait y aller avant (c'est même très probable), mais nous n'avions jamais remarqué cette possibilité de passage. Nous avons continué loin vers l'ouest et nous sommes arrivés à des murs de retenue d'eau, dont un est percé. Ca fait une jolie chute d'eau. En continuant, nous sommes arrivés aux dômes le long de la voie ferrée. Les galeries sont sous étude géotechnique. Il y a une ligne de barbelés qui à mon sens limite les propriétés entre la société des eaux et la région wallonne. Très malheureusement, nous avons manqué de temps. Nous n'avons pas pu aller jusqu'au bout. Il est probable qu'il n'y ait pas grand chose de plus, mais c'est toujours agréable d'arriver en fin de projet.

Dans les découvertes majeures, les puits avec les dômes sont très intéressants. Les puits font 41 mètres (mesuré en comptant les échelons). Par contre, ces dômes sont situés sur des talus surélevés de 10 mètres par rapport à la voie ferrée. Nous étions donc entre 30 et 40 mètres sous le plancher des vaches. On nous avait parlé d'une écurie et d'un atelier de carriers sous l'eau, les plongeurs avaient repéré ces beautés. Peut-être est il possible de les voir maintenant. J'en doute bien sûr, mais qui sait...

Bref, ce fut une visite agréable. Au soir, nous finissons la journée au Brin de Paille, un petit resto de La Hulpe. Nous n'avons pas été déçu, c'est toujours aussi sympa. Nous étions un peu mitibulaires avec les traces de boue sur les habits. J'espère que ça ne s'est pas trop remarqué...

 

11 juillet

J'en ai perdu le sommeil une semaine avant. Je commençais à ne plus dormir très bien. La veille, j'avais l'impression de ne plus passer la nuit qu'en réveils. Deux jours avant sont réapparus les cauchemars. En journée, je me sentais pas bien. J'ai recommencé à avoir mal à l'épaule droite, des tensions incessantes. Puis j'avais mal au ventre, des réactions brusques et un stress manifeste.
Le jour même, je n'avais pas faim, je me sentais vraiment mal. Non pas l'envie de ne pas y aller. Plus l'envie de ne pas exister. Je ne ressentais plus grand chose, le tout mêlé d'indifférence face à la pluie, de somnolence presque lorsqu'on me parlait. Mon corps était de trop, je me sentais trop grand dans ce manque de place, j'avais envie de rétrécir, de disparaître, de ne plus être. J'essayais d'être attentif pourtant, de ne pas choquer, d'être là quand on me parlait, mais je n'étais plus que souffrance.

Dominique a passé la journée à Bruxelles, dont une visite aux souterrains de la Place Royale. Au soir, nous avons été au Parc de La Hulpe. Il y avait encore des lapins, mais pas qu'un peu ! Bien entendu, je n'en ai attrapé aucun, cela va de soi. Comme le dit Dominique, pour un lapin, la distance de sécurité est de 35 mètres.
Ils n'ont pas besoin de carottes, ils sont larges comme des autobus (bon oui, j'exagère un peu !)
-Purée mais il n'y a pas de renard dans le coin ?
-Chérie, qu'est-ce qu'on mange ce soir ? Quoi, encore du lapin ?! J'en ai marre...

Le parc était verdoyant, une pause bien remontante.

 

13 juillet

En ce moment, je suis en train d'étudier le Kuzbass avec un oeil un peu différent. Je me pose beaucoup de questions. Des souhaits mêlés de rêves et d'un peu n'importe quoi aussi. Si je pars là bas, ce ne sera pas à Kemerovo, c'est une trop grosse ville. Par contre, les alentours de Novokuznetsk ou Kiselievsk m'ont l'air agréables, une nette préférence pour la seconde. Novokuznetsk, c'est quand même un énorme bassin sidérurgique et c'est pas ce qu'il y a de plus sain question ambiance. Les alentours sont plus calmes, notamment toutes ces petites villes qui longent le Tomv. N'empêche qu'il reste des angoisses. Si tout va bien, tout va bien (certes). L'embêtement, c'est lorsqu'un problème se pose... Comme c'est une culture différente, le sac de noeud se trouve resserré, les ennuis démultipliés. J'ai peur de ne pas savoir faire face à l'adversité. Un petit problème peut se retrouver grandi au point de devenir une occasion de chute, la méconnaissance est dangereuse. C'est pour ça que je parle de souhaits, mais aussi de n'importe quoi. J'ai l'impression de ne pas être capable.

Il faut dire aussi que j'ai pas mal dégénéré dans une société de consommation omniprésente. Que serais-je dans un espace non formalisé à l'ultraconsommation ? Ca fait plus de 5 ans que je n'ai pas fait de pain. Je ne sais même pas si je suis encore capable de faire une belle croûte bien craquante, une bonne mie toute moelleuse. En cas de difficultés massives, il est toujours bon de savoir être autonome, en dehors du circuit de leur argent et de leurs dépendances. Je ne suis plus optimiste sur ma situation. J'ai trop profité (aveuglément) des technologies.

Bref, ces questionnements sont un peu logiques, même si je sais que là bas je serais accueilli par une vingtaine de familles (ça fait des années qu'on correspond). Ce n'est pas une solution, ni à court ni à long terme. Internet permet des progrès énormes en matière de communication, mais de là à utiliser ce vecteur comme base de départ, ça parait osé. Je ne parle même pas des tonnes de désillusions. Je me doute bien que la Sibérie, c'est boueux, froid et peu pratique. Je sais aussi que la situation économique n'est pas facile et que les gens sont assez froids avec les étrangers. Pas mal de désavantages qui ne listent évidemment pas ce que je ne connais pas. On peut aller jusqu'à dire : est-ce bien sérieux ? Toute personne sensée esquissera un sourire et dira : tu t'en doutes... Oui mais là bas, j'aurais un travail. Je me dis qu'il y a moyen de s'accommoder du reste. C'est cet éternel petit détail qui me revient à l'esprit.
Je n'ai pas suffisamment résolu mes problèmes actuels pour me lancer sur un tel projet, c'est évident. Malgré tout, je me dis qu'un jour peut-être, et j'y travaille avec ferveur.

Chez Inna, pour son placement en France, ils ont téléphoné à quatre heures du matin chez elle. Ils n'avaient probablement pas étudié qu'il y a un décalage horaire. Et bien au moins, elle vient de découvrir la mentalité française : au Kuzbass, c'est la même heure qu'en France puisque la France est le Centre du Monde.

tchorski

14 juillet

Ma liste de choses à faire est toute rayée. Il n'y a plus rien. Je n'ai pas pire démission de la vie, ça signifie que ce qui m'entoure ne m'interpelle plus. Ca fait longtemps que je n'évoque plus rien de neuf. Peut-être parce que je suis parti trop loin sur des chemins qui ne sont pas bons ? Continuer là-dessus ? Revenir au mauvais embranchement ? Partir ailleurs à travers champs ? Je ne sais plus.

J'ai préparé ma lettre de démission pour le travail. Je ne l'ai pas datée, elle est prête.
J'ai préparé ma lettre de démission au quotidien. Je ne l'ai pas datée, elle est prête.
Ces deux courriers sont illustrés d'une jolie image d'un bouquet de fleur mortes. J'attends le moment propice, cet instant où je serai entièrement d'accord avec moi-même, cet instant où le choix sera fait.

 

15 juillet

Inna est accueillie durant une année chez la famille Huillery. Elle arrive le 10 août. Voilà au moins un problème de réglé. Ca fait une épine de moins dans les doigts de pieds en éventail.

Depuis quelques semaines, je travaille mon recensement des souterrains. Ce document était rempli d'erreurs, de doublons, et puis il manquait beaucoup de données vraiment importantes, notamment tous les souterrains refuge du Pas-de-Calais. 17000 données à modifier, j'en fais 100 par jour. J'aurai terminé une première mouture de l'inventaire dans 6 mois ! Purée, c'est vraiment un travail faramineux, mais je garde courage. A chaque fois, je traite de très petites doses, ça évite de ne plus en pouvoir.

Hier, mon patron se pavanait avec son GSM qui peut envoyer des MMS sur un MoBlog, un blog mis à jour à partir d'un téléphone mobile. Oh pétard, faut voir le résultat... Il pavoisait en se prônant inventeur du DVD jetable, système miraculeux pour les locations. L'ère du tout jeter et du Grand N'importe Quoi.
Là dedans, je me sens comme un extra terrestre.
Je ne sais même pas citer 10 joueurs de foot.

 

16 juillet

Ce matin, j'ai reçu les dernières informations qui me manquaient. Voici un gros travail qui se
termine : le recensement des mines de charbon du Kuzbass. Bon évidemment, ça ne veut pas dire grand chose pour pas mal de monde, mais pour moi c'est une sensation d'achèvement. Ca fait des années que j'étudie l'économie des mines des bassins sibériens et cet oblast s'avère particulièrement intéressant, tout autant du point de vue historique que de celui du développement industriel à échelle régionale. Mon apprentissage du russe y est mis à rude épreuve. Loin des kolkhozes et autres clichés, les compagnie se sont groupées en 1991 en grands concordats (Rosugol, Kuzbassugol, Konkord PFG) et les sociétés s'avèrent performantes, un modèle dans l'économie des industries lourdes. Je n'oublie pas que c'est Mezhdurechensk qui a fait tomber le communisme, je n'oublie pas les grèves terribles, je crois simplement que cela fait partie de la vieille Russie maintenant.

Ce week-end, je n'ai absolument rien à faire. Je ne sais pas ce que je vais glander. S'ennuyer est quelque chose qui n'existe pas dans mon existence. J'aime trop la vie pour la laisser filer. Malgré tout, il y a des instants où la douleur est si forte qu'on se retrouve avec l'envie de ne rien faire, avec tout plein de "à quoi bon" et autres du genre. J'aborde souvent la vie comme un défi à relever. Je remarque que c'est une philosophie qui ne peut pas s'appliquer partout.
Il parait qu'il faut regarder la vie de son chat, ça calme. Je n'ai pas intérêt à regarder Mmmmousty en tout cas !

 

17 juillet

Une journée "rien à faire". J'en ai profité pour recenser les souterrains de Loiret. Rien de bien important. Il faut dire aussi (et surtout) que j'en ai profité pour faire de gros paquets. Je me suis encore retrouvé avec l'impression de trop posséder. Du coup, j'ai dépossédé. J'ai rangé bien précieusement plein d'affaires, qui serviront à d'autres personnes. Oh c'est rien de bien précieux, des fardes ou des trucs du genre. C'est étrange parce que je n'ai vraiment pas beaucoup de bazar. Pourtant, je ressens ce déséquilibre : possession c'est prendre le poids des objets. En ne possédant pas, je me sens plus pur. Je ne sais pas si je serais bien dans une vie dénuée de tout, presque monacale. Ca fait partie de mes fantasmes de vivre avec rien ou presque. Mais pour de vrai, on se sent très démuni dans ces cas là. Je remarque que, bien malheureusement, je suis encore beaucoup dépendant aux choses du monde. J'écoute de la musique, j'écoute la radio. Pourtant, je fais tout pour ne pas être du siècle. Je ne veux vraiment pas faire partie de "leur mascarade", le retard que j'ai un peu partout vis à vis des technologies m'est un prestige, surtout lorsqu'on me le reproche. Bref, un peu de rangement mais rien de décisif. Le temps qui passe doucement.

J'hésitais à partir faire du tourisme dans les docks du port d'Anvers. Avec les tanks et les ponts tournants un peu partout, ça a l'air bestial. Mais bon, mardi soir François arrive et on remet du Sous-Terre pour cinq jours. Donc honnêtement, un peu de calme ne fait pas de mal. Une parole de Rudolf : Mais ça vous arrive de vous arrêter, d'être calme ? Moi quand je vais dans un trou, je marche 20 heures s'il le faut, mais après je festoye Asterix et Obelix et je me repose.

C'est par haine du travail que ce rythme est pris. Au travail, je perds mon temps à 100%. Je hais le boulot que je suis obligé de faire pour pouvoir manger. Les technologies de pointe internet et la téléphonie mobile, ça m'est aussi étranger que le sont les borsch dans la cuisine japonaise. Alors je compense. J'ai envie de vivre. Et pas qu'un peu. Je m'amuse comme un fou au fond des mines glauques. C'est ce qui fait que j'ai deux vies en même temps. Je pense que c'est comme ça pour pas mal de monde. Simplement que les autres, c'est dans les restaurants ou les boîtes de nuit ou sur les terrains de foot...

 

19 juillet

Si je hais tant ce travail et l'univers dans lequel je suis plongé au quotidien, c'est bien simple, il faut en changer. Les problèmes seraient réglés, je cesserais de me plaindre de ça.

Oui mais... c'est facile à dire. Parce que Bruxelles est un problème. Le mot est clair et correct : c'est une ville très problématique. Elle est attachante parce qu'elle a plein de petits détails agréables, mais il y a des gros soucis au quotidien.
-Il n'y a pas de travail. Le chômage est digne des villes sinistrées de la vieille Angleterre. Face à cette situation désespérée, les organismes pour l'emploi affichent un profil d'une incompétence totale. C'en est révoltant. Chômage surtout ciblé jeunes. Je ne cite pas de pourcentage puisque ce sont évidemment des chiffres complètement faux.
-Les prix de l'immobilier sont effarants. Hier, j'ai été voir le prix d'une maison à Grez Doiceau. C'est déjà loin de Bruxelles. Une maison vraiment toute simple, rien de rupin : 322.000 euros. Donc j'ai bien compris, il faut être malhonnête pour acheter dans le Brabant Wallon. Il n'y a pas le choix. L'immobilier, ce n'est pas fait pour les gens normaux. (Enfin non, je m'avance peut-être un peu trop, l'honnêteté est anormale après tout). Je vais vendre ma propriétaire pour 922.365.000 euros. Peut-être arriveront-ils à l'échanger contre un chameau.
-Bruxelles et alentours souffrent de surpopulation (et c'est largement en train de s'aggraver). Le système routier est complètement inefficace et congestionné aux heures de pointe. Reste tout de même le train qui marche bien, il faut le reconnaître.

Donc la solution, c'est de partir de Bruxelles. Habiter dans les Ardennes, mais pas trop proche du Luxembourg. Ou partir en Bourgogne, ou dans l'Aveyron, ou dans la Lozère... Enfin bon, là bas je sais bien que je ne trouverai pas de travail. Et puis c'est la France.

Je suis reparti à me plaindre jour après jour. Je vais essayer de remonter la pente.

tchorski
les collines rouges

20 juillet

Je cesse la mise sur internet de ce journal pour une durée indéfinie. Entre une semaine et plusieurs mois. Si quelques rares personnes veulent les textes rédigés hors ligne, je mettrai le contenu sur une autre adresse. Car il est hors de question que j'étale en télé-réalité (en web-realityshow) les désespérances de Monsieur le Monarque. Arrêter la mise en ligne est un fait dur pour moi, je vais perdre en quelques jours la majorité des lecteurs. Qu'à cela ne tienne, je ne suis pas à vendre, pas à louer, pas à donner. Je crois en quelque sorte que c'est un respect pour eux, je ne les oblige pas à plonger dans ma détresse. Ceux qui me connaissent savent à quel point j'ai ce don inné de trouver des situations pour plonger loin. Là où un seul regard a déjà tout dit. Je plains ceux qui me liront quand même, je ne vais pas les avertir au delà. Je n'ai pas de conseil à donner, chacun est libre. C'est bien la première fois que je parle aussi intimement de mes lecteurs, moi qui d'ordinaire me fous d'eux au quotidien. Les quitter quelques temps, c'est finalement marquer le pas que tous ces inconnus ont un peu fait partie de mon intime aussi.

Donc pour revenir à la péripatéticie intime, j'ai daté les courriers. C'est ce qui me fait prendre la décision de marcher seul maintenant. Ca fait des années que je me plains, des années que j'ai peur de l'arrivée de cet instant : la reprise de l'instabilité. Je voulais construire une vie toute simple, gorgée d'aventure et de simplicité, ça a échoué. L'aventure s'est transformée peu à peu en prise de tête, confer les préparations de visites avec François. Quant à l'Amour, je ferme une page que je ne suis pas prêt de réouvrir.

Je ne parle pas des regrets. Des camions entiers ne suffiraient pas pour les transporter. Quelques minutes après les écrire, je les effacerais avec violence, recommencerais tout à l'identique. Je suis revenu dans une sphère de violence. Ce que je pense tourne en rond.

Combien de fois ai-je été ramené plus bas que terre ? J'ai tellement été critiqué avec violence (moi qui suis si faible) que mon estime de moi est à plat. C'est très mauvais parce que la combativité s'en ressent durement. Quand c'est ton patron qui te dit que tu es lamentable, tu as envie de rire. Cause toujours vieux, je m'en fous. Mais quand la violence provient de ceux que tu aimes ? Une fois tu dis je ne t'écoute pas, une fois tu dis que ce n'est pas vrai. Mille fois tu te dis et si c'était vrai ? Je me sens vraiment plus rien et j'ai besoin de partir loin des vapeurs acides. J'ai trop mal au coeur, besoin d'un atelier de réparation. Je suis un mécanique, pas un chimique.

Si telle est nécessité, il va falloir faire le pas. Moi qui suis lent, moi qui suis tendre, moi qui suis doux, ça va être dur. Je n'ai jamais voulu la guerre. Je ne me sens pas perdant en partant. Il n'y a pas de combat. Je m'en vais parce que je souffre. En ce moment, j'ai le sentiment d'éteindre la machine. Je coupe les commutateurs. Je déserte de plus en plus les dizaines de forums où j'étais actif. Est-ce que j'irai jusqu'à tout déserter ? Je ne crois pas, bien que la tentation m'est venue plusieurs fois à l'esprit. L'ermitage. Le vrai. Je ne sais pas. Il est trop tôt encore. Je ne suis pas en état à avoir des réactions très constructives, ce qui me pousse encore plus à la lenteur.

Plus je tombe bas, plus je deviens secret. Il est ainsi que je n'aime pas montrer ce qui est raté, c'est une question de discrétion. Je préfère les franches réussites, les travaux imposants - ce n'est pas légion mais ce n'est pas grave. C'est un peu évident ce que je raconte. Je ne sais pas jusqu'où j'irai. La désespérance à ses limites. Quand c'est trop loin, la réaction est légitime. Et cette phrase que j'ai lu bien trop : que celui qui voit un problème et qui ne fait rien, fait partie du problème. Combien de fois ai-je voulu tout claquer sans plus d'explications, juste parce que ces quelques mots sont une provocation ?


21 juillet

Une petite journée toute tranquille à Folx les Caves, la Cave Racourt et la Cave Bodart. Je ne referai pas la description des souterrains, la visite a déjà été faite le 28 janvier 2004 (nous y retournons pour François). Rien à signaler, sinon que la province du Brabant Wallon fait des pressions sur Monsieur Racourt afin de racheter le site souterrain. Ces tractations sont assez odieuses puisque le Gouverneur a même été jusque évoquer l'expropriation. Ils veulent patrimoiniser le site. Ca n'a même pas commencé que c'est déjà honteux.

La découverte de la journée sera la carrière souterraine de Orp-Jauche. Nous avons eu des difficultés pour la trouver, nous avons prospecté vraiment à côté de la plaque. Au final, il y a une porte blindée de chauves-pourris. Il faudra qu'on revienne avec les clés. Pour Gaëlle qui nous accompagne, c'est bien évidemment décevant. Mais bon... Il n'y avait pas d'alternative sauf fracasser la grille, et ce n'est pas dans nos habitudes.

Pour terminer la journée, nous allons à Marche-les-Dames, près de l'Abbaye Notre-Dame du Vivier. Caubergs y signale des galeries ambiguës, soit de la mine soit de la couverture de rivière. L'abbaye a été fondée vers le 12ème siècle et elle est vraiment très jolie, de beaux bâtiments abbatiaux en pierre de taille grise, entourés de verdure et de hauts murs. La première galerie n'a rien à voir avec de la mine. C'est une rivière couverte sur 750 mètres. Les autres n'y descendent pas parce que ça ne leur plaît pas. Je suis le seul à m'amuser comme un petit fou. Effectivement, il y a de la boue, de l'eau, ça baque, c'est bas, inhospitalier et puant. La galerie n'a pas d'intérêt, sauf celui d'être parcouru pour la description des souterrains de Belgique.

Dehors, nous finissons la journée à la recherche de la galerie du Chianti, située de l'autre côté de l'abbaye. Il semblerait qu'il s'agisse de travaux miniers au vu des verses de schistes. Il ne reste aucun accès, tout est effondré. Il se pourrait que ce soit des vestiges d'exploitation de lignite, sans aucune confirmation possible.

22 juillet

Au matin, nous partons pour Comblain au Pont, la carrière du Grand-Banc à Géromont. Je ne referai pas la description du site, la visite a déjà été faite le 24 avril 2004. Juste à signaler que cette fois ci, j'ai trouvé la berline située dans la descenderie 4. La visite est un peu plus approfondie, ce sont vraiment de beaux volumes, une des carrières majeures de Belgique.

Dans un simple but descriptif, j'ajouterai que nous avons essayé d'accéder à la galerie située tout en bas derrière le magasin de motos. Ils ne veulent pas nous laisser passer, donc je ne pourrai pas apporter de détails sur ce trou là.

Dans l'après midi, nous partons vers Vielsalm. C'est un petit village situé non loin de Gouvy, un nom très fameux pour les géologues, un peu moins réputé pour les autres. Le salmien est une zone de plissements, on y retrouve une multitude de roches rares (voire uniques) : l'ottrélite ou l'ardenite par exemple. Le coticule est une roche d'origine sédimentaire. Elle s'est métamorphisée lors des plissements des terrains. Ce n'est pas franchement joli. C'est une pâte jaune pâle, constituée principalement de micas encaissés dans des phyllades de schistes. Dans ce mica, on y trouve une belle concentration de grenats, jusque 40% du matériau. Cela lui donne une qualité exceptionnelle : la possibilité d'affûter n'importe quel acier. Cette pierre est unique au monde, donc j'en ai ramassé quelques kilos pour en donner à des minéralogistes. Ca leur fera plaisir.

La première mine que nous visitons est située sur un ancien carreau complètement vidé de son matériel. L'entrée de la mine souffle un air froid bien agréable, ça fait de la brume et c'est joli. Cette mine intitulée "Old Rock" a un développement de 350 mètres. C'est relativement peu mais la beauté des lieux nous enchantera franchement. Ca commence par une descenderie équipée d'un joli treuil. De manière très originale, ce treuil est placé au niveau du plafond. Plus loin, après de jolis boisages, on trouvera une grande salle, un croisement avec une poudrière appelée Sainte-Barbe, une magnifique niche à Sainte-Barbe faite d'empilements de schistes, puis au fond deux galeries ascendantes où l'on voit bien le filon de coticule.

On s'attendait franchement à ne rien trouver. D'après la description de Caubergs, on se disait "Oulah, ça va être patrimoinisé par les cultureux ce truc là". Et bien on a eu beaucoup de chance. Ce n'est pas une mine incontournable, mais elle est charmante. Juste après, nous filons à Salmchâteau, un autre grand lieu du coticule. Nous y trouverons une seconde mine, d'un développement de 80 mètres. Il faut bien avouer que c'est nettement moins intéressant. Les 10 mines du salmien sont assez difficiles à trouver et il sera nécessaire de revenir.

Au passage, nous trouverons un filon de turquoise CuAl6(PO4)4(OH)8.4H2O. Ce sont des mouchetures assez vertes et plutôt rares. Je trouverai aussi un tout petit morceau de rutile. Rien de bien exceptionnel car les minéraux sont abîmés.

Je ne sais pas le nom du village où nous avons été dormir, je ne m'en souviens plus. Ce n'était pas très loin de Bastogne. La nuit, il y a eu un orage terrible. La foudre tombait pas bien loin de la tente et j'ai eu très peur. Oui je suis un froussard ! Ca ne me fait rien d'aller dans des mines
sur-dangereuses, mais la foudre me remplit de crainte.

23 juillet

La journée est dédiée à un site mythique : les ardoisières M. Comme tout souterrain dont on parle depuis des années, la visite est une déception.

Nous commençons par le carreau. Ce sont d'anciens bâtiments ardoisiers en assez bon état, on y retrouve un grand nombre de vestiges : verdoux, machine de treuillage, ascenseur de réduction, atelier de réparation. Par contre, pas de berline, pas de machine de refendage. Après une discussion sur la manière de descendre dans le souterrain, nous décidons que j'irai seul dans l'ardoisière. François et Sandy ne sont pas partants. C'est une descente à 80 degrés le long d'échelles en état quelquefois incertain. On ne sait absolument pas si ça file comme ça durant 170 mètres où s'il y a des paliers. Il se pourrait que ce soit dangereux.

Au fil de la descente, je me rendrai compte que effectivement, c'est dangereux. L'échelle arrive dans le puits et il n'y a pas de palier jusqu'au -40. Ensuite, on descend le long des chambres dans un dédale d'échelles et de passerelles en bois que je qualifierais de vraiment dangereuses, surtout vers le -112. Bon, comme je le disais à François, je suis content d'être descendu, mais en somme, l'ardoisière n'est pas si bien que ça. Si ma mémoire est bonne, il y a une série de sept étages descendant jusque -160. Après, on trouve des chambres remplies d'eau. Cette exploitation est une série de salles hautes ou très hautes. Certaines dépassent largement 100 mètres de haut. Cela fait des volumes de cathédrales et avec une seule lampe, on n'y voit rien. C'est ce qui rend ce lieu peu intéressant. Il faudrait vraiment de très gros spots pour éclairer de tels volumes.

Je ne cessais de me dire là dessous "c'est déraisonnable". Je n'ai jamais vu des volumes aussi grands et on se demande systématiquement comment ça tient. Il y a de très belles pièces d'archéologie industrielle mais honnêtement, j'ai été autant intéressé par la visite du coticule. Ca nous a fait rêver, un peu trop peut-être. Enfin, je suis heureux d'avoir clôturé ce sujet.

Le seul truc vraiment passionnant, hors du commun, c'est la sonorité. Si j'y retourne un jour, ce ne sera que pour ça. Comme les chambres sont immenses, les bruits d'eau font un son que je n'ai jamais trouvé ailleurs. Ca résonne à l'infini. C'est une musique belle, profonde et touchante. Je rêve de l'enregistrer. Si Antonin insiste pour y retourner, je crois que je craquerai, que j'accepterai malgré le danger omniprésent.

Pour terminer la journée, j'irai visiter le carreau de l'ardoisière R, ce fameux site dont Guiollard m'avait parlé et qui me faisait rêver. Le bâtiment possède encore sa poulie Koepe, c'est à peu près tout ce qu'il reste. Le chevalement n'est pas très beau. Par des acrobaties assez difficiles, j'arrive à rentrer dans l'ancien puits. Il est encore équipé de sa cage et de ses échelles. Malheureusement, c'est noyé au bout de 15 mètres. Durant cette visite, Sandy et François ont été prospecter Crusnes et Villerupt. De toute apparence, les entrées de mines n'existent plus.

Au soir, nous retrouvons Antonin. Il pleut sur Thionville.

 

24 juillet

Je ne suis vraiment pas en forme, le manque de sommeil se fait lourdement ressentir. Après avoir retrouvé Rudolf, nous partons pour la visite de la vieille mine d'Algrange. Par rapport au reste du bassin ferrifère, c'est un creusement assez atypique : une mine allemande dont l'aspect est constitué de nombreux murs à sec et une minette enchâssée dans des couches calcaires.

Nous y trouverons pas mal de vestiges, surtout des installations de treuillage assez grandes, accrochées au plafond. Il y a aussi une cage coincée dans un puits, deux abris anti-aériens, une poudrière et des descenderies esthétiques. Nous tenterons autant que possible de rejoindre la galerie Guillaume-Wilhelm située nettement en dessous, mais sans succès pour l'instant. Il y a de longues galeries cintrées qui semblent y aller, mais les effondrements à passer ne sont pas plaisants. Ce serait tout de même bien de jonctionner car ça nous donnerait accès à Tressange. Je pense qu'il sera nécessaire d'y retourner un jour pour insister.

Cette mine en deux niveaux nous a beaucoup étonné, on la pensait moins riche. Il y a deux parties distinctes "Le Bureau" et "La Colonie". Dans le fond du fond, on butte systématiquement sur des effondrements qui nous empêchent d'aller plus loin. Rudolf part un peu plus tôt que nous, il n'aura rien raté.

Nous terminons la journée à Knutange, près de l'ancien hangar de l'usine d'acide sulfurique. C'est la zone. Il y a des zivah à mobylette qui pétaradent un peu partout. Avec Antonin, nous irons faire un tour dans la mine Fensch. Celle-ci s'est extrêmement dégradée, encore plus qu'il y a deux ans. Les effondrements sont devenus d'un dangereux inimaginable. C'est bien simple, derrière la gare, on ne sait pratiquement plus aller plus loin, il y a des énormes blocs en suspension sur des poutres complètement tordues. La deuxième galerie avec les berlines est devenue inaccessible. J'ai fait des photos pour Rudolf parce qu'il faut bien en convenir, cette mine est morte maintenant. Aller plus loin que la gare, c'est du suicide.

Nous dormirons dans une étrange tour-trémie. Une nuit qui n'a rien d'agréable mais bon, c'est mieux que dans le hangar.

25 juillet

Dernier jour de visites, nous voilà partis pour la mine Scheuerberg, dite Mine Vesquenhaff, ou Ferme Vesque. C'est une grosse exploitation de minette à Differdange, en semi-trakless, seuls les roulages étaient équipés. Le travers banc d'entrée nous mène à deux niveaux plutôt boueux. Les niveaux supérieurs ne semblent mener qu'à des dépilages. Les niveaux inférieurs sont équipés de vent-tubes et mènent à des roulages qui ont été volontairement foudroyés. Pas de passage vers le Thillenberg, pas de passage vers Lasauvage ou Grand Bois, sauf erreur de ma part. Nous n'avions pas de plan de l'exploitation. Globalement, c'est une mine vide et inintéressante, visitée en trois heures et demi.

Il est temps de retourner à la maison. Le trajet est assez pénible, comme d'habitude des gens sans gêne. Après un peu de ménage et de nettoyage des sacs, il fait bon de dormir dans un doux lit !

26 juillet

Une journée toute remplie d'hésitations. Je me sens un peu paumé, j'ai du mal à trouver mon chemin. J'ai de grands points d'interrogation sur les jours à venir. Les pourquoi-comment affluent. Plus aucune sortie minière n'est prévue, je sais que ça va dégénérer parce que je ne vais plus tenir le choc. Tant que je ne suis plus lu, je ne dois rien à personne, je ne me sens pas redevable d'être bien. Mais combien de temps cela va durer ? Je sens la situation instable. Je me sens presque menteur parce que comme je ne dis rien, les gens ont l'impression que tout va bien. Or, quand ils vont se rendre compte à quel point la pourriture a grangréné le quotidien, ça va être un coup de couteau. Il va falloir que je sois doux, malgré mes envies destructrices omniprésentes. J'ai envie de tout laisser tomber et partir dans la campagne loin des cons du travail, loin des voisins, loin des critiques. Je me laisse encore un peu de temps, quelques jours de répit avant d'attaquer la montagne de difficultés. Je sais le terrain épineux.


27 juillet

Il parait que je deviens de moins en moins audible. Les gens tendent l'oreille quand je parle. Ma discrétion ne va pas tarder à devenir un défaut. Mais que veux-tu, je n'ai vraiment pas envie de parler fort... Un jour de plus où j'ai envie d'être tout petit. Qu'on ne me voit plus, que je n'existe plus pour personne. C'est triste d'être comme ça.

tchorski
------Morceau d'ardoise ramené du fond du fond de l'ardoisière

28 juillet

Pourquoi attendre ?
Que attendre ?

là où je suis supposé être je suis à des kilomètres là où je devrais être mais où on m'attend pas là où je voudrais être mais je ne suis plus pourquoi attendre puisqu'il n'y a rien à perdre que tout est perdu que j'en ai fait le deuil que de toutes façons je suis partout mieux ailleurs plutôt que là pourquoi vouloir le sens opposé de ce qui honnêtement serait mieux tout simplement parce que c'est à contre courant de ce qu'on estime bien juste le matin parce que le soir c'est déjà fini depuis longtemps je suis partout ailleurs parce que c'est nettement plus appréciable que de mourir à petit feu être face à la falaise sauter ou faire demi-tour j'ai choisi de vivre à fond et je pense que ça ne choque pas grand monde c'est probablement même l'indifférence et ils ont raison il y a une chose de sûre c'est que je suis bien trop long à la réaction j'attends d'être projetté dans l'impossible pour réagir est-ce parce que je suis trop mou mais je ne suis pas un guerrier je déteste batailler trop épris du calme et du silence je tourne le dos à la falaise ça ne veut pas dire que je lâche le combat mais je ne suis pas le seul responsable de ce qui arrive non je ne suis pas le seul bien qu'on essaiera de me le faire croire à force de souffrir on apprend à résister maintenant j'ai des bases solides puisque je ne suis plus dépendant je suis à des kilomètres tout le monde me croit là mais je suis parti à des kilomètres de là où je suis supposé être

 

29 juillet

Je terminais ma mise en ligne le 17 juillet sur un "je vais remonter la pente" et je m'écrase hier sur des pensées toujours les mêmes "je ne t'annonce pas que je te quitte, je t'annonce que c'est toi qui m'a quitté depuis bien longtemps". Bien étonnant de voir ce que ce raccourci signifie. Couper 12 jours arrive à cette phrase non dénuée d'exactitude, peut-être seulement un peu réductrice. Je crois qu'elle s'est quittée elle-même aussi.

Ma parole en est arrivée à une telle saturation de -il y en a assez- que je dois être devenu vraiment insupportable. Ce matin, je me suis réveillé assez brutalement vers cinq heures. Je me sentais faible. J'étais chez Nora, elle m'hébergeait, elle me protégeait de moi-même. Je me blesse plus tout seul que si dix ennemis acharnés se mettaient à m'en vouloir simultanément ; je connais mes faiblesses et je m'attaque là où je sais que je suis imparfait, c'est plus efficace. J'aime l'efficacité. Je suis un maniaque de la réussite. En autodestruction, il faut croire que je peux me présenter à un concours. Nora est je crois la seule qui sait me repêcher là où je me noie. Peut-être parce que c'est cette personne qui m'a repris la première fois, alors enfant quand je coulais. Ca fait un an et demi que je ne lui ai pas donné de nouvelles (pour lui raconter quoi ? L'inlassable ?). Erwan doit aller sur ses deux ans.

Je n'espère rien, je crois que je m'exaspère tout seul (c'est quand même pas mal d'en arriver là). Je suppose qu'il est bon parfois de ne pas entrevoir de futur. Ca permet de faire cale sèche dans les projets, un peu de ménage dans l'inutile. Si je tombe si souvent, c'est parce que je n'ai jamais réussi à monter un projet de vie qui soit viable.

 

30 juillet

La Titoune vient d'engouffrer sa ration de pâtée. A chaque fois que j'arrive au travail, elle m'attend devant la porte avec force de miaulements. Mrrraeow, je ne t'ai pas oublié.
Je traine mes esthétiques cernes noires, la fatigue est lourde à porter. Ce week-end chez mes parents n'arrangera rien. Pas la peine de le ressasser. Ironie désabusée presque amusée. Les joyeux évènements festifs de ma petite vie commencent la semaine prochaine. Probablement un silence complet, je m'y attends. Je n'espère pas de miracle, juste une libération.

 

tchorski
Etage -112 d'un de mes beaux souvenirs

 

Por eso, nadie iniciará el gesto de la cruz o el de la repugnancia cuando, tras esa puerta, las linternas me descubran al fin encima de la cama, vestido todavía, mirándoles de frente, devorado por el musgo y por los pájaros. JL. La Lluvia Amarilla.

2 août

Vendredi soir, complètement paumé dans le métro. Tant de monde univers béton bitume. La solitude est plus dure à vivre dans la foule que tout seul. J'ai failli louper le train, publicités omniprésentes et espaces ultra-agressifs, je déteste Paris. Perdu et larmes aux yeux, la peur au ventre, que vais-je raconter à mes parents, mentir comme d'habitude comme à tout le monde ? J'ai été suffisamment fort pour qu'ils ne se rendent compte de rien. Ils ne comprendraient pas. Je suis obligé de me reconstruire parce que tout ce que je suis n'est plus rien à ce jour. Je suis éteint. Une bougié à la mèche mouillée. How can you hurt someone so much you're supposed to care for ? J'attendais que François soit venu pour craquer, afin de ne pas lui imposer ma décomposition morale. J'attendais d'avoir vu mes parents pour la même raison. Il faudrait que j'attende le 23 août dans le même ordre d'idée. Ce serait le plus correct mais je m'effondre. Je suis trop plus rien pour continuer ainsi. C'est de ma faute. Par combativité, j'ai toujours fait croire jusqu'au bout des doigts que je suis quelqu'un de solide. Regard d'aventurier et parcours batailleur, ce n'est que parce que je lutte chaque jour contre ma nature renfermée et fuyante. La dépression n'est pas un état stable ni enviable. Je m'écroule. Je sais que je vais perdre tout ou presque, mais au moins je pourrais rayer sauvagement cette phrase de Stuart Staples : How can you hurt someone so much you're supposed to care for ?

 

4 août

"Jamais je ne mendierai des signes d'affection à qui que ce soit. S'ils ne sont pas spontanés, quelle valeur ont-ils ? Prennent-ils la mesure de la pitié qu'on inspire ? Prennent-ils la mesure de l'hypocrisie ou la lâcheté du donneur ? Les humains se regardent trop le nombril. Les chats, eux, ne se croient ni la cause, ni la conséquence - ni la victime, ni le bourreau."
Citation du Dieu des Chats.

 

5 août

Une découverte et pas des moindres : Bonnie Prince Billy, alias Will Oldham. Ca fait à peu près deux ans que je recherche le nom d'un artiste dont j'ai récupéré le disque par hasard à mon travail, ça traînait. Pas de nom, pas de titre, pas d'image et personne ne connaît, une musique minimaliste, mélancolique à couper au couteau, intime à en être presque confession. Remuer ciel et terre ne mène à rien, j'en suis pratiquement à me demander s'il ne s'agit pas d'un artiste autoproduit ayant jeté ses morceaux par hasard, oublié de tous à ce jour. En attendant, les recherches que je fais (et n'abandonnerai pas) pour le retrouver m'ont fait découvrir au passage ce très étrange personnage de Palace Brothers à la barbe rousse talibane. J'avais déjà croisé ce visage si particulier sur des sites internet de gars qui avaient fondu pour lui : tu y rentres, tu n'en ressors pas qu'ils disaient. J'étais passé outre, glissant par erreur vers un ailleurs en impasse.

Je comprends leur attachement, notamment sur l'album Master and Everyone que j'ai entre les mains ce matin, c'est une merveille. Un disque pratiquement entièrement ébauché sur la simplicité d'une guitare seule et la voix douce et mélancolique de ce gars hors du temps, hors du monde. Rien que d'avoir passé quelques heures à l'écouter, je sais que je suis tombé dans le piège. Une beauté blanche comme une neige immaculée, un disque linéaire, asthénique et rempli de douceur. Un plaisir des plus rares, je n'avais pas vécu d'aussi belle découverte depuis Nick Drake. Merci Monsieur pour ces pas feutrés, heureusement que je n'ai toujours pas trouvé celui qui chante cet éperdu "Sleepy sunday morning".

 

6 août

Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais toute seule, hier j'ai trouvé complètement par hasard le nom de ce musicien tant recherché. Il s'agit de Reclinerland, alias Michael Johnson. Ce projet est complètement méconnu, en plus ce que j'ai ne provient même pas d'un album mais d'une démo n'ayant rien à voir avec leur travail habituel. Je comprends pourquoi je ne trouvais pas ! Le type est vraiment sympa et j'ai même les partitions. J'espère que leur nouveau projet cet été se passera bien.

Hier, l'orage a tonné là bas très loin, mais pas une goutte de pluie. Encore une journée à stagner collant et puant. Pouh, c'est bien ces jours là que j'appréhende le plus. Vivement les frimats. Je suis vraiment épuisé et ce week-end me promet un programme d'envergure internationale : je ne fais rien. Ce n'est pas souvent. Pour une fois, je revendique l'inactivité. Comme des affiches déchirées sur un mur, sous un pont vibrant des trains qui passent, je reste là en rien, indifférence des jours, n'essayant même plus d'être viré de mon travail. Ni haine ni remords ni rancune ni bien ni mal, presque rassuré qu'il ne se passe plus rien ou presque - et pourtant en attente d'un rien ou d'un je ne sais quoi - entracte ou début ou fin : plus rien que le vide, surtout en moi.

tchorski
Morceau de coticule, Mine Old Rock, Vielsalm

7 août

Julius est guéri.

8 août

Après avoir fait un tour à la brocante d'Ottignies, nous avons été prendre une glace chez Carette. Saveur des Bois, huuum délicieux exposant cent-mille. Non non je ne suis pas gourmand. Nan mais lécher un bol de nappage au chocolat, ce n'est absolument pas mon style. De toute façon, il n'y en a plus, il n'y a plus rien à gratter. Et puis je ne me permettrais franchement jamais ça. C'est comme les routes en Belgique. Il n'y a pas de trous ni de bosses, elles sont nickel. Le premier qui me dit que je suis un gourmand, je lui scanne l'assiette, il verra bien que je ne racle même pas le fond (pour cela, il faudrait que j'y retourne une nouvelle fois bien entendu).
Hein ? Qui a dit que j'étais gourmand ? Répète un peu ça...

9 août

Il y a quelques temps, juste avant d'aller dans une mine pour trois jours, deux heures et demi du matin, devant un champ de colza complètement trempé à traverser (ce qui implique de gros problèmes de froid pour la visite de la mine) : "Bon et bien on mets le mode galère on". Effectivement, c'était la galère. Cette expression est restée dans le vocabulaire. Depuis, c'est devenu le mode galeronne.
Ce lundi s'annonce comme galeronnique, les jours qui suivent encore plus. Comme chaque année tout le monde est en vacances, tout le monde a le temps, du coup les mails de demandes affluent à la pelle. Je suis à la limite de ne plus savoir répondre, juste parce que je ne veux pas que cela prenne le dessus sur les amis - il n'en est pas question. Je nage dans le marasme de choses qu'il serait bien de faire, que je ne ferai pas parce que ce serait largement trop. On dira que ce n'est pas grave. En fait oui, ce n'est pas grave.

Et comme un réveil qui n'a pas sonné, je sursaute. Il y a eu tellement de problèmes ces dernières semaines, je ne me suis pas du tout investi dans la préparation du voyage en Bosnie et en Serbie. Purée, quel retard... J'ai du pain sur la planche. On va le faire à la Luc : "Ca ira" d'un air rassurant.


10 août

Hier soir, cinéma pour aller voir Fahrenheit 9/11. Très connu, peu controversé en Europe, des difficultés de distribution aux Etats Unis, je pars sur l'idée que je n'apprendrai pas grand chose. Il y a quelques années, je décrivais Bush comme "l'homme le plus bête de l'univers". Après avoir vu le film, je me dis que j'ai été un peu rapide sur le jugement. En fait ce n'est qu'un pantin. Il s'agit plus de son administration, de son père, de la mécanique lancée depuis des années - une machination qui marche bien, pas si bête que ça ne le parait. Ce qui compte avant tout, c'est leur pouvoir, leur argent, leur pétrole, cela bâti sur des montagnes de mensonges, de tromperies, d'écrasement des peuples. Rien de bien nouveau sinon qu'avec Bush, c'est plus flagrant. Bref, je n'ai pas spécialement envie d'en parler des heures, ce n'est pas passionnant. J'ai été assez intéressé par ce film et surtout, ça me réconcilie un peu avec les américains. Ca faisait deux ans et quelques que je faisais un embargo total sur leur culture, ne leur répondant pas sauf exception. Belle généralisation, c'est un peu stupide (pour ne pas dire complètement). Au vu du système de vote tout sauf démocratique et des manipulations électorales flagrantes, ils n'y sont pour rien ou presque. Fahrenheit 9/11 provient de Fahrenheit 451, un livre de Ray Bradbury décrivant l'agonie de la démocratie. Un titre judicieux, on s'y retrouve bien.
Ils sont là pour libérer les peuples opprimés par la tyrannie.

Ce matin, je suis bien fatigué. Cette chaleur m'épuise et je rêve de glaçons. Une bonne excursion au Groenland. Ca reste du fantasme. Plus proche de la réalité, le parcours "approximatif" est prêt pour la Bosnie, les adresses de centres d'information sont imprimées, ça avance pour les chambres d'hôte... Je suis bien en retard mais avec un peu d'acharnement, ça va s'arranger. Ca fait longtemps que je rêve de parcourir les landes arides des contreforts de Mostar. Ca a l'air très beau, un paysage dont les villages sont marqués par les minarets. Le seul problème, c'est que je ne comprends rien au serbe et c'est franchement pas intuitif. Heureusement que Nada est là pour m'épauler.
Il n'y a pas de plage en Croatie. Que des roseaux. Partout.

Il pleut. Soudainement comme si tout devenait plus clément. J'ai été chercher mes tartines et je suis trempé. Si ce n'est pas du bonheur ça ! Une belle journée.

 

11 août

Actuellement, je travaille sur le recensement des souterrains de la Somme. C'est d'un rébarbatif... Il y en a des centaines et ce n'est vraiment pas ludique. Je persévère malgré tout. La motivation est là pour aider à avancer (...) Rôooo, qu'est-ce que je peux bailler... Ce matin, je n'arrivais pas à me lever. Je suis vraiment épuisé. C'est peut-être parce que j'ai trop de projets en cours ? Pourtant, je n'ai pas le sentiment de me sentir dépassé. En tout cas, les défis que je me suis posé sont tout sauf liés au travail. Ca parle de patrimoine industriel mais certainement pas d'informatique. Ceux-là ont fini de me dégoûter (et même leur dire n'entraîne pas que je sois viré, en quoi leur suis-je indispensable ?) Peuh, je m'en fous parce que quand je crame devant mon écran, j'ai un petit chat tout doux qui vient m'embêter. Il tape des mails, ils dort contre l'écran, il fait ses griffes et fait tomber les piles de CD. Adorable. Je ne me plains pas de ma situation. Au vu des libertés que je prends, ils seraient "bien", ils m'auraient foutu à la porte depuis des mois. Et aucun remord en plus - c'est peut-être ça le pire. Avant je m'investissais à fond (comme dans tout d'ailleurs) et ils m'ont chié dessus à trois reprises. Je ne leur ai plus pardonné.

Dans les super bonnes nouvelles vraiment édifiantes pour le moral, l'éditeur La Renaissance du Livre est en faillite. Du coup, le livre qu'on devait sortir en octobre est à la poubelle. Autant dire qu'en foutage de gueule, là ça va fort. Nous avons travaillé comme des acharnés, plus de 100 personnes se sont investies dans le projet. Pour entendre ça ? On va vite récupérer nos documents, casser le contrat et proposer ça à d'autres éditeurs. Il y a des limites à la bienséances. Surtout pour Luc, il a ruiné cinq mois de sa vie pour ce projet.

 

12 août

Toujours autant de mal à sortir du lit, la démarche en devenant presque titubante. Je ne sais pas pourquoi, je suis passé au laminoir. Peut-être la chaleur ? J'espère un bon week-end de repos. Il y avait de la prospection de mine plus ou moins prévue (plus que moins d'ailleurs) mais je ne m'en sens pas capable. Fais ch...

En ce moment, je n'ai pas grand chose à raconter parce que je ne fais presque rien. Il y a des périodes comme ça où c'est un peu plus calme. Juste des études à long terme, des trucs qui vont bien. L'absence n'est pas forcément que souterraine. Hier soir, je pensais à Stéphanie qui va revenir à Rixensart pour des vacances, après un an et demi passé en Australie. A mon avis, ce ne sera pas qu'agréable pour elle. Je ne sais décrire correctement cette sensation déjà vécue. Peut-être dans cette phrase là : le sentiment d'avoir eu une maison et un repos dans une ville, le déplaisant d'y revenir et de se rendre compte que ce lieu ne sait plus offrir ce repos. Le désagréable de se retrouver sur un lieu qu'on a habité et de voir d'autres gens, constater que ça a changé. Ca me fait penser à Einstürzende Neubauten, die befinlichkeit des landes. L'amour du pays, la difficulté d'y revenir - on le fait pourtant.

tchorski

13 août

Hier, un collègue me dit qu'il faut "absolument" voir tel film sorti en dvd. Je lui dis poliment :
-Désolé mais je n'ai pas de télé, pas de lecteur dvd et mon ordi a 64 mégas de ram.
-Ah, c'est un problème de hardware alors ?
-Oui, on peut voir ça comme ça, encore que "problème", non puisque c'est volontaire.
-Ah, tu es un véritable handicapé médiatique toi alors ?

Rrrrôo, redis-moi ça s'il te plait, surtout venant de toi que je n'aime pas, redis-le juste une fois, c'est un si doux compliment...

 

14 août

Le regard collé contre la fenêtre - la buée sur la vitre, l'eau qui claque contre le verre, dégouline la pluie. Au loin dans la grisaille, quelques personnes qui ne tentent même pas une escapade en courant, de toute façon, tout sera trempé et c'est pas grave. Le bruit des gouttes qui frappent la fenêtre, entrouvrir et sentir le frais. Le bruit dans les feuilles d'arbres, agréable vision un peu troublée. Il y a des éclaboussures un peu partout et le ciment devient plus foncé là où c'est mouillé. Loin derrière, une télé qui grisouille une neige noir et blanc légèrement crachotante. Heure d'entre plus loin que les heures, rien que le vide. Ciel devenant jaune-gris-orange bizarre et les hortensias aux couleurs fluorescentes, le soleil se couche derrière les nuages d'un ciel plombé. Jusqu'a ce que la goutte rejoigne une autre goutte, s'agglomère et tombe plus vite. La gouttière déborde et ça gicle sur le rebord du soupirail de la cave. Tombe pluie. Je suis acousticien de tes nuages gris. Tisane à la camomille toute douce, très légèrement amère. Les sapins du fond qui bruissent dans les bourrasques. Buée sur la vitre et regard porté au loin dans le vide. La nuit tombe doucement.

 

16 août

Mais non je ne suis pas du tout en mauvais état. Bon oui j'ai renversé le bol de lait ce matin. Et puis je ne trouvais pas mon pantalon. Mais c'est depuis que je me lève à 6h12 au lieu de 6h14. Le changement est trop brusque. C'est dur à supporter. Hein ? Oui c'est vrai, j'oubliais de dire aussi que je me suis cogné contre la porte, mais elle n'y était pas avant. J'en suis sûr. Je ne sais pas comment elle est arrivée là.
Je rêve de grandes vacances. Deux mois et demi comme pour les enfants. Je rêve aussi qu'on me dise vous êtes en état d'arrestation. Haut les mains. On ne bouge plus. Cessez de nuire avec vos yeux bouffis. Allez sous les couverture et dormez. Sinon cinquante deux ans de prison avec sursis. Qui a eu l'idée de mettre une porte là ? Franchement... Des idées comme ça, on s'en passerait bien. Je suis certain que c'est Martine Payfa. Pour que ce soit aussi absurde, il n'y a que ça.

Un week-end de rien, mais rien du tout et pourtant encore crevé. Je suis passé sous un camion et j'ai crié à minuit et quelques, j'ai du réveiller les voisins. Et leur chien. Et Mousty. Et la dame qui range les livres à la bibliothèque. Et les araignées de la gare de Watermael (qui a défaut de ne plus être une gare, a quand même été la gare adorée chérie de Delvaux). J'ai peut-être même réveillé Delvaux. Non je ne suis pas du tout révolté. Non je n'en ai pas marre de faire des cauchemars qui font trembler le sol et paniquer les sismographes. Non je n'ai pas perdu mon temps ce week-end. Je suis parfaitement dispos, prêt pour de nouvelles aventures. Vas-y, bien serré le café...

 

17 août

Vois-tu comme cette écriture ondule, on dirait qu'elle oscille sur les vagues de la mer ? Vois-tu ces barres de T rageuses, ces E dont les pointes sont des épées ? Vois-tu ces phrases en plongées, ces mots s'écrasant et s'étrécissant jusque devenir des lignes à peine compréhensibles, martelées sous une pression de fer et de sang ? Vois-tu ces hampes qui se recouvrent, surtout sur les E, puis les F, les K, les P. Ce sont des lignes qui en cachent des autres, une introversion planquée sous un tas de branchages de lierre ou de clématite (ainsi ça ne se voit pas).

Faire l'autruche devant sa propre scription. Ou lancer des moi-je-moi-je en tentant vaguement de recoller les morceaux pour que ça ressemble à quelque chose. Peut-être simplement la conséquence de beaucoup trop d'années passées pas à la bonne place (un peu comme tout le monde peut-être) : un endroit où l'on crache sur le peu de compétences que j'ai et où l'on s'acharne à vouloir exploiter ce que je n'ai pas où ne suis pas ; changer pour retrouver la même chose ? L'inadaptation face à l'argent et cette volonté qui sans cesse m'écoeure : vendre le plus cher possible en se disant peu importe si la qualité n'y est pas. S'étonner après d'onduler sur les lignes -irritabilité instabilité- d'être aussi régulier que le vent. S'expulser soi-même (en refus (au moins mental) de la faiblesse) et bien entendu, rien qui ne change parce que ce serait trop difficile ne serait-ce que de faire un seul pas dans la direction de la lutte et de la recherche d'un mieux-quelque-part. Autruche (Faire L') ou Poule (devant un grillage). Pire guerre : contre soi-même ou contre tous ceux qu'on estime
minables ? Les deux à la fois comme exutoire ? Des points d'interrogation hautement symboliques car les questions n'en sont pas, c'est bien trop dangereux d'y répondre. Je lâche le texte, j'ai envie de faire pipi.

 

18 août

Mes nuits sont hurlantes. Toujours la même chose. Accidents de voiture, de camion, de tractopelle, de bulldozer, de train. Avec variantes tout de même. Re-énumération : collisions frontales, chutes dans des ravins, perte de contrôle du véhicule, écrasement, décapitation, voire même un wagon de train qui me tombe dessus parce qu'il a perdu l'équilibre du sommet d'un immeuble de 26 étages, en feu bien entendu. Variantes : Quatre-Ailes, Maseratti, Piaggio, Polo, tout ce qu'on veut tant que c'est sur quatre roues et que ça peut s'écraser bien violemment sur une Route de la Mort
numéro IV.

A cela, sommeil ravagé. Si je pouvais me contenter de crever en silence, ce serait bien. Mais voilà, je me sens beaucoup mieux si la boulangerie 17 maisons plus loin est au courant du drame. Je peux m'efforcer d'avancer plein de "pourtant" : (je conduis comme un papy, je ne conduis presque pas, je n'ai pas peur de crever, je suis habituellement silencieux voire apathique), le fait est là, je crie, je hurle, je gueule, je vocifère, j'éructe. C'est l'éruption d'un volcan, cerveau en implosion et poumons en extraction, cauchemars chroniques et délirants, réveils en apnée, presque mort. Il s'en est fallu de peu...

Pitié. Oui. Autant je me fais pitié, autant j'ai pitié pour vous que je ne cesse de réveiller à trois heures du matin. Le village allume les lumières, quelque part un voisin fatigué maugrée : c'est encore l'autre con qui s'est fait renverser par une deux chevaux.

D'après une recherche, la seule source sérieuse qui parle des accidents de voiture (et d'une situation vraiment chronique) place l'interprétation dans ces quelques mots :

Dans ce rêve, le protagoniste exprime la crainte de ne pas réussir à se contrôler dans la conduite de sa propre voiture. L'auto en rêve est très liée á la perception du contrôle que nous réussissons à exercer sur nous mêmes. Ceci est dû au fait que dans la vie de tous les jours, l'auto a assumé pour les hommes une signification toujours plus grande : elle représente un prolongement de nous-mêmes ; un instrument de notre autonomie. On peut grâce à elle se déplacer où l'on veut et quand on veut. C'est surtout un symbole de liberté et d'indépendance.

Donc, dans ce rêve l'impossibilité ou la difficulté de la contrôler représente la crainte de ne pas réussir á conduire soi-même sa propre vie. Voiture hors de contrôle : la vie est-elle trop intense, hors de mon contrôle ? Comment pourrais-je ralentir, agir plus paisiblement et
"apprécier la promenade" ?

Je trouve ces quelques phrases intéressantes car je cherchais toujours à relier mes cauchemars aux histoires de conduite. Chou blanc. Parce que question accident, jamais rien. Là, placer l'interprétation sur un plan un peu plus symbolique me parait très intéressant, car j'ai une vie débordante et débordée, que je ne contrôle assurément et absolument pas. Que dire ? Des
excuses ? Oui mais si je ne fais pas trente deux mille choses à la fois, je me fais chier et j'ai l'impression de ne pas exister. C'est complètement vrai... Est-ce que je suis capable de lister tout ce que j'ai "en cours" ?
Laisse tomber ! C'est la panade, le marasme.

Je suis sur-actif, je ne m'ennuie jamais. J'ai toujours une casserole sur le gaz, des études en cours, cinquante mails de retard, deux promesses que j'ai promis et que j'ai promis et que j'ai promis, vingt-deux projets passionnants, une haine viscérale des huit heures par jour chez mon employeur (en attendant, c'est huit heures par jour) et... il faut que je téléphone à mon Bernardounet chéri et puis j'avais dit hier qu'il faut quand même se grouiller de visiter l'usine d'ammoniac avant qu'elle soit rasée. Quoi ? Ah oui, j'ai toujours pas été à la poste.
Et quoi... Ca me plaît.

Mais le corps se révolte, l'intellect ne suit plus, l'inconscient vomit sa douleur.

Seule solution, ralentir, clôturer ? Mais comment vais-je y arriver ?
C'est une montagne à gravir. Encore que non. Une montagne à gravir, c'est un défi et j'adore ça, je vais m'entraîner pour en grimper cinq des montagnes comme ça, écrire un ouvrage sur les méthodes pour se surpasser, faire les photos de l'exploit et aider dix autres personnes à faire encore mieux.

Purée de pois...
Quand je pense que juste quelques semaines auparavant, je tenais dans les mains un article sur l'heuristique, qui parlait pratiquement de ça, qui proposait (et propose) des solutions qui tiennent la route... J'ai du travail à faire sur mon fichu caractère de merde et là j'en suis sûr, c'est le genre d'épreuve à laquelle je ne suis pas habitué.


tchorski
Quelle belle écriture limpide...

19 août

Luc a appelé à propos du livre sur les souterrains, qui devait sortir fin octobre. La situation est encore un peu confuse. On aura des nouvelles dans un peu plus d'un mois. Il semblerait que le projet soit un peu moins catastrophique que ça en a l'air. Il faut attendre pour les certitudes. Six semaines et on saura où on est édité.

Par rapport au texte d'hier, toute isolation de problème appelle sa résolution, d'où des résolutions (pas de nouvelle année mais presque). Changer fondamentalement serait un leurre, donc je crois que quelques chatouillis et gratouilles seront plus bénéfiques.

1 / Les cauchemars interviennent essentiellement dans des périodes de stress et aussi étrange que ça puisse être, après le stress. Je suis quelqu'un qui se sent très rapidement débordé. Il ne faut pas grand chose pour que je me sente paumé. Donc je vais m'en foutre.
Comment dire... Pour le commun des mortels, ça a l'air normal de se foutre éperdument des problèmes qui l’entoure. Au contraire, je ne m'en fous pas. Dès qu'il y a un truc qui ne va pas, je suis interventionniste. J'ai envie d'aider pour que ça aille mieux.
Etant donné que ça déborde, parce que le plus souvent ça ne me regarde pas (de la machine à café qui est vide à Jocelyne qui désespère de ne pas trouver de "mec" en passant par la vendeuse de pâtes du magasin vert, qui était effroyablement dépressive), ça va être très très dur, mais je vais m’en foutre éperdument (aussi).

2 / Le web permet une immédiateté et une foule de possibilités. Je suis tombé dans le web parce qu'au contraire des bibliothèques ou des archives, je trouve tout ce dont j'ai besoin, même les techniques d'extraction du coticule dans le salmien, même les dimension de coupes et les méthodes de doucissage, tout ça sans aucune limite de merde (argent, temps, horaires, humeur des cons qui en ont marre de tenir les archives et humeur des cons qui en ont marre des cons). J'ai fait du web mon quotidien. Trop parce que j'en suis dépendant. Donc outre les recherches que je n'interromprai absolument pas, je vais un peu calmer le jeu sur l'aspect ludique et immédiat des mails et autres messageries instantanées.

3 / Pas forcément faire moins mais faire mieux. Allez Vieux, reprend le texte que t'a envoyé Christie… Je m'impose l'obligation de faire des listes de choses à faire, de classer en ordre d'importance, de mettre un peu partout des "Est-ce vraiment nécessaire ? Est-ce que je m'éparpille". Ce sera chiant mais au moins pour un temps, ça me permettra de me structurer (restructurer), de mettre des limites là où je vais franchement trop loin dans la connerie.

4 / Dans le même ordre d'idée, je vais m'imposer un truc un peu pénible. Je suis extrêmement anxieux. Du coup avant de dormir, je ressasse mille fois la journée, je reconstruis mille fois ce que je vais faire le lendemain. Est-ce bien nécessaire ? Pareil : liste, papier et basta. Je vais m'imposer de penser à des pâquerettes, des trucs calmes, des bazars qui n'ont surtout rien à voir avant de dormir. Ca m’aidera peut-être à retrouver le sommeil ?

5 / Le travail me ronge ? Jusqu'ici, j'ai fait preuve d'une violence qu'aucun collègue n'a osé. Et pourtant, le personnel a été entièrement renouvelé tellement tout le monde est viré. Qu'est-ce qui a changé ? Allez, soyons honnête... Rien.
Alors je vais redoubler de violence, leur pisser au cul à ces sales cons, ils vont bouffer ma rage, je vais leur arracher les dents de sagesse avec des pinces pour les rails, je vais les désinfecter avec du cyanure dilué à 0,05 % pour qu’ils aient le temps d’avoir mal et de se sentir crever, bâtards. Et quand ils seront morts, je découperai en morceaux leurs membres que je donnerai en pâture aux rats.
Non non rien de ça. On me demande des choses révoltantes ou bien je vois des choses qui sont révoltantes ? Je m'en fous. Je ne bouge plus mon cul pour eux. Juste ce qui est dans ma fonction et dans les limites de l’acceptable.

6 / Du point de vue des souterrains, il faut bien que j'avoue que je stresse pour les autres, j'en profite mille fois plus seul, même dans des trucs de merde (Martelange par exemple). Pourquoi ? Parce que c'est toujours moi qui prépare les expéditions et comme je suis meneur, je me sens responsable de la visite, je suis responsable de la perte de temps si c'est un trou de merde.
Ca va être dur de dire stop, mais je vais moins préparer. C’est d’ailleurs quelque chose que j’ai déjà commencé, notamment sur le Massif Central…

7 / Oui je suis différent. Tout le monde est différent des autres. Je suis peut-être un peu plus sur la planète Mars, juste parce que j'appartiens à une culture ancienne (périmée) par rapport à ces gens plongés dans les dernières technologies.
Je me sens coupable, complexe d'infériorité. Bon et bien on va mettre un peu d'acceptation là dedans. De toutes façons, est-ce que je changerais pour leur faire plaisir ?

8 / Le stress de la possession, intrinsèque à tout ce qu'on risque de perdre. Je suis traumatisé par la perte : multiples vols étant enfant. Du coup, limiter la possession au strict essentiel. C'est un problème pratiquement réglé.

Avec ces huit résolutions, il est évident que mon quotidien va énormément changer. Non je n'attaque pas les mille millions de projets en cours. J'ai trop besoin de cette effervescence perpétuelle et cette volonté d'aller plus loin. Non, « je cherche », mon univers navigue dans ces informations perdues, à remettre à jour dans des chroniques sur des souterrains dont tout le monde se moque. Ca me justifie jour après jour. Sans ça, je n'ai plus qu'à devenir footballeur…

Je suis un cul de jatte qui n'est pas capable de vivre dans la simplicité. Même pour respirer, je trouve encore des problèmes. Mes huit résolutions sont ultra rébarbatives mais tout au moins, j'ai trouvé me semble t'il un point de départ à l'amélioration. Pas tout, juste un peu.

Petit PS du matin : la nuit dernière, gros cauchemar. J'étais pilote d'un avion et j'ai du attérir sur une nationale en Bosnie. Il y avait des fils électriques partout et des camions très gênants. Ca a été difficile mais ça s'est bien passé, je me suis réveillé et j'ai stoppé l'avion sur un parking de supermarché.

 

Certains imaginent que pour se mettre totalement à nu sur le web, il faut raconter ses frasques sexuelles. Or le cul précisément, il se peut que ce ne soit pas une priorité. Les textes dévoilent le coeur de l'intimité au travers d'un quotidien entièrement relaté : sans les fesses, comme on dirait "sans les mains" avec un vélo, et pourtant ça roule.
(sous forme d'une citation)

20 août

Migala, en voilà un groupe bizarre. Tour à tour classé comme musique à part, musique intellectuelle, musique indie, il n'y a pas grand monde qui arrive à se mettre d'accord sur ce qu'ils font. D'un certain côté, ça se comprend, c'est vraiment un style hors norme. Au début, l'écoute grinçait un peu, j'avais du mal à accrocher. Aujourd'hui, sur l'album "La increible aventura" (oui c'est un groupe espagnol), je suis manifestement conquis.

Ils pratiquent un rock tout à fait classique, voire même banal. Ce qui est étrange, c'est que là dessus, ils ajoutent des ambiances naturelles, lentes et communes. C'est à dire que durant tout le morceau (El Gran miercoles por exemplo), on trouve un bruit de fond avec des vagues sur des galets, encodées avec des mp3 de très mauvaise qualité. Ca construit un son confus dans lequel on se retrouve immanquablement. Des bruits de forêt ou de gens au loin, c'est forcément du vécu... La musique ressemble à ce son lointain que l'on entend lorsqu'on colle un coquillage à l'oreille.

Une découverte incontournable ? Certainement pas. Mais tout au moins, on leur doit la reconnaissance d'avancer dans une voie largement hors des sentiers battus. C'est courageux et ça mérite une attention toute particulière. Les anciens albums "Restos de un incendio, Arde, Asi duele un verano" sont beaucoup plus classiques, moins bien construits et relativement dépressifs. On dirait que le dernier album marque un changement de cap et malgré les constantes, une recherche dans une nouvelle direction. Des sons nocturnes d'une Espagne gelée, un contenu qui remonte franchement le niveau du rock espagnol.

Matin de pluie, j'ai plus de quinze jours de journal rédigé en avance. J'ai tout archivé. Ca ne sert à rien, je n'écris pas un roman mais une vie...

 

21 et 22 août

Brocante de Temploux, pfiou quelle aventure... C'est un petit village près de Namur qui au courant de deux jours s'anime d'une brocante pour collectionneurs et d'une grande brocante nocturne, d'une durée de 24 heures pour les plus courageux.

Tout commence chez notre Bernardounet préféré à Floreffe. Ca fait comme anachronique de voir Jean-Paulounet à la même table que mes parents. Tout s'est bien passé. Après le repas de midi, nous partons pour Temploux par des toutes petites routes vraiment cabossées. Comme en début d'après-midi, ce sont les collectionneurs, tout est hors de prix : une plaque émaillée des Potasses d'Alsace, soit disant 800 euros. Pareil pour les lampes de mines, les pourries à 50 voire 70 euros, les bien à 120 voire 320 euros. Excusez-moi, les couvercles de plaques chauffante là, c'est pas le modèle qui a appartenu à Charlemagne ? Ah pardon, je ne savais pas qu'il ne fallait pas toucher. Ah oui, 25000 euros parce que c'était à Clovis VI, Roi Teutonique des Ottomans Turkmènes ? Oui bon ok...

Plus tard dans la soirée, quelques trouvailles -l'essentiel- mais rien de tout à fait exceptionnel. Ma maman a rempli le coffre de la voiture, elle était enchantée et disait être prête à chiner toute la nuit (ihih, bonjour la tête de mon papa !)
La soirée se termine un peu moins tard que prévu, au milieu de Djeunz complètement bourrés qui vomissent dans les fleurs et s'appuient sur les murs de l'église en recherche d'équilibre. Mouais, on va vite déguerpir hein...
Sur la route, un gars pinté jusqu'à l'os manque de peu l'accrochage. Oui ce n'est pas bien rassurant toutes ces bêtises bon marché.

23 août

Chère propriétaire, toi et tes deux filles, j'ai essayé de vous vendre à Monsieur Alliou (Retour de l'Être Aimé, tu lui manquais), ou au moins vous échanger contre des chameaux. Même un seul ça irait. Il n'a pas voulu. Je crois bien que si j'essayais de vous vendre comme putains dans le Bronx, j'aurais encore des difficultés. Hey "Pau", tes gars ils étaient saoulés cette nuit, ils ont marché sur Bobby et sont tombés dans les escaliers en se marrant. Ils auraient pu se tuer au moins. Je croyais que c'était un cambrioleur. Et puis ils auraient pu zigouiller Bobby aussi. Trois heures du matin moi pas content au téléphone hein... J'ai du vous interrompre juste au début de la copulation - oh quoique vu le genre de personnage qui était là, c'était déjà probablement fini en fait, même à quatre l'un après l'autre.

Moi déterrer Hache de Guerre. Chez vous "Pau", on n'est pas intellectuelle de mère en fille. Ca se transmet génétiquement. Vous allez comprendre rapidement que le sommeil est un besoin primaire. Je vais montrer votre scalp en public, je ferai la danse de la pluie tous les matins à six heures sous votre fenêtre ouverte, j'invoquerai les dieux des orages menaçants pour troubler votre sommeil si doux. Vous ne savez pas comment je chante (bien) la ritournelle, cette si douce chanson de mes ancêtres "Aômawok anao ungu ungu woo", c'est du yoga vocal. J'aurais préféré les chameaux (même un seul comme je le redis), c'est plus agréable que vous "Pau". Croyez-moi très chère, je vais m'occuper de votre cas, je suis dentiste. Comme le dit si bien Seb : Entre la guerre et le sommeil, je choisis le sommeil. Bonsoir "Pau", je vous aime. Bonsoir "Pau", vous êtes belle comme ce chameau que je n'ai pas. Si vous criez ainsi, ce sont les dents de sagesse. Je peux arranger ça. Les Astres ont ce qu'il faut.

tchorski

24 août

Bein voilà, maintenant tu vas pleurer, parce que le recommandé que tu vas recevoir est très méchant. Tu l'as cherché. Ca ne me gêne pas que tu aies quatorze ans dans ta tête, tant que ça ne s'entend pas à trois heures du matin, tout ça parce que dans tes veines, il reste un peu de sang dans ton alcool. Le premier jour que tu m'as vu, tu as dit que j'avais l'air gentil. Maintenant tu es déçue. Je suis un mauvais copain, parce que je ne suis pas gentil du tout. Tu n'as qu'à donner ton préavis, c'est ce que tu vas me dire. Ca t'arrangerait bien de trouver un nouveau pigeon, surtout un qui n'est pas intellectuel, parce qui se ressemble s'assemble. Je n'essuierai pas tes larmes. Va plutôt dormir, parce que toi aussi tu te lèves très tôt. Ce n'était pas six heures que tu m'avais dit lors de l'emménagement ? Oh oui c'est dur hein. Comme les gens sont méchants...

 

25 août

Si ma carte heuristique consiste à tout virer afin d'obtenir une jolie feuille blanche, ça va aller vite. Ce n'est pas vraiment un but sain. Derrière se cacheront mille tâches que je me refuse de lister. Refus parce que je réalise à contre-coeur ? Bof bof, oui et non. Il est certain que je navigue dans pas mal d'endroits qui ne sont pas ma place, mais c'est peut-être là justement que l'on arrive à discerner où se trouve son propre chemin... J'ai la tête en Bosnie et chaque instant libre se consacre aux recherches, ou bien même encore plus simple, apprendre deux trois phrases de bosniaque afin de leur être agréable. Ah... dans 10 jours j'y suis. Quelle attente, quelle impatience ! Pour la carte heuristique, je me base sur Kartoo, ce moteur de recherche que je connaissais bien et dont je ne soupçonnais même pas l'intérêt. Je suppose que tout cela prendra un aspect bien plus concret après le voyage, parce que finalement, ce séjour représente une coupure. Tout s'arrête et tout reprend après.

La Bosnie, ah ça va être chouette ! Enfin je dis ça, c'est l'aspect que ça donne. Malgré tout, la guerre et les blagues vaseuses sur les serbes, on en a soupé (surtout venant d'européens ne connaissant pas la géographie fragmentée des Balkans). C'est comme Dutroux en Belgique, un peu du genre "oui bon merci, on passe à quelque chose de plus intéressant ?" Il est vrai qu'il y a eu de nombreuses souffrances et les problèmes sont encore bien présents, notamment le sujet difficile du jugement des criminels de guerre, mais j'ai l'impression que les gens ont envie de passer à autre chose, recommencer, revivre. Le parcours sera lent, rural, rempli d'inconnues. De Bihac à Neum en passant par Sarajevo et Mostar, ça fait une traversée du pays. Je n'irai pas à Srebrenica. J'espère que cette incursion sera remplie de découvertes agréables.

 

26 août

tchorski

Votre mission, si vous l'acceptez, sera de parcourir la distance Boitsfort - Gare du Luxembourg en 13 minutes. Vous avez bien entendu raté votre train de justesse, vous l'avez vu partir sans ciller. Cette cassette s'autodétruira dans 15 secondes. Vous faites le bilan de vos connaissances des transports en commun et vous murmurez à maintes reprises : ah quel con ! Finalement, vous vous retrouvez dans un tram à destination de l'inconnu, partout mais pas là où vous allez. Vous gardez votre sang froid.

Sortie et hop, cours Forest, cours. Un combat peu ordinaire, n'étant pas trop Running Man dans l'âme. Un autre train attrapé parce qu'il était en retard et arrivée à bout de souffle au Caprice des Dieux - soap opera happy end. Quand on a pas de tête, on a des jambes. Quand on a pas de jambes, on a la démarche du héron. Sans oublier bien sûr comme livre de chevet l'incroyable ouvrage de Pierre Bottero, Le garçon qui voulait courir vite. Paysage connu et incroyablement lent. Un grand verre d'eau s'il vous plaît.

Finalement, je me sens beaucoup mieux. Ma carte heuristique ne sera pas entièrement vide. Amélioration, ligne sinueuse pour faire bien, ouvrir mon lit le matin. Voilà la source des cauchemars. Les lits fermés c'est bien connu, c'est extrêmement nocif. Prochaine amélioration capitale : ligne sinueuse, ne plus butter dans le déshumidificateur quand j'ai envie de faire pipi la nuit. Résolution difficile : traversée du lit en transversal et parcours du combattant dans les collines bosniaques. Votre mission si vous l'acceptez...

 

27 août

Je croule sous les demandes de parisiens cherchant des souterrains parisiens. Il faudrait peut-être que j'écrive en disclaimer un peu partout : Chers Petits Loups, j'habite dans un village de Belgique loin de chez vous, et vous êtes mieux placés que moi pour chercher des petits souterrains dans votre région. Ce n'est pas que je ne veux pas vous répondre, mais je ne suis pas ce qu'il y a de plus compétent. Non ?

Pour reprendre l'algorithme de fonctionnement de ma petite existence, me voilà donc à nouveau plongé dans le creux de la vague. Un voyage prêt - enfin l'essentiel - et hier soir la grande feuille blanche. Je n'avais que la vaisselle à faire. Ouh, quel programme chargé ! Mais il faut reconnaître que je suis à plat à cause de la propriétaire (pas de nouvelles bonnes nouvelles ?) et que je me sens bien incapable de partir sous terre ce week-end. Peu importe, les études ne sont plus urgentes actuellement. Nettoyer la cave, récurer le bol de Mousty ? Qu'est-ce que je vais trouver comme connerie qui paraisse utile ? C'est bizarre, avant le départ en Estonie, j'étais complètement sous pression. C'est bien plus agréable comme en ce moment. C'est peut-être les efforts qui portent leurs fruits ? Pas de cauchemar depuis le 22 août. Mmmmousty ? Rrrô oui tu veux des câlins mon petit chat...

 

29 août

Mmmmousty est malade. Il ne mange même pas ses croquettes fourrées. Vaines tentatives au Suprème des Ducs bien crémeux. Non rien à faire, il n'est pas dans son assiette.
Longue journée d'ennui où je n'ai pas envie de commencer quoi que ce soit à quatre jour du départ. C'est long et ce n'est pas grave...

 

30 août

A n'importe quel moment de la journée, je peux dire l'heure qu'il est à dix minutes près. Je ne sais pas comment je me débrouille étant donné que je n'ai pas de montre. A chaque fois, j'en suis étonné moi-même. Il est 7h13 et je suis juste à trois minutes. On m'en a expliqué la raison hier. C'est parce que dans ma tête, j'ai un processus qui tourne en continu, ça compte : 1 crocodile,
2 crocodiles, 3 crocodiles, 4 crocodiles... C'est pour ça que je suis un peu lent dans la vie de tous les jours et c'est pour ça aussi que je mets un certain temps à comprendre ce qu'on me raconte.

Hier, nous avons rencontré un nouveau petit chat à la ferme. Il grondait sans arrêt, c'est à croire qu'il voulait intimider tout le monde avec force de grognements. Les Astres me disent : tu sais comment on va l'appeler ?
-Hürmpf, non je ne sais pas trop...
-Et bien Amm ça lui irait bien, il grogne tout le temps mais dans le fond il est gentil.
-Rrô, j'en ai la larme à l'oeil, je suis tout ému là...

Que des petites histoires pour un week-end vide. Rarement eu des journées de la sorte. J'en ai profité pour faire un gros ménage (ça n'a pas fait de mal) et du tri dans l'utile-inutile : beaucoup d'inutile cela va de soi. Le sac à dos est prêt, baroudeur à quelques jours d'avance. Les phrases les plus importantes sont traduites, dont l'habituel je ne comprends pas en cinq langues. Prêt. Penser à autre chose pour ne pas nourrir l'impatience.

 

31 août

Hier, j'ai été faire un petit tour dans la blogosphère (note du traducteur : lire au hasard des liens une série de blogs). Je suis très étonné de la profusion, il y en a des milliers, et franchement quelle déception. Certains ont une franche qualité littéraire, mais que dire de ces centaines d'autres relatant des faits communs du genre "fRiEnDs C'eSt TrOp De lA BaLLe" ? (et encore, je ne sais pas si je sais bien parodier l'écriture Djeunz (je fais vraiment mon vieux con là)).

Revenir à la source...
En 1989, faire du rap était franchement asocial, un travail de meneur et de recherche. En 1992, c'est devenu médiatique, l'argent roi s'en est mêlé et c'est rapidement arrivé au niveau de merde la plus infâme qui puisse être. En 1994, c'était extraterrestre de parler de mouvement Jungle. Personne ne connaissait le break-beat, des gars comme Roni-Size réinventaient une musique en partant de zéro. En 1998, France Telecom a utilisé le concept pour une pub et hop... tout le monde s'engouffre dans la brèche. Aujourd'hui, la jungle est une merde turbo-médiatique, lamentable et répétitive.

En 1999, quand je mettais en ligne le journal pour la première fois sur internet, alors seulement accessible dans les universités (bonjour la facilité d'accès pour un petit con comme moi !) on m'a regardé comme un lémurien aphone. Diffuser à tout vent ainsi, mais quelle idée ? Aujourd'hui, je constate que le grand média s'est emparé de l'esprit blog. En jetant un oeil sur les majors francophones, on se rendra compte que techniquement ça tourne sans conteste, mais dans le fond c'est souvent la même chose : un ramassis d'ordures et de faits réellement inintéressants.

Fidèle à moi-même, je devrais arrêter ce journal ; non je ne veux pas qu'on m'assimile à ce flot, ce courant de mode dans lequel plongent les ados tout simplement parce qu'on en parle partout. Oui mais réagir aussi bassement, c'est nier ceux qui écrivent de belles choses originales - même des ados d'ailleurs. Seules solutions : ignorer, continuer d'écrire pour soi et rien que ça, chercher à se démarquer, vouloir l'excellence (même si on y est pas, c'est tout au moins un joli but), ne jamais lâcher ses idéaux, surtout celui de la-vie-est-écriture. En quelque sorte, puiser sa vie dans le néologisme : le syndrome de Krzyzanowski, écrire même si ce n'est pour rien, l'écriture prévaut le jugement. Ces réflexions du coin de zinc me font penser à un fait tout simple, ne pas faire de musique tout simplement parce qu'il y en a déjà plein qui en font ? Ce serait assez stupide et je nage dans le même ordre d'idée. Le problème, c'est que j'ai toujours voulu être outsider et le meilleur (non non je n'en ai pas marre de me casser la gueule). Heureusement, il me reste la photo minière et pour ça, j'ai quelques longueurs d'avance. Je m'empêtre dans l'ordinaire et je m'engouffre dans ma propre brèche, celle d'être présomptueux. Je me désire comme une écriture attentive, voulue particulière et déphasée. J'espère cela comme un idéal - bien dur à tenir pour l'esthétique légère (mais obstinée) qui m'habite.

Petit tour dans la blogosphère donc et quelques découvertes sympathiques malgré tout. Oh oui c'est curieux que Claire Denis la cinéaste puisse faire des adeptes, chouettes dessins intimes à main libre chez l'une, Brot Brot et calins chez d'autres. Oui heureusement, quelques-uns remontent le moral - on leur en serait presque reconnaissant.

 

 

tchorski
Voici le trajet approximatif qui sera parcouru à travers les campagnes de Bosnie
ce mois ci, de Bihac à Neum en passant par Sarajevo la Belle. Le cheminement vers Tuzla, c'est si le temps le permet, ce qui est loin d'être une certitude... Le fait que nous allions peu en Republika Srpska n'est pas volontaire, c'est juste le hasard des routes.

 

1er septembre

Constat d'avant départ que je me dois de faire, je pars à Sarajevo dans trois jours, pourquoi ce choix ? J'avouerais qu'étant plus petit, cette destination me passionnait à cause du conflit, tout comme la Chechnya (Tchétchénie pour les francophones) était un lieu qui m'attirait à cause du bourbier politique que ça représente. En réalité, je crois avec force de certitude que présent là-bas, je me gerberais dessus au bout de deux heures et haïrais toute idée de combat. Aujourd'hui, dans un regard recherché comme plus abouti, je pense que je vais en Bosnie pour la richesse des gens. C'est un lieu complexe.

Sarajevo évoque tout sauf un lieu de vacances. Lorsque je parle de cette destination, j'obtiens soit un regard vaguement étonné, soit un sourire moqueur, soit une véritable interrogation. Cette dernière catégorie de réponse est la plus intéressante. Pourquoi aller là ? Il est sûr que ce n'est pas un voyage facile. Si vous préférez les plages calmes et ensoleillées sans rien à penser de la journée, il est certain que la Croatie est mille fois plus adaptée, surtout la Côte Dalmate. La Bosnie est un pays de questions. Si j'y vais, c'est justement pour les vivre et pour les apprendre. Ce ne sera pas un repos de l'âme. Je ne la connais pas, mais cette contrée semble crier ses interrogations tant elles sont prégnantes dans la vie quotidienne.

Constat d'avant départ, la Bosnie n'est pas un pays. Non, vraiment pas. Je ne vais pas dire que les frontières sont découpées comme des tartes comme au Soudan ou au Niger, mais ce sont des frontières qui ne veulent rien dire. Historiquement, l'ex-Yougoslavie était un mélange profond de cultures, une mixité totale de confessions religieuses et d'appartenances ethniques. Ca a toujours existé, cohabitant plus ou moins bien. Des croates plutôt catholiques, des serbes plutôt orthodoxes, des bosniens plutôt musulmans (bosniaques), puis une importante minorité albanaise (Kosovars) et des slovènes un peu hors du jeu. Un beau bazar, rassemblé autour de la personnalité charismatique de Tito. En 1980, il meurt, laissant derrière lui quarante ans d'équilibre précaire mais maintenu. Là dessus arrive Milosevic, prônant une politique pro-serbe et nationaliste.

Que s'est il passé ? Au fur et à mesure, Milosevic n'a pas réussi à retenir les conflits. Bien pire que ça, il les a attisé avec des propagandes et des manipulations médiatiques afin que les serbes gagnent de l'indépendance dans la Krajina. Je ne cherche pas à couler Milosevic. J'ai l'impression que c'est un simple politique un peu limité à ses propres intérêts, il cherchait à défendre une unité culturelle au dépend des autres, les vrais criminels sont Veselin Vlahovic, Radovan Karadzic, Ratko Mladic (...) ayant mis en oeuvre des massacres et des camps d'extermination.

Au fil des mois, les majorités tentent d'expulser les minorités afin de définir des entités culturelles ethniquement pures. Si la Croatie et la Serbie y arrivent presque (à l'exception donc de la Krajina, du Kvarner et de Vukovar), c'est un bordel sans nom en Bosnie. Tout est mélangé. Après migrations, réfugiés, massacres et camps de concentration sur lesquels je ne souhaite pas m'étendre, les accords de Dayton ont défini la Bosnie dont le tracé est inchangé depuis 1995. Un plan de paix plutôt inopérant et donc des frontières bâtardes.

La Bosnie est divisée en deux entités, la Fédération de Bosnie-Herzégovine (Bosno-Croate) et la Republika Srpska, plutôt serbisante. Cette ligne de partage ne définit pas une rupture profonde. A l'intérieur des cantons, c'est encore multi-ethnique à n'en plus finir. Est-ce un mal ? Non bien au contraire, enfin je ne sais pas... Donc si la Bosnie n'est pas "identifiable" en tant qu'entité culturelle unie, pourquoi ce choix ? Que peut-on apprendre de la multi-culturalité ?

J'ai rêvé de ce pays parce que c'est là que s'avouent le mieux les contradictions et les espoirs de ces peuples slaves. La Croatie ne rêve plus que de l'Europe, la Serbie quant à elle ne m'est pas permise pour simple raison administrative. La question actuelle en Bosnie, ce n'est pas la guerre. De partout on le lit dans les bazars un tant soit peu mis à jour : non pitié, on oublie ce massacre. Les interrogations, ce sont le retour des réfugiés. Les chiffres sont variables mais en gros, plus de la moitié du pays a déménagé de force, 200.000 sont encore réfugiés et ne reviennent pas à leur ancien village. Trop difficile, ils savent bien qu'ils seraient rejetés, notamment la poche musulmane de Srebrenica. C'est dire comme tout le monde vit dans la peur de l'autre, Mostar en est le meilleur exemple...

Mais alors la Bosnie est prête pour un retour à la guerre puisque rien est résolu ? Ca pourrait presque, mais non. A vrai dire, une économie si ravagée et tant de morts accumulés, on ne peut pas dire que rien est résolu. Il y a des traces qui ne s'effacent pas. La Bosnie ne repartira pas sur la guerre malgré le statu quo, surtout à cause du dégoût engendré par la violence, mais les questions d'ethnies ne finissent pas de griffer ce pays déjà à sang. De ce côté là, il n'y a pas eu de miracle (peut-on se permettre de parler de miracle dans un concert d'enfer comme cela fut ?) La mixité est une chimère. Les croates par exemple tentent de différencier leur langue, ils inventent des mots et des expressions. Les nationalistes trouvent n'importe quel prétexte pour argumenter dans un sens ou dans l'autre, accusant les autres surtout.

Alors, grande question, pourquoi financer à grand frais la multi-ethnicité et le retour des réfugiés puisque c'est un risque potentiel de violence ? Pourquoi ne pas chercher plutôt à constituer des cantons unis ? Parce que ce serait raciste ? Je ne sais apporter de réponse, ni sur le fond ni sur l'aspect ethnique. Que veulent les gens là-bas ? De quelle paix rêvent-ils ? Comment voient-ils leur nationalité à ce jour ? Dans une religion renforcée à outrance, dans une artificialité de "nation bosnienne", dans un rêve inavoué de sécessionnisme ? Voilà mes questions. Je ne sais pas si je saurai l'apprendre dans les ruelles tortueuses de Stari Grad à Sarajevo autour d'un thé à la menthe, mais c'est là ce qui m'attire. Qui sont ces bosniens aux mille facettes, quels sont leurs question d'avenir aujourd'hui ?

 

2 septembre

Les photos de Bosnie serviront au "Courrier des Balkans", un journal que j'aime beaucoup. J'espère réussir à leur construire un reportage authentique, un document où les bosniens pourront se reconnaître : oui c'est bien nous. Beaucoup d'espoir et la joie de participer à un beau projet. Derniers préparatifs, peu de dernière minute, la toile du sac à dos est tendue à bloc. Vite vite boucler les derniers courriers, est-ce que j'ai bien tout terminé ? Certainement non et ce n'est pas grave. Demain je dormirai probablement à Rastovać a, prêt pour de nouvelles aventures, partager le ciel nuageux d'un ailleurs un peu méconnu. En belge, on dit "Allez, à tantôt".

 

3 septembre

Une journée de transfert plutôt tendue dans l'ensemble. Un départ un peu après midi de Rixensart, il faut être à Plitvička Jezera le soir même, autant dire que ce n'est pas gagné. Le départ se fait sur du retard, heureusement tout est bouclé à temps. A Zaventem, l'avion est un Airbus A320 classique, estampillé aux couleurs de la Croatie. Il passe au dessus des montagnes d'Autriche et franchement ça donne bien envie. Arrivé à Zagreb, l'aéroport donne un peu une impression de terminal de campagne. C'est tout petit et le contrôle est immédiatement près de la sortie. C'est loin du grand Zaventem...

Premier "Dobar Dan" et nous voilà au départ de la course vers Plitvice. Un bus spécial fait la liaison de l'aéroport à la gare des bus de Zagreb. C'est relativement hors de prix. L'autobus sillonne la grise banlieue de la capitale, promenant ses roues dans de larges avenues balayées par le vent, égrenant les uns après les autres les vastes immeubles gris staliniens - paysage statique, rationnel et peu souriant. A la gare des bus, après un peu d'incompréhension, le constat est dur : le bus pour Plitvice est loupé à deux minutes près. Il faut attendre le suivant, bien plus tard. Enfin, il en reste un accessible à une heure raisonnable. En attendant, de longues minutes "goûter" dans un parc juste à côté seront un régal. Des dizaines d'enfants jouaient, dont une petite de quatre ans qui faisait le terrible-sanguinaire-méchant-monstre, Rrra !

Heure dite, le chargement du bus se fait sur des engueulades peu cordiales. En fait, il n'y a pas assez de place pour tout le monde et certains cherchent à discuter la place avec le chauffeur. C'est peu plaisant. La route se déroule à toute vitesse, la chauffeur va bien trop vite (ça me vaudra d'ailleurs un cauchemar hurlant la nuit même). Vraiment difficile de savoir où s'arrêter dans cette campagne toute noire et dans la nuit. Heureusement, le chauffeur fait signe et tout va bien.

Plitvička Jezera est un minuscule village de Croatie. Le logement pour la nuit est situé le long d'une route vraiment sombre et peu évidente à localiser. Heureusement, tout se passe bien et avec un peu de chance, c'est trouvé en quelques instants. C'est une grande maison dont quelques chambres servent de sobe (ce mot signifie chambre). Avant la nuit, un doux thé à la mente et du sirop de pêche. Hormis le cauchemar, une nuit très calme au rythme des cigales.


4 septembre

La journée d'hier était surtout dévouée au transport, aujourd'hui, c'est la vraie première partie du voyage, réveil à six heures. Le petit déjeuner est servi avec du café turc. Je ne savais pas que c'en était. J'ai touillé et bu immédiatement. Pooouah, quelle horreur !! Plitvice est un lieu ultra-renommé parce qu'on y trouve un complexe hydrographique étrange et intéressant. Dix-sept lacs s'entremêlent le long de retenues et de chutes, un paysage souvent très beau. La plus grande chute fait 75 mètres de hauteur.

L'eau est d'un vert-bleu vraiment très violent. C'est expliqué (apparemment) par les planctons qui de par leur prolifération produisent une grande quantité de CaCO3. L'eau se sature et prend cette coloration vraiment bizarre. Le paysage est préservé, naturel, coupé de dizaines de kilomètres de ponts en bois. Les eaux sont limpides, quelquefois tumultueuses et gorgées de poissons (gourmands), les fonds sont constitués d'algues concrétionnées en tufs et travertins. On a également vu une tortue aquatique. Un lieu où je n'exagère pas en disant que c'est magnifique. Par contre, il y avait vraiment trop de monde, cet aspect là était franchement désagréable. Je conseille d'y aller en avril-mai, ça doit probablement être plus calme.

Le grand lac est traversé par des bateaux. A un moment, il en est passé un où les gens chantaient un cantique (?!) Après une bonne journée de marche bien crevante, nous décidons d'aller à l'office du tourisme pour tenter de savoir comment il est possible de rejoindre Bihač, ville située de l'autre côté de la frontière, en Bosnie. La question semble embêter ou déstabiliser la madame. Finalement, elle nous apprend qu'il n'y a pas vraiment de transport en commun, les bus partent de Karlovac (ce qui est rudement loin, la galère...) On est quand même venu pour la Bosnie, comment faire ? Finalement, après quelques instants de gêne, elle nous dit qu'elle va arranger ça, qu'elle nous dira quoi ce soir, sa collègue renchérissant : vous habitez chez elle. En fait, cette personne était notre logeuse et nous ne l'avions pas reconnue. Pouh, la honte !

Au soir, une petite promenade sur les environs de Rastovaća, ça ressemble à Delnice, ce village que j'avais visité l'hiver de je ne sais plus trop quand. Au loin et très brièvement, on entend les loups qui incantent la lune. Tout à l'heure, il y avait des flics croates qui semblaient embêter le conducteur d'une voiture bosnienne. Je me mets vaguement à pester comme quoi c'est honteux. En fait, le monsieur n'arrivait pas à démarrer et les flics aidaient à pousser la voiture. Je suis une bad tongue et j'ai été aider à pousser :)


5 septembre
Bihač, Nedjelja pas aujourd'hui

Au matin, nous comprenons la méprise du centre d'information de Plitvice. La logeuse sont deux logeuses, deux soeurs se ressemblant un peu. Du coup, je comprends mieux pourquoi je disais mais je te promets que je ne l'ai pas reconnue, ce n'est pas possible !! Enfin bon, passons ce douloureux évènement ! Milan (le papa) nous amène à Bihač en voiture. Prijeboj, petit village sur la route, est le dernier point avant la frontière. De nombreuses maisons sont désertées. La frontière est vraiment bizarre, tout d'un coup, la route devient lamentable et des no man's land l'entourent. Aux douanes, ils n'ont même pas regardé les papiers. Côté bosnien, les routes sont nettement dégradées, le premier village traversé (dont je ne me souviens plus le nom) est triste et vraiment démoli. Très nombreuses maisons éclatées et rues à malheureuse apparence d'abandon. Cela passe assez vite, Bihač est nettement moins glauque.

Milan nous dit au revoir et nous voilà au centre de notre premier séjour bosnien. La monnaie locale, la konvertibilna marka (ou quelquefois maraka) est introuvable en Europe, et en Croatie, on n'a pas voulu nous en délivrer : "De manière étonnante et je ne sais pourquoi, nous n'avons pas cette monnaie". Il y a un détail que nous avions oublié, c'est que aujourd'hui, nous sommes nedjelja, soit dimanche. Les banques sont fermées, ma carte bancaire est joyeusement refusée, et je peux me mettre mes kunas croates bien au fond de mon sac, personne n'en voudra. Ne Marka. Oups, comment faire sans argent dans un pays qu'on ne connait pas ?

Ah, problème ! A la poste, un monsieur vraiment gentil nous renseigne autant qu'il le peut. Après quelques recherches et grâce à lui, nous trouvons un sobe à l'allure centenaire acceptant les euros, ce qui permet de poser les sacs et c'est déjà ça. La logeuse qui doit avoir 14 ans tout au plus, fait de grands efforts pour nous faire comprendre certains détails pour qu'on s'en sorte et c'est vraiment sympa. Finalement, le change d'argent se fait dans l'hôtel du parc, près de la Una. Un grand-grand ouf quand le monsieur nous dit qu'il n'y a pas de problème. Manger + dodo, les besoins primaires sont satisfaits. Commence alors la visite de la ville.

tchorski
Les Marka de Bosnie

Bihač est une ville ayant eu une vie très mouvementée durant les dix dernières années. Les Croates ont été virés, la ville a par contre accueilli un grand nombre de musulmans qui vivaient du côté croate. La constitution de la population a vraiment changé en ce lieu. Avant, il y avait une multi-ethnicité. Aujourd'hui, ça donne l'apparence d'un lieu entièrement musulman. De 40.000 habitants en 1991, la ville accueille à ce jour 65.000 personnes. C'est un endroit intéressant à visiter car cette région, la Krajina, a eu une réputation de secteur franchement problématique durant la guerre, c'est d'ailleurs l'un des premiers lieux à s'être enflammé. Les Serbes la voulaient et ça n'a pas marché.

Après une pizza bien remontante à Jelovnik Harmanski Sokak, nous partons à la visite des rues. L'église catholique a été pilonnée, il n'en reste que la tour. Etonnant d'ailleurs qu'ils laissent ça. Des dizaines et des dizaines de militaires de la Sfor se promènent. Après quelques observations, je comprends qu'ils sont en tourisme. Ils prennent des photos, se prennent en photo, mais ne font rien d'autre. A 16 heures, on les voit partir et ensuite, il n'y a pratiquement plus personne en treillis. D'ailleurs, pratiquement tout le long du séjour bosnien, ce sera ainsi, même à Sarajevo.

Les rues de Bihač ne sont pas à franchement parler passionnantes, mais je me doute que c'est là que je verrai le mieux la vie bosnienne, les grandes villes étant plus artificielles. Des bétonneuses partout, ça reconstruit dans chaque coin de rue. Les mosquées en priorité, puis les maisons. Ce n'est pas spécialement pauvre mais on sent aussi que ce n'est pas très riche. Les Bosniens semblent attacher beaucoup d'importance à la mode, ils sont bien habillés. Ils ont moins de GSM que les Croates (oh là là dans le bus pour Plitvice, c'était un concert de n'importe quoi toutes les trente secondes). Dans le genre légende à démystifier, non il n'y a pas une Lada ou une Yugo à chaque maison. Les voitures sont normales, juste un peu plus anciennes.

La Una, la belle rivière qui traverse la ville, est translucide et parcourue par de nombreux poissons. Après interrogatoire de deux punks peureux "pourquoi personne ne se baigne ?", nous apprenons que l'eau est glaciale. Le temps de tester pour voir que c'est effectivement le cas, les punks se sont enfuis. Dans l'eau transparente, les canards semblent flotter dans le vide. Un peu plus loin et durant la seule pluie du séjour, nous nous abritons dans un grand bâtiment abandonné. On se dit qu'ils le gardent pour le réparer plus tard, dès que possible. En septembre, le Bosnien coupe le bois et la Bosnienne lave les tapis.
 
Au repas du soir (franchement mauvais), on nous propose d'aller à un festival pour danser toute la nuit, argh ! La nuit au Sobe "Hanka" est très moyenne parce qu'il y a vraiment beaucoup de bruit avec la route très passante.

tchorski
Ce que le gentil monsieur de la poste nous a griffonné


6 septembre
Jajce, Hvala British Government
 
Tôt le matin, un saut dans l'autobus pour rejoindre Jajce, ville de Bosnie centrale. Le bus est un vieux brol qui semble dater des temps de la Grèce Antique. Le trajet fait trois heures, il est intéressant. Les paysages près de Vrtoče et Bosanski Petrovac sont magnifiques. Très peu d'habitants, des landes et des hauts plateaux ressemblant au Causse Méjean. Ca semble paisible à l'infini. Les nuages se coincent dans les petites collines, comme c'est beau... Des landes qui me font encore rêver.
 
Klujč est un petit village typique moins attirant. Le passage en Republika Srpska est amusant. Effectivement, les panneaux sont soudainement cyrilliques. Les paysages ressemblent à l'idée que j'avais de la Serbie, de longues collines verdoyantes avec des maisons de temps en temps et des vergers partout. Ils font des meules de foin vraiment typiques, en forme de rouet. Arrivée à Jajce vers 10 heures, un village de vieilles pierres dont le paysage semble attirant.
 
A la recherche d'un sobe, on nous dit d'abord qu'il n'y en a pas, il n'y a que deux hôtels, le luxueux Stari Grad, entièrement rénové et un autre le Turist, banal à souhait. Au Stari Grad, la nuit est à 60 euros, ce qui est manifestement hors de notre budget. Alors le monsieur téléphone et nous informe où dormir, une de ses connaissances a une grande maison et c'est envisageable, comme c'est gentil de sa part de nous avoir renseigné... Une fois sur place, à quelques minutes du centre, nous trouverons le repos le plus agréable et l'accueil le plus convivial de tout le séjour. C'est une maison toute fleurie, remplie des tableaux qu'ils peignent eux même. Plein de représentations de Jajce, ça donne envie. Ce couple relativement âgé, je dirais 60 ans, est parti durant le siège de Jajce par les Serbes. Durant trois ans (1992 à 1995), Jajce fut ville morte. Ils ont émigré en Allemagne puis sont revenus au pays. Ils sont très nostalgiques et nous parlent systématiquement en allemand. Peut-être
repartiront-ils là-bas, ils semblent en rêver.
 
C'est une chambre assez rudimentaire mais propre, tout y est allemand ; la machine à laver, la lampe de la chambre, la brosse des toilettes ! A midi, nous prenons un Čevapi au restaurant Krisal. C'est d'un immonde rare. Un pain trempé dans la graisse, dans lequel baignent des morceaux de viande d'un gras à mourir. Ce fut difficile.
Tradition locale, comme à Bihač, les faire-parts de décès sont accrochés aux poteaux de téléphone, aux arbres, aux murs. Certains arbres sont de véritables romans ! Ca fait très local de s'arrêter et de regarder ça durant de longues minutes.

tchorski
Un faire-part trouvé par terre

Nous essayons de visiter le château mais celui-ci est fermé pour soi-disant réparation. Redescente près de la Vrbas, la belle rivière émaillée de nombreuses chutes, dont une très grande et très bruyante un peu en retrait de la ville. Des poissons, des canards et une main nourrisseuse. Un village aux rues pavées agréables, on ne s'en lasse pas.
 
Aux confins de la ville, une usine crachant une fumée intense et jaune, ça parait être un bazar produisant une pollution épouvantable. Il s'agit de Elektrobosna, groupe faisant partie (ou étant en partie lié) à Eling d.o.o. Difficile à comprendre, mais apparemment, ils produisent du ferro-silicium. A l'intérieur, trois feux au sol, rudimentaires, alimentés au charbon de bois, semblant travailler des morceaux de silice dont j'ai gardé un bloc pour faire des recherches ultérieures. Rien compris d'autre. L'usine est dans un sale état, il y a une conduite d'eau, des chargeurs de charbon, plein de points d'interrogation pour l'instant. Un peu plus loin dans la vallée, une seconde usine assez similaire, paraissant tout aussi crasseuse, fumante et polluante.
 
Le repas du soir à Pecina (Rue Bilic) est agréable : un pljeskavica. C'est une viande accompagnée de pomfrit et de poivrons. A côté du plat, une purée de poivrons avec un peu de tomates broyées, c'est délicieux. Ca semble s'appeler "ivar". Sous la table, un petit chat affamé qui se régale des restes. Nous trouverons ensuite un petit magasin où ils vendent des croquettes =)
 
 
7 septembre
 
Le petit déjeuner est vraiment maternaliste. C'est comme si nous étions les enfants de retour après une longue absence. La journée est dévouée à une marche vers Jezero, minuscule village et immense lac aux eaux limpides, encaissé au milieu de collines abruptes. Sur la route, nous nous faisons dépasser par une carriole. Les gens vont aux champs en cheval et charrette. Il n'est pas rare de voir des prairies fauchées à la faux. Soudainement, un gars nous accroche et commence à nous parler. Très dur à comprendre mais c'était sympa de tenter l'échange avec trois mots appris sur un lexique foireux.
 
Près du lac, une quinzaine de moulins à eau très anciens en état un peu incertain, ils sont en cours de rénovation. C'est original et beau, une bonne occasion pour dévorer les sendvič. Près du Malo Jezero, il y a une poubelle vraiment pourrie, ces espèces de bennes à la con qu'on met sur les camions. Dessus, marqué en gros : A gift of the british government. Oh merci Tony pour cette poubelle miteuse, c'est si gentil... La redescente vers la ville se fait le long de la canalisation menant à Elektrobosna. Tout d'un coup, ça part en souterrain, ça avait l'air chouette !
 
De retour au centre ville, je demande un kava au lieu d'un kavha. A l'intérieur, on discute avec ardeur de mon accent croate. Bande de ploucs, c'est presque le seul mot que je sais dire ! Vous auriez préféré que je vous dise un bon kaffa, avec l'accent serbe de rigueur ? (Et puis d'abord, je les aime bien les Serbes moi !)
Dans Jajce, pratiquement pas de Sfor. C'est une ville calme, sauf les bars qui font des bagarres de musique, celui qui la passera la plus fort. D'un côté, le café bosniaque qui hurle des slows turcs terribles, de l'autre côté le folk croate, tous les deux assourdissants.
 
En hauteur, Pašaga nous a fait visiter les katakombes. C'est une petite crypte souterraine esthétique dédiée au dieu Bogomil. Il n'y a pas de tourisme à Jajce, bien que ça en vaille vraiment la peine. Dans dix ans, ce sera furieux et désagréable tellement ça grouillera de monde. En attendant, c'était bien sympa comme cité médiévale. Seul ennui, les gens n'ont pas arrêté de nous regarder comme des animaux étranges. A la fin, ça en devenait vraiment pénible, l'impression d'être une anomalie, d'être porteur d'une maladie rare et incurable. Il faudra s'y habituer, vous en verrez de plus en plus des gens de passage comme nous... En attendant, heureusement que l'Angleterre était là. Ca a bien remonté l'économie, les poubelles. Il est beau leur lac. Dommage qu'on n'y a pas trouvé de canoë, ça donnait bien envie...
 
 
8 septembre
Un café turc à Sarajevo
 
C'est normal que l'on ne trouve pas de café turc dans les cafés de la ville, ils ne servent que de l'expresso. Le café turc est fait dans les maisons, un peu comme nous le faisons à la cafetière chez nous.
 
Au départ de Jajce, le trajet vers Sarajevo est long, surtout dans les environs de Travnik. Ce sont des petites routes sillonnant la montagne, pas étonnant qu'il ait fallu quatre heures pour 150 kilomètres, mais il y aura eu pire ensuite en matière de vitesse de parcours. Sur le chemin, les villages semblent moins intéressants. Une procession monstrueuse de cathos, apparemment à Turbe. Les environs de Sarajevo sont loin d'être passionnants.
 
Arrivés à la gare des bus, nous nous faisons accrocher par une logeuse. Nous acceptons. Une fois sur place, nous constatons que le logement est miteux. Une pièce entièrement vide avec des lits de camps. Tout est foireux, jusque la baignoire qui est lamentable. Est-ce qu'elle nous arnaque ou
est-ce qu'elle ne se rend pas compte ? Jusqu'au bout, je ne saurai pas dire.
Nous logeons juste en face d'une mosquée, la terrasse donne pile sur le sommet du minaret. C'est vraiment très beau. C'est le seul point positif !
 
Après un thé au clou de girofle, nous commençons la visite de la ville, un peu au hasard. C'est une cité très grande, toute en longueur, encaissée au fond d'une vallée. La ville s'est étalée et a fondé ses maisons sur des pentes très ardues à parcourir, le long de rues incroyablement tortueuses. Est-on encore dans une rue ou dans un jardin ? Parcourir 100 mètres à vol d'oiseau pour rejoindre un point particulier relève du défi d'orientation. Rien n'est plat, ça tournicote à l'infini au milieu de jardins calmes et de rires d'enfants. Une ville que j'ai beaucoup apprécié.
 
La vieille ville est en partie réservée aux souks. Ce sont de minuscules magasins où l'on vend tout ce qui est imaginable, sauf ce que tu as besoin. Les rues sont piétonnes, belles, bordéliques à souhait, pavées avec des pierres centenaires, presque millénaires, brillantes et glissantes. Et puis il y a des chats partout. Sur les toits, sous les bancs, dans les souks en train de fouiller les bazars, aux fenêtres, près des fontaines, dans les poubelles, dans les mosquées, dans les cimetières, dans les bras des gens, sous les ponts, sur les ponts, et j'en passe ! Sarajevo est une Maćka Grad. Sur la place Baščaršija, il y a des centaines de pigeons, peut-être 500. C'est agréable comme lieu.
 
Au soir, nous mangeons une assiette de légumes. Ah comme ça nous manquait ! Dans la rue Skarića, en plein centre-ville bruyant, le dodo n'est pas fameux, on s'en doute...
 
 
9 septembre
 
Encore une journée dans Sarajevo. Les hauteurs sont vraiment ce qu'il y a de plus intéressant. On y trouve peu de touristes, il faut quand même oser se les taper ces pentes ! Et c'est dans ces recoins que l'on trouve l'authenticité. En début de journée, une petite fille se met à me parler. Je lui sors le Ne Razumijem de rigueur, puisque honnêtement, je ne comprends rien. La voilà qui se met en colère parce que je ne parle pas sa langue. Etrange rencontre ! Si le Sarajevo du bas est moderne, celui du haut est loin de la furie. Pas de musique, pas de pubs, juste des taxis qui grimpent grimpent en pétaradant les pavés des ruelles, quelquefois bien défoncées. Comme ça doit être glissant en hiver...
 
Dans le bas de Sarajevo, il y a une rue qui canalise tous les efforts touristiques, c'est la voie piétonne Ferhadija. On sent que c'est là que ça fait "in" de se promener quand on est jeune. Bars bruyants, pubs, tourisme de masse, magasins à la mode du genre Rue Neuve, mots anglais... Ce n'est pas le plus essentiel à voir. Nous prenons le repas de midi à Biser Cjevnovnik, un petit bazar discret servant de très bons thés. Au menu, des Uštipci sa kajmakom i sirom. Ce sont des beignets servis avec un fromage de chèvre quelquefois dur, quelquefois mou. Un encas assez bon, et puis le serveur est gentil. C'est sans compter le petit chat roux qui cherche à déchiqueter le sac à dos pour avoir des croquettes !
 
Après le repas, visite de la mosquée, enfin la seule qui semble visitable, puis retour dans les hauteurs de la ville. Sur une pente abrupte, les chèvres grimpent et mangent les vignes qui dépassent sur la route. Les jardins font leur ravalement de façade ;) Un peu plus loin et près d'une petite mosquée au minaret en bois, un vieux monsieur nous accroche et nous parle de cette église. Il s'en est occupé durant longtemps. Vraiment très chouette ce petit vieux.
 
Sarajevo vit au rythme des prières. Soudainement, tous les minarets appellent Allah, ça fait une musique cacophonique, ça part de tous les coins de la ville. Autrefois, cette ville était vraiment multi-ethnique. Un carrefour de religions, de cultures, de nationalités. Aujourd'hui, peu de restes visibles de la guerre, mais une ville pratiquement complètement musulmane. Pour cent mosquées, une église catholique et une église orthodoxe. Une capitale qui peut difficilement se prétendre le lien entre l'occident et l'orient. Non, malgré les publicités omniprésentes "Tolerancija" de la Sfor, la ville a changé d'âme. Son coeur bat sur celui d'Allah.
 
 
10 septembre
Mostar, Ulitca Kaput
 
Petit déjeuner avec la logeuse, Jasmine. Elle nettoie par terre avec les draps.
Nous partons peu après pour la gare des bus en taxi qu'elle paie elle-même. Le Novi Sarajevo paraît fade, beaucoup de tours, un paysage bien moins passionnant. Le trajet est long. Au fur et à mesure qu'on avance, les montagnes deviennent de plus en plus arides. Le paysage change manifestement, ça devient méridional. Au fond de jolies vallées coule la Neretva, formant parfois comme à Ostrozac de vastes lacs aux couleurs turquoise violent.
 
A Mostar, nous retrouvons Kimeta, notre logeuse. C'est la voisine de Omer Lakiše. Nous y passerons un séjour agréable, même si elle se lève à 5h30 pour la prière. Dans sa maison tout au fond d'une ruelle, elle a une chambre permettant d'accueillir les hôtes de passage. Elle nous fait déguster un Hurmašica avec un café turc très doux. La pâtisserie est délicieuse ! Sa ruelle est parcourue par les branches sinueuses d'un grand kiwi. C'est tout joli. Il y a deux chats. Ils sont tous mignons et le chat d'Omer est un chat-genoux.
 
Mostar est une ville touristique. Contrairement à ce que j'ai vu avant, ici il y a pas mal de monde, apparemment des italiens et des allemands. Au Stari Most tout juste reconstruit, il y a des gens qui plongent. Le vieux pont est central dans cette ville. Lors de la guerre, le pont a été pilonné. Il a fallu deux ans pour le reconstruire, le maximum de vieilles pierres a été ramassé dans la rivière, mais il reste encore de gros blocs à côté de la Neretva. Ce pont domine la rivière de 27 mètres. En bas, une eau glaciale et tumultueuse. La tradition veut que pour le mariage, l'homme doit prouver son courage et sa vaillance, il doit sauter dans la Neretva. Aujourd'hui, un groupe de quelques personnes saute dans la rivière chaque jour. Ils y vont avec force de démonstration, allez-y, regardez-moi, je suis le plus fort... N'empêche que le saut est tout à fait impressionnant. 27 mètres ça fait beaucoup.
 
Nous faisons le repas dans un endroit un peu à l'écart, le Radobolja. Un peu plus cher mais le dessert est... Ah comment dire ?! Mmmmmm ! C'est une pâtisserie appelée Tufahija, mêlant pâte d'amande et pomme, avec un peu de noix... delicious.
 
 
11 septembre
 
Une visite un peu plus approfondie de Mostar. Un petit tour à la Trg Musafa, afin de localiser un endroit où on peut trouver des burek pour midi, une spécialité locale qui ne nous intrigue pas spécialement, mais tout le monde semble manger ça. C'est un espèce de petit pain dans lequel on met de la viande ou du fromage, un peu comme un sirica en fait. Certains bureks sont noyés dans du yogourt. Ce n'est pas mauvais, mais on ne peut pas dire que ce soit excellent. Enfin en attendant, j'enregistre discrètement. Le micro capte les discussions auxquelles je ne comprends rien, mais tout au moins j'aurai du son bosniaque. Une heure et demi d'enregistrements divers, des enfants qui jouent, des gens pas contents, la prière du soir, etc... Un témoignage sonore de la Bosnie.
 
Les rues du centre de Mostar sont toutes pavées avec des galets, parfois pêle-mêle, parfois dessinant des carrés ou des fleurs. C'est amusant et joli. Nous visitons la mosquée dont la reconstruction est pratiquement terminée, ainsi que le cimetière. Nous partons ensuite pour la maison turque, le vestige-musée d'une authentique maison traditionnelle d'un couple ottoman du siècle dernier. La guide est une étudiante qui s'appelle Mirna ("paix"), elle est très sympa et répondra gentiment aux questions que nous nous posions. Peu après, j'irai nager quelques secondes dans la Neretva. Ca donnait bien envie ! Autant dire que ça jette un froid. L'eau est glaciale.

tchorski
Le ticket d'entrée de la mosquée de Mostar

J'avais lu il y a quelques temps que Mostar était une ville coupée en deux, un côté croate et un côté bosniaque, une gare des bus pour la fédération de Bosnie Herzegovine, une gare des bus pour la Republika Srpska. Et bien franchement, c'est sorti de l'imagination d'un pauvre clown de journaliste en manque d'inspiration, parce que c'est complètement faux. La population est mélangée et c'est dur, voire impossible, de dire qui est qui.
 
Par contre à Mostar, les vestiges de la guerre sont très visibles. Certains grands bâtiments sont éventrés par les obus, une grande partie des maisons comportent des impacts de balles, certaines sont criblées, un trou tous les 5 centimètres. C'est un paysage de désolation. Il y a une rue Kaput. Tout est défoncé du début à la fin. Et là dedans, la vue à peine croyable d'un bâtiment de bureaux complètement pilonné, le parvis effondré et les murs éventrés, la nuit une lumière néon allumée à l'intérieur et la présence de gens qui travaillent. Là dedans. Là dedans ? Dans la Rue Kaput, des voitures garées, quelquefois un pot de fleurs à la fenêtre sans vitres d'une maison écrasée par la guerre. Il doit y avoir quelques personnes vraiment très pauvres. Ca ne se voit pas vraiment, mais on le devine sans peine.
 
La mosquée lance sa prière. L'église catholique a été pilonnée, elle est vide mais en réparation, comme tout d'ailleurs. La richesse des compagnies de fabrication de béton, la fortune des fabricants de bétonnière... Mostar est une belle ville, remplie de douleur certes, mais un endroit qui a du charme. Comme l'expliquait Mirna, les gens ont souffert mais ils sont plein de courage, ils cherchent à repartir sur de nouvelles bases.
 
 
12 septembre
Dubrovnik, la merde, saignante ou à point ?
 
Un peu la course pour tout terminer à temps, envoyer les dernières cartes postales, dernières photos, billets de bus, dire au revoir aux chats, etc... Puis au revoir Mostar.
 
Le trajet vers Dubrovnik est horriblement long ! 5 heures pour 125 kilomètres. Il y a trois frontières à passer. Le premier contrôle des passeports est long et ça ralentit franchement le passage. A part ça, le village de Počitelj a l'air de valoir le détour.
 
Sur le trajet, la moitié du bus descend à Neum. C'est le seul point d'accès bosniaque à la mer, une minuscule bande de territoire qui embête tout particulièrement les Croates (leur pays est coupé en deux). Neum n'a rien de différent du reste de la côte croate, sinon qu'il y a plus de bosniens et peut-être un peu plus de gens. J'ai vu extrêmement peu de Bosniens en Croatie et encore moins de Croates en Bosnie. Quant aux Serbes, pratiquement inexistants dans ces deux pays. Est-ce qu'ils ont peur de traverser les frontières, est-ce qu'ils n'en ont pas envie ? Je n'ai pas réussi à savoir. Ce n'est pas que ce soit tabou, mais ils n'ont pas envie d'en parler.
 
A Dubrovnik, nous sommes accueillis par Gara, la logeuse, soeur de Jasmine et connaissance de Kimeta (Omer est le cousin de Jasmine, qui elle est une ancienne habitante de Dubrovnik). Gara est ultra stressée et stressante, comme sa soeur. Nous avons un sobe pour peu cher, mais c'est une merde. La rue est bruyante et les aller-retours bruyants (aussi) de Gara sont incessants à partir de cinq heures et quelques le matin. Le manque de sommeil aura été jusque la maladie, je raconte ensuite...
 
Le centre de Dubrovnik ressemble un peu aux rues du vieux Nice, en mieux rangé. Ca m'a rappelé ça. Dans ces ruelles, des camions de touristes. Les autobus arrivent et dégueulent leurs cargaisons de touristes aux portes de la vieille ville. Et quel tourisme ?! Des français à l'accent gras et
populaire, cons comme TF1. Quelle est cette horreur, quelles sont ces compagnies qui proposent des promotions pour cette ville ? Un tourisme ciblé 40-60 ans, lamentables bides au vent et regards bovins. Exercices, décrivez en quelques mots ce que vous avez vu.
 
Exercice 1 : Paul-Henry et Emeline Jacquemard habitent Rue de Vaugirard à Paris. Ils ont lu dans le guide du Routard que le restaurant Tomi c'est bien. Il n'y a plus de place, alors ils attendent et s'impatientent. Emeline est furieuse, c'est une honte. Finalement, ils sautent sur une place vacante. Ils écriront une lettre de plaintes circonstanciée au guide du Routard. (C'est l'exercice le plus facile)
 
Exercice 2 : Jacques et Serge se rencontrent à la plage. Ils sont tous les deux français, c'est un bonheur.
-Ah vouais, la mer elle est belle.
-Ouais hein, c'est pâs en région parisienne qu'on a ça.
-C'est une belle arrière saison.
-Vouais hein, le ciel qu'il est bleu, ptain.
-Et c'est à Vvvous ce beau chien ?
-Ouais, y s'appelle Milou.
 
Exercice 3 : Ivana accroche les touristes à la gare des bus, tout comme Marko, Delić, Mujo, Tvrtko, Armin... Jacqueline, habitant Le Mans, vient de se faire accrocher par les vautours. Elle hésite. Ivana progresse : my room is very clean, very nice, very cheap (250 kunas), air conditionned (= ventilateur crasseux). Marko est mécontent, don't hear her, I know her, this is very far from the center. Après un quart d'heure largement pitoyable, ils ressemblent à des vampires, Jaqueline part avec Ivana. Elle va lui faire un bisou dans le cou, hin hin hin !
Conclusion, Dubrovnik se visite avec une gousse d'ail dans les poches.
 
Exercice 4 : Raymond et Raymonde ont vu une pub sur la Une ah que c'est vachement bien Dubrovnik ah que c'est pas cher. Ils sont au restaurant, le serveur leur adresse un Dobro Veče peut-être pas souriant mais tout au moins aimable. Ils lui disent "ouais bonjour m'sieu, on voudrait une bière et un verre de vin". En français, comme ça. Le serveur ne comprend pas et ils sont mécontents. Oui merde quoi, la France est le centre de l'univers, quelle honte franchement. Pas un seul effort pour dire un Molim jedan pivo, même avec l'accent le plus épouvantable du monde.
 
Exercice 5 : (Attention âmes sensibles) Jean-Pierre, ancien employé de France-Telecom et à la retraite, visite Dubrovnik avec la promo AllTurist. Il y a beaucoup de monde qui fait la file pour visiter les murailles de la ville. Alors pour passer devant, il crie "attention, passage de femme enceinte".
 
Exercice 6 : (Attention âmes sensibles) Mireille est sous Prozac depuis ses 26 ans. Aujourd'hui, à 47 ans, elle n'a toujours pas trouvé d'amoureux. Elle part en vacances à Dubrovnik en groupe parce que comme ça, elle va voir des gens. De ses 135 kilos, elle avance avec fermeté : ah mais moi ce soir, je vais danser si y'a de la musique à l'hôtel.
 
Restaurants miteux et hors de prix, ville formatée pour le tourisme, on s'adresse à toi en anglais (où sont les habitants ?) On chauffe le lard des touristes sur des poêles graisseuses. Oui c'est gras Dubrovnik. Suivez le guide et surtout ne sortez pas du groupe. vous voyez le panneau 4 que porte le Monsieur, c'est ça qu'il faut suivre. On vous extorquera le maximum d'argent possible, jusqu'à l'os on vous entubera. Le livre de plantes et au ban. La merde, vous la voulez saignante ou à
point ?
J'ai détesté Dubrovnik.

tchorski
Une de leurs boissons...

14 septembre
 
Pour échapper à la furie, quelques courses au Konzum et bus pour Srebreno, petit village paisible à quelques kilomètres de Dubrovnik. C'est suffisant pour épurer la quasi totalité de la chienlit. Je n'oublie pas de citer cette dame au Konzum qui portait un petit lit pour bébé (avec bébé) et qui s'en servait comme caddie. Dans le bus, je demande "deux billets s'il vous plaît". Bein oui mais pour où ? Euh... Si j'en viens à oublier ça, c'est que je suis bien fatigué !
 
Srebreno et Mlini sont deux villages collés, assez typiques de la côte Adriatique. La mer est bleue, limpide, chaude, agréable, et avec plein de poissons. En prenant un peu de pain, ils viennent manger dans la main. Ils sont nombreux et ça chatouille. Nous trouvons un restaurant végétarien à Mlini et c'est un vrai bonheur de manger des légumes. A l'addition, ils amènent un verre de Travarica. C'est un alcool fort. J'ai eu de grandes difficultés à le finir ! (Oui, je suis une lopette !)
 
L'après-midi est peu active. Il faut dire qu'avec le logement de merde, ça fait plusieurs nuits quasiment sans sommeil et ça devient dur. Donc recherche de coquillages pour Rudolf et Virginie, puis recherche d'un galet bleu (c'est pas gagné).
 
 
15 septembre
 
Matinée grabataire à Lapad (Les Bidochons à la Plage) et après-midi à la plage Bellevue. Il y a des grosses vagues et c'est amusant. Le soir, nous prenons le bus pour Zagreb. Nous imaginions pouvoir dormir, afin de ne pas voir passer les 11 heures de trajet. Ah ah, la bonne blague...
 
Les conducteurs sont Pedro et Boris. Boris il est bien, c'est un vrai gentil, même s'il a l'air très méchant. Pedro, c'est un vrai gros méchant qui conduit très mal, il fait peur quand il fait des écarts monstrueux. La E65 doit être l'une des pires routes d'Europe. Sur 600 kilomètres, après un tournant, il y a un tournant et un autre tournant. Au bout de peu de temps, force de fatigue et force de tournants, les Astres vomissent leur goûter de quatre heures dans le bus avec un joli Dalmatian style. Ah quel bonheur ! Pedro est vraiment très en colère. C'est à peine s'il s'arrête. Il m'a accordé dix secondes le temps de balancer le sac dehors au pied d'un malheureux arbre. Résultat, une nuit blanche de plus et arrivée dans un état tellement pitoyable qu'on ne sait même plus comment ça s'appelle. Si, peut-être 180 heures de sommeil de retard ? Pedro, t'es vraiment un sale con.
 
 
16 septembre
Zagreb, une page de publicité
 
L'auberge de jeunesse de la Rue Petrinjska est devenue un taudis. Franchement, je ne pense pas que Xavier aurait été dépaysé, on se serait vraiment cru à la Santé. Chambre miteuse et univers béton, les douches sont un chef-d'oeuvre de non fonctionnalité. Sur une porte des chiottes, un gars a tagué "autant les plages de Croatie sont belles, autant ici j'ai l'impression d'être dans une prison". Bref, un lieu lamentable de plus. Et cher qui plus est.
 
Pour moi, Zagreb est sans surprise, je connaissais déjà. Une visite grabataire-petit-vieux, difficile de tenir debout. En ai profité pour prendre une bouteille de Kruškovac, ce délicieux doux alcool de poire. Le sommeil m'a emporté vers 19 heures, complètement éclaté...
 
A Zagreb, il y a de la pub partout, c'en est incroyable. Les grandes avenues sont écrasées sous des centaines de panneaux immenses, les bâtiments abandonnés ou en travaux sont recouverts de gigantesque tissus publicitaires. Même dans les "pissoar", il y a une pub juste à la hauteur des yeux. A l'aéroport, les miroirs sont des vitres sans teint sur lesquelles sont projetées des publicités. Sans compter les milliers de drapeaux croates, à en atteindre l'overdose de le voir partout. Voilà, c'est ça la Croatie, c'est un pays vendu. Autant c'est agréable en Bosnie, autant la Croatie est perdue. Etonnant sentiment en quittant les terres bosniennes, l'impression de partir de chez soi pour aller à l'étranger.

tchorski
La Kuna, monnaie de Croatie

17 septembre
 
Trajet de bus vers l'aéroport. Au revoir grise Zagreb. Fatigué et impatient de retrouver un lit tout doux dans lequel dormir pour de vrai. Dans l'avion, il y avait un type tellement nerveux que c'en était une caricature. Je conclue ce voyage par une impression mitigée. Beaucoup d'instants sympas, mais des problèmes récurrents sont venus abîmer le souvenir. Difficulté à dormir, difficulté à manger, difficultés en Croatie, heureusement qu'il y a eu quelques moments où on a eu l'impression de saisir de l'authenticité. On conclut sur un "Ne Musaka". Non pas de moussaka aujourd'hui. Sutra. Il faut revenir demain. L'authenticité des Balkans est peut-être là, dans cette multiplicité de regards, tout comme celle des identités de ces terres. Des bons moments, d'autres moins bien. Ca dépend sur qui on tombe, où on met les pieds. La complexité est de mise et nous avons à peine effleuré ce que ces régions peuvent donner.


20 septembre

C'est ce qui s'appelle une rentrée difficile. Ce matin, ce n'était même pas la peine de me parler, de toutes façons je ne comprenais pas. Petits yeux et léthargie. Quel jour est-on ? Lundi. Argh... Pas bien du tout... J'ai oublié la clé usb pour mettre à jour le journal avec toutes les corrections, j'ai oublié la boîte de pâtée pour Titoune, j'ai oublié de me réveiller. C'est joyeusement n'importe quoi. J'ai tendance à dire que ce n'est pas grave mais Titoune n'est pas de cet avis là (non pas du tout). Enfin une chose me rassure déjà, je ne mangerai pas de cevapi ce midi. Je vais essayer de reprendre le poids perdu. Deux kilos, purée !

 

21 septembre

Mes histoires d'amour m'ont montré que j'aime la solitude. J'ai toujours été fasciné par l'absence, tant la présence m'ennuie. Il est difficile d'expliquer à quelqu'un que j'aime l'incroyable complexité dans laquelle cette relation me plonge. Elles n'ont jamais supporté très longtemps ma totale incapacité à un minimum de sérénité... Je ne peux d'ailleurs pas leur en vouloir, je m'insupporte assez profondément moi-même. Sans même parler de sexualité qui reste pour moi quelque chose de mystérieux, attirant, mais très intimement violent. Il m'est déjà pénible d'adopter un comportement anodin avec ma boulangère dont je ne sais rien, alors comment m'y résoudre avec quelqu'un que je connais génitalement ? J'ai encore pas mal de choses à éclaircir si je ne veux pas être réincarné en plaque d'égout.
Manu Larcenet, Le combat ordinaire.

La rentrée est dure, mes jambes ont des ailes, j'ai envie d'être en haut d'une grue dans un chantier gigantesque, ou encore mieux dans un train à destination de je ne sais où, après l'arrêt où tout le monde est descendu. Je ressemble à ce petit chien de Zagreb, je ne sais plus quelle rue : La maîtresse l'avait soulevé parce qu'il commençait à vouloir croquer un autre chien. Il continuait à courir, ses pattes battant le vide comme un mixeur qu'on sort d'une pâte à gâteau, infâme chien de merde. Je rêve de n'importe quoi tant que ce ne soit pas la maladie mentale. Au travail, c'est. Même des gens qui n'y ont jamais mis les pieds en parlent sur des forums. Dégénérescence de l'intelligence et reproduction de la bêtise, comme des bactéries. J'ai beau m'en foutre (parce que je sais qu'ailleurs serait (sera) pareil), j'ai tout de même l'impression de perdre ma vie. Si je parle moins de déprime en ce moment, c'est tout simplement parce que j'ai balancé un grand coup de pied au cul à mon intime. Fuck moi. C'est pas tu me fais chier, c'est pas tu vas te taire un peu. C'est comme d'habitude sauf que je laisse ça de côté. De toutes façons, psychanalyser des heures sur ce sujet n'avance à rien : je ne m'aime pas et tant que ce problème là n'est pas réglé, ça n'avance pas. Enfin si je progresse, je développe comme d'habitude des reportages sur ci et ça, je fais des projets, mais c'est la machine. Un rouage bien huilé dont la production (leader mondial) est l'oubli synthétique. Un vrai oubli qui vaut le coup : je m'oublie parce que je pue du cerveau. Bon, reprenons ces conjugaisons russes auxquelles je ne comprends rien, ya tvi on ona ono mvi tvi ono... Répétons encore une fois. Purée de pois chiches, il n'y a pas un jour de paix où je saurai m'assumer ? Conjugaisons barbares déclinaisons bourrage de crâne, ce professeur qui avance (convaincu) que le russe est l'une des langues les plus simples du monde. Il faudrait que je trouve un élixir d'amour et que je me baigne dedans. Il n'y aurait plus besoin d'oubli synthétique à fermentation lente. Enfin, comme dit François, la merde quand on la cherche, on la trouve. En moi, je me suis fait ingénieur opérateur en recherche d'étrons psychologiques. C'est facile de râler et j'ai fondu dans cette facilité. Allez viens ma Titoune. Toi au moins, tant que je te donne ta ration de pâtée, tu n'es pas méchante.

tchorski

Un des cahiers de Lara Orsal

22 septembre

Le mixage des enregistrements de la Bosnie avance bien, j'en suis à plus de la moitié. Je suis content parce que ce sera une belle réalisation. Souvent je n'osais pas sortir le micro, alors il émergeait à peine du sac. J'ai bien fait d'oser quand même (avec discrétion). Les instants volés sont quelquefois comiques, comme ce monsieur de Sarajevo qui ne devait franchement pas faire un mètre de haut, qui s'épuisait en argumentations bruyantes à la table d'un café, parce que deux autres types à têtes de tueurs disaient des choses déplaisantes sur je ne sais quoi. Dans le débat animé, c'est lui qui a gagné, il m'a fait un clin d'oeil.

Heureusement qu'il y a ce travail là sinon j'aurais vraiment l'impression d'être revenu pour rien. Après de sérieux accrochages avec la direction de mon travail, on avait convenu d'un plan pour améliorer la situation, des résolutions en quelque sorte. Rien n'a changé, rien ne change, rien ne changera. Ils ne se rendent même pas compte que c'est déplorable. J'avais déjà dit auparavant que je lâchais tout espoir, là cette fois j'ai du papier à opposer. Maintenant je peux justifier que je ne sers à rien. Etrange sensation de vouloir prouver son inutilité, mais il est de fait qu'on me pousse (tout comme de nombreux autres) à la maladie mentale. Seule solution donc, s'en foutre éperdument et vivre pour d'autres choses.

Or ces autres choses sont un peu faiblardes. Entre la fatigue, l'impression de répétition et le manque de motivation, ça donne un beau loukoum : tout mou et trop sucré. J'ai accepté depuis longtemps le fait indéniable que je suis minable. Ce qui me donne de la valeur, ce sont les lieux qui m'habitent, là où j'ai été et le fait que j'en parle. Hormis ça, c'est l'amnésie, je suis vide. On me reproche souvent beaucoup de choses. Dans ces situations, je suis soit extrêmement belliqueux, soit avec ceux qui résolument ne veulent pas comprendre ma faiblesse, je ne dis plus rien ; c'est du parle autant que tu veux, de toutes façons ce que tu dis est un coup dans l'eau. C'est à peine si j'ai envie d'ébaucher de nouveaux projets de visites souterraines. Peut-être trop de choses au quotidien qui me pèsent. Il faudra pourtant bien continuer quelques temps parce que je sais que je n'ai pas de solution qui tienne la route.

Quelques temps pour quoi ? Temporiser cette bombe qui ne cesse de vouloir exploser ? L'été est fini, je sais que je déprimerai moins (ou plus). Je ne cesse de me dire que cette année a été riche en intensité, mais je constate de manière déplaisante que la plupart des gros projets se sont écrasés, que je n'arrive pas à canaliser le quotidien vers des instants qui me satisfont. Il faut dire que je suis extrêmement exigeant et de surcroît râleur, ce qui n'arrange rien. Je n'ai pas d'espoir pour le moment et ça de manière évidente, c'est propice à de la dégénérescence.

 

23 septembre

Il y a de ces méprises dans la vie... Où comment prendre une personne pour quelqu'un d'autre, comment croire jusqu'au bout que l'autre est l'un et vice et versa, le tout dans un tel mixage qu'on ne sait même plus pourquoi qui est qui. Ce qui est certain avec les textes d'internet, c'est qu'on peut s'imaginer n'importe quoi sans jamais perdre l'illusion d'être juste. Ces mots pour chroniquer un roman lu il y a deux semaines, dévoré en fait quelques instants avant mon échappée bosnienne. Drôle d'introduction mais le charme vit en partie de cette erreur, dans ce qui aurait pu et ce qui n'est pas.

C'est l'histoire d'un manuscrit qui s'appelle Mad Lola, d'une Lola que j'adore et d'une Laura que je ne connais pas, mais dont les rares lignes m'ont interpellé. J'éviterai de raconter la moindre trame du roman car le texte est ambigu et je sais que mes interprétations viendraient l'abîmer. Tout commence au creux d'internet, le personnage principal est assez faible de caractère. Au fil des discussions, il se laisse embarquer dans une aventure tout à fait banale - pourtant remplie d'un poison : celle d'aller là où il croit que c'est bien, glisser et se retrouver au fur et à mesure à des lustres de ce qu'il désirait. L'auteur décrit cette chute au fil de mots tranchants. On se plait à imaginer la part d'authenticité, on aimerait presque que ce soit une histoire vraie tant l'aspect poignant prend les tripes. Si ce n'est pas du vécu (ce qui somme toute est en grande partie probable), il est de fait que le roman Mad Lola fait appel à des morceaux de vie traînant au fond de nos coeurs.

Oui un piège, là où il fait mal. La part de faiblesse qui vit en nous : l'Amour avec un grand A. Le crasseux désordre où finalement, ce joli mot perd sa majuscule pour devenir l'innommable habitude, la saleté lâche des regrets, la perte des repères et la tristesse des écrasements lorsque tout est perdu. Texte court, incisif et violent, ce n'est pas un défouloir mais bien au contraire une introversion, si ce texte est difficile à lire, c'est justement parce qu'il s'abstient de description. Ce qui n'est pas écrit est réservé à l'imagination. C'est - bien entendu et d'ailleurs volontaire - pire que le récit plat et froid d'une déconvenue majeure. Non ce n'est pas de l'eau de rose, c'est un extrait de digitaline, vous savez cette fleur qui contient cette sève provoquant des arrêts cardiaques. Grande tradition des romans noirs ? Non vraiment pas. Juste la banale méchanceté d'un quotidien, le récit d'une vie saccagée à cause de la connerie de certains, la traversée de tous les étages du plus bas que terre.

C'est un appel au pavé. Il y a de ces livres qui vous hantent, il y a de ces auteurs dont on se lamente. Il est évident que l'ennui pointe son nez quelquefois, sans exemple, chacun à ses saintes horreurs. Ici dans ce texte découvert par hasard, il y a quelque chose qui retient l'attention, l'acéré d'une lame bien aiguisée peut-être, ou bien le reflet de la lune sur le couteau de votre amoureuse. Un cri du fond de la nuit, discret mais bien présent, un pavé s'il vous plaît Madame Berent.

L'écrit est disponible en pdf sur demande à Laura Berent, mail : lolamad(at)madlola.net

 

24 septembre

-Meoow ?
-Qu'est-ce qu'il y a Mmmmousty ?
-Est-ce que tu peux arrêter la pluie ? J'ai envie de sortir...
-Hum... Prie le Dieu des Chats, là c'est trop pour moi tout seul.

Hier soir encore, Rue du Vallon. Ah si tu savais comme je t'adore, tu es attachant avec ta voix ténébreuse sortie du fond d'un tuba enroué. Quand tu me parles, j'ai l'impression d'entendre un échauffement de baryton au coeur d'un opéra de Rameau. C'est vrai que tu as vraiment plein de poils mais je te trouve très beau et très doux. Tu es sensible. Et dire que je suis passé dix-huit mois devant chez toi sans jamais te remarquer... Captain Caverne, t'es vraiment un matou excellent.

 

25 septembre

Comme je l'ai déjà dit je ne sais plus trop quand, je n'ai pas mis de tracker sur le journal. Avec ça, je pourrais presque savoir qui vient et à quelle fréquence et non vraiment, je n'y tiens pas. Sur la partie "sérieuse" du site, tout relatif bien entendu, je pensais avoir des visiteurs liés aux thèmes souterrains et urbanistiques. Et bien non. Sur des textes relativement ciblés industrie lourde, je me retrouve avec "conductivité des cotelettes de porc" comme mots-clé. Il est certain qu'en recherche bio-électro-thermodynamique, c'est une question d'avenir, le sort de bien des dépollutions en dépend. En attendant, pour les textes de ce journal, je n'ose même pas imaginer ce qui amène les visiteurs ici. Peu-être les avancées génétiques en clonage de moustiques ?

Ces quelques mots pour en venir finalement à pas grand chose. C'était juste pour dire que je n'ai aucune attente journalistique par rapport à ces écrits. Oui avant, au tout départ, c'était une belle prouesse. Un journal intime balancé sur le net alors que yahoo venait à peine de naître, c'était une avancée, on devait être dix tout au plus à s'amuser ainsi. Aujourd'hui, il n'y a plus rien d'original, je viendrais presque à dire que je relate du fait commun et du trois quart inutile, et ce n'est même pas moi qui ait lancé la mode blog (Aglaïa a tenu la place haute du podium à ce sujet, avant de disparaître). Pas de déprime sur ces textes, non je continue quelque-soient les sens du vent, mais aucune attente. Loin d'être seul et loin d'être dans le peloton des meilleurs. Certains diront que ça n'a aucune importance et ils ont raison. L'investissement dans l'écriture peut parfois s'avérer immense, beaucoup de temps perdu. Je me demande l'utilité, si c'est vraiment là la vie...

Il y a tant de gens qui se satisfont de petites choses, je me demande quelquefois ce qui m'a amené dans des sphères si complexes : le moindre fait est pour moi analyse et torture de l'esprit. Peut-être que cette démarche d'écrit systématique en est la cause. Je décortique à outrance. Il est de fait que le seul oubli réside dans mes recherches industrielles, c'est comme un refuge. Ce n'est pas grave. Tout à l'heure passaient à toute vitesse deux ambulances, non ce n'est pas pour moi cette fois-ci, pas aujourd'hui. Drole de vie... J'entrevois un futur flou. Y'a des jours où il y a de l'écho, ça fait toi toi toi... Puis y'a des jours d'un silence minier. Rien. Ce n'est pas pesant, c'est juste le vide d'une grande question sans réponse. Il n'y a pas de réponse.

27 septembre

Ce qu'il faudrait en Belgique, c'est une bonne guerre, surtout une qui dégénère en génocide, du genre les flamands tuent pratiquement tous les francophones (il faut qu'il en reste quelques-uns pour faire des témoignages choc dans Paris-Match). Ca réglerait les problèmes de communautés, et puis les flamingants pourraient récupérer la capitale. Faudrait aussi - tant qu'on y est - qu'ils balancent plein de bombes atomiques partout. L'aéroport serait défoncé, on pourrait le reconstruire ailleurs. Les autoroutes seraient passées au laminoir, on ne pourrait plus se plaindre qu'il y en a trop et que ça coute cher. Oh oui et puis surtout, quatre millions de morts, ça en finirait avec cet infâme problème de surpopulation dans ce pays congestionné. Ouais, plein de massacres, plus de problèmes de chômage. Puis une économie de guerre, ça fait fonctionner les entreprises pour la reconstruction. Ce serait vraiment chouette une petite guerre civile meurtrière où chacun massacre son voisin à coup de lance-roquette (voir avec un lance flamme pour les plus faiblards).

Mais non, tout le monde s'entend pour le mieux, surtout quand il est question de gros sous. Il n'y a même pas de suspense avec DHL. Ce qui est certain, c'est qu'on s'avalera encore plus d'avions la nuit, que Zaventem, Diegem et environs seront encore plus invivables, que les emplois promis sont foutaise, mon doigt dans ton trou du cul. Ou bien sinon que des jobs de merde du genre travail sept jours sur sept par postes, dont des nuits, payé vingt-cinq centimes de l'heure.

Je suis dans un pays que j'adore. Je ne pourrai pas retourner en France, ce pays immonde égocentrique à en crever. Mais la Belgique se mord la queue et les politiques sont pris au piège. L'économie a raison sur tout - enfin ils l'ont voulu avec leur foutue économie de marché à vomir. Je ne pense même pas qu'on puisse dire que l'environnement est dégradé, si tout le monde vivait comme nous, la planète entière serait un pot d'échappement.

 

28 septembre

La gare de Genval s'est faite massacrer par des tagueurs, des immondes gribouillis dont les lettrages ne sont même pas beaux, en plus ça ne revendique rien. Je suis mécontent. Oui je suis un peu réfractaire, surtout quand je vois le résultat de ces actions et qu'une fois de plus, c'est la gare qui déguste.

Poussant le vice, j'ai envoyé hier une demande de renseignements aux services de recrutement de la sncb, une question précise : y-a t'il un service anti-graffiti au sein de la sncb et est-il possible d'y postuler ? Alain Fivet, de la direction des Ressources Humaines m'a répondu. Un texte sentant manifestement le copier-coller fainéant puisque ne répondant absolument pas à la question. Lui renvoyant la demande en insistant sur le fait que ma demande est précise, je n'ai pas reçu de réponse. En premier, cela démontre parfaitement l'incurie totale de cette société à faire face au problème du graffiti. Deuxièmement, ça conforte mon opinion comme quoi les Ressources Humaines de la sncb approchent le néant en matière de qualité de travail. Quand on voit les procédures de recrutement et les horaires inimaginables des conducteurs et des contrôleurs, on a vite réalisé que c'est lamentable.

tchorski

30 septembre

Hier soir, papier collant + photocopies. Une partie très ludique le long des boulevards. Tiens regarde, il y en a une là... Oh oui elle est bien celle là. Et hop déroule déroule, scrouitch scrouitch. Hum oui ça fait mieux comme ça. Combien on en a collé déjà ? Quatre cent ? Hum, il y a encore du pain sur la planche, mais c'est agréable à voir. Les panneaux publicitaires sont bien plus esthétiques avec des placardages intempestifs "publicité = agression". A refaire. Partant pour l'aventure. Surtout quand il s'agit de coller ça sur les bus ou dans les stations de métro. Aucun doute sur le fait que dans deux jours (voire moins), tout aura disparu, mais c'est tout au moins une tentative d'un anecdotique visible.

A part ça, suite des réponses concernant les services anti-graffiti. Cette fois-ci, c'est la Police qui m'écrit. Dans une courte réponse (ci-dessous), on admirera la complexité du cheminement, c'est un parcours du combattant. Mais bon, eux au moins, ils prennent la plume, et pas en copier-coller, ce qui vaut bien entendu un remerciement.

Monsieur, Il existe bien un service anti-tag mais seulement dans les police locales. Les missions sont de faire la corrélations entre tags pour en retrouver les auteurs et éventuellement leur faire nettoyer ceux-ci. Pour postuler dans ce domaine, nous vous invitons à envoyer votre dossier de candidature, de réussir les différentes épreuves de sélection, d'effectuer une formation de plus ou moins un an et de postuler en fin de formation pour la police locale.
Bien à vous, Patricia du recrutteam.

En tout cas, les cinq courriers que j'ai envoyé prouvent au moins une chose, il est plus facile de postuler dans la publicité que dans l'anti-graffiti !

En matière d'emploi, je me remets à envoyer du CV à la pelle. Je n'ai pas beaucoup d'espoir parce que mon diplôme n'est pas reconnu ici, mais je me dis qu'il faut tenter tout de même, quitte à recevoir des refus par dizaines, par centaines. Je n'en peux plus de travailler dans un endroit aussi déprimant. Servir à rien, ce n'est pas grave quand tu as la possibilité de faire du travail perso toute la journée, mais quand on t'oblige à servir à rien, à coup de buttoir s'il le faut, alors ça devient très dur. Mon patron, qui est vraiment l'incarnation de la bêtise à l'état pur, a mis cette petite phrase à la fin de chacun de ses emails : (nom de sa société), always on top, just like me. Le problème avec lui, c'est que ce n'est pas de l'autodérision. Bref, j'espère que j'arriverai à partir de là un jour, j'y mettrai l'acharnement qu'il faut.

tchorski

Was there once something which remained whole and pure ? At a glance, all appears broken, wondering why adding some new ingredients for a cake which in all manners will be insipid. I become what I produce and I crush in the lament : my blood become water, life's scattering. It's like a broken course, especially perhaps broken love, drowned in an ugly crowd, seeking stars. Long time does not have any.

1er octobre

C'était sensé être une semaine tranquille pépère à ne pas trop s'en faire, bien au contraire finalement. Foule d'activités, foule de révolte, plein d'idées en tête et surtout cette envie devenue impérieuse, fuir l'inexpugnable société foireuse dans laquelle je me fais exploiter au quotidien : une épreuve. Violence.
J'ai enfin réussi à réparer cet ordinateur à la noix, Seb je te dois du chocolat (et François une boutanche). Des jours à venir qui vont s'apaiser, heureusement parce que je ne sais plus comment je m'appelle. Enfin ça tombe bien, parce que ce soir sur le Boulevard du Général Jacques, on va montrer notre désacord en public face à une publicité pour une machine à laver, agressive et honteuse. Les roussins apprécieront certainement mon amnésie.

Un bon week-end de repos m'attend. Quoi ? Non ? Ah c'est vrai qu'il y a les fêtes du Mahiermont à Genval. Jacqueline, dis tu m'en veux si je te tranche la gorge à la sortie de la maison communale lundi soir ? (Enfin toi ou tes acolytes, c'est la même bande de racailles). Tu sais quoi, j'irai dormir ailleurs. Ta musique jusque quatre heures du matin deux jours de suite, tu peux te la mettre dans le cul - mais sache quand même que je suis haineux. Martine Geeraert SPRL, Traître Assassin du Sommeil. Allez au diable, cultureux de merde.

2 octobre

Hier soir, action sur le Boulevard Général Jacques. Il y a une publicité pour une lessive, immense placardage aux couleurs bien criardes. Devant cette publicité, une machine à laver en plastique qui fait des éclairs de lumière puis une madame qui étend son linge toute la journée. Nous sommes arrivé devant cette horreur avec une grande banderole "tous les jours, je me lave le cerveau avec la publicité". J'ai fait quelques photos, pour mémoire.
Résultats assez mitigés, en premier lieu parce que les gens étaient relativement indifférents. Je ne doute plus sur le fait que la masse consommatrice ne s'étonne plus de rien. En deuxième lieu, la madame lessiveuse est partie au bout de quelques instants. "Déjà que c'est minable de faire ce métier là toute la journée, là j'ai trop honte avec ce slogan". Du coup, l'action n'a duré que vingt minutes, sans aucun accrochage, ni avec les publicitaires, ni avec les forces de préservation de l'ordre marchant.

Au soir, nous avons récupéré une dizaine de panneaux publicitaires accrochés en toute illégalité aux poteaux un peu partout. Outre nettoyer l'espace public de la gangrène, cela nous servira lors des prochaines actions. Rien de plus en somme.

3 octobre

Une semaine véritablement très chargée. Une envie de repos, mais ce ne sera pas pour aujourd'hui. La rumeur cours que la cokerie de Zeebrugge est en démolition depuis mi-septembre. Du coup, nous y sommes allé un peu en dernière minute. Ce jour là ne nous arrangeait pas trop et c'est rudement loin, mais il le fallait. Sur place, impossible de dire si c'est en démolition, un peu tendance à dire que oui. En fait la situation est floue. L'ovam, une association locale de préservation du patrimoine, entretient des parties de la cokerie. Le gazon est fauché, les arbres qui poussent sur les batteries sont coupés, il y a des barres de fer neuves qui interdisent l'accès aux secteurs vraiment dangereux, des panneaux signifiant les dangers spécifiques sont placés aux entrées de bâtiments. Au niveau travaux, certains bâtiments sont apparemment en cours de démantèlement, il y a de nombreuses bâches au sol et des indications de passage, mais par contre, je n'ai pas vu une seule machine du genre bulldozer. Est-ce qu'ils démoliront une grande partie des installations et garderont les batteries comme musée ? Aucune idée, ça peut paraître aussi saugrenu que réaliste.

Donc pour arriver sur place, le trajet est relativement long. La cokerie est trouvée assez facilement et chouette constatation, l'usine est cernée par trois routes où tout est extrêmement visible, le dernier côté est une usine en fonctionnement. Autrement dit, c'est vraiment loin d'être paisible. De plus, la cokerie est parcourue par des routes qui sont en grande partie ouvertes. On rentre là dedans comme dans un moulin. Résultat ? Ca n'a pas manqué. On a à peine parcouru vingt mètres que les roussins nous voient. Course poursuite, sirène dans l'usine et une heure de perdue en attente sous un escalier. Nous remarquerons vers midi que l'usine est remplie de glauques qui grimpent un peu partout, ce qui nous décide à sortir, non sans stress tout de même. Je me fais la réflexion que je suis outré qu'on laisse faire des ferrailleurs (Cokeries Anderlues par exemple), alors que nous photographes sommes poursuivis.

L'usine est assez similaire à Buda Marly. Elle a été exploitée par le même groupe, Carcoke. Il y a deux batteries, elles sont vraiment moches de loin, plus jolies lorsqu'on est à la bonne hauteur et quand les portes sont visibles. La tour à charbon est située au bout près de l'entrée et aux deux extrémités des batteries se trouvent les tours d'extinction. Enfourneuse, défourneuse, cokecars sont encore là. Les deux cokecars sont des modèles tous mignons, mais exposés comme musée au bout de la voie d'enfournage. Photo impossible. A part ça, l'usine est assez petite. Pas de tour de refroidissement, juste un scrubber et quatre colonnes en bon état. Je dirais que seules les parties sulfates et benzol valent véritablement le détour. Pour le reste, ça a soit un goût de déjà vu, soit une impression de frustration : on ne peut y aller parce que c'est trop exposé. Le bâtiment d'archive est vide, le laboratoire pillé, les magasins sous les batteries sont vides aussi.

Bref, je suis content d'avoir visité ce lieu, au moins c'est fait. Malgré tout, ce n'est pas un site que je juge indispensable dans la collection. Tertre par exemple était beaucoup plus riche en trouvailles et plus agréable à visiter (tranquillité).

Après avoir été chercher des coquillages au bord de mer, nous serons pris dans un marasme de circulation assez infâme. Fatigué, la maison n'est pas nettoyée depuis huit jours. Pfiou, il y a du pain sur la planche pour finir la semaine...

4 octobre

Affronter une semaine qui sera sans aucun répit. Prendre une grande respiration et hop, apnée. Mille et une choses à affronter, la plupart utiles. Liberté samedi. Espoirs réalisés ? Beaucoup de peut-être et une poubelle à rêves préparée.
tchorski
Sae

5 octobre

Purée de pois, est-ce que c'est permis d'avoir autant de chose à faire ? Hum... Je ne crois pas. Monsieur, votre permis de surcharge s'il vous plaît. Franchement peu importe, une fois tous les sujets clos, ce sera la paix, même si l'angoisse des fêtes de noël commence à pointer son nez, rude mauvaise période. Mais bon, malgré l'inévitable pétage de plomb face à la surconsommation, je sais que j'arriverai à y échapper plus ou moins, j'espère plus que moins.

Dans les nouvelles, Inna ne s'intègre pas très bien en France. Je me doutais de ce genre de désillusion, on vante tellement Paris et ses romantiques ruelles, ceux qui y viennent (et de loin) se payent une claque. D'après ce que je comprends, les problèmes d'intégration sont profonds, sa Sibérie ne lui manque pas mais pourtant, Paris n'est pas un rêve et elle peine à se dire qu'elle va y rester. J'ai du mal à comprendre son journal parce que c'est du russe retranscrit, le cyrillique est passé en lettres latines. Autant dire que je peux m'accrocher pour comprendre... Malgré tout, j'ai l'impression qu'elle paye des choses normales à des prix faramineux. Je vais aller la voir dès que possible. Peut-être un manque de bons plans, je sais qu'il faut pas grand chose pour rendre la vie plus agréable.

Dernières photos de Bosnie au labo, j'ai bientôt fini ce reportage qui aura grignoté un temps gigantesque. Je ne serai pas faché de retourner à mes photos d'usines bien grises. Comme prévu, je retrouve ma combattivité et mon envie de progresser, mais c'est vraiment du goutte à goutte. Encore loin d'un acharnement positif... En attendant, c'est encore un cv de posté. C'est dur mais un jour ça marchera, je te quitterai cher patron poisseux.

6 octobre

Ce matin, deux grands panneaux (quatre mètres sur deux) bloquant les trottoirs de l'Avenue Delleur. C'est une route très passante, les voitures y vont vite. En tant que piéton, j'étais obligé de dépasser sur la route. Ca m'a énervé. Du coup, j'ai essayé de déplacer les monstres. Le problème, c'est qu'ils étaient vissés à des poteaux avec de grandes barres de soutien. Ok, on me cherche ?
Durant dix minutes et sous le regard effaré des gens, j'ai éclaté les panneaux à coup de tatanes pour les déplacer. Maintenant, ils sont parallèles au mur et ne dérangent plus personne. J'étais bien en colère et mes coups de pieds faisaient du bruit. Personne n'a réagi, même pas ces deux employés de la commune que je vois souvent le midi. Non non, ce n'est pas leur fonction à eux n'est-ce pas. Enfin bon voilà, il faut se débrouiller seul, parce que ce n'est pas Martine Payfa qui arrangera ça. Non, elle fait un bal elle. C'est bien plus important.

Je suis persuadé qu'il y aurait un retour de la propagande nazie (ou similaire), ils ne seraient pas nombreux à gueuler. Une masse molle qui s'indignerait vaguement, mais personne dans les rues en train d'agir. Hier soir (donc), réunion Antipub pour définir les actions à venir et une intensification du mouvement, puisque nous sommes anecdotiques pour les propagandistes. Difficile d'arriver à des conclusions, il y a de telles différences de points de vue... Malgré tout, je crois qu'il y a quelques personnes prêtes à faire passer de mauvais moments à Lea Hannel. Seul ennui, ça s'est terminé tard et je suis laminé de fatigue... Faut dire que le délicieux restaurant "Little Asia" Rue Sainte Catherine n'a rien arrangé question délais, mais c'était si bon (pour la santé et pour le reste).

7 octobre

Ca fait quand même peur de voir un emploi du temps si chargé et qu'au final, il n'y a rien à en dire. Qu'est-ce que je bricole en ce moment ? Un forum en php pour antipub, des reportages photo, du mail à la chaîne, un album de musique industrielle qui tente de dépasser la limite précédemment franchie... En somme, rien de palpitant, même si de très bonnes visites souterraines se préparent, même si l'originalité de l'industriel dépasse ce que je croyais pouvoir faire. En somme des instants pas si mauvais que ça et pourtant, je suis impatient de terminer. Je pourrais presque en dire l'heure : Samedi début d'après midi. En fait, étant donné que je suis un salepetitconmerdeux par nature, je m'amuse dès que les limites sont franchies, constatant que lorsqu'il s'agit de continuité, je trouve le chemin long à parcourir. Mouais, cesser de se plaindre me donnerait une bien belle qualité. J'ai une tête gavée de rêves à l'absurdité débordante, demander un autographe à Camille Rummens et Hélène Préat dans un train à destination des landes infinies du Kazakhstan, mais mes mains sont enchaînées à la réalité. Fréquence de ces mots dans mes doigts peur peine peur peine peur peine ; fragilité qui se cache sous ses devants simplifiés et extrêmes afin de paraître entité cohérente, collante comme du miel, au goût d'amertume persistante. Un monde en noir et blanc qui cherche la couleur.

8 octobre

Ce matin, il y avait des distributeurs de prospectus. J'ai essayé de leur voler leur carton mais je n'ai pas réussi. J'aurais pu l'incendier avec beaucoup plus de facilité, mais je ne suis pas fumeur. Demander un briquet pour faire de telles choses, ça fait un peu désordre. Par contre, la mission "renverser les immenses panneaux de pub plantés dans le parc", c'est réussi. Prochaine étape, trouver une scie et s'occuper de celui sur le bord de la nationale. Oui c'est violent, mais que voulez-vous, les confrontations pacifiques n'apportent aucune solution. Alors voilà, je m'occupe (à mon échelle) de redessiner l'espace public. Ce n'est pas grand chose mais si tout le monde s'y mettait ne serait-ce qu'un peu, ça irait mieux. Les publicitaires ont largement dépassé le seuil du tolérable.

Le problème quand on commence à s'attaquer à la publicité, c'est qu'on fait violence sur la société de consommation - or à ce jour, c'est se révolter contre pratiquement tout. Franchement, malgré des recherches d'alternatives, la seule solution envisageable est l'ermitage, parce qu'on ne peut pas détruire un système en étant tout seul (mis à part bien entendu si on s'appelle Josef Vissarionovich Djugashvili). Je sais que ça arrivera, et c'est peut-être très proche. Je suis piégé dans cette société, obligé de travailler dans ce que je hais le plus profondément. Comme je suis une taupe, je sais que ça tombera, je me ferai virer (d'ailleurs, je le recherche sans cesse, parce que tout simplement je défends une situation que je juge normale, je refuse de travailler plus de 60 heures par semaine). Le travail de toutes manières ne m'est que gagne-pain, j'ai toujours refusé le monde des adultes. Etant donné que ma situation est déjà extrêmement instable, et sur tous les plans de l'existence, je comprends que l'explosion n'est qu'affaire d'étincelle. Il n'en faut qu'une toute petite pour gagner l'effondrement total. J'ai cherché des solutions durant longtemps, je sais qu'elles n'existent pas.

10 octobre

Est-ce que c'est ce qui s'appelle vraiment un week-end de merde ? Problèmes accumulés, rien de grave, mais rien qui avance non plus. Entre l'alimentation de l'ordi qui a fait un court-circuit et les photos que je n'ai toujours pas pu récupérer pour ce maudit reportage, c'est le sur place. Je groumfe ! Il est certain que ce n'est pas capital. La guerre en Israël continue, la Corée du Nord dort sur son plutonium, Bush prépare ses magouilles pour être réélu...
Un petit train-train qui continue sans vagues et sans remous - de l'eau qui dort. Le forum pour Antipub est terminé, ça fait ça en moins de stress, mais les autres tensions sont encore là, tout comme il y a trois mois, tout comme un an et demi en arrière et toujours depuis. Non certainement, je ne me suis pas trompé dans mes interprétations. Je les défends jusqu'au bout. Moi qui croyait clore en revient à la case départ (je ne suis pas à la Rue de la Paix mais tout au moins, je ne suis pas encore en prison).

tchorski
11 octobre

Ce qui est vraiment très bien de faire.

-Faire du shopping, c'est merveilleux. Acheter tout plein de choses utiles et inutiles, ça remonte le moral. Ca permet d'exister.
-Regarder la télévision, c'est se cultiver. Il y a un tri à faire mais d'une manière générale, c'est vraiment très instructif. Et puis ça permet de savoir ce qu'il se passe dans le monde, il y a plein de journalistes intègres qui sont prêts à tout pour défendre le droit de l'information juste. Depuis que j'ai la télévision à la maison, je me sens nettement moins con.
-Avoir un GSM, c'est la facilité. Maintenant que je suis joignable 24 heures sur 24, je ne stresse plus. On s'occupe de moi.
-C'est vraiment très bien de faire un groupe de rap rebelle, du genre un truc activiste qui dit "ouais ptain c'est trop la décheuu, ch'trouve pas d'clopes à minuit-euh-euh". Investis-toi à fond dans la musique, c'est trop cool. Par contre, il faut à tout prix éviter les paroles sensées. Ca n'a pas de succès, les exemples ne manquent pas.
-Très bien aussi que tu t'intéresses au sexe. Le porno, c'est un business à creuser. Alcool, sexe, cigarettes et Rock n'Roll, c'est la vraie vie, là au moins tu profites de chaque instant.
-Si tu as les compétences, c'est une joyeuse idée aussi de faire des virus informatiques. Au moins la société Symantec n'aura plus besoin de les créer elle-même (et puis elle pourra te taxer parce que tu es un méchant criminel cybernétique).

Ce qui est vraiment très pas bien de faire.

-S'attaquer à la publicité, ce n'est vraiment pas une bonne idée. Elle égaie les sombres rues. Et puis les antipublicitaires sont plus recherchés et condamnés que les tagueurs. Taguer les maisons des privés, c'est mieux. Au moins, c'est sûr qu'on a pas d'ennuis en faisant ça. La publicité, si elle existe, c'est parce qu'elle est utile.
-Savoir concevoir des bombes artisanales, c'est vraiment déconseillé. Après, ils croient que tu te sens pas bien dans la société. Tu te sens bien dans la société, hein ? Dis ?
-Dire que le débat politique est faussé, c'est une hérésie. Dire qu'il y en a qui pensent qu'il n'y a pas de justice, tu te rends compte ? Il y a vraiment de ces paranos. Donc dire que les politiciens sont manipulés par les multinationales et qu'ils sont corrompus par le système financier, c'est vraiment une absurdité. Les politiciens cherchent à arranger les problèmes de leur pays. Ils le font d'ailleurs. Pas toujours très bien mais la plupart du temps oui.
-D'une manière générale, c'est vraiment mal perçu d'agir contre les pouvoir publics. Ecrire des lettres sensées n'est pas un drame puisqu'ils ne répondent pas. Par contre, c'est vraiment une très mauvaise idée de mettre en place des actions de guérilla urbaine. C'est hors contrôle. Tout ce qui est hors de leur contrôle, ça dégénère, c'est bien connu.

12 octobre

Hier soir, je me suis fait poursuivre durant vingt minutes par un gars agressif en voiture, qui hurlait par la fenêtre : je vais te faire poursuivre par la police. A ma réponse "Bein vas-y gros con", il s'est rendu compte que je n'étais pas facile, il n'a pas osé descendre, trop exposé à son goût. Il a juste tenté de me coincer dans des impasses, mais dommage pour lui, je connais bien les petits sentiers qui sillonnent la commune. Dépuber est une activité à risque. Ils y tiennent à leur daube.

Crois-moi vieux, je suis noyé de haine.
Sous mes allures paisibles se cache un volcan.

Si vous croyez que j'aime votre compagnie, vous vous trompez. Je suis un furieux misanthrope qui vomit votre société. Même au Groenland, je trouverais encore le moyen de vous dégueuler, tellement la vie européenne détruit tout sur son passage, même jusque là-bas. (Vie européenne qui au passage s'applique à toute la culture de démolition occidentale, dont je fais partie, que je voudrais quitter mais je ne sais comment, me sentant pris au piège). Oui je suis un sale con, vous avez raison. Jusqu'au bout je résisterai avec violence - de plus je suis un anarchiste agissant et ma foi, vous détestez ça parce que je suis dangereux, pas beaucoup, mais à mon échelle je vous fait du tort. Vous allez bien rire quand vous allez me casser avec vos 22 avocats, vos 2 juristes compétents et vos 37 journalistes qui lèchent le cul.

13 octobre

-Et au niveau de Illustrator CS version 1.01.25.89.6.4 beta3, vous avez combien d'expérience ?
-J'ai travaillé trois ans sur Illustrator CS version 1.01.25.89.6.4 beta2.
-Ah non ce n'est pas possible. Si vous n'avez pas 35 ans d'expérience sur la beta3, vous ne vous en sortirez pas, c'est une certitude.

OK, je vais sortir le grand jeu, si c'est comme ça...
Je suis un spécialiste reconnu du boeuf-carottes en gelée, j'ai fait un mastère sur le poulet-dinde en sauce aux petits légumes et je maîtrise parfaitement les saumon-cabillaud, les émincés en fine gelée à l'agneau et aux haricots verts, les volailles in saus, les bouchées au colin et à la daurade. C'est sans compter mes travaux de fin d'étude sur les sachets fraîcheur truite et sardine, les délicieuses croquettes Junior au poulet, aux légumes, avec des croquettes fourrées au lait. Je vous précise que j'accepterai de me former sur le sujet des traditions gourmandes Thon-Sardine et le délicat sujet des lettres Goût Gibier.

-Non non, vraiment ce n'est pas assez.
-Bon, et bien je vous laisse, parce qu'il est 21h21.

15 octobre

Et bien voilà, à force d'avoir un peu trop donné dans la dose de travail depuis quinze jours, je suis malade. Mais bon, tant pis pour moi. C'est tout. En attendant, je suis tout de même bien content parce que mon nouvel album de musique industrielle est terminé. Ce projet était en léthargie depuis un an, il ne restait que des mixages à faire. Au final, je suis assez satisfait du résultat. C'est un album plus court que les précédent, mais plus travaillé. J'ai vraiment recherché une perfection. Je ne l'ai pas atteinte malheureusement, j'ai eu de grandes difficultés à travailler les voix. Ce sera peut-être le défi d'un prochain disque ? Les instrumentaux sont vraiment peu supportables pour ceux qui n'aiment pas la noise. C'est ce que j'aime, un son extrême dont chaque instant est tendu, basé sur des saturations sales. Fini et heureux.

A part ça, le petit quotidien continue, sans grand accrochages. Hier soir, une réunion Antipub pour définir nos prochaines actions au coeur du tissus urbain. Difficile de faire avancer les projets, mais ça se constitue à petits pas. Puis quelques courriers. Giulia est arrivée à Belgrade, non sans difficultés d'ailleurs. Quant à moi, j'irai voir Inna le week-end du 23 octobre. Je lui dis : le plus simple, c'est qu'on se donne rendez-vous à un truc que tu connais. Ca n'a pas loupé, un des pieds de la Tour Eiffel ! Bon, c'est sûr qu'il y a mieux, mais ce n'est pas grave, ça ira. Je n'ai pas à lui en vouloir, à Kemerovo, je lui aurais donné rendez-vous à la Place Vensenyaya... Je suis fatigué, je vais essayer de finir cette journée sans ronchonner. tchorski

18 octobre

Comment que c'est pas glop du tout d'être malade. J'ai passé le week-end entier à ramper au sol, désagréablement cloué au lit, en train de ronchonner, de grommeler et autres du genre. Certainement bien pénible. Et bien sûr par chance inestimable, je commence à être malade vendredi soir et je me rétablis le lundi matin. Quel bonheur franc et massif de couper mon cher adoré réveil ce matin. Bref, ce ne fut pas un week-end des plus joyeux. Problèmes en force, et pas des moindres.

Une nuit noire dans laquelle je dois avancer, je n'ai qu'une minuscule bougie. Je me noie dans les sans-réponses depuis si longtemps, mes motivations s'en trouvent très sérieusement ébranlées. Des questions pour quelles réponses, un silence réprobateur, tranchant comme une lame ? Je préfère encore ne pas avoir ces mots qui viendront souffler les dernières lumières, si faibles. S'il est bien une chose qui est claire, c'est que dans ces fois récurrentes où j'ai sombré dans une déprime vraiment déplaisante, jamais cette personne s'en est inquiété une seconde - bien au contraire les quelques rares moments où cela a pu émerger, c'était plutôt pour insinuer qu'il s'agissait d'exagération (pourtant je tâche d'être discret). La seule personne qui m'a soutenu n'avait pourtant aucun intérêt à cela, elle était là et c'était un appui, pas grand chose mais quand même, ça compte. Aujourd'hui, quand on parle de compte, j'ai de la douleur à en accepter les réglements. Comme si le décalage était immense. Je pense que des moments très désagréables sont à venir parce que je vais rédiger ce courrier auquel je me dois depuis longtemps. Je n'arrive même pas à m'en émouvoir. Dix-huit mois c'est long et ça laisse le temps de se blinder, ce que j'ai fait en unique réaction de défense.

19 octobre

Le soir : Délicat problème, elles envahissent pas dizaines.
La Libre Belgique : Choc des titans et filets de bave.
La Dernière Heure : Elles viennent pour hacher menu.
L'Echo : Les cours de la photographie industrielle s'effondrent.
Le Vlan : Rixensart et l'attaque rampante.
Gala : Le drame. Rempli de désespoir, il a avoué penser au suicide.
Le Monde : Un villageois se retrouve assailli de limaces.
Zone02 : Le danger à l'orée de vos portes.
Limace-News : Sérieux conflits à Rixensart, 2 morts.

Dehors, il fait nuit. On ne distingue rien de précis dans la cour, pas un bruit dans les épaves de fleurs. Pourtant, je sais que leurs antennes émergent des feuilles, elles sont là, épiant chaque fait et geste, prenant des photos quelquefois. Et puis de manière relativement soudaine, attaque lente et pernicieuse, les voilà sur les murs, sur le sol, sur mes livres, sur mes souvenirs d'usines, dans le bol de pâtée de Mmmmousty. Les limaces prennent le contrôle. On entend leurs conversations au talkie-walkie, depuis quelques temps, il y en a même une dans le micro-onde. C'est sans parler de celles qui ont dévoré le gâteau d'anniversaire, des autres dans les trous du lit, des dernières qui tentent de corrompre Mmmmousty à une vie de rampant baveux débauché. Hier soir, j'ai constaté que l'une d'elles a téléphoné à mes parents et les a convaincu de venir ici dans deux semaines - j'ai été ébranlé. Les limaces prennent le contrôle de mon existence, il y en a partout, même dans les chaussettes d'Armelle. C'est le drame et j'avoue, j'ai pensé au suicide comme ultime solution pour leur échapper. A la dernière minute, j'ai évité le couteau (qui finalement sera bien plus utile pour la fin de l'entretien d'évaluation). Je me suis dit en contrepartie que devenir Limace-Manager m'assurerait un avenir très juteux, j'en bave d'avance.

20 octobre

Le conflit limacien fut très dur, mais j'ai récupéré le gâteau.

En ce moment, c'est un peu la galère parce que je pars tout le week-end et j'ai encore plein de trucs à finir. A en croire que c'est interminable - il est certain aussi que je mets un peu moins d'entrain à répondre, lundi par exemple, à 143 mails de demandes diverses liées aux souterrains. J'ai un peu la tête ailleurs. Ouais, surtout ramasser des feuilles d'automne et les scanner. Toutes ces couleurs rouge jaune partout c'est beau.

21 octobre

Hier, j'ai compris beaucoup de choses, dont une très importante : non Maïa, tu ne seras jamais célèbre. Je ne serai jamais célèbre non plus. Je parle de ça parce qu'hier, en furetant sur le blog de Mr-Peer, j'ai trouvé un lien très intéressant. Il s'agit d'un blog édifiant, un skyblog, ou autrement dit la chiée de l'internet. Ce qui m'a étonné, c'est que le lundi 4 octobre, sur un des posts, on pouvait trouver 8319 commentaires, un véritable succès. Les écrits sont en langage SMS proche de l'incompréhensible, la profondeur des réflexions impressionnante, c'est digne d'un ouvrage entier de Kant en résumé concentré encore plus complexe. Normal, il s'agit de la protagoniste d'une émission télévichiée, enfin d'après ce que j'ai pu comprendre parce que je ne connais pas ces trucs là.

Non Maïa, tu ne trouveras pas la célébrité parce que pour ça, il faut être con. Attention, je précise bien entendu que c'est pas n'importe quel con qui est apprécié par les journalistes : il faut être de la connerie la plus grasse et la plus sale, celle de la majorité obéissante, si possible à la mode et
pro-pub. Aussi ne pas oublier, recette d'un succès exemplaire, il faut faire croire un minimum que tu peux être lèche-couille, c'est très apprécié par la population masculine.
Juste une seconde, j'imagine les bénéfices juteux de Skyrock, ceux qui proposent la structure d'accueil du blog (et comme tout est faux, ce blog qu'ils mettent en ligne probablement eux même) : pour un espace web infime et quelques minutes de travail, 8319 publicités affichées. Un rêve. Lorsque je suis passé, c'était une bannière pour de la liposuccion (hum, miam miam).

Je n'ose même pas évoquer le QI de ceux qui jugent nécessaire de prendre part à une aventure aussi palpitante. SLT C COOL BIG DEDICACE LOL + QQL BIZOU. Mais bon, finalement, je suis moins inquiet sur mes rêves. Car oui la nuit, je ne rêve pas de petites pâquerettes et de prés tous verts, je me fais un plaisir d'imaginer des trains bondés et tout le monde obligé de descendre au niveau d'une usine grisâtre aux pollutions glauques. J'y mets quelques trommels et surtout un cribleur-broyeur gigantesque dont le tube n'est pas rempli de barres mais de pointes tranchantes. Les gens sont transportés avec un convoyeur à bande et ils sont propulsés avec violence à l'intérieur du broyeur, ça fait de la chair à saucisse dont le goût est délicieux. On conditionne ça pour vendre en boîtes de conserves estampillées "Goût Biologique". Non les bombes atomiques, ça ne me fait pas bander parce qu'il n'y a pas assez de souffrance, je préfère quand ça déchire bien sec dans la chair. Après lecture de ce méga-skyblog, je vois que ça plaît infiniment à la masse, je me sens convaincu que mes rêves ont un sens.

Juste en clin d'oeil à Brain Not Found, je dirais quand même que j'arrête là parce qu'il faut que j'y aille, il est évident qu'avec ma connerie (que j'affiche ouvertement), je vais recevoir 8319 coups de téléphone d'admirateurs.

22 octobre

A peine parti du travail, c'est la galère. Il y a grève de la stib, tout le monde s'amasse et se tasse dans le train. J'étais parti avec trois quarts d'heure d'avance, je me retrouve à la limite de louper mon train pour Paris. Ca déjà d'office, ça me met de très très bonne humeur. La suite est chouette aussi : finalement, dans ce train que j'ai réussi à avoir, un gars lisait le journal à haute voix, laconiquement. Ah ! Mais ferme là ! Il n’obtempérait pas, alors j’ai été me mettre ailleurs. Dommage que le droit d’égorger n’existe pas.

Enfin bon, avec plus ou moins de difficultés, je débarque à Paris. Ne réussissant pas à trouver de ticket de métro dans la gare du nord (tout s’appelle Transilien, c’est quoi ?) j'arrive même à faire rire une guichetière de la sncf, c'est dire le talent de bonne humeur forcée que je mets en oeuvre ! Finalement finalement comme dirait le Grand Jacques... me voici à la Place d'Italie. Légèrement en retard, je retrouve Ryu et Antonin. Nous partons immédiatement pour une cantine vietnamienne. C'était vraiment très bon, j'ai beaucoup aimé l'ambiance, ça ressemble à ce que j'imagine de l'Asie, des restaurants bien moins formels que ce qu'on a en Europe, mais malheureusement, j'ai été malade le soir. Je ne me sentais pas bien...

Antonin nous montre ses photos du Laos et un livre incroyable : tout ce qu'on transporte sur une mobylette au Viet-Nam. Dès fois, on ne voit même plus les roues et les amoncellements d'objets font quatre mètres de hauteur.

Je termine la journée dans les catacombes. Comme je ne sais pas où dormir, je me suis dit que les souterrains représentent l’espace le plus accueillant. Comme je rêvais depuis longtemps de dormir là, j'ai été rejoindre un endroit qu'on appelle le Carrefour des Morts. C'est sous le cimetière Montparnasse, il y a une salle et de nombreuses galeries remplies d'ossements humains. Je m'installe tranquille, sac de couchage au sol. Certains me mettaient leurs fémurs dans le dos, d'autres leurs tibias dans les côtes. Mouais, dormir dans les cadavres, ce n'est pas ce qu'il y a de plus confortable, mais après un peu d'aménagement, ça s'est arrangé.

Sauf que ce que je n'ai pas prévu, c'est que beaucoup de monde viendra contempler mon lieu de sommeil. A minuit, ce sont des australiens qui sont arrivés. Quand ils m'ont vu, ils ont dit -You're sleeping here ? Je réponds -Ah yeah, it's so great ! Et avec un air vraiment étonnés, ils se regardent et disent " oow shit !" Une heure plus tard, un autre groupe, puis deux encore. Les derniers à quatre heures du matin m'ont craqué un fumis. Pétard, ils font chier...

Au final, les morts ont été beaucoup plus calmes que les vivants. Ils m'ont pris dans leurs humérus et leurs radius et on a bien dormi. Ils sont, je l’avoue, de bien meilleure compagnie que ces idiots de service encore vivants.

23 octobre

Hum, je m'étire, je me lève et hop, direction la sortie. Dehors, il fait beau. Je regarde l'heure sur un parcmètre et ça dit midi quart. Oulah, il n'est pas à l'heure celui-là. Le suivant indique midi seize. Quoi ? J'ai dormi tout ça ?! Et oui vieux, c'est ça d'aller dormir avec les morts, ça prend du temps. Je file direction Bir-Hakeim. Ce n'est manifestement pas mon quartier préféré. Я встречаю Инна Алзксандрина Ъелоусова ;-) На башне Eiffel, Я не узнал ее, множество людей. Оно было больш увидеть ее. она дала мне что-то дивное : Кемеровская область атлас :)) она имеет несколько проблем с французской едой : она должна съесть cervelle d'agneau. Ууууужасно! Она должна съесть мясо ежедневное, то трудна. Я не любит французский варить. мы пошли к Invalides и Les Halles. Я был утомлен, так я спал в гостинице Titien... серия шума но очень глубоко спящ.

24 octobre

мы посетили кладбище Père Lachaise. штилевая прогулка от усыпальницы к усыпальнице. Я выучил то на русском языке éternuer = чихнуть = Инна говорит правда. по мере того как я аллергическ, она говорит правда каждая минута ;) В Belleville, мы нашли странная еда. Я люблю это место. Сразу после, я иду в поезд, чтение Натали Саррот. Крепко для меня... Я чувствую счастливое размышление в этот уикэнд. De retour à Bruxelles ma toute petite Bruxelles, je suis vraiment heureux de manger normalement, surtout un bon stoemp, ah je suis crevé mais c'est agréable de se sentir à nouveau chez soi, de retour au pays (même si je me suis perdu dans le métro que je n'utilise jamais ou presque...)

25 octobre

Je suis tout simplement incapable de répondre à autant de mails. Encore aujourd'hui, plus de cent, c'est sans compter les presque 200 de retard des deux semaines dernières. Non je ne peux pas. Je répondrai avec un mois de retard peut-être, mais avant tout, je privilégie les amis. J'estime ça normal... tchorski
Boris Vian, ma lecture du moment...

26 octobre

C'est vrai que je suis le genre de gars un peu désagréable qui crache sur tout ce qui passe. Rebelle dans l'âme, je fonde mes bases sur des concepts peu solides, en gros et à peine simplifié, je suis contre tout. Bon c'est vrai qu'il y a des sujets où je suis encore plus contre par rapport aux idées où je suis juste contre par habitude. Ce n'est pas la peine de me chauffer longtemps pour que je commence à argumenter sur tel ou tel sujet "honteux" ou "lamentable", qui sont je l'avoue, mes mots favoris du moment. Je ne sais pas si ça passera. Je suis vraiment honteux et lamentable en ce moment :-p

Dernière révolte du jour, les trams de la Stib (la compagnie de transports en commun de Bruxelles). Dimanche soir, j'ai pris le tramway, ce qui est très rare pour moi. J'ai été étonné du fait que c'est inconfortable. Un dimanche soir, le véhicule était bondé. Une fois désempli, j'ai remarqué que même seul, il n'y a pas assez de place pour s'asseoir (alors je ne te raconte pas les acrobaties lorsqu'il y a quelqu'un en face, les trams de Bruxelles sont designés pour les amoureux ;-) Sur la vitre, il y avait une pub soit disant transparente, mais qui en réalité ne l'est pas vraiment. J'ai eu un mal fou à trouver mon arrêt, il faisait nuit. Pour un prix pareil (1,40€), je juge pouvoir bénéficier d'un transport sans publicités. Bon et bien c'est tout, la prochaine fois j'irai à pied. A Prokopievsk, qui n'est pourtant pas une ville classée des plus modernes, les trams sont accouplés par deux et on sait respirer là dedans. Et puis le progrès n'a pas encore amélioré les fenêtres avec des trucs super géniaux transparents. Oh tu me diras, c'est pour bientôt. Oui je sais.
Quoi, je suis dégoûté ? Non hein !

 

28 octobre

Ca y est, la maquette de mon album de musique industrielle est terminée. J'ai eu beaucoup de déboires, notamment des problèmes de mixages, je perdais systématiquement toutes les basses, ce qui vient bien entendu amputer le son de nombreuses caractéristiques. Aujourd'hui et enfin, ce travail est réalisé dans son intégralité. C'est le troisième album "sérieux" que je fais, les autres étaient plus à l'état de recherches, ou bien des démos. Là, c'est un disque beaucoup plus court (48 minutes) donnant vraiment dans la tension. J'estimais que les précédents disques étaient relâchés. C'est à dire que tu as un morceau bien et puis ça s'enlise dans des trucs assez longs... Je ne pense pas qu'on puisse parler d'influences parce que je cherche vraiment mon style, j'espère simplement que ça déplaira au maximum de personnes (c'est tout de même le but !) Le disque d'avant était basé sur la pornographie, ici comme évolution, j'ai basé la quasi totalité de mes sons sur des distorsions de sons pédophiles. Pourquoi cela ? Parce que la musique industrielle est un miroir grossissant des dysfonctionnements de la société, chacun choisit son thème. Survival Unit, c'est la guérilla dans les pays pauvres, Genocide Organ le nazisme, Schloss Tegal la crasse glauque, Death Squad les escadrons de la mort... J'ai choisi de dériver mes distorsions musicales sur les thèmes que j'estime les plus sales malades. Il m'a été difficile d'obtenir ce que je voulais, soit un album conceptuel aux sonorités dégradées, comme si cela provenait de vieilles cassettes trouvées dans des décharges publiques.

Il me reste l'emballage à faire. Mon précédent disque était livré dans du fil de fer barbelé, celui-ci est une surprise, et je pense que les heureux possesseurs ne seront pas déçus. Il y en a qui ont livré leur disque dans un bloc de béton, un autre avec des ossements humains, un autre avec un scalpel usagé de morgue, un autre dont la boîte est scellée dans du bitume de cokerie (Blast Furnace), j'ai cherché à aller plus loin, comme toujours ! J'avoue ne pas oser distribuer cet album, j'ai été loin. Mais bon, il faut que j'assume. Je n'ai pas atteint le sommet, je pense qu'il est possible de faire pire, mais c'est quand même assez terrifiant...

 

29 octobre

Dans le genre jusqu'au boutiste, je suis pas mal. Lorsque j'ai décidé de faire quelque chose, j'y vais jusqu'au finish, me donnant autant que possible, même s'il y a des embûches. C'est ainsi, je suis perfectionniste, j'aime le travail bien fait. C'est une première constatation, j'avais d'ailleurs développé ce thème là un jour.

Dans le genre haineux, je suis pas mal. Je ne cherche pas les demi-mesures, à vrai dire dans ce secteur là, ce n'est pas mon fort. Alors j'y vais de stupidité en stupidité : je vous hais tous, je vomis toute cette société, la violence qui m'habite est une hargne sans fin. Une révolte bornée, sans distinctions je vous envoie paître sans même chercher à comprendre.

Dans le genre ermite, je suis pas mal. J'ai peu d'objets, peu de relations sociales, je ne suis pas apprécié par mes collègues, je n'ai pas de télé, je n'écoute presque jamais la radio, je ne lis jamais les journaux à cause de la pub et par dessus tout, je vais nulle part où c'est normal, juste dans des trucs abandonnés. Je m'en vante souvent. J'ai l'impression que ça me justifie.

Pourquoi je dis ça ?
Tout simplement parce qu'en ce moment, ça ne va pas très bien, il y a des éléments contraires à ma stupidité faramineuse, et quand je ne peux pas être con tout seul dans mon coin (sans gêner personne), ça grince.
Ca fait quelques semaines que je suis actif dans le domaine de l'antipub. Si je recherche la perfection, avec une seringue, j'injecte de l'alcool à brûler par la clé en bas des aubettes et je mets une allumette. Or je ne peux pas. C'est interdit d'être contre à ce point là. Je vis très mal l'enrôlement dans l'association parce que je suis un anarchiste, aucune structure ne me convient. Systématiquement, je trouve mille et une choses qui ne vont pas, ça dégénère en conflit et je m'en vais. Je suis très asocial, par là je veux dire inadapté à la vie en groupe.

Les actions antipub actuelles visent le tissu urbain. Or, ce but aussi représente une entorse à mon équilibre. D'habitude, je brandis un tel 'fuck' à tout le monde que je ne vais jamais en ville. Vous les sales cons de merde partout, vous avez tellement démoli les espaces naturels, je ne veux même plus vous voir ni regarder vos pourritures. Vous pouvez garder vos déjections à la mode vraiment trop bien, je chie dessus - et j'espère que ça pue. Aller emmerder les publicitaires, c'est participer à la vie de la communauté (en contre, mais c'est participer tout de même). Ca me fait vraiment mal parce que ces espaces urbains, je les vomis ; mais je n'ai pas le droit de les dégueuler assez pour en tirer satisfaction.

Je pense que c'est ça qui fera que je vais chuter dans ces actions. Je ne pense pas être capable d'assumer la lutte.

 

30 octobre

Ah, un vrai week-end de glande. Ca faisait longtemps et franchement, passer des heures calmes à régler tous les petits problèmes semés partout, ça lâche du lest et je me sens bien moins lourd. Ce soir, une action de dépubage bien sympathique. Il y avait des publicités illégales pour des ventes de tapis. Et bien ça fait partie du passé. Les panneaux sont dans la cave. C'est du nettoyage civique !

Oui sinon, c'est complètement inespéré, voilà que je me remets à écrire. Ces derniers jours, j'ai eu des idées. Je me croyais complètement crevé sur ce sujet, je n'avais plus rien rédigé depuis des années sauf quelques petites participations de rien et plutôt sans intérêt. Et bien non, je ne suis pas encore assez ventripotent, j'ai quelques lignes en réserve. Je ne révèle pas le titre ni le sujet, ce n'est pas que ce soit un secret, mais c'est tout simplement parce que ce n'est pas encore assez défini, je n'en suis qu'à 19 pages. Bien entendu, le projet va s'étaler sur une infinité de temps, que je sais d'avance bien trop long...

 

tchorski

Tout cela a l'air bien embrouillé, comme un coq-à-l'âne cafouilleux, mais au fond, c'est à l'image de ma vie, qui n'a été faite que de morceaux coupants, impossibles à recoller. Pour essayer de comprendre les hommes, il faut creuser jusqu'aux racines. Et il ne suffit pas de pousser le temps d'un coup d'épaule pour lui donner des airs avantageux : il faut le creuser dans ses fissures et lui faire rendre le pus. Se salir les mains. Rien ne me dégoûte. C'est ma besogne. Dehors il fait nuit, et la nuit, qu'est-ce que je pourrais faire d'autre sinon reprendre les vieux draps et les repriser un peu, encore et encore ?
Philippe Claudel, Les âmes grises.

 

1er novembre

Ce week-end n'est pas un pont mais pour reprendre une expression de Corinne Maier, un véritable viaduc. Ce jour de congé tombé grâce aux morts est une bénédiction, merci les anciens pour ce repos (de ce fait, ce n'est pas la peine d'évoquer Halloween, je ne sais même pas ce que c'est, sinon des enfants à qui on a appris un peu de mendicité, enfin bon chacun fait ce qu'il veut, ça ne me regarde pas et si ça les amuse, c'est d'autant mieux parce que la Toussaint, ce n'est pas spécialement gai). Moi, j'aime cette fête triste, les chrysanthèmes annoncent le début de mon mois favori - je ne parle pas des traditions douteuses des autres, des gens qu'il y a dehors, mais juste de la saison. Les couleurs sont fades, gris marron, il ne fait pas encore très froid mais il pleut tout le temps, un véritable régal. Et puis aussi, c'est l'annonce de l'hiver. Quel bonheur de retrouver mes frimas (et puis le vent dans la gueule, mais bon je préfère ne pas trop le dire parce qu'on va finir par me trouver vraiment excentrique). Je me sens à l'aise dans mes basquets. Enfin mes rangers, parce que je n'ai que ça. Je comprends comme c'était naze Nice pour moi. Vraiment n'importe quoi cette idée de descendre habiter là-bas. Plus ça ira, plus ma route rejoindra le nord. J'en rêve la nuit, de la neige, du vent glacial, des étendues gelées. Mes rêves sont rarement rejoints par la réalité mais bon, peu importe, je savoure déjà les flaques d'eau sur les trottoirs. J'ai envie de sauter à pied joints dedans et rien que ça, c'est gai - rien besoin d'autre.

 

2 novembre

Je ne suis pas qu'un peu de mauvaise humeur. Cette semaine sera une apnée, je ne retrouverai la liberté que dans six jours. Une apnée comme la semaine dernière et comme celle d'avant encore. Je voudrais écrire une seule ligne de mon roman, je ne le pourrais pas. On se chamaille mon emploi du temps comme si c'était une part de gâteau au chocolat. Pour la plupart des choses qui me sont demandées, j'ai signifié - quelquefois avec un peu d'exaspération - que je ne voulais pas participer. En attendant, ça fait des semaines et des semaines que je délaisse mes amis, j'en suis quasiment furieux. J'en ai assez de ces obligations qui me tranchent mon quotidien pour en faire de la cochonnaille. Il va y avoir des choix à faire et des coups de poing à donner sur la table. C'est plutôt désagréable mais malheureusement, il semble que c'est indispensable.

 

3 novembre

Il y a une chose de certaine, c'est que dans quatre ans, il ne restera plus rien de ce pays. Ce sera un champ de ruine (à ce titre c'est déjà partiellement entamé). Je ne sais pas s'il faut se réjouir du fait qu'ils soient perdus, parce qu'évidemment, ce sont toujours les classes les plus populaires qui dégustent. Leur faiblesse économique à venir va influer sur le destin de nombreuses nations en recherche d'équilibre. En tout cas, il y a au moins un symbole clair qui apparaît : c'est un territoire de démocratie et de liberté, un modèle à suivre et à diffuser dans le monde entier.

 

4 novembre

Voilà, maintenant que j'ai été en Bosnie et que j'en parle (avec ferveur), je connais plein de bosniaques. Des contacts parfois insignifiants, d'autres vraiment intéressants. Je rage un peu (mais pas trop tout de même) de ne pas avoir vu cette personne de Tuzla, grand maître d'un réseau fantastique de mines souterraines de sel. Des aventures minières en Bosnie, n'y a t'il pas la fibre exacte de ce qui me fait rêver jour et nuit, nuit et jour, même quand je fais ma lessive ? Quelque part, il y a le sentiment d'un poc. Oui c'est raté. A avouer que ce n'est pas un drame, je me dis tout de même qu'il y a matière à apprendre, pas seulement pour les voyages à venir si j'ai la chance d'être encore vivant, mais aussi avec les amis et dans la vie quotidienne. Pensant à ceux que je délaisse en ce moment (mais de moins en moins), ne dois-je pas me focaliser sur eux plutôt que sur mes trente mille virgule cinq obligations stupides ? Ca fait plein de questions, je me doutais bien que la Bosnie serait une collection de questionnements dépassant de loin la simple interrogation d'un voyage et d'un pays - quelques grammes de remise en cause.

A part ça, je suis plongé dans mon aventure romanesque. Si je n'ai pas le temps d'écrire ces jours ci, je peux assurer que ça fait du chemin. Je suis vraiment plongé là dedans, tissant mentalement mes toiles de récits. Tout se passe dans le train de 7h00 et pratiquement uniquement là dedans. Ce matin, j'avais l'impression de glisser, de quitter le réel pour rejoindre l'imagination : ce territoire d'écriture m'envahit. Je n'ai jamais eu tant d'idées pour un roman au cadre aussi strict. C'est peut-être parce que ça faisait des années que j'avais envie de parler de ces images. Je ne sais pas quand j'aurai terminé mais en tout cas, ça va très vite, beaucoup plus que ce que je croyais.

 

5 novembre

Je ne sais plus comment je m'appelle. C'est ce que j'ai dit hier soir en voyant que Mmmmousty mon chat mangeait du brocoli. Promis je te prépare des épinards ce week-end.

Un week-end qui d'ailleurs promet de bien longues heures loin des catacombes, mes parents viennent à la maison, ici en Belgique. Retourner sous terre me manque cruellement, ce ne sera pas avant la semaine prochaine, un week-end de prospection en Lorraine sur des sujets miniers plutôt méconnus. En attendant, quelle semaine infernale... Je suis en burn-out, on se moque de moi parce que c'est récurrent - c'est vrai soit dit en passant. Je sais d'où viennent les problèmes, j'essaie de les régler mais derrière se profile l'insistance, elle aussi très récurrente. Vous allez me bouffer jusqu'à l'os ? D'accord, continuez de vous moquer. Je m'en fous, je vais être cassant et puis c'est tout. C'en est terminé.
Bon, dans le genre original, le brocoli c'est quand même pas mal, hein ?!

tchorski

8 novembre

Pour la première fois, j'ai pensé à stopper volontairement et définitivement ce journal. Je ne dis pas c'est dépassé, c'est encore tout à fait envisageable, mais je veux éprouver ce sujet pour vérifier qu'il ne s'agit pas d'une fureur temporaire que je viendrais regretter par la suite. La raison est simple, je suis tellement dégoûté du monde qui m'entoure et en même temps tellement dégoûté de moi-même que j'en perds l'envie de solidarité d'information qui m'anime depuis longtemps, faisant place à un besoin d'ermitage extrême : me placer aux antipodes du moindre truc pouvant me rattacher socialement à la communauté. Pour aller dans le fond, j'ai décidé que sur une semaine (a priori), je développerai toute mon argumentation sur ce qui m'écoeure dans mon environnement, afin de voir si je suis capable de ne plus en parler - et donc et surtout, de voir si je suis capable de ne plus répéter et décliner à l'infini ce sujet. Je pense que je ferai ça dans une semaine. Ensuite, je prendrai ma décision.

Ce week-end fut (ainsi) (comme je l'avais prévu) étouffement. Les parents à la maison pour clôturer une semaine à l'emploi du temps plus que furieux. Là, le gros bazar est terminé, je suis à nouveau tranquille. Malgré tout, je n'arrive pas à ranger ma colère dans un tiroir parce que je sais que ça recommencera bientôt, cette situation où j'ai tellement à faire que je ne réagis même plus au jour le jour, mais à l'heure passante. Je déteste ça. J'avais dit que je prendrai des mesures et j'ai commencé. Bien trop vaguement mais bon, je suis quelqu'un de plutôt lent et je n'aime pas les remises en question brusques. Il en va de ruptures de styles et ça me fait chier, mais c'est indispensable.

J'ai traîné mes parents à Leuven, petite ville que je ne connaissais pas, pourtant située à quelques lancers de javelots de chez moi. C'est une cité assez agréable, notamment le centre qui est quasiment sans publicité. Les maisons anciennes ont un style très chargé, ça donne une curieuse apparence. J'ai bien aimé la couleur des feuilles dans les parcs. Une chose m'a beaucoup étonné. Sur une grande place entièrement minérale, il y a une immense aiguille à coudre verticale, je dirais de 30 mètres de haut. Sur cette aiguille est empalée une mouche à merde verte faisant bien deux mètres, oui c'est de la belle bête ! Quel peut bien être le symbole de cette oeuvre d'art originale ?

 

9 novembre

Hier soir, je lisais Pie Tshibanda, son livre "un fou noir au pays des blancs". J'admire sa force et son optimisme. C'est un livre rempli de courage. Il m'est bien difficile de parcourir de tels écrits dans cette période où je m'effondre complètement (implosion de la vie dans laquelle je m'étouffe depuis longtemps) mais cette longue lettre ouverte est un simple cri dans lequel on se plonge avec délectation, on en sort renforcé.

 

10 novembre

Ce matin, action antipub à la gare centrale et à la gare du nord. Nous avons décidé d'agir très tôt parce que les chacaux de pubards arrachent nos antipubes. Ainsi à 7h30 à la gare, nous avons été plongé directement dans la masse de gens, à coller des antipubes à la pelle sur les zobettes les plus visibles. Ce fut une action gratifiante. Au milieu de la cohue, les gens nous disaient "ah c'est bien ça", je vous soutiens", "je vous approuve", etc... Puisque ça fonctionne bien, c'est décidé, nous recommencerons.

A part ça, mon bouquin progresse. Je suis vraiment plongé dedans. Ce matin encore, je fermais les yeux pour écouter le train, trouver les mots pour retranscrire. Non pas un roman de gare mais un vrai livre de train, transpirant les freinages et les bruits de pas dans le wagon. Je suis imprégné de ces sons, j'ai du mal à en sortir le matin (le livre se passe dans un seul train, ce n'est pas celui du soir). J'enquête, j'écoute, j'en viens même à demander des renseignements. Une grande partie de plaisir, je l'avoue.

11 novembre

A Molenbeek, ça a bien chauffé jeudi dernier. Durant quelques heures, nous avons travaillé d'arrache pied à une future action antipub qui me semble assez prometteuse. Au soir, nous avons été manger au Loup Voyant et j'en ai joyeusement profité pour décorer les aubettes des rues attenantes avec mes jolies affichettes.

 

tchorski

13 novembre

Quelle belle journée ! Nous sommes au fin fond de la Lorraine industrielle, en train de prospecter des anciens sites miniers. Le soleil matinal frôle les feuilles jaunes-marron des arbres, c'est doux c'est beau. A la mine de Saulnes, devenue inexistante à cause du temps qui passe, un grand pont industriel enjambe la vallée pour rejoindre Rodange et les mines du Fond de Gras. Les barrières toutes rouillées sont magnifiques. Dans les arbres pointe soudainement un ancien poste de transformation électrique. Ses briques sont verdies par la mousse.

Plus loin à Lasauvage, au détour d'un ancien chemin de contrebande, nous trouverons deux mines complètement fermées. L'une d'elle a un petit ruisseau qui en sort. Ca fait des détours dans la terre et dans les sphaignes qui ont tout envahi, l'eau se faufile un passage clair et glacial. L'air est froid et sec, respirer fait des petits nuages de vapeur. Dans les bois, quelquefois viennent émerger d'anciens piquets qui servaient à délimiter la mine. Ce sont des morceaux d'aciers un peu tordus, un peu rouillés, envahis par les lierres. J'adore me promener dans ces vestiges. Loin dans le passé, on imagine au travers de ces forêts pleines de couleurs les anciennes usines aux cheminées élevées, crachant des nuages d'une fumée dense et blanche. On imagine aussi les trains de berlines sillonnant jusque la vallée. C'est loin tout ça, la nature a regagné le terrain, les liserons et les ronciers sont les maîtres.

14 novembre

Au matin brumeux et givré, nous partons chercher quelques couques. Au milieu de Musson coule la Batte, il fut un temps où cette rivière était un grand port industriel, tout particulièrement le jeudi, jour du marché.

Au cours de la journée, un peu plus grise, nous irons prospecter les mines de Niederkorn, tout particulièrement le secteur Honsboesch. Il y a une porte de mine en bois, elle est toute colonisée par des mousses et c'est vraiment très beau. Du côté de Prenzebierg, nous ne trouverons pas la mine "Gras" qu'on nous avait indiqué, c'est bien dommage. Au cours de l'après midi, je découvrirai un vestige de mine ancienne, l'entrée est un tel trou de renard que c'est à peine si j'arrive à me faufiler dedans. L'intérieur se révèle être un chaos sans nom, il n'y a plus rien qui tient debout.

Avant de partir, nous irons prospecter quelques derniers secteurs dans le centre de Differdange. Dans un ancien carreau complètement colonisé par la forêt, nous trouverons deux entrées dont une muraillée très jolie, formant une voûte de tunnel. Malheureusement, l'état de ruine est tel qu'il n'en reste pratiquement plus rien.

De retour à Arlon, Rudolf gagne une fois de plus un paquet de bonbons. Comme le dit Virginie, il m'énerve à avoir tout le temps raison ! Le trajet de train est franchement épouvantable. A côté de nous s'installe un ancien moine puant. Lorsqu'il discute, on ressent très rapidement l'envie de lui faire avaler une enclume. Non mais ce n'est pas vrai, je retire ce que j'ai dit parce que sinon, Mère Marie va être furieuse et je vais me taper cinq mille ans de purgatoire.

15 novembre

A peine rentré hier soir, trente seconde en fait, et voilà que la hotline informatique se remet en route. Téléphone que j'aurais joyeusement balancé dix fois par la fenêtre. Je ne pensais pas que ça arriverait si vite : voilà je craque. J'ai des montagnes de choses à faire, je n'y toucherai pas. Quand ça craque, ce n'est plus la peine d'essayer d'obtenir quoi que ce soit, c'est cassé. Mes résolutions sont pratiquement entièrement rédigées et je mets ça au clair demain.

 

16 novembre

Voilà, je commence... J'ai envie de péter les plombs maintenant parce que c'était prévu (oui je sais, c'est assez terrible comme concept !) En fait, j'espère surtout que cette crise programmée va m'aider à évoluer positivement.

Je tire un constat très simple. Ca fait plusieurs semaines que je veux écrire un roman, j'ai des tonnes d'idées dont quelques-unes sont loufoques. Je sais que l'inspiration est quelque chose de fugace, aussi volatile qu'une odeur parfois. Or, je n'arrive pas à trouver le temps et le calme pour écrire. Je me sens pris dans un carcan de choses à faire. Ce sont des choses que je désire, comme les souterrains ou l'antipub, ce sont aussi des activités que je fuis et dont je n'arrive pas à me débarrasser. Je me plains sans arrêt et depuis très longtemps. C'est donc (et pour reprendre l'expression provenant du titre d'un livre) que je me meurs du mode de vie dans lequel je me suis plongé.

Que faire ?
Des dizaines de fois, j'ai isolé les problèmes. Trop de courriers, vie trépidante, choix douteux, vie rythmée à la vitesse de l'internet, pression du journal intime "always online", la liste peut devenir longue. Ainsi, pour la dernière fois, je reprends tout. Et comme je suis quelqu'un de bien rangé (oui, j'aime ce qui est bien classé), je m'implique dans une série de solutions : nettoyage, médications, perfusions... Si je ne les mets pas en oeuvre pour de vrai et que rien ne change vraiment, alors c'est qu'il n'y a aucune solution et que mon mode de vie est complètement intenable. Dans ce dernier cas, j'arrêterai mon journal.

Chapitre un : coeur de pierre ou coeur bonbon au citron ?

Je crois qu'il n'est pas la peine de détailler que je hais. En résumé, mon choix de solitude est basé sur un mépris total de la société et des gens qui la constituent. Avant d'apprécier quelqu'un, je place d'office l'a priori stupide que cette personne est un veau. Ce n'est pas la peine d'essayer de changer ça, je n'ai aucune estime - je sais que de tenter le contraire est artificialité et je me casse la gueule. Je ressens par-dessus le marché que la société capitalistique est un pouvoir détestable. Les gens sont pris pour des masses de consommateurs et rien d'autre. Toute manipulation est permise, on les traite comme des merdes. Or, peu de gens réagissent face à ce mépris des multinationales. Ils suivent. Parce que c'est facile, aussi parce qu'ils n'ont pas conscience de tous les aspects de la manipulation, ou bien ils ne veulent même pas en entendre parler. D'ailleurs, je ne pense pas être conscient non plus de tout ce qu'il se passe. Donc j'amalgame, vous êtes des merdes. Pas tous, parce que la généralisation est une preuve de débilité mentale. Je mets un presque pour faire bien (mais sachez que je me considère comme une infâme merde, donc ce n'est pas vous prendre de haut vous mes quelques amis).

Partant de ce principe de haine, ça signifie que partout où j'évolue, je suis plongé dans un état de frustration qui ne cesse jamais de croître. Je hais les gens dans la rue, dans le train, au travail, au supermarché, à la fête du cheval, même quand je prends ma douche parce que au loin, je vous entends passer dans la rue. Du coup, comme stratégie de défense, c'est le repli sur soi. Je me réfugie dans les lieux abandonnés vides de gens, j'aime les forêts et les matins : en gros, tout partout où les gens ne vont pas et tout ce qui ressemble à ce qu'ils n'aiment pas.
Or la société de consommation et le capitalisme forcent à l'ultra-communication. Il faut être performant, social, communiquant, compétent dans les domaines de prédilection comme l'argent et la vente.

-Je ne suis pas performant, je revendique le souhait de vivre lentement.
-Je suis asocial, je revendique le droit de vous détester et de ne pas vouloir écouter vos vomissures sans être crétinisé comme c'est le cas à longueur de journée, tout particulièrement au travail.
-Je suis incompétent. Je travaille pour manger, seule la soupe m'intéresse. L'entreprise, d'une manière assez générale, me débecte.
-L'argent ne m'intéresse pas. Je revendique avec violence que tous mes travaux photographiques et toutes mes études sont gratuites. Ce n'est pas nouveau.
-Je refuse de vendre du vol. Et mon " travail obligé " est plongé dans une vaste entreprise d'arnaque. Mais bon, comme les clients sont des multinationales, je le tolère.
-Je revendique le droit d'inadaptation. Repas de famille, cordialités, pot de fin d'année et tout le bataclan du genre " social " me plongent dans un profond malaise. Je suis malade mental et profondément asocial, ce qui entraîne un sentiment de peur et d'automutilation quand je suis présent à ces trucs là.

Etant donné que le décalage est proche du carnage, on peut en déduire que la vie quotidienne est difficile. Je ne m'en offusque pas parce que je crois que c'est le cas pour beaucoup de monde, d'où le fait peut-être que les médicaments qui font rire genre prozac ont un grand succès - sauf que moi c'est un peu plus (enfin, c'est pour ne pas dire que mes problèmes sont nettement plus prononcés). Pour ma part, je refuse les médicaments tant que je ne suis pas presque mort. Les firmes pharmaceutiques sont parmi les pires avec les pétroliers et je suis révolté de voir les malades perpétuels qu'ils font de nous.

Malgré tout ça, il y a des gens que je suis prêt à suivre jusqu'au bout, même s'ils sont plongés dans une merde poisseuse. Coeur de pierre ou simple muraille de défense contre l'aridité du monde ?

Pour tout cela, je n'ai pas de solutions miracle, donc je vais juste dire que :
-Je poursuis l'antipub, même si ça dévore mon temps, juste parce que je veux lutter contre les aspects les plus dégueulasses de la société. Se plaindre sans arrêt et ne rien faire est lamentable. Donc j'agis, même si c'est au dépend de mon calendrier.
-Je poursuis mon désinvestissement total du monde du travail. Qu'ils crèvent. Je pense que ça apportera beaucoup de conséquences négatives, mais je ne suis pas être communiquant et si la plaisanterie a assez duré, alors j'irai ailleurs.
-Je vais essayer d'apporter de la modération dans ma haine, juste un peu, mais cela au profit d'une disparition sociale pratiquement sans concessions.

Chapitre deux : les passions dévorantes.

Je suis totalement investi dans la vie. Je veux dévorer chaque instant avec passion. J'aime par dessus tout que mes recherches (un peu atypiques) viennent servir à plein de gens. C'est un peu contradictoire avec la haine que je porte au monde entier et j'y ai pensé de nombreuses fois.

C'est pour cela que je travaille sans répits à des articles, des photos, des recherches. Le journal initialement faisait partie de cette démarche. Au tout départ, je voulais que mes comptes-rendus souterrains soient indexés et que les gens puissent en profiter.

Revers de la médaille...
-Nonante cinq pour cent du journal sont non indexés dans les moteurs (volontairement), parce qu'au lieu d'être un récit souterrain, c'est devenu un vrai journal intime.
-Second revers (avec ce journal) : tu mets mon nom dans google et tu rentres dans ma tête, j'aurais pu l'éviter mais je ne l'ai pas fait.
-Troisième revers : J'ai compté la semaine dernière exprès : 345 mails de demandes d'informations, assez compliquées pour certaines, en sept jours, et 7h30 passées aux réponses.

C'est un peu contradictoire que je parle de revers, parce que ces mails témoignent d'une chose, c'est que ça marche bien. Mon site souterrain reçoit 40 à 50.000 visites par mois actuellement. Malheureusement, je suis dépassé par les évènements, je ne surmonte plus ce problème. Preuve en est, je veux écrire un roman, prendre quelques heures au calme, et je n'y arrive pas.

La solution, je ne l'ai pas vraiment trouvée. Il est une période où j'avais enlevé mon mail du site, c'était tous mes amis qui se tapaient le courrier "Dis, tu peux lui faire suivre" ?
A noter aussi - et j'en ai déjà parlé - ces afflux de mails me font délaisser mes amis, à qui je n'ai plus le temps d'écrire.

Là ça va être difficile pour moi, mais je crois que je n'ai plus le choix.
-Je vais mettre sur mon site que je mets trois mois à répondre, à cause des camions de mails. Je limite ce type de courrier à une heure par semaine. Ce n'est pas excessif me semble t'il étant donné que je garde l'envie d'écrire à mes amis et que ça prend du temps aussi.
-Je me sépare des soit-disant amis qui ne sont là que parce que je connais comment bat le coeur d'un ordinateur.
-Je privilégie mes amis à mes passions (et j'hallucine d'écrire ça et de me dire que pourtant, c'est vrai). De ce fait, je clôture mon activité sur certains secteurs d'activités.

Chapitre Trois : Turtle blues.

La partie trois est un peu plus privée. Je n'ai pas envie de la balancer en tout public. Ainsi, je la garde pour moi dans mon journal complet.

Même si ces trois chapitres ne représentent que la partie émergée de l'iceberg, ce sont quand même là les principaux problèmes qui m'habitent. Je regarde mes collègues une demi seconde. Même si je ne prends pas leurs vies comme exemple (je ne suis assurément pas influençable), je remarque que pour la plupart, ils n'ont pas la vie de fou que je mène. Quand je porte loin le regard sur mon existence, c'est un inextricable chaos mêlant passages furieux, temps chahuté, suractivité et surtout, le sentiment que rien est assumé. Je ne veux plus de ça. La vie va trop vite, et c'est de pire en pire. Si je ne freine pas à bloc maintenant, je vais me foutre la gueule dans un mur et m'écraser en beauté.

Donc je mets mes résolutions en oeuvre. Ca va être terrible car pratiquement tout le quotidien en dépend. Le bateau tangue et je sens les bois craquer de partout. Je suis au bord de la rupture, il est plus que temps d'agir. Il me semble lucide de dire que ça ne va pas apporter que du bon, mais c'est choisir entre le pire ou le encore-plus-pire. Non Nora, ce n'est pas vrai ce que tu dis, je ne porte pas en moi la force de mes choix. Je me casse la gueule et dès que ça va mal, j'ai envie de partir ailleurs. Peut-être que c'est ça d'être adulte, justement ne pas partir ? (Je n'ai pas envie d'être adulte, vraiment pas. Ah là là, c'est gamin tout ça.)
Mais quand est-ce que viendra ce jour où je me dirai que je suis à ma place ?

tchorski

18 novembre

Bon, et bien me revoilà plongé au coeur du récit ferroviaire. Encore ce matin, j'ai lancé quelques "espèce de sale crétin" à l'attention des délicats post-it de mon patron, mais bon peu importe. Il peut se les mettre là où je pense (ça ne doit pas être très agréable). J'ai la tête entre les rails et de nouveau, le projet avance - la grosse colère de ces derniers jours a apporté un peu de positif, enfin pour l'instant, je ne jure de rien, non vraiment je préfère me passer de commentaires. Il est difficile de rédiger un roman dans un espace aussi clos qu'un train. Du coup, je dois faire face à des difficultés de narration. Enfin, je crois justement que c'est là tout l'intérêt, effectuer une grande apnée dans l'aller-retour quotidien, quitte à en arriver à un récit bizarroïde. Ecrire dans le train n'est pas évident, surtout le soir. Les gens n'ont qu'une idée, lire ce que je rédige. Enfin, heureusement que j'écris extrêmement mal, ça doit leur compliquer la vie. Bref, le texte avance, le livre a sa couverture maintenant, mes personnages prennent corps.

Hier soir, j'interrogeais encore des gars de la sncb sur les caractéristiques des IC, leurs capacités de freinage en automne quand les voies sont glissantes. Quant au photos, quelle épreuve pour moi... Au beau milieu de la foule du wagon, j'ai sorti le monstre juste devant Harry Vandersmaecker et
clic-clac. Ce matin, devant Ludmila, j'ai cru que j'allais crever de honte - mais je l'ai fait. Les gens me regardaient d'un oeil torve, vaguement réprobateur. Ce roman m'est une épreuve. Produire un texte impeccable, je ne l'ai jamais réalisé. S'il y a bien une promesse que je veux (me) tenir, c'est que cette fois-ci, j'irai jusqu'au bout de l'exercice.

 

17 novembre

Ah là là, ça continue... Je vais mourir à force d'indiscrétion moi... Ce matin, en train de faire une photo du wagon où j'étais, André Vermeersch me regarde avec des yeux effarés, tellement que j'ai du lui expliquer que c'est pour un livre (avant qu'il prenne les devants et se mette à parler fort, voire crier), tentant par l'explication de banaliser le plus possible. Prendre un espace clos habituel - le train - et en changer la finalité. Mon environnement se modifie et ça m'est difficile. Sur le siège pris en photo, trois minutes plus tard s'installe Terani, avec l'empire des anges de Bernard Werber. Gare du nord, Sueños de Luna.

Hier soir, en faisant la vaisselle, j'ai écouté l'album "Dead Cities" de Future Sound of London. Je ne l'avais pas fait tourner depuis trois ans maintenant. Putain trois ans, je m'en souviens comme hier. C'était un soir, dans le parc gris du Cinquantenaire. Je revenais d'une interview plantée. L'espace venteux et sinistre de ce parc m'a laissé un goût de désespoir profond : il est de fait que j'étais à quelques pas de sombrer dans les profondeurs d'une eau trouble et noire, la pauvreté. Pas une âme vivante tout le long, juste le vol planant de la mort sur un ciel nuageux plombé. Cette musique, je l'avais dans les oreilles et j'ai toujours identifié le Cinquantenaire à ces mélodies lointaines et sinistres (aussi), parfaite adéquation. Hier, essuyant les assiettes, j'étais ailleurs, vraiment. Je me dis que j'ai de la chance d'être vivant comme ça.

 

20 novembre

Hier soir, me voilà parti~reparti dans le train, cette fois-ci gare de Hoeilaart. Un seul but, faire des dizaines de photos des quais, quelques parcours dans les chemins derrière vers Vanlaethemstraat, puis filer à Groenendaal pour terminer le reportage photo, tout ça dans la nuit la plus profonde (il faut). Ces clichés me permettent d'être plus vrai dans mes descriptions, je suis un maniaque de l'exactitude, au cheveu près. Pour bien coller au roman, j'ai rejoint la gare de Groenendaal par les voies ferrées. C'est bien ronçu ;-) Cette promenade fut agréable, j'ai retrouvé un goût oublié depuis longtemps.

A Groenendaal, Jean-Pierre m'a regardé avec des yeux de loutre ébahie (c'est un habitué du matin, on se voit tous les jours) mais bon pas à cet endroit là et pas à cette heure, ce qui change c'est sûr... Juste après, c'est moi qui ai halluciné. Pétard de hareng saur, Camille qu'est-ce que tu fous là ? Tu étais avec Christelle (Choucri) et je peux te dire que j'en ai chié des barres à faire les photos devant toi. Encore ce matin, tu étais en face dans le train et tu vas finir par me prendre pour un parfait cinglé. A vrai dire, il y a de plus en plus un processus d'identification et je ne fais plus très bien la différence entre qui tu es réellement et la vie débile que je t'invente dans le train - bien entendu je ne dis rien, je refuse que mon processus d'écriture transparaisse. Je suis touché par cette histoire, parce que j'en ai appris plein d'autres de certaines personnes, des pages et des pages, mais celles-ci, elles sont vraies et pas des plus gaies. Ce projet est devenu une étape importante de mon cheminement.

 

21 novembre

Hier samedi (oui j'ai toujours un jour de retard en ce moment), action antipub à Saint-Josse. Nous avons recouvert une grande publicité avec une contre affiche (donc 4 mètres sur 3) comportant le texte "Résistons à l'agression publicitaire". Liar-Channel est arrivé au bout de cinq minutes et les flics au bout de vingt. L'employé trouvait cela scandaleux, nous sommes des voyous. Quant aux flics, constatant la parfaite non violence de l'action et le manque cruel de dégradation, ils n'ont rien fait. Ils ont téléphoné au bourgmestre et celui-ci nous a donné une heure. Ainsi, nous avons contrepubé durant 65 minutes. Le froid était piquant, mais ce fut une action tout à fait plaisante.

 

22 novembre

Malgré mes efforts pour tenter de tenir la route, mon système de valeurs s'effondre peu à peu. Les changements opérés la semaine dernière sont bien, j'observe concrètement du positif. Malgré cela, j'en viens toujours compulsivement à me détester et à refuser mon quotidien. Là où j'ai peur, c'est en me regardant dans le miroir, dans une vitre ou même dans une flaque d'eau : jusqu'où je vais aller comme ça ? Peu à peu, mes bastions tombent, approchant comme inévitablement l'implosion, celle que j'ai réussi à contourner de justesse ces derniers mois - frôlé l'été dernier.

 

23 novembre

J'ai continué à travailler sur mes problèmes d'emploi du temps ; j'avais éructé il y a quelques mois des "plus jamais ça" et brandi colère sur déception, hier encore je me suis plongé au coeur des ennuis, principalement une présence internautique débordante, donc je clôture - temporairement ou non, ça dépend des trucs. Beaucoup de positif, c'est dire comme cela représente un besoin. Vraiment en ce moment, je me sens comme une bombe, et je cours partout pour me désamorcer, éteindre les incendies qui couvent ou qui brûlent carrément, dans l'âme et dans le coeur.

Hier, j'ai failli m'endormir sur mon clavier au travail, mon patron a d'ailleurs remarqué que j'étais les batteries à plat. Un chien des voisins a gueulé toute la nuit, ce qui m'avait joyeusement consolidé d'une longue nuit gris-clair (pas blanche mais presque). J'ai essayé de travailler sur "Train" et je n'ai sorti que cinq lignes ! Ce matin, je faisais parmi mes dernières photos. Pas de remarques particulières. (Enfin si, hier soir. L'un des trains a eu son alarme qui a sonné. Alors j'ai été demander au guichet ce qu'il se passait (c'est un bruit étrange, très inhabituel). Le guichetier m'explique patati-patata puis tout d'un coup me sort : vous ne seriez pas celui qui écrit un livre là ? Gloups ! Ouais bah ça va, je vois que les nouvelles vont vite ;-)

Dans 10 jours, on aura l'Alsace et la Lorraine, surtout la Lorraine d'ailleurs. Une grande descente est prévue : trois jours sous terre loin vers les recoins perdus et sauvages des anciennes mines de fer. Ca promet de belles aventures.

tchorski
16 17 18 bleu vert machine à lavage déni du quotidien - ombre fuyante

24 novembre

Une journée de couleurs fragiles, en perpétuelle recherche d'équilibre - ce matin je n'ai pas osé sortir l'appareil photo dans mon train, le Am75 331. Comme il m'a été dit, ce qui fait peur aux gens, ce n'est pas tant que tu fais une photo, c'est que ton truc est emballé dans un caleçon et tu sors ça devant eux. Hier, j'ai eu un espèce de flash, c'est que cette histoire de train va se terminer, je n'en ai pas envie. Cette échappatoire au quotidien me fait foncer un trou dans l'idylle et même si elle n'a rien de vrai, je me plais à en imaginer le déroulement défoncé aux contours chaotique. Faux pas d'il ne faut pas, je perds mon identité dans celles des autres, inventée comme il se doit, un grand coup de faux dans mes pas de loups ? See you again les gens du train. Plus qu'un pas avant d'être à vous, éphémère incendie avant la disparition.

 

26 novembre

Mon patron lance une phrase vengeresse : de toutes façons vdu, il n'arrête pas de se plaindre. Je ne sais même pas pourquoi ni comment ; c'est intéressant, je gagne des points pour me faire virer sans rien faire de mal, donc surtout je ne réponds pas, même si dans le fond il a entièrement tort. Je ne me plains pas puisque depuis plusieurs mois, j'en ai totalement rien à foutre et je suis là pour la soupe. Uniquement.

Le projet train commence à toucher la fin. Encore une bonne quinzaine de jours et il ne restera que les longues corrections à faire. Ce qui m'étonne, c'est que j'ai pris bien plus de plaisir à enquêter sur les trains plutôt que la rédaction du livre en elle-même. C'est comme un décalage, comme si le livre était prétexte à. Difficile à trancher, vrai ou faux... Ca faisait longtemps que je voulais parler d'Hoeilaart et le livre me permet d'aimer - au travers des lignes.

 

29 novembre

Un week-end de rien du tout. Qu'ai je fait réellement ? Ecrire écrire écrire puis dormir ? Un rythme très lent, balisé de chemins pas réellement palpitants (en marge d'importants problèmes), enfin bon, je suis pas mal débarrassé de stress, notamment sur les gros projets, je me suis dit que c'était bien, tout sauf prise de tête, ça file au cours de l'eau. Heureusement, pour arranger ça (non ce n'est pas normal que ça roule Raoul), il y a les lundis. Très cool les lundis. Surtout un comme celui-là.

J'arrive tranquille à 7h23 - je viens de voir Sarah et Matthew, le bébé de Sarah ça n'a pas été (du tout) - je m'installe avec un café et je lance mon logiciel de mail, juste pour voir un peu s'il y a d'autres nouvelles (espérées bonnes cette fois-ci). J'appuie sur le bouton "Get Msg" et qu'est-ce qu'il s'affiche ? Waiting Mail 1 / 420... C'est malheureux mais là je n'ai plus d'autre choix que de foncer dans le tas, ce qui est fait maintenant. Internet s'avérait de plus en plus débordant, dévorant la vie à petit feu. Les souterrains sont clôturés, figés en une statue de sel, plus d'interactivité. [Vous voulez que ça reparte ? Et bien faites en sorte que je sois engagé quelque part où la ligne éditoriale le permet. Ca fait des années que je veux en faire ma vie, mais pas mes nuits blanches ; d'un certain côté ça peut se comprendre, je pourris dans une entreprise de merde à longueur de journée et je rêve (inaccessible) de faire du journalisme de qualité, cela est relégué aux cinq minutes de libre ou bien ça empiète sur le bonheur (d'où quelquefois d'ailleurs du photojournalisme de piètre qualité),
non :réaction: clôture].

J'approche de mes échéances. Dans 16 jours, c'est une immense page qui se tourne. Je me sens en équilibre précaire, incroyablement secoué par les vents et marées. Comme je suis en transition en ce moment, je me sens fragilisé, je me demande quelle gueule prendra l'infâme période de noël. J'ai de la tension dans l'épaule, je crois que je n'ai pas fini d'en découdre. Avant tout, en terminer avec mes démons, jusqu'ici mes choix ont tenu la route. Je suis un imperturbable râleur, je ne cesse de me plaindre. Plutôt que de me rabattre le caquet (ce qui quand même il faut l'avouer et pratiquement rentré dans le domaine de l'indispensable), j'ai jugé plus correct d'agir à la source de mes râleries. J'y suis presque. Non, ce n'est pas du binaire tout ou rien, mais c'est fort de chocolat quand même.

 

30 novembre

Dans ce rythme frénétique, j'ai tenté le retrait. Incroyable de voir comment certains me retiennent dans leur monde, quitte à en déchirer mes vêtements. De ces gens qui t'apprécient non pas pour ce que tu es mais pour ce que tu peux leur donner. Ma violence n'a cessé de grimper, atteignant des sommets de mal-être, en immense répétition remplie de lassitude. Durant ces dernières semaines, j'ai tenté de colmater la brèche, mais non, rien à faire. (C'est le naufrage). La blessure n'a cessé de s'infecter, ils n'ont pas compris que c'était maintenant où jamais. Je plonge en rupture(s).
Ces personnes m'en voudront certainement, mais bon voilà, je viens de leur envoyer leurs réponses tant attendues.

Décembre commencera sur une autre couleur.

fallait-il qu'ils fussent pour nous les mots de colère & d'impuissance pour nous les mensonges ce monde incroyable de prières de jambes trop maigres pour marcher ce monde où chacun tremble où chacun trébuche pour son frère & finalement se couche sur le bord de la route où l'on ne regarde plus personne en face où les plus valides succombent où l'on soudainement se souvient sur la route que rien que l'on n'a rien mangé depuis deux jours pas la moindre & presque pas dormi ou alors debout par séries de cinq secondes à cause de la peur & des détonations lointaines les hommes en train de boire sur le côté les véhicules qui se suivent un homme couché ou était-ce une vieille
Joris Lacoste, ce qui s'appelle crier

tchorski

1er décembre

Les couleurs d'automne s'estompent peu à peu pour le blanc gris de l'hiver. Bientôt, la prairie froide qui borde la voie ferrée entre La Hulpe et Hoeilaart mettra son manteau blanc. Il faudra sortir les carottes et les balais de sorcières, le petit vallon va se peupler d'une étrange cohorte de bonhommes souriants ou bizarres. J'attends cela avec impatience, comme un habit de fête pour un moment tout autre, la seule joie de se cailler les mains juste après Kuala Lumpur, ou bien même Singapour si je suis trop ignare pour savoir.

Voilà mes lignes (de la main) tracées, entre futur simple et passé composé, à la porte d'un ermitage rempli de peu de concessions. Il y a ceux qui suivent le chemin qui leur est tracé parce que c'est la mode et c'est bien comme ça ; il y a ceux qui s'acharnent à prendre des voies de traverse, les chemins de détours dans la campagne et c'est joli, c'est bien comme ça ; il y en a qui cessent de croire qu'il faut aller quelque part, qui posent leur sac par terre et qui regardent le grand paysage rempli de brume le matin les nuages qui se coincent trop lourds entre les collines verdoyantes, c'est probablement bien comme ça (aussi) bien que ce ne soit pas sûr, mais qui peut être certain de ses choix de vie ? Pas hésitants d'incertitude feutrée, de plus en plus silencieux, en retrait de leurs cris de leur haine leurs espoirs leur danse leur carriérisme leur imbécillité - le visage calqué sur la douceur.

 

2 décembre

A la fois rarement si actif et rarement si ankylosé, presque incapable de lever le regard vers l'avenir. J'ai donné des grands coups de sabre dans mes je de maux, il ne reste pas grand chose de ce que je fus, déchirant sans regrets mon imparfait, sans conditionnel ni subjonctif. D'un certain côté, c'est sans surprise, je sais bien qu'il n'y a que dans le vide où je ne me sens pas oppressé. Ca durera quoi, trois mois, avant que je me dise dans une foule dense de nouvelles idées qu'il faut que je me bouge le Q, à grands renforts de lettres, d'écritures, de lignes dansantes sur des papiers volants, pour partir à nouveau m'envoler je ne sais où, en plongée noire de projets qu'on voudrait fini en quasi immédiateté. Je crois que j'ai longtemps essayé d'être celui que je ne suis pas - en réalité être bien (aux yeux de n'importe qui, ce qui n'est pas évident vu mon caractère très sombre et intimement défaitiste) - le mensonge a fini par rejoindre son destin de poubelle, personnalité
détritus ; le camion-benne arrive avec ses gyrophares qui font mal aux yeux, au revoir vincent, bon voyage au centre d'incinération. Alors oui maintenant, à la place où il y avait ce sac poubelle, il n'y a plus rien (juste une petite flaque saumâtre de puanteur) : ça fait un grand vide et c'est bizarre, je ne sais pas si c'est plus stable mais tout au moins, quand ça tombe ça ne pèse pas lourd. Demain, je pars en Lorraine sous terre pour trois jours. Je me sens comme face à l'intrusion - comme si ce n'était pas le bon moment (mais pourquoi puisqu'il n'y a rien d'autre en attente ?) - en réalité qui est l'intrus, celui que je retrouve en moi toujours aussi honteux, ou celui que j'étais ?

 

3 décembre

Bon, je sors l'ordinateur pour faire le pauvre compte-rendu de l'épopée du week-end. C'est du joyeux.
Avec François, nous nous retrouvons pile à l'heure comme il faut à Saint Charles. Ca sent la grande descente de mine, les vastes projets comme on les adore, on se prépare et hop c'est parti. Le chemin d'approche à la mine n'est pas sans difficultés, nous nous retrouvons dans l'enceinte d'une carrière à ciel ouvert en activité, ce qui est embêtant avec le passage des grosses machines vrombissantes - enfin ce fut sans problème. Une fois arrivés devant la mine, on se rend compte que l'entrée que nous avions repérée quinze jours plus tôt est soudée. C'est fermé bloqué fini.
Voilà, le week-end est terminé. Vous allez en prison sans passer par la case départ. Vous pouvez hypothéquer la Rue de la Paix.

Sur le chemin du retour, un chasseur nous parle de ses affûts et de ses repérages. Nous verrons un lièvre détaler mollement. Comme il n'est pas loin de midi, nous décidons d'aller manger au Luxembourg. Nous continuerons l'après-midi sur deux autres mines. Les tentatives de réouverture de ces trucs anciens sont un échec, c'est trop dur et nous n'y arrivons pas. Sur ce, comme Rudolf est occupé, nous irons à Pulventeux pour trouver quelque chose à manger et passer le temps. Juste à côté du Mister Bed, le repas est mauvais et déprimant - normal c'est à Cul-Venteux. François a fait 400 kilomètres pour admirer un Conforama débonnaire et un Hyper aux Vêtements dépressif. Nous décidons d'un commun accord d'abréger le week-end à samedi midi.

Au soir, nous irons dormir dans la mine Inox Supérieure. C'est une mine assez piteuse. J'en fais une visite que je souhaite méticuleuse, mais rapidement, je me retrouve dans la situation de devoir arrêter. C'est dans un état catastrophique à en être impressionnant. Les fontis s'accumulent par dizaines et des fois, il y a des fontis de fontis. Je passe par deux fois en niveau inférieur, mais rien qui me permet de retrouver un réseau sain et visitable.
La nuit fut un peu foireuse. Le ciel va t'il nous tomber sur la tête ?

4 décembre

Nous arrivons au parking de Differdange à 7h00. François somnole encore dans son duvet quand on frappe à sa vitre : ça indique clairement à quel point il se fait crapuliser par ses amis les spéléologues. Vu le programme, on n'est de toute façon pas pressés... Le temps d'un petit café et nous voilà partis pour la mine Honsboesch, dont nous aviona également repéré l'entrée il y a 15 jours. On nous a dit que c'était une petite mine à l'intérêt passable. Mais bon, comme on a plus rien d'autre, on y va.

Sur place, la nature est grisaillante. Les arbres sont recouverts de mousse à la bois bosniaque. L'entrée est un beau porche, il devait y avoir une grande Sainte Barbe il y a longtemps. A l'intérieur de la mine, ça se subdivise en deux, droite et gauche. C'est un réseau plutôt vide, dont de très nombreuses galeries sont fontissées ou dépilées. Pour la visiter, ça prend environ quatre heures. Il y a plusieurs niveaux, on en change souvent sans s'en apercevoir. Il n'y a plus de rails (sauf exception), les ateliers sont vides, plus de matériel ou presque. Restent seulement de très nombreux isolateurs électriques. De galeries en galeries, aux détours quelquefois un peu complexes, certains paysages valent la visite, d'autres sont vaguement vides et sans intérêt.

Après un bon repas gastrovomique, nous sortirons et retrouverons le jour. Il fait gris et triste. On se quitte là et nous commençons chacun de notre côté à faire défiler les routes. Au sortir du Luxembourg, il fait beau, une belle journée d'hiver. Juste après avoir passé la Lesse, c'est le retour du brouillard.

Ce fut un week-end d'échec pratiquement total. Cela signifie clairement ô combien la Lorraine c'en est terminé. Avec un bon plan et une multitude de plans B, ça s'est cassé la gueule. J'ai un peu envie de dire que ce n'est que partie remise, mais cet échec va être difficile à faire passer.

6 décembre

Curieusement peu de réactions à ma volonté d'ermitage et mon retrait quasi systématique d'un peu tout. Ca me rassure et surtout, ça me soulage beaucoup ; je n'avais pas envie de crier ni de lutter pour partir. Dans les mots que je reçois tout de même dans les quelques vaillants mails de résistance, je suis étonné de voir que cela peut être caractérisé comme un manque de vitamines, une chute un peu temporaire (dépression liée à l'hiver) et que ça ira mieux après : bien au contraire, j'adore l'hiver et je déprime au coeur de l'été, mon retrait du monde n'est pas une conséquence de tristesse, c'est une recherche d'un peu plus de bonheur. Le pire, c'est que ça marche très bien. Je ne me suis rarement senti aussi apaisé, sans toute cette foule de problèmes que je suis tout bonnement incapable de régler, sans cette ombre menaçante des congés de noël et des mille choses à faire en retard. Maintenant que j'en ai fini, il faut que ça dure. Je suppose que le plus grand défi réside là.

tchorski

7 décembre

Ca y est, train est terminé. Je viens de le mettre sur les rails.
Je perds son contrôle, la dissémination commence au fil des allées bondées de gens. C'est difficile de le quitter, mais c'est son destin - même son rôle. C'est une histoire ferroviaire. Au début de la répartition des textes dans le grand abîme de la nuit, c'était tout gentil, mais au cours du récit les personnages m'ont échappé ; ils ont sauté dans un wagon et je les ai vu partir, comme ça, au nez et à la barbe, sans rien pouvoir faire. Ca n'a pas loupé, ça a déraillé dans une histoire trash dans laquelle moi-même me suis abîmé. D'un certain côté, ça ne m'étonne pas. J'en avais parlé à Chloé il y a un an, comme quoi cette image de train m'attirait sensiblement, comme s'il y avait un esthétisme, quelque chose à travailler dans les mots et les couleurs. La nuit a retrouvé la nuit.

Pas d'autre projet d'écriture. Les deux mois qui viennent vont s'établir dans les ultimes corrections, non pas celles que je souhaite mais plutôt celles qu'on va me demander, plus les nombreuses coquilles qui me narguent comme des évidences invisibles. Le projet va partir en édition, sauf si deux personnes s'y opposent (je ne pense pas qu'elles prendront cette décision, toutefois je leur en laisse la liberté en simple honnêteté - je ne prends personne au piège). J'ai réussi à transcender mon environnement quotidien, parler de ce que j'aime, pour moi c'est une réussite (je ne veux pas dire une belle chose mais plutôt une victoire sur moi-même, je me pensais incapable d'aborder les gens du train). Je n'évoque pas le texte, que je ne suis pas apte à juger, seulement cet acte ferroviaire : enjamber la frontière du silence quasi carcéral du wagon. C'est surtout cela qui m'importe, même si ça se solde par une disparition, j'espère que l'on me pardonnera le style de narration au profit de ce geste de train.

 

8 décembre

Un peu comme quand on se met le visage très proche d'une lampe à incandescence, on ressent la chaleur avec force, la lumière aveugle tellement qu'on en ferme les yeux. Un halogène peut faire l'affaire aussi, mais pas un néon. C'est un peu ça en ce moment, se cramer la gueule jusque l'intense presque trop, mais n'y a t'il pas un défi à relever ? Oui je suis là, je tiendrai jusqu'au bout, en dépit de l'immense sentiment de difficulté. Mardi prochain, j'en ai définitivement terminé. Je ne sais pas si je peux dire que ça fera pas de mal parce que après tout, c'est quand même très ludique. Passe Hoeilaart à toute vitesse puis recoin de Groenendaal, transfert de cartons pour des bonjour les gens. Sans vagues mer d'huile pas même étonnée, comme s'ils savaient. Ma foi, ils doivent porter des chaussettes rayées, ça explique tout (et puis je n'ai pas pris mon fer hier soir). Wagons du fond, je n'ai toujours pas été dans l'essentiel du sujet. Je pense que ce sera pour vendredi ou lundi.

 

9 décembre

Oh, mais j'ai oublié mes clefs ? Ca va faire deux heures et demi d'attente. Tant pis, je chercherai où se cache la patience. Le contrôleur passe ; esprit embué de fatigue, je retrouve l'abonnement et mon petit trousseau avec la vache charbonneuse dans un recoin inespéré. Ouf, sauvé, ce sera beaucoup moins long ! Ce matin, j'étais vraiment cloué au lit, le regard vissé sur le radio-réveil qui avançait inéluctablement. Finalement, à force de me marteler qu'il faut vraiment que j'y aille, je me suis extirpé. Six heures douze, c'est une bonne heure pour se lever. La tête dans un étau, l'esprit vraiment pas d'équerre et pas un seul compas dans l'oeil, je me cogne contre le chambranle de la porte, vite-vite disparaître sous la douche, doux pinceau d'eau brûlante : raboter toute la saleté d'hier afin de pouvoir accepter celle d'aujourd'hui - quel est le nombre de taloches que je vais me prendre ? J'ai plus d'un tour dans ma boîte à outils, mais combien de temps cela va t'il durer avant que je sois scié par de nouvelles annonces regrettables ? Rien de bien établi. J'ai beau faire mon bricolage pour que ça tienne la route, il vont bien défoncer mon quotidien à coups de pelleteuse (notamment hier, le mail FW : Fin de collaboration, je croyais que c'était pour moi - en fait même pas, ce n'est pas mon tour). La quincaillerie est usée, mes os s'entrechoquent. Mêmes histoires toujours tout le temps. Le froid qui pince la nuit.

 

10 décembre

Mais où vais-je partir en voyage cette année ? Ibiza, Ténérife, Cancun, Djerba ? Oups euh, je me suis trompé de page là, hum deux secondes... Oui voilà, ça va être mieux comme ça :

Dans les destinations annulées, il y a en a que je raye avec grands regrets. Les îles Spitzbergen (Longyearbyen) à cause du budget faramineux que ça demande. Ah quel dommage, le Groenland ou le pôle nord semblent réservés aux grandes fortunes. L'Azerbaïdjan rayé aussi, pour cause d'insécurité. Les paysages naturels de l'arrière-pays ont l'air monstrueusement bien, mais la proximité du Daghestan, les conflits du secteur Nagorno-Karabakh en font une destination pas vraiment de tout repos. Rayés aussi la Mongolie, la Kamtchatka, la Yakoutie, Magadanskaya Oblast, Khabarovskiy Oblast, la Novaya Zemlya... Peut-être pour plus tard. Je n'évoque même pas Kemerovo.

Je ne voyage pas tout seul, donc ce sont des propositions qui sont loin d'être uniques et déjà acceptées. Il y a avant tout le Kirghizstan, comme ça a l'air beau et agréable comme contrée, un véritable délice d'Asie Centrale. Puis le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, l'Afghanistan (rayé en fait, c'est juste parce que c'est vraiment beau et tellement dommage que ce soit pété), le Tadjikistan, le Pakistan nord. En gros oui, la jolie collection des -stan de tous genres.

Je ne sais pas exactement quand tombera le choix définitif, mais une chose est sûre, j'ai déjà envie d'y être !

tchorski

11 décembre

Quelques définitions pour mieux comprendre cet article shopping.
Zivah : Rebelle qui a tendance à agresser un peu tout le monde avec un accent de banlieue fort prononcé. Je précise que le zivah n'a pas de couleur, (non je ne vais pas faire les choux gras du misérable vlaamsbelang, auquel je refuse la majuscule du nom propre).
Roni : Rebelle qui se la pète, il met une chaussette en boule dans son slip pour paraître "imposant" auprès des femelles, il a des lunettes de soleil le 15 décembre à 17 heures et toutes fenêtres ouvertes la voiture, pour qu'on entende bien fort dans la rue la musique-soupe (Diam's par exemple) qui est une oeuvre de rébellion par excellence.
Bourge : Rebelle de la société qui honnit les deux catégories précédentes. Généralement, ce sont des personnes fortunées ou qui tentent de le paraître.
Les classes moyennes (comme on dit en Belgique puisqu'il y a même un échevin de ça) : Il s'agit de la masse laborieuse.

Voilà la douce période de Noël qui approche. Ce moment de l'année est savoureux, parce que c'est l'occasion de se retrouver en famille, chacun donne une agréable pensée à l'autre en offrant un cadeau (ou plusieurs selon l'attachement à démontrer). Noël, c'est Petit Jésus qui est né ; autour d'une table bien chargée (quel délice), on commémore les valeurs fortes du christianisme, la fraternité, l'amour, l'attachement aux valeurs spirituelles et le voeu de pauvreté. Bonjour mon Tonton-Con, bonjour ma Tante-Chérie-Facho, bonjour Grand-Mère-Acariâtre, bonjour mon Oncle-Picoleur, bonjour mon Cousin-Club-Med-Djerba. C'est un bonheur de vous revoir, ça faisait si longtemps. Vous avez bien (pas du tout) changé.

En réalité, ça fait pratiquement dix ans que Tonton-Facho m'attend, les autres aussi. Encore adolescent et dans un accès de violence, j'ai signifié à ma famille que je ne voulais plus les
voir - jamais - ils font un peu partie de cette France de base, raciste mais qui ne veut pas le dire (enfin qui n'accepte pas ce mot là, mais ils disent que les arabes font quand même chier à foutre le bazar hein, non mais c'est vrai, ils font aucun effort d'intégration, qui-est ce qui fout le bordel dans les cités ? Faut pas déconner), cette base bien-pensante que j'ai quitté en dégoût absolu ; je suis furieux lorsqu'on me dit que je suis encore de cette nationalité, rageur non pas que je sois purement attaché à la Belgique, mais tout simplement parce que je refuse mon pays d'origine, je le renie, je le vomis. Ainsi aujourd'hui, je ne me suis pas occupé de Tonton-Con ni de Cousin-Djerba. Malgré tout, j'ai été chercher quelques cadeaux pour les (rares) gens que j'apprécie.

Seul ennui, on a déjà tout.
On est riche.
Les seules choses dont les gens ont envie, ce sont soit des objets qu'ils ne possèdent pas tout simplement parce qu'ils n'ont pas les moyens, ou autrement des rêves non matériels. Ainsi, les courses de Noël, à grand renfort de pilonnage médiatique, c'est un appel à la surconsommation. On s'est empiffré durant le repas, à n'en plus pouvoir et on va prendre un dessert (bien lourd). Qu'est-ce que je vais bien trouver pour (remplacer l'italique par un prénom), il a déjà tout ?
Surconsommation : comme une inlassable prise au piège.
Ca ne se fait pas de ne pas donner de cadeau, ça va être mal pris.

Alors voilà, se profile la journée catastrophe. La moitié de la Belgique s'est donné rendez-vous dans le temple de l'overdose : la surconsommation de masse. On fait les boutiques. Les classes moyennes défilent dans la rue surpeuplée, flot aussi aimable que mon patron, imagination bornée Djerba, du genre faut pas sortir de l'hôtel parce que ça pue-du-boudin, c'est rempli de gens sales et c'est la zone. Les commerces surpublicitaires sont assaillis, Petit-Papa-Noël se réjouit (il se frotte les mains et ce n'est pas parce qu'il a froid), Jésus va bien manger pour son anniversaire. Je ne parlerai pas de sa surcharge pondérale depuis quelques décennies, ça on ne le voit pas sur les tableaux sombres et tristes des églises catholiques.

Dans cet ordre établi (que je connais infiniment peu en réalité car je passe ma vie à le fuir en courant) se promènent les zivah et les ronis. Le quart-monde lèche les vitrines et à en croire leur attitude, ils lèchent les bottes du merchandising sans même sans rendre compte. Roni, il porte du Lacoste. Ca lui a coûté la peau du cul (même si en réalité, son truc est fabriqué au Bangladesh par des gamins de dix ans). Mais Roni il est fier parce que quand il porte ces vêtements classe, il ne ressemble pas à un pauvre. Le Bourge quant à lui a vite repéré que porter du Lacoste, ça fait pauvre (bein oui puisque les pauvres ils mettent ça). Alors, le Bourge se reporte sur des marques à la facho (sur les publicités ils sont tous aryens) du genre Cyrillus. Le pauvre n'a pas encore compris ça. Parce que oui, il faut bien préciser que Zivah comme Roni, il n'y a que l'enveloppe (je veux dire par là que les vêtements). Quand tu écoutes le genre de discussion qu'ils ont, ce n'est même plus du zéro de quotient intellectuel, on tombe dans l'abîme du négatif. Je sais, je suis un très méchant misanthrope sous l'influence d'antidépresseurs et de psychotropes, je proclame de la généralité pour alimenter ma haine.

Ainsi hier, j'ai pris ma dose (et mon rôle) de classe moyenne - j'ai travaillé laborieusement pour quelque chose au moins moi : je vais offrir du bonheur préfabriqué d'emballage cadeau. Monsieur Commerce m'a trouvé bien modeste, mais bon c'est toujours ça de pris. A un moment, pris de nausée dans la masse mouvante affreuse, je me suis arrêté sous un arbre (c'est un faux en plastique, car bien entendu, qu'est-ce qui pourrait pousser dans ce désert à la plastique minérale parfaite, chaude et accueillante ?) Les gens s'engouffrent avec poussettes et air affairé dans "nature et découvertes", le magasin naturel typiquement formaté pour les citadins - collines de plastiques de tous genres et montagnes d'emballages pour faire plus de déchets, fausses grenouilles (parce que les vraies crèvent de notre mode de vie), fausse image de lieu respectueux, faux faux faux faux faux.

Cher Tonton-Con, je t'ai acheté un ticket pour Djerba, c'est un aller-simple. Ne reviens pas s'il te plaît. Je suis sûr que tu t'y plairas plus que dans ta grise banlieue merdique.
Chère Cousin-Club-Merde, j'ai été tout joyeux d'apprendre qu'avec Nolwenn, tu t'es reproduit. Je te souhaite tout le bonheur possible avec ton Kevin chéri. Je t'ai acheté des vitamines à l'arsenic.
Chère-Mamie-Ecolo, je sais que Noël c'est important pour toi, c'est Petit-Jésus qui vient pour sauver le monde. Je me suis dit qu'il avait franchement beaucoup de boulot en ce moment (et carrément impressionnant de voir comme il n'en glande pas une à côté de la machine à café), alors je t'ai acheté une statue de lui avec un chapeau de Papa-Noël (son papa à lui), ça lui va très bien tu sais. J'espère que tu prieras beaucoup et qu'on entendra plus parler de ta hargne baveuse formatée TF1 qui aime bien les arabes.
Et puis moi, parce que oui quand même je compte beaucoup dans tout ça, je suis méga-important, j'ai envoyé une lettre à Saint-Nicolas. S'il te plaît, ne me donne rien, je me doute que tu ne comprendras pas parce que ce n'est pas dans les habitudes, mais par pitié, ne remplis pas mes chaussettes rayées accrochées à la cheminée que je n'ai pas. Tu sais, je te l'avoue, c'est le meilleur Noël que je vais passer cette année, je vais être tout seul avec mon Petit Chat et après lui avoir donné ses croq-croq du soir, je vais aller me mettre sous les couvertures à 21h21, parce que c'est une bonne heure pour se coucher. S'il te plaît oublie-moi. J'irai donner dix cents au Papa-Noël de la boulangerie qui crève de faim, c'est promis.
(un impub)

 

12 décembre

Suite aux demandes d'autorisations infructueuses, à un ami qui démissionne du sujet, aux sorties qui se passent de plus en plus mal, je décide d'arrêter toute visite en mine de fer lorraine. Les préparations se cassent le nez sans arrêt sur des portes fermées, autant au sens propre qu'au sens figuré. Nous sommes un groupe de recherche en photographie souterraine et nous avons creusé le sujet pour obtenir le meilleur de la mine. C'est bien simple, s'ils veulent de la photographie qui détonne (et gratuitement de surcroît), ils savent à qui faire appel - je suis encore là. Par contre, s'il s'agit de pousser les visites jusqu'au fin-fond de l'illégalité, je ne réponds plus présent. Je suis désolé mais il y a de magnifiques réseaux souterrains en Pologne et là-bas au moins, les responsables ne sont pas aussi imbus, il y a moyen de travailler avec plaisir pour des rendus de grande qualité. Au revoir la Lorraine. Il fallait bien que ça se termine un jour.

 

13 décembre

Voilà, j'ai terminé. Mes 470 exemplaires sont distribués. Je n'en ai pas eu assez, et de loin. Ils étaient plus nombreux mes gens du train, problème qui réside peut-être dans le fait que j'ai du distribuer en six fois, ne pouvant porter une telle masse de livres d'un coup (ça fait 117 kilos !) Est-ce grave ? Non rien de mal. J'ai la conscience tranquille, infiniment paisible, j'ai été au bout du défi que je m'étais imposé. Notamment en ce dernier matin - aujourd'hui - au milieu de la photosynthèse menaçante.
Maintenant, je change de wagon. Sauf exception erreur ou évènement inattendu, je ne les reverrai pas, mes gens.
Comme je le disais la semaine dernière à Céline, je les lâche en déchirement. C'est comme un lien invisible que je coupe volontairement. Non je ne peux pas rester au milieu de ces visages connus. Je leur ai inventé une vie et maintenant ça s'arrête, comme ça violemment, parce que l'imagination c'est beau, mais ça ne peut pas être vrai. En tête de train là où je n'en ai pas eu assez, on ne me connaît pas (enfin normalement, parce qu'il faut quand même accepter que les gens du train sont des masses plutôt mouvantes). Je leur lâche un au revoir rempli de trois tonnes de regrets, en tournant le dos et en partant la tête basse, non je ne me retournerai pas.
(Un impub)

 

14 décembre

Il y a quinze jours, je disais "décembre sera d'une autre couleur". Effectivement ça l'est. Le changement est monumental. Depuis que j'ai envoyé chier les gens qui se nourrissaient de mon emploi du temps, c'est une rivière calme le dimanche matin très tôt, un méandre de la Moselle verdoyante à l'herbe grasse en hiver. En fait, je remarque (enfin je dis ça mais j'avais déjà remarqué) que ça fait au moins deux ans que je me plaignais sans arrêt, en plus j'étais vraiment très condescendant envers pratiquement tout ; enfin ça l'est toujours un peu, mais peut-être rempli d'une parole un peu moins acerbe et d'un tout petit peu moins de méchanceté gratuite. Pourquoi n'avais-je pas réagi plus tôt ? C'est comme un au sortir de privations, sauf que j'étais bourreau et martyr à la fois. Je ne veux plus en parler, non parler vraiment plus : quand je vois les couleurs d'aujourd'hui - je suis lent infiniment lent mais dans le fond je ne lâche pas cet espoir tenace ténu d'un jour autre, aux saveurs d'un chemin de halage couleurs de canaux disparaître de leur normalité rejoindre la mienne quitte à quitter leur hypnotisme - il y a toujours ce que je veux démarrer et qui ne part pas, tout ce que je veux laisser pour compte et qui s'accroche ; non rien de grave. Les pages se tournent. Quand même. Même celles que le vent rabat sans cesse, devrais-je dire celle. Sans y croire ou sans oui croire, en fin de compte la même chose. Disparaître d'un wagon comme si la vie vous avalait goulûment, partir dans un courant d'air sauvage partir plus loin que les frontières glacées.

tchorski

15 décembre

Hier soir, tour et détour(s) entre Houlette et Vignette. Il s'avère que je suis piètre guide, pour un peu on aurait presque l'impression que je prends la tête de la troupe dans les gigantesques souterrains de Lezennes - enfin il ne faut pas exagérer, le quartier est tout de même moins paumatoire et on finit bien par trouver le troisième étage promis. On a le même four et pratiquement les mêmes spots au plafond : ça fait des points communs immenses et de ce fait, tout de suite on s'entend à merveille (oui bon je sais, on n'a pas les mêmes interrupteurs et ça c'est vraiment dramatique). Bon, trèfle de plaisanterie, comme dirait un lapin dans un carré de luzerne, à quand la tartiflette sous terre ? (Si c'est moi qui la prépare, vous allez en payer les pois cassés, parce que foi de pois chiche, je mettrai une fève dedans, et promis je ne raconte pas de salades...) Il s'avère que Paldiski (Estonie) est la presqu'île de la soif. En quelque sorte, c'est comique de voir que ce lieu apporte des destins semblables.

 

17 décembre

Ce matin, Christian mon guichetier préféré, me disait que les chiens des voisins ce serait une bonne idée de leur donner de la boulette de viande. Genre empoisonnée (je précise). Oui juste comme ça il m'évoque ce sujet alors que je renouvelais mon abonnement - il me demandait si j'avais bien dormi. C'est sûr que moi j'aimerais bien m'essayer à la cuisine, c'est toujours les mêmes qui s'y collent. Un peu d'arsenic ? Non c'est trop banal. Un peu de cyanure ? Oh ce ne serait pas gentil de paralyser cette pauvre bête. Un extrait de digitaline ? Il n'y en a pas à cette époque là. De la stramoine alors ? Ah ah ah ! Mmmhh, je ne dis pas non. J'hésite j'hésite...

A part ça (ou je sais, c'est malsain d'évoquer ses fantasmes en public), mon futur projet d'enregistrement s'établit de plus en plus précisément. Je vais faire un cd de sons de trains. Du genre l'aiguillage, le guichet, la motrice diesel, l'automotrice, le central d'annonces de Bruxelles-Nord, les ateliers de réparation, ... J'aimerais bien avoir une heure de pure-sncb pour un cd authentique et intéressant. David va m'aider, ça devrait donner du bon - en tout cas je l'espère. Je suis impatient !
(un impub)

 

20 décembre

Ce matin, mon patron est arrivé en même temps que moi. Il m'a lancé un "boujouhr" du genre bougon, un peu comme s'il cherchait à s'en passer (en fait non, son manque de reconnaissance est volontaire, c'est une punition, il me fustige de sa dureté et j'en suis si peiné que j'ai une boule dans la gorge, je vais pleurer). Evidemment, lorsqu'il est parti, je me suis mis à rire et à l'appeler de tous les noms possibles et imaginables : espèce de haricot vert, sale loutre des îles, bandit de grand chemin, canaille édentée, etc...

Il y a une certitude, on ne peut pas s'entendre. Je lui dirais (si je le pouvais) toujours la même
chose : on ne parle pas la même langue, on ne se comprend pas.

Je suis en décalage, souvent, ce qui fait que je suis nul en maths, tout comme ce qui ressemble à quelque chose de rigoureux, ne serait-ce que bien fermer une porte à clef, tenir des comptes des dépenses, avoir un comportement logique, penser à un futur stable et équilibré, mettre des pantoufles... On ne s'entend pas parce que je lui dirais : où sont tes couleurs ? Où sont tes odeurs ? Quel est le goût du vent ? Quels sont tes sentiments de déchirure, d'arrachement ; quels sont ces lieux qui t'ont traversé ; où pars tu la nuits dans les rêves ; est-ce qu'il t'arrive de baisser les yeux, ailleurs, en partance pour des nuits venteuses ; quels sont les noms des nuages qui défilent à toute vitesse dans le ciel tout gris aujourd'hui, vois-tu celui-ci, on dirait un fourmilier en train de se régaler ; entends-tu ces inflexions étranges, cette langue inconnue, peut-être est-ce du birman ? Les sensations les sentiments les replis sur soi les odeurs les mille odeurs (ce matin, il y avait un ouvrier qui attendait dans son camion : 8h29, il ne commence pas une minute avant ; il ne prend même pas un café qui envoie un peu de buée sur les vitres - alors on dessine un visage de chat sur la vitre, avec des grandes moustaches - il attend que ça se passe).
L'argent n'a pas d'odeur.

 

21 décembre

Ce week-end, j'aurais volontiers vidé tout vidé partout la maison. Plus rien du tout. Des murs blancs, rien autour rien dedans. Je ne sais pas pourquoi je me sens en éradication. J'ai envie de tout rayer tout faire disparaître, avoir un agenda complètement vide, de ne plus avoir à parler. Je navigue dans des jamais-toujours extrêmes et sans intérêt. Pour un peu, je prendrais presque mon sac de couchage pour aller dormir dehors (au vu des températures tout à fait estivales en ce moment, je crois bien que je passerais une délicate et douce nuit !) Ce matin, mes cheveux ont gelé.

Immense appel du rien. C'est étrange parce que d'habitude, c'est en refus que je ressens cette vacuité. -Là même pas- Je suis heureux parce que j'ai retrouvé la douceur du temps qui passe (perdre son temps, le plus possible) : je ne fais rien et je ne cherche même pas à clôturer cette liste de choses à faire. Ca reste en plan et ce n'est pas grave. Ce qui m'inquiète, c'est que je n'ai pas envie de grand chose en particulier. Pas de projet pas de combat pas de défi - j'arrêterais d'exister maintenant que ça ne me choquerais même pas (un camion fou-furieux et crouitch écrabouillé). D'habitude, je suis takatakata pam boum crakk un truc à faire et c'est la mécanique - terminé. Je ne comprends pas cette tendance à être totalement mou. Ce n'est pas normal. Je ressemble à mon chat.

Tiens au passage, une question très importante : Lorsque la terrasse est toute gelée et qu'il y a un vincent qui fait le con, ça donne quoi ?
-Boum j'ai mal au cul.
-Exactement ;)

 

22 décembre

Comment les gens choisissent-ils leurs livres (à la bibliothèque, dans une librairie, dans une bouquinerie) ? A la couverture, suite à des conseils, au nom de l'auteur, parce qu'ils sont obligés de lire ça à cause de l'école-qui-fait-chier-avec-Hervé-Bazin ? Les cheminements des gens au milieu des livres m'ont toujours intéressé, même si en réalité, je n'en sais pas grand chose et en plus, je vois défiler beaucoup de Irène Frain - ce qui m'agace profondément.

Même si je suis souvent les conseils d'amis, j'avoue que mes choix sont guidés par une démarche un peu douteuse : je choisis mes livres à la maison d'édition. Quel que soit l'auteur, quel que soit le titre, j'embarque. En fait, le plus souvent, ce sont des collections de petite envergure ; ce ne sont pas des Grasset ou des Plon ou des Seuil (quoiqu'il m'arrive rarement d'en prendre tout de même, il n'y a pas de rejet vis à vis d'eux). En fait, dans les petites sociétés que j'apprécie, il y a une personne derrière, des choix et une ligne éditoriale de qualité. Du coup, un livre estampillé "Le Temps qu'il Fait", je sais d'avance qu'il m'enchantera, quasiment avec certitude. C'est pratique.

Alors quand je navigue dans les rayons surchargés, je cherche des couleurs, un papier, ou une typo bien connue. Verdier, Fata Morgana, Le Temps qu'il Fait, Hors-Commerce, Le Ricochet, Inventaire/Invention, Prétexte... Ca fait déjà un sacré paquet d'heures au coin du feu...

tchorski

23 décembre

En ce moment, je dors épouvantablement mal. Je suppose que c'est l'approche des fêtes de noël. Pourtant, cette année, j'y échappe pratiquement totalement, je devrai rester vivant le long d'un seul repas de famille de six heures de long, entouré de mères poules ; rien que l'idée d'y penser, ça me glace le sang - ce miracle est étonnant (car oui un seul, je serai tout de même capable de cesser de vivre ce temps là). Malgré tout, il y a le stress-noël, qui d'ailleurs pourrait presque se néologiser le stressnoël tant j'ai l'air de ne pas être le seul à glouglouter comme un dindon effrayé devant ce crétin à la barbe blanche.

Alors les nuits sont longues, je pense à ces quelques heures d'horreur - je suis le dindon de la farce. C'est bien entendu stupide car je reproduis le malaise comme un immense décalage, ridicule et risible : libre j'y pense sans arrêt, une fois sur place et prisonnier de l'étouffement, je pense à autre chose (un n'importe quoi qui soit ailleurs, passer du coq à l'âne, même penser au mouvement grinçant d'une pompe à balancier d'un puits de pétrole). Question taille de cerveau, il ne me manque plus qu'une bonne crête rouge un peu boursouflée pour ressembler à un dindon. Je suis vraiment une poule mouillée, mais bon au moins, à force de ne plus dormir, je me lève avec les poules.

 

24 décembre

C'est le plus beau noël de toute ma vie.
Je suis tout seul avec mon petit chat. Je viens de finir de manger, un petit repas tout simple et très modeste. Dans peu de temps, j'irai me coucher. Un soir comme les autres, peut-être encore plus calme d'ailleurs. Une telle échappée, je l'avoue, c'est un bonheur presque parfait.
La seule ombre, c'est que je me sens un peu égoïste. Pour moi, Noël comme le Nouvel An ne veulent rien dire. Or, il y en a qui sont démunis et à qui ça fait mal de ne rien avoir. Là je m'y prends bien trop tard, mais l'année prochaine si je suis encore vivant, j'irai aider au cpas ou au resto du coeur. Je soumets ça à l'avis d'une seule personne (qui utilise de temps en temps cet endroit) juste pour voir si je ne fais pas une bêtise. Enfin, je ne vois pas en quoi ça pourrait être problématique.

25 décembre

Soudainement, les vents tournent et voilà que la journée est agitée... enfin bon, ça s'arrange doucement...

Je pense à ça tout d'un coup, j'ai complètement oublié de décrire l'après-train. Oui je sais, ce sont des mots un peu mystérieux parce que je n'en ai quasiment pas parlé. En fait voilà, train - mon texte ferroviaire - est proche d'être fini. Je le corrige tout doucement de ses erreurs, ses multiples imperfections, ses exagérations... Bien entendu, il y a du travail, mais je le savais. C'est globalement très chiant à faire. Peu après la dissémination, j'ai ressenti un étrange vide, comme si l'abandon du texte était une douleur dans le ventre, vraiment forte et gênante (je m'y attendais avec quasi-certitude). Il faut dire que même si ce furent des moments difficiles, je me suis vraiment amusé durant la dissémination dans les wagons. Ainsi, j'ai décidé de faire un deuil du texte. Cette procédure un peu étrange me permet de partir sans aucun regret, je me suis acquitté de mon devoir, je me suis libéré de mon besoin.

Cette libération prend la forme de nouveaux textes. J'ai décidé de déconstruire train sept fois. Oui je sais, c'est un peu arbitraire comme valeur ; ça n'a rien d'obligatoire, disons que c'est un objectif sans grande importance. Déconstruire, ça peut prendre plein de tournures différentes. L'essentiel, c'est qu'à chaque déstructuration, je saisisse l'un des aspects de train, et que je le lamine. Les textes peuvent être très courts (une page) ou plus longs (actuellement, je suis sur un projet qui dépasse le volume de train). Certains textes sont très bizarroïdes tandis que d'autres s'éclipsent dans un déroulement plutôt normal ; oui comme je le redis, c'est vraiment la liberté. C'est seulement à ce prix que je me sens capable de laisser derrière mes aventures ferroviaires. Pour l'instant, j'ai quasiment fini déraillement, il me reste les corrections à faire ; sinon je travaille beaucoup sur aiguillage. J'y aborde le thème de la folie légère menant au mutisme total, c'est un sujet qui m'intéresse énormément, j'ai toujours été intrigué par les gens posés sur la limite, je crois bien qu'on les appelle les border-line. Les prochains textes seront peut-être rail, pantographe, voie, porte, wagon, traverse, quai... Je n'en sais rien pour l'instant, j'ai un peu du mal à prévoir ce genre de truc là. Déjà, je ne sais même pas comment se terminera aiguillage...

26 décembre

Je n'avais jamais croisé une telle incompétence. En fait voilà, la salle des serveurs où je travaille a craqué hier, multiples problèmes sur lesquelles je ne m'étale pas. Nous avons eu des ennuis tout particulièrement avec l'UPS, qui est un matériel que nous maitrisons peu. Je décide de téléphoner au support (jour de noël). Je vais sur le site de Merlin Gerin Belgique, un refresh m'amène directement sur Schneider Electrics Belgium. Soit, Merlin Gerin est une filiale du groupe, c'est marqué en grand.

Après longs palabres peu compréhensibles, le technicien finit par m'avouer qu'il est dans le domaine des hautes tensions et ce que je lui demande n'est pas dans ses compétences.
-Il faut resonner le dispatching et demander un technicien MGE (Merlin Gerin Electrics).
Soit...
-Oui bonjour, j'ai appelé il y a quelques instants pour un problème d'UPS. Le technicien m'a dit que je devais demander une personne de chez MGE.
-Attendez, je vais voir si j'ai quelqu'un de ce nom là. Merlin Gérin... Hum non, je n'ai pas de technicien "Gérin".
-Mais c'est pas un gars, c'est l'une de vos sociétés !
(alors révolté) - Monsieur, vous êtes chez MGTE Schneider Electrics, je ne connais absolument pas ce nom, vous avez du faire erreur.

Bref, on en revient au concept de société de Corinne Maier. Là c'est certain, c'est vraiment complètement perdu !

 

27 décembre

Dernièrement, j'ai lu un livre que je n'ai pas du tout apprécié (Martin Winckler). Complètement par hasard et plus tard, je me suis rendu compte que ce livre était classé en librairie comme une "meilleure vente". Très cher moi-même, excusez-moi de cette erreur et de cette grave indélicatesse. Je n'ai pas fait exprès.

 

28 décembre

Ca fait pratiquement quinze jours que je ne dors plus (enfin j'exagère un peu, aujourd'hui j'étais réveillé à 3h00). En windows, c'est catastrophic failure : error 321483542151 please contact an administrator. En Linux, c'est Kernel Panic!

Depuis un mois et quelques, je prends de tels comportements de déviation, je n'ose même plus en parler ; je caractérise ça par de la phobie sociale / personnalité d'évitement, à un niveau qui ne cesse de grimper, ce qui m'inquiète car j'ai le sentiment de ne plus maîtriser ma dérive. Je m'excuse sincèrement auprès de tout ceux à qui j'ai promis des choses, ne serait-ce qu'un coup de téléphone, une lettre à envoyer, une réponse à un mail : pour l'instant je n'y arrive plus, je suis dans une perpétuelle fuite. J'espère que ça va s'arranger (je ne sais pas quels seront les efforts que je devrai fournir).

 

29 décembre

Courrier envoyé à Philippe Matthis, promoteur du RER Brabant Wallon.

Je vous écris concernant le projet RER. Ce courrier vous sera désagréable, mais sachez que vous n'y trouverez aucune agressivité, ni envers vous directement, ni envers le projet. Il s'agit plutôt d'une tristesse face à la situation qui ne cesse d'empirer de jour en jour.

En fait, quand les travaux du RER commenceront à approcher, je déménagerai. Actuellement à Genval, je partirai loin - je ne sais pas encore où. Je vois évoluer le dossier RER comme une condamnation et je partirai avec regret de ce lieu que j'aime.

Pourquoi ces mots, cette déception et cette décision ? Vous êtes La Hulpois, donc vous connaissez le secteur. Vous n'ignorez pas (je suppose) que le coin est un peu saturé. Il n'est pas évident de trouver un logement. De ce fait, les promoteurs immobiliers se jettent sur la région avec des dents acérées. Il y a un marché porteur, ça construit de partout. C'est (bientôt à l'imparfait) une région verte, mais en dix ans, la ville s'est métamorphosée. Les champs disparaissent, l'aspect de banlieue est en train d'engloutir ce qui était village.

Le RER va amener une surfréquentation de ces petites villes, normal, c'est pratique, on est si proche de Bruxelles... Déjà que les réseaux routiers ne sont pas toujours adaptés (rues étroites et dangereuses comme la Rue de Rosières à Genval par exemple), la ville va gonfler dans un état de surpopulation et va sombrer dans le désagréable. En quelque sorte, je pense que vous tenez une part de responsabilité dans cette métamorphose : sacrifier la simplicité du village au développement incessant : économique, politique, structurel, sociologique. En gros, c'est le point d'amorce de la grande démolition, la ville tentaculaire va se nourrir des ces lieux.

Je ne vous demande pas de réponse. A la limite, je vous dirais presque "par pitié, ne me répondez pas". Vos arguments me feraient trop mal au coeur.

Dans le geste, proche de l'insoutenable, répété inlassablement six matins d'angoisse, le dernier qu'il fallait porter ce livre lourd la main qui tremble proche de l'improbable - pourtant là - imaginé mille fois la nuit ces quelques mots "je peux te déranger deux minutes ?" comme si ce faible temps excusait l'impact excusait le fait que l'on ne fait pas des romans avec les gens parce que c'est un rêve et que justement un rêve c'est bien mais faire de sa vie un rêve ça ne se fait pas. Je suis un qui ne se fait pas. Ce cri, comme proche de l'existence, cette phrase tronquée qui justifie le droit de dire ces deux mots je suis. Deux minutes seulement. Pas longtemps. Le bonnet blanc (vaguement crème en réalité) a levé son regard en étonnement, quittant un cycle de Krebs comme ça parce qu'il y a la parole, presque partant en regret, pas longtemps s'il te plaît, pourquoi moi pourquoi, est-ce nécessaire est-ce indispensable que tu sois par moi. Réponse oui dont je ne me souviens plus, en réalité dès que le livre a changé de main je n'étais plus car j'étais déjà parti, rêve accompli à nouveau en partance pour le sommeil ailleurs, en attente de rien et pourtant mille fois en attente de tout, indissociable paquet de graines non ça ne germera pas, parce que le roman est la vérité, enfin je veux dire la mienne, celle du train qui part et tout ce que je voudrais retenir, je parle bien de je pas le je du livre mais mon je, vivre un peu par delà la mort qui se profile (proche ou lointaine ou peu importe) ; en réalité la vraie pas celle des imaginations, je suis parti je ne me souviens plus mais j'ai donné mes mots et quitte à ce que ça crève ce n'est pas grave, parce que dans le fond c'est vrai ce n'est pas grave - un de perdu dix de retrouvés qu'ils disent, c'est vraiment con comme truc faut quand même l'avouer surtout que là ça n’a aucun champ d’application, enfin je voulais dire ça je ne sais même pas pourquoi, mes mots n'ont pas quitté la main pour conquérir un potentiel gagnable mais pour ne pas perdre l'essentiel, dire, même l'impossible, avant que la mort improbable ne vienne faucher sans prévenir. Je l'ai dit. J'ai été je suis. Et c'était bien. A peine l'évoquer, comme ça c'est tout.

2005

Piensa en esto : cuando te regalan un reloj te regalan un pequeño infierno florido, una cadena de rosas, un calabozo de aire. No te dan solamente un reloj, que los cumplas muy felices, y esperamos que te dure porque es de buena marca, suizo con ancora de rubíes ; no te regalan solamente ese menudo picapedrero que te ataras a la muñeca y pasearas contigo. Te regalan - no lo saben, lo terrible es que no lo saben - te regalan un nuevo pedazo fragil y precario de tí mismo, algo que es tuyo, pero no es tu cuerpo, que hay que atar a tu cuerpo con su correa como un bracito desesperado colgandose de tu muñeca. Te regalan la necesidad de darle cuerda para que siga siendo un reloj ; te regalan la obsesión de a atender a la hora exacta en las vitrinas de las joyerías, en el anuncio por la radio, en el servicio telefónico. Te regalan el miedo de perderlo, de que te lo roben, de que se caiga al suelo y se rompa. Te regalan su marca, y la seguridad de que es una marca mejor que las otras, te regalan la tendencia a comparar tu reloj con los demas relojes. No te regalan un reloj, tu eres el regalado, a tí te ofrecen para el cumpleaños del reloj.
Julio Cortázar, Historias de Cronopios y de Famas.

tchorski

1er janvier

Bruxelles. La Grand place est bardée de bleu, surtout les lampadaires. Ca fait un peu bizarre, une ambiance très froide. Dans le blizzard, nous retrouvons Laurel et Sadr. Malgré la supposition émise comme quoi Laurel n'existe pas (c'est un mystère une invention une chimère une illusion une utopie une légende, je suis le 105000ème à attendre une inexistante), elle arrive ; elle est aussi vraie que le postulat les chiens tirent la langue en été. Heureusement, nous sommes tous chats.

Après pas mal de pérégrinations dans les rues de Bruxelles, il faut bien se rendre à l'évidence, les bars que nous aimons bien sont fermés - normal, c'est un jour férié. Du coup, après pas mal d'allers-retours et de volte-face, nous atterrissons au troisième étage d'un troquet de la Grand Place. Au plafond, il y a des sculptures étranges, impossible de dire s'il s'agit d'artichaut, de nénuphar, de rose, du cul stylisé d'un tétras-lyre tétanisé. Tandis que Laurel laisse le squash de côté, Thomas croque le petit Thomas. Chacun son style, chacun son talent ; pour ma part, je m'escrime sur une cerise bruxelloise. Etrangement côté chaleur, c'est tout ou rien et j'ai l'impression qu'il fait trente degrés à l'intérieur.

Quelques instants plus tard, nous voilà partis pour le Loup Voyant. Nous entrons en meute dans la bergerie, contraignant Thomas à l'exil pour la consommation de ses chasses, les tristes cigarettes de vieux loup de mer. Le Dieu des Chats est repus tandis que je me sens avachi sur le fauteuil, lourdement chargé du repas volumineux. Sadr dessine tous ses personnages avec des cigarettes, ce qui témoigne de son manque. Il n'y a plus de jeunesse, plus personne ne fume, plus personne ne se drogue, ils ne testent plus rien ces jeunes et c'est une honte (pourtant, c'est fantastique la bombe atomique). Laurel dessine des grenouilles pour Poppy et voilà que soudainement, elles se jettent dans la gueule du loup. Sadr s'était dit que leur milieu c'est la mare, donc il renverse son verre d'eau. Le carnet est maculé. C'est connu comme le loup blanc, les dessins au restaurant, c'est une activité dangereuse. Par je ne sais quel miracle et malgré la pêche à l'espadon du vieil homme et la mer, le carnet est sauvé, les dessins ne sont pas touchés par le désastre. C'est une chance incroyable.
Sur ce, sans plus louvoyer, nous partons d'ici.

Comme nous avons raté notre train, il y a un peu de temps libre. Gare d'Etterbeek, le temps passe lentement et la pluie fait des bruits de tornade sur les tôles ondulées des abris. Pourtant, c'est un pipi de chat. A la maison, Mmmmousty arrive en faisant des miaulements de phoque blessé. Quelques instants plus tard, le sommeil nous enveloppe à minuit pile tout rond.

2 janvier

Je retrouve peu à peu ma motivation, mais très doucement. Qu'est-ce que la fin d'année a pu être difficile de ce côté là... Je n'avais plus envie de rien, même l'évocation de souterrains me plongeait dans d'interminables "bof bof". Un peu sur le même cycle, je retrouve le sommeil, finies les nuits de réveil à trois heures du matin. La semaine dernière a été un interminable chaos. Je me revoyais plongé dans ma vie d'avant, avec beaucoup trop de choses à faire. Heureusement, c'était temporaire, me voici à nouveau à la porte d'horizons moins pénibles.

Côté train, ça avance à tous petits pas. Hélène et Camille n'ont toujours pas manifesté d'opposition à la publication. Je n'irais pas jusqu'à dire "pas de nouvelles, bonne nouvelle", parce qu'Hélène me manque, mais peu importe ; la page train est en train de se refermer sur la déconstruction.
J'ai compris il y a peu de temps pourquoi je merdais à écrire avant et pourquoi ça s'arrange en ce moment, c'est parce que mon écriture est localiste (pas régionaliste, parce que ce thème est trop structuré, engagé, soumis à la réalité), je parle de Hoeilaart et de mes lieux de passage, non pas comme un désir d'adéquation à la réalité, mais plus simplement parce que je me sens bien à évoquer ces toutes petites choses sans intérêt : le quai de la gare, la pâture le long de la voie, même quelquefois un espace-lieu si réduit que ça se focalise sur une barrière de fil de fer barbelé le long d'un chemin. Avant, j'inventais les endroits et c'était foireux, parce que je n'avais rien à dire. Je forçais la main. Là, je dois me retenir de ne pas écrire tout le temps, partout, au détriment de la vie qui continue à courir le long des pendules - faire une machine à laver, étaler le linge.
Je déteste parler de la manière d'écrire, des soi-disant procédés de littérature et des techniques complexes. Comme mes textes sont des tous petits trucs de rien, je m'en limite autant dans mes descriptions. J'écris pour le plaisir et j'ai bien entendu l'espoir que cela transparaisse au travers des écrits.

En parlant de livre (tant qu'on y est), en voici deux qui m'ont interpellé. Dans leurs genres, c'est exactement la même chose sauf que c'est totalement l'inverse. Le premier, c'est Le maître des paons de Jean-Pierre Milovanoff. Après avoir entamé plus de la moitié du bouquin, je me documente et je me rends compte que c'est un prix Goncourt. Je tressaille d'horreur, il n'y a pas pire punition pour un livre. Et bien malgré mes a prioris et mes jugements à l'emporte pièce, c'est un écrit très poétique, dont l'écriture est parfaite. Un doux souvenir.

Comme je le disais, l'autre c'est l'inverse. Ecriture chaotique (dont quelquefois des mots plus utilisés depuis le seizième siècle), lecture cauchemardesque, punition à chaque page : Alice Massat, Le ministère de l'intérieur. C'est le récit qu'on espère tout sauf autobiographique d'une personne qui dans son cheminement intellectuel et corporel, cherche à se dégoûter le plus possible des choses, principalement la nourriture et le sexe, intimement liés dans ce livre. Malgré le sentiment de rejet que j'éprouve après avoir lu ça, je ne peux m'empêcher de dire que j'ai apprécié l'épreuve. Effectivement, comment ne pas se reconnaître dans les poulets rôtis tous les week-ends, suintants de graisse, servis seuls comme ça sans rien d'autre - juste de la viande infecte et dégoulinante. Comment ne pas reconnaître les salamis qui ont des gros points blancs de gras, les poissons à l'odeur détestable, les pavés de boeuf qui lâchent leur mare de sang dans l'assiette... En fait, la seule raison pour laquelle je rejette ce livre, c'est le manque absolu de romantisme. Le cul pour le cul, je n'arrive pas à l'imaginer. Ca me fait penser à la boucherie, les cochons de lait étalés sur le présentoir, les yeux fermés et une pomme dans la bouche. Et question cul, il n'y a que ça dans ces pages, dans un défilé pornographique du plus abject (ce n'est pas au point dramatique de Dominique Noguez où j'avais abandonné au bout de quelques pages), Alice Massat a pour elle qu'elle est femme, et déjà rien que ça, ça donne une touche de subtilité et de délicatesse, même dans l'évocation du pire.

3 janvier

En plein cœur de la nuit, je me réveille et je me rends compte que je suis par terre, avec mes couvertures complètement enroulées n'importe comment. Que s'est-il passé ?


4 janvier

Suis-je trop prévisible ? Ahah, la question qui tue (pour de vrai hein, on ne joue plus, sortez les gros flingues (ou à défaut, une lame de bistouri peut faire l'affaire)). Complainte du jour bonjour, 6h12 crachotement de réveil puis train travail train repas vaisselle toilette ordinateur re-toilette et bon-gros-dodo. Quelquefois, je me demande si je ne ressemble pas à Mmmmousty dans ses allers-retours dans le jardin des voisins, si je ne suis pas trop métro-boulot-dodo (ce qui est contradictoire puisque je ne prends pas le métro, je travaille infiniment mal et je suis insomniaque). Et donc voilà, c'est la dépression post-noël, très connue des psycho-gynécologues : suis-je vraiment vraiment vraiment vraiment trop prévisible quand je vais rentrer ce soir et me lever demain matin et revenir demain soir et ?

 

5 janvier

Je ne parle pas de se qui se craquelle, les orages qui troublent l'onde noire amère d'un café
corsé - très fort le café s'il vous plaît (non pas les craquelures). -Tu fais quoi comme métier ?
-Je suis rêveur, et à mes heures perdues, je suis dresseur de nuages.

Des fois, je me dis que le décalage est tel, ça prend la tournure d'un mensonge.
Quelle langue dois-je employer pour expliquer que je suis incompétent ? Certains l'ont bien compris et ils ont raison et on s'entend bien. D'autres continuent de me parler comme à un être normal, performant, doué d'ambition, d'envie de progresser, à l'aise sur le terrain de la vie. Ils peinent à me voir et je crois même qu'il arrive que je leur fasse mal. Je ne sais pas quoi dire. Il ne faut pas s'acharner dans la violence. Dans le monde des adultes, je suis nul, et c'est tant mieux.

Le dressage des nuages est un hobby particulier, mais très intéressant, parce qu'ils ne se laissent pas prendre par les gens sérieux. La principale compétence requise, c'est de ne pas avoir de choses importantes à faire. S'il faut gérer un compte en banque ou remplir des papiers administratifs, ils prennent peur - on ne les voit plus.
Par la suite, lors de l'approche, il faut avoir un tout petit coeur. Les grands projets les effraient. Ils préfèrent les minuscules détails (le chat mouillé qui éclabousse en se secouant, quelques poils d'une vache accrochés à un fil de fer barbelé, une allée de peupliers au fond d'un champ plongé dans le brouillard) ; les grandes choses ça rate trop souvent.
Dernièrement, il faut absolument n'avoir rien à perdre. C'est une passion dangereuse.

Quand ils se mettent en colère contre les adultes, les nuages deviennent tous gris et menaçants, ils pleurent leur solitude ; il y a beaucoup de gens méchants en Belgique, c'est pour ça qu'il fait souvent un temps pourri. Je ne parle pas de se qui se craquelle.

tchorski

7 janvier

Les grandes lignes du compte-rendu rectiligne, symphonie Spleen-LXXVIII Opus IV pour joueur de blizzard et orchestre de colle en spray.

Il y avait un vent fou sur l'interminable Avenue du Vallon. Je ne sais expliquer pourquoi ils battaient comme ça les drapeaux miteux de la société de travaux publics alors que moins d'un quart d'heure plus tôt - avant le train - il n'y avait pas grand chose. C'est peut-être juste parce que le long de la fourrière, c'était hors du temps, les aiguilles de la pendule pensaient à autre chose à 21h54. C'est très pratique d'un certain côté et malgré ce qu'on a pu en dire, dans le fond ce serveur était bien, il est passé, il a claqué des doigts et hop, la pendule s'est enfouie dans les songes.

Donc en bref, le train arrive ; prends bien soin de toi d'ici là dans un grand rire cristallin, courir le long du quai sans laisser le temps de répondre (la même chose bien sûr), de toute façon ce qui compte c'est ce rire là - partir comme ça plutôt que de se quitter en pleurant : c'est à l'envers et c'est tant mieux. Non je ne dirai pas ce que c'est le feu qui clignote, même si je sais, tout simplement parce que Christian mon guichetier à moi que j'ai, il m'avait expliqué ça un jour ou l'autre. Par contre, ce que je voulais gommer, c'était la baignoire ocre sur le dessin, le truc où on se demandait bien quelle était la matière ; sur le papier quand tu le retournais, ça faisait un V et ça m'embêtait qu'il y ait comme ça un grand V au milieu de tout. Ce n'était pas spécialement gentil de ma part de retourner le bazar et de mettre une barre pour que ça fasse un grand A. C'est vrai que mes traits sont retenus - même avec la meilleure mauvaise foi du monde (chaussettes rayées à l'appui), comment pourrais-je dire le contraire ?

Le périmètre de sécurité, j'ai bien compris (mais je n'osais le dire de peur de blesser), c'est tout simplement le bannissement de ceux qui savent. Le mystère des boîtes noires. Il ne faut pas savoir. Ceux qui connaissent ont une étoile filante dans le coeur, ça inquiète les gens les traînées des comètes de ce genre là, ils s'écartent ou bien pire encore, ils s'en vont la terreur dans les yeux, sans même finir les plats. On pourrait presque croire qu'on reste là, condamnés (alors) puisque Tom a cassé le charme. Il s'en est fallu de peu en réalité. Heureusement que damzenheer spoor eyn, il y avait un petit point clignotant au fond. Ca a sauvé la mise. Dans le train, un contrôleur m'a demandé si j'avais de la monnaie sur vingt euros. Non, mais j'ai des bonbons si vous voulez. Il se marre tandis que la personne qui n'a pas son billet de train me lance un regard chargé de noir. Il faudrait que j'aille me perdre un jour près de ce feu rouge, il doit certainement y avoir autre chose qu'un parking de match.

Le miroir était berlique-berloque. Non je ne dis pas ce que tu veux entendre, tu vois bien que mes lignes sont droites puisqu'elles partent de quelque part et qu'elles vont autre part, de la cause à l'effet, du toi vers moi et inversement. Les architectes ont le bout des doigts brûlés, les hordes de travailleurs de Central ont l'allure clonée, les promeneurs ont les mains de vent et l'odeur des prés fraîchement fauchés. Mozart a un peu froid, il faut dire qu'avec sa fracture du crâne, ce n'est pas évident. Et puis Mozart dans sa pâleur extrême, il n'a pas de chaussettes rayées parce qu'il n'a pas de pieds ; ça doit être difficile à vivre. Le crayon faisait 33 millimètres et quand j'y repense, il y a un drame : étant donné que la pendule nous a traîtreusement trompé, n'était-il pas vingt et une heures pile tout rond ? Je baille aux corneilles parce que les idées fermentent, une vraie ébullition - quand ça fait des bulles comme ça, le sommeil virevolte dans le grand liquide de la nuit noire.

La main, elle est mieux ouverte (parce que les mains fermées, c'est comme une porte close). Dans la paume, une fromagerie à laquelle il manque les trois chiens assis, la petite fenêtre, la cheminée, la clé de voûte et le petit creux sur l'arche à droite. J'aurais fermé la main, tu l'aurais quand même vue, c'est vrai que ça brille ça rayonne comme le soleil un joli matin de ciel clair en hiver. Le plus petit truc que j'ai aimé dans les rues de Bruxelles, c'était (je ne sais plus le nom) (je ne sais plus où) (je ne sais comment l'expliquer) quand tu as pris à droite, et tout juste après à gauche dans une ruelle avec des pavés (celle avec les caméras et le chien qui se sentait seul le moral en baisse), tout simplement parce que c'était un demi-tour, ça ne servait à rien - juste parce que la petite rue était là et elle avait bien raison. Là encore, ça devait être un signe, lorsque nous tournions Bruxelles dans tous les sens des boulevards déserts, un parcmètre indiquait 19h11 et quatre cent sept mètres plus tard, 19h11.

Ce que tu as tout de suite remarqué, c'est le châssis qui donnait l'impression d'être ancien. Moi, c'est le panneau de bois tout neuf au dessus de la porte, posé là comme une rustine, inadéquate au possible. Le parquet usé a du en voir passer d'autres comme nous, mais des carnets avec des petits carrés de toutes les couleurs je ne crois pas - enfin, ça peut paraître étonnant des fois. Mes vêtements sentent encore la cigarette. Le monsieur du bar cirait ses chaussures et me voyant, il se ressaisit soudainement "oh pardon", comme si c'était grave. C'était tournicoti-tournicota dans les rues de Bruxelles, parce que le bar qu'avait indiqué Laurel, je ne l'ai pas retrouvé. Je ne comprends pas pourquoi. Ils l'ont certainement changé de place, je ne vois pas d'autre solution. (C'est comme la banque où Thomas a retiré de l'argent, il n'y avait plus les traces de pieds par terre, peut-être ont ils admiré avec leurs caméras que j'étais quelqu'un de bien rangé et que j'avais suivi les belles empreintes ?)

Quel est ton plus petit vice ? Seulement les minuscules sont acceptés, soixante trois secondes pour répondre (ce n'est pas la peine d'essayer d'arrêter la pendule, elle le fait déjà toute seule). Le plus petit le plus infime, comme le lumignon lointain à peine visible, le bout d'une cigarette d'un inconnu. Tu crois que la pendule est à l'heure ?
Ce matin j'ai reçu un mail des autorités incendiaires, pour des raisons de pollution (évidentes) de la ville béton-bitume, les feux sont interdits durant quinze jours, sauf pour les communications de guerre. Il ne sera pas utile que je fasse le guet des nuages, enfin si comme d'habitude parce qu'il y a un fourmilier géant qui tente d'amadouer une grenouille difforme pour aller jouer à la corde à
sauter - mais je n'y lirai pas de tes courriers. Ce n'est pas grave, de toute façon je n'ai pas les pieds sur terre (ça évite de chuter sur les pavés de la Grand Place). De tout là haut, je verrai bien s'il y a de la lumière, c'est très bien comme ça.

Je n'ai pas de carnet. Toutes ces mains donnent envie de faire pareil - comme un mimétisme. En fait, j'écris partout, des fois même sur des relevés de banque - au moins ils servent à quelque chose. J'étais arrivé deux minutes en avance et comme ce n'était pas permis (une question de décence évidente), j'écrivais avec le seul truc que j'avais, un stylo rouge, sur une enveloppe déchirée de publicité pour des services informatiques tristes comme un lundi matin, j'écrivais (je l'ai sous les yeux) : les couleurs incroyables de l'attente, la foule qui passe et se disperse sous la lumière crue de deux spots électriques violents, la foule les gens qui déambulent tristement, le regard aigu posé sur chacun d'eux, une foule de réponses non non non. Surtout ne pas arriver à une heure pile, ça ne se fait pas. J'avais vu en arrivant, comme ça tout de suite, comme une évidence, comme si cela ne pouvait être autrement, quelle est la couleur de l'attente ? Rouge me dit quarante sept, mais je savais avant.

Dans le train, un clochard était bourré et accostait les gens du wagon, notamment et surtout sur les problèmes existentiels de la city de Londres (ça va faire monter les prix, comme si cette rémanence de lumière (quand on fixe une bougie trop longtemps) lui brûlait les yeux et en même temps, son avenir de grisaille terne, voire sombre). A quoi penses-tu ? Dans quelques instants. Soixante trois secondes.

 

8 janvier

Il y a des littératures que je n'aime pas, elles me font infiniment mal. Je parcours quelques lignes puis je ferme les yeux, concentrant la douleur pour l'évacuer, par exemple les propos blessants de Stéphane Ilinski sur Gaëlle Sebag. Ce sont les mesquineries des cours de récréation, les plus forts (ceux qui se croient si justes que ça) qui tapent sur les plus faibles, les doux, les rêveurs. Je n'ai pas envie de combattre pour défendre l'une et enterrer l'autre ; s'il y en a qui croient qu'il y a une vraie littérature et une deuxième, plongée dans l'erreur, tant pis pour eux.
Dans la bagarre, il y en a un qui s'est toujours distingué par la justesse de ses propos, c'est Jacques Du Pasquier, celui qui a fondé Hache. J'en parle parce qu'il est extrêmement discret, pourtant son parcours et ses mots sont beaux comme un arbre en automne. Je n'aime lire que les auteurs vivants (Racine est un travail d'une indéniable qualité, mais c'est mort là dessous). Aimer les vivants c'est un risque. Je le prends. Heureusement qu'il y a des gens comme celui qu'on appelle Jacques tout court.
Le ciel est plombé d'une chape de nuages gris aujourd'hui.

9 janvier

Combien suis-je ailleurs en ce moment ? Oui je sais, ça ne se compte pas. On ne compte pas les gouttes de pluie. On dit : il pleut. Malgré tout, comme un obstiné un peu gros bêta, je le redis, combien suis-je ailleurs ? Ca ne s'est peut-être pas vu (je ne suis pas démonstratif), la fin-novembre fut une rupture immense, immense, immense. J'acceptais, j'acceptais pour la première fois depuis novembre 2001, j'acceptais de craquer. Les premières conséquences pointent leur nez maintenant, je ne sais pas quoi en faire. Ce sont soit des cadeaux, soit des paquets encombrants, soit des sacs de noeuds. Comme un irresponsable, je reste là à regarder tout ça, sans rien faire. Combien ?

C'était peut-être parti de ces moments indistincts il y a longtemps où je m'étais dit que je voulais être bien, quelqu'un de bien comme on en parle dans les chansons à texte, dans les dessins naïfs et adorables. J'ai pris sur moi, par dessus moi, jusqu'à ce que cette image me façonne, me pousse au plus loin, toujours plus loin : jusqu'au mimétisme, jusqu'au mensonge, jusqu'il y a quelques temps. Cette phrase, je ne l'invente pas, je me contente juste de la répéter et de l'étayer : les grandes choses les grands projets, ça ne me réussit pas, je suis juste doué pour les tous petits détails insignifiants, inutiles, sensibles, dérisoires, un spécialiste des petits bonheur. Le reste, ce que j'ai toujours essayé de faire croire, que je pouvais être quelqu'un pour vous, pour eux, pour toi, je m'en excuse. Très sincères en plus les excuses, je vois bien que tous ces mensonges ne sont que désolation maintenant.

C'est baisser les bras, c'est poser les armes au sol, c'est tourner le dos. Oui je ne suis pas un guerrier. Comme le dit Valérie Leulliot, mercenaire du quotidien : (C'était). J'ai une carapace solide, très solide, mais l'intérieur est sans arrêt défoncé par les tremblements de terre (les tremblements de coeur ?) Je dois sans cesse reconstruire, au delà des terres incultes de la lassitude.
Ceux qui m'aiment patienteront peut-être le temps que je rebâtisse des images, les autres partiront ailleurs. Je ne sais pas qui a raison, s'il y a une raison dans tout ça. Comment expliquer ça sans honte ? Peut-être en disant que je m'étais perdu, beaucoup de gré, un peu de force aussi, à laquelle je n'ai pas résisté parce que je suis bien trop petit. Peut-être que Mozart se fout de ma gueule depuis son buste et sa fracture de crâne, mais tu m'es de bon conseil vieux Wolfang. Il y a du chemin à parcourir. Partez sans moi. Je vous rattraperai peut-être.

 

10 janvier

Ce sont des terres au sol desséché. Il y a tellement de bruit, on n'y entend rien - un silence assourdissant de mots creux, mélangée à une valse incessante de sonneries de gsm. Il y en a qui sont là pour vivre, ils ont raison, on doit tous plus ou moins faire des choses qu'on déteste pour vivre. Il y en a d'autres, ils sont dans le jeu jusqu'au cou, mais ils ne jouent pas, ce n'est pas une obligation ni un amusement pour eux : nous sommes dans une affaire très sérieuse parce que c'est leur vie toute entière, prise dans un étau de connaissances, de travail intensif et d'argumentations. Lorsqu'ils posent la question du lundi matin, sans point d'interrogation, remplie de tension et d'agressivité : il faut migrer d'URGENCE le host de la webQA du site brol-machin vers le serveur Exec004 avec la config IIS 2003, peux-tu le faire tout de suite, il en va de l'équilibre fondamental de l'existence ; leur regard est dur, froidement militaire, carré et directif, leurs mots me fatiguent, ils sont cassants, coupants, blessants. Ce n'est pas un jeu parce que c'est leur vie, j'en suis un engrenage et je dois aller vite, passionnément, avec une ardeur chaleureuse et communicative, parce que c'est leur existence, alors c'est la mienne aussi.

Les bras qui tombent, sur un air d'affirmation gonflé de manque d'air, l'étouffement : comment il est quasiment impossible de survivre ici. Quasiment impossible au milieu de ces matadors perchés du haut de leurs bureaux miradors. Rien que le nom de leurs livres m'épuise (ce n'est qu'un seul nom, même s'il y a des centaines d'ouvrages en infinie répétition) : Analytique du financement d'entreprise, J2EE Development without EJB, Professional content management systems... Je baille - je tombe de sommeil - face à leur intelligence. C'est une arène. Sans loups, parce que eux, ce sont des animaux et ils vivent avec raison. Une arène de gladiateurs. Chaque jour je pare les coups. Le soir quand je rentre, je suis vidé, incapable de réagir (je n'ai pas envie), incapable de combattre (je n'ai pas envie), incapable de projeter, d'accepter, de réaliser, de porter - le regard desséché, difficile de vivre après tant de survie.

 

11 janvier

Sur tout ou sur rien ? Surtout sur rien. Les petites choses le temps qui passe, les petits riens qui me sont tant tout. A tantôt tout ça, dans quelques minutes le travail - le rien - et puis c'est tout... Pas tellement le choix. Plus le temps passera et moins je te connaîtrai. Le coeur a besoin de vide pour connaître quelqu'un. Plus ta voix sera proche de moi et moins je t'écouterai. Tout sera passé dans le filtre de ce que je sais déjà, où ce que je crois connaître, ce que tu m'as dit mais qui n'est plus depuis longtemps. C'est pourquoi j'ai envie d'être rempli de toi, mais ne pas te connaître d'un seul instant, pour t'apprendre toujours. L'amour est indissociable de l'humour : je n'ai aucun sens de l'amour, je suis nul dans l'un ou l'autre, incapable de mesurer ce que je perds ce que j'ai trop, les excès les défauts, incapable de garder une lumière dans les mains - toujours persuadé de devoir vider pour que le coeur entende les frôlements le moindre bruit du vent, toujours persuadé sur tout, pourtant sûr de rien, c'est tout ou rien dans l'infinie solitude noire du temps qui passe. Je ne sais rien, obscurité des songes, ça n'a plus de sens.

tchorski

13 janvier

Dans quelques instants, je pars pour cinq jours chez mes parents, pour un noël à retardement. Mon présent est complètement bloqué par ce futur proche, je suis page-blanche. Peut-être que juste après, j'arriverai à répondre à toutes ces questions difficiles qui me taraudent ? Je me sens complètement à côté de la plaque. Allez, je vais prendre une grande inspiration, mon courage à deux mains-deux pieds, et j'y vais...

 

17 janvier

Ce fut très dur, je veux dire surtout "éprouvant". Je n'ai pas beaucoup envie d'en parler. Dans le train du retour, il y avait des gens complètement paumés, sur leurs énormes valises, je vois marqué Mexico-Airlines. Je décide de les aider à porter, en leur baratinant deux-trois mots d'espagnol. Sauf que c'était vraiment du plomb leurs bagages ! Alors voilà, mon séjour en France dans la famille fut de cette couleur, vraiment plombé : l'envie d'aider et la quasi impuissance à faire avancer les choses positivement. Je dois reconnaître que je suis extrêmement asocial, mais je ne pensais pas que ça amènerait des difficultés de la sorte. Je suis content d'être de retour ici. J'entrevois un peu de
repos - mais ce n'est pas sans tourmente...

 

18 janvier

C'est le grand vide, il n'y a plus rien et j'ai énormément de mal à me remettre en route, je suis chamboulé par ces derniers jours. Ce n'est pas grave, le blanc est lumineux, j'y trouve mon chemin. Et puis voilà, malgré les difficultés, ces derniers jours, c'était un noël retardataire et la grande nouveauté, c'est que je vais pouvoir peindre d'images les petites villes où je traîne mes guêtres, les sentiers moussus et les murs un peu fissurés (quelquefois). Où j'en suis ? Je ne sais pas. Je suis là. Ici dans les petits riens. Rien dans ça et là. Où ça je n'en sais rien et ça n'a pas d'importance. Les gens vont ici, les gens vont là, moi je me promène : quelquefois gaiement, quelquefois avec mélancolie. Ce jour est transparent - il pourrait ne pas vivre. Il existe mais sans mon existence. C'est tout. Puisse-je y apporter quelques rayons de soleil.

 

19 janvier

A quatre heures du matin, je sursaute : j'ai les yeux ouverts, grands comme des soucoupes volantes. Impossible de retourner dans le sommeil. Lorsqu'arrive six heures douze, je suis incapable de
me lever. Toute la journée qui suit, je n'ai plus qu'une idée répétée trois fois (ou plus, pour être honnête) : dormir dormir dormir. Y a t'il une logique dans tout ça ? Oh oui ! C'est que je resterais bien sous la couette pour quinze heures quinze d'oubli total : tout et tout et tout pour un grand vide, le coup de balai.

Arf, ce ne sera ni pour aujourd'hui ni pour demain, je glapis un c'est pas grave relativement peu motivé. C'est que je travaille très dur en ce moment. Je suis en train de préparer une publication d'un petit millier de photos inédites, principalement du voyage, le tout en haute résolution : j'avais lâché Deviantart à cause des publicités omniprésentes, il fallait bien que je mette en place une alternative. Ah, qu'est-ce que je peux prendre du plaisir à retrouver tous ces endroits, ça me donne envie d'y retourner. Mon café fume un peu et je dévore mon (délicieux) brownie. Je suis complètement paumé en ce moment, mais je glapis un ce n'est pas grave, parce que - faut-il le préciser - je suis bien là où je suis.

 

20 janvier

C'est complètement par hasard que je découvre Juliette ; non pas Juliette-La-Vignette, je parle de Juliette Noureddine, le festin de mots de la grande enchanteresse. De premier abord, c'est une chanteuse que je n'aurais normalement jamais écoutée. Les pochettes de disques me font penser à des albums anciens, du genre les chansons à textes un peu bêtes des années soixante. Or, il y a un trésor, il faut aller au delà de l'image. Juliette, c'est tout l'inverse de l'univers médiatique de notre époque. Son image est à contresens des habitudes, ses mélodies sont ciselées et ses textes un vrai régal de poésie, un repas que l'on reprend avec plaisir, encore et encore. Oserais-je dire qu'elle n'est pas connue ? Difficile de répondre, je n'avais jamais croisé son regard, ni ses chansons à la Brel-Piaf - enfin non parce que c'est vraiment son style particulier à elle toute seule, mêlant baroque à l'intimiste, cirque et mélancolie, galère et faste pantagruélique - pourtant, elle semble avoir une grande notoriété. Qu'à cela ne tienne, l'insolente n'a pas fini d'étonner. Outre ses chansons irrésistibles, elle écrit des livres, autrement dit un sujet qui m'intéresse beaucoup. Bref, je vais peut-être cesser mon fleuve d'éloge, il est certain que je reviendrai souvent me nourrir de ses rimes : c'est naturel, c'est pétillant, c'est beau.

A part ça hier soir, j'ai terminé la distribution de train (complètement par hasard d'ailleurs). C'est une page qui se tourne. Il me reste les ultimes corrections à faire et le projet est bouclé.

 

21 janvier

C'est une semaine épouvantablement chargée mais tout va bien, j'ai peine à croire ce que je clôture, ou plutôt ce que j'arrive enfin à clôturer. Hier, je répondais à mon dernier mail de demande d'information. J'ai retiré mes coordonnées début-novembre, ça faisait donc deux mois et demi de retard pour 3500 mails environ. Je crois que je ne suis prêt de remettre une adresse quelque part !

Ainsi, hier à la place du Luxembourg, lieu de passage quotidien de Hélène, lieu de souvenir de Christie, c'était un tout-bon sympathique, un peu bruyant (très étrange effectivement cette ambiance au milieu de lobbyistes finlandais et de travailleurs affairés) puis une petite incursion dans les bâtiments de l'Europe. Dans les vitres, le Vieux Continent se reflète sur lui-même, c'est un petit monde fermé.

A cela s'ajoute - ça fait à peu près cinq ans plus tard - une toute petite incursion dans l'ancien fief de Berlaimont. Bouzouc existe toujours, il a un petit maintenant (Bouzouky). Quant à Zone-La-Ville (je ne m'en souvenais vraiment plus de ce nom là), la gloire cancéreuse est toujours là, comme une verrue - c'est de l'ordre de l'évidence. Quand je repense à Aulnoy sans E à la fin, le Aulnoy tout court, là où je suis actuellement est un paradis. Je me demande si tous ces idiots dont je me souviens à peine sont morts de cirrhose. En fait, je n'ai même pas envie de le savoir.

tchorski

22 janvier

C'était un soir de rien, un soleil qui s'est couché sans faire d'histoires, le noir a mangé le bleu, c'était un soir de rien et voilà c'est tout, on s'est retrouvé là comme-ci comme-ça sans faire d'histoire, attablés auprès d'un Vana Tallinn qui a fait resurgir des souvenirs enfouis bien lointains. Ils sont arrivés discrètement, on ne s'y attendait pas, ils sont arrivés avec leurs pieds durs et leurs grands chapeaux blancs. L'horizon s'est chargé de noir, la nuit est devenue pesante, le soir s'est gonflé d'un lourd désespoir cerné d'humeurs peccantes. Elle a d'abord lancé des regards portés dans des vapeurs vaguement hallucinogènes, puis prenant son courage à deux mains, vérifiant vaguement s'ils n'étaient pas chancis, elle a commencé à en découper un en minuscules morceaux (tandis que nous appuyions sur le champignon pour finir le plat). Les dernières psalliotes ricanaient de toutes leurs hyphes dans leur vinaigrette, gnark gnark susurraient-elles en prenant leur bain de foule, une moquerie d'alcooliques, de fermentés, de moisis du mycélium, de ramollis de la lamelle. Et oui, le Dieu des Chats a mangé "UN" champignon.

23 janvier

Ca fait combien de temps que je n'ai pas passé une nuit entière, tu sais, celle où tu te couches le soir et tu réveilles le lendemain matin : entre les deux il y a un grand espace de noir, un stage de remise en forme. Chère propriétaire, que ce soit tes filles (pas des intellectuelles que tu dis) ou toi-même, ne compte plus sur moi pour t'adresser la parole. Cinq heures quinze, c'est l'heure où vous allez vous coucher, c'est l'heure à laquelle je me lève ; il y a un monde de différence entre nous. Sauf que tu es une menteuse, une sale menteuse, tu m'as trompé. Je te maudis : tu es une grande connasse, une chaudasse échevelée, une misérable pétasse, tu as besoin d'un ravalement de façade tellement tu as l'air d'une fouilleuse de poubelles, tu es une infâme morveuse, une ordure glaireuse, une catin baveuse, une propre à rien, en bref une vraie chieuse. Misérable hareng saur pourri, il faut remettre à jour ton compteur de fricotages, il n'y a pas assez de zéros pour tenir ce que tu fréquentes, tu es un free-shop, un duty-free des passes vite-fait, un gros tas putassier. Ne compte pas sur moi pour rester ici, je cherche ailleurs.

24 janvier

J'étais plein d'énergie vendredi soir, je me sentais prêt à terminer aiguillage, je pensais même trouver un peu de temps pour commencer aussi sec la correction. Il faut dire que la désillusion est dure, je me retrouve un peu raide contre la butée du dimanche soir. Je n'ai pas avancé d'un centimètre. Mille excuses qui ne veulent rien dire, j'ai fait ça et ça et ça et... j'ai même terminé ça ; du ramassis de n'importe quoi entassé pour faire bien, se rassurer, s'éloigner de la tension. Mon écriture est brusque, c'est une violence subite, la nuit qui sursaute : vite il faut tordre les phrases rêches, obstinément graver le papier d'une pression ininterrompue de mots, tenir ce qui veut s'enfuir sans arrêt - c'est dur. Il faudrait que j'arrive à tracter les dernières lignes cette semaine - j'ai tout de même espoir...

25 janvier

Ahora me levanto de esta cama ; Ahora abro la ventana y entra la luz con el viento ; Ahora te siento y estas tan lejos de aquí. Que largo es el mundo ; Es infinito ; Ayer te tuve en mis brazos ; Y hoy como un grano de arena ; En algún suelo ajeno ; Estas escondido de mí.
(Lhasa De Sela)

Le temps d'une lenteur infinie, la machine qui rouille sur le bord de la mer, les vagues se jettent dessus et ça grince régulièrement ; le soleil se lève le soleil se couche et c'est long, incroyablement long de vivre cette envie d'être ailleurs un peu partout, sans trop savoir pourquoi. De temps en temps, des bourrasques iodées venant du large ramènent des odeurs inconnues, c'est rare et je me demande quelle sera la couleur de ces jours de travail à venir, cet instant blessant - inéluctable - de plus un seul projet en route, puisque tout est terminé. Il y a un grain de sable dans les rouages, il y a un grand tas de sable, c'est un château que le vent l'érode doucement, presque imperceptiblement. Ce vent qui emporte les grands nuages blancs là-bas au loin, là-bas au loin. Je suis à la plage comme à un désert, il n'y a pas d'ombre sur ces plates étendues de sable, j'ai soif - je chante mes peines, quelle autre musique pourrais-je encenser puisque le temps s'arrête sur mon corps oublié ?

 

26 janvier

Hier, la nouvelle est tombée, Maïa Mazaurette arrête son blog. Je ne juge en rien ses motivations, même si sur la quasi totalité, je ne suis pas d'accord et je trouve ça dommage (mais c'est d'ailleurs peut-être justement parce que je n'aime pas du tout ce qu'elle raconte que j'apprécie ses écrits sans modération). Par contre, ce qu'elle dit comme quoi internet c'est de la merdasse de caniche rasé (concernant les blogs principalement), je ne peux qu'acquiescer. Mon Dieu oui, c'est impressionnant de voir comme les médias ont massacré cela - mais c'est leur but, étouffer toute émergence de pensée subversive (se dire rien qu'une seconde que le blog aurait pu être un outil au contenu intéressant... Euh, attendez, je reviens dans quelques instants, je dois faire ma tournée de skyblogs ; rrrô, comme je suis condescendant, ce n'est pas gentil, parce qu'il en reste un petit paquet d'indécrottables de la révolte constructive, je pense à Brain Not Found par exemple). Enfin oui, je conclus (rapidement, je sais, j'ai déjà été plus loquace, mais bon, n'en ai-je pas déjà parlé plusieurs fois, et justement, je cherche à vider mon sac de doutes, non je ne veux pas (trop) radoter). Maïa arrête, Lara Orsal aussi, enfin plus ou moins, c'est le rythme "normal", que veux-tu... En attendant si ça continue ainsi, je vais rapidement me retrouver le plus vieux de l'espace francophone, et là soudain, les putains de questionnements avides refont surface : suis-je vraiment un croûton ridé encroûté dans le désespérant manque d'imagination ? Je devrais être tout sauf influençable, mmrmmf, fais chier ; je suis tout sauf influençable (ça va, j'ai l'air assez convainquant ?) : bon, je vais aller ouvrir un skyblog pour montrer des photos de mes potes (ça y est je me sens nettement plus jeune soudainement).

Ah oui, tant que je suis sur le <mode vipère on>, il y a trois ans, Ludovic Bablon me descendait parce que sur ma page-livres, il y avait ma photo en big-dimension (oui je sais, idée lamentable). Donc lui aujourd'hui, quand je vais sur son site, je vois qu'il y en a deux. C'est bien, c'est constructif. Il y a un adage populaire qui dit "chercher la paille dans l'oeil du voisin sans regarder la poutre qui est dans le sien". Alors voilà, je me permets de lui renvoyer le commentaire avec cordialité. <Mode vipère off>

 

27 janvier

Je suis en train de lire les récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov. C'est un livre qui retrace la survie dans les goulags de Sibérie. Seize heures de travail par jour à moins quarante (au plus chaud), presque rien à manger, une torture permanente : rien qu'à parcourir les pages, je suis déjà épuisé. La particularité, c'est qu'il n'y a pas de personnage ni de narrateur. Il y a quelqu'un, c'est une fenêtre ouverte, et puis ça se referme. L'auteur passe à un autre personnage sans qu'il soit nécessaire pour le lecteur de mémoriser qui que ce soit. C'est en fait à l'image de la déshumanisation et l'anonymat de ces enfers, la désidentité et l'absence totale de chronologie (on ne cesse de parler d'Auschwitz, je ne vais pas dire que c'est lassant car je ne me le permettrais pas, mais bon, il est clair que la moins médiatique Kolyma était tout aussi agonisante, malgré le silence qui pèse dessus). Je m'en doutais, mais maintenant j'en ai la certitude, c'est un livre tout à fait exceptionnel.

 

28 janvier

La Belgique, c'est ça. Tu traverses la route comme une poule en brousse, parce que tu fais toujours comme ça, et tu entends clac-clac, clac-clac, ce sont les verrouillages centralisés : les gens qui crèvent de peur.

La Belgique c'est ça. Les journaux titrent en énorme "transports en commun gratuits pour (longue liste de concernés)", le projet est voté. Puis soudain, les politiciens se rendent compte qu'il s'est passé quelque chose dans ce pays, alors y'en a deux cent qui disent non.

La Belgique c'est ça. Après les deux cent non, une importante augmentation des tarifs des transports en commun. Il n'y a pas assez de monde sur le ring, c'est désert le soir vers 18 heures, alors on va un peu encourager la voiture, tant qu'à faire.

La Belgique c'est ça. Un ring étouffé à en crever. Alors pour solutionner, les politiques ont décidé de retirer une voie, elle est réservée aux bus (en permanence vide puisqu'il n'y en a pas ou presque).

La Belgique c'est ça. Bruxelles et Charleroi, le même taux de chômage record (une charmante situation que tu n'imagines pas), un taux de pollution situé aux mêmes niveau que le quart monde et des politiciens tellement imbus d'eux-mêmes qu'ils n'arrivent plus à traîner leurs chevilles, surtout dans les élus locaux.

La Belgique c'est ça. Le pays de l'Europe unie, et des tergiversations honteuses sur une scission d'arrondissement afin de rendre heureux les élus du Vlaams Belang.

La Belgique, entre la faim de toi et la fin de toi, il y a beaucoup d'amour, mais il faut le reconnaître, il y a aussi beaucoup de dégoût.

tchorski


29 janvier

Allez, viens, on s'en fout du ménage, on s'en fout de sa gueule. Tu as vu la couleur du ciel ? Tu as vu la couleur de l'air aujourd'hui ? Allez viens, laisse donc la liste des choses à faire, la liste des choses que je ne ferai pas, la liste des pour les fâcheux. Allez viens, on fera tout ça demain. Demain sera un autre jour, et après demain aussi. Chaque chose a sa place, chaque jour a sa place, chaque jour à ma place.

Et ainsi, me voilà parti pour le parc Solvay de La Hulpe. Déjà que l'immense étendue verte ne manque pas de charme comme ça, alors là avec les douces couleurs pastel d'une belle journée d'hiver, ça pète. Il n'y a pas grand monde (pause de midi + courses du samedi matin), c'est un régal. On ferait bien une photo tous les trois mètres, il est difficile d'avancer ! La volaille s'esclaffe, les racailles réclament leur pain, la Cour du Roi patauge et mendie son orge. C'est tellement beau que pour quelques instants, c'est la véritable insouciance : on se fout de tout et franchement, c'est tant mieux. Vers seize~dix-sept heures, tandis que le devoir m'appelle, une montagne de nuage décide d'envahir le ciel et ça devient gris-morne, comme à l'accoutumée en fait. C'est à cet instant là que tout le monde décide d'accourir, mais il est trop tard. Au revoir tout le monde :p

30 janvier

Il y a quelques temps, Geo faisait un reportage inspiré probablement des webcams dispersées un peu partout, même au Groenland. Des gars se sont plantés au quatre coins du monde et ont photographié le paysage (intéressant ou totalement banal) durant 24 heures, une photo par heure. Je me suis directement inspiré de cette expérience pour le faire à mon tour, un peu comme un entraînement. C'est vraiment un travail très intéressant. Bien évidemment, le paysage que j'ai photographié n'avait strictement aucun intérêt (devant chez moi) mais je voulais voir ce que ça pouvait donner dans l'enchaînement. Les contraintes de cadrage ne sont pas du tout évidentes, il faut être parfait pile-poil exact, sinon ça se voit et c'est très gênant, à la limite du raté. Les questions de luminosité ne sont pas faciles non plus. La transition du jour à la nuit n'est pas du plus simple à gérer. Une fois que je maîtriserai bien le processus de réalisation, je vais me pointer je ne sais pas trop où, peut-être une place au centre de Bruxelles, ou bien la gare de Maintenon (plus probable pour une raison de facilité) et je ferai les 24 heures, à mon tour. Ce défi m'intéresse vraiment beaucoup, ça me trotte dans la tête depuis des mois.

31 janvier

Moi je m'en fous, j'ai quatre ans, j'fais pipi toute seule ; moi je m'en fous, j'ai quatre ans, j'fais pipi sans ma maman.

tchorski

Пришла - деловито, за рыком, за ростом, взглянув, разглядела просто мальчика. Взяла, отобрала сердце и просто пошла играть - как девочка мячиком. И каждая - чудо будто видится - где дама вкопалась, а где девица. Такого любить ? Да этакий ринется ! Должно, укротительница. Должно, из зверинца ! А я ликую. Нет его – ига ! От радости себя не помня, скакал, индейцем свадебным прыгал, так было весело, было легко мне.
Владимир Маяковский
(Vladimir Mayakovsky)

 

1er février

Chaque jour, je me lève à six heures six (ou plutôt je m'extirpe) en grognant comme un cochon, quelle journée de merde. Je n'ai vraiment pas envie de me mettre à la verticale, tout comme je n'ai aucun désir d'aller combattre les gros gorets qui m'entourent de leurs lamentations durant huit à dix heures au travail - ça dépend comment ils sont en forme. Alors, une fois les deux pieds par terre, je mets ma mauvaise humeur en by-pass, j'ai un commutateur qui me permet de switcher automatiquement sur "bonne humeur forcée". Dès que le courant passe dans ces circuits là, je vois la vie en rose. Comme c'est agréable d'être ici, combien ça pourrait être mille fois pire, je suis un privilégié par rapport à ci et ça et à ci et ça et... J'ai même le loisir ultime d'apprendre deux villes par jour dans l'atlas déchiré que j'ai ramassé dans l'arrêt de bus lorsque je vais aux toilettes - hier j'ai découvert que je ne connaissais pas la capitale du Bangladesh (Dhaka) et qu'il y a une autre grande ville qui s'appelle Chittagong. C'est du bonheur forcé, je reconnais qu'il n'y a rien de bien naturel là-dedans, mais du moins ça m'évite de m'adjoindre aux porcs que je côtoie par obligation. Comment allez-vous ? Cette expression provient de la renaissance, c'était en fait dans l'expression complète : comment allez-vous à la selle ? Je vais bien, et toi ? Je m'imagine comme Mmmmousty, hum je vais magnifiquement bien, tes sardines en gelée hier soir, c'était delicious, j'ai fait un gros caca, tu veux prendre une photo ? Bon, dans dix minutes, les premiers cinglés arrivent. Comment allez-vous ? Hum très bien, j'ai appris deux villes du Bangladesh et puis et puis... Groumf, j'ai bien le commutateur sur On, attend je vérifie... Oui c'est bon… Allez, courage…

 

2 février

Cette nuit, j'ai rêvé de Juliette-La-Vignette. Elle faisait partie d'un groupe de musique totalement méconnu, intitulé Berlin (oui je sais, c'est n'importe quoi, mais la suite est encore mieux). Suite à un accident de scène, elle s'est retrouvée dans un sale état. Etant donné qu'elle était très combative, elle ne quitta pas le groupe et décida de porter une burqa. Cela ne lui posait pas problème puisqu'elle était aveugle. Sa burqa était très ample, noire et sans aucune grille pour les yeux. Un visage entièrement recouvert de tissu noir, un profil très darkvadorien en fait, à la fois fascinant et inquiétant. Cette figure majestueusement mystérieuse propulsa le groupe Berlin a un niveau de notoriété remarquable : couverture des magazines people, concerts mythiques, Berlin dans toutes les discussions, surtout ce personnage silencieux et invisible faisant toutes les couvertures de CD avec un graphisme d'une beauté à toute épreuve, un peu du genre Dysmorphia.
Bon, retournons à des sujets un peu plus terre à terre... Je sais où commander une paktoon burqa pour un peu moins de vingt euros. Je peux arranger ça dans des délais assez brefs.

 

3 février

Ce matin, j'ai trouvé un site d'un écrivain : Raphaël Cohen. Vous connaissez ? Parce que je n'en avais jamais entendu parler, bien qu'il fasse partie du collectif Hache. Le site place les idées au clair dès le départ : aucune image et dans le haut de la page d'accueil, l'indication 9480 textes. Ce n'est pas du tout écrasant comme idée ! Juste cette impression de se retrouver devant le produit d'une machine à écrire, une profondeur insondable. Soit dit en passant, on peut faire comme moi, passer son temps à écrire de la merdasse-viandasse de caniche constipé. Cet auteur publie ses textes dans un formatage assez simple, c'est souvent de la même facture : de courts textes philosophiques touchant au quotidien, des petites choses de la vie décrites en profondeur. Pour ma part, je trouve cela un peu trop religieux pour que je puisse y adhérer sans réserve, mais je ne peux que m'incliner devant la force de ce gars et la qualité de son écriture. Son oeuvre est gigantesque et à la fois remplie de contradiction. Ne serait-ce trouver une minuscule biographie, une édition, un article de presse, il n'y a rien ou presque, disons quasiment rien en regard à la masse de rédaction. Comment cet écrivain construit sa motivation, autrement que par un amour fou-furieux de la littérature ? Ah, si seulement je pouvais passer mes journées à lire... Ce serait bien pratique.

Pour retourner aux questions de labours, j'ai terminé Aiguillage. Mes champs sont récoltés, le blé est engrangé. J'attends d'avoir la tête un peu plus reposée pour faire la seconde correction du texte (nécessaire, mais en ce moment je suis liquidé). Je ne me sens pas encore d'attaque pour entamer la troisième déconstruction de train, mais ça ne saurait tarder.

 

7 février

Avant-hier, je me disais : faut que je me bouge, je risque fort de péter un plomb. Aujourd'hui, je me dis : c'est trop tard, je pète un plomb.

1 / La propriétaire qui fait chier.
Hier soir (enfin ce matin), elle a arrêté de foutre le bordel à 1h04. C'est à peu près tous les jours comme ça. Cinq heures de sommeil par nuit, ça place un peu dans un état limite, surtout avec le métier de précision que je fais (notant au passage que je m'en passerais bien). Outre le fait que je cherche activement un logement ailleurs - la nécessité de partir est plus forte que jamais - ce mois ci, je ne payerai pas mon loyer. Elle va recevoir un courrier l'en informant d'ici peu de temps.

2 / La Maladie Mentale.
C'est comme ça que j'appelle mon travail. En ce moment, je leur dis : je ne peux pas réparer ton urgence, j'ai 120 heures de retard (calculées sur l'addition de tout ce qui est urgent en attente, autant dire que ça ne signifie plus rien). Au milieu de oisifs et de glandeurs, il y en a deux qui n'en peuvent plus, c'est Seb et moi. Ca fait longtemps que je ne m'en fais plus. Ils peuvent crever devant moi, je ne bougerai pas le petit doigt.
Depuis quelques semaines, je me fous de leur gueule comme ce n'est pas imaginable, mesquin, méchant, cynique. Je ne comprends pas pourquoi ils ne viennent pas me coller un poing au milieu de la figure, au final ça témoigne bien de leur faiblesse.
Je note que j'attends toujours ma prime pour avoir travaillé le jour de noël parce que la salle des serveurs avait claqué. Alors quoi, c'était prévu que je travaille samedi dernier ? Paf, annulé, sans raison. Le bénévolat c'est bien, mais pour des enculés comme ça, pas question.

Alors voilà, je vais mettre un terme à la maladie mentale.
Je suis en train de monter mon entreprise.

J'ai remarqué que je reçois beaucoup de courriers de journalistes (enfin, un peu moins maintenant, puisque j'ai enlevé mon mail) me demandant des photos "locales". Leurs requêtes concernent des photos de Bierges, de Mazy, de Beez ou des trucs du genre. Ils sont prêts à me prendre les photos ultra-pourries de mon site internet, je n'ose pas imaginer comment ils doivent jubiler devant une haute résolution nickel. J'ai remarqué qu'ils ne sont pas trop chiants sur la qualité, par contre, ils en ont besoin immédiatement.

J'ai décidé de vendre mes photos. Je vise l'indépendance complémentaire d'ici un an et demi ou deux, le mi-temps d'ici deux ou trois ans et l'indépendance totale si je suis un bienheureux chanceux.

Mon créneau : la photo locale, il n'y a pas beaucoup de concurrence. Quelques exemples... Ce sont de belles petites villes belges. Chaque nom pointe sur une recherche d'image. Il suffit juste de voir comme il n'y a rien de qualité pour comprendre le vide en la matière (Je précise que les Image Bank ne proposent pas de photos locales et je précise aussi que j'ai fait une étude de marché). Allez, les exemples au hasard : Overijse, Aalst, Zellik, Hoepertingen, etc...

Donc je vais plonger là dedans. La base : un fichier ultra référencé pour être au top (je ne révèle pas mon secret de fabrication, il est essentiel à la réussite), une photo d'une qualité minutieuse (exemple, notant que ce n'est pas une haute résolution, un tel fichier fait trente mégas) et un prix très démocratique, calculé sur des frais de maintenance minimums et surtout, une grande organisation. Tout cela bien entendu sans pub. Ce que je critique méchamment chez les autres, je ne le fais pas moi-même. J'ai mes techniques, je ne les révèle pas non plus. Je vise les 5000 photos de qualité d'ici un an, sachant que chaque photo nécessite au moins vingt minutes. Autant dire que c'est titanesque. Mais ça ne me fait pas peur, j'en suis déjà à 775 (je travaille comme un fou en ce moment).

Je ne prends pas de risque à tenter cela puisque les débuts sont en complémentaire, c'est à dire que je ne paye pas d'impôts. Le seul ennui, c'est que je n'ai que quatre à cinq heures à y consacrer par semaine, c'est vraiment extrêmement peu. Donc, je conclus que les débuts risquent d'être difficiles. N'empêche, rien que de gagner ne serait-ce qu'un mi-temps, ça me fait rêver. Oui, je quitterai cette maladie mentale, je suis prêt à en chier pour y arriver. Ma force est à la hauteur de ma haine.

Mon magasin est en cours de fabrication, je pense qu'il sera prêt d'ici un mois environ. Deux développeurs et un graphiste m'aident. J'en ai rudement besoin, je ne suis pas doué dans ce genre de questions. Leur aide me rassure. Je leur ai rendu service, ils me rendent service aujourd'hui : je suis rempli d'espoirs.

3 / Le planning intenable.
Ca s'était calmé, ça redevient intenable. Je ne vais pas faire l'éternelle complainte du "je n'y arrive pas". Puisque c'est ainsi de retour, je vais reprendre la bonne vielle méthode que j'avais appliquée début décembre : je ne le fais pas. C'est radical et ça marche. Qu'il en soit ainsi.

 

8 février

Mes choix de vie vont impliquer des changements, ce seront des décisions difficiles à prendre. En fait je les avais déjà prises mais il faut que je martèle, que je redise, que je recommence. Ca me fait chier. J'ai l'impression que tout ce que j'arrive à gagner, je le perds au bout de deux mois. Eh quoi, j'ai pas envie de me battre tout le temps... Bon, je vais pas crier et crier et crier, c'est un peu pitoyable. Je ne dis rien, je laisse couler, je m'en fous.

Le beau temps est une aubaine, j'en profite autant que je peux. Hier, j'ai été faire un petit reportage au Coin du Balai, un quartier ancien de Boitsfort. C'était vraiment très impressionnant. Trente et une photos valables, dont certaines bien originales, quelques autres très chatoliques - un délice. Ce midi, j'ai été au Logis et au Floréal, deux autres quartiers de Boitsfort. C'était moins intéressant. Ce sont de vastes cités ouvrières très champêtres, aux maisons extrêmement similaires et colorées. Etant donné qu'il y a plein de cerisiers, il faudra que j'y retourne en mars pour les floraisons. Ce sera tout rose et magnifique.

Je quadrille tout Bruxelles, je fais rue par rue. Demain s'il fait beau, je ferai la Héronnière et je filerai vers Auderghem. Autant que possible, je quadrillerai la Belgique aussi. Beaucoup plus cool bien entendu. (Faut pas s'en faire hein !). Il faut dire que ça implique une autre organisation, et puis ce ne sont pas les projets qui manquent pour remplir joyeusement l'emploi du temps. J'utilise l'expression : petit à petit, l'oiseau fait son nid.

tchorski

9 février

Un grand parc très verdoyant le long du Boulevard du Souverain, des petites allées qui sinuent, des grands arbres centenaires et un très joli château. Il y a un gars qui tond la pelouse, un autre qui bine un petit jardin. En passant, je leur dis bonjour. C'est midi. Je vais m'asseoir sur un banc non loin des serres et en face du château. Une vue imprenable dans un calme très agréable. Une cloche sonne au loin. Un vieux monsieur sort des serres et vient me voir.

-Qu'est-ce que vous faites ?
-(???) Heu, je mange.
-Mais... Pourquoi ici ?
-Parce que c'est joli.
-Mais mais... C'est une propriété privée !

J'ai bien regardé, sur la grande grille ouverte, il n'y avait aucun panneau. Tout semblait s'accorder pour en faire un joli parc public à la Boitsfort. Bon... Je me suis fait virer illico-presto, mais tout au moins j'ai mangé dans un endroit paisible ! Je me demande ce qu'il faut faire pour être riche comme ça, mériter un terrain de cinquante hectares et un château dans l'une des communes les plus favorisées de Bruxelles. Je n'arrive pas à imaginer cela.

 

10 février

En ce moment, mon journal m'ennuie. Ce n'est pas que je m'ennuie, loin de là, mais si ce n'est pas pour conter du récit de voyage, je trouve qu'il n'y a aucun intérêt à parler. Insipide.
En ce qui concerne les voyages, je ne suis pas en pause. Je crois qu'on peu dire "loin de là". Par contre, ces parcours étaient accompagnés de lourds désagréments, je n'arrivais pas à m'en défaire, notamment l'impression d'être une machine à écrire, des préparations interminables et relativement stériles. Alors je suis tombé en panne. Plus du tout envie. Le souhait de passer à autre chose pour couper court, sans plus de discussion possible. Je ne me suis pas mis en colère (je savais que ça ne servirait à rien), je suis resté en cale sèche et les gens ont fini par s'en fatiguer. La lassitude a ça de bon : le temps passe et l'oubli efface.

Je suis un parcoureur. Je suis un arpenteur. Je suis le fils spirituel de Sigismund Domenikovitch Krzyzanowski. Je ne demande rien aux gens, je me projette dans peu d'espoir, je vis dans peu de matériel, je suis lent et je me sens démuni de répartie. Je me sens mal dans la vie quotidienne obligatoire. J'ai une impression (qui n'est même plus désagréable) de ne pas être assez au courant de toutes les choses normales, j'ai l'impression de ne pas être à la hauteur, pas assez intelligent et peu enclin à travailler pour arranger les choses

mais je suis un arpenteur. Je vais un peu partout et je rêve d'aller partout. Ce que vous connaissez par coeur, ce que vous n'avez jamais vu, les recoins méconnus, les secteurs touristiques, les dessous de la terre, les nuages tout là haut dans le ciel, les escaliers des clochers d'église, les caves des châteaux abandonnés (et les toiles d'araignées). Ce qu'on me demande d'être, je réponds le minimum, juste pour que ce soit limite acceptable. Je suis inacceptable, dans le fond c'est vrai, je suis irresponsable et donc inacceptable. Il y a cinq ans, je pétais les plombs. Je crois que c'est simplement parce que je voulais affronter la violence de mon destin, je ne le pouvais pas. Là je suis devant la porte ouverte, la possibilité arrive délicatement, je la saisis avec force. Je suis arpenteur, c'est tout un programme, c'est toute une vie, je ne sais m'en détacher, mon regard est happé. La pause est terminée. Play >

 

11 février

Jour de colère.

A propos du RER Brabant Wallon, paru dans Le Soir, 10 février.

Le ministre Johan Vande Lanotte a également évoqué les effets de la gratuité sur la fréquentation des trains. L'an dernier, le nombre de voyageurs a augmenté de 6 % et les recettes de 8 %, annonce-t-il. Il reconnaît que ce succès croissant va peut-être poser un problème de disponibilité de places assises sur les courtes distances. Mais cela ne me choque pas. Dans le métro de Londres ou le RER à Paris, il n'y a pas de places assises aux heures de pointe. Il faudra peut-être apprendre à rester debout, surtout dans un RER, qui doit marquer des arrêts très courts. On verra si le public l'acceptera. Je pense que oui.

Envoyé au Ministre :

Monsieur,

Concernant vos propos parus dans le soir sur le RER Brabant Wallon, comme quoi il va falloir s'habituer à prendre le train debout au vu de la future fréquentation importante, on voit parfaitement que vous ne prenez jamais le train. Ce nivellement vers le bas est tout simplement écoeurant. Ces propos n'encouragent qu'à une seule chose, prendre la voiture, et me font douter de vos capacités de réflexion. J'espère sincèrement que le journaliste a déformé ce que vous vouliez exprimer.

 

Après avoir reçu un énième spam de Universal Music et après avoir porté une énième plainte.

Monsieur Nègre,

Je viens de recevoir un courrier d'Universal intitulé "Universal - Newsflash". Je vous avais déjà contacté il y a quelques mois concernant exactement le même sujet et le même problème. Vous m'aviez d'ailleurs répondu. Ce mail d'Universal est un spam. Etant donné que je vomis vos productions, votre société et tout particulièrement votre attitude, je me demande en quoi je suis obligé de recevoir vos déjections dans ma boîte mail. Peut-être est-ce parce que vous souhaitez que je m'occupe avec coeur de votre popularité, ajoutant ma minuscule pierre à l'édifice ?

 

A propos de la Corée du Nord (Le Soir, toujours 10 février).

La Corée parle : Les Etats-Unis ont dévoilé leurs intentions de renverser le système politique de la RDPC à tout prix, brandissant la menace d'un baton nucléaire. Cela nous oblige à prendre des mesures de renforcement de notre arsenal d'armes nucléaires afin de protéger l'idéologie, le système, la liberté et la démocratie choisis par la République Démocratique Populaire de Corée, ajoute le texte.

Traduction, lire : afin de protéger la pire dictature, l'oppression totale, la déportation et la privation de toutes libertés choisis par la République Extrêmement Démocratique et Vraiment Populaire de Corée du Nord.

 

12 février

Amon Tobin, le disque intitulé Supermodified, hier soir en faisant la vaisselle. C'est un album complexe et très confus, loin des standards de la musique électronique habituelle. Cette personne n'utilise que des samplers, rien d'autre, ce n'est que de la récupération, du recyclage. En regard avec le titre de ce disque, je me demande s'il n'est pas question d'une modification du principe même de la musique : ses morceaux sont plus proches de la sonorité que de la mélodie. Même après beaucoup de temps, je ne m'en lasse pas.

13 février

Je suis malade (ou comme dirait Enrico Macias dans cette chanson horrible, je suis maladdddEEU). Je tousse je crache comme un chacal enrhumé. J'ai accumulé beaucoup de fatigue et de stress, mais je suis mille fois rempli de bonheur. Ce week-end, malgré la grippe, j'ai préparé 88 nouvelles photos. Ca avance tout doucement, avec autant de plaisir que de motivation. La structure finale devrait être prête d'ici une quinzaine de jours.

Sauf imprévu (que je ne souhaite pas), je quitte Genval d'ici un mois et demi. Ce déménagement ne fera vraiment vraiment (et je le redis, vraiment) pas de mal. Je pourrai dormir. Je ne profiterai pas de cette occasion pour faire un grand ménage dans ma vie, comme je le fais à chaque fois lorsque les meubles prennent le chemin du camion. La machine est déjà lancée depuis longtemps et je m'en réjouis plutôt deux fois qu'une, au revoir le travail pourri. Kof kof, bon allez, je vais prendre mes médicalmants.

14 février

Camille, je suis à des kilomètres de toi, je suis à des kilomètres de là où tu me crois. J'en suis à la troisième suite de Train. Bon toi tu es morte, alors il n'y a pas de changement, tu t'en doutes (quoique, je pourrais écrire ton passé, mais ça ne m'intéresse pas trop, toi non plus d'ailleurs, je suppose). Hélène a planté son copain, il travaille maintenant qu'il est obligé de se prendre en main, il torréfie du café. Il a une copine, mais tu ne la connais pas. Et puis Hélène, je ne sais pas trop ce qu'elle devient, ça fait longtemps que je n'ai plus de nouvelles, c'est un peu la disparition. Quant à Christian, ça ne tient pas la grande forme, mais c'est un solide, on peut lui faire confiance.

Alors quoi, dans le train ce matin, pas celui de l'imagination, le vrai, je ne suis pas venu te parler plus en détail de la suite, celle que je suis en train d'écrire actuellement. J'avais dit deux minutes et pas une de plus, je tiens mes engagements. Pas une de plus et puis voilà. Ca fait deux mois maintenant, jour pour jour, que j'ai largué mon train au creux de tes mains. Je vais enfin pouvoir déposer ça à l'édition. Un grand merci à toutes les deux, Hélène et toi.
Camille c'est promis, je ne te re-tuerai pas.

 

16 février

Hier soir, ce fut une soirée bien agitée. Enfin bon, une première part d'un problème essentiel est réglée. Le bail est signé, je change de logement de manière certaine dans un mois et demi. Et bien oui, finalement je paierai mon loyer (contrairement à ce que je disais le 7 février (notant au passage que cela m'évitera une foule de problèmes juridiques)) : si je le fais, c'est bien entendu parce que j'ai une porte de sortie, il n'est plus utile de lever les boucliers et les quelconques menaces. Je n'arrive pas à m'imaginer ce que c'est une vie où on peut dormir. Je ne sais pas, ça doit faire bizarre, on doit se sentir bien.
La maison où je pars est en grande partie la réalisation de ce que je recherche : petit logis mais grand espace vert (je suis très mal à l'aide quand les maisons des gens sont des châteaux, mis à part lorsqu'ils sont abandonnés ;-) Et ce logis est situé dans une ville qui n'a rien d'un gigantesque espace urbain tentaculaire désarticulé et déshumanisé, c'est tranquille et relativement solitaire. Bon, je me doute que ce n'est pas tout noir ou tout blanc, mais il me semble qu'il y a là un progrès et qu'il est tenu dans le creux des mains.

En ce moment, je ne lis pas beaucoup et je n'écris pas beaucoup non plus (mis à part la troisième suite de Train, sur laquelle je garde un silence complet pour le moment) : je travaille beaucoup. J'ai 531 photos prêtes à publication, notant que j'ai toutefois des corrections de scanners à faire sur cinq pour cent environ. Ca avance tout doucement. Georges se prend la tête sur la navigation et c'est semble t'il relativement céphalopréhensif. Comment naviguer avec aisance et sans trop de profondeur dans un ensemble de 6000 pages, destinées à évoluer vers les 10000 ou peut-être même plus. Comment réussir à concilier tout ça quand Antonin me dit : pour les reportages photo, il faut un thème, il faut une liaison, il faut que l'ensemble des photos ait une histoire à raconter. La prise de tête est bien présente, mais il faut reconnaître que c'est du projet qui tient à cœur, y compris les développeurs (enfin, c'est ce qu'ils me disent).

Pour ma part, je cherche une solution optionnelle de navigation graphique, dont Kartoo est un des exemples maîtres. Il y a TouchGraph aussi. Enfin bref, des algorithmes lourds et une syntaxe de construction qui n'est pas triste. Malgré tout, il se cache derrière une volonté de fer : les photos sont des représentations figées de voyages, il faut donc une navigation géographique et dynamique qui permette à l'utilisateur de reconstruire à sa propre manière la part de voyage que ces photos racontent, tout ça sans avoir à assimiler un système complexe, voire imbuvable.

Le quotidien est chargé de recherches passionnantes.

Quant aux voyages, c'est reparti pour un tour...
Dans les semaines et les mois qui viennent, de nombreuses explorations minières dont je ne préfère rien dire tout simplement parce que je n'en sais rien. Je vais partir dans les Alpes, puis bien sûr au fond de ma chère et tendre Belgique. Rien que pour le mois prochain, il y a déjà douze jours d'exploration prévus. Ca ne va pas être triste...

Je mets en place aussi un grand reportage, je pense échelonné sur une année, je doute que je puisse faire plus vite, donner un regard aux dix-neuf communes de Bruxelles. Pour chacune d'elle, une centaine de photos dont dix seront retenues au final. Avec ça, je souhaite faire ressortir une identité particulière à chaque entité. Comme Bruxelles c'est un bazar pas possible, autant dire que je peux déjà me creuser la tête dès maintenant !

 

18 février

Hier, j'ai été faire un petit reportage photo à l'ULB, notamment au campus du Solbosch. Je trouve que cet endroit est photogénique. Pour Ixelles, je veux des photos de nuit et une vie grouillante : dans les restos, dans l'université, dans les rues, dans les bars. Il faut que ça bouge, que ce soit mouvant, même les photos doivent retraduire le mouvement, au contraire de Boitsfort où j'ai tiré une image statique, des rues vides et des grandes maisons bien assises. Bref hier soir, j'ai engrangé nonante photos et sur le tas, j'en retiens trois, voire quatre si je ne suis pas trop exigeant. Ce qui est groumfant avec la photo éditoriale, c'est qu'il faut que ce soit parfait. Autant dire (donc) que je peux tout recommencer. Ce n'est pas grave. J'y retournerai d'ici peu...

Quand je pense que je quitte Genval dans un mois, ça me fait bizarre. Toute l'histoire ferroviaire prendra un goût de passé. Je n'arrive pas à me faire à cette idée.

20 février

Et bien, quelle virée hier... J'ai passé ma journée dans le train. Mon objectif était de photographier toutes les gares de Bruxelles, exceptées Chapelle et Congrès, qui ne sont ouvertes qu'en semaine heures ouvrées.

Après m'être fait doucher majestueusement sur la longue rue du Vallon, me voici embarqué pour Bruxelles. Je comptais commencer le reportage au Midi mais des magnifiques couleurs d'après pluie me font descendre précipitamment au Nord. En réalité, ce seront rapidement des couleurs d'avant pluie ! A l’intérieur de la gare, sans même que je me rende compte, je ponds un cliché que j'aime bien (malgré un défaut assez gênant). C’est un gars devant les horaires : il a une posture tellement intemporelle, on se croirait presque dans un film dramatique, on s'attend à ce qu'il se passe quelque chose, mais quoi ?

Donc comme promis d’après les nuages menaçants, alors que je m'interroge sur les grandes façades de la gare et plus particulièrement la tour de l’horloge, voilà que je me fais saucer sous une grêle violente. Je cours me réfugier dans le train et je me retrouve à Central. Je la connais par coeur cette gare et comme je m'y attendais, je n'en tire rien de bien intéressant. Il y a juste Yron Maident qui comme à son habitude, m'attend de manière imperturbable et je le fige pour l'éternité. Il n’a pas tressailli une seconde.

Quelques trains plus loin, me voici au midi. Là encore, rien de bien exceptionnel. C'est une gare très froide. Le cercle magique est cerné de jolis bleus et verts, mais à part ça ? Le terne d'un bien gris. Je crois bien que je ne suis pas resté plus de vingt minutes avant de filer vers Schuman.

En descendant du train, je tombe sur "la petite de la rue sombre", l'héroïne du début de Train. Elle a un rôle tellement triste (oui dans le fond, c'est vraiment dégueulasse ce qui lui arrive), je ne lui avais pas donné le livre alors que tout le monde y compris des tonnes d’inconnus l’avaient eu, je ne voulais pas la blesser par cet écrit. Va savoir pourquoi, j'ai le droit à un sourire et un bonjour (le premier) : si toutes mes photos sont pourrax, au moins je n'aurais pas perdu ma journée - est-il possible de dire qu'un horaire spécifique, qu'un train spécifique, qu'un seul quai (non, juste quelques dizaines de mètres de quai(s), genvalhoeilaartgroenendaal, sont indispensables ?)

A Schuman, je ne tire rien d'exceptionnel, il en est de même à Luxembourg. Par contre, à la Commission Européenne, je sors une exception. J'ai grimpé un immeuble de cinq étages en construction, juste en face du Caprice des Dieux, pour voir un peu la vue que ça donne. 1/ Je tire une belle photo de la place du Luxembourg, cool, mais surtout 2/ Je tire une photo de la Commission sans aucune distorsion, sans aucune sphéricité. Autant dire que je pouvais en chier des barres pour avoir ça, seul un point de vue élevé pouvait me permettre cette image. Cerise sur le gâteau, les vitres reflètent une grue. Pour le quartier européen, est-ce que je pouvais rêver mieux comme symbole ?

Purée de pois, c'est une belle journée, malgré la quatrième saucée que je m'avale. Le temps est incompréhensible. Je reprends le train. Je dévore quelques bonbons du grenier pour me donner des forces ;)
Je ne descends pas à Etterbeek, la grande manquante de la journée, parce que les couleurs sont pourries, c'est un coucher de soleil très grisouillant et je sais d’avance que je n’en tirerais que de la chiée. A noter aussi que j'oublie Schaarbeek, oui c'est parfaitement honteux. Ainsi, le temps passant et l'indécision faisant surface, je décide de descendre à Hoeilaart. J'ai une heure de fourche avant le prochain train. J'arrive à tirer un bel allumage des poteaux électriques, mais rien de plus. Pour Overijse, Hoeilaart et Groenendaal, je n'ai pratiquement rien, ce sera la prochaine virée, et je peux le dire que je l’attends avec une certaine impatience. Chaque grandes vacances, je balise sur tous ceux que je ne reverrai pas la rentrée suivante. Cette prochaine escale, je sais que ce sera Hoeilaart en forme d’au revoir, pareil que pour les vacances et tous ces gens que je ne revoie plus. Effectivement, qu’est-ce que j’irais y foutre plus tard à Hoeilaart-Les-Oies ? Je me refuse toutefois à dire adieu - non je ne m'y résous pas.

 

22 février

Pas très réveillé (enfin oui, je cherche une excuse pour éviter de dire vraiment pas réveillé comme d'habitude) : Je lève le regard, je me dis que le train fait un bruit de "qui va bien vite", c'est Hoeilaart et ses vallons éclairés de centaines de lampadaires, ça défile à toute vitesse. Je replonge tandis que les freins se resserrent sur Groenendaal. Les portes claquent, Nicolas Hernandez monte, cette chieuse de Anita Ruyts aussi. Il y a du monde, c'est un peu le bordel, et puis soudain, du rouge du rouge du rouge, comme ça, sans que je m'y attende.

J'aurais pu dire ou j'aurais dû dire. Pourtant je ne me suis pas gêné pour suicider ta copine, pourtant je n'ai pas été sympa avec toi parce que j'aurais pu t'inventer une immense histoire d'amour au lieu de ce truc là tout noir - quoique tu me diras (tu me dirais), c'est toujours possible ; mais je ne sais pas, je ne calcule pas, je n'écris pas pour quelqu'un de précis, quand je suis plongé dans les livres, je suis complètement paumé. J'aurais pu dire que la troisième suite du livre parle de Hoeilaart encore et encore, j'aurais pu dire plein de trucs en fait.

Je crois bien que la première fois, quand j'étais avec mes cartons d'exemplaires dans le train, j'ai un peu amené la surprise. Bon et bien faut le reconnaître, cette fois c'était mon tour, je ne savais pas quoi dire : je suis un amputé du cerveau. Quand j'y repense, je n'arrive toujours pas à croire ça, lever les yeux embrumés de sommeil et te voir : c'était comme un mirage. En grec ça signifie lumière et je ne le retire pas.

 

24 février

Hier, Antonin m'avait bien dégoûté. Je le cite : Là il neige à gros flocons sur Paris, je vais abandonner momentanément mon scanner pour sortir faire des photos ! Alors, je vais à la fenêtre, je regarde : ciel gris stationnaire, pas un millimètre de neige, ambiance morne. Ah, quelle veinard celui là.

Ce matin, je sors, je fais un pas dehors, et je vois une voiture en train de déraper. Elle manque une aubette de pub d'un petit mètre. Ah, quel dommage qu'elle n'ait pas fait un bon massacre ! Il y a entre trois et cinq centimètres d'une belle neige poudreuse. Résultat des courses, 102 photos ce matin. Je pense que sur le total, il y en aura moins de dix qui seront bonnes, mais c'est toujours ça de pris. Je suis de bonne humeur.

tchorski
Boitsfort, le Parc Tournay-Solvay

28 février

Je termine ce mois ci avec une citation de Henri Cartier-Bresson (le moment décisif).
Nous les photographes, nous nous occupons des choses qui disparaissent car quand elles ont disparu, il n'y a aucun appareil sur terre qui puisse les faire revenir. Nous ne pouvons pas développer ni imprimer à partir de la mémoire.

Bonne route, prenez soin de vous.

Apocalypse de Vincent

1. Vincent, fils de Laurent, fils de Noël, fils de Charles, sur les chemins de l'extinction, sur les décombres du monde. Vous qui passez, arrêtez votre chemin. Parole de silence dans le pays de l'hérésie, voix de clarté dans le monde de la folie.

2 L'Elu disait : Où que soit le cadavre, là s'assembleront les aigles. Aussitôt après un jour de tribulation, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux seront ébranlées.

3 Les temps annoncés sont proches, les graines de la discorde sont tellement enfouies au coeur de vos âmes que vous ne les reconnaissez même plus. Fils de silence, rien parmi le néant, que ces paroles ne soient pas un vent impétueux : au milieu de la médiocrité des hommes mais pourtant proche de l'Eternel.

4 Ecoutez ceci vous tous, prêtez oreille habitant du monde, habitué ou hôte de passage, prenez le temps de quitter quelques instants votre séjour de mort. Ici est la parole.

5 Au coeur de la tourmente, le 19 du mois dernier, elle me fut adressé dans une vision unique au cours d'une longue nuit d'insomnie.

6 Quatre boeufs de labour tournaient autour d'une poulie. Celle-ci actionnait une longue courroie de cuir comme on en trouve dans les fabriques anciennes.

7 La courroie distendue ne faisait tourner aucun rouage. L'appareil nécessitait une réparation conséquente.

8 Aucune meule ne broyait le grain. La pierre restait immobile.

9 Les boeufs étaient bardés de dizaines d'yeux d'apparence humaine. Chacun semblait indépendant et libre de mouvement. Les animaux pouvaient voir partout avec une grande acuité.

10 Leur pelage étincelait et à certains moments, on pouvait y apercevoir d'immenses étendues célestes, des prairies verdoyantes et lumineuses, des pâturages gras et de longues collines cultivées.

11 La courroie grinçait et les boeufs tournaient inlassablement. A leurs sabots, aucune farine. Leurs yeux d'éclat de feu ne voyaient pas le dysfonctionnement.

12 Ils plongeaient leurs regards dans les prairies verdoyantes.

13 Ils en rêvaient l'herbe épaisse et les cieux cléments. Ils semblaient remplis de la joie de leur coeur et du mépris de leur âme.

14 La parole de l'Eternel me fut adressée en ces mots :

15 Fils d'homme, ne répare pas la courroie. Les hommes ont souillé tous territoires de leur conduite et par leur mépris, ils ont répandu l'impureté dans toute chose.

16 Misérable fils d'homme, tu ne peux rien. Ni ta colère ni ton amour ne sont suffisants. A l'échelle de ton existence, ait honte de leur conduite et détourne le regard de leur désolation. Que ta parole soit purification.

17 L'Eternel me prit dans un souffle et me déposa dans les limbes du sommeil.

 

La naissance

2. Que la grâce et la paix vous soient données de la part de celui qui vient. Dans ces derniers jours, au bord des grandes eaux, que celui qui a des oreilles écoute.

2 Ils évoquent que tout est désolation, pétri de pollution et de pauvreté. Ils disent qu'ils ne peuvent rien faire pour changer le monde, ils sont une goutte d'eau dans un océan d'acide, ils sont plongés dans un carcan d'obligations. Ils haïssent leurs parents de leur propre naissance. Le monde n'est que souffrance.

3 Soyez votre propre lumière.

4 Non pas pour éclairer d'un grand jour le vide de vos coeurs meurtris.

5 Donnez la clarté aux autres, vos amis peut-être, mais surtout tous ces gens que vous ne connaissez pas précisément, les inconnus du quotidien.

6 Donner un éclat de lumière n'est pas une affaire de calcul.

7 C'est un geste ininterrompu, c'est un acte qui ne se pense pas, automatique comme peut l'être la respiration.

8 Donner la lumière à autrui sans contrainte et sans retour, cela purifie votre âme. La gratuité du geste est une émotion de mille couleurs, l'odeur des plus doux parfums.

9 Vous ne pouvez changer le monde. Il est écrit que cela devait finir ainsi, dans un chaos si omniprésent qu'il en devient difficile de trouver tout aboutissement.

10 Les animaux broyés sur les bords d'autoroutes et les mégalopolis tentaculaires remplies de cris anonymes.

11 N'ayez pas peur de ces ténèbres, même si elles ont l'air terrifiantes.

12 Vous ne pouvez changer le monde mais vous pouvez changer votre monde.

13 Ils parlent de profit et de rentabilité. Cela vous est un peu étranger. Ne vous en faites pas. Cela touche à votre intellect mais pas à votre coeur.

14 La lumière est dans le coeur. C'est pour cela que l'on dit que l'amour est une histoire de coeur.

15 L'amour est lumineux.

16 Donner sans compter est une part de lumière. Donner, c'est se libérer de l'important comme du capharnaüm. C'est ouvrir de grands espaces, débloquer des portes et des fenêtres pour que rentrent les rayons du soleil. Ca fait un grand coup de vent et il fait bon respirer.

17 Regretter sa naissance n'a pas de sens. Faits plutôt en sorte de ne rien avoir à regretter à votre mort.

18 Il n'y a que la vie qui se risque.

19 Osez l'audacieux, donner la clarté dans les ténèbres poisseuses. C'est un risque, on vous désignera dédaigneusement comme étant un original.

20 Peu sont ceux qui respirent la bonté de nos jours.

21 N'ayez pas peur de perdre ce que les hommes vous donnent. L'Eternel vous le rend au centuple. Les hommes ne donnent pas, ils comptent. L'Eternel n'a que faire des nombres.

22 Au lieu des lamentations stériles, écartez vous du monde et faites de votre naissance un atout.

 

Le travail

3. Comme le raconte un tag apposé sur une rambarde en béton du ring à Groenendaal : La paix économique c'est la guerre.

2 Le concept du travail n'a plus rien de commun avec ce que cela pouvait représenter il y a un siècle.

3 Ce qui était louable est devenu répugnant. La révolution industrielle a apporté la machine et la machine a apporté l'avilissement. Basé sur des théories de progrès, l'Homme s'est asservi à la productivité.

4 Plus aucun mérite dans la souffrance, plus aucune raison de se démener. De partout on observe l'illogisme et l'absurdité. N'êtes-vous pas, vous tous, à rêver d'une structure plus organisée et moins lamentable ?

5 Dans ses travers peu valorisants, l'entreprise gagne pourtant tous les terrains de l'humanité.

6 De partout les publicités défigurent les paysages, elles souillent de honte la moindre rue, jusqu'aux endroits les plus reculés.

7 Les stratagèmes économiques affaiblissent les plus pauvres, les différences vont en s'accroissant d'année en année. Il est écrit que cela devait se terminer ainsi.

8 Aucun grain de sable ne peut enrayer la machine. Le système est emballé.

9 Le luxe deviendra ruine. La ville ne sera que désolation, rapidement rejointe par les campagnes. Ils chercheront encore une échappatoire dans leur déraison.

10 Ils ne trouveront rien que des champs stériles, putréfiés de leurs pollutions. Les sources seront taries, les dernières ne donneront que de l'eau impure.

11 Ils devront boire l'eau de la mer et ce jour là, ils seront réduits au silence.

12 Il n'y aura aucun répit ni aucune trêve. Ils ont formé leur propre châtiment.

13 Ils l'ont façonné de leurs mains et érigé avec gloire.

14 Vous qui travaillez en entreprise, vous êtes artiste de leur folie. Vos petites mains modèlent les outils de démolition. Chaque remerciement, chaque prime, chaque félicitation sont un témoignage de ce que vous avancez dans le bon sens : le leur.

15 Lorsque viendra la steppe aride aux sables brûlants, vous implorerez le ciel en hurlant : mais je faisais ça pour manger.

16 Les anges vous répondront : plus tard, nous sommes en train de manger.

17 Oracle de l'Eternel, voici un peuple qui s'éteindra en mugissant, voici un peuple qui disparaîtra dans la haine sans même comprendre que la faute vient de son âme toute entière.

18 Ils sont fous et leurs propos perdent toute cohérence.

19 Combien sont ceux qui ne savent même plus faire un pain ?

20 Prenez un ruban. Levez-vous et mesurez votre bureau. Gardez en mémoire la dimension. Par la suite, prenez ce même ruban et mesurez le Royaume de Dieu. Quand vous aurez achevé votre mesure, comparez le plus agréable pour vous.

 

La bête qui vient de la terre

4. Vision des terres brûlantes, vision du sixième jour de la Terre.

2 Je vis monter du creux d'une terre desséchée de nombreux animaux noirs ressemblant à des scorpions. Ils portaient de longues queues armées de piques et des cerques poilues.

3 Au sortir du trou, ils se dispersaient chacun dans une direction. Certains allaient vers le nord tandis que d'autres allaient vers l'est. Quelques rares animaux restaient sur place sans que je sache expliquer pourquoi.

4 À la tombée de la nuit vint un homme habillé d'une bure noire et d'une barbe blanche. Il portait une lourde croix à son cou. Il se dirigea vers l'un des scorpions, le saisit par la queue et l'avala.

5 Vint ensuite un moine habillé de vêtements orange. Il ne portait ni chaussures ni cheveux, il était entièrement rasé. Il prit à son tour l'une des bêtes et l'avala.

6 Vint ensuite un homme habillé de noir et portant les cheveux très ras. Il portait une petite bavette de blanc à l'emplacement du cou. Il portait aussi un chapelet et une croix en bois. Il se dirigea vers les bêtes, en saisit deux et les avala en même temps.

7 Vint ensuite un homme habillé de blanc et portant une calotte sur la tête. Sa longue barbe noire se balançait nonchalamment. Après s'être prosterné sept fois face contre terre, il avala à son tour l'un des scorpions.

8 Vint ensuite une foule compacte d'hommes divers et peu reconnaissables. Ils portaient des vêtements d'une grande banalité. Il n'y avait plus assez de scorpions. Ainsi pouvait-on les voir s'entre déchirer et crier avec violence. Certains étaient blessés et gisaient à terre.

9 La nuit parfaitement tombée, une forte rumeur s'éleva du trou, une bête répugnante en sortit et appela la foule à se prosterner. Ils tombèrent tous face contre terre. La dentition de la bête était constituée de saphirs et d'objets brillants. Six trompettes se mirent à sonner et le convoi pris place en colonne. Des chaînes étaient apparues aux pieds des hommes.

10 La foule disparût dans les cris et les lamentations.

11 Le premier malheur venait d'arriver.

12 Les enchaînés furent dispersés au quatre coins du monde. La bête plaça ses esclaves au sein de mille et une églises aux odeurs différentes.

13 Ils se mirent à parler et à attirer la foule.

14 Leurs discours étaient remplis de bon sens et de bonnes intentions, ils créèrent un mot pour cela et l'appelèrent religion.

15 Seulement, l'un des hommes avait avalé deux scorpions, les autres prêtres s'en souvinrent et furent pris de haine : ils lapidèrent le cupide. L'église fut brûlée et la foule torturée. Il ne resta qu'un champ de cendres et les cris des femmes.

16 Suite à cet incident, la foule fut entraînée dans la rage et fit une longue croisade afin d'apporter la vengeance ainsi que la parole de vérité, celle de l'Amour.

17 Les tentes furent incendiées, les pieds et les mains coupées, quelques-uns furent mis au bûcher pour montrer l'exemple. La foule se lamentait, quelques-uns se cachaient dans les caves des bars, ils échappaient au massacre généralisé.

18 Certains virent que la religion gagnait du pouvoir et avait le don d'asservir les peuples, ils prirent possession des prêtres en leur proposant des trésors mirifiques et des parfums rares. Aucun d'eux ne résista, sauf quelques fous qui furent attachés pieds et mains liés et jetés dans les bassins d'une station d'épuration.

19 Les rois, les riches et les grands notables établirent la religion comme la référence à tout acte de vie : tout être doit se prosterner devant Dieu et devant l'autorité gouvernementale.

20 Ceux qui se révoltaient étaient projetés de plusieurs mètres de haut dans des cachots putrides, ils restaient sans nourriture et sans eau durant plusieurs journées.

21 L'année fut brûlante et les récoltes mauvaises. La foule délaissa peu à peu la religion pour se consacrer à la survie. Les notables furent odieux et taxèrent les dernières ressources aux pauvres. Ces derniers recherchaient l'eau de l'égout, certains buvaient même leur urine.

22 Le deuxième malheur venait d'arriver.

23 La bête avait pris ses terrains dans le moindre recoin des villes. La désolation ravageait les rivières, les eaux devenaient rares et saumâtres.

24 Les prêtres maintinrent leur ligne de conduite avec une obstination de fer et d'acier.

25 Aujourd'hui je vous le dis, l'air pur n'est pas au coeur des temples et des églises mais dans celui de ceux qui recherchent l'Eternel sans détours.

 

Les petites choses

5. La vingt septième année de Hasan, deuxième mois des fléaux, le bourgmestre me dit : pourquoi as-tu le visage triste ? Je ne portais aucune maladie et je n'avais pas prêté attention au chagrin de mes traits.

2 Que tes oreilles soient attentives et que tes yeux soient ouverts, souviens-toi de cette parole car grands son tes péchés devant l'Eternel.

3 L'Homme naît minuscule, infiniment petit et fragile. Les mois passants, l'enfant devient adolescent, puis adulte. Au cours des années, les rêves grandissent et atteignent la démesure ; ce qui était simple besoin de nourriture devient jouet, puis ordinateur, puis voiture, puis maison, puis châteaux et palais bordés de parcs et de fontaines, un cercle sans fin.

4 L'Homme ne connaît plus la communauté. Dans son délire paranoïaque de recherche de puissance, les repères s'éparpillent et il perd son chemin.

5 Il s'enferme dans la solitude de l'hypercommunication, du parler-faux, des relations de travail. C'est un état de déconstruction mentale, il s'y habitue, il établit cela comme référence à la normalité.

6 L'hypocrisie caractérise le mensonge du mensonge, une double étape de perdition.

7 L'Homme naît petit et la misérable société où il est plongé le fait bien trop grandir. Il est frêle et maigre dans son opulence de richesse occidentale, sa misère spirituelle est un gouffre.

8 Combien de fois avez-vous murmuré entre vos dents serrées espèce de crétin ?

9 Pourquoi ai-je le visage triste ? C'est parce que du lever de l'aurore au coucher du soleil, quelquefois même pendant la nuit, vous travaillez à de trop grands rêves. Moi, je dis aux grands de ce monde et aux magistrats : vous ne tenez pas la vérité, vous saisissez seulement le nœud coulant qui vous enserre le cou, et vous tirez chaque jour un peu plus.

10 Je ne m'adresse pas aux pauvres, je ne m'adresse pas au petit peuple. Ils n'ont pas besoin de ma voix, ils ne sont pas aussi faux que le sont les glorieux riches de ce monde.

11 Je parle aux plus fortunés d'entre vous, aux plus forts, aux maisons bien établies et dans les allées des jardins aux haies bien taillées.

12 Dans votre confort démesuré, vous êtes les plus perdus d'entre tous. Vous érigez un fardeau.

13 Vos grands rêves sont bien trop lourds et ils sont remplis de fausseté.

14 Les grands projets, on n'en voit jamais la fin. Les grandes constructions des centres d'affaires, on n'en voit pas le sommet. Les bénéfices des sociétés pétrolières, on ne sait même plus compter le nombre de zéros : ça ne signifie plus rien. Les grands rêves sont faux.

15 Ce n'est pas dans les grandes lignes qu'on connaît une personne. C'est dans les petits détails, les petits défauts, les minuscules présents, les infimes errances, les petits mots de rien comme ci comme ça.

16 Dans les grands projets, on endosse un rôle, on porte une croix, on se cache pour épouser les formes des futurs, on s'apporte un mimétisme pour coller à la réalité.

18 Il n'y a que les petites choses qui réussissent bien. Les grandes épopées sont parcourues d'embûches et d'échecs.

19 Le Seigneur Dieu n'a jamais demandé de grandes vérités à l'Homme. Il a juste demandé de petites choses toutes simples.

20 C'est vite devenu une étoile filante. Pfiou on ne voit plus rien. Disparu dans le fin fond de la nuit.

21 Je le dis en votre présence, n'espérez pas trop de ces temps mornes et ces saisons remplies d'aridité, ne bâtissez pas vos vies sur les vases mouvantes des innombrables, des incomptables. Les petits bonheurs du quotidien vous donneront bien plus d'achèvements.

 

Parabole du chemin étroit

6. Il est écrit dans les commandements de l'Eternel : Tu ne commettras pas d'adultère.

2 La fidélité, c'est avant tout être fidèle à soi-même.

3 Trahir son amour, c'est se trahir soi-même et ne plus être suffisamment digne pour se regarder dans un miroir. Les commandements de Dieu ne sont pas des obligations, ce sont des barrières de protection contre le précipice. Chacun est pourtant libre de plonger.

4 Construire autrui, c'est se construire soi-même sur des bases solides. L'amour donne des ailes mais surtout, il aide à plonger ses racines.

5 Tout amour ne sait tolérer que la gratuité. Il n'y a rien qui s'obtienne avec de l'argent ou de la puissance, sauf des semblants mensongers.

6 Les enfants aiment dans la pureté, les adultes sont souvent moins purs car le chemin est étroit et les pentes glissantes. Certains pourtant savent se réfugier dans un amour enfantin, nullement perturbé par la tristesse de ce monde.

7 Il est du Royaume de Dieu comme d'un homme qui se jette à grands pas dans un chemin de montagne, bordé de pentes abruptes ;

8 il ne se retourne pas une seule fois ni ne pense aux mille dangers : il sait que la terre porte la semence, que l'arbre porte les fruits, que la récolte apporte la nourriture.

9 Il sait que des bras rassurants et mensongers le retiendraient dans la toile d'araignée, à la croisée des chemins, alors il court le plus loin possible, pour ne plus entendre les exhortations des soi-disant raisonnables.

10 Le Seigneur aime les cœurs purs, il aime ceux qui acceptent le risque de l'aimer

11 comme on s'éprend du regard d'une femme sans savoir sans détacher, avec une passion proche de l'incompréhensible.

12 Ce que l'on dit de l'amour n'a pas d'importance, l'intensité se trouve dans les gestes des mille quotidiens. La foi n'a pas plus d'importance, la vérité se trouve dans l'imperturbable chemin vers le Seigneur, sans y réfléchir vraiment, juste épris de pureté et de légèreté.

13 Il n'y a pas de vérité en dehors de l'amour. La haine n'apporte aucune satisfaction durable.

14 Il n'y a pas de vérité en vous, votre âme est impure. L'autosatisfaction n'apporte que l'endurcissement.

15 En vérité je vous le dis, votre vie est un sentier étroit. Chaque pas y sera une occasion de chute.

16 Certains perdent conscience de toute réalité et se jettent sous les trains pour en finir une bonne fois pour toute. Ils sont tellement épris d'eux même qu'ils ne voient plus les petits bonheurs, uniquement épris d'une gigantesque illusion, les menant à la perte.

17 Dieu n'aime pas les suicides. Ce n'est pas que vous soyez une grande perte pour l'humanité, elle est bien trop grande pour s'éprendre de vous. Vous creusez surtout un trou dans le cœur de vos amis, votre famille et vos connaissances : partir ainsi, c'est accepter de leur faire mal.

18 Le Seigneur ne condamne pas ceux qui tombent dans le précipice. Il panse leurs blessures. Il pardonne les erreurs, infiniment. Mais que dire de ceux qui restent à la croisée des chemins et qui restent immobiles ? Que dire de ceux-là qui ne viennent pas frapper à la porte de la maison du Seigneur ?

 

La liberté

7. La liberté des uns commence là où s'arrête celle des autres. Ainsi donc, disons que la liberté s'arrête pratiquement immédiatement.

2 Quelle liberté avez-vous ? Vous devez, pour la plupart d'entre vous, travailler pour un patron, passer ses affaires en priorité alors que la vaisselle n'est pas faite depuis trois jours.

3 Est-ce cela votre liberté ? Courir le week-end pour terminer rapidement les courses au supermarché bondé ?

4 La liberté commence avec la mort.

5 Etre libre, c'est se détacher des obligations, la première étant de respirer.

6 Nous sommes tous esclaves de notre propre médiocrité, le besoin de se nourrir, le besoin de boire, le besoin de dormir.

7 Ce n'est pas, malgré tout, un tableau entièrement noir. Il est possible de profiter de la vie avant de mourir, mais il n'y a rien de parfait.

8 La liberté totale ainsi que le bonheur sans zones d'ombre n'existent pas sur terre.

9 On ne profite jamais autant des courts instants de liberté qu'en en étant privé la plupart du temps.

10 Vous recherchez la liberté et le bonheur comme fondement de vie, ce sont les buts de toutes choses. Vous en devenez esclaves.

11 Votre incessante recherche de liberté vous en prive car vous êtes prisonniers de ses griffes.

12 Certaines personnes ont le visage de gens qui n'ont rien vécu. Le malheur forme, le malheur forge, le malheur construit car dans la privation, il y a le bonheur à venir.

 

Le jugement

8. Sur le quai de la gare de Genval, quelques navetteurs s'assemblèrent et une voix s'éleva.

2 Il est écrit : Tu ne lèveras pas le nom de l'Eternel ton Dieu pour le néant, car l'Eternel ne tiendra pas pour innocent celui qui prendra son nom en vain.

3 En quel nom te permets-tu de parler ainsi, de quel droit te permets-tu d'évoquer sa parole ?

4 Tandis que le groupe se dispersait, je répondais non pas de ma voix mais par les textes : Esaïe a bien prophétisé sur vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit,
Ce peuple m'honore de ses livres
mais son coeur est très éloigné de moi.

5 Est-ce parce que l'on est malheureux que l'on perd le droit de parler du bonheur, est-ce parce que qu'il grêle que l'on perd le droit de parler du soleil rayonnant ?

6 Je ne parle pas de Dieu mais de vous, je parle de vous partout où vous devriez être en Dieu.

7 Je ne parle pas d'une connaissance parfaite mais j'évoque justement tout ce que je ne sais pas, parce que je suis pauvre, aveugle et nu ; ce dénuement honore le langage de mes lèvres.

8 Plus je ne sais rien, plus je me rends compte que ce qu'il manque est l'indispensable.

9 Vous critiquez celui qui chante faux et avec une voix enrouée, mais vous êtes comme des cancres sur les bancs du fond, ricanant de celui qui agit.

 

Les quatre bêtes

9. Voici que quatre vents chargés de chevaux et de charrois firent irruption dans le wagon. Des cavaliers agiles frappaient les croupes des bêtes.

2 La première à l'apparence forte, à la peau tigrée et aux six têtes d'aigles approcha dans le couloir. Je vis l'une des serres se desserrer et tendre un coeur humain.

3 Voici, c'est la vie. Saisis ce coeur humain et dévore-le.

4 La bête s'installa sur le siège d'en face et attendit que je fasse festin, mais je refusais.

5 Ceci est la réussite par la domination et l'écrasement de l'autre.

6 La seconde bête à la peau épaisse et aux pattes chargées de lourdes griffes semblait imposante. Sa mâchoire inférieure dépassait quelque peu, elle possédait un regard d'une bestialité redoutable et repoussante.

7 Le plancher craquait sous ses pattes et elle commença à s'impatienter, donnant de grands coups partout.

8 Elle saisit une passagère dans ses crocs, la broya et la déposa devant moi. Elle dit : mange, cela te donnera du plaisir. Je refusais de la même manière.

9 Ceci est l'envie et le désir, ceci est l'abus.

10 La troisième bête portait un long cou de cygne et quatre couronne d'or et de diamants. De sa haute stature, elle rentrait à peine dans le wagon. Elle pris la parole d'une voix tonitruante et extrêmement gênante.

11 Je suis le pouvoir, je suis la vérité, je suis la lumière de Rose Croix, je suis la puissance, je suis la possession, je suis la richesse, donne moi la main et je te donnerai la vie que tu rêves.

12 La bête saisissait les passagers dans des pattes velues aux longs doigts musculeux. Elle les jetait à travers le wagon, certains étaient blessés. Je refusais d'obtempérer.

13 Ceci est l'arrogance des Hommes, tout particulièrement l'arrogance des occidentaux.

14 La quatrième bête était belle, une longue fourrure d'ours et une ligne de guépard. Elle ne faisait aucun bruit et semblait douce comme un ange.

15 Elle me dit : sortons d'ici. Ses yeux étaient noirs et dedans brûlait une flamme rouge.

16 Je refusais comme pour les trois autres.

17 Je ne crois pas en vous. Je ne crois en rien de ce que l'Homme fait. Je ne crois pas en l'Homme car ce qu'il construit comporte toujours le mauvais.

18 Je fuis vos dons car ils sont chargés de poison, et je suis malade à vivre à vos côtés.

19 Les bêtes étaient soit déçues, soit en colère. L'une d'elle, la plus puissante, avec la gueule chargée de dents d'aciers, faisait des mouvements très brusques.

20 Hélène s'approcha, elle tenait un bélier en laisse, il était impétueux.

21 Elle dit : partons d'ici, il ne sert à rien de rester parmi ces hommes en perdition.

 

Exhortations finales

10. Que celui qui est sale continue à être sale, que celui qui est heureux avec les milliers d'euros continue à l'être en passant régulièrement à la banque ou à la bourse, que celui qui pollue avec son quatre fois quatre continue ainsi, qu'il en rachète un même, si cela lui semble nécessaire, que l'assassin continue d'assassiner.

2 Il n'y a pas de parole de bonté, il n'y a pas de parole de rédemption, il n'y a pas de parole de pardon dans mes mots.

3 Toutes vos bêtises ont atteint un niveau d'un tel intolérable, c'est devenu du plus absolu irrécupérable.

4 Vos muscles sont flétris, vous ne savez même plus aller chercher un pain sans prendre votre voiture. Il ne reste plus rien non vraiment plus rien de sensé à enseigner à vos enfants.

5 Continuez ainsi, puisque plus aucune parole raisonnable ne peut vous toucher. Vous nagez dans le bourbier, votre normalité est un désespoir.

6 Heureux ceux qui lisent la prophétie de ce texte. Il ne contient pas un septième de vérité, c'est minuscule mais déjà tellement plus que rien du tout.

7 Soyez heureux, infiniment heureux du peu de temps qu'il vous reste. Profitez de ces derniers instants, ces dernières années où l'on peut encore profiter d'un beau paysage en se levant tôt le matin. Profitez-en, cela ne durera pas longtemps à ce rythme là.

8 Soyez heureux, profitez de la douce odeur d'un café, d'un court instant volé la main dans la main, profitez de tout ce minuscule qui tombe du ciel.

9 Surtout n'allez pas trop dans les tristes et noires églises. Leur médiocrité a fait fuir le Seigneur Dieu depuis bien longtemps.

10 Mais inclinez vous de tout votre cœur devant Lui. Quel que soit son nom, Yahvé, Geovah, Allah ou bien d'autres encore. Celui aux septante sept mille noms n'a pas besoin de désignation. Il est tout ce qui est petit, Il est tout ce qui est gratuit, Il est tout ce qui est amour.

11 La perle de rosée à l'aurore sur l'herbe grasse d'une pâture, le nuage difforme une belle journée d'été, le petit cadeau sur le bureau le lundi matin on se demande bien de qui ça vient.

12 Il n'a pas besoin de cérémonial pompeux, luxueux ou bien trop long. Il demande juste un minuscule cadeau : c'est que votre cœur respire l'amour. Soyez gratuits, dehors les chiens, soyez doux, dehors les crétins, accueillez les faibles sans compter les conséquences, dehors les méprisants ;

13 dehors les meurtriers, soyez limpides comme un ruisseau de montagne, profitez de votre café aujourd'hui en mon nom, dehors les idolâtres de l'argent, dehors les avides les cupides, dehors les importants aux ventres bedonnants, dehors les imposants ; heureux ceux qui ne possèdent que l'essentiel et rien de plus.

14 Je vous ai toujours détesté parce que je n'ai pas su vous aimer dans ce monde de perdition, trop focalisé sur la gigantesque glissade qu'effectue l'Humanité tout entière vers son désastre - trop focalisé sur la faiblesse et l'impuissance à y faire quoi que ce soit.

15 La nuit ne tombera pas sans que le désespoir engloutisse ses montagnes de victimes. Soyez heureux, ne l'oubliez pas. Non, pas même dans soixante trois secondes, je vous le dis, soyez heureux maintenant.

16 Retranchez vous du monde fou furieux, posez votre cœur dans la maison du Seigneur Jesus Christ, vous y trouverez un repos que les humains ne savent offrir.

18 Retranchez vous et donnez ce que vous avez de plus minuscule et de plus vrai : la vie. Ca ne prend pas longtemps et ça ne demande pas grand-chose, juste s'incliner devant la vérité qui ne s'est jamais éprise de gigantisme.

19 Heureux ceux qui voient, heureux ceux qui se lavent devant l'Eternel. La saleté du Monde ne les touche plus.

20 Et moi je l'atteste, je tourne le dos au monde, je lance un au revoir. Oui je viens panser mes plaies et me libérer du chaos.

21 Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec vous tous.

 

ANNEXE

 

 

tchorski
(propagande russe)

25 février

C'est le grand retard, pour ne pas dire la débâcle. Les sacs ne sont pas prêts, les bottes sont cachées au fond de la cave, les piles ne sont pas chargées : en gros, je me sens touriste quatorzard. Je ne crois pas que j'avais accumulé une seule fois autant de retard dans la préparation d'une descente sous terre, c'était vraiment n'importe quoi. Avec une bonne heure de retard, nous voilà partis pour Mons-City-Plage. Après pas mal de tours et détours et retours et re-détours, nous retrouverons Raoul (qui nous interpelle depuis sa fenêtre alors que nous tentions de localiser sa rue sur un plan). Pfiou, quel bazar !

Les affaires sont chargées, nous commençons la première visite, la carrière souterraine de phosphates du Chemin de Bavay, dite Malogne 3. On y rentre par un puits un peu chiant, son accès n'est pas très facile parce qu'il y a un rebord à enjamber. S'ensuivent quarante mètres d'échelle (environ) sans palier, le puits est large et donc, on ne sait s'y reposer.

En bas, le paysage est assez différent de la Malogne 2 (le secteur touristique). On y observe beaucoup plus de galeries en forme de tunnels à la roche, moins de secteurs à piliers tournés et une succession de quatre puis d'extraction. L'un de ces puits, relativement monumental, a une forme de huit. C'est à dire qu'il ressemble à deux puits ronds accouplés. Un certain nombre de galeries file directement dans le noyage, ce qui atteste que le site était plus grand avant.

Ce n'est pas un secteur immense cette Malogne 3. En fait avant, ce souterrain était relié à la Malogne 2, mais la construction d'une voie ferrée a scindé l'exploitation en deux. Sous terre, c'est complètement remblayé. Ceci explique pourquoi nous ne connaissions pas cette petite partie. Ce n'est pas exceptionnel mais très satisfaisant à connaître.

Un appareil de mesure très particulier est en cours d'identification. Il semblerait que ce ne soit pas de la mesure de radon mais un appareil lié à la sismicité. Des nouvelles sous peu j'espère.

26 février

Au matin, après un petit déjeuner assez comique, nous voilà partis pour une seconde visite : les carrières de Ciply décrites par Caubergs comme étant "sans intérêt particulier".

Nous commençons par la visite des installations du puits Sans-Pareil. C'est un puits de quatre à cinq mètres de large, assez lourdement équipé (pompe et cage) et situé dans un bâtiment esthétique, il aurait une quarantaine de mètres de profondeur et serait actuellement noyé. Ce puits est situé dans un ancien site d'exploitation à ciel ouvert plutôt lunaire. Nous ne descendons pas dans le puits faute de cordes, de temps et de volonté.

Caubergs affirme que de ce puits, bien longtemps avant, une galerie partait pour rejoindre Malogne 3. Ca parait tout à fait hypothétique.

Dans la carrière à ciel ouvert, on trouve un nombre assez important de tours à schlamms. Ce sont semble t'il des drains. Ces tours sont creuses et permettent de filtrer les terrils de craies phosphatées. Ca donne une apparence étrange et surtout relativement peu compréhensible. Ces tours sont remplies de poussiers phosphatés.
Au vu de l'imposante cheminée présente juste à côté, il devait y avoir une bien belle usine de retraitement avant.

Dans le même secteur, nous continuons nos visites par l'usine Rustin. C'est apparemment un ancien atelier de criblage et de cuisson des craies phosphatées. Ils auraient fabriqué des petits nodules de phosphates pour des engrais. L'usine possède une très belle cheminée, un four rotatif en bon état et dont on peut voir l'intérieur, une salle où traînent quelques vieux papiers et dernièrement, un cyclone plus que poussiéreux.
L'usine n'est pas bien grande et ne possède pas des tonnes de matériels, mais c'est un joli petit ensemble qui s'inscrit bien dans les visites des vestiges de l'industrie phosphatière.

Immédiatement après, nous irons donc voir les anciennes carrières de Ciply. Je trouve que Caubergs n'avait pas décrit justement. D'une part, il ne connaît et ne parle que d'une petite part du souterrain, d'autre part et sur la partie qu'il connaît, sa description est fausse, c'est loin d'être un site extrêmement régulier.

C'est une carrière en piliers tournés nécessitant une bonne heure de visite. La première partie est haute (entre 10 et 12 mètres je dirais), des galeries constellées de rognons de silex et parcourues par des petits canaux aujourd'hui à sec (avant, il y avait plusieurs mètres d'eau dans ces galeries).

La seconde partie est une champignonnière très bien rangée. Les galeries sont un quadrillage quasiment parfait, les champignonnières sont des meules relativement intactes. Il ne reste pas beaucoup de matériel mais le peu qu'il y a est très préservé. On y trouve plusieurs puits, une entrée en cavage obturée, deux rejets de chiottes (et oui…) et un plan incliné.

A noter dans la première partie la présence d'une berline intacte et dans un trou, une seconde paraissant nettement plus abîmée.

Nous ressortons au jour. Nous ferons un repas digne de Globe à quinze heures quinze.

Au soir, nous partirons visiter Malogne 1 et Malogne 2. Raoul nous fait découvrir un second accès franchement très pratique. La Malogne 1, ce sont les secteurs derrière la route de Farciennes, situés en pointe vers le nord. Après le passage d'un tunnel en brique, on trouve une galerie noyée (un peu plus d'un mètre d'eau, peut-être un mètre cinquante). Raoul a fabriqué un radeau il y a une dizaine d'années et c'est le moment de le (ré)utiliser.

Avec Juliette, nous avons quelques légers problèmes de compréhension, ce qui fait que chacun de nous ramons dans des directions opposées ! A la fin, nous accordons nos violons et nous avançons doucement. Le secteur derrière la galerie inondée est assez bas, boueux et un peu bordélique. On y trouve de nombreuses plaques Champion et une vieille charrette dans un bel état de pourriture.

De retour, nous partons pour Malogne 2, le secteur touristique. Peu de nouvelles découvertes, mais quand même quelques-unes. Il semblerait qu'il y ait eu des problèmes avec des visites illégales car de nouveaux panneaux précisent <fluorescent> il est interdit de rentrer sans autorisation </fluorescent>
Nous irons jusqu'aux serrements, quasiment au bout donc, mais Raoul a sa claque. Ainsi, nous déciderons de doucement rentrer à la maison pour un gros dodo bien mérité. L'eau est toujours aussi basse, certaines galeries sont recouvertes de calcite. Sous les pieds, ça fait tout mou. Ca me fait penser à du nappage de frangipane.

27 février

Alors que je pars à la recherche du Plazza à Mons (un ancien cinéma où j'allais avant), le reste de la troupe se lève. J'arrive juste à l'heure du petit déjeuner, à croire que j'étais attiré par l'odeur du café. Après discussions, nous laisserons tomber les galeries d'eaux chaudes du Bois de Baudour, à cause des chauves-souris (autant éviter de faire une hécatombe).

De retour sur Bruxelles, Juliette montre une étrange installation souterraine qui sera à inscrire aux prochaines visites. A l'appartement, Frou froufroute et tout va bien. Quelques dizaines de minutes plus tard, Mmmmousty baille tant qu'il peut et s'étire, tout va bien aussi. Un chouette week-end dans les phosphates. Il aura manqué Mesvin et quelques autres vestiges. L'essentiel aura été parcouru.

1er mars

Plus de journal online pour tout le monde, j'ai trop l'impression d'être trollé (des visiteurs qui viennent pour soutirer des informations et me jouer des sales tours). J'arrête la mise en ligne publique. J'ai décidé de stopper à peu près depuis novembre dernier, à l'occasion des tristes évènements de la mine de la Moulaine. On connaît une entrée ouverte depuis six mois, on va repérer sur place et c'est effectivement grand ouvert. On revient dix jours après avec tout le matériel d'exploration et c'est fermé-soudé.

1 / Au niveau moral, c'est tuant, c'est vraiment une guillotine. C'est à dégoûter d'aller voir des vestiges industriels de la sorte.
2 / Si je mets en ligne des informations, c'est un cadeau, je renseigne autant que possible pour que ce soit profitable, moi ça ne m'apporte absolument rien. Si c'est pour avoir ça comme retour, j'abandonne aussi sec.
3 / Au niveau exploration, ça a été 440 kilomètres de voiture pour rien (encore pire pour François) et un week-end perdu.

De ce fait, je garde le journal pour moi ou mes quelques proches.
Cela vient en continuité avec les ruptures. Je ne sais pas de qui est venu le coup, alors tous ceux en qui je n'avais pas parfaitement confiance, au revoir. C'est peut-être assez expéditif, mais je trouve normal de me protéger dans ces conditions. Il est bien entendu possible que ce soit de la pure coïncidence, ou une bévue de Rudolf, mais c'est bizarre, je n'arrive vraiment pas à y croire.

Quant aux probables écoutes téléphoniques de la semaine dernière, je ne sais qu'en penser. Suis-je donc si intéressant ??? Je suppose que ce sont soit des erreurs de Belgavol, soit des jeunes informaticiens doués qui s'amusent. En tout cas, il ne semble pas que ça ait porté préjudice et je doute un peu de la véracité de ces écoutes. On file des criminels, pas des gens comme moi ; enfin, je ne crois pas...

 

2 mars

Ca fait bien longtemps que je ne suis plus les informations. Ca m'énerve trop et j'ai le sentiment que c'est de la désinformation. Ce matin dans le train, le voisin lisait le Metro (ce fameux journal de merde des pubards). Ca titrait "La détresse de Florence Aubenas". Bon, je sais qu'elle n'y est pour rien, on lui colle des phrases comme ça, c'est de la crasse journalistique. En attendant, ça m'exaspère quand même. Quoi, elle savait bien où elle allait, non ? Il y a eu un paquet de journalistes enlevés avant, non ? Alors pourquoi les médias s'acharnent à dire que c'est un drame ?

Je suis peut-être très dur mais en comparaison, je le suis tout autant avec moi-même, c'est une question d'exigence. Quand je vais dans certaines mines, je sais que c'est dangereux. Je sais qu'à continuer à ce rythme, un jour il y aura un accident. C'est proche de l'inévitable parce que c'est juste une question de probabilité : une probabilité à chaque fois extrêmement faible, mais recommencée mille fois dans l'année. Et quoi ? Si j'y reste, on me traitera d'inconscient, on dira que c'est un drame, on titrera les journaux des mines avaleresses, on rebouchera les entrées de trente souterrains de grande valeur archéologique, on décrira la souffrance à crever à moitié écrasé sous un bloc de trente tonnes ?

Je sais les risques que je prends et je fais tout pour les éviter sérieusement. Malgré tout, on est jamais à l'abri de l'accident : c'est une généralité tellement banale, je ne veux même pas en parler. Si je disparais sous terre, j'espère que personne n'en parlera jamais. Pour moi ce sera une bonne fin, je préfère cela mille fois plutôt que de passer sous les roues d'un jeune con merdeux.

 

4 mars

Le début de la journée est chargé à crever. Comme d'habitude au boulot, ils me collent tout à terminer avant de partir, ces chiens galeux. Etant donné que je leur chie dessus, je n'ai rien fini et c'est tant mieux. Mon train est à 15h30, j'ai largement le temps de prendre mon temps, mais à 13h00, ils deviennent si prise de tête que je me casse. Comment leur expliquer que si je reste ici, c'est juste pour manger tranquille, que je suis en congé et que j'en ai strictement rien à foutre de leurs problèmes ?

Je profite des deux heures de fourche pour explorer méthodiquement la gare du Midi. Je découvre deux nouveaux recoins (eh oui, c'est possible ! elle est immense cette gare) et je prépare la continuité de mon reportage sur les gares de Bruxelles. J'aurai d'ailleurs deux photos à refaire sur ce secteur.

Train :: long long long cheminement jusque Grenoble. A Lille, c'est la tempête de neige épouvantable. Je me dis que si c'est comme ça tout le long, François ne saura pas venir. A Lille, le train accumule 25 minutes de retard à cause d'un "soit-disant" "colis-suspect". Cela entraîne flicage et emmerdements typiquement français. A noter que durant le trajet, des flics français ont fait un contrôle anti-drogues. Ils ont cherché les arabes et les noirs et ont fait ouvrir les sacs. Ils avaient vraiment des sales gueules de flics comme on en voit tous les soirs sur TF1 dans les téléfilms chiasseux, le genre je sors ma carte officielle de pourri avec un regard dédaigneux et d'un geste hautain (la carte qui claque en s'ouvrant).
Heureusement qu'ils ne m'ont pas fait ouvrir mon carbure. De toute façon, je les aurais envoyés chier durant au moins un quart d'heure.

Résultat des flics, des crétins, de la France et de la SNCF, je rate ma correspondance à Lyon. J'ai une heure de fourche. Je cherche un distributeur d'argent pour aller m'acheter quelque chose à manger. Je demande à une connasse de la SNCF :
-Bonjour madame, je cherche un distributeur d'argent, pouvez-vous m'en indiquer un s'il vous plaît ?
-(Regard dédaigneux) (sur un ton de colère) : il n'y en a plus dans les gares depuis 2001.

Bon, ainsi, je vais dehors. L'aspect de Lyon est épouvantable, il y a des pubs partout et le paysage est complètement gerbant. Après un bon quart d'heure d'errance, je trouve finalement de l'argent. Je cherche un sandwich ici plutôt que dans la gare (probablement moins cher). Alors alors... Un pain gigantesque, même pas quinze centimètres, allez, probablement quatorze, avec une maigre tranche de jambon : quatre euros septante.

Je m'exclame :
-Mais c'est hors de prix !
-C'est parce que c'est la gare.
-Mais chez moi dans une gare, un truc comme ça, c'est un euro cinquante !
-Et bien retourne chez toi.

Quelques instants plus tard, je fais la file ailleurs. Un crétin me passe devant, comme ça, parce que c'est normal. Tout à fait excédé, je ne cherche même pas l'embrouille (je n'ai pas le temps) : oui je vais retourner chez moi, je me promets dur comme fer que je ne retournerai pas à Lyon.

Dans le train (qui est un TGV), je risque une amende, parce que j'ai un ticket de train TER, je ne vais pas attendre jusque minuit quart, donc fuck. Si le contrôleur m'embrouille, je le taille en pièces. Autant dire qu'il a de la chance celui-là de ne pas être passé. La SNCF va vous faire aimer le train. A Grenoble (enfin), je retrouve l'endroit où j'ai vu Les Astres pour la première fois. C'est un grand instant d'émotion. Sur la dalle, il y a l'empreinte de ses pieds dans le ciment avec marqué "Les Astres, 2001".

Citation glanée le long de la circulation (de Daniel Thiriez) et qui illustre bien le concept Tchorski : Je ne joue pas le jeu de la concurrence. Je pars du principe que plus il y aura d'offre, plus il y aura de demande.

5 mars

De chez Dominique.
On démarre tôt et il y a de jolies couleurs sur le boulevard. On est dans les temps et on retrouve François à Seyssins. On file aussi sec repérer l'entrée dite du "réseau Seyssins", car nous visiterons seuls ces galeries le lendemain (Dominique n'est pas disponible).

Juste après, on va à Comboire, à quelques kilomètres de là. Comment expliquer... Seyssins est la partie nord d'un grand réseau, Comboire est la partie sud, et entre les deux, il y a un morceau manquant. On n'arrive pas à joindre les deux parties.

Comboire, c'est un grand réseau à l'accès facile. La porte est située en forêt, très près d'un chemin, la grille a été réparée depuis un bon bout de temps semble-t'il. Le seul problème serait que nous laissons des traces dans la neige. La porte est dominée par deux panneaux de grande taille en plaque émaillée "Ciments de la Porte de France" et "passage interdit". La carrière est sombre, la pierre est gris foncé, comme partout ailleurs dans les exploitations de ciment. Ca s'organise sur un ou plusieurs grands roulages donnant accès à des tailles inclinées entre trente et quarante cinq degrés. Cette carrière possède de nombreux vestiges dont deux funiculaires. Ils ne sont plus complets, il n'y a plus aucun appareil de treuillage. Par contre, toute la structure béton est intacte, dont de chouettes escaliers. On n'y reste pas longtemps, c'est juste un aperçu, parce que :
-On la visitera au grand complet lundi.
-On a rendez-vous avec Philippe, un ami de Dominique, vers onze heures à Grenoble.

On mange dans un bar plutôt sympathique, Rue Hyppolite Bouvier, mais je ne sais en dire le nom exact. C'est surtout l'accueil qui est agréable. Dehors, il neige à gros flocons. C'est dans l'après-midi que commence la vraie exploration.

Nous allons à Champa, une mine de ciment située sur les Saillants du Gua. C'est près de Vif et donc, c'est situé dans les premières exploitations de ciment qui ont été ouvertes par la famille Vicat (ici, il s'agirait d'après les documents de Louis Vicat). L'accès au trou est impossible à détecter si on ne le connaît pas. C'est un petit passage situé au milieu de ronces et de forêt. Le lieu est très bucolique. François l'avait cherché et ne l'avait pas trouvé.

La carrière est remplie d'eau à de nombreux passages. Cela implique du baquage. A cela s'ajoute que j'oublie l'appareil photo dans la voiture de Dom. J'y retourne en courant et à cause de la neige (c'était bien entendu), je me paye une gamelle non négligeable ! Après avoir rebaqué, me voici enfin prêt. La carrière comporte beaucoup d'escaliers esthétiques et un nombre incalculable de trémies. Ce n'est pas immense et peu dangereux. Certaines trémies sont encore en état de fonctionnement. Au sol, il traîne des journaux des années trente, le Petit Dauphiné. La visite est globalement intéressante mais assez restreinte, ce n'est pas la meilleure carrière du Dauphiné.

Dehors, c'est la tempête de neige, ça tombe ça tombe ça tombe ! On fait une photo de groupe qui est assez comique, il y a des points blancs partout. De retour à la voiture, un local se renseigne sur notre compte. Il dit qu'on peut sortir de l'autre côté de la montagne par les galeries. En ce qui nous concerne, nous n'avons pas réussi cet exploit.

Au soir, nous préparons la semaine. C'est un peu le bazar et difficile de finir dans les temps. Pas mal l'histoire de prendre de l'essence sous la tempête de neige à l'Espace Comboire. Les écrans des pompes n'étaient pas éclairés et on n'y voyait rien. Veuillez patienter...

6 mars

Voilà, c'est dimanche et nous sommes sans Dominique. Il y a tellement de neige, nous décidons avec François de partir pour la mine de Seyssins à pied. L'entrée est située derrière un immeuble, c'est peu discret. La commune de Seyssins précise dans un document officiel que les galeries rejoignent Comboire, ce qui est faux, qu'il y a une grille qui obture la galerie, elle est réparée, qu'il y a des chauve-souris, on en a vu aucune (quand bien même on en aurait vues, on les aurait mangées).

Il y a en réalité cinq entrées au réseau. Ca fait beaucoup. Il y a deux grands roulages et quelques galeries d'exploitation plutôt esthétiques. Mon acéto merdouille et François me la répare. La visite n'est pas facile parce que nous ne comprenons pas tout de suite la géométrie des lieux. Un baquage nous fait reculer alors qu'en réalité, ça ne baque pas. Nous le découvrirons plus tard.

Nous ressortons au jour pour prendre une autre entrée. Elle est placée en haut d'une pente dans la forêt. Grimper est difficile parce que c'est glissant et surtout, la neige en train de fondre me trempe complètement. Je peste comme ce n'est pas possible, il est de fait que cela m'énerve. Rentrer dans les galeries par cet endroit nous fait comprendre le fonctionnement du réseau. Nous retrouvons le même baquage qui ne baque pas et cette fois-ci, nous y allons. C'est une très longue galerie qui débouche sur un puits montant, qui aspire beaucoup d'air. Il n'est pas possible de le grimper sans amener une échelle ou un peu de matériel.

Nous sommes dehors un peu avant dix-sept heures et nous filons à la douche.

7 mars

Au matin relativement tôt (ce rythme est vraiment pratique, on a la paix), on file à Comboire, donc la partie sud de Seyssins visitée la veille mais qui ne rejoint pas, et donc le truc qu'on avait été voir avec Dom rapidement le samedi matin. Nous prévoyons d'y passer la journée et d'aller jusqu'au fond du fond, sauf en cas de puits. Effectivement pour ces derniers, il faut équiper, et spitter dans le ciment demande une organisation quasiment intenable parce que la roche est trop friable.

Sur le chemin d'accès, je tombe sur le verglas et une pointe de glace s'enfonce joyeusement dans ma main. Purée de pois, qu'est-ce que j'ai mal ! C'est sans compter que ce n'était pas fini. Dans l'intérieur du réseau, je tombe dans une taille. Je bascule sur le côté et je m'éclate sur mon acéto. Une fois de plus, qu'est-ce que j'ai mal ! Ah là là, je suis vraiment une chiffe molle.

Le réseau s'organise en quatre secteurs. Il y en a deux en bon état, un dont la progression est pénible et un dernier tout au fond dans un état catastrophique. Au bout du réseau et après une progression dans un chaos épouvantable, on arrive sur un effondrement généralisé et instable. La visite s'arrête là, il n'y a pas de passage possible malheureusement.

A la sortie, c'est le grand soleil. La Chartreuse au loin est magnifique. On en profite pour aller voir l'ancienne cimenterie, qui n'a rien d'exceptionnel en réalité, et puis on file à la douche. Au soir, il y a un peu de cafouillage. Dom est parti nous chercher à l'hôtel tandis que nous étions partis le voir chez lui pour fixer la fin du programme. C'est un peu le bazar en fin de compte, mais heureusement on s'en sort sans trop de dégâts.

Comme le dit François sur mon compte : je fais des photos à la Titan, je gaze les galeries à la Titan, François est sur toutes les photos à la Titan, il ne manque plus que je raconte des blagues de cul et le tour est joué.

8 mars

On s'était donné rendez-vous à la Porte de France et c'était une très très mauvaise idée. On se retrouve dans un marasme de circulation totalement épouvantable et de plus, je suis un piètre guide, c'est vraiment la merde totale. Sous la terre, il n'y a pas de problèmes, mais en ville, je suis catastrophique.

Je trouve François II (dit H2S) tout de suite parce qu'il a un kit (non, pas un kilt). C'est facile pour se retrouver ! Dom arrive et sur une belle patinoire de verglas, nous voilà en route pour Uriol. Ce sont quatre carrières de ciment situées non loin de Vif, faisant aussi partie des premiers sites d'exploitation du ciment par Vicat. L'entrée est vraiment introuvable si on ne connaît pas. C'est le long d'un chemin, soudainement il faut obliquer et grimper le long d'une pente encombrée de végétation. On y trouve un petit trou.

-Dis François, tu as vu le paysage comme c'est beau ?
-Oui, quand on est en haut, on voit en bas.

La première galerie d'Uriol est engageante, vaste travers banc en bon état. C'est juste après que ça se corse, Les Astres ne seraient pas descendus. La mine s'organise sur quatre ou cinq étages, reliés entre eux par des galeries obliques pentues (minimum quarante cinq degrés), longues, glissantes et débouchant parfois sur des puits. Ouh, je n'ai pas du tout aimé me retrouver sur ces pentes où tout est friable.

L'intérieur de la mine est assez petit, un peu moins d'une demi-journée de visite. Il y a globalement peu de matériel et c'est tortueux. Au bout du bout, après un baquage, on tombe sur une porte en cavage située dans un champ ; elle est relativement inaccessible. Comme intérêt majeur, on trouve une voûte inclinée à quarante cinq degrés, monumentale par sa dimension et sa platitude, très intéressante par sa texture, elle est bosselée très régulièrement et c'est magnifique. Il y aurait comme à Comboire deux réseaux parallèles (deux couches), mais en plus petit.

Dans une partie assez éloignée du réseau, on trouve une chauve-souris morte et desséchée. François II rêve de la bouffer. Mais non, nous ne sommes pas du tout haineux ! C'est le gazage H2S qui fait ses effets et c'est très efficace. Au moins quand elles seront toutes crevées, on ne nous fermera plus les mines à la bâtard, du genre "C'est Ma Mine Et Toi Le Merdeux Pouilleux, Tu Fermes Ta Gueule", c'est du vécu.

Mis à part qu'on trouve une trace de mule dans la boue, je n'ai pas grand chose de plus à dire sur cette mine. Dehors, c'est le grand soleil et la neige commence à fondre un peu partout. On file voir les anciens fours à ciment situés juste à côté. Ca ressemble un peu à un ancien fort très délabré. Il n'en reste pas grand chose.

Par la suite, nous filons aux fours biberons situés à Genevrey le Vif. Ce sont les premiers sites de cuisson en masse du ciment, sept fours alignés, une conception de Louis Vicat. Les fours ont la forme de biberons atypiques et c'est franchement très esthétique. Pour sûr, un monument comme celui-là, ils vont bien le détruire ou le patrimoiniser. Disons qu'il était temps d'y aller. Dans la maison juste à côté, à moitié incendiée, il reste quelques vestiges d'actions Vicat, ainsi que des rapports CFDT sur les durées et qualité du travail dans les groupes cimentiers.

En fin d'après midi, nous allons à Voreppe. Nous ne comptons pas visiter le Chevalon (réservé au lendemain) car cela demande une journée entière. Nous allons aux carrières de molasse de la Gachetière, situées sur le coteau des carrières, au dessus du plateau des Garlettes. Avant, elles formaient un immense réseau. C'est au cours du 19ème siècle qu'un terrible effondrement ravagea la carrière durant la pause de midi. Aujourd'hui, il y a une carrière utilisée pour la culture du champignon, une carrière non affectée et un troisième point sur la carte que je n'identifie pas.

L'entrée du site est constituée d'une grande porte en bois passablement pourrie. Un caillou gelé au sol nous interdit l'accès. C'est quand même formidable ! Comment faire un accès inviolable ? Ramener un congélateur et le tour et joué. Finalement, nous arrivons à nous faufiler entre les battants, mais ce n'est pas très agréable. Plus tard à la sortie, nous nous rendrons compte qu'il y avait une chatière bien planquée en forêt.

Le réseau n'est pas très grand en développement, une heure de visite environ. Ce sont de grands volumes très carrés, dont le bas est plus humide. La hauteur maximale serait de dix-neuf mètres. La molasse, je la caractérise comme étant un calcaire très sableux et un peu mou, en gros, quelque chose qui ressemble à du tuffeau. Au niveau strictement géologique, la molasse a des significations beaucoup plus précises. Ce terme désigne l'ensemble des sédiments qui se déposent au front et à l'arrière d'une chaîne de montagne. L'essentiel de ces dépôts est dû à l'érosion des montagnes naissantes par les rivières. Il est donc normal de rencontrer le terme molasse dans les chaînes alpines et aucunement en Belgique.

La sonorité de cette carrière est intéressante, elle comporte de belles résonances. En bas, la pluie a sculpté le sol en d'étranges mini-montagnes, c'est très très original. Dans la carrière, il y a quelques voitures ravagées et des vieilles pourritures rouillées, j'adore !

Le 23 juin 1842, selon un récit de l'époque, texte recueilli dans Voreppe et Le Chevalon autrefois, Michel Bard, 1986, avec l'aide de Dom :

"Depuis quelque temps, on remarquait dans ces carrières quelque chose d'étrange et même de sinistre. Il tombait ça et là des fragments de molasse, de la terre et même des blocs de pierre. Les piliers de soutènement paraissaient s'ébranler, se fendiller et s'effriter ... Fort heureusement, les ouvriers, sortis pour le déjeuner, allaient rentrer dans les carrières pour reprendre leur travail lorsque... On put voir la montagne au-dessus des carrières s'agiter convulsivement, se crevasser et se mettre en mouvement avec un bruit formidable. L'éboulement se continue, les étais sont écrasés et la caverne de la carrière est remplie de débris de molasse et de rochers. L'air enfermé dans les souterrains est violement chassé par la chute de ces matériaux et fait entendre des sifflements aigus et prolongés, des morceaux de pierre sont lancés à plus de 200 m du lieu du sinistre. Les carriers Joseph Cottel, les trois frères Royer, Souillet, Bérard et Fiolair sont atteints dans leur industrie par ce désastre.."

A la sortie, une voiture passe et le gars s'arrête pour scruter méchamment Dom. Apparemment, c'est un emmerdeur. Comme Dom n'est pas du genre à se laisser faire, le gars n'ose pas entamer la discussion. C'est tant mieux.
J'en ai vraiment plein le cul d'être pris pour un voleur par ces gens.
Dom a des ennuis de travail, il doit partir à Lyon aussi sec. Nous déposons François II à la Porte de France.

9 mars

Cette fois-ci, on est bien en avance et on évite les délires des embouteillages du centre humain de Grenoble. Nous sommes au pied de la cimenterie du Chevalon de Voreppe. Elle est très impressionnante parce qu'elle est située en hauteur et elle possède des formes monumentales. D'ailleurs, j'ajoute à cela qu'elle est encore mieux la nuit, prenant l'apparence d'un empire enfoui dans le mystère et le silence. Comme l'usine possède en son sein des canalisations de gaz haute pression, le lieu est gardienné avec deux gentils chiens qui n'ont pas du tout envie de te croquer. La visite n'en est pas possible, ou tout du moins très difficile.

L'entrée de la mine est située derrière l'usine. Vicat a fait reboucher les entrées principales. Par contre, il reste un passage par une galerie de drainage. C'est franchement à l'aise et c'est nickel comme ça. Ce genre de plaisanterie arrête la quasi totalité des connards et autres branleurs du genre.

A l'intérieur, c'est une mine assez complexe, surtout horizontale, comportant un grand roulage qui file très loin. Au début de la mine, il y a un chanudorium impressionnant : un stock de rails immense, des plaques tournantes, des fleurets de grande dimension, quelques berlines. Juste un peu plus loin, ce sont des trains de berlines complets qui sont encore là, il y aurait 41 véhicules au total. C'est vraiment rare de voir ça de nos jours. Malheureusement, il ne reste plus les locomotives. Dans un autre recoin de galerie, on trouvera un treuil, des poulies de treuils crantées et quelques restes de câbles. C'est une mine riche en matériel.

Le roulage s'organise étrangement. Il ne va pas tout droit, il ne cesse de sinuer. C'est une alternance de passages en consolidations béton et de passages non confortés. Je résume, c'est donc une alternance de passages baquage - fontis - baquage - fontis... Le mauvais état est relatif, ça ne semble pas extrêmement dangereux.

Au bout d'un moment, nous arrivons au squat des Anus Stratifiés. C'est un groupe de jeunes de Tullins, ils font des visites de mines. Leur manque de discrétion semble problématique dans le cas de certains sites sensibles, notamment Pierre Tendre, il se pourrait que ce soit eux qui ont rectifié l'entrée. Cela est un réel problème car dans Les Combes, il y a de la poudrière, donc alarme et donc possibilité de terrorisme. Une tentative d'ouverture là-dessus, pour Vicat, ce n'est pas de l'archéologie industrielle, c'est une tentative de vol.

Dans-l'après midi, nous grimpons dans les tailles. Elles sont vraiment dures à comprendre. C'est très imbriqué et en aucun cas bien rangé linéairement comme à Lachal. Lorsque nous arrivons tant bien que mal au +9, nous tombons systématiquement sur du front de taille ou des effondrements. Pour prospecter, notre scout chercheur François II va voir les galeries en courant !

En résumé, c'est une visite intéressante pour les vestiges matériels. A part cela, l'exploitation est difficile à comprendre. A noter la présence de quelques vestiges d'explosif, de la chédite. Il paraît que cet explosif est "redoutable", j'en déduis donc "relativement efficace". A la sortie, les gens d'un camion nous matent comme si nous étions martiens. J'en ai marre !

10 mars

Comme nous sommes largement en avance, nous profitons de l'heure de fourche pour aller voir la sortie de ciment de Pierre Tendre Bas (tout le détail technique dans le compte rendu technique). Les ouvriers sont en train de procéder à un déversement. La locomotive Campagne blanche est très belle. Quant aux ouvriers... euh... ils n'ont pas du tout l'air accueillants. J'en profite pour aller voir Achille. L'entrée est soudée et comblée avec de la terre. Quant à l'entrée de Pierre Tendre Haute, elle existe toujours mais elle est soudée.

Nous attendons Dom et François II à Levetière. Suite à des ennuis de circulation, il est en retard. L'entrée a changé par rapport à il y a quatre ans (comme convenu en fait, je le savais). Par contre, la grille a subi une réparation. Nous projetons de rejoindre le Travers Banc Clémencière. Le passage pourri étayé que nous connaissions est effondré. Il y a une double chatière dedans. Je dirais qu'il est plus rassurant maintenant, au moins il est stable. Par contre, l'odeur de H2S sortant de l'eau un peu noire est toujours bien prenante. Juste après, il y a une troisième chatière, peu dangereuse. C'est par après que ça se corse.

Le long du travers-banc, les gloutons ont le droit à leur petit repas. Suite aux wagons pourris, ça devient craignos. On appelle ce secteur la boîte aux lettres. C'est le plafond qui est beaucoup tombé, il ne reste qu'un maigre passage un peu incliné dans des fontis peu engageants. Disons que ce n'est pas la mort, mais ça n'inspire assurément pas confiance. Le bout de la mine Inox était pire par exemple, Fontoy de même.

Un peu plus loin, on entend des petits blocs tomber. Ca n'a rien de grave tant que ce ne sont pas des gros. Lachal, c'est un lieu où les pierres tombent par plaques. Ca se décolle et ça forme des espèces de couteaux au sol. C'est glissant, c'est tranchant et un peu instable. Jusque Clémencière, le trajet n'est pas horrible (au contraire des Combes), il faut juste prêter attention et ça va.

Le TB de Clémencière commence au dessus d'une salle de transformateurs. Cette salle est minuscule et le transfo n'y est plus. C'est une galerie qui me semble-t'il ne sert qu'à l'aérage, ce serait une cheminée. Sa constitution n'a rien d'un roulage, ou d'un treuillage, ou d'une sortie de personnel. Sa particularité, outre d'être inclinée à quarante cinq degrés, c'est qu'elle est creusée dans des marno-calcaires très friables. Ca n'est pas dangereux, ça tient franchement bien, par contre le sol est constitué de millions de petits blocs, des déchets de taille. Ces blocs sont mous et beurrés de boue. En plusieurs endroits, la hauteur de voûte est très faible, il faut creuser pour passer. La dedans, on pédale on pédale ! Il n'y a pas moyen d'avancer. C'est assez fatigant, un peu pénible, mais malgré tout assez ludique.

En haut, un tunnel béton et une entrée avec une grille, impossible à ouvrir pour l'instant. A noter que nous étions dans ce TB durant le tir quotidien effectué dans les combes. Ca a fait deux bruits sourds, peu audibles, mais surtout une vibration dans le sol. Ils tirent à 13h15.

Pour la redescente, François II la fait la tête en avant en nageant dans les blocs !
Le retour est assez fatigant, mais sans aucune encombre à signaler.

11 mars

Nous attendons Dominique au Col de Vence. François dit :
-Il va bientôt arriver.
-J'espère...
-De fesses.

Et c'est toute la semaine qui a été comme ça !

Lorsque Dom arrive, nous prenons les sacs poubelles et sur la longue et belle pente, nous faisons une course de luge. Ca fait de la neige qui voltige, un bon mal au popotin et un Dom qui gagne la course de peu ! Ahah, racaille !

Cette fois-ci, nous allons visiter la carrière de ciment du Sappey. Elle est directement située au dessus du petit musée du ciment du Sappey. L'entrée est un joli petit cavage, un peu pété mais pas trop. Dans cette entrée, on trouve par dizaineS (avec un grand S) des stalagmites formant une forêt complètement irréelle. C'est carrément magnifique. C'est avec grandes précautions qu'on se faufile au milieu de tout ça, surtout ne rien abîmer...

La carrière est assez petite, deux ou trois heures de visite, mais assez atypique. Cela ressemble à un réseau ancien, c'est tout entortillonné, on ne retrouve pas de grandes tailles rectilignes et inclinées. Il y a trois à quatre niveaux accessibles. En dessous c'est noyé, au dessus ça semble complètement foudroyé. On y trouve des berlines complètement ratatinées, des trémies, de belles concrétions et dans les étages inférieurs, des galeries monumentales dont une comporte un balcon avec vue panoramique. Nota pour François II, il y a une tyrolienne qui passe au dessus d'un puits de 700 mètres de profondeur, cela donne accès à un toboggan hélicoïdal dans lequel coule une rivière, on atterrit dans une grande salle comportant un train fantôme et une voie étroite tortueuse. A la gare terminus, il faut sauter trois grands pièges puis on arrive enfin dans un temple secret dédié au Dieu Des Chats dans sa Magnificence et sa Puissance Incontestable.

Un peu après midi, François nous quitte pour sa Haute-Saône et sa spéléo. Il fait un temps magnifique. Dom et moi, nous attendons la nuit avec impatience.

En effet, lorsque les étoiles ont regagné le ciel, nous repartons au Sappey avec Lena. Dans les couleurs beaucoup plus douces, nous arrivons à sortir des photos intéressantes. Il n'y a pas une lumière du jour crue qui bouffe tout l'horizon. Ce paysage fantasmagorique me fait vraiment rêver, c'est la première fois que je vois ça.

12 mars

La grande journée... J'en suis fatigué rien que d'y repenser.

La journée démarre à Levetière, le petit hameau duquel on part pour accéder à Lachal. Après une bonne belle grosse gamelle dans les pentes des bois, voici l'entrée du TB Lachal, aucun changement depuis deux jours avant et aucune trace dans la neige.

Jusqu'à la porte du 400, c'est de l'horizontal et je dirais presque : c'est du terrain connu. Ensuite, ça se corse carrément. Il faut descendre dans des tailles inclinées de 45 degrés sur des gravas glissants. De gigantesques plaques sont descendues du ciel, parce que soyons clair, les tailles sont vraiment un témoignage du n'importe quoi Vicat. Elles sont démesurément larges et le taux de défruitage frise l'absurde. Un jour ou l'autre, ces gigantesques tailles vont produire un effondrement généralisé, je n'ose imaginer la tronche des hameaux Lachal, Bellevue, La Gomma, Levetière dans un futur pas très lointain. Dans ces tailles pentues, les petits cailloux dévalent les pentes, ça entraîne les gros. C'est épouvantable. Il faut sans cesse prêter attention à ce qu'il se passe derrière, afin de ne pas se faire écrabouiller par d'immenses dalles lancées à toute vitesse dans la pente.

En bas des quatre tailles à cheminer, c'est déjà un gros coup de fatigue. Ensuite, le secteur des fontis est tout à fait désagréable. C'est surtout qu'on s'y perd sans même sans rendre compte. C'est après un parcours éprouvant, apocalyptique et désagréable qu'on arrive enfin aux Combes. On arrive au G13, une galerie qui soudainement est bien rangée et grillagée. Le réseau se situe dans les 13 niveaux en dessous. En réalité, Le TB Lachal est au 580, il possède 18 niveaux au dessus, l'équivalent de 18 niveaux en dessous et les Combes s'étendent sur 25 niveaux jusque Pierre Tendre. La mine s'étage sur un minimum de 570 mètres de hauteur, ceci sans compter les vieux travaux d'Achille aujourd'hui condamnés.

Dans les niveaux hauts des Combes, les galeries deviennent de plus en plus grandes dans le sens de la descente. Au G10, elles deviennent standardisées, soit une section de cinq sur cinq, globalement rondes et systématiquement grillagées et épinglées. Les techniques d'exploitation sont décrites dans le compte-rendu technique.

On trouve au fur et à mesure : des ventubes, un transformateur en fonctionnement, une taille et une trémie en activités, un poste de premiers secours, un réfectoire avec un petit atelier de réparation, un épingleur désaffecté, deux poudrières, un wagon de premiers secours et le roulage du 210.

Le réseau des Combes n'est pas é