Tchorski

Une maison minuit moins une - La maison Janine

Nous avons reçu les photos d'un voyageur et nous en avons fait la synthèse historique.

Nous voici en visite dans la maison Janine, que l’on pourrait aussi appeler la maison minuit moins une. À défaut d’être le premier à visiter la maison – ce qui dans le fond reste très peu souhaitable – c’est ici l’ultime voyage. Pour de multiples raisons, nous évoquons sans détour que c’est la fin pour ce lieu de mémoire. Retour en récit sur l’exploration d’un monde enfoui sous le passé.

Dernier parce qu’il faut mettre une échelle, et celle-ci témoigne sans équivoque de la fin de vie. Elle est en bois vermoulu. Au premier regard, on sait que ça va être très très très tendu et il n’y a pas besoin d’être ébéniste pour le ressentir. Le bois est dans un état de fatigue qui exprime l’objet archéologique des populations préceltiques. En effet en montant, malgré des précautions maximales, un barreau cède dans un craquement sinistre.

La maison est localisée en plein cœur d’un lotissement, joyeusement équipé de voisinage, dont deux chiens plutôt-molosses possédant des chaînes qui font penser dans un frémissement d’angoisse à un environnement luciférien. C’est une habitation qui a été totalement vandalisée et pillée du vivant de Janine. Dès lors, les ayant-droit ont fait murer de parpaings toutes les fenêtres du rez-de-chaussée. Cela a suffi pour arrêter les vandales, mais le mal était fait.

Nous étions venus sur place il y a deux ans. Dans un terrain en jungle et sous une pluie turbo-battante, la situation avait donné un blocage immédiat : mort, impossible de visiter. En cause, le murage. Nous en étions restés sur une question plus que marquée : pourquoi l’annexe comporte-t-elle une presque centaine d’isolateurs haute-tension ? Mais sinon rien, classement vertical pour cette maison urbex.

Et alors à ce jour ? Le plus grand étonnement pour nous fut le terrain. Si à la base, nous nous attendions à trouver une jungle exubérante, il n’en fut rien et bien au contraire. Tous les baliveaux ont été tronçonnés, la jungle passée au broyeur et le terrain fauché. La date des travaux ? C’était hier ou quand bien même avant-hier : le lieu est amené à connaître une transformation d’ampleur. On ne fait pas un chantier aussi exigeant pour rien. Quelque part tant mieux, ça va revivre.

Nous ne sommes pas les derniers dépositaires de la mémoire de Janine. C’est vite dit, à la fois présomptueux et méprisant. Nous sommes en tout cas les derniers du lieu, tel qu’il fut dans cet état d’abandon. Certes la tombe n’a pas de fleurs, mais fais-je mieux pour ma grand-mère, dont la sépulture est à 931 kilomètres ? Sans jugement aucun, s’il y a bien des fleurs à déposer, je peux le faire – c’est la saison du mimosa.

Portrait de Janine

Sur les traces de Janine

A chaque fois que nous avons tenté, par mille imaginations, de reconstruire le récit de vie d’un urbex, nous nous sommes magistralement plantés. La vérité se trouve le plus souvent complètement ailleurs. C’est pourquoi avec des précautions nécessaires, nous dirons que nous ne savons rien – la maison a connu trop de vandalisme pour que cela soit lisible à ce jour. Nous voulions la ranger, mais au vu des travaux futurs, l’idée a été abandonnée.

Janine est née en 1927 au village, et décédée en 2022 à Nîmes. Elle est partie à 95 ans, c’est un très bel âge ! L’orthographe de son prénom n’est pas une faute. C’est de la sorte que c’est indiqué sur son acte de décès, la sépulture de même, quand bien même de multiples courriers anciens ampoulent son prénom. Elle devait y être habituée.

D’après ce que l’on peut retrouver sur place, elle a été chirurgien dentiste. Elle exerçait au n°22 rue Pierre Semard. Dans un premier temps, ça a tout de quelque chose d’étonnant, car ça lui faisait un trajet somme toute vraiment pas triste. Logeait-elle sur place au vu de la distance ? Aujourd’hui et depuis des temps relativement immémoriaux, l’endroit héberge une pharmacie. S’il on échafaude des plans imaginaires, elle aurait été étudiante après-guerre, elle aurait cessé ses activités dans le courant des années 90.

Elle n’est pas inhumée avec son compagnon, elle est en caveau familial dans un tout petit cimetière très bien entretenu. Quelques photos dans la maison nous laissent imaginer son visage. Il n’y a qu’un pas pour évoquer : de toute une vie, c’est tout ce qu’il reste. On pourrait dans un presque glissement l’imaginer, l’esquisser. Mais, qui sommes-nous pour affirmer cela ? Les travaux vont débuter, ils effaceront la balafre du vandalisme. Quelque part tant mieux, c’est réinjecter de la vie dans le mépris et la violence.

Ce qu’il reste de toute une vie, c’est parfois quelques petits grammes. Comme le dit François Ridel non sans humour : si j'étais le gros gabian du bout du quai, je plierais voile un beau jour tranquillement, ne laissant que des plumes à mes héritiers et 200 grammes de tous petits os blancs. Nul ne sait ce qu’il subsiste – quelque part inconnu – de la mémoire de Janine (ça se trouve il ne reste que totalement subalterne dans cette habitation). En tout cas, nous avons désiré de notre passage la mettre en valeur, cela étant même minime.

Le lieu est à Perpète-Les-Alouettes. Peut-être hasard faisant d’un trajet, un jour je vous annoncerai le remplacement par deux villas flambant neuves. Ca n’en serait même pas étonnant. Laissons cela à la vie, un jour viendra.

Maison Janine de l'extérieur

Chambre en urbex

Salon en urbex

Livres vermoulus

Ancien médicament

Grenier en urbex

Réveil en urbex

Anciens cours de médecine

Portrait probable de Janine

Ramassage des olives

Photo ancienne de groupe

Ancien cellier en urbex

Garde manger en urbex

Porte bijoux

Ancien médicaments en dentisterie

Remise en urbex

Maison urbex pillée

Anciens flacons en urbex

Bricolage en urbex

Photocopie d'une notice de médicament

Ancienne photo de classe

Tombe de Janine