Urbex - Le curieux hôpital des écailles

Nous avons reçu les photos d'un voyageur et nous en avons établi les recherches historiques.
Voici purement ce que l’on pourrait qualifier d’une visite bizarre ; si l’on en fait la somme, le bilan se situe complètement dans l’ordre de l’imprévu et de l’inattendu. Nous vous amenons aujourd’hui, par notre texte, en incursion dans un ancien hôpital. A le surnommer d’un patronyme un peu affectueux, clairement de fortes hésitations entre l’hôpital 16h38 : il s’agit du moment précis où la dernière horloge s’est arrêtée (serait-ce du matin ou du soir ?) ou bien l’hôpital des écailles, considérant les magnifiques peintures écaillées. Le choix s’est imposé en délicatesse.
Du point de vue de l’historique, il est assez difficile de déterminer dans la précision, du fait que c’est un établissement plutôt mineur, à l’origine même de sa constitution. La grande ville (toute proche) comporte un grand hôpital généraliste. Nous sommes ici dans une structure dédiée à des disciplines spécialisées, notamment le traitement des affections liées à la tuberculose, mais aussi et principalement, de la diabétologie.
Du coup, l’ambiance ne respire pas du tout la grosse structure hospitalière stalinienne, presque écrasante. Ce que l’on retrace ici est un lieu petit, les bâtiments espacés, un environnement verdoyant. L’érection de ces bâtiments date de 1972, d’un seul tenant et sans aucun remaniement au fil du temps. L’architecture témoigne pleinement de cette époque.
Lorsque l’on arrive sur place, l’un des éléments les plus saisissants, c’est de se dire qu’ils ont eu l’idée quelque peu saugrenue de construire à cet endroit là. Les pentes sont carrément raides. Du coup, implanter des bâtiments médicaux est une gageure, les faire fonctionner à la limite tout autant. Une majeure partie des bâtiments est érigée sur des pilotis sur des pentes abruptes. On peut évaluer sans exagération aucune que la partie avant est en terrasse, tandis que la partie arrière est en cave.
Pour peu, on se croirait presque dans une structure architecturale de sanatorium. L’architecture, bien que toute simple, est aérienne. Les terrasses sont vastes et orientées plein ouest. C’est aussi lumineux qu’accueillant. Pourtant de sanatoria, rien ne fut. Nous sommes très postérieurs à ces architectures là.
Une exploration pour le moins inattendue
L’urbex se passe rarement comme prévu, c’est d’ailleurs son essence même, ce qui en constitue le cœur battant de l’aventure. En bref il reste malgré tout une constante : celle de se payer des gros échecs. En l’occurrence, c’est d’aller voir un spot dans l’ambiance préalable « on ne sait jamais » et de trouver les lieux rénovés, habités, complètement explosés, totalement refermés, et parfois même un mix de tout ça en même temps, même si ça peut paraitre à la fois ubuesque et inconcevable. Nous ? On vous dira qu’on a l’habitude.
Du coup, lorsqu’il s’agit de visiter ce lieu, l’ambiance est d’office fixée au préalable : ce sera un gros échec. Certes un informateur a aiguillé la curiosité, mais les indications sont périmées de 5 à 6 ans ; la date précise, on ne la connait même plus. Du coup, la voiture est garée tout en bas, l’ambiance de la journée est plaisante ; peu importe l’échec, ça en fait une belle promenade. Là encore, on peut témoigner que toute l’urbex repose sur cette philosophie.
Arrivé sur place, oui en effet c’est en état d’abandon, mais première stupéfaction : oh peuchère c’est la hauteur des murs. Les soutènements sont massifs et barrent le passage. C’est titanesque et joli à la fois. Leur exposition dans une ombre permanente fait qu’ils sont recouverts de mousse. L’esthétisme est au rendez-vous. Bon qu’à cela ne tienne, il suffit de faire le tour dans les bois. Ce faisant, en réalité ce n’est pas si difficile que ça. La promenade révèle un bâtiment qui est oui, sans détour, qualifiable de très fatigué. Abandon ? Oui.
Et là fichtre, diantre, mazette et poudre de perlimpinpin pimentée, gros problème : c’est ouvert. Comment ça un gros problème ? Bah oui comment dire, psychologiquement, c’est limite se retrouver de n’être même pas prêt ! Mais le constat est implacable. Une planche en OSB a été arrachée avec une ineffable violence, la vitre derrière est explosée. Il aurait été tellement plus simple de monter sur une terrasse et de simplement pousser une des portes-fenêtres : symbole de délicatesse, non il a fallu qu’ils cassent.
Sans y aller par quatre chemins, l’expérience faisant, on sait qu’il ne faut pas tergiverser, ça n’a jamais, ô grand jamais, amené du positif. Du coup, il ne reste qu’une seule chose à faire à l’explorateur, ne plus penser à ses peurs instinctives, entrer. Derrière, le moins qu’on puisse dire, c’est que le voyage ne va pas se dérouler comme prévu.
« 3,6 рентгена. Не отлично, но и не ужасно »
Comme le dit une expression qui fait partie de mes petites favorites : 3,6 roentgen, ni très bon ni très mauvais. Les compteurs Geiger soviétiques avaient un niveau maximal de 3,6 roentgen. En réalité, la centrale de Tchernobyl délivrait au bas mot 15 mille roentgen. Et bien pour l’hôpital écailles ? Oui un peu le même genre d’histoire, une mesure du danger quelque peu approximative. C’était peut-être comment dire, un chouya niveau au-dessus ?
Ce que l’on se rend compte, c’est que l’infrastructure était dédiée aux médecins jusqu’en 2002, limite 2003 pour certains, puis fut ensuite désaffectée. Par la suite, les locaux ont servi de stockage pour les « machins » qui ne servent plus. Que l’on cite quelques lits, des piluliers et j’en passe, mais surtout des masses d’archives. Le temps d’être rassemblées (ça peut prendre des années d’entassement), elles sont ensuite palettisées et entourées de blister, puis amenées à la destruction.
Lors de l’exploration, s’il est bien une chose qui reste lisible, c’est que les archives ne sont plus présente en nombre, tout du moins dans leur version presque industrielle. Ca et là se trouvent des boîtes éparses, mais ce n’est pas un volume pour ainsi dire considérable. Dans l’ensemble, le bâtiment est beau. Il donne un sentiment de gâchis. Ca mériterait mieux, et surtout pas du vandalisme en fait.
Le bâtiment s’organise sur deux niveaux, dont les peintures écaillées ont un aspect decay à franchement parler sublime. Et puis, aux extrémités, on trouve deux caves distinctes, des sous-sols qui comme précisé, ont une façade donnant sur une pleine pente lumineuse et agréable. Tout est fini, quand soudain (et c’est souvent sur ces mots que mes histoires se pimentent).
Un grand fracas de porte a lieu. Ce serait dehors ? Assez difficile à imaginer car en fait dehors, il y a la pente et la pente et la pente… voilà, donc en gros rien qui claque. Quant au vent ? Inexistant. Quant aux portes ? S’il y a bien quelque chose qui éclate à la figure de manière incontestable : elles sont toutes équipées d’un groom, vous savez ces objets qui ramènent les portes à leur position initiale. Ils sont assez durs d’ailleurs. Donc aucune porte ne peut claquer seule. Des bruits de voix résonnent.
Un seul sentiment d’urgence alors, celui de se tirer vite fait, car se retrouver au milieu d’archives de gynécologie et d’un amas indescriptible, mais en tout cas nominatif, d’opérations d’IVG, ça peut se révéler quelque peu difficile à expliquer avec une certaine sérénité. Autant les murs écaillés, franchement ce n’est pas un souci. Ce n’est pas bien méchant, c’est avant tout la volonté de mettre en valeur un esthétisme de la décadence. Autant se retrouver dans une mémoire un peu oubliée d’IVG à la pelle, on peut ressentir qu’il y a légèrement mieux. Tout juste légèrement on dira. Vous voyez ce que je veux dire ?
Heureusement ça s’est terminé sans drame. Saura-t-on la vérité un jour ? Sans nul doute jamais. Des fois on n’imagine même pas les doses d’improbable qui peuvent être possibles : des types qui se retrouvent à 5 heures du matin dans les endroits les plus abandonnés du monde. Nous en 2005, on a joyeusement dégusté ce genre de joyeuseté, tout en précisant que ça n’a entrainé d’IVG involontaire pour personne, malgré la contrariété !
Très heureux d’être dedans (je ne parle pas de Madame mais de l’hôpital), très heureux d’être sorti. C’est un ressenti très clair : surtout ne jamais y retourner. Mais en tout cas, la découverte de ces murs écaillés, formidablement esthétiques, a été un régal. Peut-on conclure qu’il n’y a rien d’autre à y voir ? Oh oui certainement, mais en tout cas c’était une belle découverte.





















