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La maison aux nains

La maison aux nains, c’est avant tout l’urbex d’une maison abandonnée, mais c’est aussi un sujet qui pose une question : s’approcher des limites sans jamais savoir si l’indécent est franchi. Avant tout, le même but à chaque exploration, mettre en valeur les destins, aborder le sujet en bienveillance. Puis-je dire que les cases sont cochées ici ?

Il s’agit d’une maison située sur une très grande route fort fréquentée. Elle possède tous les stigmates d’une habitation abandonnée : plus aucun entretien depuis des années, la porte d’entrée est ouverte, il n’y a plus d’électricité. Toutefois à l’intérieur c’est pétrifié, pétrifié, pétrifié. Tout est là, sans que n’existe une seule exception. L’horloge fonctionne encore, il y a de l’eau au robinet, le frigo comporte des vieux aliments périmés depuis très longtemps.

C’est un endroit qui est – et qui reste encore à ce jour – celui d’une hésitation. Dès lors, je n’indiquerai pas cet endroit, à qui que ce soit.

Cette maison a appartenu à Marcel D. et Jeannine D. Il est difficile d’en savoir plus, ils ont un nom très répandu. Marcel est né en 1933 et décédé le 28 décembre 2015 à l’âge de 82 ans. Aucune trace de lui au cimetière de la ville ; pourtant j’ai fait toutes les rangées et le cimetière est bien organisé.

Quant à Jeannine, ma seule hypothèse est qu’elle n’est pas décédée. Elle serait en Ehpad. Je suis donc plongé dans un monde qui n’est pas éteint. Inconvenant peut-être. Ce sont des supputations aussi. On sait ce que ça vaut, pas grand-chose à chaque fois. On ne comprend pas, on ne sait pas.

La maison est curieuse. C’est radicalement petit. Pas d’escalier intérieur. Pour aller se coucher, il faut sortir dehors. Ils ont bricolé dans la pente malcommode une toiture en tôles de plastique. C’est pauvre, c’est très pauvre. Malgré tout et que c’est amusant, cette habitation est envahie de centaines de nains de jardins. Plein. Une myriade. Edgar se croirait à la gare du Nord de Paris un jour de départ en vacances. Ca devait être empli de vie, bien au-delà de mes questionnements d’aujourd’hui.

Pas d’initiative possible pour fleurir leur tombe, c’est en fin de compte un mystère épais qui restera. La Citroën Saxo a disparu en 2016 à la suite du décès de Marcel. Un fils, omniprésent sur les photos empreintes d’un style éclatant des années 80. La chambre du fond, indéniablement celle de l’enfant. Tout a été puissamment retourné pour du vol. On comprend bien que c’était là, comme ça.

Comment honorer cette famille en sachant si peu ? Comment donner bienveillance en ne disposant de rien ? C’est incomplet et ça le restera : il y a des jours et des lieux comme ça. J’ai touché à rien, refermé les portes.

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