Exploration campanaire, les cloches de Saint-Remèze
Voici une exploration campanaire du clocher de Saint-Remèze, une commune située au sud du département de l’Ardèche. On appelait autrefois cet endroit Remèze de l’air. Autrement dit plus frontalement : il y avait un vent de malade dans le clocher !! À tel point que les cloches tanguaient toutes seules. Un très grand merci à la municipalité pour tant de gentillesse dans l’accueil.
On accède au clocher en traversant un vaste triforium d’un rare esthétisme. Ensuite, il faut grimper des escaliers en bois qui s’avèrent être dans un état usagé, voire préoccupant. La chambre des cloches est quant à elle rassurante et en bon état. Les cloches sont accrochées dans un beffroi en bois ancien, datant probablement de la surélévation du clocher en 1864. De nombreux indices laissent à penser que la situation initiale était un beffroi à l’étage inférieur. On trouve les baies (actuellement maçonnées) et des trous de boulin.
Le clocher comporte 3 cloches, émanant du fondeur Burdin. On y trouve deux cloches de volée de 1842, de belle taille (988 et 646 kg). La troisième est un timbre fixe servant à sonner l’heure. Cette dernière date de 1850. Le montage est un rétrograde assez dynamique, ce qui en fait une sonnerie remarquablement agréable. La grande chante le Fa(3). La petite chante un Sol#(3).
Considérant que les cloches sont accrochées en hauteur, il est remarquablement difficile d’en relever l’épigraphie. On notera en liminaire qu’il s’agit de dédicaces standardisées de très bonne qualité, ce qui rejoint l’ensemble de la production de la fonderie lyonnaise, à ce titre plutôt répandue dans le département.
Sans que les dédicaces ne soient relevées, pour cause d’inaccessibilité, Michel Raimbault spécifie : La plus grande cloche, d’un diamètre de 1m14 à la bouche, porte le nom de baptême de Jeanne Marie Caroline, ayant pour parrain M. Jean Boucher, de Pastroux, et pour marraine Mme Caroline Charmasson, née Boucher, sa fille. La plus petite cloche (de volée) a un diamètre de 0m98 à la bouche et a pour nom de baptême Rose Antoinette. Son parrain est M. Antoine Broc, président du conseil de fabrique, et sa marraine Mme Rose Chauliat, née Maucuer.
Au tout départ, nous avons cherché le boîtier d’automation en sacristie et… introuvable. Il n’y a qu’un BT1 sous la chambre des cloches. Réponse ? Quatre câbles en acier, elles sont sonnées à la main. Il en est de même pour le glas avec des câbles distincts et des marteaux tout à fait spécifiques (anciens), localisés sous la cloche. Sans nul doute, l’installation date des Burdin.
Après quelques recherches d’équilibrage, La volée en duo chante merveilleusement à 2:00 minutes.
La cloche d’heure a une histoire bien particulière. Burdin l’a fondue à destination d’une commune de Saône-et-Loire, sauf que ces derniers n’ont pas réussi à payer rapidement. Du coup, Burdin fils aîné l’a vendue à Saint-Remèze. Le maire était parti à la fonderie commander une future cloche. « Vous en voulez ? J’en ai une » s’exclame le fondeur. La mairie en Saône-et-Loire fut assez contrariée !
Récemment la mairie de Saint-Remèze a reçu un appel de cette autre mairie : on vient de découvrir des archives qui pourraient vous intéresser ! C’est comme ça que la curieuse aventure fut mise au jour, car autrement, la structure campanaire ne laisse en aucun cas suspecter ce genre d’aventure.
Le battant de la grande cloche révèle un point d’usure qui fait presque tout le tour de la cloche, ce qui révèle une usure très préoccupante du baudrier sur la bélière. La municipalité a placé le remplacement au budget rapidement, du fait que les sonneries en volée sont régulières. Saint-Remèze possède un patrimoine campanaire attachant, à première vue ce fut carrément plébiscité par les lecteurs.