Exploration campanaire, la tour d'horloge de Largentière
Nous voici partis à la découverte d’un patrimoine campanaire pour le moins étonnant : la cloche d’heure de la Tour de l’horloge, à Largentière. C’était une exploration attendue de longue date, car de loin, on voyait bien que quelque chose clochait vu la forme de l’instrument, et c’est le moins qu’on puisse dire, ça colle à la situation !
Cette cloche d’heure est hémisphérique, demi-sphère, comme un bol tibétain. Bien que non unique, ce genre d’instrument semble très rare et apporte beaucoup plus de questions que de réponses.
Nous devons tout d’abord faire un tour dans les définitions. Celles-ci, très floues, sont quasiment inventées, tout du moins proposées, et mériteraient d’être affinées. Nous nous basons sur les définitions du Ministère de la Culture, vagues, que nous précisons par l’occasion.
Nous pensons que toute cloche fixe est un « timbre ». C’est en tout cas de la sorte que le personnel de la cathédrale de Chartres nomme la grande cloche médiévale sommitale. Souvent, les cloches fixes – hormis le carillon – sont affectées à la sonnerie horaire, civile. Lorsque l’on recherche le terme timbre d’heure, on trouve des objets souvent hémisphériques, toutefois non installés dans des églises. Tous les timbres d’horloges quant à eux émanent d’installation nommées des horloges comtoises, celles-ci sont nombreuses d’ailleurs.
De ce fait, d’un aspect strictement sémantique, nous pensons que nous avons affaire ici à un « timbre d’heure », le nom semble relever d’une définition correcte.
Ce genre d’objet, rond et peu décoré, installé au sommet d’une église, d’un beffroi ou d’une tour civile, est rare. Nous en relevons à Theizé (69), Tain l’Hermitage (26), Malaucène (84), Payzac (07), Manosque (04), La Crau (83). Donc six autres objets. Nous devons mentionner : sous réserve d’inventaire, car on sait toutes les surprises et les découvertes que cela peut comporter.
Notre timbre d’heure date de 1847, soit pile-exactement l’année où l’édifice se voit cédé à la ville de Largentière et le lieu converti en hôpital. On voit donc une concordance et une logique en cette installation.
L’objet est une demi-sphère à forme aplatie. Notons avec force de précision : il ne s’agit pas d’un tocsin, dont la forme est celle d’une cloche, mais plus plate : Labastide-de-Virac, Cruas, Mende, Alès. Le tocsin correspond à une tradition médiévale, usuelle : sonner l’alerte. On retrouve toute la complexité harmonique et métallurgique d’une cloche de profil lorrain.
Notre instrument sonne uniquement l’heure. Son design, pour reprendre un mot moderne, correspond à une vocation : couter peu cher. Son moulage est facile, son épaisseur faible. Mais alors, pourquoi ne pas avoir fondu des cloches plates, telles le Bilo, inventé par Alexandr Zhikharev. Et si cela se révèle peu cher, pourquoi en avoir installé si peu en campanile ?
Le timbre d’heure comporte l’inscription suivante :
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTUM
COMMUNE DE LARGENTIERE
PERRE PIERRON 1857 FONDEUR A AVIGNON
Elle est très difficile d’accès car elle se trouve, en cire perdue, au sommet de la « cloche ». Une sirène de pompier ne permet pas de grimper avec aisance.
Il s’agit d’un fondeur de renom, qui a fondu l’ensemble des cloches de la cathédrale de Mende et le gros bourdon d’Avignon. Issu d’une lignée radicalement complexe et consanguine, son nom de famille est Perre-Pierron et n’est pas Pierre Pierron. Dans la lignée très nébuleuse et imbriquée, 1857 ne permet pas d’isoler un seul fondeur, car père et fils fondaient ensemble.
Voilà donc un instrument rare qui intrigue. Largentière peut se vanter une fois de plus d’avoir un patrimoine plus que peu commun !
Nous profitons de cette occasion pour vous présenter la cloche Crouzet - Hildebrand au sommet du château. Très difficile d’accès, il est une chance énorme de pouvoir la documenter.
Cette cloche devait probablement servir à la chapelle. Installée en campanile sur la toiture, elle est aujourd’hui désaffectée. Elle émane d’une fonderie parisienne bien renommée.
C’est une cloche probablement achetée en magasin. On relève que c’est un objet de série, non spécifique à Largentière, non daté. Le commanditaire s'est rendu en magasin et a acheté un objet fondu de manière répétitive. Cette cloche a une valeur épigraphique faible, tout autant qu'historique. Datation probable : 1880.
En matière de datation, cela correspond à une date assez ambigüe pour le château, car il était déjà depuis longtemps converti en hôpital. Crouzet a agi en ces périodes, de ce fait il sera peu évident d’en dire plus.
Elle a une métallurgie bonne. Sa suspension est complètement morte. Tant qu'elle n'est pas sonnée, elle ne constitue pas un danger. D’après les photos de Valentin, celle-ci avait déjà été inventoriée, ce n’est ici donc qu’une complétion, bien agréable à ce titre.