Les souterrains de la gare centrale de Bruxelles

Nous partons aujourd’hui dans une exploration complètement inhabituelle : une infiltration dans les galeries techniques de la gare centrale de Bruxelles. Il n’y a qu’avec Sylvain que de tels extrêmes peuvent être atteints ; vous ne verrez jamais ce genre de photos ailleurs, tellement c’est classé inaccessible et sensible. C’est la gare la plus fréquentée du pays.
Nous sommes ici en plein cœur de la jonction Nord-Midi, un tunnel ferroviaire qui traverse toute la capitale de nord en sud. Le tunnel représente l'infrastructure ferroviaire la plus dense du monde - 1200 trains par jour sur seulement 6 voies – qui relie directement la gare de Bruxelles-Midi à la gare de Bruxelles-Nord.
Il s'agit d'un tunnel ferroviaire archi-ultra inaccessible aux piétons, d'environ 2 km de long, creusé sous le centre historique de Bruxelles, qui commence grosso modo après la gare de Bruxelles-Chapelle (au niveau des Marolles) et remonte vers le nord en passant sous la gare Centrale et la gare Congrès. Ce tunnel à six voies, trois pertuis doubles, a été mis en service en 1952 après des décennies de travaux ; il est considéré comme l'un des tronçons ferroviaires souterrains les plus fréquentés au monde.
Ce tunnel permet à tous les trains (ICE, Thalys/Eurostar, InterCity, S trains, etc.) de traverser Bruxelles de part en part sans rupture de charge, reliant le réseau sud au réseau nord de la Belgique et de l'Europe. Avant sa construction, il fallait changer de gare à Bruxelles, ce qui compliquait énormément les voyages. La jonction a aussi permis de créer des boulevards en surface (Pachéco, de l’Impératrice, etc.) en recouvrant la tranchée ferroviaire. C’est donc l’épine dorsale du réseau ferroviaire belge : un train sur trois y passe chaque jour
La densité exceptionnelle de galeries techniques le long du tunnel de la Jonction Nord-Midi est ahurissante. J’avais repéré ça à l’anniversaire de la jonction en 2002. Mais comment y faire une infiltration de taré ? C’est dire le temps qu’il aura fallu !!!
Ces galeries servent à héberger une quantité énorme d'équipements vitaux : câblages électriques haute et basse tension, alimentation des trains, signalisation, éclairage, câbles de télécommunications et de commande, systèmes de drainage et pompage : le tunnel passe sous une zone anciennement marécageuse et proche de la Senne voûtée, ainsi que des cheminements pour la maintenance.
Comme la jonction est un goulot d'étranglement critique, il était impensable de laisser ces installations en surface ou dans des locaux dispersés : tout devait être concentré, accessible sans interrompre le trafic et protégé. La deuxième raison majeure est liée à la sécurité et aux exigences modernes d'un tunnel ferroviaire très fréquenté. La ventilation et le désenfumage nécessitent des conduits, turbines et gaines très développés, renouvelés récemment car les installations d'origine des années 50 étaient obsolètes. En cas d'incendie ou d'incident (comme celui de 2017 à la gare centrale), il faut des cheminements d'évacuation rapides pour les agents et les secours, des compartimentages anti-feu, des détecteurs et des systèmes d'extinction.
Toutes ces contraintes ont conduit Infrabel à multiplier et étendre ces galeries au fil des modernisations (notamment entre 2010 et 2022), créant un véritable labyrinthe souterrain parallèle aux voies. C'est typique des tunnels ferroviaires anciens très chargés en Europe : on compense l'absence d'espace supplémentaire pour de nouvelles voies par une densification extrême des infrastructures techniques en souterrain.
Faire une infiltration de nuit dans ces galeries techniques donne une sensation très particulière, mélange de stress pur, d’oppression et d’une étrange sensation de chance d’être dans un endroit aussi ultra stratégique. C’est être « presque » au même endroit que des millions de navetteurs, et d’un coup un peu culotté, tu te retrouves dans un monde parallèle sombre, humide, aux parois de béton brut ou de briques centenaires, éclairé seulement par la frontale.
Le bruit est omniprésent et assourdissant : le grondement sourd et incessant des trains qui passent à quelques mètres sur les six voies principales (surtout la nuit, quand les Thalys et ICE filent à pleine vitesse), les vibrations qui remontent dans les os, le sifflement de l’air dans les gaines de ventilation, la peur omniprésente de se faire choper dans un tel truc de dingue.
C’est comme être à l’intérieur d’une machine vivante, surtout affreuse et géante : tout tremble, tout résonne, et tu sens physiquement que tu es minuscule face à cette infrastructure critique qui supporte des milliers de tonnes de métal en mouvement. L’ambiance est très oppressante et paranoïaque : les galeries sont un vrai labyrinthe avec des câbles qui pendent comme des veines, des portes métalliques verrouillées ou entrouvertes, donnant sur des vides techniques remplis de tableaux électriques qui bourdonnent.
Caméras, capteurs de mouvement, rondes nocturnes renforcées rend chaque pas hyper tendu. Après coup et sorti de là, c’est réaliser que c’est se faufiler littéralement sous le centre historique de Bruxelles, à deux pas des touristes qui dorment en surface. C’est une expérience de transgression totale qui reste mémorable toute une vie.
















