Exploration urbaine - La maison Marielle

Voici une petite exploration de la maison Marielle, une urbex localisée dans un modeste village du département du Gard. Nous remercions La Louve pour ses explications sur cet endroit. D’un point de vue de l’archéologie familiale, nos propos seront limités à la portion congrue. En effet, au tout départ de l’enquête, nous avons constaté en l’espace de quelques minutes que nous avons affaire à des personnes vivantes. Très simplement, des trois protagonistes, aucun décès.
Aller plus loin dans les recherches aurait pris un caractère intrusif. Par discrétion et respect, nous n’avons pas pris contact avec ces personnes. Le documentaire se limitera à citer des prénoms.
Il s’agit d’un jour pluvieux ; à ce titre ça fait des semaines que nos paysages du sud ont adopté une pluie parisienne, la « Raspoutitsa » – le moral s’en voit plombé comme si nous vivions la grisaille du Donbass depuis un demi-siècle – certes nous ne sommes pas (du tout) dans la démesure ni l’exagération. Une brève accalmie permet de sortir et c’est un bonheur.
Le long d’une route au final assez passante, un chemin discret permet de monter à la maison, franchement en retrait dans la garrigue. L’allée bitumée, autrefois qualitative, est aujourd’hui partiellement défoncée, encombrée de petites roches et surtout largement piétinée par les sangliers. Un secteur montre des troncs d’arbres complètement dénués d’écorce et souillés par une boue collante. Le passage est récent. La maison a toutes ses portes et fenêtres ouvertes, c’est dans un état d’abandon extrêmement virulent.
Au vu de l’état de dégradation, ça fait longtemps que les derniers occupants ont dû partir. Souvent, c’est à l’état du jardin que l’on arrive à dater ça, plutôt que les extérieurs. On parlerait ici de 10 ans ou quelque peu plus, ça ne serait en rien étonnant. La maison est dans état de dévastation ultra-intense. Ils ont tout pillé, tout dégradé, tout souillé.
La maison est structurée en longueur : cuisine, chambre, chambre, salon. C’est en somme assez mal foutu, dans le sens où l’enfant devait traverser la chambre parentale pour aller à la cuisine ou aux toilettes. Ce n’est pas non plus follement étonnant, c’est une structure modeste, qui reste agréablement calme et ancrée dans la nature.
Tous les documents administratifs ont été évacués : il n’y a pas une seule facture, pas même un document médical ou un simple courrier administratif. Ni photos d’ailleurs. Quelqu’un est intervenu afin de rendre cette maison pour le moins anonyme. Par le biais d’anciens documents scolaires – c’est tout ce qu’il reste – nous avons identifié trois personnes.
Premièrement Marielle. Il se pourrait « éventuellement » qu’elle ait été l’occupante principale des lieux. Dans la maison subsiste des cours de comptabilité, ainsi qu’un rapport de stage à intermarché. Cette maison révèle un nombre très impressionnant de revues « Femme actuelle » ainsi que des romans Harlequin en pagaille. Il ne fait nul doute, considérant l’esthétisme d’ailleurs, que c’est une maison de femme.
Nous découvrons une chambre d’enfant, qui sans le moindre doute est celle d’un garçon : Frédéric. Il a fait sa scolarité dans le tout début des années 1980. Il n’a pas le même nom de famille que Marielle et de par le manque d’enquête (volontaire comme précité), nous ne pouvons pas affirmer que Marielle est sa maman, même si l’on peut bien imaginer cela comme probable. Il est en tout cas de fait que Frédéric a un nom très commun, ce qui renforce nos difficultés de recherches.
En dernier lieu, nous relevons des cours scolaires, en moins grand nombre, au prénom de Frédérique. Un peu plus âgée que Frédéric, elle n’a pas le même nom de famille. Considérons de surcroît que nous ne découvrons aucune chambre de fille. Tout cela restera mystérieux et pour la quiétude de ces gens, c’est quelque part d’autant mieux.
A peine nous entrons dans la maison, nous entendons un fracas non négligeable. Par une porte-fenêtre dont les baies sont largement ouvertes, nous voyons un gris pick-up s’engager dans l’allée défoncée, puis se stopper. Il en sort un homme vêtu d’une chasuble orange fluo : c’est un chasseur. Il ne faut guère longtemps pour entendre le premier coup de feu. Purée, c’est quand même la deuxième fois que je me retrouve au cœur d’une chasse en quelques mois. Ne pouvant me signaler facilement, si ce n’est de déclamer un poème à tue-tête, la situation reste désagréable.
Pigeon, oiseau à la grise robe,
dans l'enfer des villes,
à mon regard tu te dérobes,
tu es vraiment le plus? agile.
C’est de la sorte que j’attends longuement, très longuement dans la maison, le temps que le danger s’estompe. Ai-je d’ailleurs un quelconque autre choix, considérant de plus que je suis habillé de marron et de noir (c’est malin). Poule, belle à l’ocre robe, dans l’abîme de l’abandon, mes yeux t’implorent. Le fracas s’éloignant graduellement, je choisis de partir, laissant ce monde dépeuplé dans un bagne de silence et de dégradations.



















