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Exploration campanaire, la cloche de Mercuer

Voici une exploration campanaire du clocher de Mercuer, une petite commune paisible située à proximité d’Aubenas. Un très grand merci à la municipalité pour l’accueil chaleureux et rapide, en particulier à Stéphanie Fargier pour le suivi. Mercuer a une structure quelque peu étonnante, par son habitat dispersé. L’église est pour ainsi dire implantée seule sur une colline douce, à proximité du cimetière. On ne trouve pas de hameau compact comme certaines de ses voisines, citant Ailhon par exemple.

L’église de Mercuer est romane, issue de temps très reculés, mais a été profondément remaniée au cours des siècles. A la porte de l’église, on lit la date 1514, qui témoigne d’une période de transformation profonde. Elle possède un clocher en peigne rare pour la région. L’unité architecturale du secteur est plutôt au clocher tour, d’allure assez disparate d’ailleurs. Mercuer fait quelque peu penser à Saint-Jean-de-Pourcharesse, mais du point de vue structurel, surtout le secteur de Coucouron : L’Espéron, Lavilatte.

On accède au clocher par un escalier d’époque en grosses dalles de grès, qui longe le cimetière dans un cheminement tortueux mais pratique. Le peigne possède une banquette, exactement comme à Faugères. L’inventaire campanaire est rendu extrêmement facile. Le peigne possède quatre baies. Au vu des trous dans le plein-cintre, l’église a contenu 4 cloches. Considérant les évènements : guerre de religions, révolution française, l’église ne comporte à ce jour plus qu’une seule cloche.

Il s’agit d’une Valeton et Meironet datée de 1773.

La dédicace est la suivante : MARIE SAVVETERRE PESERVES MERCUER DE GRELE ET PESTE 1773 CERICE FRANCOIS MELCHIOR CONTE DE VOGUE PAREN ET CATHERINE LOUISE BOUCHER DE VERSALIEV MARENNE VALETON MEIRONET. Conformément à la métallurgie de ces deux fondeurs, la dédicace est quasiment illisible. Nous y reviendrons.

Les deux fondeurs étaient illettrés. Dès lors il n’est pas étonnant de constater les fautes d’orthographe douloureuses. Nous relevons de surcroît une confusion constante entre les V gothiques et les U romains – c’est commun pour eux. Le parrain est François Melchior Cérice, marquis de Vogüé (1732, 1812). La marraine est Louise Catherine Bouhier de Versalieu.

Le début de la dédicace « serait » à retranscrire par Sainte-Marie Sauveterre, préserve Mercuer de la grêle et de la peste. Sauveterre évoque des villages des églises placés sous la protection de la croix pour jouir de la paix de Dieu. Cette inscription n’est pas forcément bien commune, sans être étonnante non plus.

En ce qui concerne les fondeurs, la revue du Vivarais identifie VALETON avec une initiale P, lors de leur relevé du 18 février 1961. C’est forcément faux. Les VALETON sont soit Louis Valeton de Mende, soit Jean-Baptiste Valeton de Berrias-&-Casteljau. Au vu des habitudes de collaborations, il s’agit vraisemblablement ici de Jean-Baptiste VALETON. Le second fondeur est Modeste MEIRONET de Largentière. Il est de fait que les noms de fondeurs ont été martelés, rendant la lecture extrêmement difficile. Le P est en réalité JB, et donc simplement un B abîmé, tandis que le J est un bourrelet illisible.

Les Valeton et Meironet ont systématiquement les mêmes défauts métallurgiques, Mercuer représentant en la matière un des cas les plus extrêmes avec Faugères.

Le métal est porté à température trop haute. L’étain, inséré trop tôt dans le cuivre et du coup trop longtemps, est partiellement évaporé (voire totalement ?). Cela provoque cet aspect franchement cuivré orangé de la faussure, mais aussi cette patine profondément noircie. Les cloches de ces fondeurs sont très fragiles, tout d’abord du fait d’un profil en ultra-léger, mais aussi de par la métallurgie.

Les épigraphies sont systématiquement dégradées, Barnas étant par exemple un point d’orgue. Les lettres sont mal marquées. On observe, là encore, de la terre de la fausse cloche, inscrite dans le cuivre, carbonisée et incrustée dans le métal. C’est rare et saisissant à voir. La dédicace a été à ce point mal imprimée que les fondeurs ont buriné le métal afin d’extraire les bourrelets de métal. En Ardèche selon notre inventaire actuel, le burinage c’est unique.

Il est à se demander comment ils ne furent pas en présence d’une explosion avec une chape et une fausse cloche limite humide. Et pourtant ils ont fondu bien après 1773, surtout Meironet dont nous relevons une activité jusqu’en 1782 (Saint-Alban-Auriolles). Valeton s’est arrêté plus tôt.

La cloche a un diamètre de 86 centimètres. Elle sonne un Sol#(3) pour un poids estimé de 400 kilogrammes. Elle est tintée horaire par une automation dont nous n’avons pas eu accès. Le système de volée est hors service. La chaîne est déraillée.

Au-delà de ce déraillement, le système est totalement inopérant. Des travaux de restauration ont été réalisés bénévolement par les paroissiens en 1960. Ces travaux maladroits ont mené à du grabuge. Certes on relève qu’un palier est manquant, le tourillon est déposé sur la pierre. C’est important mais pas pour autant catastrophique. Lors de la mise en volée, le battant est resté immobile dans la robe, ne frappant pas la pince. Pourtant tout semblait normal.

En un regard, la réponse est évidente. La bélière est cassée nette sous le plateau. Ils ont percé le cerveau afin d’insérer deux tirants. Pour un montage initialement en rétro-mitigé, c’est très classique. Sauf qu’ils ont récupéré -on ne sait où- un battant trop petit (ce battant à boule et tige carrée semble être un Paccard des années 50). Ils ont donc surbaissé l’axe, comme pour un rétro-lancé, afin d’avoir la hauteur pour frapper la pince. Or le battant ne possède pas de contrepoids. C’est totalement dysfonctionnel. On peut dire qu’en matière de n’importe quoi, on atteint là des sommets, ce qui témoigne bel et bien que bonne volonté ne correspond pas avec de réels bienfaits. C’est toute une époque.

Il reste que la situation actuelle est une absence totale de mise en volée, dès lors la cloche ne rencontre aucun danger. Afin de remettre en service, il faut remplacer palier et tourillon certes, mais aussi placer un battant de rétrograde. Nous déconseillons totalement la solution (tellement simple) du contrepoids de rétro-lancé. C’est un mode trop puissant pour une métallurgie aussi faible. Signalons que Faugères de même en Valeton-Meironet a été fêlée, et lourdement ressoudée par Bodet.

Une remise en volée ne fait l’objet d’aucune demande spécifique de la population, de la municipalité, de la paroisse, tout du moins à notre connaissance. Dès lors le sujet s’avère quelque peu clos. Le tintement horaire est pleinement fonctionnel et cela s’en arrête à ça. Nous dirons tant mieux, car Rocles maintenait des dysfonctionnements sévères (corrigés en urgence) ; ici en fin de compte, un tintement horaire seul + angélus s’avère fonctionnel et bénéfique.

Les cloches Meironet et Valeton sont rares. Les propos durs sur la métallurgie sont bien plus un avantage qu’une critique acerbe. Ce sont des valeurs historiques précieuses ; à ce titre l’objet mériterait un classement à titre mobilier auprès du ministère de la culture. En présence d’une Burdin pour le moins standardisée, identique à chaque clocher, que peut-on s’émerveiller ici devant un instrument aussi chargé d’histoire.

La cloche a été fondue au pied du clocher, les saintiers ne disposaient pas de fonderie. Dès lors un chantier dans les quelques mètres devant l’escalier révèlerait des scories. Ce sont les vestiges de l’ancien four, nécessairement partiellement enterré en cette époque. Il faut imaginer la montée en température, ils n’avaient pas de thermomètre – pour rappel on parle de 1200 degrés. Tout était à la couleur du feu. Quelque part, quel savoir-faire dans de telles conditions.

La revue du Vivarais relève, sans citer les sources, que deux autres contrats furent passés (concernant les autres cloches disparues) avec les Dupuy de Chassiers et les Bonnefoy (inconnus). Nous n’en savons pas plus. Mercuer rejoint donc le rare ensemble de cloches Valeton et Meironet. C’est un patrimoine historique remarquable.

 



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