Cette
page est un reportage sur la partie haute de la cathédrale de Tournai.
On distingue habituellement la partie basse (nef, choeur, transept) de la partie
haute (comble, tour, triforium). Ce reportage ne saurait être exhaustif,
étant donné qu'il faudrait je suppose une semaine pour explorer
l'immense labyrinthe que représente la cathédrale. Rien que les
combles - donc les greniers - sont déjà bien complexes et nécessitent
une bonne promenade. Ce sujet est assez largement axé sur le campanaire,
ce qui nous amènera à découvrir quelques cloches déposées
dans le choeur.
Ces images ont pu être réalisées grâce
à l'aide de nombreuses personnes. En premier lieu, un très grand
merci à Pascaline Flamme, co-titulaire du
carillon de Tournai, pour l'invitation. Grand merci aussi à Serge
Joris, pour le fameux voyage ! Merci à monsieur Jacques
Lecouffe, pour le guidage dans le dédale.
Mersi à Francis Vandeput pour les explication
sur le flambement des piliers dans le choeur.
La
cathédrale de Tournai est un immense monument. Elle possède 5 tours.
L'une de ces tours, centrale et appelée La Lanterne, est entièrement
vide. Les autres tours s'appellent Marie, La Treille, Brunin et Saint-Jean. Les
cloches sont contenues principalement dans la tour Marie. Une cloche supplémentaire
se situe dans une seconde tour, la Saint-Jean.
Les
cloches sont installées sur deux niveaux.
Le niveau premier est un beffroi
en bois, en assez bon état, contenant trois cloches alignées sur
un plan horizontal. L'ambiance des lieux est extrêmement sombre.
Cloche
1 - Il s'agit d'une petite cloche datant de 1617. Elle est réputée
anonyme, mais je ne suis pas persuadé qu'elle le soit tant que ça.
L'épigraphie est en effet assez intéressante. On y relève
un texte en latin (A RELEVER), complété de la mention GILLAUME DE
LA FOSSE ET THEODORE GHERSEM. Bien que ça ne soit pas facile à déterminer,
il s'agit pour moi de fondeurs et non de généreux donateurs. En
effet, les mentions aux donateurs sont souvent précédées
de circonstances, où l'on explicite d'une part que c'est un don, et d'autre
part -souvent- qu'ils sont parrain, marraine, etc. Les deux noms isolés
sont pour moi ceux d'une signature. A déplorer qu'ils sont tous deux inconnus
au dictionnaire des fondeurs, mais ça n'a en l'occurence rien de surprenant,
c'est assez fréquent. Il y avait une foule de petits fondeurs, aujourd'hui
parfaitement oubliés.
Cette cloche sonne faux. Comme bien souvent à
cette époque, la technicité est perdue et la musicalité est
médiocre.
Elle s'appelle Marc, pèse 250 kilogrammes et sonne
un do très approximatif.
Cloche
2 - C'est une cloche Barbieux. Elle est particulièrement intéressante
étant donné que les Barbieux sont des fondeurs tournaisiens et qu'il
est difficile, voir d'après les relevés actuels, impossible d'en
trouver ailleurs que dans le Tournaisis. C'est une cloche d'assez grand charme,
elle possède trois blasons bien réalisés et la note est juste.
Elle
s'appelle Marie-Nicolas, elle date de 1737, elle pèse 2,5 tonnes et sonne
un ré assez juste, et riche en harmoniques.
La biographie des Barbieux
est donnée en axxexe dans le documentaire.
Cloche 3 - Cette cloche est de volume important, elle pèse 4608 kilogrammes. C'est une Michiels Jr. Elle fait encore assez bien penser à la Marie-Pontoise de Ath. Elle a une fort belle musicalité. Elle s'appelle Marie-Etienne, date de 1947 et sonne un la fort juste. Elle a une tonalité qui est fort agréable, mais par contre, elle est assez pauvre en harmoniques.
Le niveau second et sommital comporte le bourdon.
Cloche
4 - Il s'agit du gros bourdon. Il se nomme Marie-Gasparine et pèse
d'après les fondeurs 9100kg. Cette cloche a été fondue par
les Drouot, alors installés à Tournai. Suite à des difficultés,
ce bourdon a été refondu 3 fois. L'épigraphie est remarquablement
nette et la cloche est pour cet âge extrêmement bien conservé.
A la pince, on trouve une mention DROUOT ME FECERUNT. Côté tintement,
il y a un christ en croix, entouré de deux feuilles de vigne ascendantes.
Le rinceau principal est situé au cerveau. C'est comme à l'accoutumée
chez les Drouot un feuillage de framboises et des fruits. La dédicace est
XXX.
Cette cloche sonne une note intermédiaire entre fa et fa dièse.
La sonorité est donc assez grave. Par contre, le son est victime de doublets,
ce qui provoque une sensation un peu désagréable.
Le
battant est énorme. Il vaut largement le détour !
Toutes ces
cloches sont en lancer franc. Le bourdon n'est plus mis en branle depuis quelques
années, étant donné la fragilisation très avancée
de la cathédrale. Des travaux gigantesques sont en cours. Après
cela, le bourdon sera peut-être relancé.
La cloche 5 est située dans une autre tour. C'est une Jacques Sergeys de 1976. Nous n'avons pas été la voir. Elle s'appelle Catherine, sonne un do dièse et pèse 2 tonnes.
Voici l'analyse sonore de ces cloches.
Cloche
1
Hum : 282 Hertz
Prime
: 537 Hertz
Tierce : 656 Hertz
Quint
: 787 Hertz
Nominal : 1048 Hertz
Superquint
: 1540 Hertz
Oct nom : 2099 Hertz
La tonalité n'est pas bonne. Il y a de grands décalages dans l'alignement des partiels (-40, +48). Il y a une pauvreté d'harmoniques.
Cloche
2
Hum : 145 Hertz
Prime
: 289 Hertz
Tierce : 340 Hertz
Quint
: 440 Hertz
Nominal : 559 Hertz
Superquint
: 832 Hertz
Oct nom : 1143 Hertz
Cette cloche est très riche en harmonique, une analyse banale donne un développement de 36 partiels. Il est possible qu'une analyse plus fine (dont je ne possède pas le matériel) donne un résultat encore plus élevé. C'est donc un instrument de qualité, contrairement à ce que la réputation des Barbieux ferait porter, c'est-à-dire un mauvais fondeur. On voit que ce n'est pas le cas.
Cloche 3
Hum
: 115 Hertz
Prime : 229 Hertz
Tierce
: 277 Hertz
Quint : 338 Hertz
Nominal
: 454 Hertz
Superquint : 674 Hertz
Oct
nom : 928 Hertz
Cette cloche possède une certaine pauvreté d'harmoniques, rien n'est détecté au dessus de l'octave nominale. En contrepartie, les harmoniques détectées sont justes et bien alignées. C'est un instrument qui est peut-être d'une conception pauvre en développement d'harmoniques, mais sa note franche et juste en fait une sonorité franche et agréable.
Cloche 4
Hum
: 130 Hertz
Prime : 204 Hertz
Tierce
: 292 Hertz
Quint : 334 Hertz
Nominal
: 1496 Hertz
C'est une cloche très pauvre en harmoniques. Il n'y a aucune détection au-delà de la nominale. C'est exceptionnellement faible. Le son est profond et beau. Le bourdon se détache nettement. Par contre, il y a un développement de doublets assez conséquent. De ce fait, si l'attaque est sympathique, la durée de vie est un peu plus délicate. Il faut bien voir que ce n'était pas une mise en volée classique, puisque c'est interdit pour cause de risque de dégradation de la structure de la cathédrale. Du coup, les mains qui poussent la cloche ont probablement influencé. On voit en effet un impact de l'intensité sonore peu après le tintement. Ces données sont donc à prendre avec des pincettes.
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Tournai
comporte deux églises abandonnées qui ont été revendues.
Les cloches ont été récupérées et déposées
dans une partie du choeur, en attendant d'être remontées un jour.
Ces cloches sont plutôt intéressantes ! En détail, ce sont :
-Marguerite. C'est une Michiels Jr de 1950. Elle sonne un do dièse et pèse 2 tonnes.
-Raphaël. C'est une Michiels
Jr aussi, de 1950. Elle sonne un fa dièse et pèse 974 kg. Ces deux
cloches possèdent le même type d'épigraphie. On y trouve la
dédicace habituelle à Michiels Jr. Par contre, deux éléments
inhabituels : Des filets en forme de vague, un décor très bien exécuté.
Le
filet en vague est très difficile à réaliser techniquement.
Il est parfaitement exécuté.
Le décor est composé
de feuilles de chêne et de glands. Cette réalisation est originale.
Notons
de plus que ça sort des habitudes de Marcel Michiels en matière
de décor.
-Nicolas. Cloche Barbieux, de 1734. Longue dédicace et décor de mains à index montrant le texte, ce qui est récurrent chez ce fondeur. Sonne le mi et pèse 460 kg.
-Madeleine. Cloche anonyme.
Date de 1512 et sonne le sol. Poids estimé à 550kg.
Dédicace
en textura quadrata.
La dédicace
a honnêtement été très difficile à lire, que
ce soit sur place ou en déductions photographiques. On ne peut avancer
que par tâtonnements. Je ne sais pas qui a inventé le textura quadrata,
mais je ne le félicite pas. L'onciale était tout de même plus
abordable. Les données de décryptage sont donc à lire au
conditionnel.
La provenance : cette cloche
provient de l'église sainte Marie-Madeleine d'Esplechin, qui a été
abandonnée. Elle a été répertoriée sous la
référence SMM.mob.264 par l'institut du patrimoine Wallon.
La
date : elle est classiquement répertoriée de 1512. Cela me pose
clairement un problème. Dans la dédicace, en français, je
lis L'AN MIL 5 - 1 - 10 - 2. Il y a quelque chose que je ne comprends pas. N'est-ce
pas 1612 ? Que signifie ce un supplémentaire, qui en aucun cas ne peut
être considéré comme un séparateur ? (Les séparateurs
sont des croix de christ ou des fleurs de lys). Il faut tout de même remarquer
qu'au début du 17ème siècle, la textura était déjà
abandonnée. Cela soutiendrait la thèse qu'elle date de 1512.
La
fonte : on lit une mention comportant des lettres assez proches de FECIT, REFECIT,
FECERUNT, sans avoir le terme exact à chaque fois. Si le mot est indiscutablement
une appropriation de fonte, puisque le mot est précédé de
ME, on ne sait pas exactement s'il s'agit d'une fonte ou d'une refonte.
Le
fondeur : Les noms et prénoms sont littéralement DAMPS QUINTIN.
Ca ne donne pas forcément l'impression d'être un nom correct. Pour
le nom de famille, ça parait malheureusement indiscutable étant
donné que les lettres sont claires. Pour le prénom, peut-on supposer
qu'il s'agit de Quentin ? Ce n'est pas évident. Ca ne fait en tout cas
référence à aucun fondeur connu, en orthographe exacte ou
approximée.
Le nom : la cloche
s'appelle MARIA de manière indiscutable.
Le
reste est indéchiffrable cause usure.
Bibliographie
:
-Bulletin campanaire ACW 2010/3,
les cloches de la cathédrale de Tournai. Jean Dumoulin.


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