Urbex - La ferme des éperviers furieux
Nous avons reçu les photos d'un voyageur et nous en avons réalisé une synthèse historique.
Il pleut. Mais alors comment dire, horriblement intensément. Depuis ce matin, je me fracasse échec sur échec. Il y a des périodes comme ça. Me voici, dans ce recoin de campagne très isolé, au-devant de cette belle ferme à l'allure séculaire. Deux éperviers me signalent leur présence, ils sont peu contents que je me promène par là.
Tout irait bien si seulement la ferme n'était pas en état de ruine généralisée. Ce n'est pas grave, ça arrive aussi.
Cette très grande ferme possédait les granges d'un côté, l'habitation aux vastes pièces de l'autre. Les lieux font penser à un déménagement semi-bazardeux. Des lits bougés, des objets ôtés, des fenêtres en pvc neuves (et pourtant pour certaines brisées, gageons que ce n'était pas le vent).
L'établissement agricole était voué aux céréales, il n'y avait pas de bêtes, ou seulement dans des temps éloignés.
La famille était composée d'Etienne, agriculteur, de Paulette son épouse, et d'Evelyne leur fille. Etienne est inhumé au tout petit cimetière du village.
J'attends, sans grande conviction et d'ailleurs sans grande patience, une accalmie, afin de faire envoler le drone. Ce sera très-trop long. Je le monte dans les airs à toute vitesse - la pause climatique sera brève.
Ce dont je ne m’attendais pas du tout, c’est la manière dont cela s’est terminé. En gros un tournage en drone, normalement on vole à vue, mais en gros on focalise surtout sur l’écran. En l’occurrence ici j’ai très peu de temps vu qu’il n’arrête pas de flotter. Résumé je dois sortir deux images, c’est l’histoire de quelques dizaines de secondes. Je fais très vite, j’ai l’habitude en fait - peut-être un peu trop.
A l’image, je me rends compte que j’ai des solides dérives. D’un coup, j’ai des déviations, comme quand je dois lutter contre un vent non négligeable. En vallée du Rhône ce n’est pas forcément rare d’avoir ces situations là et en gros, peu ou prou, ça doit se gérer parce qu’il faut bien.
Du coup je regarde là-haut. Ciel blanc laiteux qui aveugle. Mais, je vois très bien deux éperviers en train de tourner autour du drone, tout en faisant des piqués sur la bestiole. Oh fatche de con, je ne m’étais pas rendu compte du désastre ! Du coup je dégringole à toute vitesse. Ce faisant, les deux rapaces se désintéressent immédiatement du moustique. On peut dire que sur ce coup là j’ai eu de la chance.
En mémoire de cette famille, dont en fin de compte il ne reste plus aucune trace.
