La mine de la pierre noire
La documentation de cette mine souterraine date essentiellement de 2015 et 2016. Les photographies de la partie récente sont d’ailleurs même antérieures et proviennent de travaux de restauration d’images anciennes. C’est une incursion dans un endroit méconnu, qui possède un charme esthétique assez unique : c’est sombre à un niveau qualifiable d’extrême. Il a fallu apporter énormément de lumière dans ces galeries. La réalité crue à vous exposer sans détour : il s’agit d’un trou noir.
C’est une mine dans laquelle fut exploitée une pierre calcaire dure et noire. On la qualifierait volontiers de marbre, même si dans l’aspect géologique le plus pur, ce n’est pas exactement le cas, car le marbre est métamorphique. Extraite à petite quantité, on s’en est servi dans des applications de luxe, tant cette pierre est précieuse. On peut citer de la statuaire, des dalles de carrelage pour des lieux prestigieux, des plaques de cheminée. Les possibilités sont nombreuses.
Sa renommée internationale a reposé sur sa qualité unique, avec un grain de seulement 2 microns, considéré comme le plus fin au monde. La roche, déposée en plein soleil, a une couleur grise anthracite, qui devient noire intense après polissage, ou bien mouillée par la pluie. Les veines exploitables mesurent 4 à 12 mètres d'épaisseur, mais seulement une partie est utilisable en raison de fissures, impuretés ou défauts. Sa résistance est cinq fois supérieure à celle du béton armé, ce qui permet de laisser des piliers de soutien de seuls quelques mètres lors de l'extraction.
Une exploration des souterrains
Ces mines souterraines ne sont franchement pas immenses. Autant le dire, c’est loin d’être labyrinthique. On évoquera principalement deux exploitations distinctes, du fait que les autres sont majoritairement effondrées, remblayées volontairement, ou bien encore totalement noyées. L’exploitation principale a un esthétisme d’une très grande richesse, renforcé par l’aspect qu’un pompage très conséquent y est réalisé.
En effet, le fond de l’exploitation – là où se situe le puits d’extraction de 66 mètres de profondeur – est occupé par une puissante station de pompage. Cette installation a été mise en place afin d’établir un des plus importants captages d’eau potable du secteur. Du coup, outre les installations minières, on trouve du matériel de pompage à foison. A la fois étonnant et très intéressant du point de vue technique, c’est une sacrée découverte.
Il existe tout un quartier, que l’on décrirait avec amateurisme comme étant une route secondaire, qui donne accès à des chantiers d’exploitation plus anciens. De nombreux départs de galeries sont remblayés avec les déchets de pierres. On entre comme soudainement, sans transition, dans un ensemble de tunnels à la fois vaste et très calme. Ici le temps s’est arrêté, le silence est omniprésent, ça n’a plus rien à voir. Un des tunnels débouche sur un puits d’aération, tout petit. Loin de la démesure, ce sont des paysages souterrains originaux et franchement jolis.
Historiquement, on arrive à dater les premières exploitations sur des temps très reculés (notamment la demande des Médicis), mais plus prosaïquement, la véritable mise en extraction démarre vers 1850, avec des interruptions et reprises successives. La crise de 1929 entraîne une chute de la demande, menant à la fermeture en 1934, suivie d'une réouverture en 1970. Sans doute aucun, toute l’exploitation récente est d’après 1970. Lorsque les photos montrent des espaces avec des murets en pierres, on est antérieur à 1929. Ca commence à dater.
Les exploitations anciennes, globalement 1930, ont toutes un aspect curieux. On est face à une pierre très dure. Pour extraire des blocs imposants, ils faisaient des forages presque jointifs sur toute la longueur. Après, ils tentaient de fracturer la pierre avec un des burins. C’est ce qui donne cet aspect complètement unique, jamais vu ça ailleurs : des murs complètement striés de forages. C’est sans détour le plus joli, du jamais vu, presque unique et du même niveau que le mineur continu en EMTR (Lorraine).
Les méthodes modernes utilisaient des scies à chaîne diamantées pour découper les blocs, remplaçant les explosifs réglementés depuis 2004. La production annuelle variait de 80 à 250 mètres cubes, avec des blocs pesant jusqu'à 7 tonnes, transportés par grue. Le polissage manuel (une heure par mètre carré) révélait une profondeur incomparable. C’était une production exceptionnelle. Des imitations chinoises existent, mais elles se distinguent par un grain plus grossier et un revêtement qui s'écaille. Les méthodes les plus récentes sont à la haveuse et à la rouilleuse.
La situation d’aujourd’hui a changé, entrainant notamment un arrêt complet des possibilités d’exploration, dans tous les réseaux souterrains. Entre autres, l’ancienneté des réseaux provoque des décollements par plaques, la bagatelle de quelques tonnes, qui n’attendent plus qu’un minuscule feu vert imperceptible pour vous aplatir comme une crêpe épaisse de deux microns. Je vous invite dès lors en photos, c’est bien plus rassurant !
